
"Zane, la cigogne mélomane", par Sandra Reinflet
Durée: 11m42s
Date de sortie: 12/02/2025
durée : 00:11:42 - Une histoire et... Oli - Sandra Reinflet est autrice et photographe. Elle propose l'histoire de Zane, une cigogne mélomane qui veut vivre sa vie en chansons...
Bonjour, je suis Sandra Rinflet et je vais vous raconter l'histoire de Zan, la Sygogne Meloman.
Chaque année, au premier gel de l'hiver, Zan doit prendre le ciel vers la mer.
Plané vers le sud, traverser le détroit et réchauffer ses ailes au soleil du désert jusqu'au
temps suivant. Puis demi-tour, direction nord, 10 degrés est. De nouveau se poser, reprendre
des forces et des verres de terre, réparer le nid perché, couver quatre e jusqu'à la
naissance des petits, les nourrir, leur apprendre à voler et repartir. Tout ça en silence s'il
s'enflait, parce que les Sygognes ne savent pas chanter. Elles claquent du bec, très
vite, très sec, un peu comme les machines à écrire d'un autre siècle. Zan rêverait
de faire tout ça en sifflant joliment, comme les rossignoles, les merles ou les rouges
gorges. Alors elle s'entraîne du haut de son toit quand les autres ont le bec tourné.
Mais rien ne sort qu'un souffle. Au mieux, un son qui ressemble à un quenement de porte.
Son père l'a surprise un jour. Qu'est-ce que tu fais tête en l'air au lieu d'aller chercher
des verres ? Je m'entraîne à chanter. Chanter ? Tu t'es prises pour un peintçon ? Tu ne peux pas
ma grande. Nous les Sygognes, on craquette. Ça suffit pour se faire comprendre. Mais siffler,
c'est quand même ce que les oiseaux font de plus beaux, dit la jeune Sygogne. Pourquoi pas nous ?
On a plein d'autres talents. On fait des nigres andioses, on plane, on migre, on pôle. Pas besoin de se poser
de questions, on n'est pas des pigeons. Eh bien si c'est ça, je préférerais être un pigeon moi.
Vexé, Zan s'envole en claquant des plumes. Quand ces idées biscornues vont-elles lui passer ? Quand
va-t-elle enfin devenir adulte ? Soupire son père. Mais ça ne passe pas. À la migration suivante,
Zan croise un colibri joli qui chante un air d'opéret en dodelinant de la tête. Zan l'applaudit et
lui demande qui lui a appris. Personne ne partit. Je chante depuis que je suis petite. Mais il se
dit en secret que les plus grands professeurs de chant se trouvent en Amazonie. De l'autre côté,
de l'Atlantique, c'est un perroquet en cage qui me l'a répété. Puisque les perroquets répètent tout.
Impossible de voler au-dessus de l'océan. C'est trop loin, trop grand. Comme toutes les
cigognes, Zan ne bat des ailes que pour décoller ou traverser de petites étangs du dos. Ensuite,
les courants d'air chauds qui remontent de la terre font leur affaire et il n'y a plus qu'à se laisser
porter. Au-dessus de la mer, pas de thermique pour planer. Alors traverser de l'Atlantique,
ce serait carrément chimérique. Il doit pourtant bien y avoir une solution. Zan se gratte la caboches
du bout de la pâte droite. Elle y laisse quelques plumes jusqu'à ce que, soudain, une idée fume.
Pourquoi ne pas embarquer discrètement sur un chalutier ? Voler au-dessus, on ne peut pas l'en
empêcher ? Et se poser, ni vu ni connu, quand le pont sera libre non plus. Alors à Gibraltar,
Zan profite d'un mouvement de foule pour semer la colonie et filer vers le port.
Ciao les cigognos ! C'est maintenant ou jamais, elle le sent, elle le sait. Il faut qu'elle trouve
son bateau, celui qui l'amènera au paradis des chandoisaux. D'ici, des navires partent chaque jour,
escortés par des hordes de goéland. Elles demandent à l'un d'eux lesquels traversent l'océan.
Renifle ceux qui sentent le mer lui, le ton ou le cabillot. En général, ils viennent de loin.
Ça s'agit justement sur le pont du chalutier, dont une odeur de ton d'effraiechi lui ouvre l'appétit.
Roulement des chaînes, largage des amars, moteur, sirène.
Il part, sans réfléchir, Zan s'élance dans son sillage.
Au bout d'un quart d'heure de vol battu, puiss...
Ces ailes ne répondent plus. À bout de souffle, Zan se pose sur la coque, du bout des pattes,
par crainte que les pêcheurs la chassent. Difficile de passer inaperçu avec ces échasses rouge vifes.
Il la remarque vite. Mais, ouf, rien n'a signalé. Ils ont même l'air amusés.
En nettoyant leur filet, ils lui lancent des poissons, droit dans le bec.
Comme s'ils jouaient au basket. Les trop petits, les tordus, les pourris, elles avalent tout et fait place nette.
L'équipage longe la côte jusqu'au cap vert, puis bifure que vers la grande mer.
Où loin, on ne distingue plus qu'une ligne bleue.
L'horizon n'en finit pas d'être plat. Elle n'avait jamais vu ça.
Pendant 32 soleils et 33 lunes, plus un seul îlot de terre.
Des vagues, des vagues, des vagues, à en avoir le cœur à l'envers.
Mais au 33e matin, alors que Zan dort tranquille, tête sous son aile, la corne de brume retentit.
Sur saut, déploiement des ailes, décollage plein ciel et...
Wow ! Qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce qu'on voit ?
A quelques miles de là, enfin l'horizon tordu.
Terre en vue !
Un dernier claquement de bec pour remercier le chalut et ses marins, puis direction l'immense forêt qu'elle aperçoit au nord.
Grâce à l'air de la Terre, Zan peut enfin sécher ses plumes et planer sans effort.
You ! Les terres mixées fantastiques !
À mesure qu'elle approche de la canopée, déchancée lève dans une cacophonie innue.
Allons voir de plus près.
Perte d'altitude, estimation du point de passage, sorti des pattes d'atterrissage.
Zan se pose sur une branche et écoute longtemps.
Pour démêler les fils du son.
Chacun y va de son refrain, alégrés tôt, tout y frutti, super bazar d'eau en maxistéréo.
Ils doivent être des milliers là-dessous pour faire un tel boucan.
Mais qui parmi eux est le professeur de chant ?
Elle repère sous les feuillages les différentes voix et plumages.
Basse, alto, ténor, soprano, celle qui laisse des silences et ceux qui prennent tout l'espace.
Les discrètes, les bavards, les roucs et les criards.
Cette soleil durant, elle ne fait que ça.
Comprendre qui est qui, qui chante quoi au milieu de ce fatrat.
Mais au huitième levée, elle n'y tient plus.
Personne ne s'écoute dans ce taux-huboï.
Alors, à trois, elle claquette, claquette, claquette du bec.
Si fort que le cœur fou, s'arrête net.
Qui va là ? demande le grand Ara.
Elle est là, elle s'arrête.
Je cherche le professeur sifflers.
Quelle idée, pas de ça ici, nos talents sont inés.
Mais le colibri avait dit...
Le colibri a menti, ici, on chante comme au respire, du craquement de l'œuf au dernier soupir.
Vous avez tous de très belles voix, mais on les entend mal dans ce brouhaha.
Ça a toujours été comme ça.
C'est pas toi, avec ton bec supérieur, qui va nous couper le sifflers.
Je veux rien couper du tout, mais peut-être essayons de former quelque chose de plus harmonieux.
Et toi qui ne chante pas, tu t'imagines quoi ? Monter un opéra ?
Mais pourquoi pas ? Essayons, non, je... Suivez le rythme de mon bec, disons, comme une baguette.
Zan se juge sur une roche et fait signe de la tête.
Silence.
Comme elle ne laisse pas de place à l'ésitation, tous s'exécute à l'unissant.
Trois, quatre.
Commençons par les basses, et puis les colibris et tous ceux qui pépis.
Les insectes du fond frictionnaient vos ailerons.
Avoue les tangaras.
Derrière les bâtaras, les carouches et les jets.
Et puis ensemble après.
Le bec qui claquette dirige à la baguette.
Alégro, indinté, presto, vivace. Zan a le rythme dans les pluies.
Du haut de ses longues pattes, tous la voix, tous la guette.
Et comme par magie, le bruit devient mélodie.
Il n'est donc plus si grave d'être némoitié muette.
La voici chef d'orchestre.
Depuis, les oiseaux des quatre coins du monde viennent siffler à la ronde.
Zan la sang voix est devenue maestra.
De mémoire de cigogne, on n'avait jamais vu ça.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, Oli.
Non, une autre.
Oli est un podcast original de France Inter.
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Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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