Coba et Racha, le singe et le tigre qui voulaient être amis.
Au cœur d'une forêt profonde et sauvage, il y avait un village de singe.
Et c'est là, entre les cabanes suspendues et les lianes tombantes des arbres,
que grandissaient Coba.
Coba, c'est un petit singe mignon comme tout,
avec des très grandes oreilles et des yeux comme des sous-coupes
qui adorent rigoler, mais surtout qui adorent manger.
Et le jour où commence mon histoire,
Coba a entendu dire que, quelque part dans la forêt,
il y avait un type de banane qui ne sont pas jaunes,
mais qui sont oranges et qui sont excellentes.
Il n'en faut pas plus pour que le petit singe se mette en tête
de trouver ses fruits exquis.
Les anciennes du village sont en train de s'épouiller,
alors discrètement, Coba les contourne,
rampe dans les feuilles mortes sur quelques mètres,
et le voit la partie, loin du village.
Il adore marcher dans la forêt,
alors il avance un peu au hasard, il siffle,
il se balance de branche en branche, il chante.
Mais il est en mission,
trouver les bananes oranges.
Alors il affûte son nez,
débouche scénarine,
et il renifle l'air.
À gauche, ça sent pas la banane.
Devant, ça sent pas la banane.
À droite, ça sent la banane, c'est par ici.
Et il y va.
Il marche, il marche, il marche, il marche,
et il renifle.
À gauche, ça sent pas la banane.
Devant, ça sent la banane, c'est par ici.
Et il y va.
À gauche, ça sent pas la banane.
Devant, ça sent pas la banane.
À droite, ça sent la banane, c'est par ici.
Et il y va.
Il marche, il marche, il marche, il marche,
et il renifle.
À gauche, ça sent la banane, c'est par ici.
Et il y va.
Il finit par arriver devant un Bananier énorme,
qui ploient sous le poids de dizaines de centaines de bananes oranges sur ses branches.
Cobain est estomacé.
Il grimpe à toute vitesse.
S'installe à Califourchon sur une branche.
Il s'alive déjà.
Il prend une première banane orange.
Les pluches en goûtent un tout petit bout.
C'est si beau ! Encore un tout petit bout.
C'est si beau !
Et il mange toute la banane.
Ah !
Allez, encore une.
Il prend une deuxième banane orange.
Les pluches en goûtent un tout petit bout.
C'est si beau ! Encore un tout petit bout.
C'est si beau !
Et il mange toute la banane.
Cet après-midi là, Cobain a mangé 40 bananes.
A la fin, il avait le ventre gros comme ça.
Et la seule chose qu'il pouvait faire, c'est une sieste pour digérer.
Il s'est donc endormi, calé sur la branche.
Les bananes, les bananes, les bananes.
Encore une petite banane.
Et l'histoire aurait pu s'arrêter là.
Mais quand il s'est réveillé, quelques heures plus tard,
le soleil avait déjà pas mal bougé dans le ciel.
Il était déjà tard.
Il n'allait pas tarder à faire nuit.
Et il faisait déjà un peu froid.
Pas de soucis, se dit Cobain.
Je me dépêche de rentrer au village.
Là-bas, je m'amitoufle dans une couette en feuille et je passe une bonne nuit.
Allez, direction le village.
Direction le village.
Direction le village.
Guidé par son nez jusqu'au banane,
il n'avait pas vraiment fait attention au chemin qu'il avait pris pour venir jusqu'ici.
Et il croit bien, il croit bien,
il croit bien qu'il est complètement perdu.
Alors à gauche, c'est pas par là.
Devant, c'est pas par là.
À droite, c'est pas par là.
Derrière, c'est pas par là.
Au-dessus, c'est pas par là.
En dessous, c'est pas par là.
Il est complètement perdu et il commence à avoir peur.
Il fait de plus en plus sombre et de plus en plus froid.
Et la forêt pleine de bruit effrayant.
Il est complètement perdu et il a sacrément peur, Cobain.
Il fait de plus en plus sombre, il fait de plus en plus froid et en plus...
Le ciel commence à se couvrir de nuages noirs chargés de pluie.
Et bientôt, une goutte.
Oh, ça fait froid.
Une autre goutte.
Oh, ça fait froid.
Une autre goutte.
Oh, ça fait froid.
Un déluge s'abat sur le pauvre singe.
Il est trempé jusqu'au zot.
Il a peur, il a froid.
Alors il se met à courir au hasard dans la forêt.
La verte se transforme en orage.
Des éclairs déchirent le ciel.
Le pauvre petit Cobain court, terrorisé.
Il finit par voir une grotte, une caverne,
sans réfléchir et il saute dans la caverne pour se protéger de la pluie.
Il fait complètement noir dans la grotte.
Il n'y voit absolument rien.
Il ne voit même pas ses mains au bout de ses bras.
Mais il est au sec.
Il va attendre que l'orage passe avant de rentrer chez lui.
Il est tellement soulagé d'avoir trouvé un abri
qu'il se met à parler tout seul.
Eh bien moi je déteste la pluie.
Oh, bah moi aussi alors.
Il y a quelqu'un d'autre dans la grotte.
Mais comme il faisait noir, Cobain ne l'avait pas vu.
Il se dit que c'est sûrement un autre singe comme lui.
Toi aussi tu t'es perdu et tu es venu ici pour te protéger de la pluie.
Oh oui, je déteste comme mon poil est mouillé.
Je m'appelle Racha.
Et toi ?
Je m'appelle Cobain.
Enchanté de faire ta connaissance, même si je te vois pas.
Oh oui, j'aime pas trop quand il fait noir.
Moi non plus.
Par contre j'adore manger.
Oh, moi aussi j'adore manger.
Et Cobain et Racha ont parlé toute la nuit.
À deux ils avaient moins peur du noir.
Ils avaient beaucoup de points communs et ils ont beaucoup rigolé.
Si bien qu'à la fin de la nuit, la pluie s'était arrêté et ils étaient devenus amis.
J'ai une idée.
Ça te dit que demain, quand il fera jour, on se retrouve ici et on va faire un picnic tous les deux.
Oh oui, oh oui, j'adore les picniques.
Rendez-vous ici demain alors, mon nouvel ami.
Parfait, mon nouveau copain.
Et ils sont partis de la grotte et sont rentrés chez eux sans jamais être vus.
Et comme ils ne se sont pas vus, Cobain n'a pas vu quelque chose de très important.
Racha, son nouvel ami de la grotte, n'est en fait pas un singe.
Non.
Racha est...
Vous pensez que c'est quoi Racha ?
Eh bien en fait, Racha est un tigre.
Un tigre avec des longues griffes et des dents pointues.
Et un tigre, qu'est-ce que ça mange ?
Ouais, ça mange du singe.
Mais Racha, il n'a pas vu que Cobain était un singe.
Lui non plus, il n'a rien vu dans le noir.
Il pensait, Racha, qu'il parlait avec un autre tigre, comme lui.
Cobain pense qu'ils sont tous les deux des singes.
Et Racha pense qu'ils sont tous les deux des tigres.
Oh, le pique-nique du lendemain risque d'être plein de surprise.
Avec la lumière du matin qui revenait,
Cobain a fini par retrouver le chemin de son village.
Et après avoir fait un petit somme,
Midi s'approchait déjà et il s'est mis à préparer son pique-nique
pour retrouver son nouveau copain.
Il prend une grande feuille qui lui servira de sacs
et dedans il met...
Il met quoi ?
Ok. Alors dans la feuille de pique-nique,
il met des bananes, des noisettes, des pommes et des oranges.
Il ferme la feuille...
et il repart dans la forêt.
Il repart au point de rendez-vous devant la grotte
pour retrouver son nouvel ami Racha.
En faisant attention, cette fois-ci,
il a bien regardé par où il passe pour ne plus se perdre.
Mais pendant ce temps-là, au village des tigres,
Racha prépare aussi son pique-nique
pour retrouver son nouveau copain Koba.
Il prend une grande feuille qui lui servira de sacs
et dedans il met...
Il met quoi ?
Ok. Alors dans la feuille de pique-nique,
il met du steak de serpents,
des nuggets de perroquets et du jambon d'éléphant.
Il ferme la feuille...
et il repart dans la forêt.
Il repart au point de rendez-vous devant la grotte
pour retrouver son nouvel ami Koba.
Et justement, à la grotte, Koba est arrivé en premier.
Et Koba, qui adore rigoler, se dit
« Oh ! Je vais faire une blague à mon nouveau copain !
Je vais me cacher derrière un caillou !
Et quand il arrivera, je lui ferai bon ! »
Et il surcentra.
Alors Koba se cache et il attend.
Il se force à ne pas rigoler pour ne pas se faire entendre.
Et assez vite, il entend des pas lourds qui approchent.
Ouhou ! Koba, est-ce que tu es là ?
Koba, c'est moi, c'est Rasha, est-ce que tu es là ?
Yuhou ! Où as-tu Koba ?
Ok, ok, ok. 1, 2, 3.
Bouuuu !
Mais tu ! Mais tu ! Mais tu !
Ahin ! Mais tu ! Mais tu ! Mais tu !
Mais tu ! Mais tu es un ! Mais tu es un !
Mais tu es un ...
Mais tu ! Mais tu es un ...
Mais tu es un ...
Mais tu es un tigre !
Mais tu es un singe !
Mais je croyais que tu étais un singe comme moi !
Non ! Moi je pensais que tu étais un tigre claiming moi !
Est-ce que... est-ce que...
Est-ce que tu vas manger ?
Alors Racha réfléchit.
Hum... non.
Non, je ne vais pas te manger.
Nous avons discuté toute la nuit, non ?
Alors nous sommes amis et...
On ne mange pas ses amis.
C'est vrai ça.
On ne mange pas ses amis.
Oh ! Oh ! Oh ! Ça me rassure !
Est-ce que tu veux quand même qu'on aille manger notre pique-nique ?
Oh ! Bah je crois bien oui.
Cette frousse m'a ouvert l'appétit !
Alors allons-y !
Et contre toute attente,
Cobal-Saint et Racha le Tigre sont allés prendre leur pique-nique côte à côte.
Ils sont montés sur un gros rocher qui dépassait des arbres.
Le ciel, contrairement à la veille, était complètement dégagé,
pas le moindre nuage à l'horizon.
Et les arbres encore mouillés de pluie de la veille
brillaient sous le soleil comme un océan d'étoiles.
Cobal sort ses fruits et commence à les manger.
Mais Racha ne veut pas manger de la viande devant le petit singe pour ne pas lui faire peur,
alors il dit qu'il n'a pas très faim.
Et ils ont à nouveau discuté,
un peu gênés au début,
et puis assez vite, plus du tout gênés.
Ils rient, ils échangent, ils font des blagues, ils chantent des chansons.
Ils ont pas vu le temps passer,
et l'après-midi commençait déjà à toucher à sa faim,
et il fallait rentrer.
Je pense qu'à mon village,
ils comprendraient pas que je suis ami avec un tigre.
Et ça me rend triste parce que,
je crois que j'aimerais bien leur parler de toi.
Moi aussi, je pense qu'à mon village,
ils comprendraient pas que je suis ami avec un singe.
Et moi aussi, ça me rend triste parce que,
j'aimerais bien leur parler de toi.
Tu sais à quoi je pense ?
Je me dis...
Je me dis tant pisse que les gens pensent.
Je suis ami avec un tigre,
et j'ai envie que tout le monde le sache.
T'as raison, t'as raison,
tant pisse que les gens pensent.
Je suis ami avec un singe,
et j'ai envie que tout le monde le sache.
Je suis ami avec un tigre !
Je suis ami avec un singe !
Ce soir, dès que je rentre,
je vais voir le chef de mon village,
et je lui parle de toi.
Moi aussi, ce soir, dès que je rentre,
je vais voir la chef de mon village,
et je lui parle de toi.
À bientôt, mon ami !
À bientôt, mon ami !
Et tous les deux rentrent chez eux.
Arrivé à son village,
Koba, un peu stressé,
va trouver le chef de son village,
un vieux gros singe qui s'appelle Roupak.
Roupak !
Il a un très grand front, comme ça.
Il a une très grande bouche, comme ça.
Et il a des très longs bras, comme ça.
Bonjour Roupak.
Oh ! Bonjour Koba,
comment ça va ?
Ben, ça va plutôt, j'ai...
j'ai quelque chose à te dire.
Oh, je t'écoute.
Eh bien...
Eh bien, je me suis fait un nouvel ami.
Oh !
Oh, c'est très bien ça, les amis !
C'est très important !
Comment est-il cet ami ?
Eh bien, il est très grand.
Il a...
de grandes griffes.
Il a des oreilles pointues et des grandes dents.
En fait, mon ami, c'est un tigre.
Un tigre ?
Mais, mais t'es complètement malade ou quoi ?
Non, mais lui, c'est différent, il est gentil.
Il s'appelle Rasha, c'est mon ami
et on a passé la journée ensemble.
Quoi ? Vous vous êtes déjà vu ?
Oh, alors là, c'est non.
Tu sais que je n'aime pas faire ça,
mais je vais devoir utiliser mon autorité de chef.
Tu ne dois plus jamais revoir ce tigre.
Oh non, par pitié Roupak, c'est mon copain et...
Chut !
J'ai pris ma décision et je ne changerai pas d'avis.
Je t'interdis de voir ce tigre.
C'est bien compris ?
Mais, mais je...
C'est bien compris ?
Oui.
Et Koba, complètement abattu,
va dans sa chambre sans même dîner.
Pendant ce temps-là, de son côté,
Rasha arrive aussi dans son village
et va trouver la chef de son village à lui.
C'est une tigresse qui s'appelle Keira.
Une tigresse pleine d'angles,
de soupçons et de méchanceté.
Keira, elle a des petits yeux comme ça,
une queue
qui chasse la chaleur comme ça
et des griffes asserées comme des couteaux.
Comme ça.
Euh...
Bonjour, Keira.
Ah !
Bonjour, Rasha.
Comment ça va ?
Eh ben, ça va plus tôt,
j'ai... j'ai quelque chose à te dire.
Je t'écoute ?
Eh bien, je...
je me suis fait un nouvel ami.
Ah !
Un ami ?
À quoi ça sert d'avoir des amis ?
Pour moi,
il n'y a que deux types de personnes dans le monde,
les plus forts que moi, que je fuis
et les plus faibles que moi, que je chasse.
Mais je vois que tu as envie de parler.
Bon, souhaites.
Comment est-il, cet ami ?
Eh bien,
il est très petit.
Hum...
Il a des grandes oreilles.
Hum...
Il a des mains avec des doigts.
Hum...
En fait, mon ami, c'est...
c'est un singe.
Un singe ?
Mais t'es complètement malade ou quoi ?
Non mais lui, c'est différent.
Il est gentil, il s'appelle Koba.
C'est mon ami et on a passé la journée ensemble.
Quoi ?
Vous vous êtes déjà vu ?
Alors là, c'est non.
Tu sais bien que je n'aime pas faire ça,
mais je vais devoir utiliser mon autorité de chef.
Tu ne dois plus jamais revoir ce singe.
Oh non, par pitié, Kera.
C'est mon copain et...
Silence !
Ici, les singes ont les manges.
J'imagine que tu n'as pas l'intention de le manger, n'est-ce pas ?
Oh non !
Imagine si quelqu'un vous voyait,
un tigre et un singe copain.
J'ai pris ma décision et je ne changerai pas d'avis.
Je t'interdis de voir ce singe.
C'est bien compris ?
Mais je...
C'est bien compris ?
Oh... Oui.
Et Rasha, complètement abattu,
est allée dans sa chambre sans même dîner.
Ce soir-là, les deux amis,
chacun dans leur chambre,
sont tellement tristes que même la lune le sent.
Il se dit que la vie est vraiment trop injuste,
et que pileboile quand ils venaient de se faire un nouvel ami,
on leur interdisait de se voir...
à moins que...
au même moment,
dans leur deux têtes,
la même idée a germé.
L'amitié, ça fait ça, parfois.
Ils vont se retrouver cette nuit,
maintenant, devant la grotte où ils se sont rencontrés pour la première fois.
Et ils vont s'enfuir ensemble,
tant pis pour leur village qui ne veulent rien comprendre.
Ils vont habiter tous les deux,
quelque part, ils ne savent pas où,
loin de cette forêt,
et tous les jours, ils mangeraient des piqueniques
et ils ne s'arrêtaient jamais de rigoler.
Ils ont fait leur sacs,
et ils se sont enfuis,
silencieusement,
dans la forêt endormie.
Ils se sont retrouvés devant la grotte,
et ils se sont pris dans les bras en rigolant,
heureux de se rendre compte que l'autre a eu exactement la même idée.
Et ils se sont mis en route,
en chantant des chansons à voix basse dans la chaud de nuit.
Mais au village des singes,
le chef Roupac a des remords.
Il se dit qu'il a peut-être été un peu dur avec le petit coba,
et qu'il vaudrait mieux aller lui parler,
sauf qu'en arrivant dans la chambre du petit singe,
plus personne.
Le vieux Roupac cherche,
il appelle, il retourne les mables,
plus personne.
« Il faut le retrouver ! » s'écrit-il.
« Il est peut-être en danger ! »
Alors, le vieux Roupac monte au sommet
du plus grand des arbres qu'il trouve,
pour voir si, de là-haut,
il peut voir le petit singe disparu.
Il grimpe, il grimpe, il grimpe,
il grimpe, il grimpe, il grimpe,
il arrive à la cime de l'arbre,
et il regarde.
À gauche, à droite,
rien.
Et il se balance, plus loin,
à gauche, à droite,
rien.
Et il se balance, plus loin,
à gauche, à droite,
rien.
Et il se balance, plus loin,
à gauche, à droite,
rien.
Et il se balance, plus loin,
à gauche, à droite,
rien.
Mais à force de se balancer, à gauche,
et à droite,
l'arbre plie, se tord,
et finit par craquer.
Et le vieux Roupac tombe,
et sur lui,
tombe.
Une grosse branche de l'arbre,
bombe.
Il se retrouve
complètement coincé.
Il essaye de soulever la branche.
Mais elle est bien trop lourde.
« Aidez-moi, au lieu de me fixer bêtement ! »
Hure le petit losinges
qui se sont rassemblés autour de lui.
Tout le monde s'y met,
essaye de soulever la branche.
Mais elle est trop lourde,
impossible de la soulever.
Alors, il vaut si faire dans la nuit,
à qui il entendra.
« On se court ! À moi !
On se court ! À moi !
»
Et, loin dans la forêt,
Koba et Rasha avancent,
rigolant et enchantant,
mais Koba entend l'appel de Roupac.
« On se court ! À moi !
On se court ! À moi ! »
C'est le chef de mon village,
il a l'air en danger.
Il faut absolument l'aider.
Alors, sans même se poser la question,
Rasha attrape le petit singe,
le lance sur son dos,
et il galoppe à toute vitesse dans la forêt,
remontant en sens inverse toute la route
qu'ils avaient fait pour revenir au village des singes,
suivant l'appel du vieux Roupac.
« On se court ! À moi ! »
Quand le tigre arrive au village des singes,
tous ont un mouvement de recul,
de peur.
Mais Koba l'est rassure.
« N'ayez pas peur, c'est Rasha,
c'est mon ami, on vient aider ! »
Rasha s'approche du vieux Roupac,
coincé sous la branche.
« Oula ! Oula ! Non, non, non !
Va-t'en, le tigre ! Va-t'en ! »
Mais enfin, laissez-moi aider.
Je suis beaucoup plus fort que vous.
Laissez-moi enlever cette branche.
« Non, non, non, non, non !
Je n'ai pas confiance !
Et puis, et puis, je n'ai pas besoin de toi ! »
Bien sûr que si vous avez besoin de moi,
vous n'avez pas réussi à enlever la branche tout seul.
« Euh...
C'est vrai.
Laissez-moi vous aider.
Promis, tu ne vas pas en profiter pour me manger.
Promis.
« Promis, tu ne vas pas me croquer un bout de cuisse ?
Promis.
« Promis, tu ne vas pas non plus me croquer un bout de ventre ?
Promis.
« Promis, tu ne vas pas me croquer un orteil ?
Oh, promis.
Alors...
Alors d'accord,
libère-moi.
Alors Rasha s'approche doucement,
ouvre sa grande gueule pleine dedans,
attrape la branche et la soulève,
comme si elle n'était pas plus lourde qu'une plume.
Le vieux roupaque se relève,
vérifie qu'il n'a rien de cassé à cause de la branche,
et vérifie si le tigre ne lui a pas croqué un bout de cuisse,
un bout de ventre ou un orteil.
Mais il doit bien se rendre à l'évidence,
il est sain et sauf,
et c'est bien Rasha le tigre qui l'a sauvé.
Mais les appels à l'aide du vieux singe
ont attiré quelqu'un d'autre,
et avant que roupaque n'ait pu remercier Rasha de l'avoir sauvé,
une autre voix se fait entendre.
Rasha, qu'est-ce qui se passe ici ?
Tout le monde se retourne.
Kera, la chef des tigres,
a été elle aussi attirée par l'écrit du singe,
et elle n'est pas, mais alors pas contente du tout.
Je t'avais pourtant bien dit, Rasha,
de ne plus traîner avec ce singe,
je te l'avais formellement interdit.
Et où est-ce que je te retrouve ?
Dans le village des singes,
et à quoi faire ?
À les aider ?
Je t'avais dit que Koba le singe était mon ami,
et le chef de son village avait besoin d'aide,
et silence,
des excuses ne m'intéressent pas Rasha.
Si tu veux vivre parmi les tigres,
il va falloir que tu agisses comme un tigre,
et les tigres, ce n'est pas ami avec les singes,
ça les mange.
Alors, je vais te laisser une dernière chance, Rasha,
si tu veux rentrer à la maison ce soir,
il faut que tu manges ce Koba immédiatement,
sinon tu ne remettras plus jamais le pied dans ton village.
Rasha est tout perdu.
Bien sûr qu'il n'a pas envie de manger son ami Koba le singe,
jamais de la vie,
mais son village, c'est chez lui.
Où est-ce qu'il va habiter si on le chasse de chez lui ?
Il est si triste.
Ils sont les larmes montées dans ses yeux.
Mais Koba le singe s'approche de lui.
Tu sais mon ami,
ça sert à rien d'habiter avec des gens qui n'acceptent pas à qui tu es.
Laisse-les derrière, et peut-être que...
peut-être que tu pourrais habiter ici ?
Ma chambre est petite, mais je te ferai de la place,
enfin, si le chef veut bien.
Et Koba le singe et Rasha le tigre se tournent vers le vieux roupac.
Il réfléchit un instant et il dit...
Hum...
Tu sers, Rasha.
Au début, j'avais peur de toi,
mais c'était avant de te connaître.
Je t'ai fait confiance,
et tu m'as sauvé la vie.
Sans toi, je serai encore bloqué sous cette branche.
Alors, merci.
Merci du fond du cœur.
Et pour te remercier, je vais te faire confiance,
encore une fois, et te dire que, bien sûr,
tu es le bienvenu si tu veux venir habiter ici, parmi les singes.
Ne les écoute pas, Rasha.
Sois un tigre bon sang, croque un singe et reviens à la maison.
Rasha réfléchit un instant,
observant Koba et les singes d'un côté.
Keira et son village de l'autre,
puis il dit à sa chef...
Non, Keira.
Je ne mangerai pas mon ami,
et non, je ne rentrerai pas au village.
Si, au village, vous n'acceptez pas qui je suis.
Tu dis, sois un tigre,
mais il y a plein de manières d'être un tigre.
Et ma manière à moi, c'est d'être gentil,
et d'aider les autres.
Et ça, c'est mon nouvel ami Koba qui me l'a montré.
Alors, je vais habiter chez les singes,
et si ça ne te plaît pas, c'est pareil.
Maintenant, du balai vieille tigresse des plumeux.
Keira est si étonnée,
si abbassondie parce que dira à chat
que ses yeux et sa bouche s'ouvrent en grand comme ça.
Elle cherche à répondre,
« Eh bien, tu...
Eh bien, je...
Eh bien, ça... »
Mais elle ne trouve rien à dire, alors.
Elle tourne les talons et disparaît dans la forêt.
Et plus jamais, elle n'est revenue embêter Racha.
Et si aujourd'hui vous vous promenez au coeur de cette forêt lointaine,
et que vous arrivez loin, loin des routes des humains,
vous arriverez peut-être dans un village de singes
dans lequel vit un gros tigre tout doux
et tout gentil qui s'appelle Racha.
Il vit heureux dans une cabane avec son meilleur copain Koba,
et tous les jours, il mange des pique-niques
et il n'arrête jamais de rigoler.