Un bleu si bleu.
D'après le livre de Jean-François Dumont.
Basile a fait un rêve cette nuit.
Il ne se rappelle plus si bien de son rêve,
mais il se rappelle qu'il y était bien, si bien.
Il se rappelle d'une couleur omniprésente, un bleu.
Un bleu si bleu.
Un bleu doux et lumineux à la fois.
Un bleu si bleu qu'on avait envie de lui faire un câlin.
Et quand il s'est réveillé, ce matin-là,
il s'est dit, je ne sais pas comment je le sais,
et je ne sais pas où, mais ce bleu existe.
Et je vais le trouver.
Il s'est levé, il a pris son cahier, son pinceau,
et il a ouvert la fenêtre.
Là-haut, le soleil brillait dans le ciel bleu.
Alors il a tendu son pinceau,
il a pris la couleur du ciel,
et il l'a étalée sur une page de son cahier, mais...
ce n'était pas le bleu de son rêve.
Ce n'était pas ce bleu-là.
Il est descendu dans la rue, avec son cahier et son pinceau,
pour continuer à chercher.
Il est arrivé dans une grosse avenue
qui sentait les fumées d'échappement et le pinceau.
Il entendait les claxons et la musique des magasins.
Et il a vu une dame avec une grande robe bleue.
C'est peut-être celui-là, c'est-il dit.
Alors il a tendu son pinceau,
il a pris la couleur de la robe,
il l'a étalée sur une page de son cahier, mais...
ce n'était pas le bleu de son rêve.
Ce n'était pas ce bleu-là.
Qu'est-ce qui se passe, petit garçon ?
Pourquoi tu es triste comme ça ? a demandé la dame.
Je cherche le bleu de mon rêve.
Un bleu si bleu, un bleu doux et lumineux à la fois,
un bleu si bleu qu'on a envie de lui faire un câlin.
Mais je ne l'ai pas trouvé.
Ce bleu-là, je ne le connais pas, a repris la dame.
Mais tu sais, si tu cherches un bleu particulier,
va au musée, ils ont plein de tableaux.
Tu y trouveras peut-être ton bleu.
Alors Basile a pris le bus pour aller jusqu'au musée.
Un grand bâtiment de verre et de métal.
Il est arrivé dans des grandes salles qui sentaient le savon et le bois.
Il entendait l'écho de ses propres pas et les gens parlaient en chuchotant.
Il a regardé les tableaux, les sculptures, les photos.
Certaines oeuvres, il aimait, d'autres pas.
Certaines le faisaient rigoler, d'autres lui faisaient peur.
Mais il est arrivé devant le tableau d'un homme qui devait être très important
parce qu'il avait une sorte de couronne bizarre et l'air un peu prétentieux.
Et il avait une cape d'un bleu extraordinaire.
Alors il a tendu son pinceau, il a pris la couleur de la cape du tableau
et l'a étalée sur une page de son cahier.
Mais ce n'était pas le bleu de son rêve.
Ce n'était pas ce bleu-là.
Alors Basile s'est assis sur un banc du musée,
découragé et triste.
Que se passe-t-il, petit garçon ? Pourquoi tu es triste comme ça ?
a demandé le gardien du musée un petit homme avec une tête un peu de souris.
Je cherche le bleu de mon rêve.
Un bleu si bleu, un bleu doux et lumineux à la fois,
un bleu si bleu qu'on a envie de lui faire un câlin.
Mais je ne l'ai pas trouvé.
Ce bleu-là, je ne le connais pas, a repris le gardien.
Mais tu sais, si tu cherches un bleu particulier,
va voir la mer.
Moi, je ne l'ai jamais vu, mais il paraît qu'elle est incroyablement belle.
Tu y trouveras peut-être ton bleu.
Alors Basile a pris le train pour aller jusqu'à la mer.
Il est arrivé dans un porc qui sentait fort le poisson et les algues.
Il entendait le bruit des bouts, des cordes qui claquaient contre le mât des bateaux
et des gens qui crient pour vendre ce qu'ils avaient péché.
Il a vu un ponton de bois qui s'avancait dans la mer bleu sombre.
Alors il est allé jusqu'au bout, s'est allongé à plat ventre.
Il a tendu son pinceau, il a pris la couleur de la mer
et il a étalé sur une page de son cahier.
Mais ce n'était pas le bleu de son rêve.
Ce n'était pas ce bleu-là.
Que se passe-t-il, petit garçon ? Pourquoi t'es triste comme ça ?
A demandé une pécheuse qui avait une grande salopette jaune.
Je cherche le bleu de mon rêve.
Un bleu si bleu, un bleu doux et lumineux à la fois,
un bleu si bleu qu'on a envie de lui faire un câlin.
Mais je ne l'ai pas trouvé.
Ce bleu-là, je le connais pas, a repris la pécheuse.
Mais tu sais, la mer, elle est différente dans tous les ports du monde.
Montes avec nous sur le bateau.
On part pour les Caraïbes, de l'autre côté de l'océan.
Tu... t'y trouveras peut-être ton bleu ?
Alors Basile a pris le bateau pour traverser l'océan.
Il a essuyé des tempêtes terribles,
où la pluie le mouillait jusqu'aux os,
et où le tonnerre faisait vibrer le ciel.
Et il a fini par arriver sur une île de l'autre côté de l'océan.
Il a sauté du bateau et s'est assis sur le sable blanc.
Autour de lui, une plage,
une plage comme il n'en avait vu que dans les films et les cartes postales,
avec des palmiers et des oiseaux aux couleurs vives.
Ça sentait les fruits et le feu de bois.
Il entendait au loin un homme qui chantait,
et le bruit de petite moto qui passait parfois sur la route derrière.
Et la mer.
La mer devant lui était d'un bleu turquoise magnifique.
Alors il a tendu son pinceau,
il a pris la couleur de la mer,
il l'a étalée sur une page de son cahier, mais...
Ce n'était pas le bleu de son rêve.
Ce n'était pas ce bleu-là.
Que se passe-t-il, petit garçon ?
Pourquoi tu es triste comme ça ?
A demandé une grosse tortue qui se promenait lentement sur le sable.
Je cherche le bleu de mon rêve.
Un bleu si bleu,
un bleu doux et lumineux à la fois,
un bleu si bleu qu'on a envie de lui faire un câlin,
mais je ne l'ai pas trouvé.
Ce bleu-là, je ne le connais pas, a repris la tortue.
Mais tu sais, au nord d'ici,
il y a un autre pays
où des musiciens font de la musique
comme on en entend nul par ailleurs.
Et on dit que cette musique est bleue
et qu'elle n'a pas son pareil.
Mente sur mon dos, je t'emmène aux États-Unis.
Tu y trouveras peut-être ton bleu.
Alors Basile est montée sur la carapace de la tortue
qui a remonté les côtes à la nage jusqu'à arriver aux États-Unis.
La tortue l'a déposée dans une ville
qui s'appelle la Nouvelle Orléans.
Et Basile a commencé son exploration.
Au loin, des immeubles géants venaient chatouiller le ciel,
mais le quartier où il était, lui,
c'était des maisons plus petites
avec des balcones blancs et des plantes tombantes.
Ça sentait la banane et l'huile de friture
et il entendait de la musique partout,
des trompettes, des contrebasses, des bonnes jots.
Mais le petit garçon s'est laissé guider
par son oreille vers des notes plus calmes.
Et il est arrivé dans un petit restaurant
où un homme jouait de la guitare.
Basile s'est assis à une table
qui sentait le poulet et la cigarette froide,
et il l'a observée.
L'homme jouait d'une musique incroyable,
une musique belle et triste en même temps,
et ses doigts sur les cordes de la guitare
faisaient jaillir des petites notes qui flottaient en l'air
avant, déclatées, des notes comme des bulles de savon.
Et ces notes, ces notes étaient bleues.
Alors il a tendu son pinceau,
il a pris la couleur de la musique,
il l'a étalée sur une page de son cahier,
mais...
mais ce n'était pas le bleu de son rêve.
Ce n'était pas ce bleu-là.
Alors là, le petit garçon était vraiment déçu.
Il pensait vraiment que ce serait enfin le bon bleu.
Il en avait marre de chercher.
Il était si fatigué.
Que se passe-t-il, petit garçon ?
Pourquoi tu es triste comme ça ?
A demander le musicien qui était venu s'asseoir à sa table
une fois le concert terminé.
Je cherche le bleu de mon rêve.
Un bleu si bleu, un bleu doux et lumineux à la fois,
un bleu si bleu qu'on a envie de lui faire un câlin.
Mais je ne l'ai pas trouvé.
Ce bleu-là, je ne le connais pas, a repris le musicien.
Et je ne sais pas où tu peux le trouver.
Tout ce que je sais, c'est que tu as l'air très fatigué, petit,
bien plus fatigué qu'un enfant ne devrait jamais l'être.
Rentre chez toi, dors dans ton lit.
Manche ta nourriture et tout ira mieux.
Alors Basile a repris un bateau pour retraverser l'océan
et il est rentré chez lui.
Maintenant qu'il avait arrêté sa recherche,
il s'en rendait compte, c'est vrai qu'il était fatigué.
Il est arrivé au port, il a repris le train.
Il est arrivé en ville, il a repris le bus.
Il est arrivé à son immeuble, il a repris l'ascenseur.
Et il est arrivé chez lui, sa maman était là.
Et lui a fait un énorme câlin avec plein de bisous dans les cheveux.
Et elle l'a regardé, ta regard doux, aimant.
Elle l'a regardé avec ses yeux, avec ses yeux bleus,
avec ses yeux d'un bleu si bleu,
ses yeux d'un bleu doux et lumineux à la fois,
avec ses yeux d'un bleu si bleu, qu'on avait envie de lui faire un câlin.
...