« Laellow Jub »
Conte-moi l'aventure !
Le podcast des histoires extraordinaires pour les enfants.
Un podcast signé chéri FN.
Les chaussettes des flammants roses, d'après le compte Doracio Quiroga.
Te souviens-tu Doracio Quiroga, l'auteur du perroquet des plumez ?
Ce grand écrivain argentin habitait au bord de la forêt vierge,
où la faune est extraordinaire.
On y croise des perroquets multicolores, des jaguars féroces,
mais aussi des tortugéantes, des caimans,
ou encore des flammants roses.
Le soir, Doracio Quiroga s'inspirait de ses animaux
pour raconter des histoires à ses enfants.
C'est ainsi que sont naît les comptes de la forêt vierge,
tous plus amusants les uns que les autres.
On y trouve des réponses fantaisistes à de grandes questions.
Par exemple, pourquoi les flammants sont-ils roses ?
Parce qu'ils mangent beaucoup de crevettes ?
Non voyons, ce serait trop simple.
Écoute donc.
Ce matin-là, dans la forêt vierge, raisonnait l'écrit des perroquets.
Bah, les vipères font une fête !
Bah, nous allons danser !
Si, ballamos !
Ambal !
Nous allons avoir...
Ambal !
Les vipères les avaient chargées
de convier tous les animaux à un grand bal.
On se réunirait en début d'après-midi
pour danser jusqu'au bout de la nuit.
À cette nouvelle, les oiseaux pépières, les singes sautères,
les crappots co-asserts et les caïmans cesser de bailler.
Vive à la fiesta !
Mais, vite, il n'y avait plus de temps à perdre.
Il fallait trouver comment s'habiller.
Les animaux passèrent toute la matinée
à fabriquer des tenues extraordinaires,
dignes du bal des vipères.
Seuls les flamands ne bougaient pas.
Non qu'ils se satisfacent de leur apparence,
à l'époque, les flamands étaient blancs
et leur gros corps perché sur leur maigre pâte blafarde
n'était guère impressionnant.
Mais il manquait terriblement d'imagination
et donc d'idées pour se paraître.
Enfin, l'heure du bal sonna.
Tous les animaux se pressèrent au bord de la rivière
pour montrer leurs attours et ouvrir le bal.
Comme ils étaient beaux,
comme ils avaient soigné leurs effets.
Les caïmans étaient faits des colliers de bananes
et paradéfièrement.
Les crappots, eux, c'était collés des écailles de poissons sur le corps
qui leur faisaient un costume chatoyant.
Quand ils sautaient, on lui dit qu'un arc en ciel les suivait.
Les grenouilles avaient aussi misé sur des jeux de lumière.
Elles avaient attrapé des lucioles pour illuminer leur tenue.
Mais elles ne sautaient pas.
Ce soir, grande dame, elles avançaient debout sur deux pâtes.
Les perroquets, eux, avaient assé de leur plumage.
Mais ils avaient pressé des fleurs pour se parfumer tout le corps
et battait des ailes pour répandre leurs effets.
Ils ne manquaient plus que les autesses.
Où étaient-elles ?
Les vipères attendaient pour faire leur grande entrée.
Elles s'étaient fabriquées de vraies robes de princesse.
À chacun de leurs anneaux, elles portaient un jupon de tulle assortie à leur peau.
Les tutus des vipères vertes étaient verts,
jaunes pour les vipères jaunes
et olives avec des dessins bruns pour les vipères vertes de lance.
Mais les plus majestueuses, c'était sans aucun doute les vipères corail,
avec leurs voiles qui imitaient leurs rayures jaunes, rouges et noires.
Soudain, le cœur des oiseaux se mit à chanter
et les vipères, toutes ensemble, glissèrent sur la piste.
Arrivé au centre, elles se dressèrent sur la pointe de leur queue
et se mirent à tournoyer.
Cette ronde de couleurs tournait la tête des invités.
Les vipères avaient réussi leur pari.
L'Assemblée est tête éblouie.
Les animaux applaudirent à tout rompre, puis rejoignir ces dames sur la piste.
Et bientôt, tous dansaient, tournaient, riaient, la fête battait son plein.
Même les poissons, qui bien sûr ne pouvaient pas sortir de la rivière,
battaient des nageoires au rythme des guitares.
Seuls les flamands restaient dans leurs coins,
tordant leurs gros becs de dégout.
Comme ils se sentaient bêtes avec leurs plumes toutes blanches
et comme ils enviaient les belles tenues des autres,
soudain, un jeune flamand, plus dégourdi que les autres, eut une idée.
« Hé, le balle vient juste de commencer, nous avons le temps de nous changer,
on n'a qu'à copier une tenue. Copier, oh ça, c'est une idée.
Bon, alors, qu'est-ce qu'on choisit ? »
Les flamands roses observèrent l'Assemblée.
Il y avait des solutions de facilité.
Que hier quelques bananes et sans faire un collier, comme les caillements,
c'était à portée de becs.
Ils auraient pu aussi trouver de grosses fleurs comme les singes
pour se les ficher dans les plumes.
Mais les flamands, encore une fois, n'étaient pas très malins.
Sans se soucier de la praticité, ils n'écoutèrent que leur envie.
Et s'il y avait une tenue qui les subjugait,
c'était la robe rouge jaune et noire des vipères corail.
« Je veux ressembler aux vipères corail, moi ! »
« Oh, oh oui, moi aussi ! »
« Ce sont-elles les plus belles ? »
« Peut-être si nous portons leur couleur, elles nous aimeront. »
« Il nous faut donc un habil rouge jaune et noir. »
« Oh, je sais ! »
« Nous pouvons trouver de grandes chaussettes arrivent à mettre sur nos pattes. »
« Ah, oui, c'est ça, des chaussettes. »
« Des chaussettes ? Ça s'achète. »
« Oh, dans les magasins ? »
« Personne ne vit les flamands sans voler. »
« Direction, la ville et ses magasins. »
Le tailleur venait de fermer.
Mais les flamands toquèrent si fort du bec qu'il fut bien obligé de leur ouvrir.
La vitrine allait exploser.
« Des chaussettes rouge jaune et noire ? J'en ai pas ! »
Soussieux de se débarrasser de ses visiteurs incongrues,
il ajouta « Demandez peut-être au mercier du tissu rayet ? »
Le mercier était ouvert et meilleur commerçant.
« Du tissu rayet pour un costume de balle ? »
« Ah, désolé, je n'en ai pas. Mais regardez-moi ces merveilles ! »
Il leur montra des tissus colorés, moirés, pâtés.
Il sortit aussi des rubans, d'ici 15 et 1000 autres fanfres luches.
Les flamands auraient pu trouver là de quoi éclipser même les robes des vipères.
Mais ils étaient trop bornés pour changer d'idée.
Ce serait des chaussettes rayées ou rien.
Ils essayèrent encore deux ou trois boutiques sans plus de succès.
Ici, on les traite à de fous, là on les chassa à coups de balais, partout on leur rit au nez.
« Des chaussettes rayées pour des flamands ? Et puis quoi encore ? »
La nuit tombait désormais et les lumières de la ville s'étaignaient.
Les flamands, dépitées, reprirent le chemin de la rivière.
Oseraient-ils retourner au balle dans leur tenue ordinaire ?
Un tatou qui passait par là les interroga.
« Pourquoi ces tristemines ? »
Quand les flamands lui eurent exposé leur déboire, le tatou réfléchit.
« Des chaussettes rayées, rouge, jaune et noir ?
Il faudrait au moins aller jusqu'à Bueno Saerès pour en acheter.
Heureusement, vous tombez bien. Je connais quelqu'un qui en a des toutes pareilles.
Allez voir la chouette de ma part.
« Ah, quel au ben ! »
Se disaient les flamands.
Il n'imaginaient pas que le tatou, un peu voyous, leur avait joué un mauvais tour.
La chouette les accueillit, encore ébouriffé.
« Ouh, oh, oh, oh, vous avez de la chance.
Oh, oh, je viens de me réveiller. Que voulez-vous ? »
« Le tatou nous envoie. Vous demandez des chaussettes noires, rouge et jaune.
Oui, pour que les vipères corailent en amoureuse de nous. »
La chouette faillit leur répondre qu'ils étaient fous, puis compris l'intention du tatou.
Elle aussi aimait se moquer. Elle répondit.
« Oh, oh, oh, oh, bien sûr. Attendez-la. J'ai ce qu'il vous faut.
Un instant plus tard, la chouette revente avec des peaux de vipère corail
qu'elle avait chassées et vidées de leur chair.
Sans identifier ce dont il s'agissait, les flamands les enfilèrent et s'extasièrent.
« Oh, ces chaussettes sont parfaites. C'est exactement la bonne couleur.
Les vipères vont nous s'adorer. »
Ils avaient l'air si ravis que la chouette eut pitié d'eux.
Pas au point de les arrêter, non, mais elle leur donna un conseil.
« Allez danser, mes attentions. Ne cessez jamais de danser,
car si vous vous arrêtez, même un instant où vous pleurez. »
Les flamands ne comprirent rien à cet avertissement,
mais ils étaient habitués à ne pas comprendre grand-chose.
Aussi, première-t-il guément avant de partir à Tiredel.
Leur arrivée au balle fut triomphale.
Ce souvenant des conseils de la chouette,
à peine s'était-il posé qu'ils enchaînaient les pirouettes.
Autour d'eux, on s'écartait, admirant l'agilité de leur pâte si joliment colorée.
Les vipères corailes elles-mêmes étaient subjugées.
Elles ne voulaient plus danser qu'avec eux, tant leur couleur leur plaisait.
Mais petit à petit, elles se mirent à chauter.
« Si chaussettes nous ressemblent si parfaitement,
et quelle c'est de matière, ce n'est pas de la soie ? »
Elles se méfiaient désormais et tentaient de mieux voir,
mais la nuit était de plus en plus noire.
Les vipères allaient retrouver les grenouilles pour leur emprunter leur lusiole.
Ainsi éclairés, elles en auraient le coeur net.
Mais les flamands, quoique là, continuaient de danser,
et leur pâte bougeait si vite que les vipères ne pouvaient rien vérifier.
Tout à coup, l'un d'entre eux trébucha sur la queue d'un caïmand
et s'étala de tout son long.
Aussitôt, les vipères corail se précipitèrent
pour examiner ses jambes à la lumière de la lusiole.
« Oh, ça prit ici, ce ne sont pas des chaussettes,
ce sont des peaux, des peaux de vipères,
ce sont nos sers assassinés ! »
Sous le choc, tous les flamands s'étaient figés.
Quand ils virent, les vipères se dressaient, vangeraisent,
ils vouluirent s'envoler,
mais ils étaient si épuisés qu'ils ne pouvaient plus bouger.
Comme l'avaient prédit la chouette, ils allaient pleurer désormais.
Les vipères les encercle et arrachaient les peaux de leurs pattes à coups de crochet.
Puis, elles mordirent une fois, deux fois, trois fois.
Dans chaque patte, injectant leur venin dans le sang des flamands,
jusqu'à ce que leur mort semble assurée.
« C'est assez, retournons danser mes sœurs ! »
Les flamands pourtant ne moururent pas.
Rassemblant leur dernière force, ils se jetèrent dans l'arrivée.
La douleur était atroce, mais l'eau la va si bien leur morsure qu'ils survécurent.
Ils leur restent à néanmoins la trace du venin dans tout le corps,
qu'ils leur faisaient partout, comme une rougeur.
C'est ainsi que les flamands sont devenus des flamands roses.
Leurs jambes, elles, demeurent fortirité.
Aussi, restent-ils dans l'eau, où ils continuent de danser d'un pied sur l'autre ?
Les poissons savent bien pourquoi.
Ils adorent les rayés pour les faire rougir à leur tour, de honte cette fois.
Gare à ceux pourtant qui osent s'approcher.
Les flamands n'ont qu'à plonger le bec dans l'eau pour les manger et se venger.
Heureusement, les hommes, eux, ignorent leurs mésaventures.
Lorsqu'ils s'extasient sur ces flamands devenus roses, les oiseaux, en instant, oublient leur brûlure.
Quel bonheur alors pour eux de déployer leurs ailes et de se faire admirer.
Car, pour tous leurs malheurs, ils auront au moins gagné de belles couleurs.
Conte-moi l'aventure est un podcast chéri FM réalisé par de sympathiques animaux.
A l'écriture, la chouette Marion Lemoine.
A l'interprétation, le perroquet, Léa Desgaré.
A l'enregistrement, à la réalisation Éomix, les poissons, Cédric Le Doré et Adrien Leblanc.
A l'édition, le caïman, Anaïs Kopman.
A la production, les flamands, Anne Cécile Kierry et Sarah Conant.
On espère que cette histoire t'a plu.
Si tu aimes les histoires avec des animaux, n'hésite pas à aller écouter le perroquet des plumées du même auteur.
Le merveilleux voyage de Nilsol Gerson, ou encore la petite poussette.
Et dis-nous en commentaire celle que tu as préférée.
A bientôt pour une nouvelle aventure !
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org