Bonjour, je m'appelle Apoline, j'ai 11 ans, presque 12, et ma bêtise préférée, c'est les colères à en faire trembler la maison.
Parce que quand j'étais petite, je faisais aussi des colères, voilà.
Tu savais toi que quand les adultes étaient petits, faisaient aussi des bêtises ?
Rien que moi une bêtise, une petite, une énorme, une énorme, ou un hortnavois.
Ça, c'est une grosse bêtise, oops, j'étais trop petit.
C'est pas moi.
Bonjour, je m'appelle Philippe Geluc, je suis dessinateur, et quand j'étais petit, j'ai fait une grosse bêtise.
Je devais avoir sept ou huit ans et on habitait dans une maison à Bruxelles et en fait quand
j'étais petit j'avais deux défauts.
Un j'étais un peu radin.
C'est amour.
C'est-à-dire que quand j'avais un beau bulletin à présenter à mes grands-parents, ils me
donnaient une petite pièce pour me récompenser.
Il y a un pour-toi.
Et je gardais ces sous très précieusement dans un endroit de ma chambre bien cachée.
54, 55 francs.
J'étais pas du genre très généreux.
C'est-à-dire que mes sous devaient servir à moi, point bas.
À moi, à moi.
Et l'autre défaut que j'avais, c'est que je pouvais piquer des colères mais hallucinantes.
Je n'ai pas !
Qui n'émarrais sur rien du tout.
Tout était !
On me disait...
Mais donc t'as servi sur tes genoux.
Ça me saoule !
Et ça partait pour rien.
Un table.
On mange.
Ce soir-là, tout se passe bien, on est passé à table, on commence à dîner.
Mais il y a une chose qu'on faisait à l'époque, systématiquement, avant les repas,
c'est qu'on se lavait les mains.
Et donc, ce soir-là, je suis en train de manger, j'attaque un truc que je prends
de tête avec les doigts et à ce moment-là, ma mère me dit...
Philippe, tu ne t'es pas lavé les mains ?
Et pris sur le fait que je remets la cuisse de poulet dans la sieste.
Mais c'est bon là !
On ne peut plus manger tranquille !
Et je me lève.
Ah, la casquette !
Je renverse ma chaise, je sors de la pièce, je claque la porte à faire trembler la maison entière.
Bon de nul !
Je traverse le palier, je refais claquer la porte de ma chambre.
Et je me mets sur mon lit et je me mets à mouter.
Un barbe !
Le problème, c'est que j'avais des colères comme ça régulièrement.
Non, non, non !
Une fois, deux fois par semaine...
Et alors ?
Mais ça faisait des mois que ça durait.
Oh, j'en ai marre !
C'est pas juste !
Non !
D'habitude, mes parents me laissaient comme ça, bouddées pendant un quart d'heure,
et puis je revenais tout seul, comme si de rien n'était, on reprenait la soirée.
Moi, je m'en fiche.
Et là, ma mère arrive un peu rapidement.
Elle est, comme d'habitude, très calme, simplement elle me fait avec le doigt...
Philippe, viens voir quelque chose.
Et là, je me dis, oups, y a un problème.
Donc je la suis, on arrive dans le salon.
Et elle me montre le mur,
Regarde ça.
...mi toitien entre ma chambre et le salon.
Et avec le doigt, elle décrit une ligne en l'air.
Et le mur comportait une fissure.
Mais pas une petite fissure, une fissure sur trois mètres de large.
C'est toi qui a provoqué ça.
Et elle a dit très calmement...
Et il est évident que la réparation, c'est toi qui va la payer, avec tes sous.
Et là, je me suis liqué fier,
parce que ma petite cagnotte, ma tir liée, j'y tenais tellement,
et je voyais des économies d'une année ou de deux années entières
qui allaient disparaître d'un coup.
Pas mes sous.
Ça m'a laissivé intérieurement, et par chance,
le peintre qui venait faire les travaux dans la maison m'avait à la bonne.
Et il est venu replattre et le mur remet en coup de peinture.
Et il m'a dit...
Philippe, moi, je t'aime bien, alors pour toi, ce serait gratuit.
Et je sais que c'est à ce moment précis de ma vie
que ce tempérament colérique m'a quitté.
Et par ailleurs, plus tard, j'ai appris
que la plus belle chose qu'on puisse faire, c'est de partager.
Et ça, lorsque je l'ai compris, je n'ai cessé de le mettre en pratique.
Allez, raconte-moi, connebétise.