#83 — Marche solitaire dans les Monts Célestes, avec Jérémy Bigé

Durée: 55m16s

Date de sortie: 14/08/2024

En 1932, l’exploratrice Ella Maillart se lance en solitaire et sans permis dans un long périple à travers l’Asie Centrale. Découvrant au passage les villes mythiques de la route de la Soie. À son retour, elle partage son aventure dans Des monts Célestes aux sables Rouges.

90 ans plus tard, Jérémy Bigé tombe amoureux de cette histoire. Au fil de sa lecture, il note tous les indices qui lui permettrait de retracer précisément l’itinéraire de la voyageuse, pour le reporter plus tard sur de vieilles cartes soviétiques. Son objectif ? Marcher sur ses traces entre le Kirghizistan et le Tadjikistan. 2000 kilomètres. 3 mois. À pied. En solitaire. Mais son voyage est bien différent de ce qu’il avait imaginé…

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🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart, la musique est composée par Nicolas de Ferran, avec une musique additionnelle de Michael Boga. Chloé Wibaux s'est assurée du montage et Antoine Martin du studio Krispy Records du mixage.


🤝 La saison 7 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

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Plus d'infos sur l'épisode :
En 1932, l’exploratrice Ella Maillart s’est lancée dans un long périple à travers l’Asie Centrale. En solitaire et sans permis, elle a cheminé pendant des mois au coeur de cet espace infini, battu par les vents. Découvrant au passage les villes mythiques de la route de la Soie. À son retour, elle a publié un précieux témoignage sur cette région du monde dans un livre : Des monts Célestes aux sables Rouges.

90 ans plus tard, Jérémy Bigé est tombé amoureux de cette histoire. Passionné par les récits d’aventure, il en a dévoré chaque page, chaque paragraphe, chaque mot. Au fil de sa lecture, il a noté tous les indices qui lui permettrait de retracer précisément l’itinéraire de la voyageuse suisse, pour le reporter plus tard sur de vieilles cartes soviétiques.

L’objectif : marcher sur ses traces et dessiner sa propre route au coeur des steppes, entre le Kirghizistan et le Tadjikistan. 2000 kilomètres. 3 mois. À pied. En solitaire. Un voyage bien différent de ce qu’il avait imaginé. Car si vues du ciel, les grandes plaines d’Asie Centrale semblent désertes, sur le terrain, c’est une autre histoire…

À propos de Jéremy Bigé :

Prédestiné à devenir ingénieur, Jérémie Bigé se découvre une passion pour la marche en randonnant en Himalaya. Après ses études, il choisit de devenir guide de moyenne montagne. Pendant sa formation, il traverse l’entièreté des Pyrénées et des Balkans. Un jour, inspiré par l’exploratrice Ella Maillart, qui en 1932 a parcouru l’Asie Centrale en solitaire, il décide de suivre ses traces. Fasciné par son récit "Des monts Célestes aux sables Rouges", il retrace son itinéraire entre le Kirghizistan et le Tadjikistan. 2000 kilomètres. 3 mois. À pied. En solitaire. Mais son voyage est bien différent de ce qu’il avait imaginé…



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En 1932, l'exploratrice Hélame Ayar s'est lancée dans un long périple à travers l'Asie centrale.
En solitaire et sans permis, elle a cheminé pendant des mois au cœur de cet espace infini battu par les vents,
découvrant au passage les villes mythiques de la route de la soie.
A son retour, elle a publié un précieux témoignage sur cette région du monde dans un livre,
des Mons célestes aux Sables Rouges.
90 ans plus tard, Jérémy Bige est tombé amoureux de cette histoire.
Passionné par les récits d'aventure, il en a dévoré chaque page, chaque paragraphe, chaque mot.
Au fil de sa lecture, il a noté tous les indices qui lui permettaient de retracer précisément l'itinéraire de la voyage suisse,
pour le reporter plus tard sur des vieilles cartes soviétiques.
L'objectif, marcher sur ses traces et dessiner sa propre route au cœur des steppes, entre le Kyrgyzstan et le Tajikistan.
2000 km, 3 mois, à pied, en solitaire.
Un voyage bien différent de ce qu'il avait imaginé, car si vu du ciel, les grandes plaines d'Asie centrale semblent désertes,
sur le terrain, c'est une autre histoire.
Tout a commencé, je pense, par l'ouverture d'un livre qui s'appelle « Des Mons Célestes aux Sables Rouges »
qui a été écrit par Elamaïar en 1932.
Elamaïar, c'est une Suisse, qui est partie au Kyrgyzstan en 1932 pour s'enfoncer dans le territoire soviétique
à une époque où ce territoire était assez fermé.
C'était très dur d'y rentrer depuis l'extérieur, et elle a livré un témoignage assez précieux de cette époque.
Je lis ce livre et je tombe.
Je me plaie à noter sur une carte les lieux dits, les noms d'école, les noms des villes qu'elle traverse.
Je me plaie à aller replacer sur une carte.
De fil en aiguille, je retrace son itinéraire.
Je me dis pourquoi pas me lancer à ces trousses avec 90 ans d'écart,
mais aller à mon tour célébrer l'audace de cette femme qui est partie alors que rien l'a prédestiné à partir dans cette zone.
J'ai commencé à aller chercher du côté des cartes qui existaient sur place, les cartes militaires, les vues satellites, les cartes numériques.
En croisant tous ces outils, toutes ces sources d'informations, je me suis mis à dessiner un itinéraire en raboutant les pointiers noirs des cartes.
En me disant que de fil en aiguille, je ne pouvais pas cesse-col, plus la prochaine montagne et plus le prochain massif.
Peut-être au bout d'un moment, au bout d'un certain temps de marche, arriver jusqu'au tête d'Egypte,
dans les confins des monts célestes, qui est la chaîne de montagne qui s'étend east en oeste dans cette région du monde.
Les soviétiques, ils avaient en tête de coloniser l'Asie centrale.
Personne l'avait encore fait, c'était une terre qui était méconnue.
Donc ils ont envoyé des gens pour cartographier, ils ont envoyé des grimpeurs, ils ont envoyé des géologues.
Et ces personnes revenaient en Russie avec des traits à placer sur la carte.
Et tellement de gens ont été envoyés, tellement de missionnaires ont été envoyés dans ces régions
qu'il en est ressorti des cartes super précises, qui ont été imprimées, ce sont les cartes militaires soviétiques,
qui datent d'avant 1991, qui sont accessibles en ligne parce qu'elles ont été scannées.
Et moi j'ai utilisé cette source d'information qui est super précise, notamment dans la représentation des reliefs,
dans le placement des villages, des villes, des cours d'eau.
Pas vraiment des sentiers, parce que les sentiers, avec le temps, il y a des barrages qui ont été créés,
il y a des ponts qui ont disparu.
Et puis en plus, peut-être que le sentier qui était placé sur cette carte soviétique,
il y avait qu'une seule personne qui l'avait emprunté, c'était un grimpeur qui allait faire telle ou telle sommet
et qui en repartant a dessiné son tracé sur la carte, mais en aucun cas c'est un réel sentier,
un réel chemin qu'on voit sur le terrain.
Le plan de cette marche, c'est de partir de Caracol, dans l'Est Kyrgyz,
c'est de suivre un asimut sud-ouest de marché pendant 3 mois à 3 mois et demi
et espérer qu'un jour, au détour d'un col, au détour d'un sentier,
apparaissent les bâtiments de Dushanbe au Tajikistan.
Et si tout se passe comme prévu, c'est quelque chose que j'ai mesuré, disons, à 2000 km, 90 000 m de dénulée.
Physiquement, je me sens prêt parce que la montagne, c'est mon métier.
L'hiver, je passe beaucoup de temps dans les chaussures de ski parce que je suis monitain de ski.
L'été, je passe beaucoup de temps dans les baskets parce que je suis accompagnateur en moyenne montagne.
Donc je me fais pas de soucis du point de vue physique, musculaire.
Pour autant, j'ai peur, j'ai peur parce que j'ai l'impression, en regardant les cartes, en regardant l'imagerie satellite,
que l'immensité des monstélistes me dépasse, que l'aventure est beaucoup trop grande pour moi.
Et je me pose la question de comment je vais faire pour prendre des kilomètres à cette immensité,
pour arracher les kilomètres au step et comment je vais faire tout seul dans les entrailles de l'Asie centrale.
En fait, c'est des notions d'engagement, de me dire que je pars seul loin,
je vais passer des cols qui vont être autant de verroues que je ferme derrière moi,
et je vais me retrouver tout seul, éloigner de tout s'il m'arrive quelque chose.
Je suis pas bien parce que là-bas, il n'y a pas les secours en montagne.
Je suis livré à moi-même dans des territoires hostiles.
J'ai vraiment cette sensation que, à la vue satellite, c'est une immensité,
il n'y a personne, il n'y a pas de village.
On n'est pas en Imalaïa où il va y avoir des villages en montagne.
Les villages sont coincés dans les basse-valais,
mais une fois passés les 3000-4000 m d'altitude,
j'ai la sensation qu'il n'y a plus personne,
et que moi je vais peut-être passer 10 jours par moment sans croiser personne,
et je me demande bien comment je vais faire.
Donc ça, c'est un sentiment qui m'étouffe un peu, qui me stresse,
je me réveille parfois la nuit dans les mois qui précèdent,
je me réveille la nuit en m'imaginant le pire.
En termes de matériel, si on vit de mon sac, c'est très peu de choses.
En fait, je me suis fixé un objectif de dépouillement,
de dépouillement matériel, parce que j'aime partir à léger
dans la mesure où je sais que ça va être moins fatiguant.
Donc j'essaye de réduire au strict essentiel le contenu de mon sac à dos,
c'est-à-dire que je prends le nécessaire pour aller dormir dehors,
une bâche lebywak, un sac de couchage,
un matalamouse que je prends le soin de couper en deux,
je prends le nécessaire pour rester au chaud,
une doudounne, une tenue de pluie, des sous vêtements thermiques,
ce genre de choses.
Je prends le nécessaire pour me nourrir et m'hydrater,
c'est-à-dire des gourds d'affiltre, un petit récho en titane qui fait 20 g,
je prends le nécessaire pour paraître propre, du moins,
avec une petite brosse à dents,
qu'elle j'ai pris le soin de découper le manche, du savon,
et puis je prends le nécessaire pour filmer, pour documenter mon aventure.
Tout ça, ça fait un sac d'à peu près 5 kg, un peu moins de 5 kg,
dont 1,5 kg d'électronique,
et alors il y a cette motivation de marcher léger et d'être moins fatigué,
mais il y a quelque chose qui va au-delà de ça,
qui est que c'est de la charge mentale en fait,
c'est de la charge mentale en moins de me dire
je dépends de très peu de choses dans mon sac à dos,
chaque item de mon sac à dos, je sais où il est, je sais à quoi il sert,
et j'ai vraiment pas intérêt à le perdre,
et je pars sur les sentiers avec mon petit sac à dos,
qui fait 4 kg, au compris dans un sac de 30 litres,
et tout peut m'arriver,
et le sentiment qui en résulte, c'est un sentiment grisant de liberté,
de me dire toutes les situations peuvent survenir,
pour autant je suis là avec ma maison concentrée dans l'essentiel,
et il n'y a aucun problème,
j'accepte toute situation telle qu'elle arrive.
Niveau nourriture et eau,
il y a eu un travail en préparatoire avant de partir,
c'est à dire qu'au moment où je regarde les cartes,
je regarde aussi le positionnement des villages,
parce que j'imagine à la taille du village,
que je vais trouver une petite épicerie,
et j'essaye d'estimer les temps et les distances entre les villages,
et j'essaye de m'arranger pour qu'en fait,
il n'y ait pas plus de 5 jours de marche entre chaque village,
je sais que je marche 30 km par jour à peu près,
c'est à dire que je suis capable de faire 150 km en 5 heures,
donc ça a à peu près le maximum que je m'autorise en autonomie,
parce qu'en fait mon sac est trop petit,
pour comprendre plus que 5 jours de nourriture,
donc ça j'ai déjà repéré à l'avance,
où sont mes potentiels points de ravitaillement,
sans en être pour autant certains,
c'est plus des hypothèses,
il y a des villes,
où je vois au vu satellite que c'est une ville
et je me doute bien qu'il va y avoir quelque chose pour m'ravitailler,
il y a des villages où là j'ai plus de doutes,
et voilà, c'est des hypothèses, des statistiques,
je ne suis pas certain non plus de trouver quelque chose au prochain village.
L'eau ça ne me fait pas peur non plus,
parce qu'au final j'ai des gourdes qui comprennent des filtres,
qui me permettent de boire l'eau instantanément dans la rivière,
je suis en montagne en vie centrale,
qui sont réputés pour la quantité d'eau qu'il y a dans ces montagnes,
on dit des fois que les Monts-Sélès c'est le château d'eau de la vie centrale,
qui voit après irriguer toutes les plantations de coton, de pastèques,
notamment en Ousbèque-Istan,
donc je sais qu'il va y avoir des rivières,
et je sais que les vallées sont immenses,
je les ai vues au vu satellite,
je sais que par moment je vais suivre les rivières pendant des jours,
et qu'en fait j'aurais juste à plonger ma gourde dans le bas-côté
et à boire instantanément.
J'ai choisi comme lieu de départ la ville de Caracol,
Caracol c'est une ville qui est à l'est du Kyrgystans,
pour moi c'est une ville qui est symbolique,
parce que déjà elle est située d'un point de vue géographique,
elle est située au confin des Monts-Sélès,
qui est la chaîne de montagnes que je veux traverser,
et puis Caracol c'est la ville où se sont passées beaucoup de choses
dans l'histoire de l'exploration du coin,
c'était le point de départ pour les espions avant d'entrer en Chine,
c'était le point de départ pour des expéditions vers Lhassa,
typiquement la capitale mythique interdite au Tibet,
et c'est une ville où en fait se sont croisés beaucoup d'explorateurs,
des fois je dis que je prends de la force en fait dans mes prédécesseurs,
en me disant que eux ils sont passés par des moments difficiles,
sans doute plus difficiles que les moments que je vais traverser,
parce que c'était pas les mêmes conditions,
c'était pas les mêmes communications à cette époque,
c'était pas la même connaissance du terrain,
et dans un moment difficile en fait,
des fois je me dis que forcément un de mes prédécesseurs,
il est passé par là et il est arrivé à ses fins,
donc je pars, c'est un matin, je pars au sud de la ville,
c'était une grande montée sur des champs des Delveys géants,
c'est une fleur qu'on a dans nos montagnes,
qui est blanche, un peu velour, un peu moutonneuse,
qui pousse à très haute altitude,
et justement son aspect moutonneux en fait,
lui permet de survivre quand il fait froid,
et moi j'ai toujours l'habitude en France,
les Delveys c'est protégé, il faut pas que je le piétine,
faut pas que je la râche,
et là en fait j'ai mis beaucoup d'efforts au début,
à pas marcher sur des Delveys alors qu'il y en avait de partout,
jusqu'au moment où en fait je me dis,
c'est bon il y en a plein, je vais pouvoir marcher dessus.
Donc je réalise aussi que je suis pas chez moi,
que je suis à l'autre bout du monde,
dans un terrain que je connais pas vraiment,
et je montre sur une grande pente herbeuse,
avec dans mon dos l'immense lac de Lysic Kool,
Lysic Kool qui est le plus grand lac d'Asie centrale,
qui son nom signifie au chaud en Chinois,
parce qu'il gèle jamais,
et donc j'ai ça dans mon dos,
devant moi j'ai les Monts-Sélestes,
et il y a des chevaux qui pâturent dans les champs,
et je les vois comme un peu les sentinelles au Monts-Séleste,
et ils me laissent passer, ils s'écartent,
et cette fois je suis rentré dans les Monts-Sélestes
par le premier col à 2500 mètres.
A ce moment là je suis vraiment sur les rives de Lysic Kool,
donc c'est plat,
et c'est vraiment la confrontation entre la plaine et les montagnes,
donc c'est des barrières,
et en fait j'ai pas beaucoup de vue sur ce qu'il y a après,
parce que je suis vraiment surplombé par les montagnes,
et je vois les premiers sommets, je vois le premier col,
mais je ne vois pas du tout dans la distance,
et ça accentue un peu ma peur,
parce que j'ai l'impression que ça cache quelque chose,
et que le premier col passé c'est une difficulté
que je s'aime derrière moi.
Le deuxième col passé c'est la même chose,
et ainsi de suite, jusqu'à ce que j'ai plus de possibilité
de faire marcher arrière en fait.
Quand je commence à monter dans les Monts-Sélestes,
c'est une couleur assez hocre, c'est assez aride,
il y a plein de léons, de rivières assecques
qui s'acheminent vers le Licy Cool,
sans qu'il y ait d'eau à l'intérieur,
et ça se trie un peu le massif.
Donc ça fait un espèce de labyrinthe,
moi il y a mon chemin qui passe et qui se ferait un passage,
mais c'est plein de léons que je fais que de croisés,
et avec des couleurs, alors parfois du vert,
parce qu'il y a un peu de végétation,
et parfois de la couleur hocre qui ressemble
des fois même aux rouges,
donc il y a des contrastes comme ça entre vert, hocre, rouge,
et le bleu de licy cool au loin.
Alors les premiers jours, ils se passent assez facilement,
et j'ai décidé de commencer par une zone qui est touristique,
en me disant que mentalement, moralement,
ça va être plus facile pour moi d'en rencontrer d'autres marcheurs,
avant d'aller m'enfoncer dans les tréfonds de l'Asie centrale.
Donc les premiers jours, je rejoins un trek touristique
qui s'appelle le trek du lac à la cool,
et qui est quand même convoité par des agences,
je croise des gens, je croise essentiellement des Russes,
je croise un peu des Occidentaux,
mais la première nuit je dors dans une guesthouse,
donc dans un bâtiment qui est fait pour les touristes de passage,
dans lequel je peux nourrir, je peux acheter de la nourriture,
je peux dormir dans un lit, etc.
Mais c'est mon moyen de me faciliter un peu le début,
parce que le début c'est toujours difficile.
Quand je pars pour la première fois loin comme ça,
je laisse derrière moi mes proches, je laisse derrière moi le confort,
et justement c'est assez dur mentalement de tout laisser derrière soi
pour quelque chose qu'on ne connaît pas.
Donc je me suis dit que ça pourrait être une bonne stratégie
de commencer comme ça assez facile dans une zone
où je vais croiser d'autres personnes comme moi qui marchent,
passe par un premier col à 3900 mètres,
un deuxième col à 3800 mètres,
à chaque fois il y a des lacs,
et après le troisième jour je quitte définitivement la zone touristique,
je quitte le dernier camp de Yurt Touristique,
je n'ai pas encore croisé de nomades comme j'en avais entendu dans les montagnes,
et là je pars direction le West définitivement,
et là cette fois c'est vraiment l'inconnu devant moi,
je n'ai aucun compte rendu,
j'ai juste mon travail préparatoire sur les cartes.
Je me suis souvent dit que la peur elle fait partie de la préparation,
qu'une fois en route il y a beaucoup de choses qui simplifient,
et là c'est le cas,
une fois en route je laisse un peu derrière moi mes préoccupations,
parce que je suis dans le précipité de l'instant,
parce que j'ai les mains sur les choses,
parce que je suis dans le présent et que j'agis,
je suis plus spectateur, je suis plus dans la projection,
donc j'ai beaucoup moins de peur à ce moment-là.
Pendant ma préparation,
j'avais repéré un col qui avait été emprunté par Elamaïa en 1932,
qui s'appelle le col de Djoukouchak,
que j'avais repéré dans son récit,
que j'avais pris le soin de placer sur la carte,
je l'avais vu sur les vues satellites,
il y avait un glacier, il y avait de la neige,
que c'était assez hostile,
mais je trouvais vraiment symbolique le fait de me lancer à ces trousses
et de passer le même col qu'Elamaïa,
d'autant plus que c'est un col qui permet d'accéder au plateau d'Arabel,
qui est une zone désertique à 3500 mètres d'altitude,
enfouie dans le massif des Monts-Éleste,
donc c'est comme ça que je me dirige vers le col Djoukouchak,
qui est un col qui a voisine les 4000 mètres,
et j'arrive dans la vallée qui est décrite par Elamaïa,
la vallée Djoukouchak au bout du 4ème, 5ème jour,
et j'entame la remontée vers le sud,
tout en ayant un regard un peu sur les pages d'Elamaïa,
et je lis ces descriptions en même temps que je monte,
je leur raconte qu'elles passent les dernières yurts nomades,
qu'elles quittent la forêt pour les espaces de pâturage,
moi j'ai l'impression qu'il y a moins de nomades,
j'aperçois quelques yurts,
c'est pas vraiment des yurts,
c'est des campements de bergers qui gardent des troupeaux de chevaux,
mais de la même façon qu'elles, je quitte la végétation,
je quitte les sapins du Tian Shan comme elles les appellent,
et j'arrive dans une zone plate, une vallée profonde,
où il y a un petit ruisseau qui circule,
et c'est bucolique, il y a des vaches et des chevaux qui pâturent,
il y a des fleurs de partout,
c'est vraiment la nature qui flamboie,
il y a de la vie, il y a des oiseaux,
mais il n'y a plus personne,
et comme elle leur raconte aussi,
il n'y a plus personne, elle continue de s'immiser dedans,
et moi je me lance,
j'ai vraiment l'impression qu'elle est à côté de moi en fait,
et qu'elle est juste devant et que je la suis,
et je continue dans cette vallée,
je montre je bivouis qu'un soir, dans le tour de 3500 mètres,
je bivouis que sous un tarp,
donc il faut s'imaginer une bâche rectangulaire,
imperméable, que je fais tenir avec mes bâtons de marche,
ça me permet de gagner beaucoup de poids,
parce que ça pèse moins de 500 grammes,
par contre c'est ouvert sur la nature,
c'est ouvert sur l'environnement,
quel que soit le montage,
quel que soit les pliages,
forcément il va y avoir une ouverture dans un coin,
et moi j'aime bien ça,
parce que ça me donne la sensation d'être protégé des éléments,
tout en dormant au contact de la nature,
presque comme si je dormais à la belle étoile,
mais en étant protégé s'il pleut,
et quand je me réveille le matin,
la première vision que j'ai,
en fait c'est le par cette ouverture,
c'est pas du tout la toile de la brise,
c'est cette ouverture et je vois ce qu'il y a dehors,
et là j'ouvre les yeux ce matin là,
en fait même avant d'ouvrir les yeux,
j'entends les arrachements de l'herbe,
je me doute qu'il y a des animaux,
mais qui sont tout tranquilles,
donc je me doute que ce soit des vaches, soit des chevaux,
et j'ouvre les yeux et là je vois 5-6 chevaux avec des poulins,
et surtout en premier plan,
mais plein de fleurs, plein de couleurs, plein de fleurs,
il y a déjà les insectes qui broudonnent,
qui butinent les fleurs,
et à l'arrière-plan, les chevaux,
qui m'apparaissent comme des chevaux sauvages,
alors je pense pas que c'était des chevaux sauvages,
comme j'ai croisé les campements un peu plus bas,
mais en tout cas des chevaux qui sont libres
de faire ce qu'ils veulent dans un environnement
très nature.
La liberté que je ressens, c'est que je suis à ma place,
et que je suis presque l'un de ces chevaux, en fait,
que j'habite,
la haute vallée comme eux habite cette vallée,
et voilà, je vais partir avec tout mon petit matériel,
je vais pas laisser de traces,
je suis furtif, je fais de mal à personne,
je m'émerveille de la beauté et de ce qui m'entoure,
je suis sensible à la beauté de ce qui m'entoure,
et voilà, je vais laisser tranquille,
je vais laisser ce qu'ils ont à faire,
moi ce que j'ai à faire c'est de marcher,
mais voilà, je me sens juste comme un...
je cohabite avec les chevaux, si on peut dire.
Les plateaux d'arabelle, donc c'est une zone
qui est située à 3500 mètres d'altitude,
qui est réputée comme pour être super hostile,
il y a énormément de vent,
et la maillard, elle en parle pas beaucoup dans son livre,
elle, elle parle de la descente d'un col facile,
à d'autres chevales,
elle marche à travers l'herbe rase,
et il n'y a pas de problème,
donc moi je m'attendais à une montée difficile,
comme elle le décrit, et une descente facile,
et je passe ce col,
et en fait c'est le début d'un calvaire qui va durer
trois jours,
parce que c'est immense,
c'est immense, mais comme j'ai aucune notion
d'une immensité pareille à ce moment-là de ma vie,
il n'y a pas d'horizon,
en fait l'horizon, il est plat,
et à la fin de ma journée, il est toujours le même,
et j'ai pas l'impression d'avoir progressé dans l'espace,
et pour moi c'est super dur mentalement
de pas avoir de vision sur mon avancée,
d'autant plus que ça additionne à cette difficulté spatiale,
des marécages et du vent,
alors des marécages,
en fait j'ai l'impression, je marche,
il y a un petit cours d'eau,
et puis sur mes très hauts autour de la rivière,
il y a des bourbiers,
dans lesquels je m'enlise,
mes pieds me font l'effet de devant tout ce que je dois extraire
à chaque pas pour avancer,
ça me pompe mon énergie vraiment,
et en plus de l'énergie physique,
ça me pompe mon énergie mentale,
parce que je dois faire preuve d'un acharnement pour avancer,
et ça ajoute à ça le vent, le vent de face,
le vent qui vient en plein de l'ouest,
et qui me coupe comme une lame de rasoir,
je ne m'entends plus penser,
c'est vraiment un vent infernal,
où je pense qu'il y a une chose,
c'est à m'abriter derrière un rocher,
pour ne plus entendre ce vent,
et ça me passe même dans la tête
de mettre des boulequesses,
parce que je ne m'entends pas penser,
et c'est assourdissant,
et ça, plus l'espace, plus les maraîcaches,
c'est super épuisant.
Le jour avance,
on arrive à la fin de la journée,
et je me demande où je vais pouvoir monter mon abri,
parce que mon petit abri ne résiste pas à des rafales,
il y avait peut-être 80 kmh de vent,
je ne peux pas m'abriter dans ma tente,
c'est pas possible.
Du stress commence à monter,
et du stress, sans qu'il y ait de danger,
juste là, mais j'ai des montées de stress,
des sueurs un peu froides,
alors que je ne suis pas
les pieds dans le vide,
à sauter d'une falaisse,
un marché dans de la plouze verte,
mais j'ai super peur,
j'ai des montées de pression,
et je pense que inconsciemment,
je réalise que je suis vraiment loin,
que s'il m'arrive quelque chose,
il y a personne qui va venir,
et que je n'ai pas intérêt à ce qu'il m'arrive quelque chose,
et je ne suis pas très bien à ce moment-là,
je me dis, mais il ne faut pas que ça dure comme ça,
parce que sinon je n'arriverai jamais au bout de cette marche.
Le soir, j'arrive à une piste,
qui mène une mine d'or,
et je dors sous un talu,
il y a un poteau électrique avec un petit talu,
et je m'abrite du vent, et je dors là-dessous,
et le lendemain je marche sur cette route,
et je quitte les plateaux d'Arabel
après peut-être 3-4 jours de marche,
après avoir croisé personne,
parce que personne n'habite les plateaux d'Arabel,
parce qu'il y a trop de vent,
et même les nomades avec les yurts rondes
qui sont faites pour résister au vent,
n'habitent pas les plateaux parce que ça ne tient pas.
Et je place le col d'Arabel,
et là j'arrive dans une vallée,
je descends un peu sur une piste,
il y a du brouillard, il fait pas beau,
je suis transit de froid,
et à un moment, vers la mi-journée,
il y a le brouillard qui se dissipe,
et je commence à voir des îlots blancs
parsemés dans la vallée,
d'où s'échappent des fumées,
et en fait je réalise que ces sont des yurts,
que cette vallée allait habiter,
que j'ai quitté le monde hostile
qui était plus haut, et que là je retrouve
la civilisation, donc je marche
motivé par les rencontres
qui s'annoncent à moi, et surtout motivé
par un peu de tièdeur
et de réconfort,
parce que j'en suis à un moment
où je me dis que faut pas que ça dure comme ça,
sinon ça va trop musée,
et dans ma tête je vais pas être assez fort
pour aller jusqu'au bout,
et j'arrive au seuil de la première yurte,
il y a une femme qui sort
de l'entrée de la yurte, et qui me fait des grands
mouvements avec le bras, pour me dire
« viens ici, viens ici », et qui rentre
dans la yurte, qui n'attend même pas la réponse,
comme si en fait elle m'invité
et qu'il n'y avait qu'une réponse à donner,
c'était oui, et donc ça je le comprends,
je rentre
dans la yurte,
et là c'est comme si je rentrais
dans un autre espace
de temps,
toutes les...
la mauvaise météo, tous les tracas
sont venus buter contre la yurte de feutre,
et j'ai l'impression de rentrer dans un cocône,
j'entends pas du tout ce qui se passe
à l'extérieur, le vent je l'entends pas,
j'entends plus la pluie,
il y a un petit poil
avec du feu, il y a des gens qui rigolent,
qui boivent des boissons,
il fait super chaud, il y a plein de couleurs,
parce qu'à l'intérieur d'une yurte, il y a des tapis
qui sont super colorés,
et puis même le plafond de la yurte,
il y a des dessins de différentes couleurs,
il y a du rouge, du bleu,
il y a une petite ouverture qui s'appelle le tunduk,
qui est tout en haut de la yurte, qui donne un petit accès
avec l'extérieur, mais c'est un endroit hors du temps
super confortable,
et là on me fait signe de m'asseoir, je m'asseouillante
ailleurs sur les tapis, et là on
mi-nonde de mets et de boissons.
Il y avait un espèce de yaourt qu'on appelle
l'airane, qui est un yaourt
de lait de vache fermentée,
avec de la confiture,
je me nourris, je bois du thé,
et puis la journée, elle est que...
elle est pas vraiment... je suis à la mi-journée
à peu près, donc je sais que j'ai
encore pas mal de marche, donc je
poursuis, je leur dis à en voir, et je poursuis
ma marche, après
7 jours sans avoir croisé personne.
C'est ma première rencontre
avec les nomades, ils sont là
pendant l'été de
mai à août pour
garder les troupeaux, et aussi pour se réunir
en famille, parce que la vie de nomades
c'est quelque chose qui est ancré
dans les meurs qui reguise,
ils ont envie de revenir un peu
à leur culture, donc ils aiment bien
monter en montagne dans la yaourt et se retrouver
en famille, donc c'est un moment aussi détente
de vacances, bien
qu'il y a quand même un travail derrière
qui est l'élevage, qui est la production
de produits laitiers, mais en fait
cette rencontre, ça a été le début
d'un nombre de rencontres
incalculables, quand je l'avais
très peur au vu des immensités de la marche
au vu des immensités, des espaces
sauvages dans les montagnes, je ne réalisais pas
en fait que ces espaces pouvaient être habitées
et qu'en fait dans les interstices
se nicher
des camps de nomades, et la suite
de ma marche en fait c'est une succession
de rencontres auprès des
nomades, il s'est plus passé
après le passage des plateaux
d'arabelle, il s'est plus passé un jour sans que je crois
un nomade.
Quelques jours après j'arrive dans
une grande steppe, donc ça devait faire
15 jours que je marchais à peu près,
la steppe de Carassaz,
donc c'est une steppe plate,
comme la définition d'une steppe, donc qui s'étend
à l'infini
et des yourts de partout,
des yourts fumantes de partout, et moi
mon chemin il passe au milieu
des yourts, et en fait
j'arrive pas à esquiver
la moindre invitation, à chaque yourte
il y a quelqu'un qui me fait signe de rentrer,
donc la première,
j'arrive, on me sert du lait
de jumeau fermenté, le coumice,
c'est la première fois que je bois
du lait de jumeau fermenté, c'est très fort,
c'est pétillant, un peu comme du soda
et c'est un goût
assez apre, mais c'est assez léger,
c'est pas comme du lait de vache,
c'est comme si on avait mélangé un peu
du lait de vache avec de l'eau, ça se
boit assez facilement,
on me sert aussi des colottes,
des colottes c'est des petites boulettes
de fromage, de lait de vache, qu'on a été
laissées sécher au soleil,
qui sont très salées
et qui se conservent
indéfiniment et qu'il faut susser, qu'il faut
garder en bouche pendant plusieurs dizaines
de minutes, et je pars
de cette yourte, et un
kilomètre après, je passe une autre yourte,
ils rebollotent, on me invite, on me resserre du lait de
jumeau, on me resserre des
colottes, on me resserre
du kaimak, le kaimak c'est
une espèce de crème, la crème de lait un peu grasse
dans lequel on tremple le pain,
je ressors, et ainsi de suite jusqu'à la fin de journée,
où j'avais compté
7
invitations dans des yourts
pour un total de 7 kilomètres dans une journée,
alors qu'il y a des journées où je marche
40 kilomètres, ce jour-là j'ai fait 7
kilomètres, parce que j'étais incapable
de refuser une invitation, parce que j'avais l'impression
que ça ne se faisait pas, de refuser
une invitation, et parce qu'en fait, les nomades
ont une culture de l'accueil
incomparable, et je pense
que ça, ça vient de plusieurs raisons,
c'est très religieux, donc
c'est des gens qui sont musulmans,
et à chaque fois que je leur demandais
pourquoi ils m'invitaient, ils me répondaient
que Alal est leur rendre,
et que c'était comme ça,
c'était l'hospitalité liée à la religion,
et je pense aussi
que c'est des terres qui ont vu passer
beaucoup de voyageurs au travers des siècles,
avec les routes de la soie, avec les explorateurs,
et je pense que la culture
de l'accueil, aussi, a été
entretenue par ce rapport au voyageur,
et le fait de voir passer quelqu'un
à pied, d'autant plus
à pied, sans cheval,
c'est que forcément cette personne, elle est fatiguée,
donc il faut prendre soin d'elle,
et donc c'est comme ça
que, en fait, chaque soir
je dors sous la yurte,
et il m'arrive très peu, finalement, de monter
mon bivouac.
Je parle bien anglais,
je parle bien français, mais ça se limite à ça,
sauf que je réalise très vite
que l'anglais, il n'est pas utilisé,
qu'en fait les gens, ils parlent soit russe,
soit kyrgyz,
soit plus tard tajik,
alors que j'ai vraiment une motivation
d'aller à la rencontre de cette culture,
et je me dis que ça va être problématique.
Donc, à ma ville de départ,
je rencontre un français
qui est rusophone,
et j'écris sur le papier
un lexique de survie
en russe. Donc je lui pose des questions,
des choses bateaux, des choses du genre
où est le chemin pour
ce genre de choses, et moi j'écris en phonétique,
comme ça j'ai le pouvoir avoir une liste
sous les yeux, et que en plus je peux
réviser pendant ma marche, parce que je n'ai pas grand chose à faire
par moment pendant ma marche, alors je sors mon papier
avec mon lexique, et je me répète
les phrases en phonétique.
Et en fait,
à force d'avoir été invité chez les gens,
à force d'être invité chez les gens,
je me mets à intégrer
des mots, ça commence par
des mots du quotidien, des mots liés à la nourriture,
donc par exemple du pain,
ça va être relèp,
il va y avoir le lait,
il va y avoir le lait de jument, le commis,
le carimac,
c'est la crème
grâce issu du lait,
et donc des noms plutôt, que je commence
à intégrer, et puis
comme on me pose des questions, au bout d'un moment je commence
à intégrer les mots interrogatifs,
et donc déjà
avec un mot interrogatif et un nom, même si
il ne tape pas le verbe, t'arrives à
poser des questions,
et de fil en aiguille comme ça,
en fait j'arrive à me débrouiller
pour comprendre déjà ce qu'on me demande,
parce que c'est tout le temps un peu pareil, et en plus
à mon tour poser des questions,
et les questions qui me posent, c'est un peu toujours les mêmes,
c'est
à-touda, à-tkouda,
donc en russe ça veut dire
d'où viens-tu et où tu vas,
donc auquel je répondais
que j'étais français, y a Française,
au final c'est pas très dur, mais
juste avec y a Française,
j'arrivais déjà à décerner le jeu
et français,
et après je pouvais utiliser le y a
pour d'autres choses,
et j'arrivais
à dire que je ne comprenais pas bien le russe,
y a pas ni mailloux chout chout pour le ski,
et le chout chout,
ça veut dire pas beaucoup, et quand on me demandait
si je voulais du légument, je leur répondais
chout chout, que j'en voulais, mais un tout petit peu,
juste avec des petits mots comme ça,
en fait j'arrivais à m'en sortir,
et après c'était tout le temps les mêmes questions,
donc où tu vas, d'où tu viens,
pourquoi t'es pas marié
à 27 ans, et pourquoi t'as pas d'enfant
à 27 ans, donc après j'arrivais
comme ça à expliquer
avec les nombres mon âge,
j'avais compris le pourquoi,
et je m'en sortais toujours
comme ça,
au bout d'un mois
de marche, pour moi c'est une étape importante,
parce que
j'ai le sentiment que après 30 jours
de marche,
je me sens beaucoup mieux dans ce que je fais,
la route est devenue bien
plus confortable qu'elle ne l'était
au début, et j'ai l'impression que je suis
réellement en train d'habiter
le terrain, en train d'habiter les pistes,
et je me sens très confortable
dans ce qui survient,
à l'opposé de mes états d'esprit du début de marche,
et je pense c'est lié au fait
que je suis passé par déjà plein d'états d'esprit,
par pas mal de difficultés,
et que je prends conscience en fait
que ça va aller,
et que je suis prêt
à accepter
tous les événements qui vont m'arriver,
et je me sens fort
à ce moment-là,
et je me sens surtout pauvre
en besoin,
parce que
j'ai développé une familiarité
avec les sentiers, avec les nomades,
et je me rends compte que j'ai besoin
de très peu de choses pour mener à bien
ma marche,
mon petit sac à dos, que j'ai des baskets,
et que ça me suffit.
Et il peut m'arriver
n'importe quoi, il peut y avoir
une bifurcation, je peux prendre une direction différente,
il peut y avoir un col que j'ai pas prévu,
c'est pas du tout un problème.
Je suis prêt à y faire face, donc je me sens
super bien à ce moment-là,
et c'est ce que je recherche en fait dans les marches longues,
c'est qu'au bout d'un certain temps,
on laisse
le côté casanier chez soi,
et je me sens libre
parce que j'appartiens
à la route.
C'est un sentiment grisant de se dire
je peux dormir dans le bas côté,
il n'y a pas de problème, je peux dormir
dans cette grotte, il n'y a pas de problème,
je peux dormir chez ces gens, il n'y a pas de problème.
En fait, il n'y a aucun problème.
Chaque jour, je sais qu'il y a des difficultés,
mais ce n'est pas des problèmes, c'est juste des petites difficultés.
Et ça réhérarchise
mes problèmes.
C'est-à-dire que
une pluie, au début je vais la mettre
en haut des problèmes alors qu'au bout d'un moment
elle va descendre tout en bas.
La pluie elle est là parce qu'elle doit être là,
et forcément derrière la pluie, il va y avoir le beau temps.
Là je suis malade,
forcément derrière la maladie, il va y avoir
un état de santé qui va être meilleur.
Et ça m'aide à tenir de me dire qu'il y a tout qui est éphémère.
Au bout d'un mois et demi,
je suis dans la chaîne du Fergana.
C'est une sous chaîne du massif des Monts-Célestres
qui n'est pas dans la même
orientation que les autres,
elle est nord-sud alors que le reste c'est
estouest.
Donc voilà, je traverse
assez ponctuellement.
Et un matin,
je pars, j'avais dormi dans un champ.
En fait c'était un champ de fauches, les herbes n'étaient pas
coupées.
Et donc j'avais l'impression d'être discret
au milieu des herbes et le matin je me réveille,
j'entends en fait les
tomes de zélectriques
des paysans qui sont là pour couper
leur foin.
Et en fait ils me voient surgir comme ça au milieu des foins
en calçons, salles de mon abri
et je leur ai fait la peur de leur vie
je pense. Et je pars,
il est peut-être 7h du matin,
je marche 2h,
je rentre dans une vallée et là je vois
un campement avec une huurte et une tente
et je sens qu'il y a de la vie
dans ce campement, j'entends du bruit,
j'entends des rires, je vois de la fumée,
il y a des bêtes tout autour.
Il y a un homme qui est devant le campement
et qui s'approche joyeusement
de moi et qui me fait signe
de rentrer.
Il y avait un petit enclos
qui protégeait le campement
des vaches, pour pas qu'elle rentre
manger la nourriture des humains.
Et je rentre, je passe un petit portique
et là il me dit de façon sympathique
que là tu as passé le portique
la prochaine fois que tu le repasseras
ça sera pour sortir mais ça sera demain
en me laissant comprendre
qu'il fallait que je passe la journée avec eux.
Et en fait c'est une famille qui a invité des amis
donc ils sont de distraise
avec des enfants en bas âge
sous la tente
et on me fait signe de m'asseoir
et là je me mets à raconter
ce que je suis en train de faire
ils me racontent eux ce qu'ils font là
on arrive à se comprendre parce que
je commence à avoir au bout d'un mois et demi
des bases en russe
et ils me disent bah ce midi on est beaucoup
on va cuisiner le plov, le plov
c'est le plat traditionnel
de l'ouest kirgis
parce que maintenant je suis dans l'ouest du kirgistan
à base de riz, à base de viande de vaches
de pommes de terre
et d'huile, beaucoup d'huile
et donc on cuisine le plov tous ensemble
on coupe les oignons, les pommes de terre
et on partage le plov
et je me rend compte
en fait c'est la première fois où je reste
pas mal de temps avec une famille nomade
donc je reste
environ 24-30 heures
alors que alors je faisais que passer
en fait c'était des rencontres furtives
où je m'attardais une, deux heures
et là je prends le temps
de rester pour voir
comment ils vivent
et je prends conscience en fait de leur rythme
qui est assez bifasé
avec des moments très intenses dans la journée
le matin, le soir
il va y avoir la traite des animaux
il va y avoir
le rameutement des animaux
donc il y a beaucoup de bruit, il y a les hommes qui crient
il y a
les vaches, les
les chevaux, parfois les yaks
qui font pas mal de bruit, il y a des poules
et à l'inverse
à la mi-journée quand il fait super chaud
quand le soleil est aux énites
il y a rien à faire
donc en fait les bergers, les nomades
s'allongent sur les tapis sous la yurte
ou sous le campement
mangent des graines de tournesol
font la sieste, les enfants jouent
à des jeux, aux légos
ce genre de choses et c'est très calme
très apaisant, il y a
les tissus de l'attente qui bougent au vent
il y a très peu de bruit à l'extérieur
de toute façon il fait trop chaud donc on peut rien faire
et puis là j'ai l'impression
de me fondre dans le décor
que je me fais nomade parmi les nomades
et puis il y a une des femmes
qui me dit mais tu sais
chez ma copine là juste à côté
elle chante
et là la femme qui est juste à côté, elle se met à chanter
alors que c'était pas du tout prévu
elle se met à chanter à Capella
en kyrgyz mais pendant peut-être 2-3 minutes
et je filme tout ça
et là je me sens
tellement honoré
c'est tellement un moment précieux
j'ai l'impression de vivre ce moment là
en fait je suis certain
à cet instant que si j'avais pas pris le temps
de rester avec eux
de partager
ces moments, de partager un peu de ma vie
et que eux partagent un peu la leur
que jamais il y aurait eu cet échange
jamais il y aurait eu
ce dévoilement
et au milieu de l'après-midi
il y a un des hommes qui
se réveille de la sieste
et il me fait des mouvements de brasse
il est déjà en slip
il me fait signe qu'on va nager
donc moi
je suis d'accord, je le suis
c'est entre savoir à quoi m'attendre
il y a deux enfants qui viennent avec nous aussi
et en fait on va vers la rivière et il se trouve qu'il y a un peu
au-dessus, on fait un barrage en pierre
et ça fait une espèce de petit étendu d'eau
dans laquelle on peut se baigner
il me dit que ça c'est la piscine
des hommes et qu'un peu plus bas il y a la piscine des femmes
et donc on se retrouve tous en slip
à se baigner
dans cette piscine naturelle
et à rire pour rien
à s'éclabousser avec les enfants
et en fait à partager des moments très simples
et je m'ouvre en fait et je me mets un peu à nu
et je me lâche complètement en oubliant
que je suis en train de faire ma marche
en oubliant surtout que je reste touriste occidental
et puis le soir on retourne
on mange le reste de plov et le lendemain matin
je me réveille et je pars
et le départ est brutal
c'est brutal parce que
c'est la première fois où je me mets autant à nu
où je passe autant de temps avec des gens
avec les enfants qui m'ont montré tous leurs animaux
qui m'ont donné le nom de leurs animaux
et en fait je réalise
que c'est que la marche
provoque forcément l'effémérité
dans la rencontre
que forcément parce que je suis nomade
dans ma marche
je peux pas rester avec les gens
que je vais rencontrer beaucoup de gens de cette façon
mais que le matin
je vais leur faire mes adieu
et c'est assez brutal en fait
c'est quelque chose de très intense qui est stoppé net
et toujours en me disant mais ça se trouve en fait
ces gens je les reverrai plus jamais
je petite de vue le campement
et je fonds l'arme
j'aime ces moments où je suis seul en montagne
parce que c'est des moments qu'on a plus trop
dans nos vies de tous les jours
c'est des moments où on est 100% là
pour ce qui arrive
100% là pour
ce qui se présente devant nos yeux
et 100% là pour ce qui se passe dans notre tête
et d'un autre côté la solitude aussi
je sais qu'elle est vectrice de rencontre
que c'est pas ce que je suis seul
que je vais aller voir les gens
et c'est pas ce que je suis seul
que les gens vont venir me voir
c'est vraiment la clé pour l'échange réciproque
dans la mesure où
parce que je suis seul
j'ai besoin d'un contact humain
j'ai besoin de chaleur humaine
donc je vais aller facilement vers les gens
et inversement parce que les gens vont voir arriver seul
ils ont pas peur de voir arriver un groupe
ils sont interloqués par le fait que
ce bonhomme là
il arrive tout seul d'un col
avec son petit sac à dos
donc ils vont venir me voir
j'ai décidé de passer la frontière
entre le kyrgystant et le tadikistan
du côté d'un village qui s'appelle Karamik
qui est complètement
à l'extrémité ouest de la plaine de la laye
et je sais
que la frontière est fermée
parce qu'il y a des conflits entre le kyrgystant
et le tadikistan qui date
depuis pas mal de temps
depuis la chute du bloc soviétique
je me prépare
à cette optique d'être bloqué
mais je me dis un petit once d'espoir
où je me dis
je vais peut-être avec les gardes frontières
si je leur dis que je suis venu à pied
depuis mille kilomètres
peut-être qu'ils vont changer d'avis
mais pareil j'étais naïf
j'arrive à la frontière et ils me mettent un stop
monumentale en me disant que
c'est déjà fermé pour les ressortissants
kyrgyz ça va pas être ouvert pour les touristes
je réfléchis
et en fait
je décide parce que c'est important pour moi de pas couper ma marche
je décide de faire un grand détour
par l'usbekistan au nord
l'usbekistan il est neutre dans ce conflit
donc je pars
en faisant du stop jusqu'à hoche
je rentre en usbekistan je prends des trains
qui me font arriver à Saint-Marcande
et je rentre au Tajikistan
je prends un taxi qui m'emmène
de l'autre côté de la frontière au Tajikistan
mais à 5 km de l'endroit où j'avais arrêté la marche
de l'autre côté de la frontière
tout en étant dans les règles
donc c'est un détour qui me prend 10-15 jours
sur le moment
je suis pas en colère du tout parce que j'ai eu le temps de me préparer
et je vois ça comme une difficulté
qui m'ouvre en fait des portes sur autre chose
si j'avais pas eu cette frontière fermée
j'aurais pas pu aller visiter Saint-Marcande
par exemple la ville mythique
décrite par Marco Polo
c'est des opportunités aussi des difficultés par moments
c'est en fait l'obligation de passer
par une voie différente
et donc là je me retrouve après
ce tour au fin fond du Tajikistan
en règle
et du bon côté de la frontière
et je peux reprendre ma marche vers l'ouest
entre la frontière
et Douche-en-Bé
la capitale Tajik
il me reste à traverser toutes les montagnes du nord du Tajikistan
c'est l'équivalent d'un mois de marche
à peu près
j'ai rendez-vous avec un ami qui s'appelle Aubain
dans
une grosse semaine, une semaine dix jours
on s'est fixé un point de rendez-vous
donc il me reste une semaine dix jours de marche solitaire
avant que je retrouve mon ami
je suis dans un état d'esprit
un peu
mixte
j'ai très envie de le retrouver
parce que ça fait longtemps que je marche tout seul
et que
ça va me faire du bien de marcher avec quelqu'un
c'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup avec qui j'ai traversé le Nepal
en 2018
donc c'est quelqu'un, je sais comment il est
dans ce genre de marche et je me sens très bien
très à l'aise avec lui
d'un autre côté, si je regarde derrière moi
je me rends compte à quel point
je me suis immergé dans les cultures locales
et à quel point j'ai tissé des liens
avec les nomades et les bergers
et j'ai peur que le fait d'être
de devenir un groupe
parce qu'à deux on devient un groupe
j'ai peur que ça met de la distance
donc ça je le redoute
donc à la approche des retrouvailles
je suis dans un double état d'esprit
et je retrouve au bain
un matin
donc il restait trois semaines de marche à peu près
je retrouve au bain
dans un hôtel, dans une petite
bourgade
et on part
et au bout de 300 mètres de marche
on se fait inviter à un mariage
en fait il y avait des hommes
dans un champ
qui faisaient la fête
parce que je pense que c'était l'équivalent de l'enterrement
de vie de garçon
et qu'il avait tué une brebis
et il nous voit passer
il nous oblige à nous asseoir
c'est vraiment comme ça là-bas
on force l'invitation
et là d'un coup je me dis
en fait je suis trop content de cette invitation
parce que je me dis que peut-être que ça change rien
que il y ait au bain avec moi
et que les rencontres vont être les mêmes
et qu'il n'y en aucun cas ça va être un frein
pour la rencontre
donc ça me rassure et on part
vraiment du bon pied pour la suite
la suite c'est
c'est beaucoup de galère
parce que en fait
à partir du moment où au bain me rejoins
dans ma tête
je me dis on est deux, à l'aise en montagne
on peut peut-être augmenter un peu le niveau d'engagement
à l'essayer des choses que j'aurais pas forcément fait tout seul
et notamment
dans la préparation de l'itinéraire
j'avais envie de passer de la vallée de Garm
qui est une vallée du nord du Tadjikistan
à la vallée de Zirafshan
qui est la vallée la plus au nord du
du Tadjikistan
et entre les deux vallées il y a des montagnes
dans le passé
au début du 20e siècle
il y avait des caravanes qui passaient d'une vallée à l'autre
sauf que plus récemment
il y a des routes, des tunnels
des cols qui ont été construits
et les gens font les détours
pour ne pas passer droit dans la montagne
en fait, ils contournent la montagne c'est bien plus rapide
donc les sentiers qui passaient d'une vallée
d'une vallée à l'autre sont tombés dans l'oubli
et j'ai fait pas mal de recherches avant de partir
en rentrant en contact avec des gens sur place
s'il y avait
une possibilité pour passer d'une vallée à l'autre
et donc on avait parlé
de différentes
différentes vieilles routes
que moi je m'étais noté sur ma carte
j'avais fait des hypothèses A, B, C
en me disant que si la A passe pas, j'irai à la B
et ainsi de suite
et là je me dis c'est le moment yaubin
on peut essayer d'aller prendre des risques
ou du moins en tout cas si on doit faire demi-tour
sur des grosses autonomies c'est pas un problème
et on arrive
au moment critique, au moment
d'un endroit où on doit faire le choix
un village qui s'appelle Shingilish
on est invité chez un homme à dormir
qui nous dit que cette possibilité là
pour lui elle est faisable
donc c'était pas notre possibilité A
c'était la B
et...
mais nous met vraiment confiance pour lui c'est faisable
en une journée
on arrive au village de l'autre côté
donc on décide de se lancer là-dedans
donc on part
c'est une gorge, la gorge de Gorif
de laquelle s'échappe
un cours d'eau rugissant
blanc, tellement ya de remous
c'est une gorge super étroite
avec des franchement le côté
il est vertical, ça fait presque un U
dans la mesure où le côté vertical
et le sol est plat
sous la rivière
donc les pentes en fait laissent
peu de droits à la chute
parce que si on tombe on glisse
et on va dans l'eau
et on part, on s'engouffre
dans cette gorge
en n'étant pas vraiment sûr
de ce qu'il allait advenir
il n'y a pas du tout de chemin
il n'y a rien, il n'y a aucune trace humaine, rien du tout
et
les seules traces qu'on voit
c'est des empreintes d'ours
beaucoup d'empreintes d'ours
on a peur en fait
de rencontrer un ours
et qu'il s'y attendent pas
donc on fait du bruit, on a des sifflés
on siffle de toutes nos forces
sans interruption pendant des heures
pour essayer de prévenir qu'on arrive
et un moment
je vois de l'autre côté de la rivière
un ours qui marche qui nous a pas vu
tout mouillé, un ours brun
et je t'appelais Paul Dobin
je lui dis
je lui montre l'ours
il parle en courant d'un côté
moi j'ai qu'une idée en tête
c'est de filmer, donc je sors
l'appareil photo
et l'ours nous voit se dresser
un peu, renifler par en courant à l'opposé
et ça nous a reconcilié
avec la faune
en fait depuis cette rencontre
on s'est dit que l'ours il a beaucoup plus peur
de nous que nous de lui
et si on se présente avec respect
en terres des ours
il va pas y avoir de soucis
et on continue cette remontée
mais en fait à la tombée de la nuit
on n'est pas du tout de l'autre côté de la gorge
contrairement à ce que nous avait dit
l'habitant, le villageois
et on est obligé de mettre le bivouac
au fin fond de la gorge
alors qu'il y a des ours de partout ou des crottes
de partout
donc on fait un énorme feu
on met le réveil toutes les deux heures
pour alimenter le feu
et à chaque fois qu'on se réveille on siffle
pour faire du bruit pour faire du bruit
et le matin
aucun ours n'est venu nous déranger
on repart et vers midi on arrive
au village de Gorif
et les villageois
sont ébaillis parce qu'il y a personne
qui arrive par le sud
parce que les villageois pour aller à leur village
ils viennent par le nord et font un aller-retour par un col
mais plus personne
n'emprunte la gorge
parce que c'est voué à l'échec
il n'y a pas du tout de chemin, il y a des ours
on a pris vraiment
le litinaire de la galère
mais nous on est trop fiers d'avoir réussi
et surtout on est trop fiers
en fait on a l'impression de
être vraiment engouffré dans
un aspect de la culture qui est impalpable
on dit souvent que l'exploration
s'est terminée parce que
les lunettes des satellites ont tout vu
mais par contre les lunettes des satellites
elles ne voient pas ce qui se passe à l'intérieur d'une maison
dans une culture éloignée
et là c'était la sensation
de débarquer dans un village
où il n'y avait personne d'étranger qui n'était jamais passé
donc on rencontre ces gens, il y a 5 familles
qui vivent dans ce village
et je comprends en fait que ce village
il a été déserté
sous l'époque soviétique parce qu'à un moment
donné les soviétiques
ont mobilisé
tous les tagiques
dans les villages de montagne
pour qu'ils aillent travailler
dans les champs de coton
donc il y a des villages qui sont tombés
dans l'oubli complètement
et à la fin des années 80
les gens ont commencé à revenir
et c'est pour ça qu'aux alentours il y avait des villages abandonnés
nous n'avions pas assez de villages abandonnés
et le village de Gorif en fait a été réhabité
sauf que que 5 familles
sont revenus
du village de Gorif avec Oban
on est parti pour prendre un col
qui nous permettait de nous extraire de cette vallée
qui est le col de Pâques-Chif
et qui permet de rentrer dans la vallée de Zerafshan
et cette traversée en fait elle avait
sans doute pas été faite depuis les années 1920
et les derniers, pareil j'ai fait
des recherches en rentres en France
les derniers compte rendus d'expédition
de cette vallée
sa date de 1916
où des caravanes
venaient à Cheval faire cette remontée
de vallée ou cette redescente
alors qu'à aujourd'hui c'est impossible
de concevoir que des chevaux
venaient traverser parce que nous on a fait
de la désescalade, on a des escalades
des barraucheuses, on a traversé des rivières
et c'est difficile d'imaginer que le terrain
a pu autant changer
il y a plus de villages
au Tadji-Quistan en montagne qu'au Kyrgyzstan
et les gens arrivaient
à se passer le mot qu'on arrivait
donc en fait on arrivait dans un village
et c'était déjà tout près
le pladrie était cuit
notre lit était dressé
parce qu'on s'était passé le mot
qu'on arrivait avec Obain
donc on passe une dernière nuit à Loutchob
et le lendemain c'est 20 km
de marche peu intéressante
le seul intérêt c'est de
relier d'une même foulée
qu'à Raqqolle, au Kyrgyzstan
à Douchambé, au Tadji-Quistan
et vers la mi-journée on arrive
sur la place centrale de Douchambé
avec Obain
quand j'arrive je me sens agar
parce que
je réalise pas tout ce que j'ai fait
je suis pas du tout pris sous le coup
de l'émotion
je vois ça comme une étape journalière
comme il y en a eu 90 auparavant
donc je suis complètement déboussolé
loin de la vérité
mais
il y a quand même une immense fierté
derrière de Méddick pour la première fois
je me lançais pas
sur un
sentier tracé
il n'y avait pas de balisage, il n'y avait personne qui avait fait
cet itinéraire
c'est vraiment un sentier qui est né au fin fond
de mon imagination
qui est né de mon coeur
donc c'est un sentier que j'ai fait avec beaucoup d'envie
et je suis allé au bout des choses
donc je me sens à ma place
droit dans mes baskets en me disant
en fait
j'ai inventé ce sentier
il y a peut-être que moi qu'il ferait
si cette trace allait sortir droit de
ma tête et droit de mon coeur
c'est que j'en avais vraiment envie
c'est que ces sentiers m'attendaient
et que
voilà à être arrivé au bout
c'est une grande fierté
en fait cette marche c'était aussi un moyen
de célébrer
l'aventure et la fougue
de ceux qui partaient sans vraiment savoir
ce qu'ils allaient retrouver derrière le col
sans vraiment savoir s'ils allaient rentrer
et c'est célébrer un peu cette énergie
l'esprit
d'aventure
et moi j'ai joué à l'explorateur
je peux pas dire que j'étais
un explorateur
parce que tout se voit
tout ceci sur google earth
on peut tout voir maintenant
mais par contre je peux dire que j'ai joué
à l'explorateur et que je suis parti
à corps perdu dans l'inconnu
en lâchant prise
en me disant que peut-être
j'allais rebrousser chemin, que peut-être j'allais buter
que peut-être j'allais rencontrer des difficultés
et que peut-être j'allais pas passer de l'autre côté
mais que je trouverais des solutions
que la route que j'allais dessiner
elle sera
propre à moi-même
et qu'elle est comme ça parce que j'étais là
à cet instant et qu'il s'est passé ces choses là
et c'est un
accomplissement tout ça
tout ça réuni
c'est de me dire que je suis devenu entre guillemets
le héros de mon propre livre
Merci à Jérémie pour son récit
et cet hommage à Hélame Ayard
et merci à vous de l'avoir écouté
cet épisode a été réalisé
par Thomas Fyrre
assisté par Nicolas Alberti
le récit a été présenté par Clément Sacar
la musique est composée par Nicolas de Ferrand
avec une musique additionnelle
de Michael Bogga
Chloé Weibo s'est assuré du montage
et Antoine Martin du studio Chris Péricord
du mixage
à bientôt

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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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