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Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner le podcast Les Balladeurs.
Les Balladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Et tous nos autres formats.
Depuis 48 heures, le ciel se déchaîne en altitude et plusieurs avalanches se sont déclenchées.
Du côté des secours, on s'attend aux pierres, d'autant plus que les chutes de neige abondantes rendent toute opération de sauvetage très difficile à mettre en place.
À quelques kilomètres de là, Aurélie du Tertre attend au cœur de la tempête.
Ayant vu les conditions météo se dégrader, elle a pu rejoindre une minuscule cabane, 5 mètres carrés sans fenêtre, avec un toit de tôle et une lourde porte en bois.
L'espace est sommaire, mais lui permet de se réfugier en attendant les claircies.
Sauf qu'avant qu'elle ne s'en rende compte, le piège s'est refermé sur elle.
Et il ne lui reste plus qu'à espérer que les secours viennent un jour la délivrer.
Le jour du départ, c'était un mercredi.
Mon compagnon vient avec moi, donc on part assez tôt le matin avec tout mon bardat.
Je pars avec tout ce qu'il faut pour être en autonomie pendant 3 jours.
Je prépare mon sac avec de quoi me nourrir, un réchaud, un briquet.
Je prends de quoi pouvoir me repérer, c'est-à-dire une carte papier, un GPS, mon arva,
ce qui me permet d'être détecté si jamais j'ai un souci.
Je prends aussi des vêtements, une frontale, des jeux de piles et un livre pour les 2 soirées que je suis censée passer dans un abri et ensuite dans une cabane.
On arrive à la station du Plénet.
Ce jour-là, le temps était couvert, mais il n'était pas orageux.
On savait que ça allait que ça gravait le lendemain, mais au niveau du timing, j'étais tout à fait bien pour arriver au pic de la Bellétoile dans les temps.
Je commence du coup ma randonnée.
Je monte jusqu'au pic de la Bellétoile.
J'arrive en haut du sommet, toute contente.
Je regarde l'heure, je me dis c'est parfait, je suis dans les temps.
Je regarde le temps, je dis bon, c'est ça, c'est ce que la météo avait prévu.
Le temps n'est pas plus couvert que ça.
Il ne me restait plus que la descente.
Le premier problème qu'il se pose, c'est que plus je descends et plus la neige est gorgé d'eau,
je prends du temps pour descendre à ski.
Je m'épuise un peu parce que plus j'arrive près des lacs et plus la neige est lourde,
mais vraiment lourde, c'est-à-dire, vraiment chargé en eau comme de la glace qu'on mange quand on l'été,
on offre ça à ses enfants.
Donc je galère, je galère dans cette neige lourde pour essayer de trouver la cabane.
Donc il faut savoir que cette cabane jancoutase, elle n'est pas tellement connue.
C'est normalement une cabane de pêcheurs qui est utilisée l'été
et qui est gracieusement laissée ouverte pour accueillir des gens l'hiver.
Heureusement qu'elle est là parce que sinon, sur le domaine des septes-l'eau,
qui est un domaine privé, il n'y a absolument rien qui est ouvert
pour les gens qui risqueraient de se retrouver bloqués dans la tempête.
Je vois que le temps quand même commence à se couvrir.
Il était presque 16h de l'après-midi.
Je me dis, bon là, il est vraiment temps de trouver ton abri pour la nuit.
Et donc péniblement, je continue à essayer de skier dans cette neige lourde
de pousser avec les bâtons parce qu'il faut savoir que dans des zones où il y a des lacs, c'est du plat.
Donc t'es obligé de pousser avec les bâtons, ça glisse pas tout seul, c'est assez fatiguant.
Je finis par apercevoir donc la brige en coutase.
Donc là, j'étais soulagée, je me dis, super, bon là, génial, t'es à l'abri pour cette nuit.
Et donc j'ouvre la petite porte d'un mètre 20, un mètre 30 pour entrer dans l'abri.
Et là, déjà, grosse déception parce qu'entre la description qui avait été faite sur le site
et ce que j'observe, je me rends compte que c'est pas le grand luxe.
Déjà, bon, il y a une bâche au sol qui est trempée.
Je vois pas mal de déchets dans cet abri.
Donc je me dis, bon, ça va pas être très cosy, mais ça va faire le taf pour la nuit.
Et puis voilà, on en a vu d'autres.
C'est pas grave, t'es à l'abri, c'est le principal.
Il y a le mauvais temps qui s'annonce.
Au moins ce soir, tu seras tranquille, tu pourras être au chaud.
C'est plus un abri qu'une cabane.
En fait, il y a deux petites maisonnettes.
Donc là, la maison qui est censée être d'abri pour les pêcheurs l'été, donc qui est là, est fermée.
Et en fait, il y a une sorte d'appentie sur le côté qui fait à peu près 1 mètre 30 de haut
sur 5 mètres de long et qui est juste un petit abri pour pouvoir s'allonger.
On peut pas se tenir debout dessus et au sol, c'est de la terre battue.
Les murs sont en pierre et le toit, c'est en tôle.
La porte est en bois, en bois massif, c'est du costaud.
Et en fait, en dessous la bâche, je me rends compte qu'il y a un macla.
Mais le macla est complètement détremppé par l'eau parce que je pense que les jours précédents de la neige avaient dû s'introduire dans cet abri.
On va dire que pour une nuit, c'est pas trop dérangeant.
Quand j'arrive, je suis très contente d'être arrivée.
Je vois que c'est pas le grand luxe, mais je me dis que c'est pas grave.
Je défais mes affaires, je rentre mes skis parce que je me dis que le mauvais temps est en train d'arriver.
Je préfère avoir les skis à l'intérieur qu'à l'extérieur, on sait jamais ce qui peut se passer.
Je commence à me faire chauffer de l'eau, donc de la neige.
Je prends de la neige de l'extérieur que je mets à l'intérieur de l'abri pour pouvoir avoir une petite réserve d'eau.
Je commence à faire chauffer mon eau, je me fais à manger.
Et puis très rapidement, je change de t-shirt.
Mais il faisait quand même très froid, donc je me dis que je vais dormir avec mon pantalon qui est encore humide.
Et mes chaussettes humides en imaginant que le lendemain, tout se récèque, voilà tout sécherait dans la nuit.
Dans la nuit, il s'est mis à neiger très très fort.
Du coup, je me suis rapidement dit qu'il fallait que je déneige l'entrée de cet abri
pour ne pas être surprise le lendemain et pouvoir sortir facilement.
Je sors, je vois que c'est la tempête, donc je prends ma pelle, je me mets à déneiger.
J'y mets toute mon énergie.
Je sais bien ce que c'est que de déneiger parce que j'ai vécu 12 ans en montagne, à mille mètres d'altitude.
Donc j'ai pris l'habitude de savoir faire.
Donc je déneige, je déneige, je apocalyptique le temps, j'étais avec ma frontale.
Même je risais toute seule parce que je me dis bon, mais c'est incroyable le temps qui fait.
Il faut savoir que la cabane, elle est à 2100 mètres d'altitude, que l'été, le domaine des Settelots,
c'est un domaine où les familles viennent, se baignent dans les lacs, c'est très sympa.
Et là, c'est un temps digne de la lasca, t'as un bruit énorme dehors, c'est la tempête,
il neige des pizzas, donc je déneige tant que je peux, je me fais même des terrasses en me disant
bon, la neige va pouvoir se cumuler de par couche et puis ça évitera,
qui est un énorme amas devant ma porte demain matin.
Donc au bout de deux heures de déneigement, je suis fatiguée,
je décide de rentrer pour me poser un petit peu sur le matelas trempé.
Donc je m'a soupi et je me dis bon, il faut quand même réfléchir à la suite,
il ne faut pas que tu dormes trop longtemps parce que, à mon avis, il va falloir y retourner dans pas longtemps pour déneiger.
Mais à aucun moment, je pense à cette porte qui est montée dans le mauvais sens.
Je suis plus concentrée sur le fait de déneiger que sur l'ouverture de la porte.
Donc je me pose, je m'a soupi pendant deux heures et comme je ne suis pas quelqu'un qui dort très bien,
puis là, la tempête souffle fort, donc je me relève et là je vais pour ressortir et redéneiger
et là la porte est bloquée.
Donc je ne comprends pas, je me dis comment ça se fait que cette porte est bloquée.
C'est une blague, la porte est bloquée.
Je commence à pousser et je vois qu'il y a un petit peu de jeu, donc je me dis bon, ça va faire,
ça en trouve de 1 ou 2 cm et je pousse, je pousse et là il n'y a rien qui se passe.
Non, je suis bloquée, je suis bloquée là, en pleine nuit avec la tempête dehors,
il fait froid, je suis fatiguée, je ne peux pas sortir.
C'est pas possible, c'est inimaginable.
Je suis là, je suis devant cette porte, je me dis mais qu'est-ce qui se passe,
pourquoi cette porte est bloquée, qu'est-ce qui bloque la porte ?
Je comprend rapidement que c'est la neige, mais je me dis c'est bizarre,
tu as quand même bien déneigé il y a 2 heures, donc oui je panique, je panique
parce que je me dis il n'y a pas d'autre solution que cette porte pour sortir.
Donc là tu réfléchis, tu regardes autour de toi, tu analyses la situation
mais en même temps, ça peut durer longtemps cette situation.
Au début tu perds un peu tes moyens, donc je me dis bon, de toute façon là,
tu peux rien faire, repose-toi, on verra demain.
Le lendemain matin, je me réveille assez tôt, quelques heures après,
difficile de savoir à quelle heure je me réveille exactement,
parce que comme c'est la tempête dehors et que je n'ai pas l'heure avec moi,
mon téléphone s'est rapidement déchargé, j'avais pris de quoi recharger mon téléphone
mais la batterie auxiliaire ne marche pas, donc je ne peux pas recharger mon téléphone,
je ne comprends pas pourquoi, vu qu'elle marchait très bien chez moi,
donc je ne peux pas recharger mon téléphone.
Donc je ne sais pas l'heure qu'il est.
Je recommence à pousser sur la porte, je pousse sur la porte,
je me dis bon, c'est pas possible qu'en Réli tu ne vas pas rester coincé là,
comme un rac, c'est pas possible.
Donc je panique un petit peu, je perds un peu mes moyens
et puis après je me dis bon, pose-toi, fais-toi une petite eau chaude,
je me fais une soupe miso, je bois ma soupe, je me dis bon, là qu'est-ce que tu vas faire,
qu'est-ce que tu vas faire ?
Là c'est clair, tu ne peux pas sortir dehors, c'est la tempête,
donc il n'y a personne qui peut venir te récupérer
et puis c'est une tempête, c'est impressionnant, il y a du bruit,
je vois qu'il y a du jour au-dessus de la porte,
il y a l'équivalent d'un centimètre de visibilité,
donc je vois que ça tourbillonne dehors, qu'il y a du bruit, c'est très glauque,
je vois pas trop si c'est le jour, la nuit,
parce que bon, quand c'est jour blanc, c'est difficile aussi de voir si il fait jour ou nuit.
Il faut savoir que dans la cabane, il n'y a pas de fenêtre,
dans cette abri, il n'y a pas de fenêtre,
donc j'ai juste la lumière qui vient du jour de la porte,
donc j'imagine qu'il fait encore nuit
et puis très rapidement, je me suis dit de toute façon,
ça sert à rien de paniquer, on va attendre que la tempête passe
et puis vendredi, c'est prévu un créneau de bouton,
donc de toute manière, tu pourras ressortir,
ou il y a quelqu'un qui va passer,
enfin voilà, il faut que t'attendes que la tempête passe,
que le mauvais temps passe et puis ensuite, tu pourras agir.
Donc je me blottis dans mon sac de couchage,
il faut savoir que mon sac de couchage est humide,
parce que comme il y a la tempête,
la neige passe par la lumière de cette porte
et en fait, mouille tout ce qu'il y a dans mon environnement proche
et comme la surface habitable est toute petite, tout est trempé.
Je regarde mille fois mon téléphone,
j'essaie de le rallumer, de le mettre au chaud, de le rallumer,
donc ça c'est assez dur, parce que tu vois qu'il se rallume
et là tu vois que la batterie est sur la réserve, tu te dis,
il va se rallumer, il va se rallumer.
Et en effet, il se rallume, j'ai pas de réseau,
donc ça, ça n'a rien, il se rééteint.
Donc j'ai absolument aucun moyen de faire connaître ma position.
Mon compagnon sait où je suis,
puisque avant de partir, je lui ai exactement dit où j'étais
et on a partagé notre géolocalisation,
c'est-à-dire qu'il a mes points GPS au fur et à mesure que je me déplace.
Évidemment, certains endroits sur le refuge des Settelot
ne sont pas géolocalisables
et à 100 mètres de mon abri, il y a du réseau.
Mais pas dans l'abri.
Et pourquoi il n'y a pas de réseau dans l'abri,
c'est parce qu'en fait, il y a aussi un toit en tôle.
C'est-à-dire que si je sors de l'abri, j'ai du réseau.
Mais dans l'abri, je n'ai pas de réseau.
Je me dis là, je suis toute seule avec moi-même.
Il faut que je sois forte, il faut que je sois raisonnée,
il faut que j'ai de la structure, parce que ça va durer longtemps,
cette histoire, ça ne va pas être tout de suite la libération,
donc il faut que je trouve des solutions
pour me faire la vie douce et avoir suffisamment de mental
pour que ça se passe bien.
Ce qui est bien, c'est que j'ai à manger.
Par contre, au niveau de mes réserves en eau,
j'ai juste le petit amas de neige
que j'ai mis à l'intérieur de l'abri
pour pouvoir faire chauffer de l'eau pour le lendemain.
Et peut-être le repas du midi, mais j'ai pas beaucoup d'eau.
Sinon, j'ai mon réchaud, j'ai une couverture de survie
et j'ai un livre,
J'ai un livre, La vie de Vançois de Romain Garry.
J'ai ma frontal avec deux jeux de piles.
Donc ça, heureusement aussi que j'ai deux jeux de piles,
parce que très rapidement, le premier jeu suze,
donc j'ai rapidement plus de frontal
et j'ai pas de lumière à l'intérieur de l'abri.
Je n'ai pas de fenêtre dans cet abri,
j'ai une surface au sol de 5 mètres carrés
et le plafond est environ 1 mètre 20.
Il faut savoir que c'est 1 mètre 20 d'un côté,
mais comme c'est un toit en pente,
l'endroit où je dors,
je peux même pas me mettre à 6 là où je dors.
Je suis soit allongée, soit à 4 pattes,
enfin à croupisse sur mes genoux,
plus justement.
Et je ne peux pas me mettre à genoux,
parce que le sol est mouillé.
Donc je ne peux pas mouiller mes vêtements.
Il faut absolument que je sois au sec.
Donc c'est très difficile de se déplacer dans ce petit espace.
J'ai très vite mal au dos,
parce que quand tu peux pas te redresser
la position pliée en deux,
en plus sur même pas 1 mètre,
c'est compliqué.
J'essaye péniblement de regarder aussi
par le jour de la porte
pour voir le temps extérieur.
Et puis c'est rassurant quand même d'avoir
un contact avec l'extérieur,
même s'il est minime, c'est rassurant,
parce que ça me permet de voir
ce qui se passe dehors,
voir que malheureusement le temps
n'est pas en train de s'arranger,
mais en train de se dégrader.
Alors on sait bien que les prévisions météo
elles sont chaotiques,
mais là elles sont plus que chaotiques.
C'est-à-dire qu'en fait c'est une tempête
digne de la Alaska
et qu'on est à 2.100 mètres d'altitude
et que tu as l'impression
qu'on était au bout du monde.
La panique, c'est je pense la seule chose
à éviter, c'est le paradoxe.
J'avais lu une histoire
d'un alpiniste qui s'est retrouvé
en face nord des Joras,
coincé pendant 8 jours
avec son compagnon de cordée
dans la tempête
avec comme seul moyen de survie
son sac de couchage
et tout de suite j'ai pensé à ça
et je me suis dit, mais Aurélie,
t'as pas le droit de te laisser aller
t'as pas le droit de pas survivre.
Il y a des mecs qui survivent
dans la face nord des Joras
pendant 8 jours
sans avoir de réchaud,
sans avoir un abri.
Tu as quand même, ok, t'es coincé
mais t'es à l'abri.
Alors oui t'as froid,
oui t'es dans l'humidité, mais t'es à l'abri.
Personne ne me cherche
parce que je suis censé
donc retrouver mon conjoint
le vendredi, enfin d'après-midi
au refuge de la cabane
de Compte Madame.
Il sait qu'il y a des moments
où ça ne borne pas, donc
lui, le jeudi, ne s'inquiète pas.
En fait, au niveau émotionnel,
je passe mon temps à être
à la fois en colère
dans l'angoisse,
dans l'anxiété
et dans le positif.
Ça s'écyclique.
Par moments, j'en veux
à mon conjoint qui ne soit pas là
pour être déjà derrière la porte
à me dire, Lili, je suis là.
Parfois, j'appelle
les esprits en me disant
venez me chercher, je suis là,
je vais faire de la télépathie,
on va savoir que je suis là.
Par moments, je hurle, je crie
en me disant
mais c'est pas possible, t'es la dernière
des gourds à te retrouver coincée là
comme un rat.
Par moments, je rie
en me disant, c'est quand même complètement
loup Fox, cette histoire.
Bon, ça va bien se terminer.
Par moments, j'ai peur, je me dis bah je vais mourir
même mourir comme la belle au bois
dormant, je m'imagine
m'endormir
toute bleue dans le froid
et d'être retrouvée comme ça
plusieurs jours après
parce que ce que je ne sais pas
à ce moment là, c'est combien de temps
le mauvais temps va durer. Je sais qu'il y a un créneau météo
qui est prévu vendredi matin
mais vu déjà l'ampleur
de la tempête, j'ai peur
que le vendredi matin, il fasse
pas beau. Je me dis, il faut
absolument qu'il y ait un
objet qui
permet qu'on puisse te repérer
de l'extérieur
de ton abri.
J'ai mis
une sonde pour pouvoir être repéré
de l'extérieur. Donc une sonde
c'est ce qu'on déplie
quand on va faire du ski de rando
pour retrouver une personne par exemple
qui est prise dans une avalanche. Donc c'est
très long. Donc là, je déplie
ma sonde du mieux que je peux
dans ce petit espace
pour la faire glisser dans la lumière
de ma porte et au bout de ma sonde
je mets
un repas lyophilisé parce qu'en fait
il faut savoir que la course
que je fais là, donc
du pic de la Belle-Étoile en passant
par le lac des Settelot
pour ensuite le col du
Mouchillon, c'est des courses qui se font
à la journée. Donc
les gens qui font cette itinine rare
passent forcément devant la cabane
Jean-Coutaz. Moi, je suis
très positive
et je me dis, bon
aujourd'hui, il y a quelqu'un qui va passer
devant
mon abri, avec
mon repère extérieur, c'est super.
Je me réveille le vendredi matin, il fait grand soleil.
Je suis
superbeuse, je regarde
par le petit jour de la porte
et je vois un avion
passer et je me dis
ah bah les salauds, ils partent en vacances
et je vois bien
la traînée de l'avion derrière
donc le temps est splendide, il fait grand soleil.
Donc je suis plein d'espoir
le vendredi matin, grand soleil
il fait beau
c'est super, tout va bien
et j'entends un hélicoptère.
Je suis persuadée que l'hélicoptère
est là pour moi.
J'agite ma sonde,
je suis là, je me dis, ah ah, ils vont me voir,
ils vont me voir parce que j'entends
les l'icots qui passent juste au-dessus
de la cabane, je me dis
c'est super, ils sont là pour moi.
J'entends
j'entends les l'hélico, j'entends
survoler la brie
mais il n'y a rien qui se passe.
Toujours très positif,
je me dis, c'est les secouristes
ils vont revenir plus tard
parce que les conditions
moi me paraissent bonnes dans l'intérieur
mais
de l'extérieur c'est peut-être pas
peut-être que c'est pas possible
qu'ils se posent.
J'ai beaucoup d'amis qui sont secouristes
dont mon meilleur ami
et je sais très bien que les secouristes
ne se mettent jamais en danger.
Ils ne vont jamais
faire un secours s'il y a un quelconque risque
pour eux.
Donc là le temps extérieur est magnifique
j'ai un hélicoptère qui est présent
mais il y a personne
qui vient me chercher donc ça ne peut
être que, mais ils attendent
les conditions encore meilleures.
Le lycô s'en va
bon,
le lycô s'en va
et là quand même je me dis
c'est quand même bizarre qu'ils soient pas venus
parce que si
je m'étais fait mal
si j'ai une fracture ouverte
si je saigne, ils ne le savent pas ça
donc leur rôle c'est quand même de venir
de venir me chercher
et là
là il y a une baisse de morale
parce que je réalise que c'est peut-être
pas les secouristes
mais un hélicoptère
de touristes.
Ça c'est dur pour le moral
parce que
oui t'es censé
retrouver ton compagnon vendredi après midi
là il est vendredi matin
il y a toujours personne qui est venu
t'as passé
le gros morceau de la tempête du jeudi
pourquoi il y a personne qui est là
et malheureusement
vendredi après midi
je m'aperçois très vite que le temps est en train de se courir
et là
c'est de nouveau le très mauvais temps
c'est-à-dire jour blanc à l'extérieur
voire jour jaune
parce que la visibilité
est quasi nul
et là
je décide
de lire quelques pages de mon livre
pour pouvoir échapper
à ce moral qui est en train de chuter
pour que le temps passe
il faut que je m'occupe
donc
régulièrement
il y a une pelle qui est là
je gratte le sol
pour essayer d'enlever
l'humidité
du coup l'eau
je racle le sol comme ça
après
je mets le
je mets le
je mets le matelas trempé devant la porte
parce qu'en fait la neige
continue de pénitrer par le haut
de la porte
donc je mets le matelas devant la porte
ça c'est assez galère
parce qu'en fait il est chargé en eau
donc j'essaye en même temps de pas mouiller
de plier ce matelas
parce qu'il faut que je garde le maximum
de
de surface
sèche parce que c'est vraiment ça le problème
c'est que tout est trempé
donc je glisse
mes bâtons
pour pouvoir faire tenir le matelas
et donc la nuit du vendredi
arrive et là c'est de nouveau la tempête
la porte
elle fait 1m30 de
hauteur
et elle est coupée en biseau
vers le haut
il y a 1 cm de jour
mais très rapidement
la neige
est devant cette lumière
et sur le côté
gauche de la porte
en haut
de la porte
il y a environ 5 cm
qui est encore
sans neige parce qu'en fait le toit
de la cabane d'à côté
protège
cette partie de la porte
et heureusement qu'il y a le toit qui dépasse un peu
parce qu'en fait la neige
ne vient pas
de se faire à cet endroit-là
toute la partie de droite
et je peux même pas gratter
en fait il y a un cumul de neige
énorme derrière la porte
mais par contre sur les 5 cm à gauche
grâce au toit de la cabane d'à côté
c'est protégé par le vent
et du coup ça
évite à la neige de ce cumulat
à cet endroit-là
ça c'est une chance hein
mais tous ces petits détails là
qui me permettent
de voir le jour
d'avoir encore un visuel avec l'extérieur
en fait même s'il y a pas beaucoup
de surface
au-dessus de la porte
de jour ça fait quand même rentrer
beaucoup beaucoup de
particules de neige et
ça laisse
une humidité ambiante
dans la brie
donc
là j'ai pas vraiment
d'endroits cosies
pour pouvoir me réchauffer
je
me fais un petit repas chaud
ça c'est très
très confortable ça fait beaucoup
de pouvoir manger un repas chaud
je fais attention à ma bouteille
de gaz parce que je me dis
il faut pas que ça gèle et là
je commence aussi à paniquer parce que je me dis
je sens que la neige derrière la
porte elle commence à s'accumuler
beaucoup donc ça veut dire
que je commence à être recouverte par la neige
ça veut dire que la brie commence à être bien recouverte
et là je me rends compte que la sonde
eh ben elle est enceblie
ça veut dire que derrière la porte
il y a forcément 1m30 de neige
parce que la sonde
elle repose
sur la neige qui est à l'extérieur
donc là ça me panique
ça me panique parce que ça veut dire
qu'on va pas forcément
se rendre compte qu'il y a quelqu'un à l'intérieur
plus que la neige
recouvre la brie
et du coup
difficile d'imaginer qu'il y a quelqu'un
qui est dans cette abri qui est recouverte par la neige
il n'y a pas de ci extérieur qui montre
que quelqu'un a déneigé cet endroit
elle fait froid parce que
quand je souffle
j'ai l'air chaud
la boeille qui sort comme quand on fait
de l'air chaud sur ces lunettes
et surtout
la neige que j'ai
mise à l'intérieur
le mercredi soir
n'est toujours pas fondu
donc il n'y a rien qui font là dedans
donc d'un côté c'est aussi bien
parce que pour le petit côté
toilette
je peux
mettre un petit peu de neige
sur l'endroit où
je vais au toilette
parce que comme c'est tout petit
il faut quand même que je garde un minimum d'hygiène
et en plus
j'ai rapidement
la gastro
parce qu'en fait quand tu fais chauffer de la neige
il faut savoir que la neige
que j'ai récupérée de l'extérieur
elle est paniquelle
et
le peu de neige qui est resté
dans l'abri que je fais chauffer
est sale aussi parce que
ben
c'est un mélange de terre
un mélange de peinture
qui assure la porte
que je gratte en fait tout ce que je peux
récupérer je gratte je gratte
et en fait je gratte dans les coins de la cabane
pour récupérer de la neige
et en fait elle est sale
et donc quand je la fais chauffer
même si je la fais bouillir
ça suffit pas et j'ai rapidement la gastro
donc là je me dis
ça fait déjà 3 nuits que t'es
là dedans
que t'es fatigué
que t'es sur l'héner
que t'as espoir que quelqu'un
vienne te trouver mais y'a toujours
personne qui est là
que t'as pas moyen de te faire voir
de l'extérieur à part cette sonde
qui est recouverte
il faut absolument que t'es un signe
qui montre de l'extérieur
que tu es là
je me dis bon je vais refaire passer
mon bâton de ski
le diamètre est petit
mais c'était difficile à faire passer
au niveau du jeu de la porte
et en plus la neige s'est cumulée derrière
donc il faut que je fasse passer
mon bâton de ski
avec la neige qui pousse derrière
mais là j'ai pas le choix
en fait chaque détail
chaque détail de survie devient
quelque chose de fondamental
c'est à dire que ça devient une obsession
et c'est ça je pense qui me fait
garder la force en moi c'est à dire que
chaque détail
devient une priorité
chaque détail me dit ça
il faut que tu le réussisses
si ça ça marche c'est quelque chose
de positif et c'est une victoire
et chaque petite victoire me permet de garder
l'espoir
donc je fais passer mon bâton de ski
mais pareil il faut qu'il y ait un ski
extérieur qui montre que je suis là
donc il faut penser
à une sorte de drapeau
donc là mon regard se tourne vers
ma couverture de survie
je me dis je vais en découper un petit bout
je vais l'accrocher au bout de mon bâton
je vais faire passer mon bâton
faut pas déchirer la couverture de survie
donc délicatement
je fais passer mon bâton
et là
j'entends la couverture de survie
qui est balayée par le vent
j'entends ce petit bout de couverture
de survie et ça me rassure
ça me rassure je sais
que
il y a un signe extérieur qui montre que je suis là
et voilà tout ça ça m'occupe en fait
ça m'occupe je nettoie
la cabane
je mets régulièrement dans mon sac
de couchage pour me réchauffer
je me mets en boule dedans
je prie
je crois en dieu mais je suis pas praticante
je prie énormément je me dis
c'est pas possible
c'est pas possible qu'un truc comme ça t'arrive à toi
quand il y tu mérites pas ça
c'est quoi le signe derrière tout ça
c'est quoi le message derrière tout ça
il y a forcément une raison pour qu'il t'arrive ça
et là je pense aux copains
parce que je sais que
le samedi soir
il y a l'anniversaire d'un très bon ami à moi
et je me dis
je me dis les copains ils sont là
ils font la fête
toi t'es là t'es comme une conne
tu te retrouves là pourquoi t'es là
je pense à ma famille
je pense à mes enfants
je me dis je peux pas leur faire ça
je peux pas
j'ai pas le droit d'être là
il faut que tu tiennes
il faut que tu sois forte
et puis je m'en veux
je me dis pourquoi je suis partie comme ça
pourquoi
pourquoi il faut tout le temps
que je me prouve des choses
puis j'en veux à christin
je me dis pourquoi il est pas là
pourquoi il est pas venu me changer
pourquoi il est pas déjà là
et puis aucun moment
je m'imagine que les gens s'inquiètent pour moi
en fait je sais pas tout ce qui se passe derrière
et voilà je me
je crois en moi je pense à ma mère
je me dis elle peut m'aider peut-être là haut
j'essaye de comprendre
et en même temps je me dis
il faut que je sois forte
il y a des gens qui ont pire que toi dans la vie
t'es quand même à l'abri
tu peux te tunir à longtemps
ok t'as froid
t'es pas dans une condition qui est facile
mais t'as pas le droit de te laisser aller
t'as pas le droit pour ta famille
pour tes enfants t'as pas le droit de faire ça
donc ça me donne beaucoup d'espoir
ça me donne beaucoup de courage
j'ai envie aussi
de survivre
c'est l'instinct de survie
c'est quelque chose que t'as en toi
honnêtement
voilà pendant peut-être
une ou deux fois j'ai eu orlé à la mort
j'ai pleuré aussi beaucoup
mais la plupart du temps j'essayais
d'être cohérente avec moi-même
solide sur mes appuis
comme on dit
le vendredi soir
Christophe est censé
me retrouver
le samedi il y a toujours personne
donc oui là je m'inquiète
je m'inquiète parce que je me dis
donc on est samedi soir
il y a personne qui est là
donc
c'est très problématique
pour la suite
c'est à dire que les gens
normalement
doivent savoir où tu es
parce que Christophe c'est où je suis
pourquoi il y a toujours personne qui est venu
puisque on était censé
se retrouver vendredi
là on est samedi il y a toujours personne
donc moi j'ai
des réserves pour trois jours
il faut savoir que là
on est déjà à une journée de plus
donc j'ai commencé
évidemment j'ai pas mangé
comme si j'étais censé finir
ma course le vendredi soir
donc j'ai des réserves en nourriture
qui sont à moindrie
mais j'ai encore
de la pâte d'amande
j'ai encore des graines
en flotte là c'est plus compliqué
parce que même si
je fais attention
à mon eau
il me reste assez peu d'eau
il me reste environ
1 litre d'eau
là je regarde
là où j'ai fait
ben j'ai fait des petites commissions
et je me dis ben si t'as pas le choix
ma cocotte faudrait faire chauffer cet eau là
l'eau qui t'a servi
à garder l'hygiène en fait
donc je me dis ça ça peut tenir encore
un petit peu
par contre ce qui m'inquiète c'est le froid
parce que j'ai quand même très froid
et
la neige qui recouvre
l'abri ne me protège pas du froid
je ne comprend pas mais ça ne me protège pas du froid
donc il faut absolument
que je trouve une solution
cette nuit pour me protéger du froid
parce que si je ne meurs pas
d'asphyxie
de faim c'est peu probable
de soif
pas encore tout de suite
mais par contre
d'épuisement mental
ou du froid
ça je sais pas trop
même si je suis protégée
par
ce petit abri
j'ai peur des bruits et en fait
les bruits je pense que le stress
les bruits, la tempête
ça me fait avoir des petites hallucinations
j'ai l'impression par moment
que c'est des bruits de l'hélicoptère
ou qu'il y a quelqu'un dehors
qui va venir
qui a un monstre
ouai il y a des petits moments comme ça
où je pense que le cerveau
il décroche un peu
où il s'invente des gens qui viennent te sauver
tu sais que pour les secours
ils utilisent un hélicoptère
donc je pense que t'es tellement
dans l'espérance
d'être sauvé que tu t'inventes un peu
des choses
et il y a aussi quelque chose
qui est dur pour moi c'est que c'est l'anniversaire
de mon père le samedi
le 13 avril
et je peux pas lui souhaiter
c'est très dur pour moi
parce que mon père
comme j'ai perdu ma mère il me reste mon père
je suis fin unique et c'est quelqu'un qui compte énormément pour moi
c'est des petits détails
comme ça en fait
où tu te sens impuissant
c'est là où tu te dis que
la vie est faite de petits détails
qui parfois nous semblent
on y prête pas assez attention
dans notre vie de tous les jours
et c'est dans des moments comme ça
où tu te retrouves dans des endroits
où en fait tu peux plus faire ces petits détails
qui ont toute leur importance
Tabris c'est
comme un cercueil
comme un cavo parce que
en fait au plafond et sur les côtés
des murs
c'est tapissé de moquettes rouges
de moquettes vraiment
petites moquettes toutes fines
mais rouges donc comme quand tu es dans un cercueil
et donc là je regarde cette moquette
et je me dis il faut que tu arraches des morceaux
pour pouvoir t'isoler du froid
mais en fait c'est très compliqué
donc je deviens
un dragon, une force démesurée
et je commence à arracher ces bouts de moquettes
de toutes mes forces
je tire je tire je tire
et en fait il y a que des petits bouts qui viennent
il y a pas un grand morceau de moquettes qui viennent
non c'est des petits bouts mais c'est pas grave je continue
et là j'étale mes petits bouts de moquettes
sur le sol
donc je mets plusieurs couches
je mets ma couverture de survie
et là
je me dis
utilise la bâche
pour faire une tente
tu vas faire une tente
dans la surface libre
qui a dans cet abri
donc je me fais une petite tente
avec le tasso en bois qui a au-dessus
de ma couche
et là
franchement je suis plutôt pas mal
parce que quand t'es avec ton bouquin
que tu lis ton livre
et que tu as
que tu as de la lumière
c'est vachement réconfortant
parce que t'es dans un espace
dans ton sac de couchage
et ça c'est des choses que j'ai déjà vécu avant
de me retrouver en montagne
dans mon sac de couchage
à lire un bouquin avec ma frontale
il faut se raccrocher
à ces petites choses-là
j'avais demandé
à un copain quel livre
il me conseillait
et il m'a dit
prends Romain Garry
La vie devant soi tu verras
c'est vraiment un super bouquin
et voilà du coup j'ai
je suis passée à la librairie
mais je connaissais pas l'histoire
mais elle était à pique
elle est tombée à pique l'histoire
parce que c'est l'histoire
d'amour entre un petit garçon
et la femme
qui les berge donc Momo
et une femme juive Rosa
et en fait ça se passe
dans un huit clos
ça se passe dans un appartement
et du coup c'est une histoire assez
intimiste entre deux personnages
et en fait pour moi
c'est l'histoire idéale
pour ce qui m'est arrivé
parce que c'est un livre plein d'espoir
c'est un livre
plein de bienveillances et d'amour
et ça se passe dans un endroit
confiné
donc moi en fait
dans ma cabane
dans mon abri
je me retrouve dans leur appartement
je dors
combien d'heures je peux pas dire mais je dors
le dimanche matin je me lève
et là je suis très positive
je regarde l'heure
6h du mathe
le soleil doit se lever dans une heure
je vais gratouiller avec mon bâton
le dessus de ma porte
parce que la neige là cette fois-ci
elle est vraiment bien cumulée derrière
mais j'ai toujours ce petit jour
qui me ramène à la réalité extérieure
c'est à dire sur 5 cm
j'arrive à voir
le temps qui fait dehors
je vois que le bâton de ski
repose bien
sur la neige
qui est même en position haute
ce qui veut dire que la neige est plus haute
que la porte
j'entends toujours la couverture de survie
qui vole au vent donc
je me dis cool
on peut toujours te apercevoir de l'extérieur
et là le jour se lève
et je vois les étoiles
il fait beau aujourd'hui
c'est dimanche matin
c'est la fin toujours très positive
donc je fais mon sac
j'enge mes affaires
je plie mon sac de couchage
je range
je prépare mes skis
je remets mes chaussures humides
dans mes chaussures de ski
je me dis comme ça je suis prête
si les secouristes arrivent je suis prête
7h du mat
le soleil se lève
jour blanc
jour jaune
c'est à dire que c'est même pas blanc c'est jaune
parce qu'il y a toujours ce sapre de Sahara
qui vient du sud
nous
nous chargez encore plus
le jour blanc donc c'est jour jaune
donc là c'est vraiment pourri
et en plus il fait un temps vraiment dégueulasse
là je me dis
ma pauvre c'est peut-être pas aujourd'hui
encore qu'on va venir te chercher
donc faut que je m'occupe
et surtout faut que je trouve une solution
pour trouver de l'eau
je peux passer
les phalanges
de mes doigts
au dessus de la porte mais pas plus
et là je viens gratter
de la neige
je viens gratter tout doucement de la neige
ça m'amène des minuscules boules
mais ça m'occupe
et je fais ça le dimanche matin
donc je mets ça dans la petite casserole
tout doucement je gratte
oh c'est bien ça avance assez vite quand même
je me dis avec le bâton
je peux ramener de tête un petit peu de neige de l'extérieur
voilà en fait faut trouver des occupations
je reprends mon livre
je me dis il me reste 30 pages
je vais pas le finir
je le finirai chez moi
et là
j'entends les hélicos
il est 8h du matin
génial
il y a les hélicos on est dimanche matin
voilà mon instinct m'a guidé je sais qu'aujourd'hui
c'est le dernier jour je sais qu'aujourd'hui on vient me chercher
il y a des coups qui tournent
joueurs blancs joueurs vraiment dégueulasse
je me dis je connais les secouristes
avec un temps comme ça
ils vont pas rester longtemps ils vont pas se mettre en danger
Christophe et pas là non plus
ils doivent vraiment faire mauvais dehors
bon c'est pas grave
je continue à gratter la neige
je me dis bon putain tu vas pas
ressortir ton sac de couchage là
je regarde mon sac je me souviens
là je regarde mon sac
je me dis je vais redesferre mon sac
c'est dur
les hélicos tournent
je l'entends 9h
10h toujours personne
toujours personne
j'entends les hélicos qui se battent
je me dis c'est pas possible faut que tu trouves une solution
faut absolument c'est aujourd'hui
tu vas crever sinon tu vas crever
c'est pas possible le moral il est en train de chuter
quand t'entends les hélicos se barrer le dimanche matin
tu te dis là c'est la fin
maintenant tu sais qu'ils savent
que ça fait 4 jours que t'as disparu
donc on sait que les secours au bout de 4 jours
la plupart du temps ils sont abandonnés
je me retourne
et je pense à ma couverture
de survie
donc je me jette
dessus je déchire un petit bout
mais toujours assez précocieusement
parce que j'ai pas envie de la mettre
en morceaux je sais pas si la nuit prochaine
je vais pas encore dormir dans mon abri
donc je découpe ce petit bout de couverture
de survie et là
je le plie je le glisse
dans l'interstice de la porte
au niveau de la lumière là où j'ai mon bâton de ski
du coup le petit bout
de couverture de survie s'envole
mais moi je le vois même pas s'envoler
en fait je le glisse juste
c'est même pas si il s'envole
parce que je vois rien
je sais pas pourquoi je pense à ça en fait
un instinct comme ça
mais je sais même pas
si il va être vu
je suis on va dire
dans l'espoir
qu'un signe extérieur puisse être vu
et peut-être 10 minutes après
j'entends les secouristes
elle est là
j'y crois pas quoi
c'est même surréaliste
je sais pas possible
je sais pas possible
et je crate
je crate
je dis je suis là
et là j'entends des secouristes
qui disent
tain les gars il y a de la neige hein
il va falloir y aller
je vois le regard du secouriste
les yeux du secouriste au travers
de la lumière de la porte
très beaux yeux
c'est le soulagement le plus total
c'est une présence humaine
c'est quelque chose de concret
il déneige assez rapidement
il ouvre la porte
c'est la libération
je vois le secouriste
qui a presque un grand sourire
mais qui a presque un mouvement
de recul
un mouvement de dégoût quand il voit l'endroit
ça je le vois clairement
je me dis ça donne pas envie
il est content d'être là
mais il se dit
ouf c'est pas
je joue où elle était
je suis très heureuse
d'avoir être y retrouvé forcément
mais je suis gênée aussi
je suis gênée de me dire
il y a 5 secouristes qui sont là
il y a un hélico
ça brasse du monde
moi je suis pas une consommatrice de la montagne
je suis quelqu'un de réfléchie
je fais attention à ce que je fais
je suis mère de famille
et je me sens mal à l'aise
et là ils me disent
bah écoute Aurélie faut que tu...
ça va tu te sens comment
je dis bah ça va je suis pas blessé
je suis juste très fatiguée mais ça va
bon bah il va falloir rechausser les skis
parce que l'hélico est séparé
donc tu t'es prête
t'es prête à descendre dans ski
bah ouais là t'es prêt à descendre les bras
c'est un théo taquette
donc je
je prépare mes affaires
j'ai une fixe qui est cassée mais c'est pas grave
ça va faire le job
je sors
là le temps est vraiment vraiment pourri
je les vois pas
il perso ira non plus
je suis contente mais je suis encore un peu inquiète
parce que je vois que le temps est vraiment mauvais
et je me dis là il va falloir qu'on s'en aille
il va falloir qu'on...
il va falloir suivre les séchouristes
j'espère que je vais pas être encore un boulet
parce que pour l'instant je me sens un peu comme un boulet
c'est à dire que ça fait 4 jours qu'on me cherche
j'ai un copain qui me dit bah là tu vas être contacté
par BFMTV
je lui dis euh... comment ça je vais te contacter par BFMTV
il me dit non mais t'as quand même conscience
que ça fait 90 heures que t'as disparu
je lui dis vous avez quand même pas mis ça sur les réseaux
quoi
ah non mais tu te rends compte que t'as tout le monde
qui se cherche
c'est double peine
je me dis non mais c'est pas possible
j'ai pas... oh la honte
la honte
il faut se barrer le mauvais temps est là
on met du temps à trouver la table d'orientation
donc c'est pour dire que le mauvais temps est vraiment là
on démarre
on part à ski je me dis bon là il faut que tu sois solide
faut que tu les suives
et je descends à ski
dans la poudreuse donc j'essaye
de me dire que voilà c'est cool
je suis là je suis bien
tout le monde rigole tout le monde est content
les secouris sont très contents
très prudent mais très content
et euh... voilà on arrive
comme ça ben jusqu'à
je demande si Christophe est prévenu
et euh... là j'ai la adrénaline
à 100% je suis au taquet
on retrouve l'hélicoptère
du coup à fond de France
ou là il y a
il y a une désaide et on
il nous attend et là j'appelle ma famille
j'appelle Christophe
j'appelle pas mes enfants parce que
je me dis que c'est Christophe qui va le faire
et que je suis... je suis gênée en fait
j'ai pas... je suis très très gênée de situation
j'ai pas du tout d'être
envie d'être vue comme
comme une warrior j'ai pas envie d'être vue comme une star
j'ai honte de moi
je suis contente d'avoir été sauvée
mais j'ai honte de moi je suis très gênée
par rapport à ça
je sais combien c'est difficile
ce métier
que normalement
j'aurais jamais dû me retrouver
dans cette situation si la porte avait pas été
montée dans le mauvais sens
que c'est un coup de malchance et que
la malchance a
quand même entraîné
des conséquences assez lourdes
sur des
secouristes
j'apprendrais après par la suite
qu'ils étaient sûrs que j'étais morte
pourquoi ils sont pas venus directement
sur la cabane Jean Coutaz
c'est parce que
en fait il y a eu
une avalanche quelques jours avant
et leur réco
ce qui permet de détecter le métal
à donner un signal
sur une des faces
dans le domaine des septlots
et en fait ils ont cru que j'étais là
et du coup
ils ont reçu les leurs recherches
à cet endroit là
après ils auraient fait toutes les cabanes
tout de suite en un moment ou un autre
ils auraient fait tous les abris
mais toi quand t'es dans la cabane tu sais pas ça
tu sais pas qui vont faire tous les abris
tu sais pas ce qui cherche
plus le temps passe et plus je prends du recul
par rapport à la situation
ça c'est très positif, ça me permet
d'analyser mes erreurs
de pouvoir aussi en parler avec les gens
peut-être à travers ce témoignage
de pouvoir aider certaines personnes
notamment sur l'instinct de survie
parce que je crois que c'est ça qui intéresse
le plus les gens
comment ça se fait
qu'une femme qui se retrouve
enfermée dans le noir
dans une petite surface comme ça
arrive à trouver un mental suffisant
pour pas péter un plomb
parce que maintenant on est quand même dans une société
assez aseptisée
où on est tous
un peu pris dans notre vie active
et des situations comme ça
finalement il y a très peu de gens
qui en ont
et du coup raconter une expérience
comme ça je pense que ça permet aussi
de remettre l'être humain à son état brut
et de vivre des choses
où finalement
t'as pas d'artifice
c'est toi avec toi
et ça te permet
d'aller chercher au plus profond de toi
et moi je prends maintenant
cette
expérience comme quelque chose de positif
parce que ça m'a permis
de me rendre compte que
que j'étais solide
que j'avais un
instinct de survie
et que toute seule
en fait t'es tout à fait capable
de surmonter des choses difficiles
ça te donne
une vision de toi
qui n'est pas fossée
par du visuel
par de l'effet mère
par des jugements de valeur
là c'est pas triché quoi
Avant d'être la miraculée de Beldon
Aurélie Duterte est qui n'hésitera
peu t'es hostéopathe
elle travaille depuis 20 ans dans le sport
de haut niveau notamment avec l'équipe de France
d'Escalade
début 2024 elle a publié un livre
pour prévenir et guérir les blessures
et traumatismes en escalade
à découvrir aux éditions Gléna
merci à elle de nous avoir raconté
son histoire et merci
à vous de nous avoir écouté sur cette 7ème
saison
on espère que ces récits d'aventure et de mes aventures
en pleine nature vous ont plu
si c'est le cas n'hésitez pas à nous laisser une note
sur vos applications de podcast
cela nous aide beaucoup
et bien évidemment merci à toute l'équipe du podcast
cet épisode a été réalisé par Tom Affir
assisté par Nicolas Alberti
le récit a été présenté par Clément Sacar
la musique est composée par Nicolas de Ferrand
avec une musique additionnelle de Michael Boga
Chloe Weibo s'est assurée du montage
des épisodes
et Antoine Martin du studio Chris Pyrichord
du Mixage
et un grand merci à notre partenaire Colombia
de nous soutenir dans cette aventure
on se retrouve bientôt pour une nouvelle saison
bel été