#82 — Mode survie sur la montagne sacrée, avec Morgan Segui

Durée: 53m34s

Date de sortie: 31/07/2024

3 minutes sans respirer, 3 jours sans boire, 3 semaines sans manger. Voici la règle des trois, règle d’or dans toute situation de survie. Parti pour grimper le Manucoco, une montagne sacrée plantée sur une petite île d'Asie du sud-est au large du Timor-Lesté, Morgan Segui ne se doutait pas un seul instant qu’il se retrouverait en difficulté. Pourtant, cette sortie dans la jungle luxuriante s’est transformée en un calvaire de cinq jours à lutter pour sa survie.


Abonnez-vous à notre newsletter pour ne louper aucun épisode ➡️ 


Retrouvez Les Baladeurs sur :

Les Others 

Spotify

Apple Podcasts

Deezer

YouTube 

Ausha

En RSS


🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart, la musique est composée par Nicolas de Ferran, avec une musique additionnelle de Michael Boga. Chloé Wibaux s'est assurée du montage et Augustin Bretillard du studio Wild Times Records du mixage.


🤝 La saison 7 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

— 

Plus d'infos sur l'épisode :

3 minutes sans respirer, 3 jours sans boire, 3 semaines sans manger. Voici la règle des trois, règle d’or dans toute situation de survie. Celles et ceux qui s’aventurent en territoires sauvages la connaissent par coeur, mais espèrent ne jamais avoir à s’en servir.

Parti pour grimper le Manucoco, une montagne sacrée de 1000 mètres plantée sur une petite île d'Asie du sud-est au large du Timor-Lesté, où il vit depuis quelques mois, Morgan Segui ne se doutait pas un seul instant qu’il se retrouverait en difficulté.

Mais au coeur de la jungle luxuriante, les repères s’évaporent. Et quand le sol se dérobe sous ses pieds commence le calvaire. Un calvaire de cinq jours dans la peau d’un animal blessé, à toucher du doigt les limites du corps humain et à lutter, minute après minute, pour sa survie.

À propos de Morgan Segui :
Depuis l’enfance, Morgan Segui rêve d’être explorateur. Cette envie d’aventure l’a amené à vivre au Kazakhstan puis au Maroc avant de le pousser à s’installer en Asie du sud-est sur la petite île du Timor-Leste. Après plusieurs mois sur place, il décide de se lancer dans l’ascension du Manucoco, le sommet sacré qui domine l’île voisine. Mais cette sortie dans la jungle luxuriante s’est transformée en calvaire. Un calvaire de cinq jours à lutter pour sa survie.


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Or, en donner un jour ou partez pour toujours avec Colombia.
La marque conçoit des vêtements, des chaussures et des accessoires intégrants des technologies testés en conditions réelles depuis plus de 80 ans.
Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner le podcast Les Balladeurs.
Les Balladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Les Ozzers.
Rendez-vous sur notre site leozzers.com, L-E-S-O-T-H-E-R-S.com
Pour découvrir notre magazine papier, la carte méthode recto-verso pour organiser vos aventures en France et tous nos autres formats.
Trois minutes sans respirer, trois jours sans boire, trois semaines sans manger.
Voici la règle des trois. Règle d'or dans toute situation de survie.
Celles et ceux qui s'aventurent en territoire sauvage la connaissent par cœur, mais espèrent ne jamais avoir à s'en servir.
Parti pour grimper le manu coco, une montagne sacrée de mille mètres plantée sur une petite île indonésienne au large du Timor-Leste,
où il vit depuis quelques mois, Morgan Segui ne se doutait pas un seul instant qu'il se retrouverait en difficulté.
Mais au cœur de la jungle luxuriente, les repères s'évaporent.
Et quand le sol se dérobe sous ses pieds, commence le calvaire.
Un calvaire de cinq jours dans la peau d'un animal blessé a touché du doigt les limites du corps humain et a lutté.
Minute après minute pour sa survie.
Quand je suis arrivé à l'hôpital, je me suis mis dans un grand lit et pour rien oublier de cette histoire.
J'ai tout noté sur un petit A4. C'est assez émouvant, le voir, j'ai écrit en lettre capitale, c'est un stylo bleu,
vraiment des lettres très grosses, maladroites, écrit de la main gauche en serrant le point, ce que mes doigts étaient cassés, le bout des doigts.
J'étais déjà sous morphine, le bras droit cassé.
Très vite ils ont essayé de stabiliser un peu mon état, de nettoyer ma tête, donc qui étaient obtenues par des bandages.
Mon bras était fixé dans une sorte d'écharpe.
C'était vraiment pas la priorité, tout ce qui était une petite fracture, fissures des eaux, les doigts cassés etc.
C'était vraiment cette tête ouverte et très vite on m'a opéré.
Au réveil, j'avais perdu 10 kilos dans cette aventure, donc les copains, et gentiment, et aussi peut-être pour avoir plus de détails sur l'histoire, se relayer à mon chevet.
Le Timor, c'est en face de la Papoisie et en face de l'Australie, plus ou moins au nord de l'Australie.
Il y a une petite capitale qui s'appelle Dili, magnifique.
Dili, une histoire incroyable, 500 ans de dictature portugaises, 30 ans d'indonesienne d'occupation,
des guerriers héros dans la jungle pendant 30 ans pour avoir l'indépendance.
C'est un pays incroyable, c'est très très fort.
Je pense que des marins ou certains montanières peuvent comprendre ce que veut dire le très très fort,
mais parfois on se retrouve dans des endroits où ça vibre, ou c'est... On s'en vit, on s'en vit, tout parle, toutes les odeurs, tous les problèmes, tous les bonheurs sont plus forts.
Voilà, les contrastes, les sensations, les rencontres, tout vibre, la moindre truc, la moindre fleur.
Dili, j'habite dans un petit coin caché derrière l'aéroport, derrière la piste,
et c'est la petite partie magique de Dili qui donne sur le nord du pays.
Et au nord de Dili, il y a une petite île à Taureau qui est dominée par le mot sacré, le mot manu coco.
Donc tous les jours, tous les jours, je me levais et je voyais Elis et ce point culminant.
Le manu coco, mille mètres, donc ça parle de la mer, ça monte à mille mètres.
Le manu coco qui veut dire le champ du coq, qui est une partie sacrée.
Il y a beaucoup de gens qui pensent qu'il y a une porte du paradis, voire même un petit bout de paradis, dans les hauteurs du manu coco.
Donc je voulais voir ça.
Re moi et El Sommé, il y a 35 km, 18000 marins, d'une mer parfois bien formée,
avec des fausses à 3000 mètres de profondeur.
Donc 4, 5, 6 heures de navigation, 3 heures au mieux, sur mon petit laser, un mini-voilier de 4 mètres.
Je pars tout le matin et j'arrive vers 11 heures.
11 heures du matin, comme toujours au Timor, il y a quelqu'un qui t'aide à apporter et ton bateau et ton matériel sur la plage.
On part que le bateau et en chemin, il y a quelqu'un qui met d'apporter la caisse et qui me dit tu fais quoi.
Je pars au manu coco, il me dit t'es vacant, je lui dis bah j'y vais maintenant, je pose les caisses.
Et là il me dit tu aurais dû partir plus tôt quand même, c'est bien de partir vers 7 heures.
Tu reviendras tranquillement.
Moi je dis bah t'inquiète pas, j'explique pas le trail mais je dis je suis rapide, je prends quasiment rien, j'y vais léger.
Il me dit comme tu veux.
Donc il me dit je pose mes affaires, je mange un petit peu, je fais une bouteille, un litre et demi d'eau dans mon sac.
Je bois évidemment tout ce que je peux rentre partir et je pars.
Cette petite île elle ressemble à...
Elle est unique, elle ressemble aussi à beaucoup d'îles tropicales.
Il y a une très fine bande de terre qui est rocheuse, qui est la côte, rochée, sable.
Puis très vite viennent les palmiers, les ananas, les papayés, toute cette espèce de grosse masse vert tendre, vers prairie, vers foncé
qui fait la jungle.
Et puis il y a ce pic qu'on imagine comme dans un...
Comme vraiment dans un conte, c'était un pic très très apique, une dent, une pointe sur laquelle viennent se taper les nuages entourés de brumes.
On voit les nuages et la brume tourner autour.
Avec des araignées plus grosses que la main, des chauves souris, c'est-à-dire qu'ils sont des chauves renards.
Ils sont vraiment grands comme des renards, des couleurs, des aînés, les tropiques, le ciel change très très vite.
Tous les kilomètres, je crois que c'est des gens, vous allez où sur le pic ?
Il est un peu tard, vous devriez plutôt partir demain.
Je me suis dit que je suis bien, je regarde ma montre, j'avais lu les topos, donc les gens mettaient 4 heures en marchant.
Moi je trottinais, donc je me dis que je vais faire 2 heures et demi, donc là dans l'autre, ça va aller.
Et puis le chemin et le sentier est chouette.
Là, c'est carrément les ronces, je continue les ronces comme ça m'a trappé, mais vraiment comme des mains de...
Comme des mains crochues dans un Disney quoi.
Jusqu'à à peu près 600, 700 mètres d'altitude, là j'arrive à la limite des champs.
Là, une femme âgée, une jeune femme.
La jeune femme, vraiment habillée à la Timorese avec un taillis, c'est des tissus tissés toutes les couleurs avec des motifs, soit des lézards, soit certaines lignes, soit...
Et ça peut-être sa maman ou sa grand-mère, une vieille femme, avec un oeil tout blanc, aveugle, et qui me regarde sans rien dire.
Et la jeune fille me dit, excuse-moi, ma mante, ma mante c'est mon frère, c'est bros d'œuvre.
Excuse-moi, ma mante, tu vois où ?
Je dis, je monte, elle me dit, tu sais, là-haut, tu vois la limite du champ, là, c'est tout va bien.
Et après, c'est loulou de l'ic.
Le loulic, c'est le vaudou, c'est le monde sacré, c'est la culture Timorese, c'est les esprits.
Là-haut, c'est loulic, et il est un peu tard pour y aller.
Je dis, écoute, je vais aller vite, et je resterai pas longtemps, elle me dit, surtout, reste pas là-haut, on dort pas là-haut.
Donc, tu monte, tu descends, et tu reviens au moins dans les terres dites normales.
Et je vois la grand-mère qui me regarde vraiment avec l'air de...
Qui sait, l'air qui sait, mais qui a abandonné de dire, en fait, qui...
a discuté avec un ennemi étranger, un malin, comme ils disent là-bas,
qu'elle me regarde et le sourire, mais c'était vraiment écrit dans son sourire.
Genre, je sais, je devrais te dire un truc, je te le dis pas,
parce que de toute façon, si je te le dis, t'écouteras pas.
Et donc, je les salue, elle me regarde partir avec un grand sourire un peu gêné, et je monte.
Et là, je vois bien l'heure qui passe, je me dis, elle est encore un quart d'heure, je vois le pic,
et là, il est à portée de main, je vois mon cœur qui bat le sang, qui circule partout.
C'est vraiment bon, quoi, quand tu fais de la montagne et que tu es en forme,
avec tu sens que chaque coup de cœur, c'est un kiff, quoi.
C'est vraiment un coup de plaisir, c'est une caresse dans le corps.
C'est un peu rugueux, c'est un peu doux, c'est presque sucré, quoi.
Et puis, tu as des ressorts dans les pieds, tu voles et t'as vraiment une sensation de vitesse.
Je grimpe, je grimpe, je grimpe, je grimpe.
Et là, il y a encore des trucs qui m'arrêtent, des toiles d'araignées,
des araignées grosses comme la main, tu dois contourner, enfin, tout me dit, demi-tour.
Et puis, je fais taire les alarmes dans ma tête, parce que c'était vraiment, vraiment trop bon.
Et puis, j'étais presque, donc je monte, je monte, je monte, et puis, j'y arrive.
Je finis ma bouteille d'eau, voilà, je suis arrivé, mais j'ai plus d'eau.
Quand je bois la dernière goutte d'eau, la soif, elle arrive instantanément.
La soif se pose, là, c'est les alarmes qui commencent déjà en tête à sonner.
Au début, c'est juste une petite inquiétude.
J'ai mis deux heures et demi, trois heures pour monter, vraiment vite.
Il faudra pas plus, et sûrement moins, pour redescendre.
Je fais demi-tour, et je marche 20 mètres, 50 mètres peut-être.
Et là, le chemin disparaît sous mes pieds, plus de chemin.
Alors, on m'avait prévenu que c'était magique, il y avait des...
Mais j'imaginais pas de quoi y retourne quand on parle de magie sur un chemin.
Donc, le chemin qui était bien visible, là, devient plus rien.
Enfin, j'étais au milieu d'un beau skate, il n'y avait plus de chemin.
Donc, je tourne en spirale, un peu, je fais les scargos, quoi, pour...
Autour de moi, on me dit, je vais bien retomber sur ce chemin, quand même.
Et plus je mets l'oignes, plus je suis perdu, plus je cherche à droite, plus je sais plus du tout.
Évidemment, ça n'accapte pas, il n'y a pas de réseau.
Puis très vite, en bout d'une demi-heure, je les soif.
On commence par une sorte de creux, on commence par une sorte de...
Comme un mangdeur, en fait, comme si on prenait un peu à la gorge, comme si...
Comme si t'étais compressé, comme si c'était de la pression, comme si...
Tu nages dans une eau...
Qui te porte qu'à moitié.
Je cherche, je cherche, impossible.
Et je me dis, je vois une rivière au fond, et je vis la rivière.
Donc, petit à petit, en zigzag, j'arrive à montrer au fond de la rivière, à sec,
en zone tropicale, t'as 6 mois sans eau.
Donc, la rivière à sec, elle est sèche.
Et je la descends, disant, bah, ça va arriver vers la mer.
Et plus je descends, plus, bah, il y a des petites chutes d'eau à sec,
évidemment, 2 m, 3 m, 5 m, 7 m.
Je me dis, la prochaine, je la descends, mais je ne pourrai jamais la remonter.
Donc, j'en descends 2, 3, comme ça, qui serait impossible de la remonter.
Donc, je me dis, bon, bah, ce sont maintenant...
C'est parti.
Je suis dans la jungle, quoi. Il y a des grosses bêtes, il y a des...
Des chauves-souris, des normes araignées, des petits...
Sortes de ta manoir, je ne sais pas ce que c'est, des rongeurs dans tous les sens.
Et c'est un peu flippant.
Donc là, je me retrouve au fond de la rivière avec des animaux partout.
Des espèces de...
De masses d'eau noireâtre qui sont là, malgré la saison sèche.
Mi-boueuses avec des insectes, des larves qui flottent de partout.
Donc là, tu te dis, j'y suis, quoi.
J'y suis dans les...
Dans les aventures qui me...
Qui me faisaient vivre les aventures qui me faisaient vibrer depuis Petite.
Frisons Roches, les histoires de Alexandra Davinelle, la première femme au Tibet.
Enfin, tous les bouquins dont moi, je me suis nourri.
Les histoires de pirates, de guinises, de...
Tous ces films d'aventure.
Et...
Et donc, il y a quand même un côté...
C'est flippant, mais...
Je suis au bon endroit.
Je suis là où...
Ou finalement, j'avais rêvé d'être depuis toujours.
Et arrive la chute d'eau.
Que tu peux pas descendre.
Plus de dix mètres, tout lisse.
T'es encaissé.
Tu sais que tu peux pas remonter.
À ta droite, il y a un pan de jungle inextricable,
mélange de ronces, de lianes, de pierres qui ne tiendraient pas la main.
Et à gauche, t'as...
Un pic.
Un pic.
40, 50 mètres, un peu plus.
Et je me dis, bah écoute, c'est la seule solution.
Je peux pas descendre cette chute d'eau.
Je peux pas aller en arrière, je peux pas monter ce...
ce type de pan de jungle...
infini.
Il y a cette apique à gauche.
Je vais aller au moins monter...
ça.
Peut-être que je trouverai du signal.
Sûrement, j'aurais un point de vue plus haut,
pour voir où je suis, trouver un chemin,
peut-être loin, voir une habitation, de la lumière, quelque chose.
C'est une petite île.
Donc je me dis, ça vaut le coup.
Et puis, ça monte doucement.
30 premiers mètres, facile.
Comme une échelle, une bonne pente.
35 mètres, ça commence à rédire,
mais il y a encore des bonnes prises.
Et là, les cinq derniers mètres,
à cause de l'érosion, à cause de la pluie,
ça sort un peu de la jungle, c'est lisse, quoi.
Il n'y a plus rien.
Je suis à 35 mètres,
et ça a été érodé.
La pluie, le vent,
il n'y a plus une prise.
Sauf, le cliché de l'aventure,
un petit arbuste,
sur lequel on pourrait grimper,
mais qui fait bien flipper.
Toutes personnes qui grimpent, c'est qu'un arbuste,
ce n'est pas la bonne idée généralement
pour remplacer une prise d'escalade.
Mais il n'y avait que ça.
Je le teste.
Je teste, je tire donc tous les sangs,
je graale, je mets un peu de poids, ça tient.
Je mets tout mon poids, je me hisse.
Et là,
il y a tout qui parle, quoi.
L'arbuste, le caillou sur lequel était logeé l'arbuste,
tout part, mon corps part en arrière,
et vraiment, tout se passe au ralenti, quoi.
Tout se passe.
Je vois les racines cassées, les bullies, le sable,
qui part vraiment comme une onde sonore,
comme une onde sur un lac,
après avoir acheté un caillou, comme ça,
je vois tout qui part tout doucement,
et moi qui mets loin, de la falaise.
Et là, je sens le gaz, je sens la gravité
qui commence à tirer sur tout mon corps,
et j'essaye de planter mes doigts dans la falaise,
comme des piollets, je sens que tout mes doigts qui casent,
troup, troup, troup.
Et je sais que tout ce temps-là, j'ai beau y repenser,
il a duré au moins 7, 8 secondes dans ma tête.
La chute, quoi.
Jusqu'à un premier crochet dans la tête.
Une douche chaleur, c'était comme si ma tête était molle,
ça me projette à gauche, je tape à gauche,
quelque part dans les côtes,
et je retombe sur mon pied, et sur mon épaule,
et sur mon bras, à droite, et là, rideau.
Tout doucement, je vois les yeux,
je sens qu'il y a une lutte un peu pour ouvrir les yeux,
je sais pas trop, je suis, mais quand je vois les yeux,
je m'aperçois que je suis affalé sur mon côté droit,
il n'y a que ma main, mon bras gauche qui bouge,
il fait nuit, donc il y a bien 2-3 heures qui se sont passées,
et je scanne mon corps, avec ma main gauche.
Donc mon t-shirt est trempé, je comprends pas pourquoi mon t-shirt est trempé.
J'avais plus d'eau, je regarde à l'entrejambe, je suis sec,
donc j'ai pas pu me riner dessus.
Il y a mon bras qui est coincé sous ma joue,
j'ai la tête posée sur le bras droit,
et là, au-dessus de mon oreille,
au-dessus de mon oreille, il y a une autre oreille,
une espèce d'énorme oreille comme un steak qui pend juste au-dessus de mon oreille.
Je comprends pas ce que c'est ce membre nouveau que je sens de ma main gauche,
il y a des cheveux, ces visqueux, je comprends pas, ça fait 15-20 cm,
et je monte un peu au-dessus comme ça,
et je me perçois qu'il y a un trou, c'est-à-dire que j'étais ploché comme une banane,
je touche mon crâne, et tout mon cuirchevelu est escalpé, décollé.
Je continue, je touche mon bras, et là, un peu au-dessus du coude,
un deuxième coude, mon bras droit a cassé, bien, bien, bien, cassé.
Et puis j'arrive aux doigts, les doigts, bon, je chantais plus rien.
Bon, je suis là, j'essaie de comprendre tout doucement,
en fait, le t-shirt mouillé, bien évidemment, c'était le sang qui coulait de ma tête,
et je me retrouve comme ça à me dire, bon,
les règles de la survie, c'est 3 minutes sans air, 3 jours sans eau, 3 semaines sans manger.
Et bon, là, par contre, je suis pas mort de perdre mon sang,
donc ça va être les 3 jours sans eau qui vont donner le coup fatal.
La soif elle arrive très vite, puis après, c'est juste la poquille d'horsille,
la malade à tête, les yeux qui sèchent, la langue qui se colle, les crampes partout.
Des crampes, des vraies crampes, comme quand on a une crampe en courant,
là, ça devient des crampes assez généralisées.
Et puis les jointures, les articulations, ben, elles sont plus du tout lubrifiées.
Le corps va récupérer l'eau, où il peut, et l'envoyer dans le cerveau,
dans les poumons et dans le cœur.
Donc tout ce qui est main, membre supérieur, membre inférieur, ça se dessèche.
Je crie, j'appelle à l'aide, en anglais, en tétoune, en russe, en tous les langues que je connais,
et puis rien, rien, je suis au fond d'un ravin, toute façon, la nuit.
J'adore les romans d'aventure, vraiment je me disais, c'est bon, quoi.
Allez, je suis spectateur, voyons voir comment meurt un Homo sapiens en montagne, quoi.
Et donc je me mets au premier loge, en fait, je me mets au balcon du spectacle,
pas de douleur.
Et là, la fatigue arrive quand même, la fatigue arrive comme des vagues.
Et tu sens que tu peux pas lutter, quoi.
Donc je vois mes enfants qui apparaissent, qui viennent dire bye bye,
mais vraiment ils apparaissent, quoi, lumineux comme, on dirait le cliché,
des fantômes dans les films de fantômes, quoi.
Des bustes, visages pas, des corps entiers, et qui me regardent,
et je les regarde, et je suis triste.
Mais tu peux pas lutter, quoi, t'es dans un courant de fatigue qui te hape.
Et je pars.
On me disait, voilà, en fait, ça va aller plus vite que prévu, je suis retrapé par ça.
Et à nouveau, je me réveille,
avec le soleil, avec la lumière du jour.
Et c'est les tropiques, donc la lumière du jour, elle est tout de suite chaude.
La chaleur est...
En ressenti, elle est au-delà de ce qu'on peut imaginer,
elle est bouillante, elle est brûlante.
Et là, mon cerveau se met en...
à chercher une solution là où il n'y a pas de solution.
C'est inextricable, en fait.
Je suis en train de mourir, je suis tout cassé, je vous fonds d'un précipice.
Et il y a un tout petit détail qui me vient.
Je me dis, mais il est mammifère, les animaux qui ne vont pas à l'hôpital, ils appellent pas, des secours.
Ils se soignent.
Et j'ai des images comme ça, de serres tapées par une voiture, de sangliers, de chiens, chats écrasés,
qu'on voit plus tard boiter, mais qui sont sans son sortie, quoi.
Et je me dis, mais ouais, en fait, je suis ni plus ni moins qu'un animal blessé, et je dois pouvoir m'en sortir.
Et là, ça switch dans ma tête.
Je ne pense plus, je ne parle plus vraiment... humain, on va dire.
C'est de la sensation, des couleurs.
Le quotidien se fait en nécessité.
Je me retrouve à des endroits sans mettre souvenus, de mettre déplacés.
Les décisions se font sans moi, et quelque chose qui a pris le...
Il y a un coin d'ombre qui apparaît dans le coin de mon oeil.
C'est j'y suis.
Alors j'ai rampé, j'ai des trucs, mais j'y suis.
Il y a des petits végétaux qui passent.
Je me mets à brouter des petits herbes, à gratter dans la terre, au fond de la rivière à sec,
où je suis retourné chercher de l'ombre.
Et je dors.
Je dors, je dors, trois jours, je dors.
Au lendemain de la première nuit, je suis descendu dans la rivière, je passe une nuit,
je suis heureux d'avoir ce petit coin.
Et arrivent, bah ce qui se passe tous les matins dans la vie d'un homme ou d'une femme,
je me réveille avec l'envie d'uriner.
Et je me lève, et là il y a une alarme qui hurle dans ma tête.
On a trouvé de l'eau, attention, ne jetez surtout pas.
Et ça s'est imposé à moi en fait.
J'ai pris ma bouteille d'eau qui était vide, et j'ai uriné dans ma bouteille.
Et bah c'est un liquide, un liquide de jaune claire, pâle.
Et puis j'avais tellement soif que c'était vraiment magique d'avoir ce liquide.
Donc je goutte, je sais, j'avais entendu des gens faisaient des cures boire des lourds,
j'ai ruris le matin dans les cours de yoga ou de je sais plus trop quoi exactement.
Mais que ça se pratique.
Donc j'étais pas plus que ça impressionné, je me suis dit que j'étais content d'avoir un petit litre de liquide.
Donc je le goutte, rien de effrayant en fait.
Et ça passe très très bien, la première gorgée le fait un bien fou,
la deuxième gorgée le fait un bien fou.
On pêche de continuer, je me dis que faut rationner.
Et ce litre je vais boire sur la journée.
Et le lendemain arrive la même chose, envie d'uriner, bouteille vide, pipi.
Et là, le rin est orange, marron.
Et puis deux fois moins quoi, deux fois et demi moins.
Et là je mets mon nez et c'est une odeur infecte.
Ton cerveau dit on boit pas ça, jamais oublie.
Et au fur et à mesure j'arrive à explorer un mètre, deux mètres, trois mètres autour de moi.
Et la soif se faisant tellement urgente, je cherche de l'humidité.
Donc je commence à goûter les plantes autour de moi.
Alors ça peut être hyper dangereux, on est dans la jungle en plus,
il y a un paquet de plantes toxiques.
Là c'était de toute façon mourir de soif ou mourir de plantes.
Donc j'essaye, il y a des techniques pour essayer les plantes qui sont pas vraiment fiables.
Mais voilà, en gros moi j'allais vers ce qui était vert, juteux.
Et puis j'essaye des petites quantités.
Et puis parfois j'avais trop soif pour essayer des petites quantités.
Donc je faisais n'importe quoi, je croquais le premier truc vert que je trouvais,
parce qu'on devient fou avec la soif.
Dès que je vois un truc vert, j'imagine que c'est un concombre, que c'est de l'eau.
Tour de mon petit nid, que j'avais aménagé avec des feuilles,
avec tout ce que je pouvais pour le rendre confortable.
Remple sous les feuilles, une sorte de caisson.
Ça fait une petite tige croquante, assez canelée.
Et tous les 10 cm des petites feuilles, assez grasse.
Et j'en gouttue une, ça avait vraiment un goût de croissant, un peu poivré, très frais, très juteux.
Donc ça je me mets à collecter partout, à chercher, à tirer.
Ça fait un peu comme des lianes, sous les feuilles, donc j'en collecte.
Et je passe une heure à enlever les sables, des racines,
à les couper, à faire des petites tas, ça m'occupe.
Et je me fais mes réserves d'eau.
À un moment je trouve une grosse tubercule rosâtre,
comme une patate douce, avec des bubons.
Et sur les deux, je me mets mon pouce dessus, j'appuie et il y a juste l'eau qui sort.
Et là je réfléchis pas, il y a du liquide sur la main, je lèche mon doigt.
Et dans le quart de seconde, j'ai l'impression qu'il y a des aiguilles à coudre
qui se plantent dans ma lève, inférieure, dans ma lève supérieure.
Puis dans mon palais, je me mets mon poids,


puis dans mes jancifs, je sens des milliers d'aiguilles qui s'enfoncent vers ma gorge.
J'avais le bras droit sur mon estomac dans mon t-shirt.
Je pose ma main gauche sur mon genou, je me mets à croupis.
Et je me dis, ok, je vais mourir comme ça.
Et je sens la progression de ce train d'aiguilles qui rentre, qui rentre, qui rentre, qui rentre,
et qui s'arrête à ma glotte.
Et j'ai un mince filet, je me souviens du mince filet de Bavre qui essaye d'évacuer ce poison.
C'est vraiment mon corps qui ne va qu'à ça.
Je sentais vraiment le corps qui allait chercher tout ce qu'il pouvait, qui se pressait de l'intérieur.
Il y avait un mince filet de Bavre pour évacuer.
Je suis resté comme ça à combien qu'à 1h15.
Et la douleur est passée tout doucement.
La soif, elle est obsédante, elle me laisse aucun instant.
Elle est présente en permanence.
C'est à dire qu'à chaque instant, il a fallu que je lutte, que je vende des choses pour l'oublier,
parce que la soif, elle va me faire mal comme une douleur dedans.
Elle prend tout mon corps, tout mes doigts, mes cheveux, mes yeux.
Tout est sec, tout est douloureux.
Donc il faut jouer avec, il faut essayer de trouver des pensées pour s'en sortir.
Et je crois qu'une des choses les plus dures, c'est le réveil.
Parce que blessé comme ça, moi je dormais beaucoup.
Et donc je rêvais, je rêvais que je buvais.
Je rêvais des montagnes, des vagues, des torrendos.
Et le réveil était d'une violence inouïe,
parce que je me souviens vraiment de cette sensation d'un chien méchant.
Et je ouvre les yeux.
Et la soif, elle me saute dessus, elle saute à la gorge, elle me saute, elle marache les lèvres,
les joues, les yeux, les oreilles, les bras, elle me mort au mollet partout.
La soif est tellement dure au troisième jour.
C'est comme j'ai la langue qui est collée au palais comme un pencement sur la peau.
Et pour la décoller, c'est vraiment le même force qu'il faut.
Tu sais que ça va faire mal, tu sais que c'est dur, tu sais qu'il faut tirer fort.
Et je me souviens d'un réveil où j'avais rêvé de, comme dans une pub de champon,
de vagues, de vagues d'eau fraîche.
Et que j'avais rêvé de boire un périlier dans un verre et que j'étais le plus à même d'apprécier une opétillante dans un verre.
Et que je ferais attention à l'épaisseur du verre, à l'amertume du citron, à chaque bulle,
aux sensations sur ma langue, dans ma bouche.
Et je me dis que c'est incroyable, j'aurais plus jamais l'occasion de faire ça.
Et je râle, je prie et je râle contre tous les dieux, les entités et les forces que je connais.
Tous les dieux grecs, les dieux monothéistes, politéistes, les pierres, les animistes, toutes les forces, les crocodiles.
Et je dis si jamais je peux revoir une opétillante, je vous promets je ne bois plus d'alcool.
Et là il y a ma grand-mère qui apparaît, ma grand-mère Breton, doré,
et qui dit tu boiras quand même une bonne bolle de cidre avec des crêpes.
Je dis une bonne bolle de cidre de temps en temps, ça sera mon champagne.
Cette idée de plus boire, aussi de se faire des promesses, ça projette dans le futur.
Et en fait cette projection dans le futur elle est de vachement.
Donc je suis au fond troisième jour à manger que des herbes,
à faire des plans sur le futur pour tenir, à m'imaginer écrire, m'imaginer voir mes enfants.
Et là une nuit, il y a une pierre qui tombe à côté de ma tête, une énorme pierre.
Et cette pierre elle fait un bruit, elle éclate quoi, c'est un bruit assez étrange, comment pas d'où elle vient.
Et là j'entends des bêtes, je vois qu'il se balade au-dessus, dans cette poudre de jungle inextricable,
au-dessus de moi. Et donc je m'attends à des grosses bêtes et en fait c'est une bonne famille de chèvres.
Une famille de chèvres qui vient, qui me regarde, la plus jeune vraiment elle me regarde dans les yeux pendant une petite dizaine de secondes.
Et il file, je les regarde filer, c'est la nuit, elle disparaît derrière un bosquet.
Et là, au bout de une minute, je les vois amies hauteur sur la falaise d'où moi j'étais tombé.
Et je comprends que là où moi je grimpeais en ligne droite, les chèvres arrivaient un chemin de chèvre qui s'exagait comme ça, tout le long.
Et je me dis si je peux sortir, au moins j'ai un chemin maintenant, si j'arrive à me relever.
La mort étant très présente, puis ça faisait un bon, une bonne pensée pour pas penser à la soif.
Et je me trouvais finalement pas si mal à cet endroit-là et je me disais que si je devais mourir plus tard,
j'irais bien mourir comme ça sous un arbre, en forêt, me laisser dessécher.
Ça m'a beaucoup fait penser à la fin de vie, à cette idée de comment on meurt, comment on se donne la mort quand on a besoin de mourir.
Par contre, c'est vrai que la vie elle s'accroche quoi, elle est vraiment balèze.
Chaque fois que tu penses qu'elle va s'enfuir, tu pensais que c'était fini et je me suis réveillé à chaque fois.
En découvrant des ressources vraiment qui étaient cachées, je ne sais où.
Mais, qu'avait cette capacité d'apparaître là comme un petit...
Parfois comme un petit diablo, tu vois, j'ai dit une petite ressource comme ça qui sort du chapeau.
Et de l'an demain matin, la première lumière arrive, ce qu'aucun de mes aventuriers favoris avait décrit en tout d'écart,
je me lève dans une énorme colic.
Des excréments, je me retrouve couvert d'excréments.
Je suis demi sec, ma peau est déjà frippée, dure comme du bois, je suis dans mes excréments.
Et j'ai encore des petites herbes à grignoter, à porter de main, j'avais fait des petites tas.
Et je me dis bon, là c'est la dernière limite en fait, soit je fais quelque chose maintenant,
soit je me laisse aller, et ça ressemble beaucoup finalement à comment les hommes et les femmes meurent à un moment.
C'est une des derniers signes de vie, c'est quand tout part.
Je me dis il faut faire quelque chose, et je me lève.
Alors je dis je me lève là comme ça c'est facile, mais je mets un quart d'heure à te trébucher, à te tomber,
essayer de me tenir, à avoir la tête qui tourne, à avoir des crampes partout,
à me maudir de croire que je peux me lever.
Mais à un moment j'arrivais à être plus ou moins debout contre la roche, et je me lave, j'enlève, j'ai jeté mon slip,
je me lave avec du sable, des feuilles, tout ce que je trouve, et puis je suis plus ou moins propre,
même pas mal propre, et je me dis bien en fait il y en a d'hier source, j'avais encore d'hier source.
Il a fallu aller chercher, il a fallu aller chercher très très loin,
mais avec la douleur qui arrive, pas la douleur des blessures, mais la douleur de la soif,
la douleur des tendons, du sang qui est grume l'oeil, c'est une espèce de, c'est plus du liquide,
quoi qui coule dans les veines, le coeur qui fatigue, les reins comme deux cailloux au bas du dos,
et me voilà debout propre, et je me dis je vais aller sur le chemin de chèvre.
Et je me trouve un petit bâton, j'ai plus de la force évidemment malgré mon couteau de coupé,
un bout de bois, et je trouve le chemin de chèvre. Alors le chemin de chèvre c'est,
des fois c'est 10 cm de large, des fois c'est 2, ça va pour un pied de caprin bien aiguisé,
et je me dis bon, je suis arrivé au max des forts je pense, et donc si je retombe, j'y vais la tête la première.
Et je me souviens vraiment avoir pris une petite minute à faire comme les, on voit les plongeurs olympiques,
ou les gens qui vont faire du saut en ski, qui répètent vraiment la figure avant de la faire plusieurs fois,
et j'ai vraiment, je travaille, si je riepe, je plonge, si je riepe, je plonge, si je riepe, je plonge.
C'est bon, j'ai fait mon max, et je grimpe, je grimpe, je grimpe, 10 heures, et le soleil tape.
Et la falaise, ben ça rendit, je suis arrivé en haut, et ça tape, ça tape, ça tape, et je vois une petite centaine de mètres,
un arbre, un petit moringa au milieu d'un pyrilet, et donc ça fait un petit arbre, un petit boule comme ça, comme un petit buit,
qu'a une, une petite ombre, un petit cercle, un mètre cinquante sous lui, et je me mets sous cet ombre,
et je me dis, je vais attendre la fraîche, je vais attendre 17 heures que le soleil se couche,
et évidemment le soleil tourne, donc moi toutes les demi-heures, toutes les heures, je me déplace pour rester sous l'ombre.
Et là, ma peau, mais vraiment je deviens une chips, tout croustille, les petites peaux, toutes les dures, toutes les caçons,
et j'avais trouvé une sorte de petite marmite d'eau sommatre, j'avais mis dans la bouteille au cas où,
il y a une technique pour des infectés l'eau qui est de la filtrer à travers une chaussette,
donc il faut vraiment très très bien la filtrer, donc vaut mieux 3-4 épaisseurs de chaussettes, t-shirt,
puis de la mettre entre 6 et 10 heures un soleil très fort, faut pas faire ça sans savoir comment ça marche.
Et bon, j'avais filtré ces taux, j'avais un peu des infectés aux UV, et je m'en servais juste pour m'humecter,
un peu comme on met un gant en froid sur un malade ou un enfant en cas de la fièvre, et ça m'a vraiment aidé,
j'abuvais pas, je m'étais promis de pas boire parce que l'eau, avec des bactéries, ça tue encore plus vite que se dessécher,
donc je m'humectais les bras, le front, et ça m'a permis de tenir la journée.
Et puis arrive le soir, deux semaines, et je marche, je continue à marcher,
alors pied droit a été fissuré, donc il restait toujours derrière, je marchais que sur les petits orteils.
Je faisais tout petit pas, je faisais des pas de creux mères sur le chemin de chèvre,
ça me tenait comme une rite-ournelle, chaque petit pas comme ça,
aller encore un petit pas de creux mères sur le chemin de chèvre, aller encore un petit pas de creux mères sur le chemin de chèvre.
Un moment dans la solitude, t'arrives vraiment à accueillir les autres,
accueillir la montagne, accueillir les animaux, accueillir le vent, accueillir tes proches avec toi,
et pour l'accident, il y a un tel point qui s'apparaissait vraiment visuellement,
et là c'était peut-être une solitude extrême,
et je grimpe, et là je vois une barrière, une barrière, une construction humaine,
alors faite de palmes, faite de rondins d'arbres tropicaux et de palmes sèches,
j'en crois pas mes yeux, je me dis ok, c'est la civilisation, c'est là,
j'avais jamais été aussi content de ma vie de trouver une barrière,
et j'avais peur de la casser en craint un peu dessus,
j'avais peur qu'il y ait des animaux qui s'échappent vers le précipit,
j'avais peur d'abîmer ce bien qui est au genre d'Atao,
donc je cherche le bon endroit avec un arbre un peu solide contre la barrière,
j'arrive à grimper tout doucement, et un pied après l'autre,
je me retrouve dans un champ, du bon côté de la barrière.
Et là c'est vraiment, c'est assez étrange que d'un côté tu dis,
on retrouvera mon corps, donc ça c'est très chouette,
tu te dis je serais pas le mec, le papa a disparu, on ne sait pas où il est,
il doit être sûrement en train de ciruriser une noix de coco quelque part à la cool,
donc ça c'est surtout ce que je voulais pas,
même si je meurs maintenant, je suis en train de me faire rire,
je suis dans un champ, on trouvera mon corps.
Je grimpe dans le champ, et je vois un petit enclos,
donc c'est un champ de montagne, c'est des cultures mêlées, de petits pois, de maïs,
des maïs de toutes les couleurs, c'est assez beau, mais très clair semé,
des patates douces, et il y a cet enclos, un petit enclos de bambou,
des choses comme ça, et il y a des grandes feuilles vertes qui sortent de cet enclos,
des grandes feuilles vertes en forme de lames, de la tête de lance,
et j'arrive et c'est un champ d'ananas, récolté, que des tout petits ananas,
et un seul gros ananas au milieu du champ,
un monstre d'eau du coin, une grosse bête,
et là je me dis c'est pas possible, c'est une blague, je regarde autour de moi,
elle me dit je suis en train de mourir de faim, mourir de soif,
il doit y avoir des petits esprits de la montagne qui vont faire une blague,
le truc qui va faire poids de poids, être quick, quand je lui appuie dessus, il va disparaître,
c'est attendé vraiment, vraiment j'attendais une blague, je me dis,
tu meurs pas de soif, et puis on t'amène à un ananas, ça ne existe pas.
Et je rentre dans ce champ, c'est très coupant les feuilles d'ananas,
donc je fais attention, puis je ne veux surtout pas abîmer le champ,
donc je m'approche, et je me dis, si il est vraiment mur, je le prends,
et je m'approche, je tate, il est un peu mou, pas trop, je sens, il est hyper sucré,
et là quand on ressent le sucre, c'est odeur, on y vente,
et je m'assoie, j'ai toujours mon petit lesormane sur moi,
je tourne l'ananas sur lui-même, il se détache, je le mets entre mes jambes,
je coupe en deux, je pose délicatement la moitié, je coupe une grosse tranche,
je laisse un tout petit bout de peau pour pas que la tranche tombe
et pouvoir couper encore une demi tranche, et là je me sers une demi tranche bien épaisse,
et je vois, il y a du jus qui perd les, et j'en crois pas mes yeux,
et là je fais un croc, je prends une bouchée,
et mes lèvres et ma langue, ça aspire,
et là ma langue et mes lèvres étaient tellement desséchées que je sens l'eau qui rentre
de l'ananas à mes lèvres sans passer du tout par mon corps,
donc la première bouchée, il n'y a rien qui est parti dans ma gorge,
c'est ma langue, mes joues compris, deuxième bouchée pareil, la gorge, les joues,
un peu le fond, la glotte, la troisième, quatrième bouchée,
il y a enfin une goutte, du jus qui descend,
et là il y a le sucre et l'eau, et je coupe, je coupe, je coupe, je coupe, je coupe,
je mange, je racle les tout avec mes dents, et là j'ai chaud,
j'ai chaud mais une chaleur, vraiment une bonne chaleur,
un truc de mongol fier, je me sens gonflé d'air chaud, je me sens léger, léger, léger,
et tout autour de moi, c'est du feu, le feu jaune, verbe, bleu,
comme un mauvais poster de méditation, New Age, et je vole,
je suis à 50 cm de ma pierre, je sens vraiment, je suis porté par mes homoplates,
par mes épaules, ça monte, ça monte, ça monte, il y a ces couleurs,
et tout est à sa place, tout est bien, tout est doux, tout est incroyable.
Et là tout se mouille, je retourne, et bon, là je deviens lourd, je pèse une tonne,
je deviens hyper lourd, hyper fatigué, je chante mes fesses qui s'enfoncent dans le rocher,
et là du coin de l'oeil, je vois une pierre plate à une centaine de mètres, un peu à l'ombre,
je me retrouve couché là, je me souviens vraiment, je me souviens très clairement
que je ne me souviens pas de me mettre déplacé, et je dors, et je dors jusqu'au petit matin.
C'est la première nuit que je passais un peu en hauteur, et j'ai senti le vent dans mes poils,
et pour la première fois mes petits fins poils de rien du tout, je les ai sentis comme un pelage, comme une fourrure.
Je chantais qu'ils me protégeaient de pas grand-chose, de 3-4% de chaleur qu'ils pouvaient retenir,
mais pour la première fois j'ai senti mes poils comme un pelage.
Je suis vraiment d'ailleurs, c'est normal, il fait froid, j'ai un animal qui dort dehors,
et j'étais hyper heureux, en fait j'étais très très heureux.
Et je me réveille, je suis dans ce champ, et là il y a un petit chemin,
et le chemin traverse le champ, donc droite ou gauche, vers la mer ou vers les terres.
Et en repassant le champ, je me dis, c'est un anas, il faut que je le paye,
il faut que je trouve un endroit, j'avais peut-être 10-15 dollars.
Et donc je me promène dans ce champ, en suivant le chemin,
un dollar a habillé de 10 à la main, en disant, bon, où est-ce que je vais payer cet anas,
il faut qu'il le trouve, je trouve pas.
Et là je fais une deuxième promesse, je me dis, bon, je promets à toutes les personnes à qui j'ai déjà promis 10 choses,
qu'une fois sorti de là, je retournerai au village, je demanderai à qui appartient ce champ,
j'essayerai de le retrouver, puis je payerai la personne.
Et dans la seconde, où je dis ça, apparition une petite maison.
Donc moi je m'étais habitué aux apparitions, aux disparitions,
une petite maison, une maison de champ, donc ça fait 2 mètres sur 3, quelque chose comme ça,
c'est une toute petite maison, en fait, de la nervure de la palme, avec des bambous tracés.
Et là, une petite maison, je vais voir, il y a des géricaines.
Et je m'approche, ils sont pleins, je me dis, c'est pas possible, je ouvre, c'est transparent,
je mets mon nez, ça sent rien, alors ça sent rien, non, ça sent toujours un peu la lessive,
un mélange de plusieurs choses, des géricaines au Timor.
Et là, je vois à côté, en fait, des assiettes en plastique, des verres en plastique.
Bon, je me dis, c'est là où ils viennent boire un coucou.
Et je prends un verre, je le pose avec ma main gauche, je fais hyper attention de ne pas perdre une goutte,
c'est avec le verre par terre pour me servir.
Je sens, je mets une goutte dans ma bouche, et là c'est de l'eau.
Alors la première gorgée, elle est assez folle parce qu'elle confirme déjà que c'est de l'eau.
C'est-à-dire que j'ai goutté, j'ai touché, j'ai vu, j'ai senti, mais c'est vraiment la première gorgée complète qui part dans le corps.
Si avec l'ananas, c'était la survie, avec cette première gorgée d'eau,
il y a tout le corps qui dit, ok, là, on est plutôt dans la réparation, là, on va se faire du bien.
Et c'est impossible de boire de sement.
Quand tu as cinq litres d'eau, donc première verre, deuxième verre, elle a sa couleur, et ça arrive dans l'estomac.
Et tu sais que tu peux plus t'arrêter d'être à une irrésistible besoin, envie, nécessité de sentir ce flow, cette rivière, ce courant d'eau dans ton corps.
Et donc j'enchaîne les verres d'eau, j'enchaîne les verres d'eau, et je sens tout mon sang qui se fluide, y fait, et mes reins qui reprennent.
Encore plus leur forme et ça soigne.
Il y a un truc avec l'eau qui est quand même assez magique.
Quand tu mets de l'eau dans ta bouche et que tu as soif, toute ta tête, tout ton corps sait que c'est cet élément, c'est cette molécule dont tu as absolument besoin.
C'est ce qu'il te faut, quoi.
Et tout le corps le dit de sa façon, les muscles, et là je descends le géricaine, quoi.
J'en bois trois.
Là je suis encore mort de soif, mais j'ai de l'eau jusqu'au gosier, je ne peux plus en mettre.
Et c'est vraiment étrange d'être rempli d'eau, d'avoir bu trois litres d'eau et d'avoir soif, soif, soif, soif.
Et je sens mon corps qui...
Les jambes qui se remplissent, etc.
Je referme ça, je me remplis ma bouteille, et je continue.
Et là, deuxième petite maison.
Et là, dans la deuxième petite maison, il y avait une boîte.
Et je regarde dans la boîte, il y avait les briquets pour faire le feu.
Donc c'est là où il se prépare le café.
Je me dis, j'ai trouvé là où mettre mon billet.
Donc je mets le billet, j'arrache une petite feuille, j'ai toujours des petits carnets comme ça.
Et je laisse une petite note en Té Thoun, la langue locale.
Et je mets...
Désolé, mon frère, j'ai mangé ton ananas.
Et j'ai bu ton eau.
Et j'ai mis les dix dollars.
Et je continue à marcher, donc, sur le chemin.
Et au loin, je vois, tout le futur, dans le champ, une petite barrière, je grimpe la barrière.
Et en bas de valet, une maison avec un drapeau rouge qui flotte.
Et là, je crie, Ajuda, Ajuda, qui est en portugais, en Té Thoun veut dire, à l'aide.
Et j'entends quelqu'un qui me répond.
Donc là, je dis bon, il faut y aller.
Arrive.
Un visage, j'oublierai jamais.
Un visage massif.
Un homme balèze.
Vraiment le regard inquisiteur, mais d'un calme absolu, avec un énorme lance-pierre armé.
Pas un petit lance-pierre pour tuer les oiseaux, quoi, vraiment.
Un énorme lance-pierre pour se défendre.
Et mon regard, je regarde.
Moi, j'avais évidemment ma tête de banane calpée avec des énormes psychiatrises, un œil fermé, gonflé de pu, tout nu.
J'essaie de lui expliquer ce qui se passe et il me dit, la Lique a expliqué à ça.
Il n'y a pas besoin d'explications, il me prend dans ses bras et il commence à faire une prière.
Il dit merci Jésus d'avoir permis à cet homme de tenir le coup dans mon champ, de l'avoir amené ici,
de donner nous la force de la ramener chez lui, de donner nous la force d'aller aujourd'hui au village.
Et là, tu sens que tu es sauvé.
En même temps, tu es dans un moment vraiment spécial, quoi.
Et là, je suis dans un autre d'eux.
Je n'arrive pas à comprendre où je suis.
La mort était vraiment accrochée à mes baskets, comme on dit.
La vie était toujours là aussi, mais là, il se passe quelque chose, c'est un moment charnir.
Et je le sens, je le sens vraiment.
Moi, il me dit, tu peux marcher, je lui dis oui, lui dit, donne-moi ton sac, on y va.
Et on descend la valie, on arrive jusqu'à sa maison, il y avait ce drapeau rouge qui flottait.
Et là, j'oublierai jamais.
Et là, il y a sa femme, Manaraquel, qui est là, elle se tient, on dirait le perron,
en France, elle se tient sur le perron de sa petite maison de champ.
Elle me regarde avec des yeux, mais une sorte de rayon hyper fort.
Je me sens pris, je me sens adopté, je me sens protégé.
Elle ne dit rien, elle fait demi-tour, Moïse me fait rentrer dans la maison, je me déchausse.
Toujours une toute petite maison, la médecin, 22h, on se baisse, on se met sur une note.
Et là, il y a Manaraquel qui arrive avec une assiette.
C'est trop beau, avec du riz, des petits pois, du maïs, des pommes de terre, tout ce qu'ils ont dans leur jardin.
Et j'entends Moïse au loin, qui fait de la machette, il revient.
Il m'avait pluché une noix de coco, mais tout fait au plus petit pour que je puisse la tenir de ma main gauche.
Et je mange l'assiette, et je bois ça.
Et Manaraquel m'a amené un bon café Timor, bien chaud.
Elle reprend mon assiette sans rien dire, elle m'a ramené une deuxième assiette, et je mange, et je mange, et je mange.
Et Moïse dit, je gare la deuxième note coco pour la route, et maintenant, il faut y aller.
Et on part.
Et il y a deux heures, deux heures et demie de marche.
Donc on part doucement.
Moïse me fait une belle canne dans un bambou, et on marche tout doucement.
Et pendant qu'on marche, Manaraquel, elle a sur sa tête un panier de maïs,
à sa main droite, un petit sac qu'elle tient, et en main gauche, dans une bandoulière des haricots, qui elle écoce en marchant.
On arrive au village, et là il y a tout le village, tout ce petit village.
Les toutes petites maisons magnifiques, en bambou, taux, le ciment.
C'est une île, et le village Bérao, c'est en haut d'un plateau, donc tout ce qui est arrivé là est arrivé à Dodom.
Des maisons hyper simples, hyper belles, avec les gros maires un peu à l'ombre.
Et tout le monde qui vient et qui suit la procession.
Ça ressemblait vraiment à une procession.
J'avais ma barbe, le sang partout, mon bâton, Moïse devant, Manaraquel derrière, les vieux, les enfants.
Et il y a un filtre en fait qui se était enlevé, de la façon dont, pendant un court instant,
pendant un petit moment, j'étais plus le malin étranger avec ces belles baskets, son sac à dos bien remplis, son GPS, ses amis, ces machins.
Là, j'ai vraiment eu le sentiment que j'avais connu l'île plus qu'à quasiment aucun autre étranger.
Morgan Segui a raconté cette histoire dans son livre « Cinq jours au Timor » publié aux éditions premiers parallèles, que nous vous conseillons vivement.
Vous y découvrez bien davantage sur son aventure, la justesse de ses mots et la poésie de son âme, mais surtout vous y rencontrerez les personnalités qui, malgré leur situation difficile, n'ont pas hésité à lui venir en aide et à lui sauver la vie.
Morgan tient à remercier particulièrement Man Moiz, Manara Kel, Mana Ati et Manayu, mais aussi Amélie Petit et toute l'équipe des éditions premiers parallèles. Et une grande pensée à Kati, qui a perdu son montagnard.
Merci à lui de nous avoir raconté son histoire et merci à vous de l'avoir écouté.
Cette épisode a été réalisée par Thomas Fier, assistée par Nicolas Alberti. Le récit a été présenté par Clément Sacar, la musique est composée par Nicolas de Ferrand, avec une musique additionnelle de Michael Bogat.
Chloé Weibo s'est assuré du montage et Augustin Bretillard du studio Wild Times Records, du mixage. A bientôt !

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

LesBaladeurs

Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': None}, {'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Places & Travel', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Personal Journals', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere