Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachĂ©e au cĆur d'une forĂȘt de pain, oĂč les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forĂȘts et ocĂ©ans promettant mis la aventure Ă pied ou Ă vĂ©lo.
Cet endroit rĂȘvait, c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en rĂ©servant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine Ă©tait comme une grande table de banquets oĂč tout le monde se retrouvait.
Et, se riz sur le gĂąteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout de la
nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grĂące aux coutures voyageurs sur AirBnB,
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez Ă votre petite histoire.
Grismine, le petit dĂ©j'ai servi ! Grismine ! Mais oĂč est-ce que t'as encore passĂ© la
nuit ?
Grismine, c'est mon chat.
Ne croyais pas que c'est parce qu'il fait tout le temps la tĂȘte que je l'ai appelĂ©e
comme ça, non ? C'est à cause de son pelage.
Il est blanc, sauf sur sa tĂȘte oĂč il est gris comme un jour de pluie.
Avec sa bouille, il est tellement chaud qu'on ne peut pas lui résister.
Et il en joue.
Il charme tout ce qui passe Ă la maison.
Résultat, il a toujours un petit quelque chose à se mettre sous la dent.
C'est fascinant de le voir faire, c'est un véritable expert.
Il faut dire qu'il a le terrain de jeu rĂȘvĂ© pour parfaire son art.
On habite dans une vieille ferme que maman a transformé en maison d'autre.
Ăa veut dire qu'on accueillait gens pour dormir.
La plupart viennent pour s'entraĂźner dans la forĂȘt des sans-bosses qui bordent notre terrain.
Un paradis pour les randonneurs, les coureurs ou les vĂ©tĂ©tistes de l'extrĂȘme.
Il y a toujours du monde Ă la maison et Grismine en profite.
Pour s'assurer Ă un petit dĂ©jeuner royal, il va mĂȘme jusqu'Ă s'incruster dans la
chambre d'un autre pour la nuit.
Et comme aucun d'eux ne s'est encore levé, c'est la seule raison qui explique pourquoi
mon chat ne s'est pas jeté sur son bol de croquettes.
Sauf que les clients ne tardent pas à défiler, puis la maison se vide, sans que mon chat
ne pointe ses moustaches.
Ce gluten ne rate jamais un petit déjeuner.
L'un de nos autres doit ĂȘtre un lĂšve tard.
Anxieux, je consulte le registre et pousse un ouf de soulagement.
Un client ne s'est pas prĂ©sentĂ© ce matin, un certain Vlad tĂȘte-en-bas.
Que fais-tu, mon chat ?
Je cherche Grismine.
Dans le registre ?
Je l'ai pas vu ce matin.
Ah bah s'il avec monsieur tĂȘte-en-bas, t'es pas prĂšs de le revoir.
Hein ?
Pas besoin de te mettre dans tous tes Ă©tats, monsieur tĂȘte-en-bas travaille de nuit.
Ăa se peut pas, la nuit tout est dĂ©sert par ici.
C'est quoi son métier ?
Il ne s'est pas étendu sur le sujet, mais il a demandé à ce qu'on ne le dérange sous aucun prétexte lorsqu'il se repose.
Ces nuits ont l'air trÚs chargés.
Mais il y a urgence alors.
Grismine n'a jamais sauté un repas.
Si ça se trouve, il va devenir infernal et lui ruiner sa nuit.
Enfin, sa journée.
Enfin, tu vois quoi.
Tu sais ce que veut dire sous aucun prétexte ?
Oui, mon...
Bien.
Et puis rien ne dit que Grismine soit avec lui.
Peut-ĂȘtre qu'il est dehors.
T'es allé voir ?
Ăa, c'est ce qu'on appelle une question rĂ©torique.
Ma mÚre n'attend pas de réponse.
C'est une maniĂšre de clore le sujet et de se remettre au travail.
Inutile de continuer à discuter, alors je lùche un « non, j'y vais », chargée de déception.
En faisant le tour de la maison, je gribouille dans ma tĂȘte un tableau avec des centaines d'hypothĂšses.
Et Ă chaque fois, j'arrive Ă la mĂȘme conclusion.
Si je n'ai pas vu Grismine, c'est qu'il est coincé avec ce drÎle de type.
J'en suis sûr.
J'abandonne mes recherches et je rentre.
Maman range la salle Ă manger.
C'est parfait.
Tel un ninja, je me faux-fil jusqu'au comptoir d'accueil.
DiscrĂštement, je rouvre le registre pour savoir oĂč l'odge se tait en bas.
La suite des combles.
On peut illoger dix personnes.
Pourquoi un homme seul aurait besoin de temps d'espace ?
C'est vraiment louche.
Sans perdre une seconde, j'appuie sur un bouton caché dans un petit renfoncement.
Bon, un tiroir pas si secret s'ouvre.
Maman ne sait pas que je sais, mais je connais absolument toutes les cachettes de la maison.
Je subtilise le passe-partout et je file à l'étage.
Un long couloir flanqué d'une série de portes fermées s'ouvre devant moi.
Au bout, un escalier en bois s'élÚve vers la suite des combles.
En bas, j'entends maman s'afférer dans la buandrie.
Elle ne va pas tarder Ă monter.
Cet escalier, c'est un sacré défi.
Il grince tellement qu'on a l'impression d'ĂȘtre dans une maison hantĂ©e.
Mais moi, je le connais sur le bout des doigts de pied.
Je sais oĂč il faut passer pour monter en silence.
J'atteins la porte sans quidement.
J'y colle mon oreille et distingue un léger rond-flement.
D'ailleurs, j'entends maman chanter dans le couloir et ouvrir la premiĂšre chambre.
Je tourne tout doucement le passe-partout.
La serrure se débloque sans un bruit.
J'entreouvre la porte lentement,
pensant que mon chat va en profiter pour s'échapper.
Mais non, il est peut-ĂȘtre terrorisĂ©.
« Grismine, viens mon chat.
» Le grognement de quelqu'un que l'on dérange pendant son sommeil me répond.
Il vient du centre de la piĂšce.
« ĂtonnĂ©, je plisse les yeux.
» Puis j'étouffe un cri d'horreur.
Une silhouette est suspendue par les pieds Ă la poutre centrale.
« Encore une minute.
S'il te plait, maman.
Fais déjà duit. »
Je referme la porte, saisis le passe-partout, recule,
et patùtra je dégringole les marches dans un roulet boulet magistral
et métal de tout moulons au bas de l'escalier.
Mon cĆur bat Ă mille Ă l'heure.
Je fixe l'escalier, paniqué.
Personne ne descend.
Maman chantonne.
Elle doit avoir son casque sur les oreilles et n'a rien entendu.
Sauvé.
Alors que je descends remettre le passe-partout Ă sa place,
une déferlante de questions me donne le tournis.
Qu'est-ce que j'ai vu au juste ?
Il n'y a que les chauves souris qui dorment la tĂȘte en bas.
TĂȘte en bas.
« Non ! notre haute serait un...
...vampire !
Mais que fait-il ici ?
Va-t-il transformer notre maison en garde-manger ?
Et qu'est-il fait Ă Grismine ?
Maman ne me croira jamais, ni personne, d'ailleurs.
Sauf si je récolte des preuves.
Mais il va falloir que j'attende que cette affreute est en bas sans l'ail...
...travaillée.
Je n'ai pas le choix.
Je dois attendre que la nuit tombe.
Ce soir-lĂ , j'ai l'impression qu'elle prend son temps.
Je trépine.
Comme le veut la tradition,
tout le monde se réunit dans la salle à manger.
Ăa partage des photos, des anecdotes,
des découvertes, des circuits et des exploits.
Pour une fois,
j'écoute d'une oreille distraite,
trop concentrée à épier la porte d'entrée,
pour voir partir tĂȘte en bas.
Des éclats de rire me font sursauter.
Je regarde nos hautes l'air aurée,
les rires redoubles.
Je grogne.
La porte d'entrée se referme.
J'ai manqué ma cible, mais c'est le moment d'agir.
Je prétexte une envie de pipi
et monte à l'étage.
Le couloir est silencieux, presque trop.
J'avance Ă pas de loup,
les oreilles tendues.
Pour la premiĂšre fois,
l'escalier me semble un obstacle insurmontable.
Je pense Ă mon chat
et mon appréhension s'envole.
Je connais parfaitement
la danse à exécuter
et arrivant haut sans quinement.
Ils s'en passent partout.
Quel truif !
La porte s'entrebaille toute seule,
sans un bruit.
Je frissonne.
Sous la lumiĂšre blafarde de la lune,
la suite décomble à des fausaires de cimetiÚre.
Je oses quand mĂȘme m'y aventurer.
Grismine !
Grismine !
Des lames au chat !
Silence.
Sur d'ĂȘtre seul,
j'allume la lumiĂšre.
Une capse posée sur une chaise m'attire.
Plus sombre qu'une ombre,
elle est constellée de trÚs fins,
grillées blancs.
Des poils de Grismine.
ChĂšle-te ton l'air.
C'était en bas.
Je fonce me cacher dans le placard de l'entrée.
L'escalier grince furieusement, puis tout s'arrĂȘte.
Il est sur le pas de la porte.
Je n'ose plus respirer.
Oh, je suis tellement perturbé
par ce sur un maudit que j'pĂšre la tĂȘte.
J'allume la lumiĂšre.
Une fantaisie.
Et j'oublie de fermer derriĂšre moi.
Heureusement que c'est une maisonie pleine donnée de gens.
Il s'avance.
Puis s'arrĂȘte Ă nouveau.
Je le sens regarder autour de lui.
Mon ventre se noue.
Ah, te voilĂ .
Les nuits sont aussi fraĂźches par ici.
Ce serait focheux d'ĂȘtre un pĂ©dameur.
Ha, ha, ha.
Je l'entends poser quelque chose Ă terre.
Puis un tissu se froisser.
Il enfile sa cap.
Je sers la mĂąchoire pour ne pas claquer des dents.
Bon, cap.
Malette poche de sang.
J'ai tout pour cette nuit qui s'annonce bien longue.
J'espĂšre que ce fils chuchat ne va pas m'occuper trop longtemps.
Et cette fois, n'oublie pas de fermer la porte.
L'escalier grince horriblement.
Puis le silence revient.
Je bondis de ma cachette et me ruis Ă la fenĂȘtre.
Le vampire est dĂ©jĂ dehors et se dirige vers la forĂȘt.
Je dois le suivre.
C'est mon unique chance de sauver Grismine.
Je n'ai aucune idée de comment faire.
Je sais que je ne suis qu'un garçon.
Passant un vampire.
Mais j'improviserai.
Prisonnier de la suite d'équipements.
J'ouvre la fenĂȘtre et je l'enjambe.
Il y a un buisson tout fût juste en bas.
Je ne suis pas si haut et je suis épais comme une brindille.
Alors il devrait m'ortir ma chute.
Je compte.
Une, deux.
Et pour chasser ma peur, je n'attends pas trois pour sauter.
Je m'écrase dans le buisson.
Qui ne manque pas de m'écorcher pour se venger.
Je me relĂšve non sans mal,
déchirant au passage mon pull et mon pantalon.
TĂȘte en bas s'enfonce dans la forĂȘt.
Je m'élance à sa poursuite.
Arrivé à l'horiz du Bordeaux.
J'y vois, je suis Ă bout de souffle.
Le chemin, emprunté par le vampire, est trÚs, trÚs sombre.
Les arbres qui le bordent,
dessinent des formes inquiétantes,
mais je ne peux plus reculer.
J'y vois juste assez,
pour ne pas tributer sur une racine ou un caillou.
AprĂšs quelques mĂštres,
un froid humide me frigorifie.
Ă moins que ce soit la peur.
Autour de moi,
sa boĂŻce,
sa gratte et sa craque.
Pour me donner du courage,
je chante une générique de mes dessins
ni mes préférés, sauf que ça suffit pas.
Une désagréable sensation m'enveloppe,
et me glace le sang.
Je n'ai rien Ă faire ici.
Quelque chose
grogne derriĂšre moi.
Je dĂ©tale, une bĂȘte me pourchasse,
la terreur me donne des ailes,
la bĂȘte est sur mes talons,
mes poumons et mes jambes sont en feu.
J'entends la mĂąchoire de la bĂȘte claquĂ©e,
elle va me croquer, mais le sol se dérobe.
Je dévalune pente et métal
dans une minuscule clériÚre.
Ous courre, un humain !
Une petite femme, trapue,
couverte des cors et de lier,
court se réfugier derriÚre un escargot géant,
qui n'a pas les réfriers.
Au contraire, il braque ses yeux tentaculaires sur moi.
Ăa ne te ressemble pas, Vlad.
Il s'adresse Ă un homme,
vĂȘtu d'une cape plus sombre que nombre.
Sans visage et plus pĂąle que la lune,
ses yeux jaunes sont cerclés de noir,
il m'adresse un sourire révélant
deux horribles crĂŽts.
Je suis navré, Skog.
C'est le garçon de la maison d'hÎte.
Cette histoire de chat me préoccupe tellement
que je ne l'ai pas senti me suivre.
Ne me mangez pas !
Tu nous as pris pour des monstres ?
Techniquement, c'est ce que nous sommes pour lui.
C'est bien triste.
Enfin, c'est une bonne chose que tu sois la mon garçon.
Comment pouvez-vous dire ça ?
Il va prévenir tout le monde !
Je ne pense pas s'il va.
Pas vraiment petit.
Oui, je ne dirais rien.
En plus, je crois que nous avons quelque chose
ou plutĂŽt quelqu'un que tu cherches.
S'il va, peut-tu lui montrer ce qui nous réunit ?
La naine sort de ses cachettes.
Entre ses mains d'écorces potelées,
elle tient une statue de chat blanche et grise.
Grise mine !
Que lui lui vous fait ?
Oh, mais rien du tout.
Ton chat m'a suivi la nuit derniĂšre.
Je lui ai dit que la forĂȘt Ă©tait plainte de danger la nuit.
Mais il n'en a fait qu'Ă sa tĂȘte.
Les chats sont les pires des tĂȘtes de mules,
si tu es vraiment d'avis.
Et le pauvre s'est fait piquer par une lapisse aranéa.
C'est une araignée dont la morsure change les victimes en pierre.
Alors, Grise mine ?
Vivant ! Figure-toi que j'ai appelĂ© ces deux-lĂ
pour soigner ton chat.
J'avais besoin de la bave extra-fraige d'un colosseum coqueléa.
C'est moi !
Et de pétales de Robours pays.
Une fleur trĂšs rare que les miens cultivent.
Mais comme Vlad prend soin des habitants de la forĂȘt,
on ne pouvait pas lui refuser.
Vous allez vraiment le soigner ?
Bien sûr.
Jamais un médecin d'une de ce nom ne laisserait un patient de cÎté.
De tant plus que je me sens un peu coupable de ne pas avoir ramené ton chat.
Mais j'ai tellement de monde Ă voir et si peu de temps.
Cette révélation me coupe le sifflet.
Ce vampire est un médecin.
Il sois d'eux des monstres de la forĂȘt et va sauver mon chat.
Et d'un coup, je me trouve bien bĂȘte d'avoir pensĂ© au pierre.
Mais en mĂȘme temps, avec tout ce qu'on dit sur les monstres,
comment j'aurais pu savoir qu'il pouvait ĂȘtre gentil ?
Alors que je me perds dans mes pensées, les monstres s'affaire.
Silva arrache quelques morceaux de son écorce et les disposataires.
D'un claquement de doigts, Vlad les embrase.
Il tire de sa capte un petit chaudron qu'il dépose sur le feu crépitant.
Skog y ajoute un filet de bave.
Silva les précieux pétales de Robours pays.
Vlad saupoudre le tout d'une demi-dousaine de pincées de poudre argenté.
Puis touille le tout avec une spatule en bois.
Le mélange blublote crache un, deux, cinq, six nuages violets, puis en septiÚme.
Si énorme qu'il recouvre toute la clairiÚre et nous fait pousser.
Bien. Il ne reste plus qu'Ă badigeer les tonchats et tout rentrera dans l'ordre.
Mais plutĂŽt que de sortir un pinceau, Vlad diverses le coude nu poisseux du chaudron sur mon chat.
La couche de pierre fume et se craquait elle.
Grise mine s'anime et s'ébroue avant de lùcher un mulement étonné.
Je le prends dans mes bras et lui fait un énorme cùlin.
Merci, merci beaucoup tous les trois. Vous ĂȘtes des monstres, enfin des personnes.
Enfin vous ĂȘtes trop gĂ©niaux quoi.
Mais pas un mot sur cette histoire, hein. Veux pas avoir de soucis.
Premier, j'espĂšre que tu me permets de rester chez vous.
Mais évidemment.
En parlant de ça et sans vouloir te blesser petit, pourrais-tu rentrer chez toi ?
Les patients de Vlad ne vont pas tarder à arriver et certains sont terrifiés par les humains.
D'accord, je comprends.
Sauf que je suis bien incapable de savoir dans quelle direction aller.
Je vais t'ouvrir un chemin et souviens-toi, motus et bouche-cousu.
Sylvain s'approche d'un arbre et lui marmonne quelque chose.
La forĂȘt s'agit, et petit Ă petit les arbres s'Ă©cartent pour rĂ©vĂ©ler le chemin qui me ramĂšne chez moi.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org