#79 — Ivresses himalayennes, avec Benjamin Védrines

Durée: 52m43s

Date de sortie: 19/06/2024

Aux confins de l’Asie, les 14 plus hautes montagnes du monde dominent les chaînes de l’Himalaya et du Karakoram. Nombreux sont les alpinistes qui risquent leurs vies pour gravir ces 8000 mètres. Pour atteindre leur but les expéditions commerciales s’organisent en immenses cordées, avec guides et sherpas. Elles assiègent la montagne pendant de longues semaines, installent de larges camps intermédiaires et utilisent de l’oxygène en bouteille pour contrer les effets de l’altitude.

Mais certains veulent grimper à leur manière. En 2022, l’alpiniste surdoué Benjamin Védrines s’envole en direction du Broad Peak. Son objectif : réaliser l’ascension en « one push », d’une traite, du pied de la montagne au sommet. Un style rapide et léger, en solitaire et sans oxygène, réservé aux meilleurs de la planète. Et si tout se passe bien, il rentrera à la maison. À moins qu’une nouvelle idée germe d’ici là…

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🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart, la musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s'est assurée du montage et Antoine Martin du studio Krispy Records du mixage.

🤝 La saison 7 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

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Plus d'infos sur l'épisode :
Aux confins de l’Asie, les 14 plus hautes montagnes du monde dominent les chaînes de l’Himalaya et du Karakoram. 14 sommets qui percent le ciel à plus de 8000 mètres, véritables défis pour les alpinistes du monde entier.

Mais celles et ceux qui se risquent là-haut le savent : grimper à ces altitudes est une entreprise périlleuse. Les températures glaciales, les vents féroces et les avalanches gigantesques rendent la progression impossible, alors que les chutes et les oedèmes causent la perte de nombreuses vies, qui jalonnent encore les pentes enneigées.

Pour atteindre leur but, les expéditions commerciales s’organisent en immenses cordées, avec guides et sherpas. Elles assiègent la montagne pendant de longues semaines, installent de larges camps intermédiaires et utilisent de l’oxygène en bouteille pour contrer les effets de l’altitude.

Mais certains veulent grimper à leur manière.

En 2022, l’alpiniste surdoué Benjamin Védrines s’est envolé en direction du Broad Peak. Son objectif : réaliser l’ascension en « one push », d’une traite, du pied de la montagne au sommet. Un style rapide et léger, en solitaire et sans oxygène, réservé aux meilleurs de la planète.

Après une première ascension de repérage des plus rudes, il attend son heure au camp de base en compagnie de son ami Nicolas Jean. Quand la météo s’améliorera, il s’élancera pour tenter de battre un record de vitesse, et si tout se passe bien, il rentrera à la maison. À moins qu’une nouvelle idée germe d’ici là…

À propos de Benjamin Védrines :

Benjamin Védrines est un sprinter des cimes. Ce guide de haute-montagne originaire du Vercors explose les records de vitesse sur des ascensions extrêmes, dans les Alpes ou sur les sommets du monde entier. En 2022, il s’est envolé dans l’Himalaya et le Karakoram pour gravir son premier 8000, et espérer en redescendre en parapente. Un projet qui lui a confirmé son amour pour les plus hauts sommets du monde.

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Au confin de l'Asie, les 14 plus hautes montagnes du monde dominent les chaînes de l'Himalaya et du Karakoram.
14 sommets qui percent le ciel à plus de 8000 mètres.
Véritables défis pour les alpinistes du monde entier.
Mais celles et ceux qui se risquent que l'aile savent, grimper à ces altitudes est une entreprise périlleuse.
Les températures glaciales, les vents féroces et les avalanches gigantesques rendent la progression impossible
alors que les chutes et les eudèmes causent la perte de nombreuses vies qui jalonnent encore les pentes en neige.
Pour atteindre leurs buts, les expéditions commerciales s'organisent en immense cordée avec guides et sherpas.
Elles assiègent la montagne pendant de longues semaines, installent de larges camps intermédiaires
et utilisent de l'oxygène en bouteille pour contrer les effets de l'altitude.
Mais certains veulent grimper à leur manière.
En 2022, l'alpiniste surdoué Benjamin Védrine s'est envolé en direction du Broad Peak.
Son objectif, réaliser l'ascension en one push.
D'une traite, du pied de la montagne au sommet.
Un style rapide et léger, en solitaire et sans oxygène, réservé au meilleur de la planète.
Après une première ascension de repérage des plurudes, il attend son heure au camp de base,
en compagnie de son ami Nicolas Jean.
Quand la météo s'améliorera, il s'élancera pour tenter de battre un record de vitesse.
Et si tout se passe bien, il rentrera à la maison.
À moins qu'une nouvelle idée germe d'ici là.
Si mon intention c'est de vivre quelque chose de fort,
je vais chercher la vie à travers effectivement une prise de risque qui inclut la mort.
Mais c'est toujours un calcul de bénéfices et de risques.
C'est toujours un calcul entre qu'est-ce que je peux avoir en bénéfice grâce à cette pratique à risque,
versus le prix qui peut en découler, c'est-à-dire la malheureuse tragédie avec l'intégrité physique,
la chute, on va dire avec la chute, la fatalité.
Mais je ne veux pas m'arrêter sous prétexte d'avoir peur de la mort,
si je ressens le besoin d'être en montagne, de vivre ce que je vis, de vivre ces réalisations.
Et donc je suis prêt à affronter cette fatalité.
Je pense que si on commence à avoir peur de la mort,
on ne peut plus vivre si on est passionné comme moi, c'est pas possible, on est prisonnier en fait.
On est prisonné d'une idée qui n'est absolument aucune issue.
Après dix jours de repos, la fenêtre météo s'est améliorée,
les planètes sont à peu près alignées, donc j'ai commencé à me préparer
et j'ai décidé effectivement de prendre le départ de cette belle ascension,
de ce beau défi qui était de grimper le bropique à la journée sans oxygène.
J'ai partagé ce départ avec un ami qui s'appelle François Casanelli,
qui est un val d'autun et qui voulait également le faire à la journée sans oxygène.
Et donc on s'est retrouvé à 23 heures dans la tente au bropique,
à partager un petit déjeuner en commun, alors c'est assez original,
même si en montagne on a l'habitude de se lever tôt,
ça fait que 23 heures à 5 000 mètres au Pakistan, on était tous les deux dans la tente
et voilà c'est un petit moment de complicité entre des alpinistes assez ambitieux.
Et puis après on a pris le départ et donc à minuit on a actionné nos montres
puisque le but du jeu quand même était d'être le plus rapide
et donc là on part vraiment à des vitesses différentes.
François parle légèrement plus doucement, moi je pars devant plus rapidement.
J'aimais repère mais pendant cette bonté là, ce qui n'est pas évident du tout,
c'était de gérer ce rythme-là, ce rythme d'ascension
où en fait tu sais qu'il faut quand même aller vite,
appuyer un petit peu sur la machine et en même temps il faut te contenir un petit peu,
te brider, il faut que je me bride pour pas avoir trop de symptômes,
de ce mal aigu de montagne ou de cette hypoxie sévère que je redoutais à ce moment-là.
Et l'équilibre entre les deux n'est pas si évident.
Et là on est de nuit, j'avais la frontale qui éclairait le sol
et puis j'y arrivais à la tente à 6000 huit que j'avais déposé
où m'attendait heureusement quelqu'un qui que je connaissais,
qui j'avais prêté la tente et qui m'avait préparé de l'eau.
J'ai changé en fait d'habit, je me suis hydraté, je me suis alimenté.
Parce qu'à ces altitudes-là il faut rappeler aussi qu'on a du mal à manger,
on a du mal à boire et en fait notre corps se déshydrate très vite
et également vu que c'est un effort qui est continu et qui est quand même dur,
on a besoin également de lui apporter du carburant
et pour ça il faut manger, manger mais en fait on s'y oppose,
le corps s'y oppose, l'esprit s'y oppose également
et c'est un peu en contradiction avec nos besoins.
Et après de 6000 huit je suis reparti avec un fort enthousiasme
parce que je sentais que c'était pas les mêmes sensations que le premier Brodpik.
Je sentais que j'étais un petit peu sur une forme de nuage,
que j'avais les jambes légères, que au niveau de la tête
j'avais pas du tout des taux, de sensations de mal de crâne,
c'était pas du tout le cas donc
il y avait une sensation d'agréable, d'apaisement presque.
Heureusement à 7000 huit à peu près, au moment où il y a un passage un peu technique
il y avait personne dans le passage où je me faux-fi le re-saus verticaux en re-saus verticaux
et ensuite je suis arrivé sur la rède sommitale
là où 10 jours plus tôt j'avais vraiment subi
de l'aure dégâts psychologiques à galérer dans cette neige profonde
et puis à mettre le front sur la neige parce que j'en pouvais plus
de manière répétée comme ça à me dire mais qu'est-ce que je fais là
et là je sentais que j'étais en face avec les éléments
et que je savais pourquoi j'étais là
et je vivais un truc un peu comme un moment de grâce un peu
je sentais que c'était quand même un moment rare
c'était un moment rare et que j'étais en train de vivre quelque chose que je vivrais pas de mal à veilleu
je marchais toujours sur cette crête, on est à gauche du coup la Chine
des hertiques qui s'étendent sur des kilomètres et des milliers de kilomètres
avec quelques sommets à 7000 mètres, magnifique
et puis à droite on a tout le Karakoram qui est pareil vers l'Ouest
où s'en file des montagnes à plus de 7000 mètres
on a le Machère Brum qui est magnifique
on voit le Nanga Parbat très loin
qui est le dernier 8000 le plus à l'Ouest de la planète
et puis en fait à la fin je me suis retrouvé devant tout le monde
et c'est ça qui a été paradoxal c'est que j'étais parti à 23h du pied de la montagne
la plupart des grimpeurs étaient partis à 22h du dernier camp donc à 7000 mètres
donc une heure à peu près avant moi
et finalement je me suis retrouvé à tous les avoir doublés
à les avoir évité par la gauche ou par la droite
à les avoir dépassés
et je me suis retrouvé le premier finalement au sommet
et à ce moment là à 7h28 puisque je suis parti à minuit donc à 7h28 je suis arrivé au sommet
et là j'ai regardé ma montre et vu que je l'ai regardé un petit peu avant je savais à peu près quel temps j'avais mis
mais tout le long j'y croyais pas trop
j'y croyais pas trop parce que pour moi c'était impossible de mettre moins de 10h
j'avais du mal tout simplement à croire en ce que je venais de faire
en fait la plupart des gens effectivement mettre 3 à 4 jours
et là quand je gravis ce broadpick en 7h28 ça me donne la sensation d'avoir atteint mon objectif
et ça m'a confirmé que j'étais fait pour ces ascensions un peu solitaires
d'endurance en haute altitude avec un air rarefier
que j'aimais ça quoi
c'était le début de cette histoire avec ces 8000 ou du coup j'ai créé un lien fort avec ces montagnes qui sont hautes
avec ces montagnes qui sont au niveau topographique qui sont fascinantes je trouve
de par leur forme de par leur hauteur c'est des montagnes tout simplement
c'est des montagnes qui sont jolies qui sont belles qui ont une histoire qui ont un panorama également
et donc voilà de me retrouver au sommet de ce broadpick à ce moment là

donc les ascensions là effectivement que derrière les gens du coup m'ont définie comme étant l'homme le plus rapide
sur l'ascension d'un 8000 m
au moment où je suis au sommet je me rends compte que les conditions aérologiques étaient favorables
pour décoller en parapente alors là c'était la cerise sur le gâteau je me suis dit
là tu vas cocher les deux rêves de ta vie les deux rêves que j'avais c'était ça c'était de gravir un sommet
comme le broadpick à la journée sans oxygène et c'était de décoller d'un sommet de plus de 8000 m
et donc là j'avais la voile dans le dos je suis redescendu 15 mètres en aval
j'ai étalé ma voile et puis j'ai fait juste deux pas en arrière et puis la voile s'est mise au-dessus de ma tête très rapidement
et je regarde les sommets à l'entour je vois le cas de la droite je vois les gâches à brum à gauche
et puis là il a suffisé juste deux trois pas et là c'était le plus beau vol de ma vie
c'est en plus le premier décollage de l'histoire alors c'est un concours circonstance mais en tout cas
j'avais tout plaisir à réaliser ça parce que finalement la résultante de ce vol c'est que
25 minutes plus tard après avoir parcouru les airs après être passé juste au-dessus du col
un petit peu côté chinois mais il faut pas trop le dire j'ai survolé également les amis qui grimpaient encore
puis crier de joie et puis eux qui criaient aussi et puis 25 minutes plus tard j'atterris
sur le glacier du baltoreau juste à côté du camp de base pile à l'heure pour le petit déjeuner
pile à l'heure pour les pancakes et en gros il était 8h20, 8h30
je suis heureux je me sens complètement comblé j'ai coché toutes les cases de ce pourquoi j'étais venu
et par contre très vite je sens que je tourne la page comme j'ai toujours fait et là je regarde le cadeau derrière
je vois la montagne qui était à la base pas prévue dans mon expédition et vu que je suis quelqu'un d'extrêmement
gourmand en montagne et bien je me dis tiens allez maintenant que t'es acclimaté ben il faut faire
ce montagne le cas de quoi à ce moment là je vois une montagne pyramidal je vois un petit peu
la perfection de ce qu'un imaginaire lambda pourrait avoir quand il pense à une montagne
voilà et le cadeau c'est vraiment je trouve le symbole d'une montagne parfaite presque
où on a cette pyramide majestueuse qui s'élève au dessus des autres et on voit bien que
qu'elle dépasse considérablement ses satellites autour et notamment le broad peak on voit bien
que c'est le petit frère il fait petit mine face à cette haute montagne quel cadeau je sais à ce moment
là aussi que c'est la deuxième plus haute montagne du monde je suis pas crédule c'est impressionnant
parce que en sachant ça moi qui rêve aussi de l'évres reste et bien je sais que c'est un petit peu
l'étape suivante moi qui ai toujours respecté les étapes je sais que je viens de valider le broad peak
si je valide entre guillemets cette altitude de 8600 mètres peut-être qu'un jour je pourrais prétendre
à l'évres reste et puis on est face à une montagne où il y a beaucoup d'histoires les italiens qui ont
quasiment 70 ans auparavant ouvert la première ascension par les prons des abruses il y a aussi la magic line
qui est une magnifique ligne qui est pile en face justement de l'axe de la vallée dans laquelle je suis à ce moment-là
et puis aussi la rite ouest qui a été gravie par pire bégin et christophe profit en style alpin qui est un des plus
beaux accomplissements en style alpin de l'imalaisme français donc c'est tout ça c'est le poids culturel c'est la topographie
des lieux c'est l'esthétisme de la montagne et c'est le défi aussi que représente la montagne quand je la regarde
et quand je la vois je sens que je me sens prêt en fait alors que jusqu'à maintenant je me sentais écrasé par la montagne
je me sentais dans l'incompétence je me sentais vulnérable face à cette montagne et tout en sentant vulnérable
je me sentais un peu plus prêt un peu plus apte à me dire bon ben ben je t'ai peut-être capable de le faire
La folie elle peut amener autant le bien que le mal quoi j'ai envie de dire c'est parfois l'audace
c'est l'audace de manière générale qui nous amène à faire des choses incroyables mais c'est parfois aussi l'audace
qui nous amène à nous casser les dents sur des projets trop ambitieux ça c'est évident et c'est cet équilibre qui est pas si évident
parce qu'on peut pas faire de grandes choses sans prendre des risques c'est impossible
au-delà de 8000 mètres chaque 100 mètres et c'est un palier qui est considérable
et donc ce 8611 mètres que représente le K2 et bien évidemment que je sais que c'est pas du tout un objectif anodin
il y a beaucoup plus de risques d'échouer tout simplement
c'est en même temps en faisant face à ce risque de l'échec que je me construis aussi en tant qu'alpiniste encore aujourd'hui
s'il y avait une garantie de réussir ça m'intéresserait pas
et le K2 par exemple si je le fais en 2-3 jours je sais que j'ai 85% de chance de réussir à peu près
si je le tente à la journée là ça se réduit à 20-30% même peut-être un peu moins
moi c'est ce que je recherche à ce moment là de faire face à l'inconnu
on ne sait pas vraiment si c'est possible par exemple sur le K2 de mettre moins que ce qui a déjà été fait
ce qui a déjà été fait c'est 1986 Benoît Chamou à l'alpiniste français qui a mis 23 heures entre le camp de base avancé et le sommet
et on ne sait pas si c'est possible de mettre entre 15 et 20 heures
on est sur un 8006, on est sur un sommet qui est extrêmement haut
avec un dénivelé qui est important qui fait plus de 3300 mètres
ben on n'a pas de référence et c'est comme ça finalement que moi je m'y retrouve à la fin
c'est en vivant une grande aventure parce que l'aventure par définition c'est la multiplication d'inconnu
après avoir pris la décision de gravir le K2 je me prépare
déjà au niveau du matériel je me repose un petit peu parce que j'ai stressé beaucoup mon corps
à la suite de ce record sur le BROPIC, à la suite de cette ascension exigeante
même si elle a été relativement facile
et puis il m'est imposé dans tous les cas de faire une reconnaissance dans la voie normale du K2
pour aller voir, pour se rendre compte de ce que c'est
avant de tenter la même ascension que sur le BROPIC c'est à dire à la journée sans oxygène en descendant en parapente
je veux le même cahier des charges mais juste avec un défi plus important, voilà, sur une montagne plus haute
j'ai confiance en moi et donc je pars en fait reconnaître la voie et déposer du matériel au camp 3 à 7500 mètres
donc là je pars du camp de base du BROPIC qui n'est pas très loin du camp de base du K2
il y a à peu près 45 minutes entre les deux et puis je me rends compte en fait des plumes que j'ai laissé
sur l'ascension du BROPIC quelques jours auparavant
je me rends compte que je suis fatigué, je me rends compte que ma vitesse ascensionnelle est moindre
et bien bien réduite par la fatigue et le stress que j'ai occasionné à mon corps
et pourtant j'arrive à atteindre le camp 3 au bout du 8h
et là j'y dépose du coup du matériel, j'y dépose une bouteille de gaz, j'y dépose de la nourriture
j'y dépose des vêtements mais gâtres également
enfin en gros tout ce qui constitue mon équipement de survie pour aller plus haut en altitude
et à chaque fois pour l'acclimatation, pour les rotations justement de dépose de matériel
je profite de ma voile de parapente que j'ai également acheminé jusqu'au camp 3
pour descendre en parapente et je transforme du coup les 8h de montée en 20 minutes de vol contemplatif
à ce moment là parce que c'est la fin de journée et puis j'atterris pas loin du camp de base du BROPIC
et puis là c'est pas lors du petit déjeuner mais c'est lors du repas du soir
donc à chaque fois c'est pas loin de mettre les pieds sous la table et puis on mange après un joli vol au dessus du baltoreau
et à ce moment là c'est pas simple parce qu'avec le routeur météo qui me suit donc c'est Yann Gesendanner
qui est un célèbre routeur météo qui est basé sur Chamonix
il me donne des bulletins météorologiques deux fois par jour
et j'observe ces bulletins avec beaucoup d'attention et à chaque fois ça se retarde en fait
c'est à dire qu'un jour il m'annonce que le 27 juillet a priori la météo va faire
et puis finalement le lendemain c'est toujours pas bon donc ça se reporte au 28 juillet
les alpinistes eux commencent à partir parce que ceux qui mettent plusieurs jours
et bien finalement il faut qu'ils partent, qu'ils anticipe un petit peu
et il faut qu'ils partent quelques jours avant la fenêtre d'ascension
donc le camp de base se vide donc je me retrouve de plus en plus seul
les alpinistes prennent le chemin vers le sommet
et pour ma part à ce moment là je suis convaincu que le créneau va avoir lieu
Yann me dit voilà le 28 ça a l'air bon
le 29 potentiellement c'est meilleur
et moi je décide de partir le 28 parce qu'en fait au bout d'un moment
dans ces expéditions là la météo elle a un degré de fiabilité qui est extrêmement réduit
mais donc l'indice de confiance est pas suffisant pour être sûr que ce qu'ils annoncent
et bien sera bel et bien la météo sur le terrain
quand on prend la décision de partir on large un peu les amars
et parfois je pense un petit peu d'ailleurs aux anciens
aux anciens alpinistes qui eux n'avaient pas de prévision météo
et qui devaient faire face à cet inconnue beaucoup plus qu'aujourd'hui
et puis je me dis bon ben allez maintenant tente ta chance
et donc je décide de partir en fait le soir à 17h je pars
je pars à 17h à peu près 17h 18h du camp de base principal
dans le but d'arriver le lendemain matin au même moment à peu près que mes amis Val d'Otta
et les gens qui eux dorment la veille au camp 3 à 7500 m à peu près
et à d'autres alpinistes que je connais qui dorment à 8000 m
voilà ils dorment au camp 4 et moi je pars de tout en bas du camp de base à 10000 m
là je marche sur le glacier qui est sur de la glace complètement vive
donc il n'y a plus de neige à cette période là on est fin juillet
tout est sec je pars dans la paix nombre je dis au revoir à mon ami Zichan
qui est l'officier de liaison qui nous suit sur l'expédition
je dis au revoir à toute l'équipe le cuisinier qui est là également
et puis voilà je pars seul avec mon petit sac à dos
avec mon gilet de trail sur lequel j'ai ma balise de secours
pour pouvoir converser quand même au cas où j'ai aussi des flasques d'eau
pour pouvoir m'y drater et puis quelques quelques gels quelques barres de céréales
et puis au bout d'une heure 30 j'atteins le camp de base avancé
et ce camp de base avancé en fait c'est vraiment la référence spatiale
qui permet de pouvoir se comparer à ce qu'avait fait Benoît Chamou en 1986
et donc cette une heure et demi qui me séparait du camp de base au camp de base avancé
me permet de m'échauffer d'une certaine manière
c'est un échauffement un petit peu rallongé on va dire
et donc le soir à vers 19h j'actionne ma montre encore une fois
10 jours après avoir actionné la montre sur le brodpik je l'actionne sur le K2
les risques de grimper à ces altitudes-là sans oxygène ils sont multiples
il y en a plein mais avant tout il faut vraiment préciser que sans oxygène
on a un risque bien plus important de se geler les membres
par rapport à celui qui a un apport d'oxygène supplémentaire
donc ça c'est quelque chose auquel il faut faire attention
on a beaucoup plus froid en fait tout simplement par rapport à celui qui est avec bouteilles
on a également les oedems cérébraux
on a les oedems pulmonaires aussi qui sont propres à la altitude
et puis après ben c'est des risques qui sont liés à l'environnement de la montagne
comme par exemple les avalanches, les chutes de pierre
les chutes de pierre qui peuvent être aussi occasionnées par d'autres grimpeurs
qui sont présents sur la montagne ça c'est pas impossible
voilà c'est des risques qui sont assez classiques pour beaucoup
et d'autres qui sont liés à ces hautes altitudes
et qui sont les oedems pulmonaires, oedems cérébraux et puis les gelures
tout de suite c'est un terrain qui rède avec de la glace très rapidement
toujours est-il que je vois ces nuages qui défilent dans le ciel
l'obscurité qui arrive et je me décide quand même malgré tout à continuer
je me dis que dans tous les cas ça vaut le coup d'aller voir plus haut par curiosité
je sais que c'est le dernier moment pour moi
dans l'expédition où je vais pouvoir tenter le cas d'oeuf
il n'y a pas d'autres fenêtres de tir comme on dit
donc je continue, le vent se renforce, je m'enfonce un petit peu plus dans la neige
il commence à neger également
et en fait j'arrive au camp 2 et là je rentre dans une tente pour me mettre à l'abri
il n'y a quasiment personne, je vois quelques frontales qui s'agit d'ici ou là
mais je suis globalement seul
et là j'appelle Zishan mon officier de laison qui est au camp de base
et je lui demande un peu quoi faire
sauf que c'est complètement illusoire parce qu'il ne sait pas du tout ce que je suis en train de faire
il ne pratique pas
c'est un militaire pakistanais qui est passionné par ce qu'on fait
mais par contre il ne peut me donner aucun conseil
donc à ce moment là c'est juste une manière pour moi de ne pas me sentir seul
et d'avoir une forme d'amie
on échange d'une conversation qui a finalement presque nique ni tête
donc j'ai très vite repris le libre arbitre
très vite repris possession de mes capacités à réfléchir à ces altitudes-là
et dans ces moments-là en fait c'est des nœuds décisionnels fort
on est habitué en tant que guide haute montagne, en tant qu'athlète
à mettre en place un petit peu une gestion du risque, une gestion de ce que l'on observe
à travers une grille notamment le 3 par 3 donc c'est une grille en fait
où on va observer le terrain, on va observer la météo, on va observer l'humain
et à chaque fois on va traiter ces informations, les croiser en fonction d'un timing précis
on va le faire avant de partir, on va le faire pendant qu'on est en train de gravir la montagne
et à ce moment là moi je suis en plein dedans, je suis pendant que je gravis la montagne
et je vois bien qu'au niveau de la météo c'est pas terrible
au niveau du terrain il y a de la neige fraîche, c'est pas top non plus
et au niveau humain je me sens plutôt bien, je me sens motivé
et par contre je suis rempli de doutes et quand même de peur
et donc je sens que je stresse à ce moment-là
et le stress en montagne on sait que c'est sujet à une consommation excessive d'oxygène
et qui dit que consommation excessive d'oxygène dans ces environnements-là
dit que c'est délétère, dit que c'est délétère et que c'est délétère pour la suite
mais ça je m'en rends pas forcément trop compte
parce que quand on est animé par l'idée d'aller au sommet
que c'est la raison principale de ce pourquoi on fait de l'alpinisme
c'est aller vers le sommet, explorer l'au-delà
explorer tenter de voir l'horizon derrière qui se cache derrière l'assim
et bien à ce moment-là on a ce défaut d'être peut-être un peu trop ballistique
de vouloir absolument se mettre des oeillères et de pas prendre suffisamment de hauteur
sauf qu'en fait plus on se rapproche du sommet plus c'est dur de faire demi-tour
c'est extrêmement difficile et plus on est loin de chez nous
plus le sommet est éloigné avec un investissement lourd, avec un investissement financier
avec un investissement matériel, avec un investissement aussi humain
et un investissement physiologique aussi parce que ça demande beaucoup d'acclimatation
et bien l'enjeu est énorme et c'est beaucoup plus dur de faire demi-tour
que quand je suis à côté de la maison à la barre des écrins
et que je sais que je vais pouvoir revenir le lendemain, tenter d'ascension
là j'ai qu'une chance, c'est maintenant ou jamais
mais en fait cette chance elle représente quoi ? elle représente pas grand chose
par rapport à la vie que je suis en train de vivre et que finalement
si je fais pas le K2, ben qu'est-ce qui se passera ?
c'est pas grave je vais pas mourir parce que j'ai pas fait le K2
mais sur le terrain et ben tous les biais ne sont pas si évidents
à faire cohabiter et puis du coup à prendre les bonnes décisions au bon moment
je prends la décision d'aller au camp 3
je sors de l'attente du camp 2 et là je continue l'ascension dans la neige
je tire toujours sur les cordes, il commence à y avoir encore plus de vent
je vois juste dans le halo de ma frontale les flocons qui volent
mais pas qui s'enfoncent dans la neige
le terrain est toujours raide et j'arrive pas loin du haut de les prontes des abruzes
et là en fait la corde est sous la neige, complètement sous la neige
il n'y a pas de trace et je sens que ça va être long, long, long pour aller jusqu'au camp 3
j'ai des toutes petites chaussures qui sont très froides
heureusement que j'avais mis des chaussettes chauffantes avant de partir
donc là je les actionne parce qu'il commence à faire vraiment froid
et en fait je sens qu'il faut absolument que j'atteigne rapidement le camp 3
pour me mettre tout simplement en sécurité
parce que je sais que si je reste je pense une vingtaine de minutes là où je suis
je tombe en hypothermie, je tombe en hypothermie, il n'y a personne autour de moi
je pense que je meurs assez vite
et donc là je sens vraiment cet esprit primitif de devoir rechercher un abri
et je sais qu'au camp 3 m'attend cette tente que les copains avaient dressée
et dans laquelle j'avais mon matériel
après pas mal d'heures d'efforts, j'arrive à cette tente dite
et je rentre dedans avec un grand soulagement en me disant
ça y est, je suis en sécurité et enfin je vais pouvoir me faire de l'eau
enfin je vais pouvoir m'alimenter
et c'est à ce moment là que je me dis là c'est fini, j'arrête totalement, j'arrête tout
je vais faire demi tour, je dors là, le lendemain je redescend tranquillement
sauf que c'est sans compter, sans mon esprit un petit peu changeant, un petit peu girouette
et évidemment qu'après une heure de pause à peu près je regarde à nouveau dehors
je vois que les nuages ça menuise un petit peu
je vois que quelqu'un monte vers le camp 4, qu'il est en train de faire une trace
et à ce moment là je fais la part des choses, je calcules les bénéfices et les risques de cette tentative
je vois que le ciel commence à se dégager et je vois que je commence à reprendre un petit peu des forces
j'ai mangé pas mal de bonbons que j'avais déposés, j'ai refait le plein
je me suis abreuvé d'une bonne quantité d'eau
et là je sens que j'ai quand même un petit coup à prendre, je me dis, allez
et bien comme je l'ai toujours fait du camp 1 jusqu'au camp 2, puis de camp 2 jusqu'au camp 3
et bien je me dis du camp 3, je vais jusqu'au camp 4
on est encore de nuit, c'est la nuit noire, il y a un peu moins de vent
je commence à être au-dessus des nuages, donc c'est une forme de mer de nuages qu'il y avait en dessous
et qui générait ces chutes de neige excessive
et là je parviens à arriver au camp 4 relativement rapidement parce que la trace qu'avait fait la personne devant moi
me permet de pouvoir accélérer le pas et d'économiser de l'énergie
et je sais qu'à partir du camp 4, et c'est le cas, la trace sera bien meilleure
et elle est bien meilleure parce qu'il y a tous ces alpinistes qui sont effectivement là
et qui eux ont pris la décision de tenter le sommet véritablement
parce qu'ils étaient au-dessus de la mer de nuages en fait dès le début
et donc eux ils n'ont pas vu ce mauvais temps en dessous et ils sont partis à la bonne heure
et donc moi j'ai un grand, grand soulagement quand je me retrouve sur cette forme d'autoroute
avec une trace qui est beaucoup plus agréable, avec une neige qui n'est plus du tout meubles
c'est-à-dire une neige qui ne s'enfonce plus et sur laquelle je peux poser mes pieds l'un après l'autre
sans perdre cette énergie folle
et puis surtout je vois au-dessus de ma tête un cheminement que je ne connais pas du tout
puisque je ne me suis jamais aventuré au-dessus du camp 3
et je vois surtout ce serrac bottleneck immense, c'est une grande barre de glace de plus de 100 mètres à peu près
dans ces eaux-là, qui est très très impressionnante, très intimidante
et en fait tout le cheminement pour aller jusqu'au cas d'eux se situe en partie sous ce serrac
en aval de ce serrac
et les risques principaux, enfin les dangers principaux quand on évolue sous cette barre de serrac
c'est qu'il y ait des morceaux de glace qui se détachent
puisque c'est un serrac lié à la masse glacière donc ça bouge vers l'avant
et par gravité avec les mouvements de glaciaire ça peut parfois se fissurer
et du coup il y a forcément à un moment ou un autre des morceaux de glace qui tombent
et donc moi je vois ce serrac et puis dessous, à gauche également je vois des frontales
je vois tous ces alpinistes, sûrement des gens que je connais, qui sont en train de s'élever vers le cas 2
et donc là en fait je retrouve une forme d'énergie, d'engouement, de me dire bah là je suis plus tout seul, ça y est
je vois enfin le bout du tunnel d'une certaine manière
et donc je suis pris d'une excitation folle et je me dis ça va le faire
la zone de la mort dont on parle souvent c'est vrai qu'on la ressent je dirais à partir de 7500 m
parce qu'on voit que les gens qui sont autour de nous ne peuvent absolument pas nous aider
donc déjà c'est une zone à partir de laquelle on sent que les secours sont beaucoup moins possibles
parce que les hélicoptères ne peuvent pas voler à ces altitudes là, parce que les gens ne peuvent pas porter assistance
et parce que c'est effectivement une zone, bon alors à 50 mètres près c'est dur de la délimiter
mais c'est une zone à partir de laquelle effectivement le manque d'oxygène est tel
que chaque effort que ce soit pour grimper mais même pour sortir sa voile de parapente
pour monter sa tante, pour boire, pour manger, pour s'alimenter
on sent que c'est à partir de là que physiologiquement il se passe quelque chose
je continue du coup mon ascension
et puis là en fait chaque 100 mètres, enfin chaque 100 mètres, c'est même pas chaque 100 mètres
c'est chaque 10 mètres on va dire, c'est une corvée donc c'est un mélange de grand positivisme
et en même temps de dureté absolue face à l'hypoxie qui m'atteint à ce moment là
parce que je suis dans un monde finalement que j'ai jamais atteint, j'ai été à 8000, 46 mètres quelques jours auparavant
et là je suis en train de dépasser cette altitude là
mais je la dépasse avec un corps qui est fatigué, avec un corps qui est fatigué
de l'ascension du bropique, avec un corps qui est fatigué de tout ce voyage qui commence à s'accumuler
et aussi je suis fatigué de toute cette ascension stressante, de toute cette ascension qui s'est faite dans des conditions
pas du tout optimales avec cette neige fraîche, avec ce vent
la manière de respirer à plus de 8000, en fait c'est vraiment comme si on était bridé respirer à 8000
c'est vraiment une sensation de bridage, c'est comme si vous mettez un tapis roulant dans un congélateur
et puis qu'on commençait à courir sur ce tapis roulant, on s'essouffle, on s'essouffle, on s'essouffle
et là hop on vous met une paille dans la bouche
et là vous avez un débit d'oxygène drastiquement réduit et c'est un peu la même sensation qu'on a
c'est à dire qu'on monte et on a l'impression que le robinet est complètement fermé
fermé, fermé, fermé et on a envie de l'ouvrir davantage mais on ne peut pas
en gros c'est des bâtons dans les roues, c'est des bâtons dans les roues
et donc mon corps le ressent, mon système immunitaire ça faiblit
et je continue à monter et je ressens des petits symptômes qui sont liés à des déséquilibres
un petit peu de la fatigue qui commencent à se manifester de manière un peu plus prononcée que jusqu'au part avant
je commence à rencontrer des personnes, des grimpeurs notamment un ami Serge Ardip
qui grimpeait le K2 à ce moment là, sans oxygène également mais en plusieurs jours
et puis voilà je prends de ses nouvelles, il prend des nouvelles de moi et puis en fait on sent qu'on est tous les deux très affaiblis
donc on parle très peu à ce moment là, on a une économie de mots et on ne peut pas converser longuement
donc je continue mon ascension et je me retrouve sous cette barre de glace immense qu'est le cercle du bottleneck
et c'est à ce moment là que, je pense, les graves problèmes, c'est à ce moment là que les choses commencent à se compliquer dans ma mémoire
je ne me souviens absolument pas de ce qui s'est passé au-delà de 8300 mètres, voilà
et ce a priori jusqu'à 8400 mètres
en fait avec du recul je sais que à ce moment là je suis en train de faire une hypoxie sévère
mon cerveau est plus du tout suffisamment irrigué donc mon cerveau fait des priorités
il se dit bah voilà il faut irriguer avant tout le coeur, les muscles
et du coup j'ai une perte, une altération du moins de la conscience
j'ai une altération de l'équilibre également
mais j'ai aussi du coup un enregistrement de ce que je suis en train de faire qui est quasiment poussé à néant
enfin j'ai ma boîte de souvenirs qui n'est plus remplie du tout à ce moment là
je continue à gravir le K2 mais dans un autre mode je suis ailleurs, je suis un peu dans un blackout
et je sais que les gens que j'avais doublé auparavant à l'inverse me doublent
je me souviens à ce moment là aussi qu'une section dans laquelle la glace est un peu plus dure
et bien avec mes crampons en aluminium que j'avais choisi pour les crampons
et puis j'ai des bribles de souvenirs divers et variés, de sensations mais très peu, très très très peu
et ce qui est sûr c'est que je me laisse aller très souvent, je me mets en position fétale
et puis je me laisse aller en position fétale et puis je me laisse aller en position fétale


j'attends, j'attends peut-être que je sais pas la morme cueille ou qui se passe quelque chose
mais c'est agréable au fond c'est à dire que je suis capable de m'endormir, de m'endormir là sur le K2
et puis de me laisser aller et il y a quelque chose de doux, quelque chose de doux
je me souviens de sensations plutôt douces à ce moment là
Il y a des personnes qui m'ont vu, notamment un secouriste polonais qui grimpe et qui lui a prévenu d'autres grimpeurs
qui eux descendaient, qui étaient dans le sens de la descente, qui étaient plus du coup à même de pouvoir m'aider
puisque ce polonais était d'une part déjà seul et en plus il était dans le sens de vouloir aller vers le sommet
donc on ne pouvait pas lui en vouloir de ne pas m'aider à ce moment là
et donc ces deux personnes qui descendent donc il y a un mexicain avec son guide népalais
il décide de me prêter assistance à ce moment là, il me voit dans un état de détresse absolue
et là du coup ils essaient de me faire rendre compte de la situation dans laquelle je suis qui critique
parce que je suis très vulnérable, je suis sujet à faire un EDM cérébral
et donc il m'invite à redescendre et il m'invite surtout à prendre un médicament, à faire une injection d'examétasone
et puis aussi à me mettre sous oxygène
alors moi à ce moment là je refuse la piquure et par contre j'accepte l'oxygène
à ce moment là du coup c'est ce mexicain et son guide népalais qui me donne une bouteille d'oxygène
qui était leur bouteille d'oxygène de secours
et comme d'habitude on le dit à 8000 il n'y a pas de secours et c'est souvent la réalité des choses
là on ne peut pas enlever le fait qu'il y a eu une solidarité qui s'est manifestée à travers ce don
qui était quand même une forme de sacrifice pour eux
ils auraient pu très bien en avoir besoin quelques mètres plus bas
j'accepte l'oxygène et à ce moment là je retrouve un tout petit peu mes esprits
et puis je commence à descendre par moi même, par mes propres moyens
il faut dire que du coup pour redescendre d'une voie normale comme celle du K2
on est toujours sur cette grande ligne de vie que sont les corps de fixe
et donc j'utilise les corps de fixe pour redescendre mais par contre je n'ai pas ce qu'on appelle un descendeur
j'avais fait complètement abstraction de ce descendeur
j'avais volontairement décidé de ne pas le prendre
c'est des ascensions où on est au gramme près
où on calcule tout pour être le plus rapide possible
pour faire le temps le plus réduit mais également pour sa propre sécurité
et donc pour redescendre de ce K2 finalement je dois faire un demi-cabestan sur un mousquetouron simple
et là je descends doucement, doucement, doucement, doucement, doucement
et ce dont je me rappelle à ce moment là
c'est de ce corps, de ce cadavre que je vois sur le côté de l'itinéraire
seulement 1,5 mètres à peu près
qui est toujours là figé bloqué dans la glace mais qui est apparent
et je me souviens de ce repère spatial pour moi qui est assez marquant
et à ce moment là c'est assez dur mais je décide de regarder ce cadavre
de faire le tour de ce corps pour essayer de trouver ce que j'ai pas c'est à dire un descendeur
parce que la descente en demi-cabestan sur ces grosses cordes avec un diamètre important
elle est vraiment pas du tout confortable, elle n'est pas adaptée en fait
donc je décide de me dire bon cette personne elle est décédée, elle est juste là
elle a une histoire effectivement mais peut-être que finalement si la personne est équipée d'un descendeur
ça me permettra à moi de descendre avec une plus grande sécurité
et je ne pense pas que son âme m'en voudra d'une certaine manière
donc je me permets de le faire
et malheureusement bah en fait il avait sûrement été
il avait sûrement été dépouillé par d'autres alpinistes qui étaient passés
donc je n'ai pas pu profiter de son matériel malheureusement
mais en tout cas c'est un repère qui me permet de dire que je suis monté à peu près à 8400 m à ce moment là
le premier vrai souvenir que je retrouve c'est à la même hauteur que le début de mes problèmes
donc en gros c'est sous 8300 m que réellement le problème se résorbe
l'hypoxie sévère se réduit complètement
l'oxygène qui m'a été apporté je pense m'aide aussi à retrouver la lucidité et la conscience
et donc je retrouve un petit peu possession de mes moyens
et là ça fait du bien, ça fait du bien parce que je peux enfin me rendre compte de la situation
reprendre mes esprits
et par contre je sens même si je redescends, je continue du coup d'aller vers le bas
que j'ai une fatigue d'un coup comme si ça avait été un coup de Matthew en fait
à ce moment là François Casanelli, les italiens me rejoignent
et donc là c'est François qui est secouriste en montagne dans le Val d'Aost et qui est également guide d'autres montagnes
qui me prend un petit peu sous son aile et qui décide d'assurer la descente
avec un ami à lui qui est devant
qui est un ami Val d'Autin qui lui a perdu la capacité à voir totalement
donc il a des troubles de la vision dû à l'altitude également
et donc il est obligé de faire appel à d'autres sens si j'ai envie de dire
et à la voix et aux repères aussi des grimpeurs qui sont devant lui pour pouvoir se diriger
à ce moment là je prends en pleine face si j'ai envie de dire
la réalité de ce que c'est que gravir un 8000 sans oxygène
fait d'avoir une altération de la vision comme a pu l'avoir ce collègue Val d'Autin
et ben si je suis seul en montagne sur un 8000 sans corps de fixe, sans copains autour
je suis mort, complètement mort
et ce rapport je pense à la mort sur ces 8000, enfin au risque du moins
qui nous fascine aussi d'une certaine manière
c'est l'idée de devoir s'en sortir dans un environnement qui est extrême
et faire appel à ses propres capacités
et sur ce coup là moi sur le cadeau je pense que effectivement
j'avais les yeux plus gros que le ventre à ce moment là
j'ai fait appel à une intuition, à une passion pour se sommer là
et ça m'a absorbé complètement
sous 8000 trois je commence à redescendre avec mes amis italiens
et puis ben chaque pas est une épreuve parce que je suis fatigué
mais pourtant je me sens vraiment chanceux de redescendre au fond
je sens que je ne suis pas du tout dans la frustration de redescendre
parce que mon objectif c'est avant tout maintenant d'être en vie
d'accepter cette chance qui m'a été donnée de redescendre
et d'accepter cette perche qui m'a été tendue
de pouvoir profiter de la solidarité en haute montagne
et enfin on arrive au camp 3 avec François
et au camp 3 je me sens pas du tout apte à redescendre
tous les prons des abruses qui est une horreur
enfin une horreur en tout cas qui est une labeur
à ces prons des abruses qui représentent des passages techniques verticaux
alors même s'il y a des cordes il faut quand même pas faire n'importe quoi
avec la gestuelle il faut assurer ses pas c'est la minutie qu'il faut mettre en place
et à ce moment là je ne me sens pas capable
alors soit je décide de rester au camp 3 dormir
mais je prends le risque de me fatiguer davantage
et je prends le risque du coup d'augmenter les risques de 2 demes cérébrales
mais en même temps j'ai absolument pas envie de continuer vers le bas
et donc j'ai la voile dans le dos et à ce moment là le vent n'est pas présent
il est quasiment nul et je me dis c'est ma route secours à moi
je vais essayer de décoller de ce camp 3 et d'atterrir au camp de base
pour me reposer le plus vite possible
et donc François à ce moment là il me fait part un petit peu de ses inquiétudes
il me dit mais tu es sûr parce qu'il voit bien que je...
il pense du moins que je n'ai pas retrouvé l'intégralité de ma conscience
de ma lucidité donc ça le fait un peu peur
et finalement je réussis à décoller
quand je me retrouve dans les airs c'est vraiment
un moment de grand soulagement
où c'est le parapente comme secours à ce moment là
donc je me sens porté comme un secours et comme quelqu'un qui...
le parapente devient mon grand car
20 minutes plus tard je me retrouve au camp de base
et je me sens un peu sauvé
il faut dire que j'ai commencé mon hypoxie sévère vers 8h30, 9h du matin
et donc là on est à peu près dans le début d'après-midi quelque chose comme ça
et je me retrouve assez vite seul avec Zichan que je retrouve
du coup après l'avoir quitté quelques heures plus tôt
et je me retrouve face à la réalité
c'est-à-dire que je venais de vivre
et le contraste est fort, le contraste est saisissant entre ce que je viens de vivre là-haut
qui est... faillit tourner à la tragédie au dramatique
et puis bah ce confort du camp de base, ce confort de la tendre que je retrouve
cette chaleur humaine que je retrouve également
et très vite je me mets dans une situation en fait de...
non pas de regret, mais de frustration pour le coup.
C'est-à-dire que je ne pense de nouveau consommer.
Et je me dis, je vais me reposer, puis je vais retourner demain après demain.
Je vais retenter parce qu'il y a le créneau météo qui va le permettre.
Et pour autant, au bout de quelques jours,
grâce aux échanges aussi avec les membres de ma famille,
qui m'ont fait prendre un petit peu de la hauteur,
j'ai pris conscience de ce que je venais de vivre
et j'ai pris conscience de mon état de santé qui était quand même réduit à quelque chose de...
En gros, j'étais fatigué clairement, j'étais fatigué, j'étais sur une autre planète à ce moment-là.
Enfin, mon corps avait subi un tel chute de douleur, un tel chute de stress.
Et heureusement, j'ai eu un raisonnement suffisamment mature pour dire aller maintenant.
Ça suffit, plions le camp de base et retournons à chercher Valier à la maison tranquille.
Reprenons un petit peu le goût des choses simples.
J'ai tout de suite pensé à revenir. Moi, c'est évident.
Quelque chose qui n'est pas fini, j'ai envie de le terminer.
Même si c'est un sommet sur lequel je me suis arrêté à 150 mètres,
ce qui m'importe, c'est le chemin pour y parvenir à bout de ce défi.
Donc tout de suite, très rapidement, j'ai voulu me dire, bon, je reviendrai un jour.
Quelques jours après l'enregistrement de cet épisode,
Benjamin Védrine est reparti pour tenter de gravir le K2 d'une traite et sans oxygène.
Il est actuellement au camp de base, en train de préparer son attention
pour écrire à la suite de cette histoire que l'on espère heureuse.
Merci à lui de nous avoir raconté son histoire.
Et merci à vous de l'avoir écoutée.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fyr, assisté par Nicolas Alberti.
Le récit a été présenté par Clément Sacar,
la musique est composée par Nicolas de Ferrand,
avec une musique additionnelle de Michael Bogat.
Chloé Weibo s'est assuré du montage
et Antoine Martin, du studio Chris Péricorde, du mixage.
A bientôt !

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