Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Back Market, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Bien arrivé à l'aéroport. Récupère mes bagages. Là, dans une demi-heure, trois quarts d'heure. Ok ?
Lorsque Evraar me retrouve à la terrasse du petit café parisien où je lui ai donné rendez-vous, il débarque tout droit du Groenland.
La peau burinée par le soleil et le froid, un gros sac d'aventuriers qui semble peser le poids d'un homme, et un grand sourire, celui de ceux qui rentrent à la maison,
pour quelque temps avant de repartir. Autant dire que parmi les clients à l'entour, ils dénotent.
Evraar Vandenboom, c'est comment dire ?
Un vrai aventurier ? Dans toutes les régions du monde, il est allé là où l'homme n'a pas sa place,
exploré les plus hauts sommets, les massifs tropicaux, les moins accessibles, ou encore les faces escarpées des régions polaires.
Pourtant, ces premiers amours de l'exploration, ils les avaient cus grâce à l'alpinisme.
Le regard bleu dans le lointain en dirait qu'il se rappelle quelques sommets en neige, alors il se sauvient une expérience particulière.
L'ouverture d'une voix, avec des compagnons de cordées inoubliables.
Sean Villanovao, discrôle, Nicolas Favres, Stefan Hansons,
mais arriveront-ils jusqu'au sommet de ces mons célestes à la frontière Sino-Kyrgyz ?
Métriseront-ils la paroi gigantesque de 1500 mètres culminant à 5 842 mètres ?
Je suis né à Grenoble, donc forcément le milieu de la montagne était assez évident pour moi depuis assez jeune.
Je me suis pas mis à faire très très très trop de la montagne,
puisque mes parents n'étaient pas non plus des alpinistes chevronnets, ils n'étaient pas Grenobleau à la base,
mais je m'y suis mis à faire 14 ans, je pense, à commencer à vouloir aller le plus en plus haut,
grimper des trucs de plus en plus raide, et puis voilà, à me passionner pour ça.
Après, ça va vite, on grimpe les falaises qui sont derrière chez soi,
et puis après on a envie d'aller faire celles qui sont en face de chez soi,
et puis ensuite on a envie d'aller se faire les montagnes qu'on connaît pas encore qui sont derrière.
Moi, le massif qui était juste derrière chez moi, c'est le massif de Chartreuse,
j'ai fait beaucoup beaucoup d'escalades et de grimpettes de randonnées là-bas, de Speléo et tout,
et puis en face de chez moi, il y avait le massif de Belden qui est déjà un peu plus haut,
qui atteint presque les 3000 mètres, donc possibilité d'aller grimper un peu plus,
et puis derrière, il y a le massif des écrans, il y a le massif des grandes rousses,
il y a le massif du Mont Blanc un peu plus, tout ça a été mon terrain de jeu pendant quelques années,
je dirais jusqu'à 20 ans, 21, et puis à peu de moments, j'ai eu envie d'aller plus loin.
On est au mois de juin 2013, je sors d'une opération d'une hernie d'iscale bien, bien sévère,
je suis resté coincé sur mon canapé pendant 6 mois quasiment, pas pouvoir bouger, pas pouvoir marcher,
rien du tout, j'étais vraiment complètement coincé jusqu'à cette opération,
et puis quelques jours après l'opération, je vais au festival des films d'aventure de Val d'Isère,
et puis je rencontre parmi les festivaliers, Sean Villanueva-Haudry Skoll,
un grimpeur qui, non le nom, ne donne pas du tout l'idée de sa nationalité, il est belge,
c'est un grimpeur extraordinaire, il vient présenter un film sur une ascension au Venezuela,
sur ce qu'on appelle les Teppouis, une sorte de grande, grande plateau de gré qui émerge de la forêt amazonienne,
où ils étaient allés faire une expédition avec son groupe, sort de petites équipes de belge,
ils sont tous belges, grimpeurs extrêmement doués, et ce qu'ils ont de particulier,
c'est qu'ils emmènent leurs instruments de musique en paroi, partout où ils vont,
ils sont connus pour ça, ils sont appréciés pour ça, je rêvais, j'avoue, de partir un jour avec eux,
on passe du temps, on papote, on sympathise et tout, et puis quelques jours plus tard,
je reçois un coup de fil ou un mail, je me souviens plus, me disant, est-ce que ça te dit de partir avec nous ?
Donc je dis ben oui, y'a aucune hésitation.
Et puis on écrit un mail à un collègue américain qui s'appelle Mike Lee Bekkie,
qui est un grimpeur explorateur qui a fait beaucoup beaucoup de choses un peu partout sur la planète,
en Sibérie ou ailleurs ou en Antarctique.
On avait vu qu'il était allé plusieurs fois, trois fois de suite je crois, dans les montagnes du Tian Shan.
Le Tian Shan, ça parle à personne, c'est peut-être une des plus grandes chaînes de montagnes du monde,
c'est situé entre Grosso modo l'Iran et la Mongolie, donc ça prend naissance en Iran,
ça traverse tous les pays en Stang, la Uzbekistan, Kyrgyzstan, Kazakhstan, Turkmenistan, etc.
et ça vient se terminer dans les plaines de la Mongolie.
Et ça fait toute la frontière entre la Chine et tous ces pays en Stangnol, donc de l'ex-URSS.
Et c'est des montagnes qui sont extrêmement hautes, le plus haut sommet, ils montent à 7500 mètres d'altitude,
ce qui est quand même pas rien, c'est plus long en distance que l'Imalaya,
c'est légèrement moins haut mais c'est plus long.
Très peu connu, des Français, des Européens de manière générale voire des Américains aussi,
c'est uniquement un coin qui était réservé pendant très longtemps, pendant des dizaines d'années au Russe,
ils allaient faire tous leurs entraînements, toutes leurs ascensions, tout leur truc là-bas.
Donc la plupart des grandes ascensions très difficiles ont été faites par des Russes
ou des républicains d'ex-URSS.
C'est Américain donc, Mike Libecky est allé trois fois là-bas, trois fois de suite,
et donc on lui écrit, on lui dit « c'est comment ? » ça a l'air pas mal.
Et il nous répond un truc laconique, ça disait « il y a largement de quoi faire, allez-y, c'est tout ».
Voilà, et là-dessus on est partis, on s'est dit « allez, ça c'est le spot qui nous faut,
on ne sait pas du tout où on va, on ne sait pas quel montagne on va gravir,
on ne sait pas quel paroi on vise, on n'a aucune photo, aucune information, mais on y va ».
On part tout ce fin août.
Et premier quac, j'arrive pas à obtenir mon visa pour aller en Chine.
Je me dis que c'est peut-être lié au fait que j'ai posé un drapeau de reporter sans frontières
sur la Tour Eiffel le jour du passage de la flamme olympique pour les J.A.O. de Pékin,
mais non, c'était pas ça.
On arrive à se retrouver finalement dans une ville qui s'appelle Aksu,
une ville mochissime de l'extrême-ouest de la Chine,
et on commence à prendre la route, je crois que ça a duré une quarantaine d'heures je dirais,
où on a passé je ne sais combien de checkpoints,
et puis on nous signifie à chacun des checkpoints qu'on n'a pas le droit de faire trois choses.
Faire de l'alpinisme, interdit, donc pas de cordes, pas de piollets, rien du tout,
pas le droit d'approcher la frontière à moins de 5 km,
Or, le coin qu'on visait, suite aux infos de Mike Libéki,
c'était sur la frontière entre le kyrgyzstan et la Chine,
et trois interdictions de faire un film.
Ça tombait mal, moi j'étais là dans l'équipe principalement pour faire un film et des photos.
Et donc dans notre bus, on n'avait que du matériel d'escalade,
donc on allait transgresser trois règles.
Ça commençait bien.
On arrive dans un tout petit bled de paysans du coin avec des chameuliers,
et on part pour deux jours pour atteindre le camp de base.
On rentre dans une longue vallée qu'on pénètre petit à petit.
On voit des petits villages, le nomad avec des yak, etc.
Moi je m'attendais pas du tout à ça,
parce qu'on n'était pas du tout dans un territoire de haute montagne,
c'était très assez vallonné, des reliefs très doux,
très verdoiants aussi, beaucoup de lacs, des belles rivières.
Assez calmes, on avait du mal à croire que juste derrière,
on allait trouver des parois gigantesques et des trucs comme ça,
et des glaciers.
Et puis on arrive au front du glacier.
Et là, on commence à deviner des parois au fond.
On pose notre camp de base ici sur une belle prairie,
et puis on part pour une première semaine d'exploration.
Donc on commence à monter avec un peu de matériel,
mais surtout pour aller prospecter dans les différentes vallées du coin,
auxiliaires, pour voir qu'est-ce qu'il pouvait y avoir.
On monte un camp de base avancé.
Comme on était quatre, on pouvait faire une cordée qui part à droite,
l'autre qui part à la visiter la vallée de gauche.
Et puis chacun revenait le soir faire son compte rendu,
en disant, moi j'ai vu ci, j'ai vu ça, on monte les photos, etc.
Et puis assez rapidement,
l'équipe de Sean et Nicolas se dirige dans la vallée du Kizilasker,
qui est le plus haut sommet du coin,
qui est vraiment sur la frontière avec le kyrgystant.
Et là, ils voient une parois magique.
Et ils reviennent et disent, là on a vu quelque chose,
je pense que c'est le top.
Tu pars d'en bas du glacier,
tu grimpes sur du caillou d'en bas jusqu'en haut,
et en haut, tu es au sommet de la montagne.
Tu n'es pas tapas encore, je ne sais pas,
peut-être mille mètres de dénivelé à faire dans des caos de bloc,
ou des choses comme ça, ou sur des pentes de neige.
Là, c'est vraiment boom boom d'une traite d'arrivée au sommet.
D'autre part, ils étaient 1250 mètres de haut,
ce qui est quand même rare d'avoir des parois de cet ampleur-là.
Et ensuite, c'était la qualité du caillou.
Alors ça, on l'a su seulement après.
De loin, on n'arrivait pas à savoir si ça allait du bon caillou ou pas,
mais la réalité a été encore au-delà de nos attentes.
Là, la parois magique, c'est ça, c'est quelque chose qui a de la gueule.
C'est quelque chose où quand tu arrives dans la vallée,
tu vois ce truc, tu dis, j'ai envie de grimper ça.
Je ne sais pas, c'est bête, mais quand on est grimpeur,
il y a des petites choses comme ça qui sautent aux yeux.
Et puis là, c'était clairement la plus haute de tout le coin.
Donc, c'était évidemment qu'on allait viser cette paroi.
On revient à se reposer deux jours au camp, faire les préparatifs et tout.
Et assez rapidement, on a eu du mauvais temps, on est début septembre.
Il neige, il neige, il neige énormément.
Et plus ça va aller, plus il devrait neiger.
Donc, ça commence pas très bien.
Quand on choisit le nombre de jours qu'on va mettre,
on essaie de viser juste, on essaie d'avoir la bonne quantité de nourriture,
la bonne quantité de gaz, d'estimer tout le matériel qu'il faut, etc. comme il faut.
Et donc là, on estimait à peu près 15 jours dans la paroi.
Et sur ces 15 jours, on estimait qu'on allait avoir la moitié, grosso modo, de mauvais temps.
S'il fait mauvais par exemple dehors, avec une tempête,
on n'a qu'une envie, c'est de faire du thé, de manger.
Alors que quand on est en activité, on va manger des barres de céréales,
des graines, des trucs comme ça,
mais on n'est pas du tout dans la même consommation d'aliments.
Et donc, quand on fait notre pactage de bouffe au départ,
il faut qu'on estime le nombre de jours de repos, même si c'est du repos forcé,
et le nombre de jours d'activité, parce qu'on n'a pas la même consommation de nourriture dans ces journées-là.
C'est assez surprenant, peut-être, parce qu'on aurait tendance à penser que plus on fait d'exercices,
plus on mange, mais en l'occurrence, c'est l'inverse, c'est plutôt quand on est au repos,
qu'on se rattrape en fait et qu'on compense.
Je fais des rations par jour avec des fruits secs, quelques barres énergétiques, des noix.
On attaque notre fameux portage, qui nous a pris six jours quand même.
Tu prends un sac de 35 kilos sur le dos,
tu remontes une moraine ultra instable tout au bord du glacier,
puis un talu de 300 mètres de haut, vraiment bien, bien, casque-geul aussi.
C'était bien raide avec des gros blocs branlants, etc.
Et puis là, on arrivait sur un replas avec un deuxième glacier, sur lequel on prenait pied assez rapidement.
Et là, on le suivait pendant deux, trois heures à nouveau.
Et on avait notre camp avancé.
Et puis de ce camp avancé, il fallait encore s'approcher de la paroi.
La paroi était encore à une demi-journée de marche du camp avancé.
On avait même le matériel jusqu'au pied de la face.
Et là, une fois que tout est au pied de la face, on peut commencer l'ascension.
On est arrivé au pied de la paroi, on était crevé, on était mort.
Moi, j'avais eu pendant la semaine d'exploration,
donc la toute première semaine, je m'étais brûlé le visage à cause de la neige.
J'avais pas mis assez de crème, je sais pas, enfin, tout bête, mais il faisait très chaud.
On montait à 4 800 mètres pour passer à la décolle.
Et on cramait littéralement.
Et moi, ça m'a brûlé tout, du nez, du haut du nez jusqu'au bas du menton.
J'étais brûlé intégralement les lèvres complètement dessous.
Et donc je pouvais pas manger correctement, je pouvais pas respirer correctement.
Je purulais de partout, c'était affreux.
Nicolas avait eu quelques petits soucis aussi gastriques au début de l'expédition,
suite à quelques consommations de nourriture chinoise dans les villes du coin
avant d'arriver sur les camps de base.
Ensuite, il y a un petit léger mal des montagnes au camp de base.
Donc bref, on n'était vraiment pas dans la meilleure posture.
On se prépare à aller voir ce petit monstre qui se trouve juste derrière le coin.
Une fois qu'on a attaqué la paroi, tout ce qu'on avait porté,
il fallait le ycer maintenant le long de la paroi.
Sauf qu'une paroi, quand c'est complètement vertical, voire légèrement déversant,
donc encore plus red que vertical, c'est facile à ycer.
Parce que les sacs qui sont suspendus dans le vide, ils frottent sur rien.
C'est physique, mais ça pose pas de problème.
En revanche, quand la paroi est légèrement inclinée,
n'allait pas encore totalement vertical,
tous les sacs vont frotter partout, sur le moindre,
la petite aspérité, le petit bloc, le petit bidule.
Et là, ça s'accroche dans tous les sens.
Tous les sacs s'accrochent.
Donc il faut remonter, décrocher le sac, redescendre,
re-y, c'est remonté, décrocher le sac.
Vraiment, c'était des journées qui nous ont bouffé une énergie considérable.
Et puis on arrive à notre premier camp de paroi,
qu'on s'y cuivre au sommodo à, je dirais, 400 mètres de haut par rapport au glacier.
On commençait déjà à prendre pas mal de hauteur,
vu ce plan dite sur le glacier et sur les montagnes
qui dépassaient un petit peu des premiers plans.
Haute montagne, je pense que les sommets à l'entour, ils sont autour de 6 000 mètres.
Quand on est à ce campement-là, je crois qu'on est à 4 950 dans ces olas,
tu es donc dans ta tante de paroi.
C'est une sorte de structure métallique rectangulaire,
avec une toile tendue au milieu,
et puis des sangles qui partent de chaque coin de ce rectangle métallique
et qui viennent se relier en un seul point central.
Et c'est ce point central qui est accroché à un piton,
un coin-seur, à ce que tu veux, une sangle.
Et nous, on s'installe sur le tamis,
l'espèce de structure textile qui est tendue entre les armatures métalliques.
Première sensation de...
pas de suffocation, mais de quelques difficultés à respirer, notamment la nuit.
Il arrive qu'il y ait des petits moments de...
pas de panique, mais de suffocation un petit peu.
C'est ça qui arrive parfois en pleine nuit,
on se met à respirer beaucoup plus fort que prévu.
Et le matin, quand on se réveille, c'est fabuleux.
D'une part, on a l'énorme glacier qui part, qui va vers la vallée.
Et puis tout autour, il y a des parois dans tous les sens,
soit des grands couloirs de glace, tout blanc,
soit des parois qui étaient assez colorés.
On avait un rocher qui ressemble beaucoup à ce qu'on va trouver en corse,
des granites qui sont de très bonne qualité,
et qui sont légèrement rosés, comme ça,
orange, rosé.
Et bien là, on a exactement la même chose.
Encore s'il existe un truc, d'ailleurs, que je croyais ne pas trouver ailleurs,
qu'on appelle des tafones.
Ça s'écrit tafonie.
C'est des sortes de trous dans le granite,
qui font un peu comme du trou dans un émental.
Et donc, on se retrouve avec des parois qui sont pleines de trous
et donc pleines de prises.
Et là, on arrive à 5000, 6000 m pratiquement,
et toute la parois, elle est remplie de tafones, comme ça aussi.
Magique, franchement, c'était magique.
Donc, tout était parfait.
Le rocher était top.
Les protections étaient superbes,
parce que le rocher était de bonne qualité.
Donc, on n'avait pas peur du tout,
ni de tomber, ni d'installer nos campements,
comme ça, avait pu être le cas dans d'autres expéditions,
sur d'autres types de roches.
Là, on est serein, quoi.
On est vraiment à un bel endroit,
une belle équipe, la parois est magique.
Enfin bref, tout est top.
On joue de la musique un peu.
Le seul inconvénient, c'est qu'il fait très froid.
Le soir, il fait moins dix dans la tente.
Moins cinq, moins dix dans la tente.
Et dehors, il fait moins quinze.
Il n'y a pas beaucoup de différence,
parce que c'est juste une tente,
c'est juste une petite parois.
Donc, nous, on arrive à vaguement réchauffer l'intérieur,
mais de rire du tout de quelques cinq degrés.
Et donc, toute l'énergie qu'on perd dans la journée,
pour les efforts divers et variés,
que ce soit pour le hissage,
ou pour grimper,
ou pour filmer,
ou pour tout ça,
on n'arrive pas à aller récupérer le soir, la nuit.
Le camp est installé.
On est à la trille d'un congelateur.
Toutes les faces ici, que j'y vais,
toute la place, regarde ça.
Et il neige, il neige, il neige dehors.
Il arrive que certains matins,
quand on ouvre la tente,
il y a de la neige,
voire même on n'a pas besoin d'ouvrir la tente,
on sent qu'il y a une petite couche de neige
qui est posée sur ce qu'on appelle le fly,
l'espèce de toit.
Et donc là, on se dit,
on ne peut pas grimper tout simplement,
parce que nous, notre ascension,
c'était vraiment une ascension rocheuse.
Et notre objectif, c'était de la grimper en libre.
Le libre, ça veut dire, à main nu,
sans se servir d'artifice,
quel qu'il soit.
Évidemment, on a des coinceurs,
on a des pitons,
mais on a uniquement le droit,
on se donne uniquement le droit
de les utiliser pour se protéger en cas de chute,
mais en aucun cas pour se hisser.
Donc on ne peut pas planter un piton,
tirer dessus et aller à plus haut.
On a juste le droit de planter le piton,
de mettre le mousse que tu as dedans,
et ensuite on grimpe autour,
et si jamais on tombe,
le piton va nous retenir,
mais on n'a pas le droit de tirer dessus.
Ça, c'est ce qu'on appelle le libre.
Ça a un inconvénient,
c'est que dès qu'il y a de la neige
ou de la glace,
on ne peut plus grimper.
Ou en tout cas, c'est beaucoup plus difficile,
tout est trempé,
tout est froid, etc.
Donc on est coincé.
On est coincé dans nos portales,
régulièrement.
Et là,
l'avantage avec cette équipe,
c'est qu'on sort les instruments de musique.
On se regroupe à quatre dans un portale.
C'est Rikiki.
Et puis on commence à faire des sessions musicales
improvisées complètement.
Stéphane avait une sorte de calbasse,
il avait une calbasse
qu'il avait amené jusque là-haut.
Nico, il avait un banjo,
je crois,
ou une mandoline peut-être.
Shun a un assortiment de flûte
et d'harmonica.
Et puis moi,
il fallait bien que je me trouve un instrument
pour rentrer dans l'équipe.
J'avais hésité,
j'avais fait pas mal de violons
quand j'étais petit.
J'avais fait dix ans d'alto,
plutôt,
et je me disais,
tiens, peut-être que je pourrais trouver un petit alto.
Et en fait,
les petits alto,
ça oblige d'avoir des tout petits doigts.
Ça marche pas du tout.
Surtout quand on allait doit défoncer
parce qu'on a grimper,
qu'il a fait froid,
qu'on a des crevasses partout,
ça s'est pas du tout adapté.
Du coup,
j'avais opté pour un xylophone,
un mini-xylophone métallique.
Je commande ça juste avant de partir,
j'ai jamais fait le xylophone de ma vie.
Mais c'était fun.
Et là,
Nico,
il me dit,
vas-y,
fais une mélodie,
on va jouer autour.
C'est super drôle,
et ça faisait passer le temps,
en fait,
avec beaucoup de plaisir,
beaucoup d'amusement,
et puis voilà,
c'était très chouette.
On monte, on monte, on monte,
on arrive à progresser
malgré le mauvais temps.
Et on essaie de saisir les bonnes fenêtres
pour aller le plus vite possible
les jours où il fait beau.
On arrive à un stade,
à un moment donné de l'ascension.
Je pense qu'on est à notre troisième campement.
On est à 5400 à peu près.
Joli petit camp
avec une sorte de nevet
suspendu en parois.
Un nevet,
c'est une sorte de plaque de neige.
Et là,
qui tient juste
tant bien que mal
entre quelques cailloux.
Et ça nous permet d'avoir de l'eau
parce que nous,
il nous faut de l'eau,
il nous faut de la neige,
forcément, à faire fondre.
Et donc,
on installe notre campement
au sommet de ce petit nevet
suspendu,
parce que c'est très raide,
c'est extrêmement raide.
Et on va chercher la neige
au piole,
on remplit notre petite gamelle
et on fait notre popote comme ça.
Mais voilà,
là, on reste sur ce campement
pendant 4 jours, 5 jours,
mauvais tendures.
Et puis nos réserves de gaz,
ça me nuise
considérablement.
Et au point de se dire,
bon,
il ne nous reste plus qu'une réserve.
Ça veut dire grosso modo,
il nous reste un jour et demi de gaz.
Ça veut dire un jour et demi
de nourriture,
quoi.
Il n'y a pas d'autre chose
que le gaz
pour s'alimenter,
pour faire du thé,
pour tout ça.
Tout le monde faiblit,
pas mal.
C'est autour de Shun
de faiblir
en dernier.
Shun, c'est une machine.
C'est vraiment le moteur
de l'expédition.
Il est
sur tous les fronts.
Il est toujours le premier levé,
le premier sur les cordes,
le premier à grimper,
le plus rapide au hissage.
Enfin, bref,
c'est la locomotive
de l'équipe.
Mais aussi
érculéen qui soit,
il a des limites
aussi de temps en temps.
Un jour,
il a un gros coup de moins bien
en pleine nuit,
une infection à la main,
ce qu'il faut imaginer,
c'est que tous les bobos
qu'on se fait à cette altitude-là
ne cicatrisent pas.
Ils ne font qu'empirer
petit à petit
au fur et à mesure
d'expédition
suite au froid
et à la sécheresse
qui est là-haut.
Et donc, les tout petits bobos,
on en a plein,
on a des ongles
qui se décollent
au cause du froid.
On a des gerçures énormes
qui s'ouvrent de plus en plus.
On a les égratinures
que les grimpeurs se font
dans les fissures, etc.
On a des débuts de gelures,
des froid constant
dans les pieds
qui font quand même un moment
donné.
On n'arrive plus à alimenter
tout ça correctement.
Bref,
Sean,
en pleine nuit,
se réveille assez brutalement.
Il a mal à la main.
Il a la main gonflée comme ça.
Et il vide le truc.
Il a une poche de pu
énorme dans la main
qui s'évide.
Il se sent pas très, très bien.
On est quand même à 5500,
loin de tout.
Et le lendemain,
il nous dit,
il nous dit,
« Bah non, je...
je...
je ne vais pas aller,
allez-y, je vais me reposer.
»
Une journée, lui, a suffi.
Il a pris quelques antibios
et ça a été immédiatement
résorbé, son truc.
Et il était opérationnel
dès le lendemain.
Mais voilà,
on est avec cette limite de temps.
Et puis là,
on commence à avoir des doutes
sérieuses sur notre capacité
à atteindre le sommet.
Parce qu'on est encore loin du sommet.
On est à plus de 400,
450 mètres du sommet.
Des longueurs qu'on a...
on n'a pas idée.
On ne sait pas si c'est très difficile.
Nous attendons ce qu'on appelle
des longueurs de mixte.
C'est-à-dire,
des longueurs
où il n'y a pas seulement
de l'escalade sur rocher,
mais aussi de l'escalade sur glace.
Et ça,
c'est moins le terrain
de prédilection
de mes compagnons de cordée.
Donc on ne sait pas trop
combien de temps on va...
Enfin, comment on va franchir
ces obstacles-là,
si ça passe bien, pas bien, etc.
– Sèche !
Est-ce que la porte blanche
est fixée ?
– En tout cas,
si on arrive au sommet,
ce sera bien majeur.
Mais...
si on n'arrive pas au sommet...
– Ce sera bien majeur, aussi.
– Ce sera bien majeur, quand même.
– On s'entame des discussions,
notamment un soir,
on est là,
chacun dans de tentes,
on a mangé, etc.
Puis on sent qu'il y a
une sorte de fébrilyté
de part et d'autre.
On ne sait pas trop si on a...
on n'ose parler.
Et puis, bon,
à un moment donné,
on lance le débat.
Qui veut tenter le sommet ?
Je sais pas, oui, mais non,
on n'est pas assez prêt.
On est trop fatigué,
il faut qu'on se repose, etc.
Non.
La discussion,
elle est longue, elle est même
pas ouleuse, mais
ça crée un tout petit peu
de tension.
Et puis, arrive un moment
où il faut choisir,
donc on dit, ben,
allez, ce qu'on fait,
c'est qu'on se lève
demain matin.
Et puis, si il fait beau,
on y va,
si il fait pas beau,
on reste couché.
Et...
et puis, ben,
ça n'a pas loupé,
il a fait moche.
C'est repos forcé
pour toute l'équipe.
Tant mieux.
Au final,
c'était certainement une bonne chose.
On se repose,
on prend soin de nous,
on essaie de guérir
un petit peu nos bobos,
on se enlie,
on boit, on mange,
on fait tout ce qu'on peut.
Mais là, clairement,
il n'y a plus le choix.
Il nous reste plus rien en gaz.
On est à la limite
de devoir même abandonner
l'aventure.
Il n'y a plus de solution.
C'est soit on part demain,
soit on abandonne.
La chose est simple.
C'est
on y va,
coûte que coûte,
beau temps ou pas beau temps,
on y va le lendemain matin.
On dort mal,
évidemment,
avec cette perspective-là,
on dort pas très bien.
Et puis,
à 3h du mat,
tout le monde est sur le pont,
les étoiles sont là dans le ciel.
Allez, go, on y va,
on s'équipe,
on commence à remonter
les corps de fixe.
On arrive
avec quelques longueurs supplémentaires
en rochers,
on atteint la partie haute de la paroi,
et on atteint la partie de mixte,
donc neige,
glace, etc.
On attaque ces longueurs,
superbe longueurs magnifiques.
C'est des petits passages
comme ça
où tu as juste
juste la place qu'il faut
pour poser tes crampons,
là où il faut,
le piole et là où il faut.
Assez technique,
assez difficile,
globalement,
mais hyper plaisant,
hyper agréable,
relativement facile à protéger.
On se régale.
Mais on avance lentement
parce qu'on est quatre,
parce que...
parce que c'est difficile,
et puis parce qu'il fait extrêmement froid.
Donc on fait tout un petit peu
avec lenteur,
une lenteur qu'on n'est pas forcément
coutumier,
mais qui nous prend de cour.
Et puis un moment donné,
on arrive à un relais,
à un endroit qu'on se retrouve,
qui est plus ou moins suspendu
dans le vide.
Vraiment pas confortable,
on est un peu les uns sur les autres,
on se cahit au-dessus de nous,
il y a un,
ce qu'on appelle un toit,
un plafond,
un toit rocheux,
d'où pend des stalactites
énormes qui nous...
qui sont un peu comme des épèles d'Amochlès,
qui sont juste au-dessus de nos têtes,
mais des grosses stalactites,
peut-être quatre mètres de long.
On n'est pas sur un du tout,
et Sean part dans la longueur au-dessus,
et on regarde un petit peu en-dessous,
en-dessous il y a 1 200 mètres de vide.
Au-dessus, on sait pas encore combien il nous reste,
mais il reste un petit bout.
La grosse ambiance,
je sais pas pourquoi
ce relais m'a marqué plus que les autres.
On passe à l'ombre à ce moment-là.
Le froid est plus fort, le plus vif.
Là, on se pose vraiment la question,
est-ce qu'on va y arriver ?
Et puis, Sean arrive à passer le passage,
ardu,
enfin, le plus dangereux, je pense, de l'ascension.
Donc, on le suit le plus vite possible.
Allez, allez !
Ouais, c'est vrai, ça a été chier quoi.
C'était un peu sale,
mais avec l'altitude, c'est vraiment dur,
quoi, tu toques direct,
tu fais un pas de bloc,
et bam, t'exploses,
c'était...
tu esplais direct, quoi.
Et à partir de là,
on n'a plus que des grandes pentes de neige.
Alors, contrairement à ce qu'on peut imaginer,
c'est souvent là où c'est le plus facile,
que c'est le plus dangereux.
Et là, ça se confirme,
on se retourne dans des pentes de neige fastoches,
rien à faire qu'à ne mettre les pieds l'un devant l'autre.
C'est physique, c'est fatigant,
beaucoup de poudreuse,
donc faut nettoyer,
faut tout purger,
tout ça,
mais il n'y a aucune protection, rien.
On est accroché les uns aux autres dans un mur de neige,
qui, s'il part par une avalanche quelconque,
ou s'il l'un de nous dévisse
pour diverses raisons,
il embarque tout le monde.
Donc ça, c'est des moments de tension hyper fort,
presque plus fort que quand on est accroché à une paroi,
parce qu'en paroi, on est à notre relais.
L'assureur, par exemple,
il est assuré à son relais,
il est serin, il est en sécurité.
Le grimpeur, s'il tombe,
il a des protections qui vont le retenir,
donc il est en sécurité également.
Là, on sent qu'on n'a aucune sécurité entre nous.
On grimpe, on avance,
on passe sous un serrac gigantesque.
Alors, ce n'était pas un serrac,
en fait, ça s'appelle une corniche.
Chez nous, les corniches,
si dans les hauts sommets,
on trouve des très grosses corniches aussi,
mais là-haut, à 5 800,
dès qu'on commence à prendre des hauts d'altitude
avec beaucoup, beaucoup de neige
et beaucoup, beaucoup de vent,
ça arrive à créer des structures
qui peuvent faire jusqu'à 10 mètres de débord.
C'est-à-dire, il faut imaginer
un plafond de neige de 10 mètres.
Donc nous, on est sur notre pente de neige, là.
Et au-dessus de nous,
il y a un plafond qui part dans l'autre sens,
qui fait 10 mètres,
donc c'est une quantité astronomique de neige,
qui peut se décrocher à n'importe quel moment.
Et là, on passe dessous,
en serrant l'effet, c'est un petit peu.
Et on arrive côté Kyrgyz.
Et là, la bise,
enfin, il y a un vent fous glacial qui souffre.
Il est 9h30,
on n'est toujours pas au sommet,
on se dit, mais c'est pas possible,
il est quand, ce sommet ?
Aujourd'hui, peut-être bientôt,
nous allons arriver
au sommet de nos rêves.
Et le sommet de nos rêves,
il est pas là-haut, il est ici.
Mais c'est là-haut qu'on va chercher.
On va là-haut,
pour essayer de trouver ici.
Bref,
ce que j'essaye de dire, c'est que
pour trouver le sommet de ta retour rêve,
t'es pas obligé de venir ici.
Ta gueule !
D'avoir froid et de geler
des coups, des hésits,
des mains et des pieds.
Ta gueule !
Et de geler, d'avoir froid et de souffrir.
Tu peux aussi bien trouver
le sommet de tes rêves chez toi
dans ton fauteuil au chaud.
Mais, c'est plus facile
de le trouver ici.
Voilà, c'est tout ce que je voulais dire.
La partie finale est quelque chose de très forte
parce qu'on sent qu'on est tout proche du but.
C'est ultra stimulant.
Mais d'un autre côté, on sent qu'on est en train
d'être borderline,
à cause du froid principalement,
et de notre état de fatigue.
Et donc, c'est toujours cette limite-là
qui fait que parfois il y a des accidents.
C'est que tu penses que tu peux y arriver
et en même temps, tu sais que pour y arriver,
il va falloir que tu te dépasses un tout petit peu plus la limite.
Et ça peut mal tourner.
Ce soir-là, on arrive sur un relais en...
c'était une pente,
où j'avais pu mettre des sangles et des coinceurs
sur des bouts de rocher.
Et côté kyrgyz, c'est un plateau.
On n'est plus du tout sur des montagnes
comme on avait côté chinois avec...
Ouais, un vrai massif de montagnes,
des parvoins dans tous les sens, des sommets partout,
des glaciers, des serracs, etc.
Côté kyrgyz, c'est la sécheresse nette,
un plateau rocailleux,
airbeut, de temps en temps,
mais vraiment très rocailleux noir,
assez sombre et tout plat.
Je pense qu'il doit être autour de 3 000 mètres d'altitude
ou quelque chose comme ça.
Le sommet descend comme ça, on pente
quasi linéaire
jusqu'à ce plateau,
et puis après, à perte de vue, on voit ça au long.
Et là, il y a un couvernu à jus léger,
un coucher de soleil fabuleux des couleurs
et des trucs incroyables.
J'avais jamais vu un coucher de soleil comme ça.
Et puis ça devient rose,
ça devient rouge, ça devient violet,
ça devient bleu foncé, puis ça devient tout noir.
Et là, on se dit,
bon, il faut quand même monter.
Avec les frontales, on monte, on trace dans la neige.
On arrive au sommet,
sans vraiment se rendre compte qu'on est au sommet.
Du coup, on s'éclaire avec les frontales,
on voit qu'on n'a rien autour de nous
qu'on peut éclairer de plus haut que nous.
Et moi, quand j'arrive,
donc là, je suis le dernier à faire cette longueur là,
à rejoindre les trois qu'on part.
Alors que je ne suis même pas encore arrivé,
la Chine et Stéphane sont déjà en train
d'équiper la descente.
On n'est pas dans une posture de
contemplation du tout.
On se cahit les miches, mais c'est un truc de fou.
Et on n'a qu'une envie,
c'est d'être au chaud, assez de redescendre,
voilà. Donc, satisfaction,
mais sans
euphorie du tout. Le euphorie,
elle est très sous-jacente,
je dirais, elle est là
les jours suivants, plutôt.
Souvent, ce qu'on dit aussi,
et c'est absolument vrai, c'est qu'il faut
jamais relâcher la pression au sommet.
On relâche la pression quand on est arrivé
en bas, au camp de base, ou même à la maison.
Mais la descente, c'est souvent là
où se passent les accidents, parce qu'on est
peut-être un peu plus relâché,
on se déconcentre.
Là, on ne s'est pas déconcentrés, je crois pas.
Je crois que le froid nous a empêchés de nous déconcentrer.
Et on est descendu
jusqu'au camp. On arrive à 4h30,
je crois, 4h30 au
Porta Lech.
Heureux,
mais crevé,
on fait à manger, etc.
On se couche à 6h30 du mat.
Et au moment de se coucher,
on enlève nos chaussures, on regarde nos pieds.
Et là, Stéphane nous dit
« Les gars, j'ai un petit souci,
j'ai un pied bleu.
Il avait 2-3 orteils
qui n'étaient vraiment pas beaux,
dont un n'était vraiment pas beau.
Il avait clairement des gelures
avancées.
On essaie d'appeler
quelqu'un de spécialiser
là-dedans, avec le téléphone satellite.
Malgré le côté hyper
éloigné de notre situation,
on arrive à joindre l'Ifremont,
qui est un service de médecins
24h sur 24
à Chamonix,
qui est notamment spécialisé dans les gelures.
Et je tombe sur une médecin
qui me répond et qui me dit
« Là, vous avez
une seule chose à faire, urgent,
descendre le plus vite possible pour réoxygéner le sang,
pour que
ces tissus se réoxygènent le plus vite possible
et qui est le moins possible de gelures
vraiment irréversibles.
Et deuxièmement, prendre tout de suite
des antibiotiques, parce que d'ici demain,
son pied va commencer à
boursoufler, à puruler.
Ça fait comme des cloques énormes, comme si vous aviez des ampoules
gigantesques.
Et ensuite, ces cloques, elles percent.
Et donc, vous avez la chair à vif.
Et ça, ou que vous soyez, ça peut s'infecter
partout et notamment dans ces coins-là.
Sauf que nous, on était tellement fatigués
qu'on ne pouvait pas attaquer la descente.
Là, dans l'état dans lequel on est, quand on arrive
au bivouac et qu'on a ce coup de fil, etc., on ne peut pas descendre
trop dangereux.
Donc, on décide quand même de rester là-haut
une journée de plus, pour dormir.
Et le lendemain matin, on descend
comme des fusées le plus vite possible.
On arrive jusqu'à la moraine
en une journée.
On tire nos sacs jusqu'au bout du glacier.
Et puis, on atteint même le... le même jour,
enfin la même nuit, on va dire, on atteint le...
le camp de base.
Comme on avait pu prévenir
notre guide qui était resté au corps, notre guide
enfin, on appelle ça un officier de liaison, voilà.
Lui a eu le temps d'appeler
les secours, un chameulier,
un anier qui arrive la même nuit
que nous au camp de base.
Stéphane monte sur le chameau
et le voilà évacué vers la ville
la plus proche. Il est évacué en Belgique.
Il est hospitalisé quelques jours
et puis, voilà, il a perdu
quelques... quelques petits morceaux de chair
mais pas grand-chose. Et maintenant, il fait
des coupes du monde d'escalade, donc ça l'empêche
pas d'être un des meilleurs grimpeurs du monde
d'aujourd'hui. Extraordinaire expérience.
À l'époque, j'ai fait beaucoup, beaucoup d'escalade,
beaucoup d'alpinisme, beaucoup de choses comme ça.
Et c'est des milieux dans lesquels on communique
et on se juge, on se jauge
par niveau de cotation.
On va dire, cette ascension
c'est du...
c'est du 6A, ça c'est du 8A,
ça c'est du 7B, ça c'est du machin.
Et ça, ça va donner quelque part
de la valeur à l'ascension.
Et bien, ce qui est fabuleux avec ces grimpeurs
belges, c'est que pour eux,
la cotation, elle n'a aucun sens.
Pourtant, c'est quasiment
les meilleurs grimpeurs du monde,
dans ce genre de style-là, c'est-à-dire
très engagé, très haut, très long, etc.
Je connais pas d'autres équipes aussi
aussi fortes.
Mais eux, savoir que c'est du 7C, du 8A,
du...
ils s'en foutent, mais royalement,
et ça c'est super, ça change tout.
Parce qu'ils se font plaisir,
quelle que soit la situation.
Ça peut être un 6A, c'est-à-dire quelque chose
que presque tout le monde pourrait faire,
ils se régale de la même manière
que sur une ascension qui est plus de leur niveau,
réellement.
Et ça c'est rare, c'est vraiment rare
d'avoir des gens qui sont capables de se faire plaisir
à ce point-là, y compris dans les moments les plus durs.
Jeanne, qui était donc
mon binôme principal,
puisque c'était mon compagnon de Portal Edge,
il aime la souffrance
pour ce que ça peut apporter
de sa gesse.
Pour lui, ça a un total sens.
Et pour avoir vécu ces 15 jours
suspendus avec lui dans un petit
coco en paroi,
j'ai compris ce que ça voulait dire,
et je crois que petit à petit
il m'a contaminé un petit peu avec ça.
Vive une expédition en la souffrant,
lui donne
une saveur particulière,
et fait qu'on l'apprécie
d'autant plus.
Pas forcément sur le moment, évidemment, c'est quelque chose
qui devient brutal, qui devient violent,
qui devient parfois désagréable.
Mais si on arrive
à retourner la situation, c'est à dire,
à voir le désagrément, à voir la souffrance,
comme quelque chose qui nous enrichit,
et bien, au retour,
on a un sentiment de plénitude
et de satisfaction qui est total.
Moi, en tout cas, je suis revenu de cette expédition
avec un
besoin de rien,
juste un sentiment d'être bien,
d'avoir été là où il fallait, au bon moment,
s'il y a une personne
avec qui j'ai rêve de repartir en expédition,
c'est avec lui.
Vous venez d'entendre
une histoire pour Les Balladeurs,
un podcast Léosaurs,
Ciné Camille Juzo,
avec la musique originale
de Alice-Anne Brassac
et un mixage
de l'Origaliganie.
L'altitude vous gagne,
de nombreuses personnes
et de nombreuses récits de montagnes
sont à retrouver dans chaque numéro
du magazine Les Auxers.
Et pour rêver avec les yeux,
des images vertigineuses sélectionnées
avec soins quotidiennement
constituent un portfolio sur les réseaux sociaux.
A donc un jour donc,
pour une nouvelle ballade.
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