Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Backmarket, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Backmarket est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, Les Haussers.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
En 1953, Nicolas Bouvier et son ami Thierry Vernet entament un voyage sur les routes orientales en Fiat Topolino.
De Belgrade, ils passeront en Turquie pour atteindre la frontière ouest de l'Iran.
Là, ils découvriront la Belle Tabrice et les montagnes du Nord pour ensuite rejoindre Thierry et poursuivre leur route vers l'Afghanistan.
De ce voyage, l'écrivain fera un merveilleux récit, l'usage du monde dont vous découvrirez quelques extraits aujourd'hui.
L'été dernier, Sophie Massieu ne s'est pas dans ceux de Nicolas Bouvier, mais en sens inverse.
Elle rejoint la capitale iranienne qu'elle a fantasmé longtemps pour un péril pleut dans les montagnes jusqu'à Tabrice.
Comme lui, elle vit le voyage comme un décentrement.
L'aventure s'écrit dans les miettes, grappillées ici et là, au fil de la marche et des rencontres, dans une attitude d'ouverture totale par rapport au monde qui l'entoure.
Que trouvera-t-elle de l'autre côté du col caillouteux ? Quels sont les sensations, à l'approche de la Caspienne ou dans le bazar mythique de Tabrice ?
À travers les yeux de Sophie, nous partons en balade dans la poésie personne.
On ne voyage pas pour ce garnir d'exotisme et d'anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vos plumes, vos rinces, vos essores.
J'ai une amie, Nathalie, qui a beaucoup beaucoup voyagé elle aussi et dans sa vie privée, dans sa vie professionnelle.
Je sais qu'elle est dingue, un peu comme moi, qu'elle est une jeune à partir avec un sac à d'autres de baskets et puis on verra bien.
Je lui dis, mais tu sais, sinon moi je rêve de les rendre depuis 15 ans, elle me dit oui, je sais, ça fait plusieurs fois que tu m'en parles.
Et puis voilà, on reste comme ça, on s'en trouve en parler, on en reparle un mois et demi après quelque chose comme ça.
Bon alors on y va, ok on y va, ok on y va et alors là ça y est, c'est les grands préparatifs.
On se liste les endroits que je racine de nous à envie de voir, les endroits, les villes, les lieux, etc.
On consulte, on compule, si puis on se demande comment on fait.
Et donc on part pour une semaine avec plus de randonnées de Thééran jusqu'au nord, jusqu'à la frontière avec l'Armini.
Nathalie physiquement elle est très grande, je l'ai connue à travers la Cour-Sapier,
qui est un sport qu'on partage depuis 3-4 ans maintenant,
dans une association qui réunit des coureurs à pieds aveugles et voyants.
Elle a proposé d'être accompagnée, une des compagnatrices, une des personnes voyantes qui courent avec ceux qui voient moi.
Et donc de la Cour-Sapier on est devenus amis, on a partagé bien autre chose assez vite.
Donc on a partagé d'autres formes de sport, on a fait du vélo ensemble, pas mal.
C'est quelqu'un de très simple au sens noble du terme, de très facile à vivre.
On passe 3 semaines en Iran ensemble non-stop finalement et d'autant plus ensemble qu'elle me guide parce que je n'ai pas mon chien,
du coup j'utilise assez peu ma cane blanche toute la journée.
Je mets ma main sur son sac à dos et je la suis tout le temps.
Donc je pense que chacune d'entre nous a quelque reprise pendant une demi-heure,
c'est dit je n'ai pas envie de faire ça, je ferais ça autrement si je n'étais pas avec elle.
Mais voilà ça dure une demi-heure, ça fait partie des concessions du voyage et c'est passé comme il n'est pas à la poste.
À en croire les théerrani, Théérent n'est même pas une belle ville.
On a démoli pour faire moderne plusieurs coins charmants du bazar, tracés au cordot des Avenus sans mystère,
abattu les anciennes portes et du même coup, un vieux restaurant orné de fresques d'époque Kajar,
où l'on reconnaissait parmi les turbans à aigrette le compte de Gobineau en casquette galonnée sur un fonds d'oranger en peau.
On vous parle aussi en s'excusant du climat trop sec, des trombes de poussière, des tours de mains de voleurs
et de ces courants magnétiques qui rendraient morose et irritable.
On vous dit attendez, vous verrez hispahant, vous verrez Shiraz, peut-être.
On arrive en Iran un lundi à 20h30.
La première impression c'est d'abord un trajet très long, dans une voiture climatisée il fait très chaud.
Un trajet très long parce que Téhéran est très très grande et l'aéroport n'est pas à côté.
L'aéroport est au sud et nous on va dans l'ouest.
On arrive et on digne dehors.
C'est le premier dîner que je prends à Téhéran, un pays dont j'ai rêvé, le premier dîner que je prends voilé.
Je me retrouve avec un immense kebab devant moi, moi qui mange quasiment pas de jambe et que je l'évoire parce que j'ai faim.
Et donc voilà on se met à échanger surtout sur rien, sur qui on est, sur qui ils sont, sur la vie en Iran.
Et puis voilà c'est parti.
Mais il y a ici des platanes comme on en voit qu'en songe, immense.
Chacun capable d'abriter plusieurs petits cafés où l'on passerait bien sa vie.
Et surtout il y a le bleu. Il faut venir jusqu'ici pour découvrir le bleu.
Dans les Balkans déjà l'œil s'y prépare, en Grèce il domine mais il fait l'important.
Un bleu agressif remuant comme la mer, qui laisse encore percer l'affirmation, les projets, une sorte d'intransigence.
Tandis qu'ici.
Les portes des boutiques, les licous des chevaux, les bijoux de quatre sous,
partout cette inimitable bleu perso qui allège le cœur, qui tient l'Iran à bout de bras,
qui s'est éclairé et patiné avec le temps, comme s'éclaire la palette d'un grand peintre.
Les yeux de la piste et des statues acadiennes, le bleu royal des palais partent,
les mailles plus claires de la potricelle Joukid, celui des mosquées s'effet vide.
Et maintenant, ce bleu qui chante et qui s'envole, à l'aise, avec les ocres du sable,
avec le doux vert poussiéreux des feuillages, avec la neige, avec la nuit.
Et puis le lendemain matin, c'est le départ, 5h30, on va partir, on va commencer à crapper ici dans les montagnes.
Les montagnes ne sont pas loin de Tehran, enfin, encore une fois pas loin.
Celles où on va sont quand même à 2h00 de haute, mais il y a des montagnes très proches du Tehran.
On a commencé à marcher jour après jour, en Iran comme ailleurs,
toutes les forteresses, etc, étaient perchées sur des pics,
donc à chaque fois, il faut grimper, grimper, grimper, grimper, tout ça sous 35-40°C.
Donc je marche beaucoup plus souvent avec Nathalie, une main sur son sac à dos,
généralement ma main droite et mon bâton dans la main gauche.
Le bâton quand c'est nécessaire, quand le chemin est un peu scabreux,
sinon quand c'est un chemin assez lisse, je marche derrière elle,
ou même parfois à côté d'elle, on lui donne dans le coude
si le chemin est suffisamment large pour le permettre.
Les montagnes sont rondes et toutes proches.
La rivière bruyante est l'aiguée mauvée.
Puis la vallée sévase devient un large plateau maraîcageux encore tâché de neige.
La rivière s'y perd, le regard aussi.
La première ondulation est à 20 km et l'œil en distingue une douzaine d'autres jusqu'à l'horizon.
Soleil, espace, silence.
Quand on rendonne à la montagne et à la campagne, les gens parlent très peu anglais,
donc ils parlent plutôt à notre guide, qu'à nous,
pour demander d'où on vient, qui on est, où on va, etc.
Et quand notre guide n'est pas là, il se débrouille pour communiquer avec nous,
même si on ne parle pas la langue et même si il ne parle pas anglais, par geste,
parfois en appelant quelqu'un au téléphone qui va pouvoir faire la traduction en anglais,
parce qu'il parle mieux anglais.
Enfin, c'est incroyable, ils ont vraiment une grosse envie d'échanger avec les gens de passage.
Et dès lors qu'on repère qu'il va y avoir une possibilité, peut-être,
de rencontrer des nomades, on a de cesse de tâner notre guide
pour savoir où et quand on va les rencontrer.
On comprend une fois qu'on arrive à Subatane, que là on devrait pouvoir rencontrer des nomades
et on ne laissera pas passer cette occasion, évidemment.
Et du coup, on commence à marcher et là tout d'un coup,
on voit une maison qui apparaît à l'horizon et on se dit,
« Ah, il y a peut-être une petite chance ».
On est près de Subatane, une ville du nord de l'Iran.
On arrive dans un camp de nomades et on demande si on peut planter notre tent pas loin de chez eux.
Non seulement ils sont d'accord, mais ils nous demandent qui on est,
ils nous offrent du thé.
Ce sont des gens qui parlent turcs, parce qu'on est dans le nord-ouest de l'Iran
et qu'ils ne parlent pas spécialement persants.
Donc ils ont, même avec le guide, c'est pas hyper facile pour eux de communiquer.
Donc avec nous, n'en parlons pas.
Là, pour le coup, ce sont des gens qui ne sont pas forcément allés à l'école,
même la petite ne va pas à l'école alors qu'elle aurait l'âge d'y aller.
Mais on communique par geste, il fait assez froid,
on est à 2500, 2600 m d'altitude et ils nous invitent dans leur maison.
C'était une famille, des grands-parents, des parents et la petite fille.
Les parents, ils ont presque pas vu s'occuper des animaux, etc.
Mais on a beaucoup vu les grands-parents et la petite fille.
Finalement, on s'assied par terre sur des tapis, on a enlevé nos chaussures,
comme toujours pour entrer dans une maison en Iran, on enlève ses chaussures,
on s'assied sur des tapis par terre et on parle comme on peut,
on échange comme on peut, on se fait des grands sourires
et en fait, on comprend qu'ils sont en train de nous inviter dîner.
Et elles nous servent un excellent fromage que eux-mêmes font
avec leurs chèvres et leurs vaches.
Elles nous servent une sorte de ragout de l'anti
qui ressemble un petit peu au dalle indien, mais pas, c'est pas du tout les mêmes herbes.
Et on partage ça et c'est un moment hyper chaleureux, d'échange, de sourire,
de complicité, même si on ne peut pas refaire le monde ensemble
puisqu'on ne peut pas communiquer.
La cuisine turque est la plus substantielle du monde, iranienne, d'une subtile simplicité.
L'arménistan inégalable dans le conflit et l'aigre doux.
Nous, nous mangeions surtout du pain, un pain merveilleux.
Au point du jour, l'odeur des fours venait à travers la neige nous flatter les narines.
Il n'y a vraiment qu'un pays très ancien pour placer ainsi son luxe
dans les choses les plus quotidiennes.
Nous étions du bon côté de la vie.
La maison est petite, c'est en fait une pièce en se mis dure, je ne sais plus quelle matière c'est,
j'ai oublié, mais c'est petit, c'est une pièce, voilà.
Et on met les matelas pour dormir, on les enlève dans la journée,
mais c'est tout, il y a des tapis par terre, c'est pas très haut.
Et c'est une maison qui est pas loin du chemin, qui traverse la montagne,
sur un endroit à peu près plat.
Et c'est pas loin de là où ils ont leurs animaux, donc une vache ou deux,
quelques chèvres et puis des poules aussi.
Ils ont des chiens pour garder ces animaux, c'est ça qui est curieux,
c'est qu'il y a des chiens qui gardent les animaux, mais ils ne sont pas du tout domestiqués
ou à l'intérieur de la maison, ils n'ont pas du tout le rapport aux chiens
que nous, on peut avoir aux chiens, donc je comprends qu'effectivement
ma chienne ne peut pas venir en Iran ni cette fois, ni les autres.
Et donc cette maison, il y en a des disséminés comme ça,
tous les, je ne sais pas, 300 mètres, et les gens viennent ici passer l'été,
on va dire, je pense, à peu près de mai à septembre, ou quelque chose comme ça.
Et le reste du temps, ils sont dans la ville qui n'est pas loin en bas,
par exemple, cela, Netsubatan, qui était à une heure de marche,
ce n'est pas très loin, mais ça leur permet de faire pêtrer leurs animaux
un peu plus en altitude.
On les interroge aussi sur où est-ce qu'ils préfèrent vivre finalement,
plutôt en bas, plutôt dans la ville ou plus dans les montagnes.
Et le grand-père en tout cas clairement, il préfère être par les montagnes.
C'est la période de l'année qui préfère.
Je n'ai pas en partant forcément d'idées préconçues
sur ce que c'est que le nomadisme en Iran, je me suis pas trop posée la question, en fait.
J'imagine un peu de la transhumance, et c'est un petit peu ça effectivement,
mais c'est du nomadisme moderne en quelque sorte,
parce qu'il y a un groupe électrogène, il y a l'électricité,
je ne sais pas où il y a récupère l'eau, il n'y a pas le courant,
mais en tout cas il y a suffisamment d'eau,
puisqu'on nous en apporte pour qu'on se lave le matin et le soir.
Après avoir passé cette nuit avec les nomads,
on continue notre heure en donnée,
et au fil de la balade du jour, on découvre d'autres nomades d'une autre et nuit.
Et ce qui est marantignalé, c'est que l'habitat n'est pas le même.
La manière de fabriquer les maisons n'est pas la même, les matériaux changent,
alors qu'on est à...
...un petit kilomètre,
simplement, on est sur le parti de la vallée, on a passé le col.
Entre la première maison, où on passe la nuit juste à côté,
on partage le diner et la deuxième tente de nomad,
où on arrive le lendemain vers 16h,
le paysage change, on quitte une vallée pour arriver vers l'autre,
on escalade dans le col, et là on s'approche du lac de Néor, Néor Lake,
et donc l'herbe est plus verte, c'est drôle.
Le paysage semble moins sec,
et comme c'est beaucoup plus humide,
il y a aussi plus de moustiques.
Il doit être 16h, 17h comme ça,
et il y a une dame un peu âgée avec une jeune fille,
qui nous propose de boire le thé très gentiment,
nous assignons sur leur tapis,
et la jeune fille, elle a d'abord 20 ans,
et on comprend, ou d'un moment, que le monsieur qui arrive, c'est son mari,
et on comprend que la dame plus âgée, c'est sa belle-mère.
Et là, j'ai le sentiment que le sort des femmes nomades en Iran
n'est pas extrêmement viable, les gens étaient très gentils,
ce n'est pas le problème, mais je me dis que là,
elles ne peuvent pas aller travailler ailleurs,
elles ne font pas beaucoup à l'école,
alors que les femmes que je vois en ville plus tard après,
elles vont boire le thé toute seule avec leurs copines, elles travaillent,
il y a des intellectuels, elles tiennent des boutiques,
elles font plein de choses.
J'ai l'impression que parmi les nomades, c'est moins le cas,
mais c'est vrai dans beaucoup de pays,
les gens qui ont moins accès à la culture et à l'éducation,
bien entendu, ne réservent un sort d'autant moins enviable
aux uns et aux autres et aux femmes particulières.
Ce voyage en Iran, c'est évident, renforce nos liens,
un atelier et moi, parce qu'il y a plein de moments
où on est sols toutes les deux, y compris en train de camper
dans cette montagne et c'est très agréable de bouquiner
sous la tente le soir avant de s'endormir,
elle avec sa petite lampe frontale, son livre papier,
moi avec un casque, mon livre d'euro,
on échange sur les lectures qu'on a faites.
En fait, il n'y a pas grand chose d'autre à faire que d'être
dans l'échange et aussi dans l'introspection
et dans la lecture, donc c'est une vraie pause.
Cette nuit iranienne, c'est les abouements des chiens beaucoup,
c'est le silence aussi quant à l'hystèse,
parce qu'il n'y a pas grand chose d'autre.
On est à entre 2005 et 3000 mètres d'altitude,
qui fait froid, c'est calme,
il n'y a pas de pollution lumineuse pour le coup,
il n'y a pas de pollution sonore,
il n'y a pas de pollution non plus olfactive,
c'est un des rares endroits en Iran,
où on respire bien parce que les villes sont à l'averse
très collées parce qu'il y a beaucoup de voitures,
et puis parce qu'il fait très, très chaud.
La fin du jour est silencieuse.
On a parlé son saule en déjeunant,
porté par les champs du moteur et le défilement du paysage.
Le flux du voyage vous traverse et vous éclaircie la tête,
des idées qu'on hébergait sans raison vous quittent,
d'autres, au contraire, s'ajustent et se font à vous
comme des pierres au lit d'un torrent.
Aucun besoin d'intervenir, la route travaille pour vous.
On souhaiterait qu'elle s'étend ainsi,
en dispensant ses bons offices,
non seulement jusqu'à l'extrémité de l'Inde,
mais plus loin encore, jusqu'à la mort.
Les paysages changent, en fait,
le Nord du pays, c'est un peu notre côte d'Azur
au sens où c'est là où les Iraniens aiment aller en vacances
et en week-end, parce que c'est l'endroit un peu plus frais,
un peu plus vert, c'est la partie verte du pays, le Nord.
Le reste est beaucoup désertique,
y compris en sortant de Théan, vers le sud d'Amblé.
Plus on monte en fait vers le Nord,
et plus les paysages deviennent verts,
plus il y a de point d'eau.
On passe aussi à l'Amérique Aspienne.
On marche sur un petit sentier aménagé
avec un petit passage en bois,
qui est un endroit où les femmes peuvent se mettre en bain,
derrière ce paraband-là,
une espèce de plage réservé où elles peuvent se dévettir,
sinon elles sont des vêtures.
Donc ça, c'est pour nous, c'est surprenant, bien sûr.
En fait, cette histoire de voile et d'être couvert,
c'est la loi du pays qui l'impose,
mais il y a beaucoup de personnes,
et y compris des hommes, qui s'en fichent en soi.
Donc si les personnes avec lesquelles on se trouve
sont ok, on peut tout à fait se découvrir.
Il faut jamais prendre une initiative soi-même,
mais on peut poser la question,
et si les personnes ne sont pas très achetées,
on peut tout à fait remonter le ventallon et les baigner.
C'était un vendredi, donc jour chômé,
et donc les gens ont profité,
c'était vraiment chouette de les voir aussi profiter de cette plage.
Après, je trouve que la mer ne sent pas très fort,
en tout cas, ce jour-là,
mais je suis habituée à l'océan Atlantique en Bretagne,
et l'odeur de l'océan Atlantique en Bretagne est très forte,
et je l'aime énormément.
Et donc j'ai du mal à aimer avec autant de force
l'odeur d'une autre mer,
c'est vraiment celle-là qui fait vivre mon cœur et mes neurones.
La fin de notre rendonnée, c'est à Brise.
On arrive dans cette ville du Nord,
où on va passer deux jours,
et c'est le retour à la ville.
C'est une grande ville, donc bruyante,
beaucoup de voitures, etc.
On visite le bazar, qui est un des bazards historiques du pays.
Les bazards là-bas sont étonnamment calmes.
On imagine le bazar comme l'on l'indique,
très bruyant, avec plein de cris, etc.
Et non, moi je suis frappée par oui, le calme.
Bien sûr, il y a beaucoup de monde,
mais les gens se bousculent peu,
il n'y a pas tellement de gens qui crient,
qui vendent, c'est aussi très organisé.
Il y a le bazar des bijoux,
il y a le bazar des fruits et les gumes,
il y a le bazar des cuits,
il y a le bazar des tapis, évidemment.
Ta Brise fait partie des villes importantes
pour la vente et la fabrication de tapis.
Voyez-vous, la ville n'est ni turque, ni russe, ni personne.
Elle est un peu tout ça, bien sûr,
mais au fond d'elle-même, elle est centrasiatique.
Notre dialecte turc difficile pour un stand bouli
se parle pratiquement jusqu'au turquistan chinois.
Vers l'Ouest, Ta Brise est le grand bastion de l'Asie centrale,
et quand les vieux lapidaires du bazar
parlent de Saint-Marcande,
où ils allaient autrefois chercher leurs pierres,
il faut voir de quelle oreille on les écoute.
L'Asie centrale, dit-il encore,
c'est chose à laquelle, après la chute de Byzance,
vos historiens européens n'ont plus rien compris.
Nous sommes montés chez lui pour boire les derniétés de la journée.
Par la fenêtre à cadre bleu, j'ai longtemps regardé la ville étendue.
Une énorme assiette de terre ochre, séparée en deux,
à la hauteur du bazar par la boucle noire de la rivière Hachichai.
Le doux renflement de quelques coupoles
émergait d'une mer de toie boueux.
Dans le foudour est, on voyait des paysages
poussés devant eux leurs chameaux et leurs ânes,
et des camions aux couleurs de saubrais
parquées dans les cours obscur.
La seule chose qu'on ne fait pas,
en Iran, de tout mon séjour,
en tout cas dans la rue,
je n'ai jamais parlé de politique, de la situation politique, etc.
Il m'est arrivé à en parler, mais à l'intérieur, dans la maison.
Je crois que pour le reste, à l'extérieur, c'est trop compliqué.
Ce qui n'est pas le cas dans tous les pays.
Il y a des pays où le régime n'est pas tellement plus démocratique
et où les gens passent leur temps à critiquer le régime,
y compris dehors, en Algérie, par exemple.
Mais là, en Iran, non, on a senti qu'on n'en parlait pas.
Le fait que les États-Unis se sortissent de l'accord sur le nucléaire
mène l'Iran à une crise grave,
parce que les Européens s'en vont aussi,
puisqu'ils ont le choix entre commercer avec l'Iran
ou commercer avec les États-Unis.
Ce qui fait que l'Iran se retrouve asphyxiée,
la monnaie a perdu la moitié de sa valeur depuis quelques mois.
Les gens se retrouvent avec un pouvoir d'achat minimaliste,
y compris des gens qui étaient plutôt à l'aise au départ.
Et ça, nous, on le ressent très vite,
on le comprend très vite.
D'abord, on finira par échanger 1€ contre 115 000 riales.
Donc on se retrouve avec des millions, des conchanges 50€.
Et ensuite, les gens le disent que le pouvoir d'achat, c'est compliqué.
On voit les gens en difficulté.
Ça se ressent dans l'atmosphère économique,
pas du tout dans l'atmosphère de nous.
On ne sent pas de tension,
c'est un pays où on a senti calme.
Ce qui me frappe en Iran, c'est que les gens ne crient pas.
J'ai pas entendu, sauf une seule fois,
on entend des gens se disputer.
J'ai nous, on crie, on se claque dessus, on se dispute.
En Iran, les gens parlent bas, calmement, paisiblement.
C'est hyper frappant.
Et donc, même dans une situation qui se tend,
il semble que le phlegme reste de rigueur.
Je pense que c'est un peuple au fond, vraiment,
un peuple pacifique.
Son gouvernement peut-être pas,
mais le peuple, si.
Ah, croyez-moi, repris-t-il avec d'évotion.
On a beau dire.
La Perse est encore le pays du merveilleux.
Ce mot me fit s'enger.
Chez nous, le merveilleux serait plutôt l'exceptionnel qui arrange.
Il est utilitaire ou au moins édifiant.
Ici, il peut naître aussi bien d'un oubli, d'un péché,
d'une catastrophe qui, en rompant le train des habitudes,
offre à la vie un champ inattendu
pour déployer ses fastes sous des yeux toujours prêtes à s'en réjouir.
Si on fait pas confiance, on va pas aller bien loin.
Moi, je n'ai pas d'autre choix que de faire confiance de toute façon.
Donc, de ce non choix,
j'en ai fait une valeur au fil des années.
J'ai vraiment appris que la confiance était un des bien les plus précieux
qu'on pouvait avoir les uns envers les autres.
Il n'y a pas de raison que les gens cherchent à menuer.
Il n'y a pas de raison que...
Si je leur demande un service, ils en profitent pour.
Je crois que si on affiche une certaine sérénité,
les gens affichent aussi cette sérénité
et du coup un vrai échange peut se créer.
Et moi, je suis extrêmement curieuse de l'autre,
de sa manière de vivre, de penser.
Et comme il y a des choses que je ne vois pas par définition,
je pose peut-être des questions sur des choses que j'aurais vues sinon.
Mais c'est pas grave.
Les gens généralement répondent volontiers.
C'est aussi assez créateur, finalement, d'échange.
À mon retour, il s'est trouvé beaucoup de gens qui n'étaient pas partis
pour me dire qu'avec un peu de fantaisie et de concentration,
ils voyaient j'ai tout aussi bien s'enlever le cul de leur chaise.
Je les crois volontiers.
Ce sont des forts, pas moi.
J'ai trop besoin de cet appui concret qui est le déplacement dans l'espace.
Heureusement d'ailleurs que le monde s'étend pour les faibles et les supportent.
Et quand le monde, comme certains soirs sur la route de Macédoine,
c'est la lune à main gauche, le flot argenté, de la Morava à main droite
et la perspective d'aller chercher derrière l'horizon un village
ou vivre les trois prochaines semaines, je suis bien aise de ne pouvoir m'en passer.
Cette histoire vous est proposée par Les Haussers, signé Camille Jusot,
avec une composition musicale de Alison Brassac et un mixage de l'Origaliganie.
Vous pouvez vous aussi décrocher les étoiles de la nuit personne
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Rendez-vous dans 15 jours pour un nouveau récit d'aventure.