#08 — Noir pétrole dans l'Arctique russe, avec Alban Grosdidier

Durée: 35m36s

Date de sortie: 17/10/2018

À l'été 2014, Alban Grosdidier rejoint le bureau russe de Greenpeace pour une expédition de trois semaines à Ussinsk, une ville défigurée par l'industrie pétrolière.

Avec 60 volontaires des toutes les nationalités, ils ont pour objectif de nettoyer une fuite de 1000 tonnes, au coeur de la forêt des Komi.

Mais bientôt, face à l'ampleur de la tâche, le moral baisse et l'opération tourne au cauchemar...

Les Baladeurs est une émission Les Others. Cet épisode est signé Camille Juzeau, avec une composition musicale de Alice-Anne Brassac et un mixage de Laurie Galligani.

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Les arbres sont coupés par milliers, les océans pollués.
On nous dit qu'il est temps qu'il est urgent de réagir.
Toi, moi, nous tous.
Albon Grosdidier a décidé d'agir.
Il rejoint Greenpeace en 2013 et quand il est question de partir sur le terrain, il se porte immédiatement volontaire.
Au coeur d'une région au confin de la Russie, où l'industrie pétrolière est omniprésente, il passe trois semaines.
Trois semaines, au pays de l'Ornois, les pieds glués et aux flacres résiduels, les mains dans le magma salle de la pollution sauvage des géants industriels.
S'engager envers une cause, qu'est-ce que c'est ?
Albon nous donne un morceau de réponse, lui qui a engagé son corps et son mental dans cette expérience brute,
qui pourtant marque son parcours avec un avant et un après.
Depuis mes 18 ans, je travaillais en tant que bénévole pour différentes organisations humanitaires au caractérisme en France.
A l'été 2013, je pars vivre au Danemark et une fois arrivé sur place, je me rends compte que les problématiques sur lesquelles j'ai l'habitude de travailler,
qui sont liées soit au VIH, soit au droit pour les minorités sexuelles.
La société danoise a avancé beaucoup plus vite que la société française.
Les milieux activistes sont plus resserrés, plus underground.
Je me rends compte que mon apport ne va pas forcément être aussi impactant qu'il a pu être en France.
Je cherche des thématiques sur lesquelles m'engager où je pense pouvoir avoir un impact.
Ça faisait déjà quelques années que les thématiques environnementales me trottaient dans la tête.
Je rejoins Greenpeace en février 2014, très peu de temps après l'arrestation des Arctic 30,
qui ont passé deux mois en prison en Russie pour s'être approchés d'une plateforme pétrolière russe dans les eaux internationales.
Je travaille avec eux entre février et juin de façon très soutenue, en rendant des services, souvent de façon ménévole.
On m'envoie un mail de recrutement pour ce projet en Russie.
Je joue la carte du « J'ai été ménévole pour vous pendant plusieurs mois ».
Est-ce que vous pouvez me mettre sur ce projet là ? Ça m'intéresse et ça marche.
Deux mois avant mon départ, je comprends que je vais faire partie de la première expédition
après la libération des Arctic 30 et que les enjeux politiques sont très importants et que ce n'est pas être une expédition comme les autres.
Je pars pour une expédition sur un territoire où d'habitude les activistes qui font le travail que je vais faire
ont des problèmes juridiques et les problèmes juridiques en Russie, c'est compliqué.
Il y a évidemment un travail de préparation mentale.
Je fais un travail de recherche qui a à la fois pour but de me préparer et de me rassurer.
Je reçois aussi une certaine quantité de documents de la part de Greenpeace pour me préparer, notamment en termes de santé.
On sait à l'avance qu'on va avoir des gros problèmes de moustiques, ce qu'ils appellent les moshkal et black flies,
en gros des problèmes de parasites, et qu'il faut être très spécifique sur les tenues à prendre, le type de cosmétiques à prendre,
de savons, on a un listing très spécifique là dessus, parce qu'on sait à l'avance que ça va être un problème sanitaire.
Je fais un petit travail de préparation en tant que photograph, parce que le bureau d'Annois de Greenpeace avec lequel je travaille à ce moment-là
me demande de produire de la photo.
J'essaye de faire un travail de recherche à la fois en termes de matériel, je m'équipe un petit peu différemment parce que je sais que je pars sur une zone arctique.
J'essaye d'anticiper un petit peu le sujet.
Je fais un travail de préparation qui en tant que photograph est toujours un travail qu'on fait et qu'on va jeter dès qu'on met un pied sur place.
Moi je considère que c'est important de se faire une fausse idée pour pouvoir s'en défaire une fois sur place.
Ça me permet de rentrer plus rapidement dans une véritable observation du sujet et de me défaire de l'ensemble des clichés que j'ai préconstruits
vis-à-vis d'une situation ou d'un territoire.
La mission se passe dans une ville qui s'appelle Ousinsk, dans le nord de la République de Comis.
C'est à l'ouest de l'Oral, on n'est pas en Sibérie, on est très au nord, on est environ 300 km de l'océan arctique,
mais on reste vraiment sur la partie occidentale de la Russie.
Je prends un avion de Copenhague jusqu'à Moscou, je trouve mon chemin jusqu'au bureau de Greenpeace.
Les différents acteurs de l'expédition se retrouvent là-bas.
On nous amène jusqu'à la gare de Moscou, l'une des gare de Moscou.
On prend un train et on fait 42 heures de train en troisième classe jusqu'à Ousinsk.
C'est un train génial, c'était ma première expérience dans les trains russes.
J'arrive, je ne connais personne, j'habite à Copenhague mais je suis le seul français, il y a 16 nationalités différentes dans l'équipe
et les Russes nous servent d'interprètes pour parler avec les gens qui sont dans le même wagon que nous.
On est en troisième classe donc il n'y a pas de compartiments, c'est vraiment 60 personnes dans un wagon.
Je pense que tous les gens qui ont eu l'occasion de prendre les trains russes savent de quoi je parle
avec l'odeur des nuits séchés qu'on réchauffe avec l'eau bouillante,
l'oignon fumé, les poissons fumé, des sauts entiers de framboises et de gros ailles
qu'on achète pendant les pauses du train sur le quai.
J'ai gardé un souvenir vraiment très romantique de ce trajet là,
où on voit les paysages de forêts russes défilés, où il ne se passe pas grand chose, le temps s'étire
et les conversations se délient parce que tout le monde s'ennuie.
Tout le monde se raconte un petit peu les premières histoires qui servent un peu d'introduction.
On passe 40 heures comme ça où on ne sait pas trop quand est le jour, quand est la nuit,
parce qu'on monte vraiment vers le nord et on est en été, donc la nuit est courte.
On se décale dans le rythme avec ce tac à tac du train qui berce et qui en même temps garde un peu éveillé.
J'ai gardé un souvenir très particulier de ce trajet, avec la pression qui monte, j'étais nerveux,
je ne savais pas très longtemps que j'avais rejoint de Greenpeace et je suis tout neuf, je suis tout vert
et je me rends compte que je pars sur une expédition avec des problématiques compliquées
et j'ai vraiment cette petite excitation, cette petite bouleventre.
On a deux objectifs définis pour l'expédition.
Le premier c'est un mapping des fuites pétrolières sur un champ pétrolyphère spécifique
qui appartient à la compagnie Loucoil sur une zone d'environ 250 km2.
Et le deuxième objectif, on est là pour nettoyer une fuite de pétrole
qui a été présélectionnée par l'un des membres de notre équipe.
Et documenter le processus de nettoyage pour essayer de le diffuser en presse,
pour essayer de s'en servir comme un exemple de la difficulté qu'il y a à nettoyer des fuites de pétrole.
On est à 1800 km au nord-est de Moscou, 30 km du cercle polaroartique dans une ville soviétique
dont l'ensemble de l'économie tourne autour du pétrole
et on n'est pas du tout dans une démarche d'une action de Greenpeace à l'occidental.
Il va falloir qu'on fasse profil bas.
On part sur une zone pour critiquer une industrie qui fait vivre 95% de la population locale.
Évidemment qu'il va falloir qu'on fasse profil bas
ou en tout cas qu'on ait une démarche d'intégration qui soit pas dans une confrontation
qu'on retrouve habituellement dans les actions de Greenpeace.
Quand on descend du train, la seule chose dont on a envie tout c'est une douche.
On pue vraiment, on sent 40 heures de train et le poisson séché.
Quand on prend le minibus, il fait un temps orageux, c'est lourd.
Il y a de l'orage dans l'air, c'est très humide et j'ai la nosée.
On est un peu tout sentassé avec les sacs, l'odeur est forte.
On arrive enfin sur place et on arrive sur notre camp
qui est un atelier de réparation de petits bateaux.
C'est boueux, c'est sale, c'est rouillé.
Il y a des baches partout et un espèce de hangar
dans lequel on est accueilli par la directrice du projet.
C'est à ce moment-là que j'apprends par exemple
que je n'ai pas l'autorisation de sortir du camp
sans être avec un réusophone.
Et ensuite on a une batterie de briefing à avoir.
On a le spécialiste des produits dangereux
qui nous donne un cours sur les combinaisons qu'on va porter,
les gants qu'on va porter, les boîtes qu'on va porter,
les masques qu'on va porter, quels sont les dangers chimiques
ou aérosols auxquels on va peut-être être reconfronté
quand on sera en train de nettoyer une fuite de pétrole brut.
Comment mettre en place des zones de décontamination
et je me souviens qu'à ce moment-là, j'en peux plus.
Je suis fatigué, je suis déjà ronchon
et c'est à ce moment-là qu'on nous annonce qu'il n'y a pas de douche
sur le camp.
Donc il va falloir qu'on monte nous-mêmes une douche artisanale
mais il y a des dizaines de milliers de moustiques
qui nous tournent autour et on est déjà en train de se gratter partout.
Et là je me dis d'un point de vue du maintien de la forme physique
et de l'hygiène corporelle, ça va être compliqué
et je sais que ça va jouer mentalement.
Comment faire de la vie
Ce premier jour vraiment sur place, une fois qu'on a eu l'occasion de dormir
et de se doucher, on est allé dans un sonna.
C'est ce jour-là que j'apprends qu'en 94 il y a eu une énorme fuite
d'un pipeline très proche de la rivière
avec plusieurs centaines de milliers de tonnes de pétrole qui se déversent
sur un temps très court
et que l'industrie locale a embauché des locaux
pour décontaminer et nettoyer
et que tous sont morts dans cette période de 20 ans de cancer.
C'est à ce moment-là que j'apprends que tous les cheptels de reine
et les cheptels bovins de la région sont morts d'empoisonnement
pendant les 10 dernières années.
C'est à ce moment-là que j'apprends que les poissons qui s'y vivent dans cette rivière
ne sont plus comestibles.
C'est à ce moment-là que je comprends qu'en fait toutes les industries locales
qui n'avaient pas de lien avec l'industrie pétrolière
ont été détruits par l'industrie pétrolière
et qui a eu un phénomène de remplacement économique
qui oblige l'ensemble des travailleurs locaux
à dépendre pour l'envoyant de subsistance de cette industrie-là.
La première journée de notre tour
La première journée de notre tour
Notre deuxième journée, on se réveille très tôt
et on part en petite camionnette à deux équipes
jusqu'au site qu'on va nettoyer.
C'est environ une cinquantaine de kilomètres de là où on est.
Les routes sont plus des routes.
Il ne reste plus rien après le passage de dizaines de milliers de camions citernes.
Il ne reste que l'armature métallique de la route sur un chemin de terre
et la technique pour pouvoir rouler sur ces routes c'est d'aller très vite.
On roule entre 90 et 100 kmh.
J'ai peur parce que je me rends compte que le chauffeur a un contrôle tout relatif sur son véhicule
et qu'il y a beaucoup de camions citernes qui nous entourent
que tout le monde passe de la voie de droite à la voie de gauche à l'extérieur de la route
dans un souci de pouvoir rouler sur la meilleure partie de la route possible
mais donc du coup il y a un chassé croisé de véhicules qui est assez angoissant.
Et après environ, je pense, une heure de trajet
on a vu véritablement Ossinsk, la ville, pour être passée à travers pour la première fois
et les Russophones nous décrivent un petit peu les panneaux
on a vu ces énormes panneaux lumineux au-dessus de l'autissement
qui disent en russe du pétrole commis pour la mer Patrie
on voit l'ensemble de l'économie et de l'infrastructure
qui est dédiée à cette industrie-là
et on se rend compte des moyens financiers qui sont mis en oeuvre
et on arrive sur site
et on nous montre, au milieu de toutes ces colonnes de fumée noire qui nous entourent
une fuite d'environ 1000 et 1200 tonnes de pétrole
qu'on va nettoyer avec une pompe
qui ressemble à une pompe pour piscine et des pèles
on commence à s'installer
on met en place une zone de décontamination
on enfile nos tenues
on scotch nos bottes, nos gants
on a des masques défilés pour la tête
pour les moustiques qui marchent à moitié
on a des masques en papier au cas où on se retrouve à respirer des fumes-rolles
je crois que c'est le bainzen qui est problématique dans le pétrole brut
on construit une piscine de stockage temporaire
pour pouvoir commencer à pomper la partie liquide de l'eau de pluie
et on commence à pelter du sable contaminé dans des grands sacs de chantier
et on suit
on est vraiment à l'étuve dans ces combinaisons qui se sont fermées arométiquement
et je prends la mesure de la complexité physique de la tâche
ce premier jour
qui n'est pas surmontable
mais qui ne donne pas confiance
dès le début de notre capacité à terminer la mission
qui est de nettoyer cette fuite de 1200 tonnes en 3 semaines
au 3ème jour je bascule sur la mission de reconnaissance
et donc je passe une journée
à cadrier cette zone de 250 m2 à la recherche de fuite de pétrole
on utilise des images satellites et on va vérifier sur place physiquement
que ce qu'on voit sur les images c'est bien des fuites
et donc on trouve tout type de fuite et de pollution toxiques
on est avec un chasseur toute la journée
parce qu'il y a des ours dans la région
c'est lui qui définit les zones sur lesquelles on va être
et à quel point on peut s'éloigner du groupe
c'est un gros russe de 60 ans avec une moustache énorme et un fusil au plus long possible
qui me donne un peu l'impression de contrôler le groupe
à moitié par égo, à moitié par sécurité
ce qui me va très bien à ce moment-là
ce qui me permet de me laisser porter
et de m'amuser un peu à demi-mode de cette personnalité complètement rock ambalesque
que j'aurais jamais rencontré dans d'autres circonstances
à un moment on arrive sur une zone
où le directeur de cette mission d'exploration est passé la semaine précédente
il manque à peu près 50 mètres de forêt sur une largeur de 200 mètres
les arbres sont plus là
ce n'est même pas qu'ils ont été coupés c'est qu'il n'y a plus aucune trace de ces arbres-là
et quand on va à la nouvelle lisière de la forêt
on trouve des gouttelettes de pétrole sur les corse
et donc à ce moment-là
le chargé de campagne spécialisé nous explique
qu'il y a très probablement eu une pompe du puits qui a déconné
que ça a dû provoquer un jet de pétrole à plusieurs centaines de mètres à la ronde
et que pour masquer ce jet de pétrole
la compagnie en toute illégalité et sans aucune déclaration
abat tous les arbres contaminés
tous les troncs qui ont reçu du pétrole
même s'ils sont encore en bonne santé
et sable la zone sur environ 50 centimes de profondeur
de façon à masquer la fuite
et en fait c'est quelque chose qu'ils font de façon répétitive
sur toute une région
et donc ça veut dire que petit à petit
ils abattent une forêt primale
mais pas dans une notion d'exploitation du bois
juste pour dissimuler leur mauvaise pratique
...
Le premier moment où je comprends qu'on va être tributaire
des compagnies pétrolières locales
ou en tout cas qui opèrent sur la région
pour travailler
c'est le moment où je vois la pompe qui est mise à notre disposition
qui est une pompe qui ressemble à un moteur de voiture
qui est toute petite
on a un rendement de 150 litres par heure avec cette pompe
et on essaye de nettoyer une fuite qui fait à peu près 600 mètres cubes
donc il est évident que cette pompe n'est pas adaptée au travail qu'on va faire
et en même temps quand on demande une autre pompe
on nous dit non
soit elle n'est pas disponible
soit elle est cassée
le deuxième aspect c'est le camion citerne qui vient récupérer
la matière liquide qu'on a pompée
le chauffeur du camion
jauge du taux de remplissage de sa citerne
en tapant dessus avec un marteau
et en écoutant l'écho qu'il y a à l'intérieur de la cuve
la première fois ça nous fait marrer
la deuxième fois on se dit que c'est chaud
la troisième fois il se rate
et le problème c'est que la pompe du camion citerne est beaucoup plus puissante
et qu'il y a un trou en haut de la citerne
qui est ouvert pendant le processus de pompage
et quand il se rate il crée un gésère de 5 à 6 mètres de haut
qui disséminent une partie des déchets qu'on a nettoyés
à environ 10 mètres à la ronde
à l'extérieur de notre zone de contamination
donc il va falloir recommencer sur cette zone là
avec une quantité de déchets beaucoup moins importante
avec un taux de contamination moins important
mais une dispersion assez élevée
et puis il faut qu'on aussi luit une étoile à son camion citerne
parce que sinon il va fallu du pétrole partout sur la route
bref on en veut au mec
il y a cette espèce d'aspen nébuleux de troisième personne
dont on sait pas vraiment qui c'est
et quand on demande comment on se fait-il qu'on travaille avec des bras cassés comme ça
je pose la question, je pose la question, je pose la question
et furé à mesure je comprends par traduction interposée
que les compagnies pétrolières locales
font pression sur les compagnies de nettoyage local
pour que notre expédition soit la moins efficace possible
et ils peuvent le faire évidemment parce que les compagnies pétrolières
représentent 100% de l'activité économique des PME
et donc si quelqu'un s'oppose à ces compagnies pétrolières
en nous aidant un peu trop
ils détruisent leur moyen de subsistance
le 6ème jour de l'expédition
on a une espèce de crise d'identité de l'expédition
où on comprend très bien après une semaine de travail
qu'on ne va pas pouvoir nettoyer cette suite dans son ensemble
ça veut dire que jusqu'à la fin de ce projet
on va travailler d'arrache-pied dans des très mauvaises conditions
pour une tâche dont on le sait d'avant ce qu'elle va être échouée
et donc ça pose des problématiques psychologiques, des problématiques mentales
avec lesquelles il va falloir composer
tous les activistes qui ne sont pas russes
ont eu un moment de désespoir, un moment ou un autre
en ce qui me concerne ça a été à la fin de la première semaine
et il faut que j'aille voir le médecin
parce que à cause des pictures de moustiques
je commence à avoir des infections cutanées
sur les jambes et un petit peu sur les poignets
en quelques jours j'ai plusieurs centaines de pictures de moustiques
et même si j'essaye de ne pas me gratter
des fois je me gratte, je pense que je dois me gratter pendant la nuit
je dors peu, donc mon corps commence à vraiment aller puiser dans les réserves
je suis pas le seul à avoir ce problème médical, on est plusieurs
notre cuisine est très mauvais, on mange froid très souvent
on a véritablement ce problème de maintien de la forme physique
pour continuer à la fois à être efficace et garder la tête haute
et il y a un moment où j'y arrive plus
où je continue à travailler mais dans ma tête je le fais par automatisme
et pas par conviction
et petit à petit il y a des amis, des collègues
qui me sortent de cette micro-dépression sur deux jours
à l'un fois en me faisant rigoler, en m'achetant à manger
je me souviens qu'on m'a filé pas mal de chocolat à ce moment-là
parce que c'était pas quelque chose auquel on avait accès facilement
je crois que c'est le chef de mission, la chef de mission
qui à un moment a passé commande à quelqu'un qui partait à la ville
qui est revenu avec un carton de confiserie
le sonat a été quelque chose de super important pour moi
parce que c'était un moment où on prenait soin de notre corps
c'était un moment où les démangaisons sont moins importantes
c'est un moment aussi où on avait accès à un certain de tradition du nord de la Russie
on allait au sonat avec des Russes qui nous fouettait avec des branches de calyptus séchées
on apportait de la bière fraîche dans le sonat
et la plupart des gens qui venaient au sonat étaient soit Russes, soit Falandais
et donc ils faisaient 95° là-dedans, moi je ne tenais pas
je prenais cinq douches froides en une demi-heure
mais je voulais absolument rester le plus possible dans ce sonat-là
parce qu'il n'y a pas grand chose à faire donc on se raconte des histoires
et je pense que ces histoires que j'ai pu entendre au petit déj pendant les sonats
dans ces moments de flottement
de la part de vétérans de l'organisation
sont les éléments qui m'ont permis de retrouver
suffisamment de morale pour pouvoir continuer
si ce n'est sereinement de façon efficace
de ne pas être systématiquement dans une démarche cynique
vis-à-vis de ce qu'on était en train de faire
parce que je pense que pour ce type d'opération c'est très facile de tomber dans le cynisme
il y a 1,5 million de tonnes de pétrole qui fuient depuis des pipelines chaque année
en Russie on est là pour nettoyer une fuite qui ne fait même pas mille tonnes
on sait qu'on n'est pas dans une démarche d'impact écologique
il faut retrouver des objectifs
il faut se refixer un cadre qui permet de travailler vers des objectifs
qui sont atteignables
au milieu de l'expédition il nous donne un jour off
et on part en bateau voir la rencontre de deux rivières
dont la Petschera qui est la troisième plus grande rivière d'Europe
le paysage est hallucinant, il y a de l'eau partout autour de nous
on est sur des collines relativement élevées
et on a une vue sur l'ensemble de la région
je pense qu'on voit à 50 km à la ronde
et on est très proche d'un petit village
où il reste encore quelques vaches
où l'église est construite en bois
où il y a quelques signes de cette Russie orthodoxe traditionnelle
pauvre, fermière
mais qui nous sort de cette désolation industrielle
pour une journée
c'est une journée où on va rire
c'est une journée où les locaux nous font boire une vodka dégueulasse
qui est complètement laiteuse
et dont je ne bois pas beaucoup d'ailleurs
parce que j'ai un peu peur du procédé de distillation
on joue de la musique
je me souviens qu'il y a des gens qui se servent d'une tente
comme un cerf volant
on trouve des échappatoires psychologiques
là où on peut
et c'est un moment qui nous resserre
c'est un moment qui nous rassemble
en nous offrant cette hauteur géographique
nous donne un peu de hauteur conceptuel
la plupart des contacts que j'ai avec les locaux
se font au sein du ghetto dans lequel on vit
pendant trois semaines et demi
et ça se passe tout d'abord avec les gamins
qui voient une équipe d'estrangers débarqués
et qui décident de venir nous faire chier
de monter sur les murs qui délimitent notre camp
qui rentrent un peu à l'intérieur
qui vont traîner autour du linge
regarder les sous vêtements des filles
une démarche de gamins de 8 ans
un peu de petit con
mais qui dénotent un intérêt pour nous
et là, l'équipe Russophone trouve la parade tout de suite
pour éviter d'avoir des galères avec les gamins
on va jouer au foot avec eux
il y a des matchs de foot qui se montrent le soir
à la lumière des frontales
parce qu'il n'y a pas vraiment d'éclairage public
sur un terrain de sable de poussière derrière le camp
on se prend un peu la misère
ils jouent bien au foot les gamins
et c'est à travers cette rencontre avec les enfants
que les parents qui pouvaient avoir de regarder des négatives sur nous
reviennent vers une position neutre
que les Russophones de l'équipe peuvent faire ce travail
de sensibilisation à notre présence
le dernier jour de la mission
le matin, quand je me lève
je vais compter le nombre de fuites
qu'on a répertoriées sur la région
et j'en compte 220
et je me dis que faire une carte de 220 fuites
répertoriées, documentées, photographiées
c'est un succès
c'est à dire qu'on va pouvoir déposer une plainte
pour chacune de ces fuites
et soit obliger les compagnies pétrolières
à les nettoyer
soit obliger les pouvoirs publics
à s'emparer du dossier
notre message clé est passé de
on est là pour nettoyer une fuite
et témoigner de la quantité de fuite dans la région
on est là pour témoigner de la quantité de fuite dans la région
et de la difficulté à les nettoyer
et je suis fier
je suis vraiment fier à la fois
de l'aspect aventurier, d'une expédition comme ça
partir avec une ONG militante
sur un territoire compliqué
pour des raisons politiques
tout de suite une petite saveur
mais aussi j'ai une forme d'appréciation
pour les expériences que j'ai pu partager
avec les autres gens de cette expédition
il y avait vraiment de tout
une spécialiste des forages pétroliers au Groenland
qui chasse la baleine de façon traditionnelle
dans une démarche durable
un vieux de la vieille qui a 30 ans d'expérience
sur les bateaux Greenpeace et qui nous raconte
toutes les histoires possibles qui a pu se passer entre temps
et le fait d'avoir pu partager
toutes ces histoires et toutes ces expériences
avec des activistes chevronnés
me fait tout de suite comprendre que je vais grandir
dans cette démarche-là
et que je passe d'une démarche
où je suis un bénévole
qui travaille de façon locale dans des capitales européennes
à quelqu'un qui a la capacité de travailler
sur des expéditions en dehors de l'Occident
et des projets à long terme
avec des problématiques politiques beaucoup plus compliquées
ça a été ma première véritable expérience de défi
vis-à-vis de ça
et aujourd'hui je travaille dans ce milieu-là
je fais ce métier-là quasiment au quotidien
j'ai compris à quel point ça allait m'impacter dans le futur
j'ai 40 heures de train pour revenir à la réalité
c'est aussi évidemment le dernier moment de partage fort
avec une équipe d'une cinquantaine ou soixantaine de personnes
avec qui j'ai tissé des liens
que je garde encore aujourd'hui quatre ans plus tard
on a de nouveaux accès à la vraie nourriture



de la bonne nourriture
la nourriture de chemin russe est incroyable
j'adore les nourritures séchées
j'ai acheté pour mon trajet de retour
un saut de 4 litres de grosail
alors évidemment je vais pas tout manger
on sait partager le truc
mais à la fin tu as les doigts remplis de purée de grosail
et tu te bafres un peu comme ça
c'est un plaisir enfantin quasiment
ça c'était génial
j'ai adoré
je garde un souvenir véritablement tendre
de ces trajets en train
à la fois à l'aller et le retour
parce que c'est des moments de transition
c'est des moments de rencontre
c'est des moments d'apaisement
il se passe plein de choses
presque plus que quand on est véritablement dans l'action
il y a quelque chose qu'il faut surtout pas enlever
au questionnement environnemental
c'est que évidemment chacun à son échelle
c'est une très bonne démarche
maintenant on sait que les problématiques environnementales
sont des enjeux de civilisation aujourd'hui
et que ces enjeux de civilisation
ne se régle pas en recyclage d'emballage
de cartons et de changements d'impoules
il y a une pression à faire
sur les mécanismes industriels de notre civilisation
il y a une pression à faire
sur le politique, l'économique
de façon à faire évoluer plus rapidement
on ne peut plus aujourd'hui faire des études
sur dix ans
on a déjà les résultats
aujourd'hui il faut implémenter les changements
c'est pas ce qu'on a fait en Russie
parce que la Russie est un état très particulier
sur les questions de société civile
mais en France, en Europe, en Occident
on a la possibilité d'aller vite
c'est pour ça que dans le cadre de mon engagement
je participe aussi à un grand nombre d'actions
directes non violentes
qui ont pour but d'impacter
l'environnement médiatique
et les opérations de compagnie
que je considère comme étant nocifs pour l'environnement
c'est mon engagement personnel
je ne juge personne qui n'aurait pas ce type d'engagement
mais je pense qu'aujourd'hui
il est important de comprendre
que tout ce qu'on a appelé des activistes
des lanceurs d'alerte
sont en fait les seules structures
qui ont la capacité de créer ce rebond
de société dont tout le monde parle
c'est pas un hasard si Nicolas Hulot a démissionné
c'est parce qu'il a compris qu'en faisant partie du gouvernement
il n'avait pas la possibilité de faire pression
de la manière la plus efficace
et donc aujourd'hui il veut se retourner vers la société civile
c'est ce que j'ai décidé de faire
c'est ce que beaucoup de gens ont décidé de faire
aujourd'hui il faut qu'encore plus de gens décident de le faire
on sait quels sont les problèmes
aujourd'hui on sait aussi quels sont les solutions
il faut juste qu'on les implante et qu'on fasse pression pour que ça marche
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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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