#09 — Le murmure de la banquise, avec Anne-Claire Bihan-Poudec

Durée: 28m4s

Date de sortie: 31/10/2018

Février 2016, Anne-Claire Bihan-Poudec rejoint le voilier ATKA emprisonné dans les glaces au large du Groenland.

La vie quotidienne de l'hivernage avec le capitaine et le second du bateau est rythmée par les aller-retours au village voisin, les réparations à bord et quelques balades au milieu des icebergs, pour le plaisir.

Mais quand soudain le blizzard se lève, le visage terrifiant et mystérieux du monde polaire se révèle à l'équipage...

Les Baladeurs est une émission Les Others. Cet épisode est signé Camille Juzeau, avec une composition musicale de Alice-Anne Brassac et un mixage de Laurie Galligani.

Retrouvez-nous sur www.lesothers.com pour plus d'aventures, sur le web où entre les pages de notre revue papier.

Une histoire à raconter, une question, une idée ? Contactez-nous sur podcast@lesothers.com !

Retrouvez plus d'infos sur l'expédition de Anne-Claire Bihan-Poudec sur le voilier ATKA : https://atka.fr/atka-1/

Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Back Market, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts, c'est parti !
C'est le grand jour.
Ton départ est imminent.
T'abourrez ta valise de doudoune et de sous-couche,
de chaussettes techniques et de bonnet de toutes les couleurs pour supporter le froid polaire.
T'es prête ?
Tu t'envoles pour le gros endemande rejoins de Batoatka, en plein hivernage, cet hiver 2016.
Toi, l'océanographe polaire, t'es déjà allé au Spitzberg pour étudier les glaces.
Mais là, c'est 4 mois sur un bateau, en communauté avec la petite équipe déjà à bord,
Paul et Baptiste, que tu ne connais pas encore.
C'est pour l'aventure humaine que tu vas, pour vivre au plus près,
tu peux t'y village au Radsout, rencontrer les visages, partager un thé et des sourires.
Dis, penseras-tu à moi ?
On verra-tu des nouvelles ?
Racontemois le blanc, racontemois les nuits, racontemois les balades,
le merveilleux mais aussi les frayants.
Février 2016, Croenland, Ancler-Pilland-Poudec.
C'est moi, en direct de la banquise, dans une petite place qui s'appelle Oradsout.
Là, en fait, c'est la nuit, je marche dans la glace.
En tout mois, il y a environ un bon 60 mètres de profondeur,
et je marche sur une couverture de glace d'environ 30 cm à 40 cm max.
Je me balade, il y a environ 22 heures.
Au-dessus de moi, il y a une multitude d'étoiles.
Je vois juste au-dessus de moi des aurores dansées.
C'est juste magnifique.
Je suis arrivée au Croenland en pleine période d'hiver,
décembre ou janvier, je ne sais plus trop,
à côté d'un assez grosse ville qui s'appelle Iulidissat.
Et là, j'ai rejoint un bateau qui s'appelle Atka,
qui est pris dans les glaces depuis quelques mois,
où il y avait deux passagers à bord, Baptiste et Paul.
Et donc là, le premier mois, plein hiver,
donc il fait nuit tout le temps, et on apprend à se connaître.
Et ça va très, très vite quand c'est dans un huiclot comme ça, dans les glaces.
Sur le bateau, je m'entends trop bien avec Baptiste, le capitaine, Paul II.
Ça va beaucoup plus vite parce que tu viens en colocation.
Mais il sera un bateau pris dans les glaces,
donc en gros, tu te lèves le matin, tu te dis bon,
ok, qu'est-ce que je dois faire ?
Bon, tu veux pas aller voir l'Isber et là,
j'ai besoin que tu pioches environ 3 gros bacs,
car on a besoin de boire de l'eau.
Du coup, je me mets à boire de l'eau qui date des millénaires, tu vois.
Et puis juste à côté, il y a un tout petit village
avec 24 à 8 ans pendant l'hiver.
Et on met environ 40 minutes de marche sur la banquise,
du coup, pour rejoindre le village.
On faisait pas mal de choses pendant les nuits,
c'est vraiment des nuits.
Bon, j'arrive au bateau, tout de départ.
C'était beaucoup de nuit,
et dans la cabine, il faisait vraiment froid.
Dans ma cabine, à moi,
la nuit, il faisait un truc style 0 degrés.
Donc, bon cas d'expérience, de se réveiller,
tu as du bruit, c'est du bruit de glace.
Tu entends les petits cristaux, tu vois, de glace,
qui sont autour de toi, qui crépitent.
Ça me fait délirer.
Apparemment, la glace cette année va être assez courte.
Du coup, ce qui, d'ailleurs, réjouit des chasseurs pêcheurs,
parce que je peux t'assurer qu'on va être allés plusieurs fois en mer,
quand t'as des icebergs autour de toi, t'es pas assurée.
Mais ça en jette que niveau des yeux.
Et autour du mois de février,
on a dit qu'il commence à avoir déjà des lumières,
et tu commences à vraiment aimer, en fait, à te balader.
A te balader,
à profiter un petit peu d'une seconde liberté,
un peu parce qu'avant, t'es vraiment pris
dans le cercle, dans les glaces, mais surtout dans la nuit,
qui t'empêche vraiment de pouvoir aller assez loin,
ou en tout cas de se balader réellement,
parce que c'est un milieu qui est quand même assez hostile,
il fait froid,
t'es pas forcément à l'est partout,
t'apprends à connaître le lieu.
Ici, dans le village,
tout est lié par rapport à la pêche.
Ils appellent ça également, la chasse,
en fait, clairement, parce que du coup,
t'as la pêche au poisson,
c'est la Gabyo, la Morue,
ou alors le Fletan,
mais la Normace, c'est putain,
gros poisson, ces trucs.
Et autrement, c'est la chasse,
c'est quoi, c'est la chasse...
la chasse au foc,
franchement, pas assez évidente,
ou alors la chasse au Beluga,
ou au Naraal, quoi.
Bah alors là,
donc j'ai vécu la chasse au foc,
je peux t'assurer que j'ai dû avoir eu le coeur
accroché, quoi.
Tu choppes ton foc,
tu le mets sur le bateau,
tu reviens sur la banquise,
tu les ventres à même la banquise,
tu fais des sacs plastiques avec...
Et avec Paul ou Baptiste,
on s'est souvent des petites ballades à deux,
ou tout seul.
Et là, il y a une fois
où je pars avec Baptiste,
donc on quitte le bateau,
on s'habille bien, évidemment,
il s'est bien froid.
Bon, on met des grosses doudounes,
on a des sous-couches techniques aussi,
évidemment, ça comporte tous les jours les mêmes
pendant des mois et des mois.
On met, ouais, une bonne par cas,
bonnet, évidemment,
on avait des gants en pot de foc.
J'avais déjà des pots de foc, je pense.
Prentalon, puis surtout grosse boute,
parce qu'en fait,
tu as une bonne banquise assez épaisse.
Et là, les pieds, c'est vrai
que c'est bien d'avoir quelque chose d'assez solide.
Je pense qu'on a dû prendre un masque aussi,
puis on a dû prendre un sac,
au cas où...
Je crois que là,
on a dû prendre ça,
une sorte d'un sac avec peut-être
quelques trucs à manger, au cas où,
mais on n'était pas trop au cas où,
on se disait, ben, on va juste se balader.
Et on avait un outil qu'on prenait tout le temps,
on appelle ça un touc.
C'est un bâton, comme un balai,
mais au bout, c'est pas des poils,
mais c'est un outil
qui permet de voir si en fait,
la glace, elle est...
si tu traverses la glace ou pas,
en fait, si tu montes dessus.
Donc tu tapes sur la glace,
et si le touc,
donc il y a un bout assez bisoté,
transperce la glace,
c'est qu'il ne faut pas que tu marches.
Ça, c'est super important
quand on se déplace sur la banquise,
donc on part avec à chaque fois.
Et là, on se dit
qu'on va se faire une bonne balade,
et qu'on rentrera après,
peut-être dans, je sais pas,
moins quatre heures, un truc comme ça.
Alors voilà, je sais pas si t'entends ce calme.
Le seul bruit que j'entends, là,
moi, c'est les chiens du village.
Il y a carrément plein de chiens ici.
Ah, ça, c'est un bruit de VHF
qui m'a dit que
j'ai beaucoup de patrie.
La VHF est mon...
ma sécurité, en fait.
Je communique avec le bateau.
VHF, tu vois, quand je vais arriver au village,
je vais lâcher un call.
Et je vais dire,
bon bah, tout est OK,
je me suis pas...
je me suis pas cassée la gueule,
il n'y a pas eu trop dans la banquise.
Et bon, Dieu, ouais,
je suis bien vivante.
C'est bon, quoi.
C'est vraiment bon.
C'est...
C'est un peu plus somère,
tu vois, tu as des questions
un petit peu plus naturelles
comme, ah tiens, aujourd'hui,
il faut vraiment que j'aille
chercher de la bouffe,
les stocks et tout le ravitaillement,
de la grande ville et pas encore arriver.
Bon, bah...
un petit poisson.
C'est...
c'est pas pareil, quoi.
Et à la fois,
c'est dense,
c'est...
le temps est différent, en fait.
Ça me fait délirer.
Je reprends mon marche, parce que...
parce qu'il fait pas tout chaud,
tout vlamin.
Qu'est-ce qu'elles sont belles,
ces étoiles, les césores?
Oh, la vache.
On part du bateau, donc on dit
bah, y'a Paul.
Ça fait pas mal de fois quand même qu'on se malade,
donc on est pas trop inquiet.
On connaît le coin et on se dit juste qu'on va...
on va aller voir un lac gelé,
qui est peut-être une bonne...
une heure et demi de marche, un truc comme ça.
Et c'est un lac très noir,
parce que bien gelé, il essaie de l'eau douce,
alors du coup, c'est...
on voit quelque chose de noir,
avec plein de cracures.
On est très heureux d'y aller.
Et on dit à Paul, qu'il lui garde le bateau,
écoute, on rient dans...
4 heures.
Donc c'est bon, on est partis.
Puis là, on papote tout le long.
J'avais pas voulu t'es.
On papote en regardant le paysage,
évidemment, ce que t'es de manière,
on circle le paysage, on va dire.
Et on arrive au lac,
on est super content,
on glisse sur le lac.
Des vrais enfants, des vrais gamins,
on fait des glissades,
on fait de la luge.
Là, on m'en donnait, on se dit
bon, il faudrait pas non plus qu'on s'asse mal,
donc on s'arrête, parce qu'on sait que
généralement, on arrête de jouer quand on a mal,
mais là, on n'a pas le droit d'avoir mal
On se dit bon, on va peut-être rentrer,
donc on rentre, on continue à papoter.
Je me rappelle que les discussions
étaient assez...
assez philo, en fait.
Enfin, philo, dans le sens où
on se posait pas mal de questions
sur pourquoi est-ce qu'on était si bien là,
pourquoi est-ce que ça faisait au tour
bien d'être coupé du monde,
donc on partageait des ressentis.
Vu qu'on est en plein hiver,
il n'y a pas beaucoup d'heures de jour.
Donc il faut pas qu'on traîne quand même.
Donc là, on se dit bon,
c'est bon, là, on voit en ligne de mire
en fait, la baie,
parce qu'on était quand même assez loin,
parce qu'on était derrière des montagnes,
donc on avait donné un nom à toutes les montagnes,
qui n'étaient pas des noms de carte,
mais qui nous aient l'imaginaire
qu'on avait créé autour du lieu.
Là, du coup, on dirait,
« Ah, on passe cette montagne-là,
la montagne a sa glisse,
puis à Sakai, et ensuite,
on arrivera au bateau.
» Et il fallait effectivement
traverser une bonne partie de banquise.
Donc quand tu la vois,
la banquise, c'est très simple,
parce que tu vois où est l'eau, libre,
et là où tu ne peux pas que tu marches,
là où t'as également des endroits
où c'est assez foncé,
donc ce sont des banquises
qui sont peut-être pas épaisse.
Donc tu aperçois,
il y a une petite transparence
avec le fond de la mer
qui en hiver est très, très noir.
On papote, on papote,
et puis d'un coup,
mais vraiment très subitement,
on ne voyait plus rien,
vraiment le truc qu'on sait
qui arrive super souvent,
qui est déjà arrivé,
mais quand tu es préparée,
il n'y a pas de problème,
mais ce qu'on appelle le white-out,
ou le vrai blizzard, en fait, polaire,
en plus, c'est très blanc,
tu marches sur du blanc,
sur de la banquise,
et tu ne vois plus rien,
mais vraiment plus rien.
Avec du vent qui arrive,
donc il ne fait pas chaud non plus,
très rapidement,
on ne savait plus
où était la direction du bateau.
Mais vraiment,
on commençait à marcher,
à continuer,
mais au début, on dit
c'est bon, on venait de voir,
il y a quoi, il y a 100 m,
mais au bout d'un quart d'heure,
20 minutes, tout avance tout droit,
tu espères de ne pas aller vers l'eau libre,
parce que si tu vas vers l'eau libre,
là, ça va commencer à être dangereux,
puis après, est-ce que
l'eau libre qui est de ce côté-là de la baie
ou de l'autre côté,
il commence à faire nuit,
et puis concrètement,
en fait, non, on n'a rien dans le sac
qui est vraiment fait
pour passer une nuit sur la banquise.
Donc, on n'est pas stressé,
mais on commence à regarder des choses,
par exemple,
on regarde des choses
qui sont des ordres de l'instinct
un petit peu pour te repérer.
Ce n'était jamais arrivé avant,
parce qu'on avait toujours
des trucs un peu
niveau logistique, GPS,
ou autre, mais on n'avait rien,
mais du coup, quand il n'y a rien,
on regardait la banquise
et on regardait la forme
de la banquise
avec enviens-battiens, enlevants.
Il a soufflé comme ça ces derniers jours,
donc là, on sait que c'était un vent,
admettons, de Nord-Est ou autre.
Donc là, les figures qu'on voit
sur la glace,
ça doit montrer que là,
le Nord-Est, il est par là.
Donc, on s'en orientait un peu comme ça.
On cherchait un peu des traces
dans la neige,
mais dans la banquise,
ça ne servait à rien.
Et on essayait toujours de se rassurer,
ouais, c'est bon, c'est par là.
Ouais, ouais, je pense,
mais on va tous les deux.
Donc, on avance à le taux,
qu'on essayait d'écouter, du coup,
d'un coup, très fortement,
le bruit de la glace pour s'assurer
que c'était bien,
mais on avance tellement lentement, quoi.
Ça faisait déjà maintenant 5 heures,
peut-être qu'on était partis,
un truc comme ça,
ça commença à faire, quoi.
Et on savait qu'en plus,
Polo devait s'inquiéter,
donc vraiment,
le truc n'est pas très agréable, quoi.
Et je me rappelle que là,
on a commencé à dire,
putain, ce serait bête,
en fait, qu'on se perde vraiment là.
En plus, on ne savait pas la météo,
on n'avait pas regardé,
donc on ne savait pas
si ça allait durer plusieurs jours.
On commençait quand même à se dire,
bah, en tout cas,
sache que si ça devait s'arrêter là,
c'est quand même cool
que ça s'arrête là avec toi.
Mais c'était pas alarmiste,
c'était juste,
voilà, on n'est pas dans
une superposition,
ça va sûrement se calmer,
mais en attendant,
on marche un peu,
mais là, je voulais quand même te dire
que c'est fou d'y ressortir tous les deux,
quoi.
Donc je me rappelle,
c'était assez fort.
Quand même, ouais, bon là,
ça fait déjà une demi-heure,
ça fait une heure,
ça fait une heure et demi.
Il faudrait vraiment qu'on trouve, quoi.
On savait qu'il devait commencer
à faire nuit,
c'était en fait,
surtout très sombre,
parce qu'on voyait de moins en moins,
mais il y avait quand même
cette lumière très blanche aussi,
donc c'était, en fait,
on savait même pas,
je crois qu'on n'avait même pas de montre
à ce moment-là,
donc on avait une difficulté,
quand même, à évaluer
ce qui se passait.
Et tu as vraiment l'impression
d'être dans une sorte de...
un peu un rêve
ou un couche-marché,
pas trop,
ou autour de toi, en fait,
t'as rien,
t'as vraiment rien,
et tu sais que t'as juste de l'eau
en dessous,
t'as quand même 60 mètres de fond
en truc comme ça,
donc tu te dis bon,
et tu t'espères
peut-être rencontrer quelqu'un
d'arriver aux villages,
d'entendre un chien,
t'écoute tout,
mais t'as du vent,
donc t'es coupé du monde,
alors que t'es en plein dedans.
On a un petit peu tendu,
on continue à marcher,
et là, à un moment donné,
on s'arrête,
mais vraiment tous les deux,
en même temps, quoi.
On s'arrête,
Baptiste qui me dit,
t'as vu,
et là je lui dis,
ouais, j'ai vu un truc,
mais c'est quoi, c'est...
mais un peu panique,
et là je dis,
mais c'est un ours,
c'est quoi,
ça va avoir super vite,
et là on voit en même temps
quelque chose qui avance
assez vite,
mais qui a hauteur,
un peu plus haut que nous,
assez loin,
mais une grosse ombre,
alors qu'on était
dans un truc avec du vent,
vraiment,
de la neige qui commença à tomber,
on voit,
il n'est pas grand chose,
et on restait très proches
pour pas se perdre.
Et là, ils me disent,
non, mais...
on dirait une sorte de
voiture qui avance vite
dans le ciel,
et moi je suis en train
d'avoir un énorme caillou volant,
et ça avance vraiment,
quoi,
et donc nous,
on va vers ça,
on avance vers ça,
en fait,
parce qu'on se dit,
mais il y a un truc qui bouge,
ou c'est...
moi je me rappelle très bien
avoir l'impression
que c'était moi qui bougeait,
c'est moi qui l'évité,
mon cerveau devait se dire,
bah c'est de la demande qui l'évite,
parce qu'il n'y a pas un truc
d'aussi gros comme ça
qui doit bouger devant moi,
et à aucune raison,
ou alors on est dans un autre mot,
mais on est plus à Oratsout,
on est plus au Bruneland,
et Baptiste,
il me dit,
mais c'est dingue,
qu'est-ce que c'est et tout,
et donc on est quand même inqui,
mais on avance vers ça,
et là,
à un moment donné,
ça se dévoile,
on voit une côte,
enfin moi,
ce que je me rappelle très bien,
c'est tout qui s'arrête,
et là on va vers ça,
et là,
ça se dévoile comme un énorme
on est dans la baie,
où il y avait
le petit fjord,
où il y avait Atka,
on était au bon endroit,
on pouvait bien voir
après qu'on avait décalé
vers ce truc qu'on avait vu,
parce que si on avait continué tout droit,
on allait vers un endroit
qui était dans l'eau.
Et on arrivait à la nuit,
tombée,
on voyait Atka,
du coup,
mais il y avait encore bien de la marche,
et sur la banquise,
tout est long.
Je me rappelle,
on n'a rien dit,
enfin si Baptiste m'a dit,
non mais t'es d'accord avec moi,
t'as vu quelque chose,
et moi je lui ai dit,
ouais ouais,
ouais ouais,
j'ai vu quelque chose,
mais j'avais du mal à le dire,
parce que,
quand je suis allée faire une science,
j'ai un esprit assez,
il était hors de question
pour moi de dire,
oui Baptiste,
j'ai vu un esprit,
la Saint-Jean de Baptiste,
lui, il était déjà persuadé
que les esprits,
surtout au Grodeland existait,
mais moi,
c'était pas,
c'était pas dans mon esprit
que je pouvais pas l'admettre,
et pour autant,
en arrivant au bateau,
donc on commence un peu
à marcher,
donc là,
on parle pas trop,
on arrive, on voit Paul,
Paul qui était genre,
alors vous étiez où et tout,
et là Baptiste qui dit,
ah non mais,
il nous arrivait un truc de fou,
là, sur la fin,

ah non mais,
ne qu'elle te racontera,
et moi,
je n'étais pas capable
de raconter ça tout de suite.
C'est resté quelque chose
de très,
en fait,
peut-être pendant un jour
ou deux,
je voulais pas en parler,
après je l'ai dit à Paul,
et ensuite,
je l'en ai rediscuté après,
avec Baptiste,
qui lui, il savait pertinemment
que je voulais pas revenir,
en fait,
ce que j'avais vu,
mais je pouvais pas
donner des mots là-dessus, quoi.
...
Bon alors, attends,
là, je suis en train de marcher
sur la...
sur la banquise
qui arrive proche du village,
Tu t'as entendu le groupe électrogène mondial ?
Ah, mondial !
On l'appelle le mondial parce que c'est le gros électrogène du village.
Il envoie du lourd.
C'est celui qui nourrit toute son électricité.
Je me casse la gueule.
Ah, ça glisse !
Bon, je commence à arriver pas mal à un endroit où je dois me retrouver.
Je vais te laisser.
Après, plus tard, on est allés au village, toujours pendant l'hiver.
Et avec Baptiste, on a discuté de ça avec un des villageois, qui s'appelle Stine.
Et également une des personnes qui est française là-bas,
qui nous a permis également de bien comprendre l'histoire,
qui s'appelle Julien, qui nous a dit, en fait, Stine, lui et les mocheurs.
Et il y a des endroits où il ne passe plus avec ses chiens,
dû à des esprits dans telles montagnes, qui sont juste à côté du village.
Parce que tous ses chiens sont devenus fous à cause d'un esprit-là.
Il a dû, d'ailleurs, tu le tuer.
Et il a peur, parce qu'il s'est devenu fou, les chiens.
Et lui aussi, il a eu une impression de folie à un moment donné.
Et là, il a dit que, oui, pour lui, les esprits étaient encore très présents.
C'est quelque chose qui même s'y indique pas beaucoup au voilement d'aujourd'hui.
Là, ça avait rassuré.
Je me t'ai dit, oui, ok, il n'y a pas que moi qui suis peut-être un peu d'ingot.
Et Baptiste, il est d'ingot.
Après, je l'ai assumé davantage.
Et je suis retournée plusieurs fois à cet endroit-là avec ce caillou,
pour moi, mais qui a peut-être été à un moment donné, je ne sais pas moi...
Enfin, en tout cas, il y avait quelque chose qui nous a permis de retrouver le chemin.
Et ça, je ne sais pas ce que c'est.
Mais ça m'a beaucoup touché, parce que je me suis dit,
comme si nous avions pas tendu la main, quoi.
Tu passes beaucoup de temps là-bas, en pleine nature,
t'acceptes les lois là-bas,
tu fais attention et on a peut-être dérapé.
J'ai l'impression que peut-être que la nature a été,
je ne sais pas pourquoi, un peu clément.
Ouais, ça m'a fait vraiment très bizarre.
Et puis surtout, je me suis dit, je suis vraiment toute petite dans ce milieu-là.
Et il y a peut-être des gens qui veillent un peu sur nous.
...
J'ai été très curieuse, en fait, à un moment donné,
des histoires d'esprit, notamment, plutôt après.
Mais j'en connaissais déjà pas mal
sur des histoires qui étaient comptées, toujours très dures.
J'en connaissais une avec des histoires en fait
sur des bœufs musquets, des chasseurs.
Les bœufs musquets, en fait, pouvaient discuter avec les chasseurs,
comme tous les animaux pouvaient discuter avec les chasseurs avant.
Mais parce que les humains ont trop tiré.
Sur cette vie animale qui s'offrait aussi parfois à l'homme,
la communication était arrêtée par le monde animal
pour dire, non, vous êtes allés trop loin.
Donc maintenant, vous pourrez plus communiquer avec nous.
Vous allez devoir trouver d'autres techniques pour nous trouver.
De la même manière, il y a une histoire d'un esprit au coin de l'anglic assez présent.
Il s'appelle le rivite-tock.
C'est un esprit de la montagne.
C'est pas l'yétis, mais c'est plutôt un homme du village
qui est parti dans la montagne,
qui avait pas mal fait de choses de pas forcément bien dans sa vie
et qui s'est perdu dans la montagne et est mort dans la montagne,
en demandant un lien avec les grands esprits.
Et je crois qu'il a été bloqué entre les deux ou un truc comme ça.
Et ce qui fait qu'aujourd'hui, il hante.
En fait, c'est un esprit malveillant.
A priori, on l'entendrait avec le vent.
Il fait un bruit un peu aigu comme si on entendait une flûte.
Du coup, après, on a une histoire de peut-être esprit
que je sais pas trop, dès que j'entendais le vent
et que ça s'efflautait, je me disais, ah, il y a peut-être le rivite-tock.
Mais les Groin-Nendais discutent pas trop des comptes.
En tout cas, je n'ai pas assez peut-être poussé avec eux
parce que c'est pas forcément évident de tout comprendre.
Ceci étant dit, on sent bien qu'il y a des choses qui se passent
et les gens croient encore à des forces qui pourraient être alliées à la nature.
Il y a peut-être une chance dans ces milieux-là
que la nature est très présente, comme elle doit être sur mon aide partout,
dans le monde, sauf qu'en tant qu'humain, on n'est pas les plus à l'aise
dans ces milieux-là.
Moi, parfois, je me dis que c'est un peu comme si on était en plein océan.
Ce n'est pas notre milieu. On n'est pas des ours avec plein de poils.
Il y a des choses qui nous manquent
et qui font que quand on est en manque de ça,
ça peut très vite prendre ta vie, le froid.
Le froid, ça te fatigue énormément.
Tu ne peux pas trouver de la nourriture.
Tu ne peux pas trouver un arbre.
Tu ne peux pas te dire, je vais trouver un arbre
avec de quoi manger quelque chose ou de faire un feu.
Ça, tu ne peux pas. Tu n'as pas de quoi faire un feu.
Manger ou très chauffer, tu ne peux pas faire.
Même si on t'a appris comment faire un feu avec du gaz et que tu en as,
il faut que tu trouves une autre technique,
parce que le feu ne va pas prendre.
Ça, c'est quelque chose d'assez contraignant.
L'hiver, à moins qu'il y ait une grande lune,
parce que dès qu'il y a une lune, tu vois bien,
autrement, tu n'as pas les yeux.
Tu n'as pas les yeux naraunards.
Il te manque quand même pas mal d'atouts.
Tu es en cercle de montagne.
Il y a beaucoup de choses qui font que la nature,
tu ne peux pas l'effacer.
Elle est plus présente que toi.
Les garçons dans mon crain.
Je sors du bateau et il l'a.
Je suis sur la banquille.
Je ne vois rien.
C'est pas de la glace,
des montagnes, des couleurs de fou.
Quand je te dis de fou,
c'est parce que je peine, en fait, à des couleurs.
Je mets ton nard.
Tu vois,
ce petit matin,
c'est assez rose.
Ça se reflète très bien,
cette glace qui, en fait,
est blanche bleue.
Les montagnes sont noires,
par soin de blanc.
La glace, il est présente.
J'arrête de marcher pour que tu comprennes
peut-être un peu...
l'art.
Vu que c'est le weekend.
Il n'y a même pas un villageois
qui est dehors,
que je pourrais apercevoir.
Je suis vraiment...
toute seule,
parce que dans ma tête, les garçons dorment.
Je pourrais faire ce que je veux.
Je ne sais pas.
Je pourrais faire un peu de haut la roupe.
Je pourrais me faire un petit sprint.
Je pourrais...
Je pourrais manonger par terre.
Je pourrais partir et revenir.
D'heures ce que je veux.
Personne ne m'attend.
Juste le livre.
J'entends juste les bruits de la glace.
Ce n'est pas souvent.
C'est pas souvent.
Mais la glace,

un peu...
un peu plus.

Mais c'est pas souvent.
Si tu ne veux pas,



J'ai des bruits de la glace.
J'ai des bruits de la glace.
Je veux vous dire que

sur vos applications pour nous soutenir
ou laisser des mots que nous lirons
avec attention.
A bientôt.
...

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

LesBaladeurs

Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': None}, {'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Places & Travel', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Personal Journals', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere