
L'incroyable vie d'Alice Guy, la première réalisatrice de cinéma de l’histoire
Durée: 15m56s
Date de sortie: 12/04/2021
durée : 00:15:56 - Les Odyssées - Rares sont celles et ceux qui connaissent son nom : Alice Guy est la première femme réalisatrice de films du cinéma, scénariste, productrice et directrice de studios. Au début du XXe siècle, la magie du cinéma est née avec elle.
Certaines vies ressemblent à des tourbillons, des auragans, des tempêtes.
Telle fut l'existence de l'épatente Alice Guy.
Alice vit apparaît au tout début des années 1900.
Elle brûle d'un feu ardent.
Ce feu ardent porte un nom.
Le cinéma.
Première réalisatrice de l'histoire, première scénariste, productrice et directrice de
studio.
Alice n'a pas seulement assisté à la naissance du cinématographe.
Oh non non non.
Bien avant Hollywood.
Bien avant Charlie Chaplin et son petit chapeau pastique.
Me l'on?
Elle a fait le cinéma.
Western.
Mélodrama.
Commédie.
Elle essaie tous les genres.
Elle aime prendre des risques.
Elle n'a pas peur du danger.
Ces acteurs, hé hé, elles leur demandent de faire eux-mêmes leurs cascades.
Et lorsque le scénario l'exige, elle n'hésite pas à faire exploser de vrais bateaux.
Pour le septième art, Alice Guy s'est donnée sans compter.
Bien sûr, tout n'a pas été rouge.
Elle s'en est pris des murs et quelques bons coups de pelle en pleine poire.
Ben, tu sais quoi?
Chaque fois, elle s'est relevé.
Alice Guy est une casse-côte, une femme d'affaires, une immense artiste.
Comme une flèche, elle va vite.
Elle est en avant sur son temps et sur le monde.
Et tu prêtes?
Nous embarquons pour une folle aventure au coeur de la magie du cinéma.
Attention.
Silence sur le plateau.
Moteur demandé.
L'incroyable odyssée d'Alice Guy, scène 1.
Prise 1.
Caméra en place.
Ça tourne!
Avant de rencontrer le cinéma, Alice Guy a gentiment roulé sa bosse.
Nous sommes à Paris, en 1895, notre intrépide aventurière, à 22 ans.
Pour gagner sa vie, Alice se crêtaient.
Son patron s'appelle Léon Gommon.
Il dirige une société pleine d'avenir, le comptoir général de la photographie.
Dans l'immeuble situé au croisement de la Russie-en-Roc et de l'avenir de l'opéra,
du matin au soir, ça travaille dur.
On fabrique et on vend toutes sortes d'appareils qui produisent des images
comme les fascinantes lanternes magiques
qui permettent de projeter des silhouettes sur de grandes surfaces blanches
ou les tout premiers appareils photographiques.
Ce travail, Alice y tient comme la prunelle de ses yeux.
Avoir un métier et son propre salaire, tu te rends compte?
Mais c'est géant!
Elle n'a de compte à rendre à personne, elle peut faire ce qu'elle veut, elle est libre.
A l'aventure, la porte de son bureau fermé, Alice saute à pied joint dans le tramway.
Elle adore son époque.
Comme elle, le monde va vite.
Les trains express sillonnent la France, paru, bout comme une casserole d'eau,
les rues sont pleines de gens, de vies de fumée,
et depuis peu, elles sont éclairées à l'électricité.
Locomotive, bateau à vapeur, téléphone, automobile, moteur, photographie,
les hommes ne cessent d'inventer, d'innover.
Alice l'ignore, mais dans quelques jours, sa vie va basculer.
Le 22 mars 1895, à 11h30, et exactement,
Léon Gommon passe une tête à travers la porte de son bureau.
Alice, vous connaissez les frères Lumière?
Cette dernière est fléchie.
Voyons, voyons, elle a bien des cousins que sa mère surnomme,
les casseroles, parce qu'elle chante extrêmement faux.
Et, oh oui, oui, en primaire, elle était en classe avec les deux frères de la famille...
en poule.
Mais Lumière, oh non, ça ne lui dit rien.
Devant son air légèrement perplexe, Léon ajoute...
Mais si, Louis et Auguste, ils ont mis au point une nouvelle invention,
il paraît qu'on va avoir une sacrée surprise.
Vous voulez venir la découvrir avec moi?
Une invention?
Une surprise!
En pain, monde veut que ça l'intéresse.
Comme un cabri monté sur ressort élastique, elle bondit de sa chaise.
C'est oui!
Arrivé au numéro 4 de la rue de Rennes, Alice et Léon prennent place dans une grande salle.
Quelques chaises ont été installées.
Sur le mur face à eux, un immense drablant est suspendu.
De l'autre côté de la pièce, Louis et Auguste trafiquent une drôle de machine
qui ressemble un peu au lanterne magique.
Les lumières s'éteignent.
Tout le monde se tait.
Sur le drap, soudain...
Apparaît une image.
C'est l'entrée d'une usine.
Les portes s'ouvrent, un flot d'ouvriers en sort,
ils marchent, ils vont à droite, à gauche, et les rés.
Alice, elle est soufflée, coupée.
Ses genoux tremblent.
Les images...
C'est incroyable!
Elles bougent, elles sont vivantes!
Comme ces bourres.
Murmure la jeune fille.
C'est merveilleux.
Fascinant.
Stupéfaites, elle vient d'assister à la toute première projection des cinemas...
du monde!
On rentre chez elle le soir, elle y repense.
Et le lendemain, et le surlendemain, et les jours suivants,
et même les semaines d'après.
Elle n'est pas la seule.
Autour d'elle, tout le monde n'a qu'un seul mot à la bouche.
Cinéma, cinéma, cinéma, cinéma, cinéma...
Je suis sûr!
Oh non non non!
Cinéma!
Louis et Auguste ont tourné d'autres films,
parmi lesquels la spectaculaire entrée du train en garde l'assionnant.
Cette formidable invention, Alice se dit qu'elle pourrait en faire autre chose.
De bien mieux, évidemment.
Au lieu de filmer des trains, la rue et les sorties d'usines, en un mot,
la réalité, est-ce qu'elles sont servies pour raconter des histoires inventées,
des fictions, avec des costumes, des décors et des comédiens,
qui, comme au théâtre, joueraient des mots écrits par d'autres.
Mais oui!
Oh, ce serait tellement surprenant, et surtout extrêmement amusant à voir!
Alice sait que son patron a l'intention d'investir dans le cinématographe.
Le lendemain, à la première heure, elle va le trouver dans son bureau.
Monsieur Gaumont, j'ai une idée.
Je vais écrire des petites scènes, les faire jouer par des acteurs et les filmer.
Prêtez-moi du matériel, vous allez voir, ça va être génial!
Je dirais même plus époustouflant!
Léon pliece les yeux.
Il tapote son bureau du bout des doigts, puis il finit par répondre.
Bon, c'est une affaire de petite jeune fille, mais pourquoi pas si ça vous amuse?
À condition, bien sûr, que cela ne vous empêche pas de faire votre travail de secrétaire.
Une affaire de petite jeune fille?
Bien, Diable, que veut-il dire?
Bon, peu importe, Alice peut faire son film, et c'est la seule chose qui compte.
Elle se froide les mimines.
Et là, tu t'en doutes, un très bon scénario en tête.
Tu as déjà entendu parler de cette hypothèse,
ou pas du tout scientifique, selon laquelle les enfants naîtraient dans des choux?
Eh bien, Alice a décidé de s'en moquer un peu.
Voilà, qui promet d'être diablement intéressant!
Bon, c'est pas tout ça, maintenant il faut le fabriquer ce film.
Par où commencer?
Alice n'en a pas la moindre idée.
Mais justement, c'est ça qui est excitant.
Elle va se débrouiller, bricoler, inventer.
Les battements de son cœur s'accélèrent,
elle découvre le puissant, l'enlivre en frisson de la création.
Alice est une jeune femme pleine de ressources.
Elle demande à un voisin de peindre un grand drap qui servira de décor,
quelques amis acceptent de jouer les comédiens.
Sur une terrasse abandonnée dans le quartier de Belleville,
elle fait installer des rangées d'énormes chouants cartons,
derrière lesquels elle place de faux bébés en bois.
Elle pose son objectif pour la prise de vue.
Voilà, tout est prêt.
Elle peut transformer le monde en images, la magie peut opérer.
Le film dure une minute.
Une minute merveilleuse, durant laquelle on voit une étonnante fée,
sortiriennes après les autres, des gros bébés à l'intérieur de gros chou.
Lors de la projection, les spectateurs rie aux éclats, ils adorent, ils en redemontent.
Les hauts gomons flairent le bon filon.
Si la petite Alice tombe d'autres films à cause,
cela pourra m'aider à vendre plus d'appareils de projections.
Ce dit-il, frétillant comme en poisson.
Sans attendre, ils commandent d'autres films à la jeune réalisatrice.
Alice mène désormais une double vie.
Secrétaire la semaine, grand artiste du cinéma, le soir et le week-end.
Elle travaille, nuit et jour, sans s'arrêter.
Entre 1897 et 1907, elle tourne plus de 200 films.
Il faut voir les œuvres qu'elle réalise, audacieuses, novatrices.
La première réalisatrice de l'histoire, un mille idées à la seconde,
elle invente toutes sortes d'effets spéciaux.
Le ralenti, l'accélérer, les fondus, les surimpression, elle vota les lois, elle rêve grand.
Alice décide de se lancer dans les super productions.
En 1906, elle tourne un film de 35 minutes sur la vie de Jésus-Cré.
Elle fait appel à 300 figurants.
Et puis, madame, à une nouvelle lubie.
Le cinéma parlant.
Et oui, depuis l'invention du chronophone, les images animées du cinéma, et bien...
On peut aussi les entendre.
Les acteurs parlent et mesailleux...
C'était pousse de flanc !
Blah, blah, blah, blah, blah...
Au milieu de cet incroyable tourbillon artistique,
l'amour fait une entrée fracassante dans sa vie.
Herbert Blascher est caméraman.
Il a dix ans de moitié, les deux oseaux tombent éperdument amoureux.
Crac, boom, zoom !
En 1907, il s'épose.
Le couple part pour les États-Unis.
Yoooouuuuuh !
Pas question pour Alice d'abandonner le cinéma, bien au contraire.
En 1910, elle crée sa propre maison de production,
la Solax Company, et deux ans plus tard,
elle fait construire un grand studio
qu'elle dirige évidemment, à Fortley, près de New York.
Hollywood n'existe pas encore.
C'est le studio le plus important des États-Unis.
Alice tourne en moyenne un film par semaine.
Elle travaille désormais avec les plus grands acteurs de son temps.
La réalisatrice les dirige avec fougue et ho ho ho,
oui, une certaine poigne.
Coupez, coupez !
Peter, mais qu'est-ce que tu fais ?
Je dédis d'être naturelle, comme dans la vie.
Qu'est-ce que tu comprends ?
Tu es un acteur, non de Dieu, pas un mime !
Allez, on y retourne.
Elle exige le meilleur de même.
Ecoute-moi, Peter, je veux que tu fasses la cascade toi-même.
Je sais que tu peux le faire, je te fais confiance.
Et bien sûr, quoi qu'il arrive, elle repouche les limites.
Yes, yes, I'm going to blow up a real boat.
I don't care if it's dangerous, I don't care.
Oui, oui, je vais faire exploser un vrai bateau.
J'ai mon fiche ici dangereux, j'ai mon fiche des assurances.
Je veux que c'est réeliste, vous comprenez ?
Je vais le faire !
Tu veux que je te dise un truc ?
Elle a bien raison.
Le succès est au rendez-vous, ses films marchent du tonnerre,
Alice et la femme la mieux payées des États-Unis.
Elle fascine la presse, le public.
Hélas, le vent tourne.
D'abord, son mari se cratin la trompe.
Il la quitte pour une actrice.
Bon, bon, allez, elle s'en remet.
C'est autrement plus difficile, lorsqu'en 1921,
son grand et magnifique studio de Fortley prend feu.
En une nuit, Alice perd tout.
Alors, elle boit un dernier petit whisky
et enfin, il bagage sous le bras, elle rentre à Paris.
En France, elle a la ferme intention de tourner de nouveaux films.
Mais, mauvaise surprise.
Elle trouve porte-close, le cinéma français l'a oublié.
Plus tard, les historiens ne citent pas son nom dans leur livre.
C'est fou, tous ces hommes du passé,
qui avaient la fâcheuse tendance d'oublier les femmes.
Tu ne trouves pas ?
Alice Guy a tourné au cours de sa vie près de 1000 films.
Aventurière et sacrément cascou,
elle a participé à la naissance du cinéma.
Beaucoup de sa magie est née avec elle.
Les Odyssey est un podcast original de France Inter.
Pourquoi les producteurs américains ont-ils décidé,
à un moment donné,
de construire des studios en Californie, à Hollywood ?
D'abord, parce qu'il y avait du soleil toute l'année
et ça, à l'époque, c'était excellent pour les pellicules.
Bien sûr, je parle pas des pellicules sur le crâne.
Et puis, entre la mer, le désert et la montagne,
les réalisateurs avaient l'embarras du soie pour tourner leurs films.
Episode suivant:
Les infos glanées
Lesodyssées
France Inter invite les enfants de 7 à 12 ans à se plonger dans les aventures des grandes figures de l'histoire. Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title
[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]
Go somewhere
L'Iliade et l'Odyssée 6/6 : Ulysse, Circé et les sirènes