Le bécuit
Imaginez les forêts des Landes et leurs pains maritimes.
Imaginez des plaines de genets qui fleurissent jaune vif.
Et puis les petits chemins de sable qui vous mènent jusqu'au vaste plage landaise.
Leurs immenses d'une dorée. L'océan Atlantique, les vagues vertigineuses,
les orages en été. J'adore les orages.
Le tonnerre quand ça gronde, ça me donne des frissons.
Et les surfers et les surfes.
Oui, oui Charline, je sais, on n'a pas le temps d'aller surfer.
Charline, c'est ma partenaire dans cette expédition.
Faut pas lui dire, mais j'ai quand même pris mon maillot de bain et ma combi.
On ne sait jamais si je le tordre d'éclipse.
C'est...
Donc non, nous ne sommes pas là pour les surfers, je le regrette,
mais pour rencontrer un personnage terrifiant.
Le bécule.
Je préfère vous prévenir tout de suite.
Nous avons à faire un méchant potentiellement très très très méchant.
Puisqu'on m'a dit de sources presque sûres qu'il...
Non, non.
Pardon ? Il faut que je répète ?
D'accord.
Il m'a dit qu'il...
Mouais non, non.
Toujours pas clair ?
Mouais des enfants.
Mais tout va bien se passer, hein ?
Je m'appelle Ginette Leston et je suis spécialiste des monstres,
sorciers et autres créatures horrifiques.
Je suis chargée par Center Parks d'aller à la rencontre des méchants de la région
pour mieux les connaître et vous dévoiler leur vraie histoire.
Vous écoutez Bêtez Méchant,
un podcast qui regarde les méchants en face et qui les fait parler.
Voilà le bécule.
Il est assis sur une dune de la plage de Conti.
Oh, là, vous, je m'y attendais pas.
Il est gros.
Il est même énorme.
C'est un géant, c'est un cap,
que dit-je, c'est un oeuvre.
Ah là là, je suis sûre qu'il est très bête et très méchant.
Ah bah voilà, tout de suite les clichés.
Je suis gros, donc forcément, vous vous dites que je suis une ordure.
Je ne vous félicique pas Ginette.
C'est pas très malin de juger les gens sur leur apparence.
Et en plus, ça fait de la peine.
Vous ne pensez pas qu'on souffre,
nous les géants et les ogros,
à force d'entendre les mêmes remarques,
comme quoi on serait des bruts, des grottas,
des méchants pabots qui dévorent les enfants.
La chère fraîche d'enfants, c'est dégoutant.
Ah, si vous dites que c'est dégoutant,
c'est que vous y avez déjà goûté.
Et touc, je vous ai coincé.
Je savais que vous aviez mangé des enfants.
Et dites donc Ginette,
vous êtes d'une mauvaise foie crasse.
Vous, par exemple, vous aimez l'endouillette ?
Non.
Vous aimez les choux de Bruxelles ?
Ah non.
Et vous avez déjà goûté les choux de Bruxelles et l'endouillette ?
Non, mais ça sent mauvais.
Ah, alors vous voyez bien
qu'on peut être dégouté sans jamais avoir goûté.
Et touc, comme vous dis Ginette.
Donc non, je n'ai pas mangé d'enfants
et je n'en mangerai jamais.
C'est comme la salade verte.
Ça ne me fait simplement pas envie du tout.
Alors, si vous ne mangez pas d'enfants, que faites-vous ?
Moi, mon rôle est de maintenir la dune en place.
Que je vous explique bien.
Une dune, c'est comme une montagne de sable,
mais c'est plus fragile qu'une montagne.
Le sable bouge, il est poussé par le vent.
Il est repoussé par la mer.
Il y a des plantes qui poussent à certains endroits
et puis il y a des humains qui marchent dessus.
Ça c'est le pire.
Et tout ça fait bouger la dune.
Alors, croyez-moi,
il faut une force de géant pour porter les dunes de conty sur ses épaules
et les aider à se maintenir en place.
Et moi, parce que je suis gros, grand et fort,
je suis là pour soutenir les dunes.
Et pas pour manger des enfants.
Mais je n'ai pas toujours vécu au bord de l'océan.
Si je suis arrivé là pour être parfaitement honnête avec vous,
c'est parce que j'ai fait une bêtise.
Je paris qu'il a mangé un enfant le bécu
et que pour le punir, on l'a mis sous le sable.
Vous êtes quand rien, Ginette.
Quand vous avez une idée, vous y tenez, hein.
Écoutez-moi plutôt.
Je vais vous raconter ma vraie histoire.
Lorsque j'étais un jeune oeuvre,
je vivais dans les forêts landaises, loin de l'océan.
Je ne savais même pas que ça existait, l'eau salée.
Je me baignais dans les rivières, l'eau était douce.
Elle ne piquait pas les yeux.
À l'époque, je gardais un troupeau de moutons.
Nous, les oeuvres, nous gardons souvent les moutons.
Et puis un jour, j'ai volé un mouton à un autre berger que moi.
Ah oui, je vous ai dit.
J'étais jeune et j'ai pas réfléchi.
J'ai vu le mouton, je l'ai trouvé beau,
alors je l'ai mis sous mon bras
et je l'ai emporté pour le mettre dans mon troupeau à moi.
Ça n'a pas manqué.
Le berger s'est rendu compte que je l'avais volé
et il a voulu me donner une leçon.
Mais Edith, qu'est-ce qu'il a fait ?
Le berger avait l'habitude de parler au vent
qui souffle dans les pâtures et dans les arbres.
Pas de chance pour moi, il le connaissait bien.
Alors il lui a demandé de souffler très fort pour me pousser,
me chasser jusqu'à l'océan.
Un soir, je me suis trouvé pris dans une tempête.
Le vent hurlait dans mes oreilles
et soufflait tant qu'on aurait dit une tornade.
Alors, j'ai beau être un géant,
j'ai pas pu résister à sa puissance.
J'ai été pris dans un tourbillon
qui m'a poussé loin, très loin de mes moutons,
jusqu'à la côte.
J'ai pas eu le temps de dire ouf
que j'étais déjà à la tête dans le sable.
Lorsque j'ai repris mes esprits,
le vent m'a parlé
et m'a annoncé que pour me faire pardonner du vol que j'avais commis,
j'allais devoir protéger la côte.
C'est comme ça que je suis devenu gardien d'édune.
Fascinant.
Alors racontez-nous, quel est votre journée type, votre mort enigantine ?
La journée, je vis sous le sable.
Personne ne sait que je suis là.
De toute façon, je ne sors jamais en plein jour.
Ma fonction principale,
c'est d'interdire la cueillette des plantes sur les dunes
ou la marche hors des sentiers autorisés.
Donc, quand un humain marche sur la dune alors qu'il n'a pas le droit,
je m'arrange pour qu'il perd de l'équilibre dans le sable.
Juste une petite secousse, l'air de rien.
L'air de rien.
Mais oui, si je ne vous l'avais pas dit,
vous ne vous en seriez même pas rendu compte.
Et puis, vous savez que c'est fondamental pour protéger les villes de la montée des eaux.
Les dunes ne sont pas là pour rien, figurez-vous.
Quand la mer monte,
que les tempêtes font battre les flots,
qui protègent les villes landaises et leurs habitants ?
Les dunes.
Et oui, elles font barrage.
Elles bloquent l'eau qui monte.
Donc moi, je protège les dunes
et les dunes vous protègent,
vous qui vivez dans les villes au bord de l'océan.
Ah, il n'y a pas à dire, c'est bien fichu.
Sinon, mes relations avec le vent sont toujours un peu tendues.
C'est vrai que parfois, ils m'envoient de ces bourrasques.
C'est pas tous les jours facile de protéger la dune.
Et bon, je sais qu'ils me taquinent aussi.
C'est vrai qu'ils me secouent.
Mais ils me permettent de ne pas m'encrouter dans mes petites habitudes.
Et au bout du compte,
on s'entend bien.
On se lance des défis
à qui courra le plus vite jusqu'à l'océan, par exemple.
Et puis, j'ai mes petits plaisirs de géant des dunes.
Des petits plaisirs ? Quel genre de petits plaisirs ?
Ah non, ça suffit, Ginette.
Vous assignuez encore que je dévore des enfants.
Ça devient pénible à la fin.
Vous n'avez toujours pas compris que l'habit ne fait pas le moine.
Ah, parce que vous êtes moine aussi.
Mais non, c'est une expression.
Ça signifie qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
Que ce n'est pas parce que je suis gros et grand,
que je suis bête et méchant,
et que je dévore des enfants.
Apprenez à m'écouter, plutôt que me juger.
Bref, j'en reviens à mon petit plaisir.
La nuit, quand les dunes n'ont plus besoin de ma protection,
je choisis bien mon moment,
quand plus personne n'est susceptible de cueillir les plantes des dunes,
que le vent est tombé et que la lune brille sur la mer.
J'en file mon slip de bas,
et je cours vers l'océan pour piquer une tête.
Je fais même du surf sur les plus belles vacs de la région.
Ça vous embouche un coin, Ginette.
Et oui, même nous, les gros géants, on peut faire du surf.
Oui, c'est vrai que je ne m'attendais pas à rencontrer un ogre
qui est aussi un surfer ou un moine.
C'est promis, je ferais attention, ne plus dire de méchanceté
la prochaine fois que je verrai une personne géante.
Allez, salut, le bécuit.
Au revoir, Ginette, sans rancune.
Quoi, Charline ? Il faut déjà partir.
J'ai pris mon maillot de bain pour rien.
C'est vrai qu'il faut qu'on file.
On a encore plein de méchants à vous présenter, alors restez avec nous.
Dans les autres épisodes, ce sera peut-être une sorcière,
une fée, un ogre ou un luttin.
Bête et méchant, une fiction Centre Parks qui fait claquer des dents.
Produite par Moustic Studio et écrite par Aurora Vincentie.
Bah non, en vrai, je m'appelle pas Ginette Lescheton.
Non mais qu'est-ce que tu crois ?
Avec les voix de Aurora Vincentie, toujours moins dans le rôle de Ginette Lescheton.
Antoine Tomé dans le rôle du bécuit qui a du poilot.
Bra, tout à fait, Charline.
Et Charline dans le rôle de Charline, on ne l'entend pas.
Elle est toujours là.
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Y en a plein !