Le beau de l'eau. Dans la vallée de l'automne, une petite rivière qui prend sa source en
Picardie, on rencontre le soir une étrange bête à 4 pattes. Elle pousse des cris pour le moins
bizarre, qui ne ressemble à aucun cri humain ou animal. Quoique peut-être au brément de l'âne.
C'est vrai que c'est un cri terrifiant. Comme si on étranglait un... Qu'est-ce qu'on pourrait
bien étrangler ? Quoi Charline ? On étrangle personne ? D'accord ça va ! Charline c'est ma
partenaire dans cette aventure. Elle veut pas comprendre que ces petits détails d'étranglement
que j'ajoute dans mon histoire, c'est pour mettre une ambiance un peu chère de poule,
un peu flippante, une ambiance qui fait peur quoi. Bref vous avez compris que c'est pour de
fou. Personne n'étrange personne. Je reprends mon histoire. Cette créature infâme,
on l'appelle le beau de l'eau. Son poids est blanc, il n'est pas grand, il a de longues oreilles
pointues et on le rencontre toujours au même endroit, à la même heure. C'est à dire après
le coucher du soleil, quand le ciel est d'un bleu vif et profond et que les oiseaux chantent avant
la nuit. Ils cheminent entre le prioré de l'ompré et le village de Ves dans l'Aine. Ils
n'empruntent jamais les routes mais longent les forêts, traversent les champs et préfèrent les
sentiers. Dans la région, lorsqu'un enfant n'est pas très sage sa grand-mère lui dit, si tu continues
comme ça le beau de l'eau viendra te chercher. Et cette formule sans autre explication suffit à le
faire frenir. Sauf que nous on aimerait bien avoir quelques explications. Parce qu'il fait quoi
sur beau de l'eau, à part créer quand on le croise ? Et pourquoi fait-il si peur aux enfants ?
Je m'appelle Jimette Lecheton et je suis spécialiste des monstres, sorciers et autres créatures
horrifiques. Je suis chargée par Center Parks d'aller à la rencontre des méchants de la région
pour mieux les connaître et vous dévoiler leur vraie histoire. Vous écoutez Bêtes et méchants,
un podcast qui regarde les méchants en face et qui les fait parler.
Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? Je suis le beau de l'eau, vous avez demandé à me rencontrer,
je suis là, me voilà. Mais quel genre de créature êtes-vous ? Je suis un beau d'eau,
d'où mon nom ? Le beau de l'eau, un petit beau d'eau. Un beau d'eau ? Un bidet ? Un bolet ?
Mais non, un beau d'eau, un nane, si vous préférez. Vous êtes un nane ? Mais vous
appartre que vous vous tenez à 4 pattes et que vous avez deux trucs sur la tête qui ressemblent
vaguement à des oreilles. Mais attendez, c'est un déguisement ! Bon allez, j'arrête de faire semblant.
Oui, je suis déguisé, je m'appelle Madeleine Baudelotte et c'est grâce à mon nom de famille,
Baudelotte, que j'ai trouvé mon déguisement de beau de l'eau, de Baudet, Dan, si vous préférez.
Je cherchais depuis longtemps une façon de me déplacer incognito et j'ai fini par trouver celui
qui me convenait le mieux, je suis devenu un nane. Enfin, une annaise, si vous préférez. Mais ça
fait pas une grande différence. Ah, attendez, attendez. Et donc si je comprends bien, vous n'êtes pas un monstre,
vous n'êtes pas même un nane, et en plus vous êtes une fille. Ça fait beaucoup de choses auxquelles
je m'attendais pas. Peut-être que vous aimeriez connaître mon histoire dans ce cas. J'ai grandi dans
le village d'Aramon, que vous voyez au loin. Je suis née orpheline, c'est-à-dire sans père ni mère.
Alors j'ai été élevée dans les jardins du priori de l'Ompree, aux côtés des femmes qui habitaient
le monastère. Mon enfance, je l'ai passé dans les jupes de la soeur herboriste et médecine. Elle
soignait les braves gens de la région, connaissait les plantes mieux que personne et savait préparer
des décoctions et des pommades pour chaque maladie. Chaque blessure, même les blessures du coeur. Alors,
comme des autres, elle a pris soin de moi. Elle s'appelait Janne. Continuée, que s'est-il passé ?
Elle s'est occupée de moi jusqu'à sa mort et elle m'a transmis le don, le don de soigner et de guérir.
Pendant des années, je n'ai rien demandé, je n'ai posé aucune question. Je n'ai fait que ce qu'elle me disait.
J'ai regardé, observé minutieusement tous ces gestes, les plantes qu'elle cueillait,
celles qu'elle ne cueillait pas, j'ai appris sans amont. Puis quand j'ai eu 15 ans,
elle m'a dit que j'étais prête à exercer son métier. C'est comme ça que je suis devenue herboriste.
Herboriste, autrement dit spécialiste des plantes médicinales.
Vous m'engrouillez avec votre histoire d'herboristerie.
Quel rapport avec votre déguisement d'Anne ou de Baudet ?
Oh, vous ne voyez pas le rapport !
Vous devriez savoir que les femmes qui cueillent des plantes et en fond des décoctions et des tizanes,
ça n'a pas bonne réputation. Les gens se disent que si nous sommes capables de guérir avec des plantes,
alors nous sommes aussi capables de fabriquer des poisons.
Ils nous accusent d'être des sorcières.
Jeanne, qui m'a tout appris, elle était bonne sœur, donc elle était en sécurité dans l'ensemble du monastère.
Mais moi, je ne suis pas religieuse. Alors il fallait bien que je trouve un moyen de me protéger.
Mais vous protégez de quoi ?
Et bien de ceux qui ont peur des sorcières et qui veulent qu'elles disparaissent.
Vous savez que lorsque je suis sortie pour la première fois toute seule pour cueillir des plantes dans la forêt,
on m'a jeté des pierres et je suis rentrée chez moi meurtrie et blessée.
Il a fallu que je trouve une stratégie pour sortir sans être attaqué.
Vous avez tué des gens avec vos herbes et vos plantes.
Non, jamais ! C'est une croyance au sujet des sorcières, ce n'est pas la réalité.
Ce qui est vrai, c'est que vous ne ressemblez pas à une sorcière.
Pas de balais, pas de chaudron, pas de chat.
Alors, au risque de vous décevoir, j'ai un balais dans ma cuisine pour la poussière.
Et j'ai aussi un chaudron pour fermer des coctions et ils se trouvent que j'ai un chat.
Il est adorable, il s'appelle Albus.
Alors bien sûr que je suis un genre de sorcière, mais les sorcières sont rarement ce qu'on croit.
Les sorcières sont ni plus ni moins des personnes qui vivent au rythme des saisons,
qui connaissent la nature, comprennent le langage des plantes et celui des oiseaux.
La nature est magique.
Elle prend soin des humains et c'est pour cela qu'il faut prendre soin d'elle en retour.
La préserver, l'écouter.
C'est un grand pouvoir d'entendre ce que la nature nous raconte, c'est vrai.
Mais le pouvoir des sorcières n'a rien à voir avec le pouvoir de tuer.
Donc en fait, vous vous déguisez en Anne qui fait peur.
Pour pas qu'on sache que vous êtes une sorcière qui ne fait pas peur.
Et donc, comme ils ont peur des sorcières, vous leur faites plus peur en devenant en Anne.
Exactement.
Lorsque je suis à la recherche d'une plante à l'auret de la forêt ou sur le bord d'un chemin,
je suis souvent à genoux ou à quatre pattes.
Dans cette position, si j'entends quelqu'un qui approche,
il me suffit d'en filer mon déguisement d'Anne et je me mets à brèrent.
Je crie très fort, mais je ne fais de mal à personne.
Pourtant, il faut avouer qu'il y a complètement raté ce déguisement.
Tu ne trouves pas Charline ?
Et puis elle n'a aucun talent pour imiter le brément de l'Anne.
À la rigueur, une belette.
Cela m'apporte peu.
L'essentiel, c'est que je parvienne à me défendre.
Et dans ce cas, ma meilleure défense, c'est de faire peur.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Juste ce qu'il faut.
On me prend pour un monstre terrifiant,
alors que, rendez-vous compte, je suis pourtant là pour soigner les gens.
Et malgré cela, on m'attaque.
Mais je ne veux nourrir aucune ranqueur, aucun esprit de vengeance.
Ma vocation est de soigner par les plantes
et je veux simplement pouvoir remplir cette mission qui m'a été transmise par ma bonne Janne.
Et d'ailleurs.
Qu'adiriez-vous d'une petite tisane ?
J'ai cueillis aujourd'hui même en vous attendant quelques feuilles d'ortie
dont vous me direz des nouvelles.
Des orties ? Mais ça pique !
Vous voulez me tuer ?
Mais non !
La tisane d'ortie est excellente pour la santé
et ne pique ni la langue ni les doigts.
Allez, suivez-moi.
Mais il va falloir vous mettre un cas de pâte.
Hein ?
Quoi ?
Je plaisant, Jeanette.
En route, une tisane et au lit.
Dis, Charline, on leur dit aux habitants que le beau de l'eau, c'est une sorcière déguisée en âne ?
Hum, non, tu as raison.
Gardons ce secret.
De toute façon, personne ne nous croirait.
Allez, on va la boire cette tisane ?
Faut se reposer parce qu'on reprend la route demain dès l'aube.
On a encore plein de méchants à vous présenter.
Dans les autres épisodes, ce sera peut-être une sorcière, une fée, un oeuvre ou un lutin.
Bêtes et méchants, une fiction Center Parks qui fait trembler dans les chamières.
Produite par Moustic Studio et écrite par Aurora Vincentie.
Bah non, en vrai, je m'appelle pas Jeanette Leschton.
Mais qu'est-ce tu crois ?
Avec les voix de Aurora Vincentie toujours moins dans le rôle de Jeanette Leschton,
Juliette Lambollet dans le rôle du beau de l'eau, qui est en fait une beau de l'ote,
et Charline dans le rôle de Charline.
On l'entend pas, mais elle est toujours là.
Retrouvez tous les autres épisodes de Bêtes et méchants sur toutes les plateformes de podcast.
Et y'en a plein !