OVERNATION DEMOCRATIDAT presented
Reborné un jour ou parté pour toujours avec Colombia,
la marque conçoit des vêtements, des chaussures
et des accessoires intégrants des technologies testées en conditions réelles
depuis plus de 80 ans pour les passionnés d' aventure du monde entier.
Colombia est tombée fière d'accompagner le podcast des baladeurs.
Chaque année des milliers de personnes s'engagent
dans un terrible périple. Traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune dans l'espoir
d'atteindre l'Europe et d'y trouver une vie meilleure. Mais peu d'entre eux arrivent
à destination. Beaucoup font nos frages dans l'indifférence générale. Face à cette
catastrophe humanitaire, Lucille Gognier a voulu agir. Après des études de journalisme,
elle a rejoint l'association SOS Méditerranée pour devenir les yeux et les oreilles de
l'océan Viking, son navire de sauvetage en mer. A bord, elle capture des images et recueille des
témoignages d'héréscapés pour pouvoir faire la lumière sur les drames qui se jouent loin des
côtes et rappeler que quand on parle de migrants, on parle de vie d'hommes, de femmes et d'enfants.
Le 13 mars 2024, alors qu'elle scrute la mer à la jumelle au début d'une nouvelle mission,
un point noir apparaît à l'horizon. Un point noir qui signe le départ d'un sauvetage difficile
pour les 25 membres d'équipage. Attention, cette histoire contient des scènes pouvant heurter
votre sensibilité. Nous avons tout de même jugé essentiel de la documenté pour porter plus loin
le témoignage de Lucille. En septembre 2015, j'ai un ami qui m'appelle, qui vit vers la
Parc Maximilien, donc c'est le parc à côté de chez lui. Il y a des gens qui se sont installés,
en fait, ce sont des migrants, qui en fait, ils n'ont rien, ils n'ont même pas d'attente. Ils se sont
installés devant l'Office des étrangers où ils pouvaient déposer des demandes d'asile et ils ont
besoin d'aide. Bien, j'apporte un sac avec quelques affaires, je ne savais pas trop quoi amener et j'arrive
et pour la première fois, je rencontre une sirienne et je lui donne toutes mes affaires que j'avais
pris. En fait, cet événement, ça a été pour moi un peu le début en fait d'une prise de conscience.
A tel point que à ce moment-là, je finissais mon mémoire, je me suis dit, je vais aller en Grèce et
je vais m'engager dans l'humanitaire. Finalement, la vie en affautrement, j'ai continué en fait
dans le journalisme et j'ai fait autre chose par ailleurs, mais j'ai toujours suivi en fait
ces parcours migratoires et notamment du coup, SOS Méditerranée. Je me souviens très bien de ma
première mission parce que comme toutes les premières fois, on s'en souvient de manière
très forte. C'était donc en juin 2022, je venais de commencer à travailler pour SOS Méditerranée
et il se trouve que c'était à mon tour de monter à bord d'embarquer. Donc j'ai eu peut-être deux
jours au siège et je suis arrivée sur le bateau qui était à Marseille et c'était donc en été.
C'est vrai que j'avais vu forcément beaucoup d'images, je m'étais beaucoup renseigné sur le
contexte, mais c'est vrai que ça a été un peu un choc. La première chose c'est que déjà c'est un
environnement qui est quand même particulier, l'environnement maritime, de travailler sur un
bateau. Moi je ne suis pas marins, même si j'ai grandi au bord de la mer et que j'ai l'habitude
d'être pure des bateaux, mais voilà sur des voilées de plaisance ou faire du catamar, donc c'est pas
aussi vivre avec des gens dans un bateau enfermé, c'est quelque chose de particulier, on n'a pas
beaucoup d'espace, on n'a pas beaucoup d'intimité et ensuite quand on a commencé à faire les
sauvetages et je me rappellerais très bien la première fois que j'ai vu ce bateau, le premier
sauvetage qu'on a fait, c'était un bateau en fibre et c'était des ados laissant, je me rappelle,
c'était très très jeune et ça m'a choqué, même si j'avais bien sûr vu des images,
je garderais vraiment très longtemps en tête la première fois que j'ai vu des garçons,
parce que je ne sais plus quel âge ils avaient, mais ils étaient presque tous mineurs et aussi
un autre sauvetage dont je me rappellerais aussi de manière très forte, c'était un bateau en
caoutchouc et le boudin en fait était très dégonflé et il y avait énormément d'enfants,
énormément d'enfants, des petits bébés et c'est vrai que je me suis dit mais qu'est-ce qu'ils
font là, je veux dire, une sidération, j'étais sidérée, j'étais complètement sidérée.
Pour nous il n'y a pas de question en fait, est-ce qu'on va venir en aide à des gens qui sont
en détresse en mer, d'où ils viennent, peu importe leur histoire en fait, peu importe on va venir
en aide à ces personnes-là et ça devrait être comme ça, c'est comme ça dans le droit maritime,
c'est une obligation en fait légale mais c'est une obligation morale, c'est inhumain de laisser
des gens, des femmes, des hommes, des enfants dans un bateau dont on le sait, qui n'arrivera
probablement jamais sur la côte italienne en mer, de les regarder, de les voir passer et de ne rien
faire parce que c'est ce qui se passe tous les jours dans la Méditerranée, il y a des bateaux qui
partent tous les jours et parfois on les ignore. L'océan Viking c'est un bateau blanc et rouge qui fait 70 mètres,
c'est initialement un ravite ailleurs pour les plateformes pétrolières en mer du nord,
donc il a été conçu pour naviguer en mer du nord et il date des années 80. Depuis qu'il est affrété par
SOS Méditerranée, il a été réaménagé bien sûr pour le sauvetage donc quand on arrive sur
l'océan Viking, il y a le pont principal et sur ce pont il y a des abris où les rescapés vont
pouvoir se reposer quand on a terminé le sauvetage. Il y a un abri qui est réservé aux femmes,
on l'appelle le women's shelter, c'est un endroit qui est très important parce que souvent les femmes
rescapées sont des personnes qui sont passées par des moments très difficiles en Libye,
des énormément de violences sexuelles et donc c'est important de recréer en fait cet espace
de protection. Sur le pont il y a également ce qu'on appelle une clinique donc c'est là que
l'équipe médicale va faire ses consultations et il y a également une passerelle, donc la passerelle
c'est le haut du bateau qui est une passerelle où on peut voir à 360 degrés et c'est là qu'on fait
les recherches à la jumelle. L'équipage de l'OSAN Viking on est 25, il y a deux personnes qui sont à
la passerelle, c'est la coordinatrice ou coordinateur de sauvetage, son adjoint, ce sont des marins de
profession, il y a l'équipe médicale qui est composée de quatre personnes, la responsable médicale,
un médecin, un infirmier, une sage-femme, le responsable des marins softers, l'équipe des
marins softers c'est la plus grande équipe, 12 à 13 personnes, tous des marins professionnels,
il y a l'équipe de la protection, ensuite il y a le logisticien et l'équipe de la communication
du témoignage dont je fais partie donc je suis la responsable de communication, parfois j'ai un
photographe ou une vidéaste qui m'accompagne et un ou deux journalistes indépendants. On va s'engager
pour une mission qui va durer entre six et sept semaines, on est quand même dans une mission qui
est particulière où il faut connaître les gestes de manière très précise parce que on est dans
une situation d'urgence quand on arrive sur un sauvetage, que quand on est en mer et qu'on fait
un sauvetage, les personnes quand on arrive pour la plupart ne savent pas nager donc en fait
il est très important d'avoir un entraînement très précis pour pouvoir éviter en fait un accident.
On imagine, on fait un scénario, qu'on voit un bateau en détresse, qu'est ce qu'on fait ? Alors
la coordinatrice va appeler la radio ready for rescue et donc on va s'entraîner donc l'équipe
des mains un sauveteur va préparer les semirigis, on va s'habiller parce qu'il faut s'habiller aussi,
donc ça prend du temps, savoir dans quelle heure tu mets ta combinaison, ton casque, tout ça. On va
tous s'entraîner qu'on soit logisticien, coordinator de sauvetage ou moi responsable de
communication à faire un message cardiaque, à pouvoir répondre en cas d'hypothermie, savoir
quoi faire si une personne est inconsciente. On va s'entraîner pendant dix jours à faire ça et
ces entraînements là nous permettent d'être prêts le jour du sauvetage. Le 13 mars on est
arrivés dans la zone de recherche et sauvetage libyenne, on est dans les eaux internationales
et on a commencé à patrouiller. Donc la journée commence comme toutes les journées c'est à dire
à 8h15 on a une réunion d'équipe, on se réunit tous et le matin la coordinatrice de sauvetage
en fait nous explique où est ce qu'on est, elle nous parle de la météo, elle nous parle éventuellement
d'où sont les autres ONG de recherche et de sauvetage et à ce moment là malheureusement
il n'y a aucune autre ONG donc on est les seuls et cette réunion d'équipe c'est le moment où
chaque personne donc on est 25 peut discuter poser une question donc on fait en général un tour par
département et notre journée commence c'est à dire que dans l'équipe on va tous faire de la veille à
la jumelle à la passerelle pendant une heure pas plus parce que c'est un exercice qui demande
énormément de concentration où on doit scruter l'horizon pour voir si on voit un bateau en détresse
un bateau au loin c'est tout petit point noir comme ça donc pour le voir il faut être concentré donc
c'est mon tour quand j'arrive je discute avec la personne avant je fais en sorte de bien comprendre
où je me positionne parce que quand on est en haute merce c'est difficile en fait on perd un peu
l'espace donc j'essaye de bien me repérer donc voilà je suis bien concentré j'essaye de comprendre
où on va est-ce qu'on va au nord est-ce qu'on va au sud où est l'est où est le west et c'est un
endroit où on est très concentré c'est assez silencieux en fait c'est un endroit assez
de concentration et à ce moment là on est deux il ya quelqu'un qui est là avec moi mon collègue
florant et je me positionne sur bas bord mon collègue il se positionne sur tri bord et voilà et on
commence à quadriller l'horizon je me mets sur le côté de la porte de la passerelle parce que je
suis un peu à l'ombre parce que ce jour là il fait beau et que ça on est on est quand on est
mars mais en fait le soleil il tape assez fort et donc je suis à l'ombre et je commence à
patrouiller ça fait peut-être pas dix et en quinze de minutes que je suis en train de regarder et là
d'un coup la porte de la passerelle s'ouvre et là tout de suite je sais qui se passait quelque chose
parce qu'en fait c'est la coordinatrice de sauvetage qui me dit lucide il ya quelque chose sur le radar
et elle me elle me pointe elle pointe vers vers l'avant comme ça du bateau et donc on s'approche
toutes les deux de notre de mon collègue et quand on est en train de s'approcher de lui il est lui il
est à la jumelle et il nous dit je vois quelque chose et quand on voit un bateau au loin c'est un tout
petit point c'est un tout petit point noir et c'est hyper important de pas le perdre de vue c'est
pour ça que quand on voit quelque chose tout de suite on le marque avec soit son bras ou alors
si on a un compas on regarde en fait et on appelle tout de suite quelqu'un donc je prends mes jumelles
et je regarde dans la direction de son bras et là je les vois tout de suite je vois tout de suite
c'est un bateau en caoutchouc il est foncé et je vois des gens qui sont pas sûrs si ils sont debout
si ils sont à jour mais en tout cas ils sont en train de nous faire des signes ils sont en train de
nous faire des grands signes et ils ont pas l'air beaucoup le bateau a l'air grand le type de bateau
en caoutchouc on voit souvent en partir des côtes libiennes mais avec peu de monde à l'intérieur
ils font des signes de la main et en fait ils sont proches donc on est un peu si terrible là
ok ils sont proches donc la coordinatrice elle me dit vous voyez quoi donc on lui décrit on voit un
bateau en caoutchouc il ya des gens elle appelle à la radio chez rome qui est le responsable des mains
un sauveteur parce que dans ces cas là c'est lui qui est responsable du sauvetage en mer et qui va
devoir prendre une décision de comment va opérer le sauvetage il arrive prend les jumelles et
dit oui c'est un bateau en caoutchouc en effet mais il dit mais il n'y a pas beaucoup de monde je vois
je ne sais pas une dizaine de personnes et bon il n'y a pas de doute c'est un bateau en détresse
dans ces cas là la coordinatrice prend sa radio et dit ready for rescue ready for rescue ça c'est
quelque chose on s'est entraîné justement pour ça tout le monde sait ce que ça veut dire tout le
monde a sa radio sur le bateau n'importe où il est n'importe quoi il fasse il a sa radio il entend
et à ce moment là quand il entend ça il sait exactement ce qu'il doit faire on on s'entraîne
justement pour garder notre sang froid pour ne pas être stressé pas être dans l'émotion on
répète ça en fait on fait on là on est en mode robot donc on se réunit avec l'équipe des
marins softers moi je suis comme je vais sur les semi-rigides je vais avec les marins softers et
jérôme le responsable et bien ils brifent en fait l'équipe parce que les autres ils sont pas au
courant ils ont juste entendu on a dit formescu mais ils savent pas de quoi on parle ou à ce qu'on
va et quel type de bateau donc il fait un briefing et il explique voilà on vient de repérer à la
jumelle depuis la passerelle un bateau en détresse c'est un bateau en caoutchouc et il y a une quinzaine
de personnes à bord à peu près et là l'équipe de marins softers on est 13 ils sont surpris du nombre
de personnes et donc je sens que voilà on se pose toute la question pourquoi ils sont si peu nombreux
parce qu'en fait il faut savoir que les bateaux en caoutchouc qui partent des côtes libliennes sont
en général entre 80 et 130 personnes c'est des bateaux qui sont complètement les gens ils sont
complètement entassés dans ce bateau donc voir 15 personnes dans un bateau comme ça c'est très
inhabituel on sait qu'il y a quelque chose qui cloche moi je dois m'occuper des go pro que je
mets sur chaque semi rigide on en a trois donc voilà ça c'est super important pour moi ça
va être les seules images qu'on va avoir donc je suis bien concentrée à ce qu'elle soit bien
allumée je les mets et je me positionne sur devant le semi rigide et on attend
on descend les semi rigides à l'eau et moi je suis sur le semi rigide qui fait ce qu'on appelle
la première approche la première évaluation c'est le bateau qui va arriver en premier sur le bateau
et qui va faire des grands signes vous nous fragez pour justement leur montrer voilà on est là pour
vous aider pour un petit peu essayer de les mettre en confiance de les calmer et en même temps il
va avoir une personne qui est mon collègue qui est avec moi dans ce semi rigide qui va parler à la
radio et qui va faire une évaluation de l'état du bateau de la situation et cette évaluation
la radio va être relayée sur toutes les radios moi je commence à prendre des photos parce que ces
photos elles sont très importantes pour les autorités maritime italiennes et même pour nous
pour comprendre comment était le bateau quand on est arrivé quelle était la situation comment
étaient les gens et très rapidement j'arrête de prendre des photos parce qu'en fait il y a
personne qui se lève et qui qui commence à accriller il ya plein de morts il ya plein de morts
et donc là je comprends que la situation elle va être compliquée et que clairement même si mon
rôle c'est le témoignage le sauvetage arrive en premier donc je range mon appareil photo et je vois
tout de suite deux personnes qui sont allongées dans la cale la tête leur tête elle est en
fait face face au bateau en fait il y en a un il a un maillot de ronaldo il a un maillot de foot jaune
et donc mon collègue demande est ce qu'il ya des personnes qui sont qui sont inconscientes et il
dit oui oui il ya des morts dans ces cas là on ce qu'on fait c'est qu'on s'est entraîné on a un modus
se opérant dit très précis en fonction des situations en fonction du type de bateau donc à ce
moment là il dit que on doit mettre nos semis rigides côte à côte c'est ce qu'on fait on s'approche
et là on me rapproche du coup des visages des gens et là je les vois et en fait on arrive sur une
situation en fait qui est vraiment catastrophique déjà il ya deux personnes qui sont inconscientes on
sait pas s'ils sont vivantes ou pas et je vois le visage des gens le visage des gens je sais
que ils ont passé beaucoup de temps en mer parce qu'en fait ils sont brûlés enfin je sais pas si
c'est leur lève sont gercés ou je sais pas très bien mais en tout cas c'est ouais c'est brûlé sur
le visage et ils ont le regard à gare ils ont c'est pas c'est un mélange de c'est pas de folie de
de tristesse c'est vraiment les regards c'est quelque chose qui va marquer pendant longtemps
et tout de suite ils vont demander de l'eau ils vont dire de l'eau de l'eau de l'eau ils parlent
français certains anglais ils demandent de l'eau ils arrêtent pas de demander de l'eau mais on leur
dit la priorité c'est de sortir les personnes qui sont inconscientes de ce de en fait de leur
embarcation mon collègue et moi on essaye d'extraire la personne de l'embarcation de leur
embarcation je vais tout de suite mettre un branquard on va le porter moi je suis au niveau des jambes
je suis en train de porter les jambes mon collègue il est au niveau de la tête et on s'était déjà
mis d'accord pendant les entraînements que mon collègue c'est serait la personne qui devrait
faire l'évaluation de si cette personne respire ou pas c'est ce qu'il fait il lui demande il lui parle
il répond pas il regarde s'il respire et il me dit il respire donc déjà je suis soulagée je me dis
ok il respire il est vivant il me demande de le décaler donc je décale le branquard avec lui je
regarde pas son visage j'en ai pas conscience sur le coup sur le coup mais je m'en rend compte
après que j'ai pas regardé son visage j'ai pas à le faire parce que c'est pas moi qui me
appouche et lui pour voir s'il respire mais je pense que c'est peut-être à une façon de se protéger
parce que voir le visage de quelqu'un c'est aussi voir son humanité aussi voir de ce qu'il y a plus de
voir aussi la difficulté de la situation et je suis obligée de garder mon sang froid je suis obligée de
de continuer à faire ce que je dois faire je dois m'occuper des autres personnes qui vont arriver
dans notre semi rigide donc je ne regarde pas le visage je les place et je m'occupe des autres
personnes je fais rentrer les autres personnes difficilement parce qu'ils sont très très faibles
ils sont très faibles ils ont du mal à du mal à marcher je les fais à soir et puis me demande
de l'eau ils n'arrêtent pas de demander de l'eau heureusement on prend toujours de l'eau avec nous
donc je leur donne de l'eau pour qu'ils puissent boire et donc ça c'est dans notre semi rigide et
de mes collègues ils vont s'occuper d'une autre partie d'hérès capé et vont extraire l'autre
personne très rapidement on revient vers le bateau mer donc terrestre qui est la conductrice du
semi rigide elle va le plus rapidement possible au bateau mer parce que clairement la situation
elle est éurgente on arrive toutes les personnes où on d'abord monté sur l'océan viking et c'est
là que je me rends compte aussi de leur état de faiblesse parce qu'en fait je suis dans le semi
rigide et je les vois monter il faut qu'ils montent une échelle et ils n'arrivent pas il y a des
bien sûr il y a des gens qui sont là pour les aider sur le bateau mer mais ils n'arrivent pas donc
ils tirent comme ça et tu sens qu'ils sont ils sont vraiment pas d'énergie et finalement on va
monter ce branquard et quelques minutes plus tard je vais moi remonter sur le bateau mer pendant
que tous les marins sauveteurs sont encore à l'eau mais je remonte en général parce que comme je
suis quand même responsable du témoignage en général je remonte avant pour pouvoir voir si
il se passe sur le pont je commence à prendre des photos il se passe exactement la même chose que
c'est passé quand on est arrivé sur le sur le bateau en détresse là je vois mes collègues donc
l'équipe médicale l'équipe de la protection le logisticien et je les vois et je vois qu'ils
sont débordés en fait en fait il y a les 25 personnes qui sont déjà remontées à bord et on
est il doit va être une dizaine de mon équipe et ils ont ils sont débordés je comprends tout
de suite que on a déclenché je pense que dans l'action j'ai pas du l'entendre à la radio le
masque est le petit plein c'est à dire que c'est quelque chose qu'on déclenche en cas d'urgence
on s'entraîne d'ailleurs pour ça quand il y a beaucoup de gens qui sont dans une urgence
médicale je comprends qu'on a déclenché ce mode opératoire parce que l'abri qui normalement
réservé aux femmes a été réaménager pour mettre les personnes inconscientes je vois qu'il y a
des bouteilles d'oxygène qui sont sorties je vois Anne la médecin qui court dans tous les sens
très rapidement je comprends ce qu'ils ont fait c'est à dire qu'ils ont on doit trier les personnes
dont on doit s'occuper de manière urgente donc les personnes inconscientes sont dans le rouge
et en fait tous les autres ils sont dans le orange personne qui m'a bien mais ils sont conscients
donc ils sont sur le côté je commence avec mes collègues à mettre des couvertures de survie
en fait ils sont tous en hypothermie ils sont tous en hypothermie ils nous ils me disent qu'ils ont
bu de l'eau de mer le fait de boire de l'eau de mer ça crée une sorte de tension comme ça ils
sont très ils sont rigides leur posture elle est très rigide ils sont ils ont du mal à bouger et
ça c'est le fait d'avoir bu de l'eau de mer certains leurs habits sont hyper mouillés commence
à leur enlever les habits mouillés on leur donne de l'eau et ils boivent mais j'ai jamais vu ça
s'arrête pas de boire j'arrête pas de ramener des bouteilles d'eau s'arrête pas de les boire
mais en fait ils boivent tellement vite qu'ils vomissent et certains commencent à perdre conscience
c'est voilà on est dépassé très rapidement la coordinatrice de sauvetage elle laissant sur
le pont elle comprend que la situation est hyper urgente et je la vois parler au loin avec la
responsabilité de médical on demande une évacuation médicale le plus rapidement possible parce qu'en
a deux personnes qui sont inconscientes et qui ne reprennent pas conscience je vois le visage de
hann et ça est un des visages qui va marquer parce que c'est elle est elle est elle est les cheveux
qui sont complètement ill-borifées elle est voilà elle est très elle fait tout ce qu'elle peut mais
ils sont que trois dans l'équipe médicale et elle me dit de m'occuper d'un petit garçon qui est
longé il y a 12 ans et elle me dit occupe toi lui reste auprès de lui et je vais rester auprès de lui
pendant plusieurs minutes je sais pas combien de temps ça dure parce que je perds la notion du temps
et c'est très étrange ce garçon je pense que c'est là que je comprends aussi que en plus d'être
dans un état physique très affaibille ils sont dans un état psychologique extrêmement grave c'est
parce que ce petit garçon me dit de sa sœur il cherche sa sœur mais il n'y a pas de femmes il
y a que des hommes donc je comprends que elle n'est pas là en fait il est un peu à quelque chose où
il n'est pas dans une réalité donc et puis il sourit il arrête pas de sourire et c'est et il boit et
il boit et il vaut mis et reboit et il sourit fin tout est un peu très étrange
finalement j'ai un je dois une des une des choses qui arrive souvent c'est les brûlures c'est une
mixture de dos salée et de choule ça fait des énormes brûlures sur la peau et ça il faut absolument
rincez à l'eau donc Anne me dit qu'il faut qu'on rince ce garçon j'essaye de lever mais j'arrive
pas en fait il arrive pas à tenir sur ses jambes il arrive pas à marcher et j'arrive pas à le porter
enfin et donc je demande je vois mon collègue passer un de mes collègues et je crie et je lui dis
bien aidé et il va le porter jusqu'à la touche et il va le rincez
très rapidement donc l'équipe de coordination demande une évacuation médicale aux autorités
maritime italiennes qui est acceptée l'hélicoptère va arriver je pense du moment on a demandé et
le moment ils arrivent il se passe trois heures à peu près ce qui est assez rapide parce qu'on
est quand même en on est quand même assez loin et deux hélicoptères vont arriver et vont les évacuer
en s'y c'il y en a quelques uns qui parlent quelques rescapés qui parlent qui me disent qu'ils sont
partis alors c'est un petit peu fou certaines disent qu'ils sont partis depuis dix jours d'autres
depuis une semaine et me disent voilà le moteur c'est c'est arrêté au bout de trois jours et donc
on était à la dérive très rapidement plusieurs personnes me disent et le dit ils l'ont dit dès
le début que beaucoup de personnes ont disparu et pendant que je suis en train de mettre une
couverture de survie sur l'un d'eux il y en a un qui me dit on a dû les jeter par de subort
et je lui dis mais combien et il nous dit on était plus de 80 et ils sont 25 donc ça veut dire
que voilà il y a une soixantaine de personnes et on ne sait pas exactement encore à ce jour le chiffre
qui qui qui qui est qui est disparu de faim de soif et ces personnes ils ont dû les m'expliquer
qu'ils ont dû les passer enfin voilà les jeter par de subort en fait des gens qui pour certains
étaient leur famille leurs amis à ce moment là quand je sens que la situation elle est un peu
plus contrôlée on va dire du la situation j'envoie un message à mon équipe en disant on peut commencer
à envoyer une communication il faut aller vite parce que je pense que c'est peut-être aussi la
colère qui parle mais souvent dans ces moments là on envie de crier on envie de crier au monde
ce qui se passe on envie de dire voilà je veux que le monde sache ce qui se passe parce que personne
voit personne ne veut voir mais on pourra pas dire qu'on ne savait pas donc voilà je vais vous raconter
ce qui se passe aujourd'hui le 13 mars en mer il fait beau mais par contre on est sur une scène
catastrophique en fait on prend des photos on prend des vidéos on les envoie j'écris un cours
communiqué je me dis voilà il faut envoyer ça et et donc très rapidement voilà on va commencer à
publier la nouvelle tragique je vais mettre du temps à parler au rescapé parce que dans ces cas
là il ya quand même un principe de protection qui vient avant tout même avant le témoignage c'est
à dire que j'ai récolté quelques informations sur le sur le moment parce qu'ils m'ont parlé mais je
peux pas c'est pas possible d'aller les voir et de leur parler proactivement de faire une interview
enfin c'est pas le moment il s'est passe 24 heures peut-être avant que je commence à parler avec
eux il ya une personne avec avec qui j'ai qui j'avais pas mal communiqué ce jour là qui va me
raconter un petit peu plus ce qui se passe donc je me dis on était 80 on est parti il ya six jours
sept jours notre moteur s'est cassé on était à la dérive très rapidement on a manqué de nourriture
et on a manqué d'eau il ya un des rescapés qui est là qui voyageait avec sa femme et son bébé
et que les deux sont sont décédés que le bébé est décédé au bout de quelques jours deux jours et
que la femme décétaient le jour d'après et qu'ils ont dû les passer par de support il me raconte
ça il me raconte lui voilà ok en fait il ya je comprends qu'il ya beaucoup de gens qui voyager
quand même en famille que ce soit avec leurs frères ou leurs soeurs je la moyenne d'âge des
rescapés c'est majoritairement des mineurs c'est des jeunes de toute manière je pense que la tranche
d'âge haute c'est 28 30 ans c'est quand même des gens très jeunes ils viennent pour la plupart en
tout cas les rescapés qui abort viennent du Mali de la Gambie et du Sénégal certaines personnes
fuit la guerre des zones de conflit certaines personnes vont suivre pour des raisons de persécution
ça peut être des persécutions politiques ça peut être aussi parce que pour leur orientation
sexuelle ils sont persécutés dans leur pays des minorités ethniques qui sont persécutés
d'autres personnes vont fuir la misère c'est des histoires assez assez propres et je pense
que c'est important aussi de le dire que que que les gens ne partent pas n'avaient pas pour
projet initial d'aller en Europe ça c'est je trouve quelque chose qui est peut-être je ne sais
pas si on le sait en fait mais beaucoup partent quittent leur pays d'origine parce que en fait
pas d'avenir et vont d'abord partir dans les pays de mitrophes et ensuite certaines personnes vont
faire un parcours migratoire qui va durer des années beaucoup de personnes qui viennent d'Afrique
subsaharienne vont passer par le désert donc toute la traversée du désert avant la traversée de la
méditerranée qui est une traversée aussi très très très compliqué et donc c'est voilà c'est
un la méditerranée c'est ça fait partie d'une partie de leur parcours migratoire
alors les personnes que je rencontre à bord de le sang viking me raconte la même chose sur la
liby il décrive cet endroit comme l'enfer libia les témoignages sont unanimes il nous raconte des
décennies de violence extrême de torture de violence sexuelle en fait beaucoup de personnes
se retrouvent dans des centres de détention dans des cercles en fait de de traites humaines où souvent
les militiaires qui tiennent ces centres de détention vont envoyer des images de torture à leur
famille pour pouvoir que la famille paye pour que ces personnes puissent sortir c'est des témoignages
qui sont d'ailleurs corroborées par de nombreuses investigations de de journalistes de journalistes
internationaux mais aussi des rapports des nations unies qui montrent par ailleurs la collusion
des garde-côtes libyens avec les centres de détention les passeurs et toutes les personnes
qui sont dans les trafics de traites humaines et puis il y a des personnes qui vont venir en Libye
pour partir en Europe ça va être le cas de certains syriens que j'ai rencontrés et en fait
ils ne trouvent pas de voie légale pour pour pour suivre en fait la série qui depuis la guerre
est dans un marat semi économique il n'y a pas d'avenir les syriens je rencontre ce sont des
très jeunes très jeunes personnes qui ne savent qu'ils n'ont pas d'autres moyens en fait légal et
donc qui prennent la mère qui prennent des risques pour leur vie ils le savent mais en fait
ils n'ont pas d'autres espoirs
la façon dont les personnes partent d'après les récits que j'ai reçu les témoignages que
j'ai entendu à bord souvent les personnes vont être enfermées dans des maisons dans des
hangars pendant très longtemps jusqu'à ce que le passeur décide de les faire sortir et de leur
faire prendre la mère souvent on leur ment évidemment sur le type d'embarcation moi j'ai
rencontré ça va beaucoup marquer une famille de syriens qui était persuadée qu'ils allaient
prendre un bateau comme un petit bateau de croisière quoi avec des cabines c'est ce que le
passeur leur avait vendu finalement ils arrivent évidemment c'est absolument pas ça c'est un
bateau une coquine de noix certains viennent avec leur valise j'en rappelle cette femme cette
famille syrienne sa maman me dit les venues avec ses valises mais en fait ils sont dans cette
petite embarcation c'est impossible de mettre les valises donc prennent les valises il les jette
il est tap il est force à les faire entrer souvent ça c'est un récit qui revient souvent il est
force à les faire entrer dans les embarcations parce que souvent soit ils se rendent compte qu'en
fait c'est pas du tout ce qu'on leur avait promis que la mère elle est pas du tout apte à la
la mère et le bateau ne sont pas à la navigation en fait ils se rendent compte que c'est très
dangereux mais ils peuvent pas revenir en arrière les rescapés me disent que souvent quand on les fait
monter dans les bateaux des côtes libyennes on leur montre les lumières des lumières en fait en
haute mer et on leur dit ça c'est l'italie en fait ces lumières ce sont des plateformes
pétrolières qui sont au plein milieu de la mer qui sont toujours dans la zone de recherche et
de sauvetage libyenne donc en fait on leur montre complètement parce que de la liby si on regarde
une carte de la liby l'italie c'est très très loin en fait je ne sais pas dire combien le jour
ça devrait durer ça dépend combien de à combien de nœuds on est mais ce qui est sûr c'est que
un bateau en gaucho si il part de l'ibis pour aller en italie il a très peu de chance d'arriver
plusieurs m'expliquent aussi que ils ont vu des hélicoptères les survoler ils ont vu les bateaux
et qu'ils auront fait signe est ce que les bateaux les ont vu je ne sais pas certains me disent
que oui d'autres non ce qui est sûr c'est qu'il y avait des hélicoptères il y avait des bateaux
on l'a su après je l'ai su après ces personnes avaient également appelé à l'amphone parce que
ils étaient partis avec un souvent c'est le cas quand ils partent ils ont un téléphone satellite
ils ont appelé l'ong à l'amphone qui est une hotline qui permet de relayer en fait des des
appels de détresse donc les autorités libya en italienne maltaise devaient être au courant de
ce bateau en détresse est ce que des gens est ce que quelqu'un à aller les chercher
me semble que non en fait au plus on commence à voir au plus je commence à avoir des informations
au plus je commence à parler avec eux et je commence à voir des aussi je parle avec mon
mon équipe on commence à rassembler un petit peu des pièces du puzzle et on commence à comprendre
que si on les avait pas vu comme ça à la jumelle par hasard parce que c'était pas hasard enfin il
serait plus là en fait il serait pas sure il serait pas vivant ne serait pas vivant personne
les chercher quelques jours après on a encore les rescapés à bord je suis en train de prendre
mon petit déjeuner avec avec mes collègues et tous les matins je moniteur la presse je regarde
ce qui se passe je vois que donc je regarde dans la presse italienne ce qui se passe et je vois
dans la presse je lis que l'une des personnes que l'on a évacué médicalement est décédée alors
j'ai je pousse un cri de de tristesse de surprise de colère ma collègue me demande qu'est ce qu'il y a
je continue à manger mon petit déjeuner en silence mon collègue qui en fait s'il me dit
je dis mince j'ai fait un jour et pas dû lui dire comme ça c'est sorti tout seul je suis désolé
elle me dit non mais de façon il n'y a pas de bonne façon de le dire Lucille elle revient on
se peut quoi se dire en fait on continue à manger puis c'est en silence on est triste et donc à ce
moment là je j'écris à ma chef de mission qui est à la passerelle et je lui envoie la nouvelle je
lui dis il faut faire une réunion et donc on apprend la nouvelle aux autres il y en a certains qui
se lèvent parce que voilà ils sont émus donc on est tous hyper en colère hyper triste c'est des
vraiment des sentiments très très partagés qui nous qui nous traversent et en plus tout ce temps
on a dû continuer à faire des sauvetages on en a fait trois autres sur moins de 48 heures donc on a
pas eu vraiment le temps de relâcher tout ça toute cette émotion on il a fait du continuer il y avait
des alertes on y est allé les autorités italiennes nous ont dit d'aller porter
assistance à d'autres bateaux et voilà on continue on continue à faire des sauvetages et c'est
un peu voilà du coup pour pouvoir continuer à faire cette mission quelque part on je pense on
bloque un peu ces émotions et c'est un peu la première fois que je ressens qu'on laisse les
émotions sortir je sais pas je sais pas comment mes collègues le voient mais moi je me demande
souvent ces personnes qui sont disparues cette personne qu'on a une trouille et qui n'a pas
survécu c'était qui qu'est ce qui vous était quoi leur rêve comment il s'appelait c'était quoi
son métier voilà je me demande c'est ça en fait c'est des gens c'est des histoires et toutes ces
personnes qui ont disparu je crois que c'est un c'est important en fait qu'on se rappelle
qu'on parle vraiment de gens en fait de vie très rapidement après le sauvetage on reçoit
un port de débarquement depuis la loi piantédozy les o ng ont des ports de débarquement très
au nord donc on reçoit un port de débarquement à anconne c'est au nord de l'italie côté de la
mer adriatique c'est à quatre jours de navigation on a continué à faire des sauvetages on se retrouve
avec plus de 350 personnes à bord dont 25 pas 25 mais 23 personnes on se retrouve avec 23
personnes du premier sauvetage qui sont dans une urgence médicale et en tout cas psychologique
vraiment grave c'est à dire que du moment où ils sont arrivés à bord ils sont restés dans l'abri
dans lequel on les avait mis et ils ne se levaient presque pas alors déjà ils avaient énormément
de mal à marcher et je ils s'étaient prostré en fait psychologiquement je pense qu'il y avait
quelque chose ils étaient plus de ils étaient dans une autre réalité et quand on reçoit la
nouvelle de ce port qui a quatre jours de navigation la chef de mission demande aux autorités
italiennes de nous donner un port plus proche et quand elle fait ces demandes là elle explique aussi
pourquoi de toute façon qu'ils aient passé un ou sept jours en mer en fait ce n'est pas normal de
recevoir un port aussi loin ces personnes de toute façon ont tous fui la tunisie ou la libide dans
des conditions mais atroce pourquoi rajouter en fait encore plus de souffrance et les faire les
faire débarquer si amant au nord de l'italie finalement les autorités les autorités italiennes
ne vont pas accepter nos demandes qui ont été répétées mais vont proposer de débarquer une
vingt personnes en s'y c'est pourquoi 20 propose de débarquer 20 personnes la chef de mission
décide en accord avec l'équipe médicale de débarquer les personnes du premier sauvetage
parce que c'est les personnes qui sont le plus affectés psychologiquement et médicalement
on va les débarquer en s'y c'est les autorités italiennes ne vont pas accepter qu'on aille un port on va
faire un transfert au large de la s'y c'est en pleine nuit vers deux heures du matin
d'un bateau de notre bateau mère à un autre bateau et ce bateau va ramener ces personnes vers
vers la sisi on s'est tous mis avec mes collègues on leur a fait des grands signes d'or voir on
était soulagés à ce moment là de savoir qui qui pourront aller pour aller dans un hôpital et
avoir avoir une prise en charge médicale pendant la mission quand quand on vit des choses difficiles
j'ai l'impression que justement parce qu'on s'entraîne beaucoup on est en mode robot donc on
coupe nos émotions souvent c'est presque important de le faire parce que sinon si on est trop dans
on arrive trop à faire les gestes qu'on devrait faire on arrive pas à garder son
sans-froid donc c'est important de pouvoir être concentré pour autant évidemment il y a des
moments où craque et notamment ce jour là le 13 mars donc au moment où je comprends que bon
la situation est sous contrôle plus ou moins je remonte dans ma cabine pour me changer pour
commencer mon travail de témoignage et de communication et à ce moment là je me mets
à pleurer et je me mets à pleurer et je pleure pas souvent quand je suis à bord parce que justement
je les émotions sont bloquées et mais je me rappelle que je pleure je pleure pas longtemps
parce que je me dis faut vite que je retourne travailler on essaye souvent de se raccrocher au
vivant c'est vrai qu'on pense beaucoup aux personnes qui ont disparu mais on se dit voilà eux on
les a vus à la jumelle et ils sont là et ils sont vivants et ça c'est important de pouvoir
faire cette balance là parce que sinon psychologiquement ça devient très difficile
après forcément on est chargé on est très en colère on ne supporte plus que son collègue
laisse sa tasse de café traîner des choses qui sont anecdotiques mais qui vont nous énerver
qui vont m'énerver beaucoup plus que d'habitude je vais être beaucoup plus frustré je vais être
beaucoup plus sur les nerfs et je sens que c'est parce que je suis touché
parfois il y a certaines images qui me reviennent en tête et c'est à des moments
complètement inattendu et parfois un peu absurde il y a eu un match de foot il y a quelques jours
et c'était c'était marseille donc voilà dans la rue il y avait plein de bruit et j'ai pensé à se
rescapé qui avait le qui était inconscient dans le bateau et qui avait un maillot de foot
ronaldo et je me suis demandé quelle équipe il aimait bien quel joueur de foot il aimait bien
et mais c'est pas c'est pas toujours que des souvenirs tristes heureusement c'est aussi des
souvenirs heureux ou quand j'écoute de la musique parfois avec des rescapés j'aime bien la frobite
et les gens de t'es à plein de rescapés d'afrique de l'ouest ils écoutent de la frobite aussi
et donc on on écoute la musique on se retrouve autour de la musique et c'est génial de se dire
que bah lui il adore au malet moi j'adore au malet on écoute ensemble et ou alors la dernière fois
j'ai écouté pendant un bon moment avec une une malienne à madouille mariam et puis on écoutait
ça toutes les deux au soleil et tout et on a chanté et ça quand j'écoute ça quand j'écoute
cette musique que j'écoute dans mon quotidien tous les jours je repense à ces moments et en fait
ça m'apporte tout ça me fait sourire en fait je souris et et heureusement il n'y a pas il n'y a pas que
de la noirceur il ya un peu de lumière et de l'humanité
la chance dans cette histoire c'est que on avait cette journaliste indépendante italienne qui
travaille pour un journal italien et je pense que ça va contribuer au fait que ça va massivement
se diffuser dans la presse italienne le lendemain ça fait la une de tous les grands journaux
italien c'est peut-être rien mais pour moi c'est une victoire de me dire quand même peut pas dire
qu'on ne sait pas il va avoir beaucoup d'articles aussi dans des médias non dentiers les photos de
la photographe vont faire le tour du monde en fait et je vais répondre à beaucoup d'interviews
j'ai recevoir énormément d'interviews je sollicite mes mes mes collègues pour pour qu'ils me
racontent pour qu'ils puissent aussi témoigner je leur je leur dis c'est grave ce qui se passe
la situation en Méditerranée elle est elle est grave ce qu'on a vu il faut qu'on en parle il faut
qu'on puisse tous parler si on le souhaite bien sûr parce que pas tout le monde n'a envie de parler
pas tout le monde n'a besoin de parler c'est pour ça que je pense que c'est important même
aujourd'hui d'être de raconter en fait même après plusieurs jours mais voilà ça c'est une histoire
mais il y en a combien d'histoires hier encore j'ai vu il y a eu un offrage qui va raconter cette
histoire aujourd'hui la Méditerranée est la voie migratoire la plus meurtrière au monde d'après
l'organisation internationale des migrations près de 30 000 personnes auraient disparu en Méditerranée
depuis 2014 un nombre largement sous-estimé qui ne peut comptabiliser précisément toutes celles
et ceux qui ont quitté les côtes libyennes ou tunisiennes si vous souhaitez agir pour mettre fin
au naufrage en Méditerranée centrale n'hésitez pas à rejoindre ss méditerranée en devenant
bénévole pour l'association ou en faisant un don directement sur leur site cet épisode a été
réalisé par Thomas Fier assister par Nicolas Alberti le récit a été présenté par Clément
Sacar la musique est composée par Nicolas de Ferrand avec une musique additionnelle de Michel
Boga chloé vibo s'est assuré du montage et Antoine Martin du studio chris pyrichord du mixage