a rendonné un jour ou parté pour toujours avec Colombia.
La marque conçoit des vêtements, des chaussures et des accessoires
intégrants des technologies testées en conditions réelles
depuis plus de 80 ans pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner le podcast Les Balladeurs.
Girek Soudé a toujours eu le cœur près de l'océan.
Né en Bretagne, il a bouclé un tour du monde par les deux pôles, survécu à un
hivernage sur la banquise du Groenland et était le plus jeune navigateur au monde
à franchir le périlleux passage du Nord-Ouest.
Tout ça, en compagnie de Monique, sa petite poule rousse, devenu célèbre dans le milieu.
En 2021, il se lance un nouveau défi, traversé l'Atlantique à la rame et sans expérience,
mais sa navigation ne lui apporte pas le combat espéré.
Alors en route, il décide de s'engager dans la traversée retour par le terrible Atlantique Nord.
Commence ici une toute autre histoire. Sur le quai d'un petit port américain,
Alice, qui l'aide à organiser ses aventures, et Nihout, sa compagne, le regarde partir dans
le brouillard. Elles le savent. Dans cet océan déchaîné, avancer est une lutte de chaque instant.
Les premiers coups de rames à contre-courant sont pénibles, l'effort colossal.
Osez se reposer, c'est accepter de voir son bateau reculer. Mais pour Girek,
ce n'est que le début de la galère, car une tempête se lève et les fichiers météo sont
unanimes. Elle va être sévère.
J'ai toujours été attiré par la mer, par les restines d'avigation,
parce que mon rêve, depuis tout petit, c'était de découvrir le monde à travers les océans.
Ce qui est sûr, c'est que pour moi, on n'a pas assez d'une vie pour faire tout ce qu'on veut faire,
en tout cas pour ma part. Après, je pense que je suis un peu un...
un internais l'insatisfait, dans le sens où j'ai l'impression que je ne fais jamais assez.
Je pense qu'au jour où je me retrouverais un peu sur mon lit de mort,
j'aurai un petit flashback de tout ce que j'aurais accompli. J'espère me dire que c'est chouette.
J'ai envie de sauter, j'ai envie de courir, j'ai envie de ne pas dormir, j'ai envie que ça dure.
Dans mes défauts et mes qualités, quand j'ai envie de faire un truc, j'y vais.
Je ne me pose pas de questions. La rame, tu me mets le bateau à l'eau.
Je rame depuis toujours. Je ne me suis jamais amusé à ramer pendant 10 heures d'un coup, ça, c'est vrai.
Mais je me suis dit que au fur et à mesure, ça allait le faire.
Le fait d'être seul, le fait d'être sur l'océan, ça, j'attendais que ça.
C'est ça, en fait.
L'aller, c'est très bien passé. Je rame beaucoup. Je fais des rencontres d'animaux, c'est sympa.
Je ne rencontre pas beaucoup de bateaux.
J'ai lu 2-3 bouquins dont un livre de Gerard Dabovil, qui est le premier français à avoir traversé l'Atlantique Nord à la rame.
Je ne sais pas, c'était forcément une bonne idée de lire ce livre parce que quand je le finis, je me dis,
« OK, l'Atlantique Nord, OK, à la rame, OK, je vais faire ça. »
Et là, j'ai changé avec Alice en lui disant « Écoutez, Alice, là, j'ai vraiment envie de faire l'Atlantique Nord.
Et du coup, Alice, renseigne-toi, s'il te plaît, de voir la faisabilité pour envoyer le bateau aux États-Unis.
Je voudrais partir de Cape Cod, de Chatham, le même endroit que... voilà.
Et du coup, après, ça devient un petit peu une obsession en disant que je vais vraiment faire ce se retour à la rame,
qu'il faut aller vraiment ramener le bateau.
J'arrive après 74 jours à Saint-Bartalémy, donc déjà, j'étais content d'arriver à l'endroit où je voulais
parce que la rame, ce n'est pas forcément évident de fixer un point précis.
Voilà, hyper heureux d'arriver.
J'étais content de m'attraverser, mais voilà, il avait manqué quelque chose.
Ensuite, voilà, tout s'enclouche pour le retour à la rame.
Et entre-temps, voilà, Newt tombé enceint, donc ce n'était pas forcément prévu, après on était hyper content.
J'aimerais présenter comme avec elle, mais bon, d'un côté, voilà, le projet, il est abouti, les partenaires, ils sont là.
Et clairement, moi, j'ai envie de y aller.
Après, je savais que l'Atlantic Nord, c'était quand même chaud.
Je sais qu'il y a beaucoup de personnes qui l'ont tenté, qui n'ont pas réussi, voire qui n'ont pas revenu.
Il n'y a pas beaucoup qui veulent le faire, je pense qu'ils n'ont pas tort,
mais il n'y a pas beaucoup et qu'on va s'y arriver l'autre côté, je crois, à ma connaissance.
En fait, ce qui change, clairement, c'est la météo.
La météo, la distance, donc la complexité, ça veut dire que tu peux choper des vrais tempêtes tropicales,
voire des cyclones qui passent par les Caraïbes et qui remontent.
Tu peux choper des creux énormes, dans l'Atlantic Nord, parfois, tu as des creux de 20 mètres, tu as le froid, tu as l'humidité.
Alors, ce qui est bien et pas bien, c'est que cette route, elle est quand même beaucoup prise par les cargo aussi.
Voilà, tu as tout ça et puis, tu as le fait d'arriver pareil, parce que les Alisées, ça t'emmène dans les Caraïbes,
mais le Goldstream, ça t'emmène en Europe, ça t'emmène aussi bien, ça peut t'emmettre en Islande, en Irlande, en Espagne.
Donc, une fois le plus, tu te places avec la force de tes bras.
Donc, c'est dur, et le seul moyen d'avancer, c'est de ramer.
Alors, je crois qu'on disait, c'est un million de coups de rames pour une traversée d'Atlantique.
Bon, on part plutôt de la traversée est-ouest, parce que je pense que la traversée nord, c'était...
Ouais, multipliée par deux, pas loin, quoi, je pense.
Là, on est à Cape Cod, on est à Chatham, précisément.
On est dans un petit chantier naval, le chantier de Woody, là, et c'est trop rigolo,
parce que, 40 ans en avance, Gérard d'Aboville était parti exactement du même ponton, quoi.
Encore le plus, moi, j'ai qu'une envie, c'est de me barrer, j'en regarde la météo, on voit que c'est pourri.
Y avait un mec qui avait essayé de faire... qui avait essayé de tenter de la traverser juste avant moi, et donc, il arrête.
Donc, moi, je prends contact avec lui, et là, il me dit, écoute, là,
enfin, trop dangereux, j'en ai marre de jouer avec ma vie, terminais, j'arrête, quoi.
Clairement, je sais que ça va être dur.
Plus vite, ça commence, plus vite j'arrive, et voilà.
Donc, je veux que ça commence, et je vois la météo qui est pourrie, qui est pourrie.
Donc, voilà, on est toujours dans ce petit chantier, et puis, il y a quelques personnes qui viennent nous voir et tout,
et je me souviens du premier journaliste qui vient nous voir, alors, il me dit, je sais pas si je devrais te le dire,
mais la dernière personne que j'ai intéressée, qui partait pour la même traversée que toi, là, la rame,
bah, on l'a jamais retrouvée.
Là, je suis ok, super cool, ça commence bien.
Et forcément, tu te dis, tu dis, bon, bah ouais, fait chier, les mecs n'ont pas eu de chance, quoi,
mais malheureusement, c'est que moi, ça peut m'arriver aussi, et moi, je fais pas ça pour crever, quoi.
Surtout que, maintenant, je suis plus seul, et je vais être papa, quoi.
C'est un poulot qui me remonte d'ubide.
L'émotion, pourtant, je ne l'ai pas sonné.
Je déglutis, j'arrête de parler.
Il y a un truc qui va pas.
Ce n'est pas le gigui sur excité des départs.
Au canary, j'avais sauté dans mon rameur comme un cabri.
Je n'avais pas cette boule au ventre.
Je ne me reconnais pas.
Qu'est-ce qui ne va pas ?
On me tire avec le petit bateau.
Il y a deux, trois autres bateaux, et donc un avec cette autre journaliste qui m'avait intervouvé dès le début, quoi.
Et je devrais me faire pleine photo de moi et tout.
Il n'a qu'une envie, en fait, de faire une pleine page sur le mec qui l'a intervouvé et qu'on n'aura jamais retrouvé, quoi.
Et puis, bon, bah, on arrive à 1 000, 2 000 de la côte, et puis, bon, bah, là, il largue les amars,
et là, c'est un gros bouillard, quoi.
Et à partir du moment où il lâche les amars, moi, je commence à râmer.
Je ne suis pas trop content de faire ça, mais je suis vraiment content de faire ça.
30 secondes, là, je ne vois plus.
Il disparaît comme un fantôme, quand même.
Départ compliqué, parce que je ne fais pas hyper chaud.
Je suis tout est un peu trempé, là, dans mon bateau.
Je râme, je ne progresse pas très bien.
Moi, je fais des petits stops, mais je vois que je dérive vite vers la côte.
Et là, je m'arrête de râmer, et là, je vois que je dérive.
Donc, je me dis que ce sera peut-être le seul moment de m'être inversé, je ne peux pas remettre mon anc.
Et donc, je pose mon anc, et je vois que le bateau se stabilise, donc je t'arrange un petit peu.
Et puis, je repars en pleine nuit râmer.
Le rameur, il est assez grand, en final.
Il fait 8 mètres, mais pas très large, un mètre 20, à peu près.
Donc, il roule pas mal.
Donc, tu mets sur un côté.
Ça agite quand même bien.
T'as une partie habitable sur l'arrière, donc c'est vraiment la cellule de vie.
C'est là où je me repose, et là où je me fais à manger.
C'est là où je suis un petit peu l'abri, calé,
et faire autre chose que râmer.
Après, tu as la partie avant du bateau, ou là, tu as une autre partie étanche, beaucoup plus petite.
Ou là, tu as plutôt des affaires de spaire, du bout, je ne sais pas, mon dessal manuel, de la nourriture,
mes ancres flottantes, des choses comme ça.
Ensuite, pour l'électricité, je suis équipé de panneaux solaires avec 2 batteries.
Et puis après, tu as la partie du centre.
Donc, c'est la partie où je passe beaucoup de temps, parce que c'est la partie qui me permet de faire amancer mon bateau.
Et c'est comme sur un rameur en salle, c'est un banc qui pivote,
avec un endroit où je peux caler mes pieds, des straps.
Et puis après, un environ dans chaque main, et puis c'est parti.
Pour dormir ou me reposer, donc je rentre dans mon petit compartiment étanche.
Je peux mettre de bouches, je suis assis, et pour aller dans mon lit, je dois ramper.
Je rentre, je suis vraiment allongé, c'est-à-dire que même allongé dans mon lit, je ne peux pas lever la tête.
C'est-à-dire que pour sortir de mon lit, je me mets à plavante et je rentre pour dégager.
Donc c'est un petit cercle.
Et donc pour dormir, souvent, j'ai un bras en bas, un bras au-dessus,
et les jambes, souvent, j'ai une jambe tendue, et une jambe rabattue,
et qui va me caler, en fait, parce que le bateau roule en permanence.
Et donc sinon, tu te coines d'un bord, un autre, c'est pas très confortable.
Mon objectif, c'est de faire le maximum d'est pour choper le goldstream, en fait.
Donc m'écarter au plus vite de la côte.
Il y avait tellement de courant, avec ses au fonds, c'est qu'il y avait des vrais tourbillons dans l'eau.
En fait, je lutte, je lutte vraiment contre ce courant.
Mais le problème, c'est que quand ton bateau vient se mettre en travers du vent et du courant,
parfois, on va le leur mettre comme il faut dans le bon cap, ça peut me prendre 20-30 minutes à ramer
du même côté comme un acharné, quand même.
C'est dur. Heureusement que physiquement, je suis en forme, que j'ai beaucoup à manger,
que j'avais pris pas mal de poids, que j'avais eu le temps de bien me reposer à Cape Cod.
Mais c'est dur.
Moi, je suis en rond, j'arrive pas à me sortir de certaines zones,
et je comprends pas.
Et puis au moment où tu te viens fou, tu viens fou et tu vois le courant s'inverser,
et tu es là, et tu sais qu'il faut pas lâcher.
Je suis pas comme sur mon vélo, dans le sens où le vélo t'as tendu d'inertie.
Et une fois que tu pédales, tu pédales et tu gardes ton rythme, t'as la même puissance,
et ça déroule.
Sauf que là, le problème, c'est que les conditions sont tellement pourries,
c'est qu'à chaque coup d'avirant, je dois relancer mon bateau.
Le bateau, il est à l'arrêt, pratiquement, à chaque fois.
C'est à dire que là, je râme, boum, mon bateau avance.
Là, je relâche, le bateau, il s'arrête.
Donc ça veut dire que, bam, je dois renvoyer à chaque fois.
Mais c'est épuisant, c'est épuisant, vraiment, t'en peux plus.
Et voilà, trop fixé, ça s'arrête.
Je pense pas que ça va être aussi dur et aussi tôt.
Et je finis par choper le Goldstream au bout de quelques jours, une petite semaine.
je n'en sais pas, je n'ai même pas eu le temps de boire,
je suis explosé physiquement et moralement.
Je tape dans les rations sans respecter les prévisions.
J'ai trop besoin d'en magasiner les calories.
Et je finis par chopper le goal stream au bout de quelques jours, une petite semaine.
Et là je me dis ok, c'est bon je suis dans le goal stream, je commence à chopper les
courants, je vais te porter vers la Bretagne gentiment, ça n'empêche qu'il faut continuer
à rammer.
Il y a des moments où le goal stream est tellement puissant que tu peux avancer à 3-4
ne s'en rien faire, tu es sur un tapis roulant.
Mais bon c'est quand même assez rare.
Et donc voilà, je commence à être le plus heureux du monde, enfin je peux relâcher
un petit peu, j'avance dans la bonne direction, je fais des moyennes correctes.
Chaque jour est différent un peu après, tu rames chaque jour quand même, mais tu t'adaptes
à la météo, t'as fatigue, tout ça.
En moyenne j'essaye de rammer au moins 12h par jour, j'essaye.
Quand je rame, je suis assis sur mon banc.
Et là, c'est sûr que les épaules, les bras sont importants, mais en fait ce qui compte
énormément c'est surtout les cuisses, donc là je pousse beaucoup sur mes cuisses, les
cuisses sont quand même beaucoup plus balèzes que les bras.
Et là tu envoies des coups d'aviron et tant que tu peux, j'essaye de garder un rythme
constant.
Et en fait, en fonction de là où je me trouve, il y a des moments où il faisait hyper chaud
aussi, donc j'essaye de plutôt rammer la nuit que l'au jour.
J'essaye de me faire des petites pauses pour pouvoir bouffer, pour pouvoir profiter un
peu de ce que je pouvais observer.
Il y a des moments où je suis tellement crampé sur mes aviron que j'arrive même
plus à ouvrir les mains, j'arrive plus à ouvrir les mains.
Et puis il y a des moments où surtout je m'endors, en train de rammer, je m'endors.
Je me souviens de ce moment là où je suis dans mon bateau, là je sais de me reposer.
Et en fait, j'arrive pas à dormir, j'arrive pas à dormir parce qu'il y a du bruit.
Et ce bruit, ce n'est pas des bruits de pollution, ce n'est pas de la voiture, ce n'est pas du
trafic.
C'est des dauphins, en fait, il y a tellement de dauphins autour de mon bateau et c'est
vrai que je les entends siffler, je les entends sauter.
Et je suis dans mon lit en fait et je n'ai qu'une envie là, c'est de dormir.
Et les dauphins m'empêchent de dormir et en fait, juste le souris, je suis là, mais
ce n'est pas complètement taré.
Aujourd'hui, j'arrive pas à m'endormir parce que ce sont les dauphins qui font trop de bruit
à côté de moi.
J'ai eu des dorades, donc moi je comptais aussi, j'avais prévu de pêcher un petit
peu, j'aime beaucoup la pêche de mes passions aussi.
Sauf que voilà, il y a des moments où je me sentais un petit peu sol et j'ai eu
la compagnie de plusieurs dorades dont une que j'ai nommée Paulette et qui m'a suivi
pendant plusieurs semaines et qui était vraiment à côté de mon bateau.
Je ne pouvais pas la toucher, mais pas loin et il y a des moments où je suis en train
de rammer et Paulette, au moment où je suis senté redescendre mes avions dans l'eau,
je suis à deux doigts de la toucher.
Donc j'ai oublié d'attendre que je fais plus de polettes, je me pêcher la dégage un
petit peu et tout.
Et du coup, j'avais des conversations vraiment avec Paulette, ça a l'air un peu que dans
un sens.
Et j'ai eu un fou de bassin, j'ai eu un fou de bassin, ouais, Pedro aussi qui m'a accompagné
un petit peu.
Je me souviens de ce moment où j'avais prévu de plonger, donc ça, c'est un truc que je
devais faire assez régulièrement, c'était plonger pour aller frotter la caraine de mon
bateau en fait.
Parce qu'il y a beaucoup de, comme je ne vais pas vite, il y a beaucoup de vie, il y a pas
mal d'algues de coquillage qui viennent se mettre.
Et donc régulièrement, tu viens frotter avec une spatule, avec une éponge pour retirer
un petit peu toutes les imperfections parce que ça, c'est quand même un frein, donc
ça te fait avancer un petit peu moins vite.
Et donc je me suis dit à un moment où je me dis, bon, voilà, je vais plonger à telle
heure.
Et là, d'un coup, je vois un putain des leurons.
C'était pas la première fois, sauf que là, c'était un petit requin blanc et tu vois
les leurons qui passent de droite à gauche derrière ton bateau.
Aussi bien, il ne va rien de faire.
Mais c'est vrai que j'avais cette petite impréhension quand je suis dans l'eau et que
je nettoie mon bateau et que j'ai 4, 5, 6 millimètres de profondeur en dessous de moi.
Et du coup, au début, je m'attachais pas trop et puis après, j'ai fini par m'attacher un
petit peu, en me disant que si jamais je veux te tirer par un requin et tu m'en me
déverses le fond, au moins on ne m'aiderait peut-être pas très loin parce que bon,
les fichiers météo sont unanimes, ça va barder ses verres.
La météo annonce des vents à 45 nœuds avec rafales à près de 60 nœuds, creux de 7 mètres,
mercroisées avec des ferlantes.
Je suis prévenue, je vais entrer dans le shaker, je vais donc être secouée et le principe,
c'est qu'on ne sait pas de quelle couleur on en sort, ni avec quelle couche dessus ou dessous.
La tempête fonce tout droit sur moi et la mer va vraiment monter en furie.
Je choppe un fichier météo et là je vois que j'ai une tempête tropicale qui va me passer dessus.
Je rame, le vent commence à monter petit à petit, à ce moment-là il fait jour,
donc le vent monte, là où le monte, jusqu'au moment où je me dis bon, bah écoute, là je vais
mettre à l'abri, je vais arrêter de râmer, je range mes avirons, je me mets dans mon bateau,
donc dans la partie habitable.
Il faut savoir que le bateau quand tout est fermé, quand je suis vraiment à l'intérieur,
il est hermétique à 100%, voire un peu trop, dans le sens où si tu as vraiment tout clouturé,
au bout de 20 à 20 ou une bonne vingtaine de minutes, tu n'as plus d'air du tout dans le bateau.
Tu crèves quoi.
Donc tu as toujours un petit hublot qui est ouvert pour un minimum d'oxygène d'air frais qui rentre
dans le bateau et donc ce petit hublot qui est au niveau du panneau principal d'entrée
ou de sortie du bateau, c'est le seul endroit par lequel tu peux passer vraiment le bateau.
Et bah dessus tu as une toute petite fenêtre quoi.
Et bateau à l'endroit ou à l'envers, en fait, l'eau elle ne rentre pas dedans.
À l'envers, elle peut rentrer un peu dedans avec une petite vague et tout, mais c'est pas très grave.
Moi je suis à l'intérieur, donc ce qui est cool c'est que tant en tant je peux lever ma tête à travers
un peu, on dirait un peu une porte de machine à laver, un truc, une bulle, un peu,
quelque chose de rond ou t'as une vue à 360 degrés donc c'est assez chouette.
Et donc là je regarde la mer, je vois qu'elle est mauvaise mais je me dis bon là je pense pas qu'il y ait
de raison de trop de chavirées quoi.
Et à ce moment là il fait chaud dans le bateau mais chaud chaud quoi.
Je suis torse nu, trempé quoi et là faut que je sorte à l'extérieur mais sortir à l'extérieur
c'est pas forcément une bonne idée là.
Donc je préfère ouvrir le petit hublot au-dessus de moi là, je fais un courant d'air pour un peu d'air.
On ne sait pas non plus une bonne idée de l'ouvrir mais juste au-dessus de moi et tout petit,
tu as son âge et la main dessus donc pas de problème, si je me retrouve à l'envers,
je peux refaire mon angle la commande d'eau.
Et en fait je me retourne là d'un coup sec, comme quelqu'un qui se fait parcuter entre
à travers par un camion quoi.
Je me fais projeter quoi.
Et mais ça je sais pas, en une seconde.
Et là d'un coup là il y a l'eau qui monte.
Là il y a l'eau qui monte et là le hublot que j'essaye de fermer,
il ne veut pas se fermer quoi.
Il ne veut pas se fermer celui de l'eau, il y a un bout qui passe dedans,
il y a le bout qui passe, je leur pousse, il revient, il n'y a rien à faire quoi.
Et l'eau elle monte quoi, elle monte dans le bateau et ta petite bateau,
elle joue et qui commence à s'enfoncer et que plus ça va plus lourd elle commence à
être de plus en plus haut sur mon corps quoi.
Même si elle la marge avant de choper ma tête,
c'est la situation, on est moyens quand même quoi.
Elle est moyen et surtout que maintenant l'eau elle commence à entrer
par l'autre hublot qui me permet de respirer.
Et là elle rentre beaucoup aussi.
Pour le coup sinon je le ferme facilement quoi.
Sauf que rapidement là, il n'y a plus d'air quoi.
C'est à dire que je ouvre la bouche et il n'y a plus rien qui rentre.
Et là je suis dans mon bateau à moitié dans l'eau quoi et enfermé.
Et je peux plus respirer.
Par en plus je ne m'attendais pas du tout quoi.
Je pense que ça arrivait petit à petit que l'air était en train de partir,
mais je n'ai pas fait gaffe quoi et d'un coup en fait en ouvrant la bouche.
J'étais un peu dans les forces, en s'en être dans les forces,
mais je suis concentré, j'essaye de trouver une solution pour fermer,
je n'y arrive pas, je bouge un peu dans tous les sens.
Et sauf que d'un coup là je voulais boucher.
Il n'y a plus rien quoi.
En fait je ne sais pas quoi.
On vient de me mettre la main et on vient de me boucher le nez d'un coup comme ça,
sans prévenir quoi.
J'ai plus rien quoi.
Donc là quand je suis à l'intérieur de mon rameur et que je vois que j'ai plus d'air en fait,
c'est une question de quelques secondes.
Donc là j'ouvre mes poignées et déjà je ne pensais pas que le hublot
allait sourire aussi rapidement donc le hublot s'ouvre.
Et là j'ai un gésère d'eau qui rentre dans mon bateau quoi.
Et moi je me retrouve projeté quoi.
Je suis projeté dans l'arrière du bateau.
En plus je ne pars pas droit donc je pars à moitié assis en tailleur.
Donc à moitié je ne pouvais pas faire ça.
Donc je t'en une main, je me tire sur une part loin du bateau, je ne sais pas quoi.
Et là j'essaye juste de me dégager le plus vite possible.
Après je suis full sous l'eau sans air quoi.
Et une fois que tu sens après le bateau, il était quand même assez rapidement en gloutis par l'eau.
Donc assez rapidement il n'y a plus trop de pression donc je vais arriver à me dégager.
Mais tout est long quand même.
Quand je chars ma tête de l'eau, j'ai l'impression que je viens de plonger pendant 10 minutes.
Donc dur et après j'arrive à me dégager.
Et puis ce truc c'est que je me dis mais maintenant il faut la redresser le bateau et je ne vais pas pouvoir le redresser.
En fait là j'ai fait une grosse erreur, c'était d'ouvrir ce hublot.
Et maintenant je ne sais pas comment je vais m'en sortir en fait.
Et là je suis H-Fal sur mon bateau avec un bout à la main parce que ça déferne pour éviter de me faire projeter et dégager au large.
Le hublot est toujours ouvert parce qu'à un moment je me suis dit avec toutes mes affaires,
je me jouais mes affaires partir, je me dis mais putain un mec fait quelque chose quoi.
Donc je redescend en me disant vas-y je vais fermer le hublot.
En fait je ne peux pas le fermer, il y a trop de pression.
Le bateau monte, il descend, le truc il se ferme.
C'était trop dangereux d'essent que je ne pouvais pas le faire quoi.
Et donc je me remets H-Fal sur mon bateau et je regarde autour de moi à 360° je ne vois rien, c'est bleu partout quoi.
Bleu blanc.
Et j'attends, bah ouais j'attends, j'attends, je réfléchis mais j'essaye des trucs, j'essaye.
Mais je ne vois pas quoi.
Il pouvait se passer plein de trucs mais pas ça en fait.
Pas ça parce que le problème du bateau allant vers ou vers,
c'est qu'il est rempli d'eau le bateau et va le redresser en fait.
Là je me dis putain mec mais là t'es trop con là.
Là t'es trop con parce que là tu vas crever ici quoi en fait quoi.
Et je vois mes affaires qui parlent.
Là je vois putain je vais m'endrailler qui est en train de se barrer.
Ok bon bah t'es songe, qu'est-ce que je fais ?
Qu'est-ce que je fais je le récupère, je le mets où mon oreiller ?
Enfin voilà et je vois plein de trucs comme ça qui se barrent.
Et là je vois d'ailleurs une de mes vestes geekotaine là toute nable.
Là je me dis non ça peut pas partir ça donc je la shoppe.
Je prends la manche fin 1-2 là sur le bateau au niveau de la coque là sur un bordet.
Et là il se passe des heures.
Il se passe des heures, des heures, des heures et putain je vois pas de solution quoi.
Et je me dis je vais crever quoi, je vais vraiment, je vais crever là.
Je m'en veux, je me voyais déjà en fait je sais pas pourquoi j'avais ce scénario d'être allongé dans l'eau.
À côté de mon bateau et m'écarté comme ça petit à petit quoi.
Voilà je voulais pas que ça se passe comme ça mais j'ai joué j'ai perdu quoi.
J'ai joué j'ai perdu.
Comment je fais moi pour redresser un bateau plein de flottes ?
J'ai beau savoir que c'est impossible, je me lève sur la coque, je shoppe le bout de redressement,
je fais du rodeo dans les vagues, debout pendu de tout mon poids sur cette ligne censée redresser mon canot.
Evidemment rien ne se passe.
Je dois être frigorifiée mais je n'arrive pas à le ressentir.
Je suis exténuée, je le sens par contre.
Ça doit faire cinq heures ou plus que je suis à la baille.
Je connaissais les règles du jeu, j'accepte la sentence, je suis un petit con.
Je comprends que c'est fini, tout se mélange dans ma tête, j'ai mal pour mes proches.
Quel égoïste ?
Nuit, le bébé, veuve et orphelin, l'horreur absolue.
Je suis un peu délicaté, je suis un peu délicaté.
Les heures se passent, je sais tout ce que je peux mais il n'y a pas un miar de choses à essayer non plus.
Et juste au moment où je vois une encre flottante sortir de mon bateau,
une encre flottante, c'est comme un sac, comme je dirais un petit parachute,
il y a plusieurs tailles d'encre flottantes.
Et là je la vois qui commence à couler.
Et là je fais...
Ah mais oui l'encre flottante, en fait l'encre flottante elle me permet de réduire ma dérive
ou de garder un bon axe par rapport au vague et au vent,
donc de phase ou de cul quoi, pour éviter de se mettre de travers.
Et là je fais mes... putain mais oui l'encre, je plonge, je vais la récupérer.
Donc là j'ai un long bout qui traînait et que je remonte.
J'amarre l'encre flottante, j'amarre l'autre extrémité du bout au travers du bateau,
dans son milieu, le bout fait le tour du bateau.
Donc ça veut dire que le bateau il se met en travers de la houle
et en fait les moments de tension, les moments où l'encre flottante prend bien,
t'as le bout de l'istant et ça donne des accous au bateau en fait.
Donc avec ce système là, plus en fait une barre que j'ai
qui permet de faire levier sur le bateau, donc que je décroche de l'avant
et ça me permet d'avoir un axe à 81 degrés du bateau
pour essayer de le redresser plus facilement donc ça s'avait été conçu pour ça.
Donc avec ce système là, l'encre flottante, cette barre,
il y a une bonne différence, le bateau se redresse en fait.
Le bateau se redresse mais là je suis comme un ouf quoi, je hurle et tous y crois, pâche.
Et en fait là, je pense même pas de me dire que je suis en vie,
je pense qu'il y a une chose c'est de me dire putain le bateau flotte,
je vais pouvoir continuer mon aventure à arriver en Bretagne.
Et donc voilà, le bateau se remalle en droit, bon il est encore rempli d'eau,
ça veut dire qu'il flotte mais quand même la partie habitable est bien sous l'eau,
donc là je rentre dedans, je prends un saut, encore heureux j'aime un saut,
je vide, je vide, je vide, je vide, je vide, je vide, je me positionne bien
et là le bateau commence à reprendre de la flottabilité.
Et puis une fois que c'est bon, je m'en ferme dedans
et là je me dis ok donc là ça fait plusieurs heures que j'ai pas donné de moyens,
enfin j'ai pas donné de signes de vie, je me dis bon bah je vais quand même,
logiquement j'avais un compartiment étanche avec les instruments électroniques et de sécurité
mais sauf que ce compartiment étanche, le bateau à l'envers si je l'ouvrais,
l'eau rentrait dedans c'était foutu direct, enfin bon voilà, c'était pas vraiment,
on ne visais pas, je sais pas mais en tout cas ça aurait pas fonctionné.
Et donc j'ouvre ce compartiment étanche que je supposais étanche
et sauf que là bah il y a plein d'eau qui sort d'un coup,
et là je fais wouah, en plus d'ailleurs ça sentait la fumée,
il y avait un truc qui avait eu un court circuit sacré, ça avait cramé et tout.
Je choppe mon iridium go et en fait l'iridium go, il a pris l'eau,
donc en fait il est tout noir, il n'y a plus rien dessus,
j'avais un autre iridium d'Espère qui avait pris la flotte pareille,
donc en fait plus de moins de communication.
Et là je me dis ah putain, fait chier quoi, je vais pas pouvoir prendre contact avec eux
pour les rassurer, et en fait je me dis bah ouais mais pire que ça en fait là.
C'est que déjà ils ont pas une nouvelle de moi pendant plusieurs heures
et c'est que au bout d'un moment ils vont imaginer de pire quoi.
Dans mon bateau j'ai réussi à sauver une VHF portative,
donc une petite radio qui permet de communiquer avec les bateaux qui sont pas trop loin.
Et là je me dis ok il faut absolument que je trouve un cargo et que je prenne contact avec lui.
Et sauf que les heures passent et on parle une trentaine d'heures je pense
sans que j'aperçois toujours rien.
Et là je me dis mais en fait cette VHF, est-ce qu'elle marche vraiment, je ne savais pas.
Et là je me suis, en fait, ils vont m'enterrer quoi.
Ils vont m'enterrer alors que je suis en vie alors que je vais arriver en Bretagne.
C'est-à-dire que je me suis projeté mon enterrement chez moi à Plourescan, mais vraiment, mais vraiment.
Enfin l'église, d'ailleurs quand tous les portes de l'église côté ouest on voyait Yvinaik,
je voyais mes soeurs, tout le monde, enfin pas mal de personnes en pleurs.
Et là je me dis putain mais c'est trop con en fait, c'est trop con parce que là je leur fais
énormément de peine alors qu'en fait je suis vivant quoi.
Je suis vivant et que dans quelques mois ils vont me voir arriver, ils vont pas comprendre ce qui se passe.
Enfin forcément ils savent qu'il y a une tempête trop claire qui me passe dessus
et que d'un coup, boum, on n'a plus de nouvelles de lui quoi.
On n'a plus de nouvelles de lui et puis là il n'est pas la voile quoi en fait.
Il est sur un petit bateau, il est à la rame, il est dépendant de tout ce qui n'entoure donc
à Yvinaik il y a des chances qu'on ne le voit plus en tout cas il n'y a plus de nouvelles de lui.
C'est en ne m'a pas englouti, je flotte, j'ai mes rames, j'ai à manger, je suis le seul à le savoir.
Je suis un poing, une goutte d'eau dans l'immensité, invisible, indéslable.
Ma grosse phobie est de me faire défoncer par un super tanqueur, ils ne peuvent pas me repérer.
Je suis trop bas, trop minuscule, je ne suis plus rien.
Mais il faut que je croise un bateau, assez près pour lui parler mais pas trop pour qu'il ne me découpe pas.
Il y a encore trois à quatre mètres de creux, ce n'est pas le moment pour partir à la bordage.
Mais je dois rassurer tout le monde à terre, je suis sûre que la cellule de crise est déjà activée.
Il ne faut pas que Newt ait le temps de penser au pire, il ne faut pas.
Dans mon malheur j'ai un cargo donc, que je ne voyais pas à vue en fait,
mais avec qui j'ai réussi à prendre contact et donc voilà je lui explique ce qui s'est passé.
Je suis tellement rassuré de me dire qu'il va pouvoir envoyer un message à mes proches
pour leur dire que je suis en vie, que tout va bien, que je continue,
que voilà donc je me demande ma position et je ne comprends pas pourquoi il me demande ma position.
Donc il me dit on arrive, je pensais qu'il voulait se rapprocher pour que la connexion soit meilleure à la VHF.
Il me dit on arrive, on vient vous récupérer et machin comme ça.
Mais je lui dis non, en fait il n'y a personne qui va en récupérer, je lui dis tout va bien.
En fait juste envoyer un message pour dire que je suis en vie, vous donnez ma position
et vous leur dites que je continue et dès que je croise un autre bateau,
j'essaye de prendre contact avec lui pour qu'on essaye de savoir où je suis et montrer que je progresse.
Et donc voilà, j'ai continué mon chemin.
Après je sais que la route est encore longue, mais vu ce que je viens d'infronter maintenant,
je pense que je suis serein pour la suite là.
Deux mois après ma perte de connexion, je croise un cargo qui me demande le numéro de ma copine.
Donc je me dis il va l'appeler pour dire que tout va bien.
Et donc il l'appelle et en fait il me demande le numéro et puis il me dit attend, attend, j'attends.
Et à bout d'un moment il me dit bah parle, là je parle et là j'entends la voie de Newt hyper loin à travers ma VHF.
Et là je fais, non p'tain, j'étais comme à ouf quoi.
Enfin voilà, ça faisait je sais pas combien de semaines que j'avais pas déjà parlé en français,
encore en moins avec quelqu'un que je connaissais.
Et donc voilà je discute avec Newt et forcément je pense qu'il y a une chose,
c'est savoir comment elle va et comment va ce petit bébé.
Et elle me dit, écoute, il va hyper bien et voilà c'est une petite fille.
Donc voilà, j'ai appris qu'il était une petite fille alors que j'étais en train de ramer
et puis ça a sûr que ça m'a vachement boosté aussi de savoir que tout se passait bien
et donc voilà il fallait que j'accélère un peu la cadence pour arriver à temps.
Après 107 jours de mer, Girek Soudé a finalement rejoint le port de Brest.
Avec 14 kilos en moins, mais un immense sourire sur les lèvres.
Il a retrouvé sa femme Newt pour préparer la naissance de la petite Maë.
Aujourd'hui, il s'entraîne pour prendre le départ du Vendée Globe 2024.
Les extraits qui parsèment cet épisode sont tirés du livre de Girek Soudé,
L'Océan me dit revient, publié chez SolarEdition.
Merci à Girek Soudé pour son témoignage.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fyr, assisté par Nicolas Alberti.
Le récit a été présenté par Clément Sacar, la musique est composée par Nicolas de Ferrand,
Chloé Vibault s'est assurée du montage et Antoine Martin, du studio Chris Pyrichorte, du mixage.
A bientôt !