#16 — Écrire la montagne du diable, avec Miguel Bonnefoy

Durée: 44m26s

Date de sortie: 08/05/2019

Au coeur des plateaux bordés d'immenses falaises de l'Auyan Tepuy, dans la grande savane vénézuélienne, le murmure de la jungle s'échappe des failles sombres et la respiration de la cascade immense du Salto Angel devient plus oppressante à chaque pas... 

Miguel Bonnefoy, écrivain franco-vénézuelien, suit la trace d’une bande d’aventuriers pour faire le récit de leur expérience dangereuse. Mais tandis que les hommes avancent d'un pas assuré vers la cascade, la peur qui monte dans son ventre fait trembler son crayon sur son carnet.. 

Faut-il vivre la peur pour pouvoir la coucher sur papier ?

Les Baladeurs est une émission Les Others.

Cet épisode est signé Camille Juzeau, avec une composition musicale de Alice-Anne Brassac et un mixage de Laurie Galligani.

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Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Se dépasser pour poursuivre un but, une quête qui au fil des pas, devant chaque difficulté, semble de plus en plus inaccessible.
Persévérer, confronter son corps à un environnement qu'il ne connaît pas, se transformer, laisser l'effort affecter chaque muscle et temps en mort.
Écouter, l'oral des respirations, le frisson de la peur.
Miguel Bonfoy est un écrivain franco-vénésuélien qui, pour l'écriture d'un nouveau livre, quitte les rangées familières des bibliothèques pour éprouver l'aventure.
Se heurter à la violence d'un géant de la terre de ses origines, le Salto Angel.
Ce livre n'est pas celui d'un anthropologue ni celui d'un historien. Je serais même dire qu'il n'est pas celui d'un romancier, ni celui d'un aventurier.
Ce livre est celui d'un homme qui, n'ayant pas encore dépassé les 30 ans à l'aube de sa plume, a voulu raconter un voyage en sa vérité.
Je n'ai pas essayé de maquiller la fortune des événements. Je me suis proposé rien de plus que de raconter.
Les pieds déchirés par des jours de marche, les bras écorchés, le corps couvert de piqûres de moustiques.
J'ai éprouvé cependant la sensation confuse de me faire frère avec la terre.
J'ai livré une bataille entre la fatigue et les merveillements. Aujourd'hui, c'est de cette rencontre que je souhaite faire le récit.
C'était pour l'écriture du livre « J'ingles » la première fois que j'allais au Saltoing.
Le Saltoing se trouve dans la colline de Helaouian-Tepoui, qui est dans la grande savane,
qui est dans les Lettas-au-Volivre, dans le sud-est du Venezuela.
Naturellement, c'était une cascade qui est très difficile d'accès.
En général, les touristes peuvent l'avoir d'en bas lorsqu'ils s'arrêtent au campement ihlaratongue qui est touristique.
Quand je parle avec des amis au Venezuela, je leur dis que j'ai été au Saltoing et ils disent que je suis allé à Canaï.
Après, j'ai pris une pirogue et j'ai allé jusqu'à ihlaratongue.
J'ai pris trois photos de le Saltoing et j'ai dit que je suis arrivé par en haut du Saltoing et on l'a descendu.
C'est plus rare.
Si tu décides d'aller à Camarata ou à Santa Marta, à Houlouiang, qui est de l'autre côté de la montagne,
tu es obligé de traverser toute la montagne pour pouvoir y arriver.
C'est le voyage qu'on a fait pendant trois semaines jusqu'à arriver en haut du Saltoing.
Il y a dans le sud-est du Venezuela des teppuis, qui veut dire des géants de pierre en Pémang.
Le teppuis le plus connu est celui de Roraima qui est à côté de Santa Elena de Widing, qui est avec la frontière brésilienne.
Cependant, Saltoing vient de Houlouiang de Teppui et il est un peu plus au nord.
Celui-ci est entièrement sauvage.
On ne dit pas plus de 100 personnes ont fait ce voyage.
Les Indigènes, eux-mêmes, les premiers peuples qui étaient là, y allaient très peu,
puisque autour de la montagne, il y a ce mystère, il y a ce secret,
il y a un jeune séquoi qui raconte que des kanaymas habitent à l'intérieur
et on y trouve des esprits, des jin, des elfes, des petites divinités, des ondins qui peuvent tout à coup apparaître
et te transmettre des messages, soit positifs, soit négatifs, toutes ces choses.
Et ils peuvent nicher dans des courges.
C'est la raison pour laquelle l'endroit s'appelle Aoyang de Teppui, qui a donné Aoyama qui veut dire potiron.
De fait, la montagne s'appelle la montagne du potiron.
C'est un nom qui a beaucoup moins de charme que Aoyang de Teppui.
C'est ce que te raconte les Indigènes lorsque tu t'assois avec eux, leur petoye, leur pémone, lorsque tu voyages avec eux.
Parallèlement à ça, les gens de Karakas, donc de la capitale du Venezuela, eux ne connaissent de l'Aoyang de Teppui et du Saltoang,
elle co-trait peu, pas plus qu'un Français ne connaît des contrées reculées dans lesquelles se trouvent des légendes très précises
et qui ont à voir avec un imaginaire collectif régional.
D'un côté, bien entendu, ça m'intéressait en tant qu'écrivain, puisque tu te permets alors des porosités entre la magie et le réel
et d'aller explorer des personnages qui peuvent être moins cartésiens, moins rationnels,
qui donneraient à une page plus de l'iris, mais plus de force.
Cependant, mon travail était celui d'un récit de voyage, c'est-à-dire d'être entièrement fidèle à la réalité.
Alors il y avait sans cesse ce jeu comme ça, comme un funambule sur une corde, sans cesse cette espèce de frontière
qui était délicate et précise d'un côté de pouvoir être loyal à ce qu'on avait vécu,
de comprendre que si tu parles des kanaymes, ces esprits-là,
fatalement tu es obligé de mettre ces mots dans la bouche d'un personnage.
Et bien entendu, d'un autre côté, j'aurais voulu écrire quelques pages peut-être un petit peu plus audacieuses
par rapport à cette magie-là.
Ce sont des coups de pinceau que tu essaies de donner dans la Grande Fresque, un voyage.
Le voyage a commencé bien sûr à Paris.
J'avais énormément fait des lectures,
des lectures de la jungle, de ce qu'on appelle le Plateau Guyane,
de l'imaginaire collectif, de champ lexical, de la faune, de la flore,
des coutumes, des meurs, des habitudes.
Essayer comme je pouvais de rassembler un monde, un globe d'idées,
je me suis rendu compte cependant en arrivant que bien sûr que le travail
pouvait de temps en temps donner quelques précisions,
ou tu te permettais alors dans une queue de phrases, une sorte de petite coquetterie,
parce que tu avais fait une recherche difficile dans une encyclopédie
comme ça, selvatique un petit peu avant.
Et pourtant, lorsque tu es dans un récit de voyage et que tu voyages,
tu te rends compte que, eh bien toutes les bibliothèques du monde ne peuvent pas donner
l'idée d'une feuille, l'idée d'une fleur, l'idée d'un parfum.
Aucune description d'une mangue ne peut donner le goût de la mangue.
On était trois Français, donc moi, Marc Lubin et Pierre Petit, nous sommes arrivés à Carac,
car on a rencontré Henry Gonzales et qui étaient là avec Daniel.
Ils ont tout simplement créé une sorte d'itinéraire de randonnée au milieu de cette jungle
et à la fois de cette savane dévorante en Helaoyantepuil.
Puis ils ont des cordes, des mousquetons, des harnais et tout un matériel
pour pouvoir ensuite faire la descente de la cascade.
Cependant, ça demande des conditions physiques qui sont importantes
et moi je dois avouer que je ne les avais pas tout simplement.
En arrivant à Carac, là on a pris un autre avion dans un vol national
qui nous a emmené jusqu'à Sui-Awayan.
Sui-Awayan, là on a pris un jeep jusqu'à arriver à La Parawa.
Et La Parawa, on a pris un tout petit avion de quatre places,
une sorte de monoplan, comme ça, de quatre places,
qui nous a emmenés jusqu'à Huluien ou devaient à partir de là commencer le voyage.
Les turbulences de l'avion me firent sursautés.
Marc Avelaire calme.
Je lui ai demandé de me parler des itinéraires de trèques que nous survolions.
Ici, peu de choses figurent sur une carte, dit-il, avec une ferveur adolescente.
Cette réponse me donna aussitôt la mesure de l'immensité.
En dessous, s'étendait un taillis ininterrompu de feuillages,
un territoire vierge, une terre inviolée,
dessinée de façon approximative, oubliée des cartographes.
Avec une soudaine émotion, Marc se frotta les mains et se pencha vers mon côté.
Ce n'est pas seulement le voyage qu'il faut accomplir, murmurati la demi-mau.
C'est l'idée du voyage.
Au loin, une paroi, frappée de l'èpre, saignée comme une peau.
Henri se redressa sur son siège à l'avant de l'avion,
pointa ce morceau de mur et dit à voix haute.
Le voilà.
Un rideau de ciel souverie et je vis apparaître comme un géant de sable, la haune des couilles.
Celui qu'on a longtemps nommé la Montagne du Diable,
il levé à plus de mille mètres au-dessus de la gêne.
C'était un monde de gré au paroi vertical et au toit aplati,
dont le sommet présentait une nation de chutes et de nuages.
Son haleine pliait les arbres.
Il portait des forêts de bonnette haste et kilomètres de cratère et de crevasse,
des paysages préhistoriques et des steppes marécageuses.
Comme un miracle, il n'avait pour beauté que la démesure.
Le voyage était là.
Il y a eu bien entendu un décalage entre ce que j'avais imaginé,
puisque toi tu imagines une sorte de jungle comme ça,
qui est dévorante, qui est épaisse, qui est serrée
et où tu dois ouvrir des sentiers à la machette,
puisque tu es dans un imaginaire d'hier que nous avons tous.
Et pourtant, en arrivant là-bas,
tu te rends compte que c'est assez travaillé.
Par exemple, tu ne vas pas porter tout ce que tu vas manger,
ce sont des porteurs qui vont le faire.
Et donc, tout d'un coup, j'ai découvert qu'il y aurait des porteurs
et qu'on ne serait pas seuls, qu'on était 14 hommes.
14 hommes ensemble, ça fait pas mal de monde.
Puis ensuite, il y avait tous les moments où on marchait dans des savannes,
qui étaient des plateaux presque lunaires en haut, des tépouilles.
Tout en haut, ce sont comme des montagnes qui sont chauves,
qui sont pelées, qui ont une pierre noire,
dans lequel pousse à peine une petite fleur carnivore,
qui a eu la témérité dans une fissure de créer la vie.
Et tu passes une journée entière à marcher dans des sentiers
qui sembleraient absolument galactiques,
qui n'ont rien à voir avec la jungle que tu avais imaginée.
En regardant bien entendu toutes ces pierres,
je me disais, voilà, comment tu vas décrire cette journée.
Si de fait, il ne s'est rien passé.
On a marché pendant 8 heures avec 20 kilos chacun sur les épaules.
Rapidement, on s'espace, parce qu'on est dans une sorte de cordée de 14 hommes.
Tu es seul dans tes pensées, tu réfléchis à tes affaires.
Et je ne vais pas mettre ça dans le livre, c'est qu'importe.
C'est le monde entier se fout complètement de ce que tu penses à ce moment-là.
Donc, j'ai essayé comme je pouvais de voir à quel moment je ferai des coups de narratif,
essayer de raconter un petit peu l'histoire,
voir qu'ils ont été les explorateurs qui sont venus et qui ont peut-être écrit là-dessus,
comprendre pourquoi un niveau toponymique,
un niveau sémantique, tel plan de s'appeler comme ça,
pourquoi le saltoing, il s'appelle comme ça.
Bien entendu, le saltoing, il n'a rien à voir avec les indigènes.
C'est encore une fois une construction européenne.
Comprendre petit à petit quelles sont les labyrinthes, les minotorts qu'on a à l'intérieur
et quelle est la dynamique qu'ils te donnent pour pouvoir avancer.
On est parti donc de Houlouyeng.
Ça commence par eux, ils appellent ça des murailles.
C'est-à-dire que la montagne n'est pas un talu en tente parfaite,
mais c'est par étrace, par escalier, par système de marche, des chelons.
La montagne fait autour de 2500 mètres,
donc en effet, tu la divises plus ou moins en trois, il y a trois murailles.
Donc les premiers jours, ce n'est que de la savane et de la montée pleine de pierres.
Au bout de trois jours, nous sommes arrivés en haut, dans le sommet,
et le sommet est ce paysage lunaire qui est chaud, qui est pelé,
et qui n'a vraiment aucun intérêt,
même si pour un botaniste, observé telle et telle fleur,
ils se rendent compte que ce sont des fleurs endémiques
et peuvent en récupérer pour en faire des herbiers,
et ce sont des herbiers rares, parce que ce sont des plantes qui ne grandissent que dans les tépouilles.
Le tépouille est plus ou moins creux, c'est-à-dire que régulièrement,
il a des failles, des abîmes qui se font,
et lorsque l'abîme se crée, là commence, à l'intérieur, une jungle.
C'est comme une sorte de ride sur un visage qui serait pleine de poils.
Nous étions obligés de descendre,
puisque pour continuer la marche de rive à rive,
on était obligés de descendre.
On aurait pu faire le voyage en cinq jours, s'il n'y avait pas eu ses crevasses,
et s'il y avait eu peut-être juste des ponts.
Ici, ce qui était compliqué, c'était de descendre à chaque fois dans ses abîmes, dans ses crevasses,
et de passer deux, trois jours à l'intérieur de cette jungle, pour après remonter,
retourner dans ce paysage pelé, te retourner,
et te rendre compte que tu n'es qu'à quelques mètres.
Mais ce qui a été compliqué, c'est de faire cette descente-là.
Là, à l'intérieur, il y a cette végétation étrange, cette nature qui n'est pas charitable.
La jungle n'est pas généreuse.
La jungle ne s'entraide pas, les plantes ne s'épaulent pas, les unes aux autres.
Il n'y a pas du topi, il n'y a pas de société idéale dans la nature.
On se bat pour récupérer quelques rayons de lumière de la canopée,
pour essayer de saisir l'eau rare qu'il y a.
Ce sont des plantes qui montrent sur une autre plante, qui montrent sur une autre plante,
et qui créent alors des plantes hybrides et théroclites, très mystérieuses,
et qui sont tout simplement une plante qui est en train d'en manger une autre.
Et ça se passe avec les insectes, mais ça se passe avec les oiseaux,
ça se passe avec toute cette espèce de végétation étrange,
et tu te rends compte que tu marches dans un paysage.
Hostile, la nuit est peuplée.
Tu n'es pas bienvenue.
Il n'y a pas des fleuves qui sont gorgées de poissons.
Le ciel n'est pas rempli d'oiseaux.
Et la sève des arbres et acides, l'éteuse, étrange.
Je me souviens d'une nuit où on s'était réunis dans le campement,
on avait fait un feu comme d'habitude.
Moi, je m'étais éloigné pour aller faire pipi,
et au milieu des fourrées, j'avais cru voir un mouvement comme ça,
une sorte d'éclair rouge au milieu des fourrées,
en revenant comme ça en catastrophe dans le groupe.
J'avais dit que j'avais cru voir au loin peut-être une sorte de rongeur assez...
Et je me souviens qu'un des pémons, c'était levé,
qu'il était parti comme ça en hurlant,
une sorte de surexcitation rentrée dans la jungle noire.
On était ressortis en tirant une sorte de norme râgle,
gros comme un chow, comme un lapin par la queue,
qui était une sorte de ravi pelard,
lait comme tout, avec des petites dents,
et c'était mis à lui tapoter le dos, son échine avec la machette,
en pensant qu'on allait le manger.
Cette scène qui m'avait beaucoup impressionnée
et à bras un chef des porteurs,
regardait à peine l'animal comme ça,
et ne cessait de me regarder mon expression.
Il y avait une forme de mystère dans son regard.
Je me souviens en effet de cette scène des ravi pelard,
puis c'était toute une famille de ravi pelard qui entouraient le campement.
Le soir, nous avons rangé le fromage, la nourriture,
mais le lendemain, on s'est rendu compte qu'énormément de ça avait été ventré.
La nuit est peuplée de bruit bien entendu étrange,
comme on peut toujours se l'imaginer,
et d'un autre côté, paradoxalement, elle est entièrement silencieuse.
On marchait pendant si longtemps, pendant les journées qu'on était épuisées.
Alors tu dors comme ça profondément,
j'ai pas du tout le souvenir d'avoir été inquiété par quelque chose.
Ce fut à cet instant qu'Abraham pris son aponaïque,
le petit blanc dans les mains s'approcha de moi et me le tendit.
Je l'acceptais avec surprise.
Il s'assoit de l'autre côté du feu et me dit tout d'un souffle.
Les ravi pelard essayent d'imiter les autres, mais il n'a pas d'identité.
Je fus d'abord surpris par l'enthousiasme soudain de cet homme qui était resté mystérieux jusqu'alors.
Cependant, dans sa voix, je sentis une pointe d'ironie envers moi.
Je ne m'en inquiétait pas.
Une seule question me brûlait les lèvres depuis des jours.
Qui sont les kanaymas ?
En quoi cela t'intéresse ? me demanda-t-il.
Je suis vénézuélien répondige.
Cela fait partie de mon identité.
Abrham feront sa les sourcils.
Avec un couteau, il tailla des copos des corse.
Il fit un croisillon sur la tête d'une branche
et en sortit quatre morceaux de bois qu'il jeta dans le feu.
Quand tu abuses du kumi, tu deviens un kanayma, dit-il lentement.
Ils sont les gardiens de la montagne.
Ils peuvent se manifester sous différentes formes, humaines, animales, organiques.
Ils peuvent même prendre le corps d'un touriste.
Pour vous, grimper jusqu'au sommet est un sport continuatiel.
Pour nous, grimper signifie avoir le courage de défier les kanaymas à chaque traverser.
Avant de partir, on consulte un shaman qui, par des oraisons et des invocations,
juge des bons augurs du voyage et annule les dangers du chemin.
Il y avait une hiérarchie énorme au niveau de cette cordée humaine.
Les Karakéniers de Karaka, eux, de leur côté, que ce soit Henry Gonzal et Daniel,
avaient leur code de parole, avaient leurs références, qui étaient très Karakéniers, très de la capitale.
Ils étaient vénézoliens, bien sûr, mais vénézoliens citadins qui n'avaient rien à voir avec les indigènes porteurs.
Les indigènes porteurs parlaient paiement entre eux, en intégrant de temps en temps des mots en espagnol.
Mais tu te rendais compte que c'était un monde complètement à part où ils ne te laissaient pas pénétrer.
Puis tu avais le groupe des Français qui fatalement parlait en français entre eux.
Moi, j'observais, en essayant d'aller de groupe en groupe, en essayant de saisir, par exemple,
essayer de comprendre le travail de Pierre Petit, qui lui était en train de filmer cette expédition,
essayant ensuite de comprendre comment Henry Gonzal est avec et créer cette entreprise,
quelle était l'histoire de Daniel, et puis ensuite, petit à petit, essayer de m'approcher le plus possible de ces indigènes,
qui eux, au début, étaient fermés comme des coquilles, comme des huîtres.
Ils n'avaient aucune envie de me donner des informations, parce qu'ils me voyaient sans cesse avec le carnet curieux, impatient,
en essayant de les toucher, de leur prendre la main, de leur dire « mon ami, essayons d'avoir une connexion ensemble ».
Et petit à petit, ils se sont ouverts, mais jamais bien entendu entièrement.
Il me dit qu'entre porteurs, il s'appelait Pétoï, qui veut dire « ami ».
Il m'expliqua que « pémone » signifie « personne », et que l'origine de ce nom était un acte de résistance linguistique
afin de se différencier des animaux au regard du colom.
J'écoutais ce garçon, qui avait la force de son âge, enfermé dans un siècle de commerce absurde, accroupi devant son poisson.
On était dans un campement, et derrière, un rideau de feuillage, et près de El Fluev Churung,
qui déversait ses eaux loin, nous avions fait un feu, et on était assis l'un en face de l'autre,
lui, après un bout de bois, et il m'a dit « le bâton que tu as pour marcher n'est pas bon, parce qu'il n'est pas à ta hauteur ».
Permets-moi de t'en tailler un, et après donc le bout de bois, et il s'est mis à tailler.
Et pendant qu'il t'aillait, je lui ai dit « Ah brun, t'es molette, si t'es à gon part de prévente ».
Est-ce que ça te dérange si je te pose quelques questions ?
Et il m'a dit « qu'est-ce que tu veux savoir ? »
Et puis il m'a écouté en silence, sans rien me dire, et il m'a dit « tu sais, nous, avec les paiements,
pour choisir le prochain casique ou le prochain capitaine de la communauté, on passe par une sélection naturelle ».
La sélection naturelle ne se fait pas comme les giraffes, comme les éléphants, nous on passe par la parole,
c'est-à-dire que au bout d'un moment, le capitaine de la communauté donne toutes les informations
à un jeune dans sa communauté, et il le fait en une fois, en une heure.
Si le jeune n'a pas réussi à s'en souvenir en une fois, alors ça veut dire qu'il ne peut pas porter l'héritage de son peuple.
Alors mon ami toi, tu es là, tu me poses beaucoup de questions, tu as incarné à la main,
et tu veux que je te raconte tout, et dis « bon alors, permets-moi donc de tout te raconter,
mais je prendrai juste une heure, et après je me terrais et je le répéterai pas ».
Si tu arrives à t'en souvenir en une heure, alors tu peux porter l'héritage du peuple,
même si moi bien entendu je ne suis pas dans cette course-là.
L'élégance quand même de lui demander si je pouvais écrire, et que c'était de la triche,
bien entendu dans ses références à lui, et puis à partir de là, je me suis mis tout simplement
à recopier tout ce qu'il m'avait dit, comment il vive, comment il tombe amoureux,
comment il élève un toit, comment il fonde pour pouvoir vivre dans un pays
qui n'a plus rien à voir avec l'histoire des premiers peuples, et qui a un pays profondément capitaliste.
Qu'est-ce qu'il pense par rapport à la politique ?
Il a envoyé une délégation de Pémones au ministère du Tourisme
pour pouvoir imaginer un tourisme responsable qui soit dans le respect tantôt de la nature et tantôt des Pémones,
de voir s'il était possible également de faire des barêmes pour payer les porteurs,
et que ça ne se fasse pas toujours au blac, et au visage, etc.
Et j'avais été très surpris par toute cette affaire de cet homme qui était en train de me parler politique,
peut-être parce qu'il avait devant lui un blanc,
et il s'était dit, ce garçon ensuite va aller écrire ça, il va aller le publier de l'autre côté de l'océan,
et ce sera une graine qu'il plante.
Et je m'étais également rendu compte qu'il était payé au blac en cash,
et c'était Hendry Gonzales qui portait tout l'argent dans son sac.
Nous, on imagine d'avoir, c'était 500 euros dans la poche, ce sont quelques papiers.
Au Venezuela, il y a une telle inflation, et le billet le plus haut est de 100 bolives.
C'est-à-dire que c'était presque la moitié de son sac, n'était que de l'argent.
Et c'est très lourd, c'est comme avoir un sac plein de livres.
Et j'avais été surpris de me rendre compte que Hendry Gonzales avait passé 14 jours
à marcher avec nous, avec la moitié de son sac rempli de billets, de banques,
et qu'il ne les donnait pas avant, parce qu'il aurait pu distribuer cet argent
pour distribuer le poids, et qu'il avait attendu le dernier jour pour tout donner à tout le monde,
parce qu'il se méfie, qu'il disparaisse pendant la nuit.
Et ça m'a eu beaucoup impressionné cette histoire.
Et je revoisais Abraham qui le regardait ouvrir son sac et sortir des choses, etc.
Et on était dans une sorte de microcosme au milieu de la jungle, au milieu de rien.
Là, est le patron, là est l'employé, d'une certaine manière.
J'avais été très surpris par cette situation qui m'avait semblé arcaïque.
Le vide qui nous avait autrefois séparé à Waiaraka, lui dans sa profondeur Pemmon,
moi dans mon adoption française, c'est ce même vide qui nous rapprochait à présent en une langue commune.
Il y avait une grande distance entre nous, mais je ne pouvais m'empêcher d'avoir une pensée
pour un lointain ancêtre commun.
Un étroge personnage qui serait un premier père, rassemblant en un organisme primordial
la conséquence d'être moi et le désir d'être lui.
Je pense que la rencontre la plus belle au-delà d'Abrahing, au-delà des porteurs,
ça a été celle avec la cascade, bien entendu, c'est-à-dire avec le saltoing.
Je me souviens de la présence des cascades, de se manifester des cascades
et se dire que la cascade est encore en train de tomber
et que toi et moi on disparaîtra et la cascade continuera à tomber.
Je me souviens de cette instance, cette force télurique, organique, supérieure
qui nous dépasse quoi qu'il arrive, qui n'a pas besoin de pamphlets, qui n'a pas besoin de livres,
qui n'a pas besoin de grandeur, qui n'a pas besoin de marbre à être taillée, elle n'atteste qu'elle-même.
On ne l'entend pas, même si on pourrait parfaitement l'entendre, parce qu'elle est énorme,
on ne l'entend pas, mais pour y arriver, tu es obligé de passer par des kilomètres de marécage,
comme toute chute d'eau, elle vient bien sûr de galeries liquides souterraines.
Pour l'atteindre, tu n'arrives pas par une sorte de petit plateau ou un près comme ça,
de chardon et de rose et tout à coup alors commence, de manière magique, spontanée, une source d'eau.
Elle vient d'une sorte d'immense lac, mais un lac qui est plein de boue,
qui est plein de fange, plein de sentiers boueux, plein d'insectes bizarres,
une végétation qui est laide, sans fleurs, à moitié sèche et aride.
Et je me souviens de ces journées de marécage qui ont été difficiles,
avec l'eau jusqu'au genou, donc avec les chaussures et les chaussettes qui étaient mouillées
pendant de longues heures, à avoir le soleil qui te frappe et te dire,
mais imagine la quantité d'eau qui doit être en train de se déverser de l'autre côté,
et tu marches et tu marches et tu marches.
On s'est posé dans une sorte de campement qui était une pierre un peu surelevée,
une pierre rouge qui nous laissait les paumes des mains marquées comme ça,
à chaque fois qu'on se posait dessus.
Et je me souviens d'avoir observé comme ça ces kilomètres de marécage,
et je me rends compte que je suis sur une sorte d'île au milieu d'une pierre rouge,
comme un cœur au milieu d'une anatomie.
On te dit, la seule chose que j'ai devant moi, c'est 48 heures d'une descente en rappel d'une cascade.
C'est... Seigneur...
Pourquoi ?
Je doute, et moi j'ai eu peur, et j'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai été en colère assez,
j'ai eu un moment de vraie colère avec Hendry Gonzales,
où au bout d'un moment je dis, écoute, moi je suis un homme de bibliothèque,
et moi je suis un gargain qui a écrit des livres,
moi je comprends que vous vous trouvez ça extraordinaire de faire ce voyage-là,
mais moi c'est pas mon truc.
Et je me souviens qu'il m'avait dit, écoute, il y a 3 options,
soit tu fais le chemin de retour, donc tu te refais les 14 jours en arrière,
et tu refais toi-même tes propres campements, tes propres feux,
enfin tu refais tous les chemins balisés comme ça de ton côté,
soit, on appelle un hélicoptère,
l'hélicoptère viendra devoir, mais du coup ce sont 3000 dollars,
moi je ne te les payerai pas,
et il faudra que tu attendes ici pendant 2 jours,
que l'hélicoptère te voit dans cette pierre rouge au milieu du démarricage,
soit, mon amé, et bien on continue, toujours tout droit,
il y a une cascade, et comme tout le monde,
tu la descends, et tu rentres en rachetoise.
Je me souviens de ce moment comme ça, où nous avons parlé,
je te rends compte que tu es vraiment au milieu de rien,
et que tu n'as qu'une seule option, c'est de continuer.
Il y a absolument une frayeur comme ça qui s'est fait,
une énorme fatigue, et je garde parfois des souvenirs à mer,
c'est de ces quelques jours.
Entre deux branches, dans un carré d'arbres,
un écureuil noir s'auta pour attraper une noisette.
Henri le suivit du regard,
il prit son appareil et s'éloignait du groupe
pour photographier son premier écureuil du tépouille.
Marc m'observa avec une publique amitié,
tu n'as jamais fait de rappel, n'est-ce pas ?
Jamais.
Tu es dans la merde, me souris-t-il.
Je le remercie avec élégance,
il me fixa, sans me juger,
avec un regard paternel.
Être dans la merde a quelque chose d'héroïque, tu sais.
Avant d'y arriver, il y a des branchages, des troncs d'arbres.
C'est une journée entière de troncs d'arbres qui se sont posés comme ça.
C'est comme si c'était les racines de la montagne
qui t'empêchent d'arriver jusqu'au saltoingue,
comme c'était des doigts ou des mains qui essaient de t'agriper pour ne pas y arriver.
Ils sont souvent à hauteur d'hommes,
donc tu dois sans cesse te demander si tu le sautes
ou si tu passes par en dessous.
Dans le côté ou de l'autre, de toute façon, c'est compliqué et difficile.
Il y en a mille.
Je me souviens d'après les journées de marécage,
ensuite avoir sept journées là de troncs d'arbres,
affreuses, c'est haut, je me suis explosé les tibias,
d'être arrivé vraiment à la source du saltoingue,
et là où tu vois déjà ces deux pierres encastrées
et avec cette force de vomissement comme ça apparaît le salto,
et bien mettre entièrement des habillés,
mettre une mine en l'eau,
qui avait une couleur t, une couleur ochre,
une couleur terracotta.
Et mettre, poser là, je me souviens d'un moment comme ça,
de bonheur et de grandeur.
Cependant, j'insiste dans cette idée
que les conditions sont difficiles,
tu perds du poids à force de marcher et de manger peu.
Tu n'es pas dans un environnement agréable,
tu as sans cesse les chaussures qui sont refroidies,
qui sont mouillées, tu as mal partout,
tu te éraffles les mains, les genoux,
c'est une violence avec ton corps.
Je parti me coucher avant les autres.
Cette nuit, je fus incapable de dormir.
L'obsession de la cascade et de branler mes sens me tenaient en éveil.
La marche dont je n'avais pas l'habitude avait gonflé mes pieds.
J'entendais les autres bouger dans leur tente,
ou plus loin, les pétailles parlaient dans leur amac.
Parfois, l'un d'eux se retournait
et se coulait tous les diffices de l'abri.
Le son de la bâche roulait jusqu'à moi.
Et là, les yeux ouverts pendant des heures,
fixant les arceaux croisés de ma tente,
je pensais à ce lendemain dangereux,
où nous devrions prendre un sentier qui se jetait dans le vide.
A partir de là, le saltoin commence,
et puis commence donc cette nouvelle étape,
qui est celle de préparer une descente en rappel.
Il me semble que ce sont 958, 968.
Ça n'arrive pas aux kilomètres,
mais c'est à quelques mètres, si tu veux, du kilomètre.
Les rappels étaient de 70 mètres ou 80 mètres.
Il fallait en faire autour de 14.
Et donc chacun, à tour de rôle, doit descendre.
Une fois que tu es en bas, tu cries d'en bas,
« Libre ! »
Et l'autre comprend alors que l'accord est libre,
et donc lui, à son tour,
peut réajuster ce vaché à l'accord
pour descendre dans les 70 mètres.
Le système est classique comme tout rappel.
Tu as la paroi qui est verticale,
tu as ta corde,
et tu dois tout simplement pousser avec les jambes,
tout en lâchant, quand tu es dans l'air,
un petit peu de corde pour descendre quelques mètres.
Au début, bien entendu,
bien moi je n'avais absolument pas compris
comment il fallait faire,
puis rapidement, on m'a expliqué,
enfin, donc le premier rappel est difficile,
le deuxième est difficile,
et le troisième, tu commences plus ou moins
à comprendre le système.
On me tira vers le haut.
Au sommet, je ne voulais pas lâcher l'accord.
On me réexpliqua les mécanismes de blocage,
on réajuste à mon armée.
Marc Murmura, regarde où tu mets tes pieds.
Puis, sans attendre, me jeta une nouvelle fois
dans un couloir vertical.
Je glissais le long de la paroi,
en faisant des signes de détresse,
30 mètres plus bas,
je basculais dans une brèche
et mon sac reste à coincer entre deux pierres.
Sans jamais lâcher l'accord de ma main d'arrêt,
je tirais avec la gauche pour le libérer.
Une brume se leva d'un coup,
m'enveloppant d'une manière aussi rapide
qu'inattendue.
Aussitôt, je fus pris d'une panique,
ne voyant plus l'accord de les pieds dans le vide,
égaré dans une eclipse de ciel.
Je me souvainbruisquement de l'après-midi de Ayaraka,
quelques jours auparavant,
où je m'étais perdue au milieu de bois
et Kabra m'avait découvert sur un lit du mus et de ronces.
D'emblée, je reconnais la peur
qui m'avait paralysée
et dont les blocages me menacaient encore.
Je me hâtais d'empoigner mon descendeur
et je glissais avec précaution.
Je pénétrais peu à peu cette nuit aveuglante,
lorsque je sentis sous mes semelles
une surface fragile où je peux poser la pointe de mes pieds.
Je demeurais en équilibre sur cette étroite corniche.
Je marchais doucement, à reculons,
pour accéder aux dévers.
Mais alors que j'atteignais le bord,
je s'en dis la roche se rompre sous mon poids.
Je ne pudigai ma jambe dans l'entremêlement des lianes
et la charge de mon sac me tira vers la bim.
Je roulais vers le vide dans un nuage de poussière
et de fleurs arrachées.
Lorsque dans ma chute, la corde claque à fort
et m'arrêta brusquement dans l'air.
Le beaudrier me sert à l'équice et m'endormit les jambes.
Mon sac rebondit sur une bosse,
sans fonds à profondément dans une fente du rocher.
Comme j'avais mal aux articulations des mains,
mes poignées se tordaient, je dû changer les bras
pour continuer à freiner.
Je me sentis abruti par le soleil et le vertige.
La corde pesait presque 20 kilos.
La boue, l'eau, le gré et le quartz
en sablé, tout l'allourdissé.
Ce jour-là, je nus dans la bouche que des injures.
Quelques minutes plus tard, je vis une sente
où je distingue Daniel qui m'attendait.
Là, sur les bords du fossé encore fangeux et humide,
il n'y avait nulle trace de piétinement ou de semelle.
En touchant le sol, je posais mes fesses sur mes talons,
mes pièces en foncères.
Je me débarrassais de mes gants et,
me tenant à une roche toute proche,
afin de prévenir une glissade, je l'insultais généreusement.
Daniel m'aida à retirer mon mousqueton
et criat vers le haut le coup tordu.
Libre !
Je me suis complètement déchiré un des muscles
du bras, en force de tirer sur la corde.
Et lorsque tu arrives sur des petits belvédères,
sur des petits saillis qui sont comme ça sur la paroi,
vous êtes cinq à attendre là.
Tu dois te prendre à quelques pierres
pour être sûr de ne pas tomber.
Tu as sans cesse le vertige, il y a un kilomètre de chute.
Tu te rends compte en plus qu'il n'y a aucune instance
de sécurité qui n'est passée par là
pour s'assurer que ces pierres-là peuvent tenir le poids de cinq hommes.
On nous a dit, lorsqu'on a fini les rappels,
qu'on est arrivé tout en bas de le Saltoin,
et là on rentrait un petit peu dans des sentiers
qui sont de parc nationaux de Canaïme,
qu'il fallait cacher les corps, cacher les harnesses,
parce que si le garde forestier passait,
on pourrait avoir des problèmes,
parce qu'il est interdit de faire ça.
Et heureusement que c'est interdit,
c'est irresponsable de faire quelque chose comme ça.
Je vous dis très honnêtement,
j'en ai parlé bien plus tard avec Henry Gonsal
à Kara, en train de boire une bière,
et je lui disais, mon ami,
mais tu te rends compte que toi tu prends ça sur Internet,
comme ça, et s'il y a un accident,
enfin, il lui disait, si, ouais non, voilà,
en gros, ça c'est mon business,
c'est-à-dire de proposer une sorte d'aventure
qui est extraordinaire, si tout se passe bien,
t'as un livre.
Si ça se passe pas bien,
qu'est-ce que tu as racheté ?
Il y avait eu un accident d'une femme
qui avait ses cheveux,
il s'emblorait, c'était accroché
au mousqueton du harnais,
et donc elle avait en pleine descente,
mais il faut s'imaginer que tu es en pleine descente
d'une cascade d'eau,
à 1000 mètres d'altitude,
au milieu de la jungle vénéziolienne,
t'as tes cheveux, tout à coup ça grippe,
et elle commence à hurler, hurler, hurler,
à force de vouloir tirer les cheveux,
elle lâche la corde, descend encore plus,
se tire les cheveux, commence à saigner du cuir chevelu,
et Henry Gonsal m'a raconté cette scène
en disant qu'il a dû rapidement refaire
une nouvelle corde, descendre lui,
à côté d'elle, pour prendre,
et couper les cheveux avec un couteau.
C'est le pochemarre !
Je suis le premier à les applaudir,
je suis le premier à écrire des livres
sur eux, à être admiratif,
à essayer de creuser la phrase
pour donner le mieux possible
l'expression de leur courage,
de leur bravoure, de leur résistance,
de leur endurance.
Et moi je dois avouer
que je me permettrais
d'aller vers d'autres sentiers.
Il y a eu clairement une rencontre avec la nature
que je ne connaissais pas,
une nature différente,
la présence de l'eau,
c'était impressionnant de se rendre compte
à quel point c'était une eau
qui était tout à fait différente,
qui a cette couleur t,
qui est donnée par la décomposition
des matières organiques,
et qui crée une sorte de tannin
lorsque tu bois
cette eau-là,
pendant les 14 jours, et tu en bois énormément
puisque bien entendu qu'on allait pas
porter de l'eau minérale,
peut-être qu'il y a là
une sorte de cernbios,
une sorte d'alchimie,
une sorte de puissance minérale
qui entre à l'intérieur de toi
et qui fait que tu transpires
différemment.
Lorsque ils avaient envoyé
des échantillons de cette eau
à des laboratoires aux Etats-Unis
pour savoir si on pouvait ou non boire
cette eau, leur retour
du laboratoire avait été tellement positif
ils avaient dit on a rarement vu une eau aussi pure
et qui était sans doute due
à cette décomposition des matières organiques
qui finalement créent une sorte de, je ne sais pas
de bactéries transparentes, à les comprendre.
Et cette information
était une des premières informations
que m'avait donnée Henry lorsque j'avais dit
on peut boire de l'eau, de lac, parce qu'on va avoir
soif pendant tout le voyage
et il avait sorti le papier
le compte rendu du laboratoire
avec une sorte de fierté naïve
en me disant mon amie non seulement du pas la boire
mais tout ce que tu buveras ensuite sera moins bon.
Il a la présence de l'eau, avec
El-Saltoin, avec la cascade
et tout est haut
dans la jungle comme tout est lumière
et il y en a peu, paradoxalement.
Ce sont des forêts de pluie
mais où il ne pleut jamais vraiment
dans le sens où il y a
sans cesse une sorte de petite ruine
étrange, tout est humide
ce sont comme des
fabriques de nuages. Il y a
sans cesse de l'eau partout
mais elle est invisible.
Et on a eu de longues journées où on ne croisait
aucun ruisseau, aucun fleuve
où on ne traversait aucune petite
quêbra et donc on avait soif
et on se rendait compte que à chaque fois qu'on
regardait nos mains que dans l'objectif
de l'appareil tout était embué
qu'on avait de l'eau sur le visage
partout, il y a de l'eau tout le temps
mais en même temps il n'y en a pas.
On va vers une cascade mais en même temps
on ne touchera pas l'eau de la cascade
puisqu'on descendra dans le rappel à côté.
Et sans cesse dans ce jeu d'aller-retour
avec la présence de l'eau frappante
immédiate omniprésente
et d'un autre côté, presque à aucun moment
tu ne la croises.
Lorsque tu finis
les 48 heures de rappel
tu arrives donc au pied
à Ouyantepui
et de là tu as quelques heures de marche
jusqu'à arriver sur les berges
du fleuve Chuloung
où normalement devait nous attendre une pyrogne.
C'était la pyrogne de Hosei Kamino
qui lui est celui qui tient
le corpement touristique
entre guillemets de Ehlara Teng.
La pyrogne n'était pas là
moi j'étais épuisé
j'avais mal au bras
les pémones étaient reparties
parce qu'ils n'étaient pas descendus en rappel avec nous
donc on portait davantage de poids
qu'au début du voyage.
On était dans des conditions comme ça
qui étaient difficiles et je me souviens qu'en marchant
d'arbre en arme, de mètre en mètre
de sentier en sentier de chemin en chemin
en essayant de voir au loin
si j'arrivais à voir le miroitement de l'eau
me dire on n'est pas loin du fleuve Chuloung
et essayer d'y découvrir une sorte de petite barque
une installation en bois
une pyrogne et ne l'avoir nulle part
et me dire
encore la situation est encore difficile
la pyrogne n'était pas là
et c'est pas grave du coup on a tout simplement
continué vers Ehlara Teng
tout en marchant et en suivant un petit peu le fleuve
et petit à petit
au bout de quelques heures de marche
il nous restait presque plus de nourriture
on a commencé à croiser
des touristes
et je me souviens d'avoir croisé le premier tourist
qui était avec madame
et la casquette comme ça
et les baskets
qui étaient propres
et frais, souriants, agréables
donc bien entendu
avec cet enthousiasme latino-américain
mais d'où vous venez les amis
me demande comme ça le tourist
vous me disait non on vient de Hulu Yang
comme ça vous venez de l'autre côté
de la montagne
oui mon ami c'est avec la barbe
comme ça les yeux
et je me suis rendu compte que s'ils étaient là
c'est que probablement
le campement de Ehlara Teng n'était pas loin
en arrivant
Hosekamin
un véritable personnage comme ça nous a reçus
on a pu donc boire une bière
et ça a été la fête de la fin
ça a été le moment aussi
où moi j'ai pu m'éloigner
prendre le mollet skin, aller sur la petite pirogne
qui donc bien sûr on n'avait jamais bougé
d'Ehlara Teng et qui se balançait
à côté du campement
au soleil
qui avait déjà son bois
avec une odeur de braise, une odeur de cendres
et qui donnait vraiment juste
sur la cascade
et je me souviens comme ça, son t-shirt, les pieds nus
mettre posé sur la pirogne
seul comme ça
il était toute chaude de soleil
avoir pris mon mollet skin et regardé la cascade
dans des embouelles
maintenant c'est fini
et maintenant un autre voyage commence
qui est celui de l'écriture
à un moment d'ennui
José Camino paru sur le seuil de la churrutin
il me servit une bière
que nous partageaiment en deux vers
voyant mon carnet il me demanda
avec une affectueuse raïri
inspiré, je fermais mon carnet
honteux, pas vraiment répondis-je
qu'est-ce que tu voudrais écrire
ton paradis, dis-je
en pointant la forêt
et il se tue
il sourit et buit une gorgée de bière
je ne sais pas comment en écrire
un livre hermano me répondit-il
avec l'humilité de ceux qui lisent peu
puis se ravisant
avec une forme de considération dans la voix
il continua
mais je sais quand j'ète la graine, là on veut que l'arbre
pousse
il conclut sa phrase avec une inclinaison de la tête
à cet instant suspendu dans
un temps terrible
je découvris peut-être que sans avoir écrit
sans même avoir ouvert mon carnet depuis
des jours, j'avais déjà commencé
un récit dont je saisissais
peu à peu l'épaisseur et le parfum
de cette aventure
Miguel Bonfois a publié un livre
intitulé « jungle » et paru chez Paul Sen
dont vous avez pu découvrir
quelques extraits au fil de ce récit
une autre histoire
de jungle est à retrouver dans l'épisode 3
de la saison 1
deux biologistes partent sur les traces du
Saint-Jarénier-Gri
au beau milieu de la forêt inévitable



et extricable dans le bouchon du Darien
Les Balladeurs, une série audio
« leo'sers » signé Camille Jusot
avec la musique de Alice Anbrassa
qui est un mixage de l'horrigaliganie
Ces récits vous transportent
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et dans 15 jours, nous nous retrouvons
dans les dunes du sable du Niger
porté par les chambers berres
à bientôt
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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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