#18 — La silhouette des icebergs, avec Aurélie Calmet

Durée: 46m33s

Date de sortie: 05/06/2019

La dessinatrice Aurélie Calmet aurait rêvé de vivre au 18è siècle, pour suivre les grandes expéditions naturalistes sur des bateaux à travers le monde, et en rapporter des témoignages illustrés.

Aujourd’hui, cela ne semble plus possible. Jusqu'à ce qu'une rencontre lui permette d’embarquer pour une grande expédition scientifique dans une région pétrie de fantasmes : la côte Est du Groenland, aride et dangereuse.

À flanc de montagne, entre les parois de verre vertigineuses, Aurélie sentira-t-elle l'appel des glaces ?

Photo : Yann Bigant, Naturevolution

Les Baladeurs est une émission Les Others.

Cet épisode est signé Camille Juzeau, avec une composition musicale de Alice-Anne Brassac et un mixage de Laurie Galligani.

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Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
C'est parti des rêves, donc on a les choses qu'on a envie de réaliser dans la vie,
on a envie de se donner moyen de réaliser.
Et puis les rêves, ceux qui font du bien, dans lesquels on aime se blottir, mais on sait qu'ils n'arriveront jamais.
Moi je m'étais mis à lire beaucoup sur des dessinateurs, dessinateurs que j'admirais.
Je me suis dit, j'aurais aimé naître au 19e, un homme, et accompagner comme dessinateur sur les bateaux,
à aller découvrir.
Mais maintenant, bon, ça se fait plus quoi.
Aurélie Calmef fantasme la aventure telle qu'elle était racontée dans les livres de son enfance.
Mais quand plus tard, une rencontre lui offre la possibilité du départ, partira-t-elle ?
Quand elle découvre la destination, une zone difficile, dangereuse, aride,
la côte est du Groenland, là où la calotte glacière se brise à pique en montagne vertigineuse, reculera-t-elle ?
Et vivre l'expédition avec une dizaine de personnes,
elle que sa pratique du dessin porte plutôt vers la solitude, l'assume rappel.
L'appel des glaces, pourtant, toucher du doigt dans les rêves, sera plus fort.
Au miséome de Toulouse, voilà, je rencontre Évraire van den Baum,
qui m'invite à l'accompagner pendant ses missions d'inventaire pour nature évolution, sa structure.
Et voilà, c'est possible en fait.
Au début, on se dit bon, vivre un rêve aussi fort, est-ce que je ne vais pas être déçu ?
Est-ce que je vais être à la hauteur ? Est-ce que je vais réussir ?
Parce que je connais les Pyrenees, les Sévennes, le Koss, le Larzac,
où je pars, j'aime partir tout seul, faire des affus.
Mais aussi loin, je ne connais pas la faune, je ne connais pas le milieu,
toute cette adaptation, est-ce que physiquement je vais pouvoir suivre ?
Parce que là, ce n'est pas pareil quand même.
Pour moi, le Nord, c'était Jacqueline Donne.
J'ai lu plein de fois l'appel de la forêt, c'était mon livre, voilà.
Fétiche, il y avait le lion de quessel, croblant, tout ça, mais vraiment l'appel de la forêt.
Et donc pour moi, c'était toutes ces images-là.
Nous sommes partis l'été, nous sommes partis 2 mois, juillet, août,
sur la côté du Groenland, dans le Scoresby-Soud,
c'est le plus gros système de fjords du monde.
Il allait faire jour tout le temps.
Comment j'allais vivre ça physiologiquement, parlant ?
Plein de questions, plein de questions, l'équipement,
je savais qu'on allait porter beaucoup,
alors combien de carnets je prends pour 2 mois, quel matériel, avec le froid.
J'arrivais pas trop à me faire une idée de la température,
c'est assez fluctuant quand même, même d'une année sur l'autre.
Alors je retrouvais quelques compagnons de vie réprécédantes,
écologues, biologistes, botanistes.
Et je découvrais les glaciologues, les sismologues,
qui j'avais jamais travaillé.
Et nous voilà partis.
Il y a une partie de l'équipe qui est partie d'Islande dans un bateau,
à Voile, pour rejoindre le seul petit village de 300 habitants
et le plus au nord de la côte Est,
qui est la moins peuplée du Groenland,
qui s'appelle Itokotormit,
où il y a un mini aéroport.
Donc eux, une partie de l'équipe est partie dans d'Islande
jusqu'à Itokotormit.
Moi j'ai fait partie de ceux qui les ont rejoint en avion,
d'un coup je suis arrivée avec 3 autres compagnons, 4.
Donc on arrive sur le mini aéroport en terre battue,
qui est même pas au village,
qui a 2 heures de bateau je crois, du village,
un petit bateau rapide à les petites barques de pêche.
Et nous en fait on n'est pas passés par le village du tout en arrivant.
Le reste de l'équipe était arrivé au village,
avait passé 2-3 jours pour aussi rencontrer le guide,
qui avait jamais fait ça, qui était un pêcheur, chasseur,
qui était très chouette, une cassie, très tésueux.
Et donc on arrive à l'aéroport et tout de suite,
on doit aller sur un ponton un peu plus loin,
c'est complètement désert, c'est au milieu de nulle part.
Et on doit attendre 2 petits bateaux rapides
qui doivent venir nous chercher,
c'est pas trop camp, donc on amène des sacs au bord,
on attend.
Et puis en plus en amenant les sacs,
on voit des belles empruntes de brusquolaire sur le bord.
Pour l'accueil, on dit ah oui c'est vrai,
il y a ça, parce que pour le coup, sur la côte est,
ils sont bien présents.
Au village et tout au côte Ormit, il y a une veille,
quelqu'un qui surveille, qui ne m'entre pas dans le village.
Les poubelles, c'est des blocos,
pour pas qu'ils aillent faire les poubelles.
Donc c'est quelque chose auquel on le pense, forcément.
Et puis les 2 petits bateaux arrivent,
et donc on a hâte de rejoindre les autres,
mais là on en a pour 4 heures de petite barque.
Donc on charge, on met des grosses combinaisons.
Et là c'est parti le bateau, donc ça tape bien,
les gazoiles qui sautent sur les chaussures.
Et en fait c'est une petite l'aéroport,
et au bout d'une petite langue, elle est à l'abri,
une petite langue dans le fil.
Et là on sort beaucoup de vent, des plus grosses vagues,
ça secoue.
Et du coup on peut même pas trop regarder,
parce qu'il faut serrer, voilà, on a les embruns,
le vent, le froid, donc on a les yeux à moitié,
comme si on était à Bruit.
Et puis on fait tout le tour de cette langue de terre,
et là on part dans une autre bras de fjord,
et là on se retrouve à se l'allumer au milieu des icebergs.
C'est un peu fou, avec les petits pingouins,
les mergulins.
Trop joli, tout petit, tout noir,
avec un mini-bec qui sont dans l'eau qui flotte,
et puis qui plonge, qui plonge vers l'arrivée du bateau.
Et puis alors c'est étonnant, parce qu'on longe une côte de Tundra,
à ses plates, très vertes, voilà.
Et de l'autre côté, c'est très large,
mais du coup à droite, on a, voilà, qui défile les bandes vertes,
comme ça, et sur la gauche des grandes,
des montagnes très, très, très abruptes,
avec la calotte glacière.
Donc c'est étonnant de voir une telle épaisseur blanche
en haut de montagne, comme ça,
ça couvre complètement,
avec des, très régulièrement des glaciers
qui lâchent des aïvers, enfin,
l'impression d'être sur une autre planète,
qui dit « mais au suige, tout est chicantesque,
les seuls sons, c'est le moteur,
et puis les icebergs qui bougent, c'est l'été,
donc ils bougent beaucoup, ils fondent,
ils se retournent, ils craquent,
et là, des heures et des heures,
mais pour le coup, j'oublie un peu le froid
avec la beauté des...
On passe vraiment tout près, quoi.
L'incassie doit faire super attention,
parce que des fois, il y a les tout petits qui sont à fleur de l'eau,
donc des fois, ça tape un peu.
Et on arrive, donc, sur la toune-bra,
confort, au niveau d'une ancienne base danoise, scientifique,
mais qui est complètement à l'abandon et abîmée,
on peut pas... C'est une cabane,
mais ils appellent ça une vague,
c'est une vieille cabane,
en moitié en ruine, on peut pas vraiment aller à l'intérieur,
mais il y a un petit point d'eau,
enfin, c'est assez stratégique.
Les autres sont arrivés quelques heures avant nous,
et c'est les retrouvables,
mais il faut être assez...
On pose des sacs, il faut monter les tentes
pour mettre à l'abri le matériel,
même s'il fait bon, moins 5-0, il fait bon.
Et puis, un grand soleil.
Et là, on installe le rendement, donc une grande tente commune,
on met tout le matériel pour le son, la caméra,
parce qu'il y a quelqu'un qui va s'occuper de prendre des images et du son.
Marie, il a essayé d'envoyer péniblement par un téléphone satellite
quand il y a des connexions,
mais ça, c'est pas du tout évident.
Et bataille contre les moustiques,
et puis elle est cherchée de l'eau,
et puis, monter sa tente après.
Et il y a une autre partie de l'équipe
qui est déjà dans les montagnes en face,
les glaciologues, etc.
On doit rejoindre plus tard,
qui sont en train de voir ce qui est le plus intéressant pour eux pour la suite.
Mais disons qu'en moyenne, on était en 12 à 15 personnes.
Le responsable d'expédition explique un peu comment ça va se passer,
dans la vie quotidiennement,
c'est-à-dire faire les repas,
faire la vaisselle,
faire ses besoins,
parce que là, on est sur une immense toundra toute plate,
donc même si on part à 3 km, on voit quand même.
Donc voilà, il y avait tout un truc pour l'eau,
comme on prend l'eau, etc.
Là, pour le cuivre, il fallait de vigileant à l'eau potable,
parce que l'eau du fioir des salées, on ne peut pas l'utiliser.
Là, il y avait un éticité des tout petits filets d'eau.
Donc plusieurs personnes n'étaient pas habituées,
forcément, à être à vie dehors, sur le long terme.
Ils avaient fait du camping, évidemment,
mais là, si on n'a plus d'eau, on n'a plus d'eau.
Donc, la vaisselle, laver les vêtements, se laver tout en bas,
et garder l'eau pour prendre l'eau propre.
C'est des choses qui paraissent toutes simples et pleines de mon sens,
mais ce n'est pas assez évident que ça au départ.
Surtout dans l'enthousiasme de l'arrivée,
on a envie de faire plein de choses.
Et puis, pour les toilettes,
ils avaient monté une espèce de petite tente,
mais sinon, il fallait dire à tout le monde de se tourner.
Le temps que la personne s'en allait un peu plus loin.
Et puis, brûler le petit peu.
Voilà, c'est des petites choses.
Parce qu'il faut savoir que là-haut, avec le temps très sec et tout ça,
des choses ne se dégradent pas,
on très peu émette extrêmement longtemps.
Et d'ailleurs, un des écologues,
un biologiste qui travaille sur les populations de beaux musquées
ou de l'eau arctique, qui était plus présent là,
mais on l'avait peut-être vu, donc, et cherchait des traces.
Lui, quand il trouvait des fessesses, des crottes,
c'était compliqué pour lui de dater.
Parce que ça peut être beaucoup plus vieux
par rapport au degré de dégradation que ce qu'on trouve nous en France.
Par exemple, on va pouvoir dire, bon, là, ça fait tant de jours.
Et si c'est plus long que ça, ça disparaît.
Ici, ça reste.
Enfin, à ce moment-là, voilà.
Et là, on est restés une dizaine de jours sur ce campement-là.
C'est la première nuit de mon nuit,
parce que c'est un grand soleil magnifique
qui baisse à peine en juillet sur l'horizon.
Et du coup, c'est pas tant la nuit,
c'est les tours de garde par rapport aux ours.
Chacun dit, bon, t'es l'heure à t'es l'heure.
Là, on est assez nombreux,
donc on faisait une heure et demi, deux heures chacun.
Et on se réveillait les uns et les autres.
Et moi, j'ai fait deux heures quatre heures, je crois.
On se retrouve avec tout le monde qui dort,
avec cette grande lumière, mais il est deux heures du matin.
Et puis on se trouve en situation de proie potentielle.
Et on veille sur les autres.
C'est un côté très, très, très primitif.
Et puis vraiment, cette sensation physique de...
c'est pas de la rigolade.
Il faut regarder, et qu'est-ce qu'on fait, comment ça se passe.
Parce que là, on est dans des tentes.
On n'a nulle part où partir en courant, se cacher, de quoi que ce soit.
Je pense essentiellement à ça, à ce moment-là.
Et puis, la première journée, ça démarre,
chacun part, dire, son travail.
L'avantage de mon travail,
c'est que je vais un petit peu avec tout le monde.
Pour soi, je suis allée en disposition pour faire des relevés,
prendre des notes destinées, faire des croquilles,
parce qu'ils les utilisent aussi beaucoup.
Soit, je tiens un carnet de bord,
dessiné des actions, du milieu, des paysages, etc.
Donc, c'est en fonction, je m'organise en fonction des besoins de chacun,
et quand personne a besoin, je fais le paysage, le contexte, etc.
On est partis du coup à un petit groupe de 5-6 personnes.
Donc, nous étions 3,
avoir l'habitude de faire un peu du terrain, pour suivre des animaux, pister des animaux.
Et 3 autres, pas du tout, qui étaient très enthousiastes,
qui étaient plus de l'équipe, soit vidéo, soit scientifique, mais plus de glace,
donc ils ont pas de problèmes de faire peur, à glace sombre, quoi que ce soit.
Et du coup, ça a été de se dire, bon,
il va falloir prendre sur soi, parce qu'ils font un bouquin pas possible
et on peut pas avoir grand-chose quand on est seul,
on sait qu'on va avoir des choses.
2 à 3 avec mes 2 autres, qu'on perce...
On n'a pas besoin de parler, les mouvements, ils se font tout seul,
en fonction du vent, de ce qu'on voit, on va se positionner sans avoir besoin de se parler.
Là, avec les autres, c'était pas la même.
C'est pas toujours évident.
Et à un moment, j'ai craqué, j'ai dit, bon,
je savais des bernaches monnettes,
qui sont des petites oies très jolies, très très graphiques,
avec du blanc, du noir, enfin, un gris, un gris entre-acides,
un peu de beiges, trop jolies,
et elles étaient vraiment plusieurs, là, sur ces petits étangs.
Et à chaque fois, ils faisaient partie, enfin, c'était l'enfer.
Donc à un moment, j'ai dit, bon, je prends une VHF, une radio,
et je me met, j'y vais, quoi, je suis pas loin.
Alors, il y a eu tout un débat, oui, mais t'as pas de fusil avec toi,
parce qu'on peut pas trop partir tout seul sans fusil.
Mais j'ai dit, bon, je sais pas, je suis pas loin,
je vais aller tant le plus proche, voilà.
Et j'ai eu mes bernaches.
Donc là, j'avais les jumelles et la lunette.
Donc j'ai pas besoin de trop m'approcher, c'était super.
Les jumelles vont permettre de checker,
de faire le point, d'observer ce qui se passe,
et quand on a fixé un point sur lequel on peut travailler,
on a mis mal tout ça, qui est pas trop trop mombine non plus,
on pose la lunette et on peut se mettre à travailler.
Et donc là, j'étais super bien,
j'ai vu des espèces de doiseaux que je ne connaissais pas.
Dans ces cas-là, je les dessine,
puis j'essaie de prendre tous les éléments.
Il y a des éléments vraiment qu'on va regarder en premier
chez un doiseau pour l'identifier.
Ça va être une partie de l'aile,
ça va être une forme, ça dépend précisément
de son vol, posé dans l'eau, la forme de la tête.
Après, du coup, il faut essayer de mettre une échelle.
Si on a le temps de mettre le plumage,
ça va permettre de définir non seulement l'espèce,
mais aussi le sexe et le défoilage.
Parce que si c'est un moment, 2 ans, 3 ans,
ça peut être pas mal si c'est un plumage nuptial, prénuptial,
puisque là, c'était l'époque.
Donc les mâles étaient en face de changements de plumage
pour s'adir à ces dames.
J'essaie de cibler ça, je mets toutes les notes couleurs.
Je sais que le soir, en rentrant, je vais leur montrer
si j'ai bien fait mon boulot, ils peuvent me dire au moins la famille.
Et si j'ai super bien fait mon boulot,
ils peuvent me dire l'espèce, quand c'est possible.
Et puis sur le retour, hors descendant,
ça c'est une sensation que j'aime beaucoup.
C'est quand on arrive et qu'on voit le camp au loin,
avec tout le monde qui s'active,
d'autres qui arrivent tout seuls, mais d'un autre endroit plus loin,
c'est un moment que j'aime beaucoup,
de se sentir à sa place, tout va bien.
Et en même temps avec le plaisir encore de savourer ces dernières instants,
tout seul.
Et là, au moment de ce temps d'arrêt,
où je regarde ces paysages fous,
je pense aux autres de l'équipe que je ne connais pas,
qui sont dans ces montagnes, qui font peur,
en face, non, on est sur du moelleux vert, papillonnant.
En face, ces montagnes sont très assérées,
c'est de la roche et de la glace.
Oui, moi ça m'impressionne.
Elles sont loin, mais elles paraissent tellement gigantesques.
Donc je pense à eux, j'ai une petite pensée pour eux.
J'espère que ça va.
Je me disais que je vais y arriver là-dedans,
je ne suis pas non plus alpiniste.
Je me pose des questions sur mes capacités à venir.
En fait, là on est restés sur le zone de Tundra,
pour les botanistes, les biologistes, les étologues, etc.
Et après, on va migrer vers les montagnes et les glaciers,
pour faire un gros travail de glaciers.
Et au moment où je m'arrête,
ce fameux moment est un petit peu suspendu,
je vois de la laine de beu musqué,
parce qu'à cette époque-là, ils se gratent,
ils enlèvent leur grosse laine.
Et je ramasse ma première laine de beu musqué,
et je croise les doigts pour en voir.
Voilà, j'ai très envie d'en voir, en fait, c'est une grosse bestiole.
C'est toujours des moments, c'est une ruche,
quoi, d'un coup, il faut aller assez vite, il faut tout démonter.
Une cassille revient, parce qu'il était retourné au village,
donc il revient avec son petit bateau,
il fait des allers-retout pour traverser le chium,
mais ça prend une heure.
Et là, nous, on part à deux en premier,
et on charge avec un maximum de sacs,
parce que là, va commencer ce que j'aime pas du tout,
c'est le portage.
Parce que donc, on somme l'été, donc il n'y a pas de neige,
on ne peut pas faire glisser,
on ne peut pas utiliser de poule-ca pour porter le matériel.
Donc on va tout porter.
Donc là, on amène les grosses sacs qui nous déposent,
alors là, c'est...
On est au niveau de la mer,
et puis on arrive aux pieds de certaines montagnes
qui montent à 1'000, 5'000 mètres tout de suite.
Donc c'est fait un espèce d'angle droit,
c'est très impressionnant.
Donc là, on rentre dans un bras,
pareil de fjord,
avec c'est là pour le coup les montagnes de chaque côté.
Et on arrive aux pieds d'un énorme glacier
qui s'appelle Apocinica tica,
c'est ça.
Et en fait, on voit que des tas de moraines,
tas de gros cailloux qui poussent devant lui,
on voit pas de la glace.
Et on aborde là,
et tout de suite, on est sur des grosses pierres
qui ne tiennent pas bien, et c'est parti.
Donc on vide tout ça,
et une cassier repart chercher le reste,
il va faire deux, trois alertons comme ça.
Et nous, notre mission, je suis avec Philippe,
qui lui s'occupe de...
l'intendance, quoi.
Les tentes, le matériel, la cuisine, la nourriture.
Ce qui est le pire poste dans une expédition,
c'est gérer la nourriture.
Parce que soit les gens vous adorent,
soit ils vous détestent,
parce que s'il n'y a pas assez, c'est pas machin.
Et nous, la notre mission, c'est de porter
tous les gros sacs,
faire des alertours derrière les grosses moraines,
où il y a un petit espace herbe,
et monter la tente pour ce camp 1.
Parce que là, on ne va plus être en étoile,
on va marcher pendant 10, 15 jours,
à peu près une semaine pour atteindre un point bien précis
de ne pas l'étudier, les glaciologues.
Ils ont repéré un lac qui les interpelle
entre deux glaciers, c'est un endroit qu'il va l'étudier.
Mais on ne sait pas les difficultés qu'on va avoir sur le chemin,
les cartes sont très vagues.
Et puis, il y a des liens crevasses,
ça bouge la glace, donc on ne sait pas trop.
On marche, on se cogne, on tombe, on se fait mal,
on monte les tentes,
on récupère des bidons qui avaient de descents
et de nourriture qui avaient été déposées là.
Et les autres arrivent,
et on essaie de tout préparer pour que ce soit bien,
pour que tout le monde arrive.
Et le petit groupe qu'on doit rejoindre,
les glaciologues, ils sont de l'autre côté du glacier déjà.
Ils ont monté un camp 2,
et on doit les rejoindre le lendemain, normalement.
C'est sans compter sur Evraar,
qui est quelqu'un qui a beaucoup d'énergie,
et il est 8h du soir, mais ça ne se voit pas.
On a de monter tout ce qu'il faut,
il dit bon, on mange et puis on les rejoint.
Il y a 3-4 heures de marche à peu près,
à savoir que le soleil ne baisse pas,
la lumière est la même,
mais la température baisse,
dans la période nuit.
Donc moi là, je lui en veux,
j'étais fatiguée,
et on porte, on reprend les sacs,
et là, première fois de ma vie, je marche sur un glacier.
Très beau, très impressionnant.
Et là, il faut traverser ce glacier,
ça prend, il faut l'atteindre,
déjà dans des moraines, grimpées, machin.
Et on arrive vers 1h du matin,
pour retrouver les autres.
Et pour descendre de ce glacier,
c'est pas évident du tout,
il faut passer sur une toute petite langue,
là j'ai mis un premier frayeur,
ça glisse, on a juste des piollets,
voilà, mais on n'est pas encore des,
donc on passe sur une toute petite langue,
voilà, au passage, il faut casser de la glace
pour en ramener au camp.
Et là, on arrive sur une grande plaine de sable,
de dunes,
pareil entre deux grandes lignées de montagne,
et le camp, il est comme si dans un désert de sable,
on est sur du sable.
Ça, c'est l'arrivée dans cette zone
qui est sublime,
c'est de beauté,
avec des petits glaciers
qui coulent de la calotte,
qui est toute proche, là,
elle est au-dessus de nos têtes,
dans les immenses glaciers centrales.
Et les sons,
moi, c'est ça qui m'a marqué,
c'est les sons de craquement de la glace,
de front de l'acier qui s'effondre,
de roches qui se décrochent
et qui roulent le lendepente de ces montagnes.
Ça fait des détonations,
et comme ça fait des grands murs de roches,
ça crée des détonations qui résonnent même dans le corps.
Vraiment, c'est comme une explosion.
Ce sont les seules sons, en fait.
Il n'y a pas de son d'arsectes,
il n'y a pas de son d'oiseau.
Il y a un silence,
ou de la roche,
et qui vive qu'on soit là ou pas.
On a l'impression d'être microscopique, en fait,
dans ce lieu.
On rejoint les glaciologues.
Pour le coup, c'est des montagnards alpinistes
rompus à l'exercice de la glace, de la roche,
vraiment enthousiaste et gentille.
Et le lieu où on est, c'est assez impressionnant.
Donc, il y a le front du gros glacier apucinicadique
sur lequel nous avons marché,
qui est juste devant nous dans le camp.
Et là, c'est l'été.
Il a reculé un petit peu,
il a laissé des blocs de glace
qui sont posés sur le sable.
Donc, c'est vraiment fantastique.
Il y a ces énormes blocs abandonnés,
gigantesques, vraiment, ces géoblètes,
avec un petit peu d'eau au pied.
Et puis, si on regarde de l'autre côté,
de la vallée,
il y a cette grande partie sableuse.
Et puis, on voit des montagnes de pierre
et de roche au loin, c'est le front d'un autre glacier
qui est encore plus grand,
qui s'appelle l'acier Édouard-Bélet,
genre lequel on va marcher beaucoup plus longtemps.
Là, on reste quelques jours pour se préparer.
Les glaciologues vont travailler dans les moulins de glace,
qui sont sur le dos des glaciers,
donc il y a les eaux de fonte,
qui créent des petites rivières qui s'appellent des bédières.
Lorsqu'elles rencontrent des failles,
l'eau s'engouve dans ces failles
et creuse la glace et crée des moulins,
des puits de glace très profonds.
Et là, les glaciologues entrent là-dedans,
font de la cascade de glace avec des cordes,
et tout ça, ils descendent là-dedans et ils placent des micros.
Là, eux travaillent sur le son de la glace
et les indications que devraient leur donner ces sons.
Je les suis, je les dessine, je dessine mon matériel,
mon travail, etc.
On a eu une grosse journée de portage dans le sable
pour monter ce camp numéro 3 du coup.
J'ai l'impression qu'en deux heures,
on allait atteindre ses rochers,
il fallait beaucoup plus que ça
avant de s'engager là-dedans.
Évrard nous dit que j'ai une bonne et une mauvaise nouvelle,
j'ai trouvé un passage pour atteindre le front d'Edouard Bélet,
mais il faut passer dans l'eau.
Au départ, tout le monde réfléchit, on met une tirolienne,
puisqu'elle est assez large, avec du débit,
quand même, c'est l'été, tout marron,
au milieu du sable, donc c'est assez étonnant.
On tente une tirolienne.
La tirolienne va pouvoir faire passer les sacs,
mais pas nous.
Nous, il faudrait qu'on passe à pied dans l'eau.
Il ne faut pas vous mouiller vêtements,
donc on se met en sous-vêtement.
Et l'eau est à 0,1 degrés.
Nous sommes deux petits modèles,
tous les autres sont plutôt grands costauds.
Nous sommes deux, donc les deux petits 1,6 mètres,
donc quand on voit les grands qui traversent,
à qui ça arrive, en haut des cuisses,
nous, on sait que ça va être au-dessus d'une engueille.
Donc on met les vêtements autour du cou,
les chaussures autour du cou,
on se retrouve en sous-vêtement,
et avec les bâtons de marche,
pour par rapport au courant.
Parce que, là, trouille,
et on oublie la douleur du froid,
parce que vraiment,
on va se laisser embarquer dans cette rivière,
qui va s'en mouffer sous le glacier boussinicadique.
Donc c'est juste le pire truc qu'on puisse imaginer.
On traverse,
et vite on va donner un coup d'un aux autres,
pour la tirolienne.
Tous les sacs traversent et on les récupère.
Moi je dessine à ce moment-là,
la tirolienne, etc.
Et voilà, je découvre le dessin quand on tremble.
C'est ce que j'apprécie beaucoup, en fait,
de dessiner dans ces conditions-là,
d'avoir très froid,
d'être fatigué,
d'être très haut,
d'être sous de la roche.
C'est que ça amène quelque chose au dessin
qu'on ne peut pas inventer
dans son atelier,
dans la ligne,
toutes ces belles lignes,
à son nourri de ce qu'on est en train de faire.
C'est pour ça que tous les croquis que je fais sur place,
je ne les retouche pas,
sinon ça les éteint.
Je sais pas si c'est très clair,
mais il retombe.
Et donc on arrive
au prix de
beaucoup de transpiration
et de fatigue
au pied d'Edouard Bellet.
On monte un camp
très joli,
il a vraiment au pied des falaises,
au pied des montagnes.
On investit un coin
qui était,
ouvive, les lièvres arctiques.
Il y avait plein de petites crottes,
c'était un petit endroit,
ça bleut le seul endroit,
on pouvait mettre les tentes,
tout le reste était de la roche
ou de la glace.
Et là, les glaciologues
vont fouiller un petit peu.
C'est des montagnes de glaciers
de rochers, c'est très impressionnant.
Et ils trouvent une entrée
pour entrer dans le glacier.
Alors l'endroit le plus dangereux,
clairement,
c'est de passer ce front de glaciers
parce qu'il y a des éboulis
sans arrêt.
Il y a des gros rochers qui tombent.
Donc il faut s'approcher
et puis courir vite
pour se mettre à l'abri.
Quand on est à l'abri, ça craint plus.
Et là, on descend dans une espèce de
de...
Comme dans un petit puits
au milieu de la roche et de la glace,
on fait descendre des petits bateaux gonflables
qu'on porte avec nous,
des petits packrafts,
parce qu'il y a une rivière glacière
dessous, mais toutes petites,
qui sont courants,
c'est très tranquille.
Et moi, j'aime bien ces petits bateaux-là,
j'aime bien les maniers,
les pagaillers.
Et c'est moi qui fais les allers-retour.
Donc je vais se chercher les gens
qui descendent dans le puits,
ils viennent dans le bateau
et je les amène
en endroit où on se retrouve
dans un tunnel de glace.
On peut faire attention,
il faut remettre les crampons, etc.
Et là, on va le plus loin possible.
Et là, on est dans un tube de glace,
une galerie.
Et avec nos frontales,
et du coup, dès qu'on change,
dès qu'on te fente ma tête,
on la va...
Tout change le tour de soix-quin
comme un kaleidoscope.
Tout le monde travaille,
certains chimes,
on en prenne du son,
on te font des photos,
les glaciologues
qui prennent des trucs,
font leur travail.
Moi, j'expérimente,
je fais un croquis
et j'essaie de faire une mise en couleur
à l'aquarelle dessous,
en me disant que ça va peut-être geler.
Mais en fait, c'est beaucoup trop humide,
donc ça ne jale jamais.
Donc je peux refaire mes mancarnées.
Mais bon, voilà,
j'aime bien expérimenter.
Mais pas peur.
Enfin, pas de...
Le petit passage avec les rochers qui tombent,
c'est un peu qui tout double,
c'est un petit peu impressionnant.
Mais sinon, ça va.
Et là,
je découvre
et je prends un plaisir fou
à dessiner la glace,
à dessiner les roches.
Donc là, on va être dans des couleurs très chaudes
qui virent des roches,
qui virent au mauve, au violet,
au orange rouille,
vraiment, cette couleur rouille foncée.
Et la glace,
alors à l'intérieur,
qui est bleutée,
voilà, c'est très transparent.
Et après, qui est là
où elle est vraiment au front du glacier,
qui est très sale.
Donc trouver ces tons de glace sale
qui est pas si évident que ça.
Et jouer sur ces formes,
sur les formes géométriques.
Parce que le croquis comme ça, de terrain,
surtout quand on est en équipe,
donc c'est pas moi qui décide le temps
que je vais passer quelque part.
Mais du coup, il faut être efficace.
Comment je peux faire comprendre rapidement
une texture, un volume, etc.
Là, dans cette partie,
Montagne-Grassier,
c'est lave, ça a descendu à moins dix,
bien moins dix.
Et du coup, il y a
qui se lave, qui ne se lave pas.
Est-ce qu'on se lave,
est-ce qu'on se lave pas ?
Faire la vaisselle,
ben on fait pas chauffer l'eau,
parce que là, pour le coup,
il faut absolument tout économiser
parce qu'on porte le gaz,
il n'y a pas de bois pour faire du feu.
Donc le seul moyen de chauffer,
c'est des petites pombones de gaz.
Et c'est juste pour la nourriture.
Pour faire chauffer l'eau,
pour la nourriture et la boisson,
éventuellement.
Mais c'est tout.
Donc après, si on se lave,
c'est à de l'eau, à un.
Là, les mains sont très abîmées.
Quand on met les mains dans l'eau,
après la nourriture,
c'est un moment vraiment fort.
On a des lieux finisés pour le matin.
Et après, c'est du riz.
Et des fromages et des saucisses.
Enfin, genre ce serait bon,
des fromages, voilà,
des pays du Nord qui continuent à manger.
On a les retours.
On a les fromages,
saucisses, riz,
et sur le riz,
le meilleur rôtre que j'ai jamais mangé.
C'est super bien, ma crasse.
C'est la même chose, c'est la même chose.
Non, non, non.
Mais nous, on a une version fricroncante.

Mais chaque fois, c'est un bonheur,
un fini de manger ça.
Et c'est un moment où on est tous autour.
Quand il y a une tente commune,
on est tous sous la tente commune.
On sort les cartes.
Chacun montre qui a fait quoi,
qui est allé où.
Ce qui en fait des photos,
montre les photos.
Moi, je montre les dessins.
Et puis on prépare
ce qu'on va faire le lendemain.
Et alors, attends, c'est où, c'est là.
Et on a aller chercher.
On a longé, longé, longé, longé.
Et tu as encore une dernière morenne à passer, là.
Pour autoroute.
On a vu ça,
ça ne donnait pas de moulin.
Ici, on en a vu un beau.
Vraiment très beau.
Je pense que c'est celui-là le plus facile
à instrumenter, à descendre, à machin.
Il est hyper beau.
C'est à dire, c'est un défile.
On se répartit les tâches.
On règle un peu les comptes.
Qui fait plus la vaisselle que les autres.
Qui en fait moins.
Qui met d'autres.
Moi, je porte des sacs plus lourds.

C'est la vie ensemble.
Moi, j'ai une poche confortable
dans la vie de groupe.
La relation de groupe, c'est-à-dire que
ce que je fais n'a pas d'impact
sur ce que font les autres.
Je pensais plus compliqué
pour les responsables
à tendance, la nourriture notamment.
Et puis pour les responsables
logistiques.
Parce que tout le monde
n'est pas d'accord.
Et qu'est-ce qu'on prend ?
Donc les glaciologues veulent absolument
prendre tout leur matériel à chaque fois.
Mais on a chacun tout ce dont on a besoin
de nous.
On a les tantes, on a la nourriture.
Et puis, leur matériel.
Donc ils ont des gros capteurs,
des cordes.
Une corde mouillée, c'est 10 kilos.
Ça y est.
Les mousquetons,
les casques, les piollets.
Tout ça, il faut se le répartir.
Il y a un peuson.
C'est un petit outil
qui permet de peser.
Parce qu'à un moment, chacun a dit
« oui, mais moi je porte plus. »
Donc on pèse.
On pèse les sacs.
Et chacun fait au maximum de ce qu'il peut.
Donc il y en a qui portent
14 kilos.
Parce qu'on marche des fois 6, 7,
8 heures dans la journée.
Et puis d'autres qui portent 45 kilos.
C'est surrealiste.
Et nous, les petits gabarits avec Gaëlle,
on était autour de 20 kilos.
Moi je crois que le plus c'était 23.
C'était presque la moitié de notre poids.
Mais tout le monde,
d'autres, ceux qui portaient 45,
ils faisaient pas 100 kilos.
Donc c'était
impressionnant.
C'est impressionnant.
Et du coup, on a eu des bons moments de rigolade
dans la souffrance, on va dire.
Parce que nous on pouvait pas les soulever.
Parce qu'on devenait toutes rouges,
on pouvait pas décoller,
on pouvait décoller les sacs de 10 cm.
C'est pas possible.
Donc on se mette debout.
Et que deux autres nous mettent le sac
sur le dos.
Mais du coup pour se déplacer
sur les gros rochers qui ne tiennent pas,
fallait vraiment jouer avec ce poids.
Et si on tombait,
on ressemblait à des espèces de gros colers
haupters sur le dos,
de gros insectes qui agitent leur pâte.
Et il fallait tout défaire,
se remettre debout,
attendre qu'il y ait des gens qui soient pas loin
pour reposer le sac sur le dos.
Et moi je ralais beaucoup parce que
j'étais plutôt à la queue de tout le monde.
Et du coup quand j'arrivais,
les zones nous avaient attendues,
donc il fallait repartir tout de suite.
Ils n'en avaient pas trop le temps de s'arrêter.
Et alors des fois quand il y avait des pauses
où j'étais là,
je me disais je pars avant tout le monde.
Comme ça je vais être un peu devant.
Et c'était déprimant parce que tout le monde
me doublait petit à petit.
Et ça me déprimait totalement.
Et quand il y avait le dernier
qui ne l'en restait plus qu'un derrière,
j'entendais ses pâts qui crissaient dans la glace.
J'ai dit non,
lui je le laisserais pas me dépasser.
C'était ridicule.
Mais c'était simple.
Et puis quand je voyais,
ça s'ilouait sur le côté.
Et moi je donnais tout et me doublait quand même.
Donc je l'ai cétombé.
Et puis on a pu atteindre ce très grand lac.
Il y a une histoire de dynamique de glaciers.
Parce que ce lac remplit
une vallée glacière entre deux gros glaciers.
Donc en fait,
il arrive
presque en haut du front du glacier.
Quand on est au bord du front du glacier,
on touche l'eau.
Et ils n'ont pas réussi,
ils ont mis un filin avec un poids.



Pour revoir la hauteur du front du glacier,
ils n'ont pas touché le fond.
Je crois qu'on était à 15 mètres
et c'était pas encore le fond.
Donc c'était très profond.
Et là,
il y a une partie de l'équipe
qui a pris les petits bateaux gonflables
pour traverser le lac.
Il y avait une espèce d'île rocheuse au milieu.
Et moi,
ils m'ont déposé au passage
sur une paroi
rocheuse,
mais il fallait bien me chercher après,
pour le coup, parce qu'il n'y avait pas d'accès.
Je pouvais puret partir.
J'étais vraiment au-dessus du lac.
Et là, j'ai pu faire un grand panoramique.
J'étais extrêmement bien.
Et c'était à la demande
des glaciers.
Ils m'ont dit,
« Ce paysage-là,
on voudrait tel, tel élément,
donc le front du glacier immergé,
les glaciers secondaires
qui arrivent dans le lac, etc. ».
Donc on a réfléchi,
en regardant autour de nous,
à 360, tout était le meilleur emplacement.
J'ai dit,
« Est-ce que vous pouvez me poser
la base sur cette falaise ? »
Donc ils m'accrochent là-bas,
ils me posent sur un petit caillou qui dépasse.
Mais c'est tout lisse autour, quoi.
Et moi, j'avais prévu
tous les bons vêtements.
Enfin voilà,
maintenant je sais comment m'équiper.
Donc, j'avais pas froid du tout.
Ils avaient peur vraiment
que j'ai froid,
donc ils se sont dépêchés.
C'était gentil leur parc.
Parce que je suis restée peut-être
quatre heures là,
tout seul,
avec toute cette roche
qui bouge, qui craque.
Et à cet endroit-là,
je suis allée dessiner.
Donc je préviens, je vais dessiner.
Mais je ne dis pas forcément,
je vais me placer.
Je vais essayer de faire attention
parce que je suis toute seule,
parce qu'il y a des gros blocs de pierre.
Et je me mets assez en contrebat
de tout ça.
Il y a Raphael,
qui vient se balader dans le coin.
Alors que je suis assez loin du coin
et je le vois,
je vois sa silhouette assez haute.
Mais lui, il ne voit pas du tout que je suis là.
Et en fait, il est au bord du...
Et il tape dans les pierres,
il en fait tomber.
Et ça me passe, mais à 2 mètres.
Ça fait un énorme ébouli.
Et du coup, je crie très, très fort.
Il a eu tellement peur, en fait,
il est devenu tout blanc le pauvre.
C'est moi qui m'étais très, très mal placée, en fait.
C'était une erreur de ma part.
Et dès que je l'ai vue,
j'aurais dû le prévenir tout de suite,
que j'étais là.
Mais j'ai toujours cette espèce de sale réflexe
de faire le moins de bruit possible,
au cas où il y a une massole.
Donc c'était ma faute.
Et ça a été...
On en a vraiment débriefé le soir, en disant bon.
Quand je pars, je dis où je suis.
Et je m'aimais pas des maisons noires.
Parce qu'il n'y aurait plus même à voir
un ébouli qui se déclenche
sans Raphaël.
Vraiment.
Quand on est...
Retournée au front du glacier
hypocynicadique, au camp numéro 1,
il y a eu, fous,
déjà ce truc d'impression de...
à çailler, c'est fini.
On va plus porter comme ça.
On était très fatigués,
très très fatigués.
Enfin moi,
surtout qu'il nous est arrivé,
c'est vrai, sur le glacier
Edoard-Bélet,
on est tombés
sur des restes
d'une expédition irlandaise
de 3 ans auparavant,
qui...
qui s'est faisée un gros tas d'égouttants.
C'était une expédition sportive
parce qu'il y avait la carte,
ils avaient laissé des bidons,
des gros bidons bleus, là.
Il y avait des poulcas,
deux poulcas.
Il y avait des bidons avec de la nourriture.
On avait tellement faim qu'on l'a mangé.
Des trucs vraiment.
Mais bon, il n'y a pas eu d'intoxication.
Il y avait des fruits séchers
à moitié moisies.
Enfin bon,
des vieux trucs qui ont utilisé,
on les a fait quand même
du beurre de cacahuète,
parfaitement conservé.
Des vieux vêtements,
des pots de foc,
pour les skiffes, voilà.
Et on a vu que c'était
une expédition sportive
mais qui avait dû se faire
récupérer en hélico
et qui avait dû laisser une partie
mais qui n'a jamais été récupérée.
Donc on a trié,
on a brûlé
ce qui pouvait se brûler sur place
et tout le reste on l'a ramené
en plus
pour pas laisser traîner.
Puis les poulcas,
on ne pouvait pas les traîner.
Certains qui les ont pris
sur le dos.
Après avoir fait le plein
de ces croquines montagnes
et tout ça,
là j'avais envie de...
Je voulais voir des beaux musquets,

ça faisait un mois
qu'on était là.
J'avais vu
quelques goéles en Bourmestre,
une petite naie de foc,
plein d'oiseaux,
mais voilà.
Maintenant j'avais envie
de beaux musquets,
d'autres animaux
et d'avoir plus de temps
de partir toute seule.
Et donc là,
on a rechargé le bateau
et une cassier revenue
nous cherchait,
nous attendait là
et nous allenaient
à un autre endroit
là que j'ai adoré.
Là j'aurais même installé.
Qui s'appelle Arré Fjord.
Donc avec des bords de roches,
une petite cric
avec de la toundra,
mes rocheuses,
des jolies collines
avec de l'herbe
et des gros rochers
et des petits étangs au-dessus.
Et des grandes collines
rocheuses,
très belles
et au-dessus des gros glaciers.
Et en face de nous,
des icebergs.
Magnifique.
On les voyait se retourner
et on avait qui était en arch
qui s'effondrait
très très beau.
Et donc là c'était un camp fixe
qu'on a bien installé
en étoiles
avec des belles roches
avec lesquelles on pouvait s'installer
faire le gai.
Et là, une cassier restait
avec nous,
pour le coup
parce qu'il avait besoin du bateau
pour amener un front de glaciers
qui était un peu plus loin
pour aller travailler sur les icebergs.
On avait besoin qu'il s'arrête.
Donc il avait sa tente
et ce qui était
traitézeuse,
on a eu un lien.
Déjà, il aimait bien venir voir
en fin de journée
les dessins
et comme on avait un anglais
aussi mauvais l'un que l'autre,
on se comprenait.
Et surtout par rapport aux animaux,
je crois que ça lui plaisait bien
ce regard que j'avais.
Vous voyez que je...
les empreintes, les traces,
tout ça,
il voyait que j'avais mon petit oeil.
Je cherchais des petites choses
qui l'ont interpellée.
Alors, de temps en temps,
c'était très subtil.
Il me regardait
et il regardait la colline
et je savais qu'il fallait
que je regarde à mes regards
et je voyais des trucs.
Probier beu musqué qu'on voit au loin.
J'ai pris ma lunette,
mes machins et tout.
Je suis partie, j'ai filé tout droit
et c'est plein de petites collines
qui succèdent.
Donc on descend dans les creux,
on remonte dans les creux.
On peut vite se perdre
et j'avais pas pris point de repère
et du coup,
je l'ai cherché.
J'ai cherché, je suis partie 4 heures
et je suis jamais tombée dessus.
Je suis partie 3-4 fois maintenant,
à l'étranger,
en tant que dessinatrice d'expédition.
Et des fois,
quand je fais des rencontres
avec des enfants,
quand on présente des documentaires,
des choses comme ça,
la question c'est
quelle est votre voyage préférée
et la question qu'on pose,
on me dit
je peux pas répondre,
tous sont formidables.
Dans mon cas,
je peux dire
je peux dire






je peux dire que
le Groenland,
ce voyage-là,
c'était un
un choc esthétique.
Voilà, c'est mon syndrome de stand-up.
Vraiment, ça a été
une émotion
de beauté
très forte.
Vraiment.
Aurélie rapporte de cette expérience
des carnets entiers de croquis
qui lui permettent
de partager un peu
des émotions qu'elle a trouvées là-bas
au Groenland.
La poésie,
le silence.
Un très beau documentaire
fera le récit du voyage,
le murmur des glaces
narré par Évra Vandenbaum
que vous pouvez également
retrouver dans l'épisode 6
de la saison 1
accrocher à une paroi vertigineuse
à la frontière Sino-Kirgiz.
Les Balladeurs,
une série audio-léosaurs,
signé Camille Jusot,
avec la musique de Alice-Anne Brassac,
des prises de son
sur le terrain de Marie-Lila Vidal
et un mixage de l'oreille galicanie.
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À bientôt.
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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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