Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Back Market, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mes aventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Autonne 1982. Les sommets de l'Himalaya se devinent à peine au milieu des nuages de neige.
Les quelques percées de soleil maintiennent le noir menaçant d'un ciel,
dont la colère menace le groupe d'alpinistes qui s'est mis en marche.
Mais pour combien de temps ?
Lawrence de la Férière et les 3 autres grimpeurs maintiennent le cap pour atteindre le sommet.
Perdue dans l'immensité des montagnes vertigineuses, la survie dépendra des humeurs de la nature.
Et de sa clémance.
...
J'avais envie de trouver un terrain d'expression.
Je ne savais pas du tout lequel.
Et ça a été une révélation.
Lorsque j'ai participé à un stage d'alpinisme sur le versant italien du Mont Blanc,
j'ai découvert un endroit où je me suis dit que c'est là où je veux vivre.
Et sans imaginer, sans l'instant ce que j'allais en faire,
ni qu'un jour je me retrouverais en pas milieu de l'Antarctique.
Mais je savais que c'était là où j'allais tracer mon chemin.
C'était quelque chose que je ne connaissais absolument pas.
Je venais de passer mon bac et avec une amie on s'est dit
on va fêter ça et on s'est inscrits complètement par hasard dans ce stage.
On ne s'achant absolument pas à quoi on allait s'en tenir.
Et c'était à la fois impressionnant, terrifiant et en même temps merveilleux.
En fait c'était un mélange de vision, de regard.
J'avais les yeux complètement écarquillés devant un monde qui se découvrait,
à moi, que je n'imaginais pas en seul instant.
Et en même temps, terrifié par le côté majestueux, immense,
le versant italien du Mont Blanc c'est quand même très impressionnant, c'est très austère.
Et en même temps pas du tout préparé aux efforts physiques que ça demandait.
Donc c'était difficile, on nous a emmené tout de suite en altitude,
on a fait des choses tout de suite assez sportives.
Et j'en ai chié, mais vraiment j'en ai bavé.
Et c'était cette espèce de mélange, de paradoxe en fait,
entre d'un côté quelque chose que je vivais comme étant merveilleux
et d'un autre côté comme quelque chose qui était complètement à l'encontre
d'un certain confort ou d'un bien-être auquel je pouvais aspirer.
Et ce paradoxe en fait, il m'a toujours suivi dans ma vie.
C'est toujours ce mélange entre une situation extrêmement effrayante
et l'envie et la fascination pour cette même situation.
À l'époque j'étais mariée avec un compte.
J'ai décidé que je ne pouvais pas poursuivre ma vie avec lui,
que j'avais rien à faire comme ça.
Donc j'ai rompu et je me suis installée à Chamonix.
Voilà, ça a été extrêmement brutal en fait.
Et j'ai quand même continué à faire des études tout en grimpant à droite à gauche.
Et puis une fois installée à Chamonix, j'ai toujours été très contente
de trouver un petit travail et j'ai commencé à faire de la montagne.
Et petit à petit, donc j'ai beaucoup grimper dans les Alpes.
Mais il me manquait encore une dimension.
Et un jour, je me souviendrai toujours, je voulais gravir le Dolan.
Le Dolan, c'est un sommet qui fait la frontière entre la Suisse, Italie et la France,
qui n'est pas très difficile techniquement, mais qui est un petit peu...
Il faut y aller, c'est au fin fond de l'Italie.
Alors comme j'avais un peu à prévoiser la vallée italienne,
j'avais envie de retourner là-bas.
Et je suis allée avec un ami qui n'était pas plus préparé que moi.
Et le refuge, on devait passer une nuit dans un refuge.
C'était un truc complètement paumé, vraiment.
Il n'y avait rien, pas de barre, personne.
On avait quelques réserves ensemble, je ne sais plus de quoi se faire chauffer un peu d'eau.
Et dans ce refuge, complètement par hasard,
il y avait un homme qui s'appelait Louis-Haudoubert,
qui était quelqu'un qui revenait de l'Himalaya.
Alors ils étaient deux. Le refuge, il y avait six places.
Nous, on était deux et eux, ils étaient deux.
Et on arrive donc dans ce refuge,
d'une espèce de demi-tonneau métallique,
avec des bafelons, tout ce qui a de plus simple, une couverture.
Enfin bref, on s'installe.
Et là, cet homme m'a raconté, m'a parlé de l'Himalaya.
Il revenait d'une ascension, probablement d'un 8000.
Et il m'a parlé de ça.
Et pendant toute la nuit, j'ai bu ses paroles.
Et là, je me suis dit, voilà, je sais où je veux aller.
Et donc à partir de ce moment-là,
il a fallu que je construise quelque chose de façon à pouvoir aller là-bas.
À cette époque, c'était très difficile pour une femme d'exister dans ce monde.
Il n'y avait que des hommes, c'était très masculin.
Et puis moi, je n'avais pas vraiment l'allure d'une nana
qui était une grimpeuse du fin fond de l'Himalaya.
Bref, personne ne voulait de moi.
Donc ça a été super, super compliqué.
Je me suis battue, parfois j'ai failli partir,
après on m'a rejeté au dernier moment.
Parce que les compagnes et des mecs qui partaient se disaient,
mais pourquoi elles, pourquoi pas nous ?
Enfin bon, oui.
Jusqu'au jour où j'ai commencé à pouvoir organiser ma première expédition.
Et il faut quand même que j'avoue que si j'ai pu m'intégrer à ce milieu,
c'est parce que j'ai épousé un guide de Haute-Montagne
qui était très fort dans l'Himalaya
et qui disait, bah écoutez, si vous me voulez dans une équipe,
il faut aussi l'apprendre.
Et c'est comme ça qu'on a organisé notre première expédition
sur un sommet qui fait 7400 mètres,
qui s'appelle le glaciédôme, qui est dans la zone de la Napurna.
Là, c'était pour moi le bonheur absolu.
Enfin, je vais dire, je ne mesurais absolument pas,
ni les difficultés, ni les dangers, ni quoi que ce soit.
Depuis la première seconde, où j'ai posé les pieds dans l'avion,
jusqu'au premier moment où on a commencé à marcher
pour franchir la marche d'approche qui nous menait au camp de base,
enfin, j'ai dégusté absolument, dégusté chacun des instants.
Et pour moi, c'était merveilleux
et ça ne pouvait pas être autrement que merveilleux.
On avait nos tentes, on avait notre nourriture,
on avait une équipe de Sherpa qui nous portait nos affaires jusqu'au camp de base,
mais après, c'est nous qui faisions la trace dans la neige,
qui posions les corps de fixe si nécessaire, les camps si nécessaire.
Et à ce moment-là, je faisais un peu de monosquit.
Et je faisais un peu de monosquit,
et pour la première fois de ma vie, j'avais été sponsorisée,
j'étais super fière, donc j'avais un magnifique monosquit
et des chaussures de ski, et je voulais faire la première descente du glaciédome en monosquit.
Et le sommet du glaciédome, en fait, c'est un sommet qui est un peu compliqué
parce qu'il y a une approche qui est très longue.
Alors, après, la marche d'approche,
la marche d'approche, en fait, c'est le bout du chemin,
c'est là où les porteurs nous quittent,
sauf ceux qui vont éventuellement cuisiner un petit peu pour nous,
mais ensuite, les grimpeurs continuent.
Mais souvent, le sommet est plus ou moins rapidement accessible depuis le camp de base.
Et là, c'était pas le cas, il fallait qu'on remonte un glaciéd qui était super long
avant de pouvoir poser le dernier camp, qui était sous le sommet principal.
Donc ça, ça donnait une ascension.
Alors, au départ, qui paraissait assez débonair,
et puis c'était super long, c'était deux jours de marche
dans une vallée relativement étroite, sur un glaciéd,
et entouré de montagnes, et assez hautes.
Ce n'était pas les conditions les plus simples,
ce n'était pas le sommet le plus simple que l'on puisse gravir dans l'Himalaya,
même si ce n'est pas 8000, c'était déjà compliqué.
L'obsession, c'était d'arriver au sommet.
Pour moi, j'arrivais à une étape, je me concentrais sur la suivante,
je préparais mon sac, je préparais ce qui était nécessaire,
je dormais ce qui était nécessaire pour être en forme,
j'étais concentrée sur la manière d'évoluer,
pour prendre les mesures de sécurité nécessaires quand on gravit,
quand on parcourt un glaciéd,
quand on gravit une pente de neige, une pente de glace, ou du mix.
À partir du camp de base, je veux dire,
j'étais vraiment concentrée sur l'idée d'avancer, avancer, avancer, avancer.
Donc finalement, l'image que j'en garde, c'est cette espèce de concentration.
Ce n'est pas vraiment de la contemplation,
c'est vraiment une concentration pour être efficace
et réussir à faire ce que je veux faire.
On commence à ouvrir le chemin, à faire la trace,
à pousser le matériel le plus loin possible.
Donc on installe des camps intermédiaires.
Pour la climatation, on avance et puis on revient à dormir un peu en dessous.
Après, on remonte, on dort 1000 mètres dessus,
on repousse un camp supérieur, on fait la trace,
on pose les corps de fixe, on installe un camp, et ensuite on redescend.
Voilà, on fait un petit peu une ascension en dent de scie,
de façon à avoir une acclimatation la plus performante possible.
Jusqu'au moment où on est prêt pour tenter l'ascension finale.
Donc à ce moment-là, on se repose une dernière fois au camp de base
et on part pour s'installer au dernier camp.
Et puis à ce moment-là, le mauvais temps arrive.
Évidemment, on n'avait pas la météo qu'on peut avoir maintenant,
quand on part en montagne.
On n'avait absolument strictement aucune information.
On n'avait aucun contact avec le monde extérieur,
ni téléphone, ni moyen de communication, enfin absolument rien.
On est en plein milieu de cet immense glacier
et là, le temps devient mauvais.
Il se met à neiger, mais vraiment beaucoup,
impossible de faire marche arrière, parce que c'était très long.
Dans le mauvais temps, on n'y voyait rien, donc on ne retournait pas.
Donc on s'est dit, on va avancer, avancer, avancer,
jusqu'au moment où on devine à peu près l'endroit
où on doit poser notre dernier camp avant l'ascension de la pente finale.
On avance, sur la mesure, la neige monte.
À l'altitude, on se dit qu'on est à peu près sous la pente terminale.
On se pose.
Alors on était quatre, on avait deux personnes avec nous
et on était responsables en fait des autres personnes
et on leur a dit, bon ben, on va creuser une grotte,
vous vous mettez à l'intérieur et nous, on va se mettre à l'extérieur dans une tente.
Et puis on s'installe pour la nuit.
Il faisait tellement mauvais qu'on ne pouvait plus rien faire,
qu'on s'est retrouvés coincés là-bas pendant deux jours, trois jours.
Et au bout du troisième jour, il était tombé plus d'un mètre, pratiquement à 1,50 m,
et là, à ce moment-là, pendant la nuit, il y a la pente qui s'écroule.
...
Là où on était situés, comme on ne voyait pas très bien
ou comme on s'est installés pendant le mauvais temps,
on n'était pas très loin de la pente et donc elles nous recouvrent.
...
Moi, j'étais prisonnière dans une sorte de gang qui m'écrasait complètement.
J'étais moulée, j'ai le souvenir encore de la toile de la tente
qui moulait le visage, qui m'a suffixée à moitié.
Et j'avais les bras plus ou moins coincés derrière.
Et je ne pouvais strictement rien faire.
...
Mon premier réflexe, ça a été de hurler.
Il y avait mon compagnon à côté, donc je lui disais,
« Oh, ce coup, enfin, j'ai hurlé, je me suis dit, putain, c'est con de mourir,
alors que c'est tellement beau, c'était tellement beau, je suis là où je veux être,
c'était vraiment le rêve de ma vie et là je vais mourir.
Puis au bout d'après avoir hurlé un certain temps,
je me suis dit, je vais m'arrêter parce que j'ai autant gardé mes forces.
Et puis avec ma bouche, j'ai essayé de déchirer la toile de la tente
en me disant, ça va peut-être m'apporter un peu d'air frais.
Et en fait, je suis arrivée à déchirer la toile,
sauf que cette fois, c'est la neige qui m'est remplie, qui m'est venue sur le visage
et que j'ai commencé à respirer, donc j'étais dans une situation encore pire.
Et ce qui est incroyable, c'est qu'à un moment donné, en fait, je me suis dit,
« Bon, je vais mourir, je me suis dit, je vais mourir, c'est ce qui va m'arriver.
Et du coup, je me suis complètement calmée.
Et je me suis dit, quitte à mourir, autant garder le plus de chances possibles
pour rester en vie le plus long que possible.
On ne sait jamais.
Et pendant ce temps, Bernard, lui, il était moins coissé,
il a pu sortir la puce extraire et il est arrivé à déchirer la tente
et à me sortir de la tente.
En tirant sur le tissu, en dégagant la neige, en creusant avec les mains, etc.
Il a fini par me dégager.
Quand il m'a sorti de ma tombe, ou de ma presque tombe, c'était nuit noir.
Donc en fait, c'était toujours aussi effrayant.
Et puis il neigeait, il neigeait.
Et en fait, qu'est-ce qu'on allait faire ?
J'étais sortie de ma tombe, mais qu'est-ce qu'on allait faire ?
Et après, on s'est dit, et les deux autres ? Où sont-ils ?
Parce qu'on ne voyait plus du tout, évidemment, l'entrée de la grotte.
Et moi, j'avais planté mon monoski à côté,
mon monoski tout neuf que je comptais utiliser pour descendre la bande terminale.
Et j'avais mon sac, la valanche a tout embarqué.
J'avais plus rien.
J'étais en chaussette, dans la neige, j'avais absolument plus rien.
Il fallait qu'on sache si les autres étaient encore vivants ou pas.
Alors il faut savoir qu'il fait nuit noire, et il tombe,
mais il tombe de la neige comme à couper au couteau.
C'est un truc absolument incroyable.
Donc on essaye avec nos mains de creuser à l'endroit où on pense qu'ils étaient.
Et puis à un moment donné, on aperçoit une lueur à travers la neige.
Alors ça, c'est vraiment une image qui m'a marquée, qui m'a restée.
Parce que c'est tellement improbable.
On est dans une sorte, en fait, d'autres pensées, d'un autre monde.
On est vraiment dans un système de survie.
On n'a plus aucun repère.
On s'accroche à ce qu'on peut, mais on n'a rien.
Cette espèce de lueur qui est en fait le signe de vie est tellement incroyable
que j'avais l'impression d'avoir une hallucination en fait.
On a quand même compris que ça devait être eux.
Donc on a creusé pendant à peu près une heure pour arriver
à dégager un tunnel suffisant pour pouvoir aller rejoindre.
Et on les a rejoint dans la grotte qui, elle, les avait mis à l'abri.
Et la grotte a été minuscule, donc on était assis sur...
Ils avaient fabriqué des espèces de bancs de glace
sur lequel ils avaient mis leur sac de couchage.
Nous, on avait... Qu'est-ce qu'on a ?
On a dû récupérer nos sacs de couchage de la tente.
Et on s'est installés à côté d'eux.
Du coup, assis les uns à côté des autres.
J'avais l'impression d'être dans une tombe, une tombe glacée,
à se demander combien de temps on allait rester là-dedans
parce que tant qu'ils faisaient mauvais, en fait, on ne pouvait rien faire.
Et c'était vraiment hyper angoissant.
Là, c'était vraiment le truc horrible.
On était à quatre, à grotloter les uns à côté des autres.
On n'avait plus rien à manger, peu rien à boire.
On a attendu encore une journée de plus.
Et à l'issue de cette journée, à un moment donné,
il y a eu une énième avalanche.
En fait, il y avait à peu près deux avalanches qui tombaient, qui coulaient.
Alors on n'avait pas toute la valanche,
mais on en avait un gros souffle qui rajoutait une couche de neige à chaque fois.
À ce moment-là, on a senti que la grotte bougeait.
Et on s'est dit, ça va s'écrouler sur nous.
Et là, on va mourir définitivement enterrer dans ce tour.
On s'est dit, il faut absolument qu'on sorte.
Il fallait toutes les heures recroser le tunnel,
parce qu'il se rebouchait avec la neige.
Et comme la grotte s'enfonçait de plus en plus profondément,
on ne pouvait plus faire un tunnel à l'horizontale.
On était obligés de faire un tunnel vers le haut,
au fur et à mesure qu'on s'enfonçait,
au fur et à mesure que l'épaisseur de neige augmentait.
On grattait ce tunnel pour arriver à se faire un chemin
et avoir aussi de l'air, une entrée d'air,
qui se rebouchait au bout d'une demi-heure, de toute façon, par la neige.
Ça faisait à peu près cinq jours qu'on n'avait rien manger, qu'on n'avait rien bu, qu'on avait froid.
Moi, j'avais pas de chaussures, j'étais en chaussettes.
Et quand on a senti que la grotte commençait à se fragiliser,
on s'est dit, il faut absolument qu'on sorte.
De toute façon, là aussi, non, on va être enterré, vivant, c'est pas possible.
Donc on a fini par sortir.
Il faisait toujours aussi mauvais.
C'était encore la nuit.
De toute façon, on n'arrivait plus à faire la différence entre le jour et la nuit.
On sort tout ce qu'on peut de la grotte.
On s'assied le plus loin possible de ce qu'on imagine être la pente.
Et je nous revois, alors cette fois, assis en randonnions, tous les quatre,
avec la toile de la tente sur les genoux, et avoir le niveau de neige qui montait, qui montait, qui montait, qui montait.
Et en se disant, la prochaine avalanche, de toute façon, cette fois, on est foutu.
Et là, à un moment donné, on a senti un espèce de, comme une brise, comme un souffle de vent.
Et en général, c'est significatif d'un changement de temps.
Et ce vent, en fait, a commencé à disloquer un peu les nuages.
Pas suffisamment pour qu'il fasse beau, mais suffisamment pour qu'on sente qu'il neige moins.
Et donc là, on s'est dit, il faut qu'on se sauve de là.
Parce que si on attend encore, ça sera la prochaine avalanche, va nous balayer, on n'aurait plus aucune chance.
Donc, il faut qu'on s'en aille.
On s'est skippé avec ce qui nous restait de vêtements.
Moi, j'ai mis des sacs en plastique sur les pieds, j'ai attaché ça comme je pouvais.
Et on a essayé de marcher pour se faire une trace dans l'endroit où on pensait être le chemin.
Mais impossible, il était tombé 3 mètres de neige.
Donc en fait, on a été enfouis pratiquement, je veux dire, c'était impossible de se faire la trace debout.
Donc on s'est mis à quatre pattes, on a mis nos sacs à dos devant, on les a roulés devant pour tasser la neige.
Et à quatre pattes, on a avancé comme ça les uns derrière les autres, on se le relayant pour faire la trace.
Au fur et à mesure que le temps se dégagait, on a pu s'orienter à peu près correctement.
Et on a fait ça pendant des heures et des heures et des heures.
Et là, j'ai juste le souvenir de ce temps qui passe, de cette peur de se dire qu'on risque, il risque d'avoir une nouvelle avalanche.
Et en même temps, se calme en me disant, plus t'es calme, plus tu réserves tes forces.
Et puis tu peux trouver à la fois les bonnes solutions et mettre en œuvre ton énergie pour juste avancer
et essayer de gratter un peu de temps sur la mort quand même qui se présente avec beaucoup d'insistance.
On a avancé, avancé, la nuit a commencé à arriver.
On entendait à droite et à gauche les pentes qui s'écroulaient.
Mais cette fois, le glacier était un petit peu plus large, on n'était pas au pied des pentes,
donc on sentait juste le souffle léger.
Donc il nous enfouissait pas, on pouvait quand même avancer.
Après, il a commencé à refaire nuit et au bout de 24 heures,
donc moi je commençais vraiment, alors sans parler des gelures aux pieds, etc.
je sentais plus mes pieds depuis un bon moment, mais je sentais vraiment que mes forces commençaient à diminuer.
Et pourtant, Dieu sait qu'à ce moment-là, j'avais vraiment des capacités physiques hors de la Nord.
Il ne pouvait pas se poser nul, on n'était pas là-bas, il n'était pas possible.
Le sac du couchage était mouillé, enfin je veux dire, on n'avait plus rien, plus rien.
Mais ça faisait 24 heures, plus les cinq jours dans la grotte, sous la valanche, etc.
Donc, et sans manger et sans boire, et tout ça avec des températures assez basses,
et aux alentours de 6000 mètres d'altitude, donc c'est pas rien.
Et à un moment donné, ils faisaient nuit noire, je leur dis,
écoutez, il y a des galopins qui se baladent sur le glacier.
Alors les autres étaient aussi fatigués, ils disaient, mais qu'est-ce que tu as dit ?
Je disais, si je vous assure, il y a des galopins.
Bon, ils pensaient que je devais n'est complètement faible,
je pense que je commençais à avoir.
Et en fait, en vrai, c'est qu'au loin, je voyais les lueurs du reste de l'équipe
qui cherchaient à venir à notre rencontre, et qui avaient vu la lueur de nos lampes.
On ne savait pas que c'était eux au début, donc on a commencé à se construire une grotte
et se poser pour essayer de se reposer.
Là, moi, j'ai perdu conscience.
En fait, je me souviens plus de rien, absolument plus de rien.
Eux, nous ont rejoint là où on était.
Je me souviens juste de quand ils étaient là avec nous,
en train de me faire des injections pour essayer de favoriser la circulation au niveau des pieds,
parce qu'ils avaient vu que j'avais les pieds gelés,
et puis nous ont aidé à redescendre jusqu'au gant de base.
C'est vraiment des souvenirs un peu nébuleux, pas très clairs en fait, dans tout ça.
La circulation a repris un petit peu au niveau des pieds.
J'avais des douleurs, mais absolument abominables.
J'étais incapable de marcher.
Même la morphine faisait pas d'effet, parce qu'il y avait un médecin avec nous
qui a essayé de limiter la douleur,
et j'ai dû faire tout le retour de la marche d'approche,
allonger sur un âne,
sur des sentiers qui longaient des précipices.
Régulièrement, il y avait les pâtres arrière de l'âne
qui ripaient dans le début du précipice.
Je m'accrochais à la crinière, et tout ça avec des douleurs,
mais monstrueuses,
et j'ai le souvenir d'un truc qui n'en finissait pas,
et qui était terrible au niveau de la douleur.
J'ai jamais eu aussi mal de ma vie en fait.
Et en même temps, un jour,
et pourtant j'avais toujours aussi mal,
au loin, je vois une lueur d'une petite cabane
dans lequel on allait pouvoir s'arrêter,
et je me disais, mais qu'est-ce que c'est beau,
cette lumière qui émerge pendant la nuit,
et je sais qu'on va s'arrêter là.
J'étais vraiment toujours un petit peu, comment dire,
aspirée par la beauté, tout en étant aspirée par la douleur.
J'arrivais finalement à trouver un espèce d'équilibre entre les deux
qui me permettait, je pense,
de ne pas perdre complètement pied, en fait, dans l'histoire.
La marge de retour à la dieu du jour et peut-être deux semaines,
quelque chose comme ça, entre 10 et 15 jours,
ça a été pour moi très très long.
Une fois que je suis arrivée à Katmandu,
on a organisé un rapatriement sanitaire,
mais je suis restée encore quelques jours à Katmandu,
et le seul moyen de caluer la douleur,
c'est de plonger les pieds dans un saut rempli de glace,
parce qu'en fait, la glace refroidissait et lignée,
et ça a limité la circulation du sang,
et ça apaisait un petit peu la douleur.
Et c'est vrai que quand je suis rentrée,
en France, j'étais obsédée par les avalanches,
donc régulièrement, j'avais des cauchemars,
je me réveillais en hurlant,
et j'avais l'impression qu'il y avait une chape de neige
qui venait me recouvrir, donc je me réveillais,
je me disais « non, non, c'est bon, je suis dans mon lit, tout va bien ».
Je me souviens, on cherchait un appartement à Chamayny,
et je fuiais tous les endroits où on voyait une pente,
même si c'était 10 km, j'étais complètement traumatisée par ça.
C'est quelque chose qui m'a poursuivi pendant très très longtemps,
même encore aujourd'hui, mais j'ai appris quand même à gérer
et surtout à connaître là où ça peut être dans je ne vois pas.
Et surtout, je me suis dit « ben c'est fini quoi, je veux dire plus jamais, je retournerai là-bas ».
Et on avait obtenu l'autorisation pour partir au Kanchanjunga,
qui est un des sommets les plus difficiles au monde,
qui fait 8 590 mètres,
qui est le troisième sommet du monde, y a l'Evres, le K2 et le Kanchanjunga.
On voulait faire la première du couloir du Yalongkang, sans oxygène,
avant de partir au Glacier d'Hôme, on avait demandé cette autorisation
et en fin de compte, le Glacier d'Hôme pour nous, et pour moi en particulier,
c'était une manière de m'entraîner et de voir comment je réagissais à l'altitude
et de savoir si j'étais apte à réellement partir sur un gros sommet.
Quoi, c'était vraiment un test.
Donc comme test, je pense qu'on pouvait difficilement faire pire
et c'est vrai que j'étais quand même assez réticente dans l'idée de repartir,
parce que je me suis dit « là, je suis passée vraiment proche de la correctionnelle ».
Et je ne sais pas si c'est vraiment une bonne idée de poursuivre.
Et bien, on a dit « non, ça ira mieux ».
Donc du coup, on y est allé.
Et dans le fond, le Kanchanjunga pourtant, c'est un sommet qui est beaucoup plus difficile
que le Glacier d'Hôme.
Ça s'est très bien passé, on a fait le sommet, on a fait la première sans oxygène du Yalongkang.
C'était un truc énorme.
Pour moi, c'était un record mondial d'altitude féminin sans oxygène.
Donc c'était vraiment un truc énorme.
Et ça rééquilibrait la mauvaise perception que j'avais pu avoir à travers ma première expérience.
Finalement, ma carrière a vraiment démarré à ce moment-là,
parce que à la fois, j'avais eu un aperçu du danger qui pouvait exister dans l'Himalaya.
Et en même temps, je m'étais rendu compte aussi de mes capacités,
en particulier en ce qui concerne l'altitude.
Et ça a confirmé ma passion par rapport à ces haussommets et l'envie de poursuivre cette fois,
mais en tenant compte de tout ce que j'avais appris auparavant.
...
On a l'impression tout d'un coup qu'il n'y a plus d'apesanteur,
que vos muscles, vos articulations, tout est léger, tout est fluide, tout est facile.
On a une impression aussi de puissance qu'on est capable de faire la trace
pendant des heures avec de la neige au-dessus du joue,
qu'on est capable de respirer alors que la pression en oxygène, a priori,
n'est pas faite pour l'être humain.
On a le sentiment, en fait, d'amener de la vie là où il n'y en a pas vraiment,
le cœur bat fort, mais le cœur bat bien.
Cet instant-là se justifie en lui-même, que rien de plus n'est nécessaire.
...
Depuis son expérience dans la valanche, Laurence de la Ferrière a gravie de très nombreux sommets.
Elle est devenue l'une des figures de l'alpinisme féminin qui continue d'inspirer les nouvelles générations.
Elle organise une nouvelle expédition autour de l'Antarctique,
sur les traces des premiers explorateurs du continent désert,
à suivre l'année prochaine.
Les Balladeurs, une série audio-léoseurs, signé Camille Jusot,
avec la musique et les voix de Alison Brassac et un mixage de l'Origaliganie.
Vous avez frissonné en écoutant cette histoire,
retrouvé un autre épisode dans la colère du Blyzar au Groenland avec Anne-Claire Biampoudeck,
c'est dans l'épisode 9 de la saison 1.
Et nous vous retrouvons dans 15 jours, dans la poussière du désert de Mauritagne.
A bientôt.