Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Si Jérémie Villiers était un son, ce pourrait être celui du vent du Nord,
un vent froid comme un jour d'hiver au-delà du cercle polaire. Souvenez-vous,
lors du tout premier épisode des baladeurs, le jeune photographe animalier nous avait déjà raconté une étonnante rencontre,
alors qu'il suivait la trace des lièvres artiques jusque sur une île perdue de Norvège.
Cela fait maintenant six hivers que Jérémie explore les territoires neigeux en quête d'un instant capté par son appareil.
Une attitude, un frisson, où le regard des animaux fragiles et majestieux qui peuplent un rêve blanc, le sien.
Aujourd'hui, Jérémie publie le livre qui retrace son expérience du sauvage.
Première neige, c'est son titre.
Au fil des pages et en intime collaboration avec Les Auseurs, il nous plonge dans l'intimité de ses expériences naturalistes.
Et d'ailleurs, pour soutenir ce travail ainsi que ses prochains voyages,
il y a une collecte en ligne dans le lien associé à ce sonor, que vous pouvez retrouver et sur son site et sur le notre.
Mais aujourd'hui, c'est une autre histoire que l'on vous raconte.
Préambule à un voyage plus long que vous retrouverez dans première neige.
Cette histoire, c'est un dialogue avec le sauvage.
Une respiration retenue, des instants suspendus, fragiles.
Jérémie, face à la force animale, questionne notre rapport à la nature au plus profond de nos racines humaines.
...
...
...
...
...
...
C'était en décembre, au début du mois de décembre.
Je suis parti au Yukon et en Alaska pour essayer de voir des lynxes.
Le Yukon, c'est le tout-Norway du Canada et à la frontière de Alaska.
J'ai atteint la White Horse, la capitale du Yukon, enfin la grande ville du Yukon.
En fait, White Horse, c'est très chouette, c'est une...
On peut dire une ville, mais qui n'a pas des immeubles très hauts, plutôt des maisons basse et qui est grande.
Qui ressemble à une ville un peu américaine, parce qu'il y a des immenses feux rouges,
que le feux rouge, il y a 100 mètres de toit, donc c'est pas trop si doit d'arrêter ou avancer.
Il y a des gros 4x4 partout et surtout, tous ces 4x4 arrivent d'un peu tout autour, où il y a des plus petits villages.
Et après, ils commencent à y avoir des territoires indiens, des mines.
Donc c'est vraiment une zone qui est très typique de ce qu'on peut imaginer du Grand Nord américain.
Et c'est aussi un endroit qui est accueillant, il y a un vrai esprit de village un peu.
Et c'est le départ de plein de choses, d'expédition, de grands voyages en Alaska.
Il y a aussi un passage où il y a tous ces camions qui filent vers l'Alaska.
Donc moi j'arrive, je loue cette espèce de van.
Alors ce n'est pas du tout un van bien comme j'ai en France, c'est un van avec une propulsion à l'arrière.
Donc en gros, on patine complètement sur la neige, ça ne tenait pas du tout la route.
Et surtout, l'intérieur, il n'y a rien, c'était juste une de la taux,
qui faisait super froid dedans et j'avais mis une luge que j'avais fabriquée pour faire un genre de trénône.
Et puis il y a différents trucs que j'avais acheté dans un grand magasin
comme il y a là-bas avec des milliers d'affaires d'aupte d'or et tout.
Et je prends cette Alaska-Eau-Aix, cette immense route qui est complètement vide en hiver.
Il y a juste des camions qui passent dessus et parfois des dénegeuses.
C'est un peu particulier comme route, surtout en hiver.
En fait, c'est une route qui va souvent tout droit.
Et il y a des sapins des deux côtés.
Et toi au milieu, c'était absolument rien.
Et surtout, il n'y a pas de point d'accroche, il y a toujours des sapins, des sapins, des sapins, des sapins.
Et j'espérais voir des lynxes.
Pour voir des lynxes en hiver, la meilleure solution, c'est de garer son van.
Et donc parfois, quand j'arrive dans une vallée, j'essaie de me garer.
D'abord, je descends dans la voiture, j'essaie de pousser un peu de la neige pour me garer sur le bord.
Et pas pour qu'un camion me fonce dans ma voiture.
Et ensuite, je mets des skis.
Là, j'avais pris des grandes raquettes, des raquettes canadiennes.
C'est des immenses raquettes.
Il faut imaginer, par exemple, une vieille ancienne raquette de tennis, un peu comme y'a accroché au mur.
Mais en beaucoup plus large, beaucoup plus grande, avec du fil de fer, y'a la place des cordes.
C'est très très large.
Donc c'est dur de marcher avec, mais par contre, tu n'en fonces pas du tout dans la neige.
Et là, je vais dans des zones où il y a des petits arbres, où il y a des...
C'est appelé ça des snowshoe herbes.
Justement, c'est des lieves qui auraient des raquettes snowshoe.
Ces lieves, en fait, sont des petits lieves blancs qui sont chassés par les lynx.
Donc le but, c'est de trouver ces lieves.
Il y aura forcément des lynx quelque part.
C'était la période où il commençait à faire vraiment nuit.
Il y a plus que quatre heures de jour.
Mais par contre, il fait très froid et donc les lynx chassent pas mal.
Et ils chassent pas mal deux jours aussi.
Donc j'espérais en croiser.
Donc le but là, c'est de suivre les traces de lieves.
Et puis d'un coup, il y a des très grosses traces à côté.
Et c'est les traces du lynx qui suivent les lieves ou qui chassent entre les petits arbres.
Alors, les arbres torsadés, des boulots, qui sont très bas.
Donc parfois, on se prend des branches qui vont dans ce coin et toute la neige nous tombe sur la figure.
Surtout, il fait très très froid.
Et c'est dans des petits vallons, donc c'est des zones où le froid est humide.
Il rentre complètement sur la peau.
Et quand on marche en raquette, on a vite chaud.
Mais dès qu'on s'arrête, on est complètement figé par le froid.
C'est aussi des vallées où il y a des bruits de rivière.
Donc on entend juste un...
Comme un bruit continu, comme une route un peu.
Ça fait pas des glouglouglou.
C'est juste un souffle permanent.
Et c'est la rivière qui coule entre les arbres.
C'est hyper beau.
On s'imagine qu'on va le voir.
On suit les traces.
C'est un coup, il fait des traces bizarres dans la neige.
Parfois, il y a plus de traces sur deux mètres.
Mais c'est parce qu'il a sauté pour essayer d'attraper un lièvre.
Ensuite, on voit des esquives.
On voit le langues qui repart en arrière.
Donc tout ça, on croit le voir.
Alors que c'est juste des traces.
La neige peut nous dire à peu près si c'est frais ou pas,
s'il y a encore des petits cristaux posés sur la trace.
Ce sont les cristaux qui sont tombés quand il a relevé sa pâte.
Et ça, ça veut dire que c'est très frais.
Il y a une fois, j'en ai aperçu un qui venait vers moi
et qui a sauté sur le côté et qui a disparu.
Donc là, je l'ai bien vu.
Et une seconde fois, j'en ai vu un de loin que j'ai recevies
et que je croyais toujours rattrapé.
Mais je n'ai jamais fait de bonnes photos.
Là, en fait, je prenais juste des vives pour une nuit.
Donc je revenais après le lendemain.
Mon camion que j'avais laissé au bord de la route.
Et d'un coup, on se remet sur cette grande route
où il y a des vrais camions immenses.
Le double d'un spray-mire-mort français
avec à l'avant des énormes peaux d'échappement vers le haut
qui font un bruit monstre qui siffle un peu comme un train de loin.
On a l'impression que c'est un train qui passe,
mais c'est un camion qui glisse sur la neige.
Et derrière, il y a un immense souffle comme de la poussière
mais c'est toute la neige qui est balayée.
Je reprends cette route au bout de 5 heures de route,
quelque chose comme ça.
Je vois des grands corbeaux.
J'avais vu aucun animal sur toute la route
et les grands corbeaux, ça veut dire qu'il y a de la vie.
En fait, les grands corbeaux suivent d'autres animaux.
Les Indiens, c'est un des animaux autémiques
parce que c'est justement un compagnon du chasseur pour eux
parce que les grands corbeaux les suivent, les rejoignent.
Les grands corbeaux communiquent énormément
cet animal très intelligent.
Les Indiens, ça va interpréter aussi la façon dont ils crient et ce qu'ils disent.
Et moi, juste d'en voir, je sais qu'il peut y avoir des animaux,
donc je regarde et là, à droite de la route,
il y a un petit vallon, grand plinège,
et il y a un aigle qui est posé sur une carcasse,
une grande carcasse, sans doute une carcasse de caribou,
qui est à 300 mètres de la route.
Et autour, il y a une centaine de grands corbeaux.
Un grand corbeau, ça fait deux fois la tête d'un corbeau en France.
C'est hyper puissant, d'en voir autant,
ça paraît complètement fou,
et il y a l'aigle qui est posé au centre, un aigle royal.
Donc là, je me dis, ah bah, il y a un animal mort
et il y a forcément d'autres animaux autour.
Donc je sais pas trop quoi faire,
parce que je peux pas trop m'arrêter, je vais vite,
je vais pas... 100 km heure, 90,
donc ça quand même pas trop s'arrêter très très vite.
Je décélère et je me dis qu'il faut que je trouve un endroit où je peux me guérir.
Donc j'avance et en fait je fais 5 km sans trouver l'endroit où il y a ré,
et puis à un moment je craque, je m'arrête et je prends une pelle
et je déneige pas mal et je me mets sur le bord.
Donc je déneige ça dure longtemps, 20 minutes, mais c'est enthousiasme,
parce qu'on passe la journée à conduire, on a 3, on a 8 faire ça après.
Et là, je prends des affaires,
donc mon espèce de petite luge que j'ai,
où j'ai mis un harnais devant pour faire un tréneau comme depuis le cas.
Et ensuite, je mets dedans tout ce qui me restait dans ma voiture,
parce que c'était un peu la fin de mon voyage,
pour me nourrir, des restes de lyophilisée,
de la viande de caribou que m'a donné un ami qui chasse.
Et j'ai plus de gaz dans mon réchauffement,
donc je prends des bougies chauffes-plas de ma tente
et je mets tout dedans et là cette fois je mets des skis
et je fais très vite les 5 km qu'il fallait faire,
à ce qu'il fait un très vite, en 2 heures.
Là il fait encore jour et je m'approche de la carcasse,
il n'y a plus l'aide donc je me dis que c'est bon, je peux aller la voir.
Et je fais tout un tour pour pas mettre des traces autour,
parce que je me dis que si je veux faire des photos,
j'ai toujours la frustration d'abîmer avec mes traces, la neige.
Je suis toujours triste de voir les traces que je fais dans la neige,
comme si j'avais salé un truc.
Et là je vois qu'en fait la carcasse a été traînée,
donc il y a un immense couloir,
comme s'il y avait eu une petite belle à neige
qui aurait tout poussé, qui arrive depuis la route.
Et il y a plein de traces au sol autour de la carcasse
qui est complètement éventrée, qui a été tuée,
mais il n'y a pas si longtemps que ça, ou ramenée.
Je vois que c'est frais parce qu'il y a des boyaux qui sont sortis
et qu'aussi il n'y a pas tant qu'il y a été mangé.
Il y a encore les yeux et tout,
c'est à dire que les Grands Corbouts ont pas encore été sur la carcasse.
Et là en fait je vois dans les tout autour des traces,
des grosses traces rondes hyper grosses.
Je me dis que ça se trouve, c'est un langue qui est venu profiter de cette carcasse.
Et en fait les traces c'est sûr, c'est pas des traces de langues,
c'est aussi gros, donc les langues ne sont pas énormes,
donc je regarde bien et en fait c'est les traces de loup.
Elles font toute la même taille donc il y a un très gros loup qui est venu ici.
Ça ressemble beaucoup à une trace de chien,
sauf que là dans la neige elle prend beaucoup plus d'importance en taille.
Si la neige est fraîche, on est au Yukon, donc c'est une sous-espèce du loup gris.
On appelle là-bas le timber wolf, le loup des bois.
Et en fait c'est le plus gros loup du monde, donc ils ne saient pas de son énorme.
Il faut se dire qu'au Garot c'est vraiment très haut,
au moins au Syriac les grands chiens loups qu'on voit parfois dans la rue.
C'est très large et ça a une tête beaucoup plus massive
qu'un chien loups, ce sont des loups qui sont très massifs,
surtout au niveau des épaules et qui ont une fourrure très très grosse.
C'est le loup de croblant là, on est pile dans l'axe des voyages de Jacq Lundon.
C'est vraiment la route de Jacq Lundon.
Et là ce que je me dis c'est que ce caribou a été tué par un loup
ou peut-être ce caribou a été tué par un camion,
parce que j'étais toujours dans la tête des seuls éléments que je voyais dans la journée c'était des camions
qui ont des gros barbues flalavants pour déneiger ou pour se protéger des accidents d'animaux.
Et donc je me dis que c'est un caribou qui a été tué par un camion,
donc un caribou c'est un grand reine,
et il a été traîné sans doute par le loup, donc j'imagine ça.
Et je me dis bah là le loup doit pas être loin,
donc moi là je suis tout près de la carcasse, il ne faut pas que je reste proche de la carcasse
parce que je suis une compétition pour lui.
Et il y a ce caribou qui est là et il y a au moins les aigles autour,
donc je peux faire des belles photos,
donc j'essaie de trouver un angle où je peux avoir de la neige devant et de la neige derrière,
parce que dans mes photos j'aime beaucoup que ce soit tout blanc,
parce que je trouve ça retranscrit bien des sensations personnelles que j'ai dans la nature,
de pureté, d'harmonie, de rêve.
Donc je creuse un truc dans la neige et je mets ma tante,
donc la moitié de ma tante est un peu enfoncée dans la neige,
et puis là à la hauteur où apparaîtrait mon téléobjectif à la vente ma tante,
je mets la tante à 30 mètres,
donc à 30 mètres je sais que j'aurai une belle photo.
Mais je pense pas où je me dis qu'il y aura des aigles et les aigles ils vont accepter ma tante,
parce que je les recouverte de sapin, donc je vais couper des sapins,
j'ai toujours une espèce de grand-ci dépliable,
je coupe des sapins, des petits sapins, comme les attaques dans le sapin de Noël,
et j'en mets beaucoup sur ma tante qui est juste une tante un peu d'expédition,
c'est une tante tunnel qui résiste beaucoup à l'auvent,
et qui à l'intérieur pourrait être comme une tante de seconde,
il y a juste une ouverture centrale à l'avant,
je mets plein de sapins dessus et je mets aussi des sapins un peu plus devant,
pour créer de l'ombre et qu'il n'y ait pas trop de lumière qui rentre dans ma tante,
pour pas qu'on voit le reflet de malentie et que les animaux soient rassurés.
Très vite je rentre dedans parce qu'il fait très froid,
j'ai un duvet qui va à moins 40, j'ai un tapis de sol qui commençait à être crevé,
donc qui se dégonfle, toutes les heures il va faire, je le regonfle pour bien dormir,
j'essaye de mettre des branches de sapin en dessous,
et j'ai un peu de nourriture et il fait nuit et je suis content parce que je vais m'endormir
et je sais pas ce que je vais voir le lendemain matin.
J'ai toute une routine, je suis allongé dans ma tante
parce qu'elle n'est pas très haute et j'ai d'un côté les mêmes affaires de l'autre.
Je sais que dans telle salle je dois mettre telle chose pour pas que ça prenne froid,
je sais que pour pas perdre mes batteries je les mets dans une chaussette,
quand je suis allongé à droite de ma jambe et à gauche de ma jambe je mets des bouteilles de neige
pour que ça fasse fondre de l'eau et ça me bloque, je suis allongé et je m'endors
et j'ai pu recharger un vieux téléphone que j'ai qui tient beaucoup la batterie dans mon van,
donc je sais que j'ai à peu près 5-6 jours de réveil électrique avec mon téléphone.
Et là je m'en réveille, je m'endors mais je mets quand même à réveil à 1h du matin ou 2h du matin, je sais plus.
Il y a un silence hyper puissant parce que quand il y a des arbres autour de toi,
en fait le fait de voir les ongles des sapins, ça augmente la sensation de silence
parce qu'on a l'impression qu'il y a comme un monument, un peu comme le silence d'une église,
qui est là et qui existe et qui impose quelque chose de fort, qui pourrait être du même ordre que la sensation d'un bruit puissant,
sauf que ça ne produit que du silence.
Ça augmente la sensation de silence, de voir des gros éléments naturels qui vivent, qui font aucun bruit et qui sont autour de moi et qui ont toujours été là.
Et surtout il fait très froid, donc le froid oblige à me coince dans mon duvet, il fait entre moins 25 et moins 30 ces jours-là.
Donc à partir de moi-même il fait froid, vraiment froid.
Tout change, on ne peut plus sortir 20 min c'est membre et tout.
Je me réveille.
Et donc là j'ai juste une fenêtre pour voir à l'avant où il y a un trou parmi les sapins où j'arrive à voir
et là je vois qu'il y a de la lune, donc on voit vachement bien la neige et tout.
Et tout de suite je vois des ombres qui avancent, une ombre qui avance vraiment très vite partout.
Donc je me dis là c'est peut-être un renard et tout, donc je regarde
et là il y a un l'ombre pas tout près de mon affût entre mon affût et la carcasse, l'animal mort, le caribou.
Et en fait c'est très très grand.
Je me dis là c'est peut-être un autre caribou.
Donc j'ai un thé objectif qui est lumineux et je sais à peu près régler mon boîtier pour capter beaucoup de lumière.
Ça fera pas une photo nette mais avec la photo j'arrive à voir ce que c'est.
Et donc là j'ai une première photo où on voit plutôt une masse toute en longueur et pas grand chose, des pattes et...
Et c'est très dur de faire des photos parce que je me relève un peu, je suis allongé sur le dos et je me relève vers mon appareil
je m'agrippe à mon trépied parce que c'est dur de se tenir bien assis et il fait froid et surtout dans mon duvet
et je peux pas trop sortir mes mains.
Et je refais une photo et là sur la photo je vois super bien ce que c'est et en fait c'est un très gros loup qui est arrêté.
Cette fois il s'est arrêté, il est assis à côté de la carcasse, il est à 25 mètres, 2 mois il est un peu plus proche.
Il est très très gros, il est énorme, il est...
Et mon objectif il est un peu trop gros pour faire une belle photo presque mais il fait nuit et on voit juste son nombre et il est de profil
et ça fait une photo complètement comme un dessin de loup, comme un logo, avec exactement c'est juste l'oreille et le dessin du museau pile de profil.
Mais je le vois pas directement, je le vois à travers ce que mon appareil photo m'envoie comme information donc c'est assez irréel.
Et là en fait je suis très fatigué, je me rends d'or.
Et je dors parce que je suis crevé et le matin je me réveille et je crois plus trop, je regarde sur mon appareil et c'est bien loup, il est énorme
et du coup je vais pas sortir de ma tente et je vais rester là.
Dans cette tente au milieu du Yukon, j'ai pris le parti pris d'ouvrir l'avant pour qu'il me sente le loup.
Comme ça c'est lui qui décide s'il veut revenir ou pas.
Dans le froid les odeurs portent vachement bien, surtout en forêt.
Quand je fais les photos dans la toundra, quand il y a du vent ça va, on est toujours à bon vent.
Les odeurs disparaissent mais là on est dans un petit vallon et mon odeur en fait c'est comme s'il y avait une nouvelle couleur qui était arrivée dans son paysage à lui.
Il va chercher mon odeur à plusieurs endroits, il est très inquiet.
Quand on voit des animaux qui sont autour de nous inquiet et qui avancent vers un endroit qui s'y arrêtent et qui reviennent en courant vers l'endroit où ils étaient avant,
c'est qu'en fait ils atteignent l'endroit où notre odeur porte.
Ils marchent de m'y soulever et tout, ça je ne le vois pas mais dans la façon dont ils se déplacent, je l'imagine dans ma tête que c'est ça parce que je l'ai vu chez plein d'autres animaux.
La nuit avec les animaux on ne les voit pas vraiment mais finalement tous les animaux utilisent les mêmes systèmes.
Il y a plein de signes qui nous font interpréter des choses qu'on ne voit pas par rapport à l'expérience de la nature.
C'est le matin et j'ai trois photos floues mais quand même dans la lune, il y en a une qui est chouette, qui est vraiment bien et on voit un grand loup.
Donc là je suis content, c'est bon j'ai réussi mon voyage et tout, j'ai vu un loup, j'ai une belle photo et je tremble, je suis à fond.
Il y a l'Aigle qui vient, donc là un Aigle royal à 30 mètres c'est déjà génial quoi.
Un Aigle c'est, ça se pose un coup, je ne le vois pas arriver, il était sans doute sur le sapin au-dessus de moi toute la journée, il attend.
Et là je ne fais pas de photos parce que je me dis je vais essayer de rester une autre journée.
Et l'Aigle, si je bouge mon thé objectif malentie, il va partir.
Si je lui fais peur le premier jour il ne reviendra pas alors que si il s'habitue à moi, il sera trop content de revenir.
Et ça se trouve il va y en être deux, ça se trouve il va se battre avec d'autres animaux.
Et surtout en fait je suis tellement content d'avoir vu un loup et je suis vraiment fatigué parce que j'ai des nuits bizarres et que je dors mal parce que j'ai très froid.
Je suis réveillé toutes les heures pour regomfler mon tapis de sol, je dois me décaler sur ma tente, sortir mon tapis de sol qui est sous moi,
le regomfler en soufflant, j'ai de la tête toute rouge et je me reglisse dessus et j'essaye de me rendormir.
Et ça en fait pour la nuit d'après c'est trop bien parce que ça me sert à me réveiller toutes les heures.
Le froid est le meilleur des réveils.
Toutes les heures je suis réveillé par mon tapis de sol qui est là, toutes les heures je vérifie si elle l'a eue.
Et là pour le coup je l'entends en fait ça qui me réveille, je me souviens, je l'entends.
Je l'entends, c'est gros qui arrache la carcasse et qu'il la déplace.
Donc là je vois l'eau qui part vers la route mais qu'elle est très loin et ça monte très fort et il la tire très fort.
Puis il y a un camion qui passe et en fait il change d'avillard, vient vers moi et la ramène au peu près au même endroit
parce qu'il se sert là du trou qui l'a fait dans la neige, la neige est très profonde sinon la carcasse avancerait pas.
Mais il a énormément de force que je sens qu'il broie des eaux et tout.
Donc là à ce moment j'ai peur parce que j'ai pas d'image en fait, je suis coincé dans une tente
et j'entends un loup qui broie, un animal qui est plus gros que moi.
Et qui est un loup très puissant, qui est un vieux loup.
Donc souvent les vieux loups ils sont seuls parce que les femelles les acceptent pas dans les meutes,
ce qui sont trop dangereux pour la meute parce qu'ils pourraient manger des jeunes.
Je fais pas trop de photos là non plus, je suis complètement oublier par ce qui se passe et j'ai envie d'essayer de le voir.
Je sort à moitié ma tête et j'avais ouvert à fond pour qu'il ait mon odeur.
Et en fait il me regarde tout le temps et je vois vraiment tout sa silhouette contre jour de la lune.
Et là je le regarde et j'ai très froid et il est devant moi, il est tout prêt 25 mètres pour un loup,
c'est deux secondes de course, il est avec moi là.
Le lendemain il passe deux heures où ils se passent rien le matin et ça c'est trop bien.
Je fais mon petit rituel, j'essaie de faire fond de la neige, je sors ma pelle par l'avant
et je fais rentrer de la neige dans ma tente et j'essaie de faire un système avec 3 bougies chauffes plats.
Je prends des aiguilles de sapin, j'ai un peu de poignet, je vais vous le voir.
Je prends 3 ou 4 aiguilles de sapin que je relis en autraélègue de la cire et je la pose au centre des 3 bougies chauffes plats
et en fait quand j'allume deux côtés, deux bougies chauffes plats et la cire est aspirée par les aiguilles
ça fait comme une immense mèche qui relit les 3 bougies et ça fait une plus grande flamme.
Et ensuite par dessus j'ai une boîte, je crois que c'était une boîte de sparadra en plastique
que je découpe et qui sert juste de support par dessus comme un petit réchaud et je pose ma caméle dessus.
Ça ne tient rien, le plastique va sans doute fondre un moment.
Mais c'est le moyen de faire chauffer de l'eau donc j'arrive à faire bouillir de l'eau comme ça,
ça met peut-être une heure ou deux heures.
Et à un moment l'eau bout et j'arrive à me faire à manger un petit peu, c'est pas bon du tout mais c'est chouette.
Et là en fait, à un moment, l'aigle décole, tous les corbes au cri et en fait le loup doit être là.
Je ne le vois jamais le loup, la journée, je ne le vois pas mais je sais qu'il est là, parce qu'en gros sa présence est là.
C'est un petit peu, je pense, la présence qu'un berger doit ressentir quand un troupeau a un comportement bizarre.
En fait les loups imprennent sur leur territoire un espèce d'arcellement, une présence très très forte
qui en fait provoque chez leur proie des mauvaises décisions.
Là, il y a des caribous et moi j'ai plusieurs fois vu des animaux qui montrent le stress en troupeau parce qu'ils ont un prédateur autour d'eux.
Le loup, quand il est quelque part, il y a tout le temps des cris d'alerte.
Donc là, toute la journée, un truc bizarre c'est qu'il n'y a plus le silence, il y a des cris d'alerte.
Il y a des messangers, c'est un mélange de messangers et de jets, c'est pour ça que ça fait comme ça.
C'est très joli, c'est comme un merveille mais bleu, bleu cri.
Ils sont tout le temps en train de crier comme des casse-nois criés dans la montagne.
Et aussi il y a les grands corbeaux qui alarment tout le temps, les cris d'alerte et particuliers.
Et l'aigle décolle tout le temps, et l'aigle a tout le temps des secousses de tête.
Ça les écrapasse, parfois les canards aussi quand ils secouent la tête de haut en bas,
ça veut dire qu'ils vont décoller. C'est aussi un moyen de mieux voir le relief et aussi de faire peur.
Il monte la tête, il la descend très vite, ça monte là que ça crainte et il décolle d'un coup,
mais vraiment de travers, il s'en va et ça, c'est loup qui est là.
Et en fait, le jour d'encore après, à un moment, j'ai vu le loup passer en plein jour.
Il est passé en plein jour à 50 mètres dans le vallon, il est allé vers la route,
et il s'est assis sur la route, donc il s'est assis comme un chien.
Puis ensuite, il s'est allongé sur la route.
Je pense que la route devait être un peu plus chaude,
et surtout, c'est plus agréable que de s'allonger dans la neige, qu'elle a route, elle est un peu dénigée par les camions.
Donc là, je l'ai bien vu en plein jour et il regardait vers moi et j'ai une photo de loin comme ça,
où on voit une route à moitié dénigée dans le tout blanc et dessus, il y a un immense loup.
Alors, il faut imaginer un loup comme on voit un peu en photo en France,
mais avec des immenses poils comme un husky un peu.
Lui, il a un peu trois couleurs, il est gris, blanc et noir bleu,
et il a des grands yeux tout jaunes.
J'ai une photo à ce moment-là où il me regardait, il a des grands yeux tout jaunes,
et la journée, ça a pu piquer tout minuscule et ses yeux sont complètement jaunes autour.
Et il est très très gros, quoi.
Il me sent, mais il s'en fiche de moi.
Et c'est le troisième jour au moins, et là, la nuit qui suit, il va venir tout le temps autour de moi,
il tourne autour de ma tente, je vois son nombre, j'entends, c'est pas tout le temps.
Donc là, j'ai peur, j'ai peur parce que je sais pas trop ce que j'ai fait, pourquoi je suis venu là,
pourquoi je reste là, est-ce que je prends un risque, je sais pas,
je sais que j'ai jamais connu de gens qui sont pas attaqués par des loups.
Mais par contre, si je m'étais admis deux bouts sur la kerkas,
je pense qu'il m'aurait chargé au moins pour me faire peur,
parce qu'il a faim, il fait très froid, et qu'on n'est pas dans une réalité tout simple,
on est dans le Grand Nord, il y a peu de nourriture,
il n'y a pas de morale ni de décision, c'est la vie, les avis c'est un combat.
C'est une lutte permanente.
Et là, il se pourrait que moi j'aie fait un truc avec pas et que je perds la lutte avec le loup,
mais je sais que c'est pas dangereux, je sais qu'il a son affaire et que moi je suis là,
et je veux juste le prendre en photo et faire une belle photo, ça me fascine.
C'est un loup solitaire qui, à mon avis, un loup qui profite peut-être des animaux tués par les camions,
je pense qu'il doit y en avoir parfois parce que les caribous sont bloqués par les congères de neige
des deux côtés de la route, et je pense que comme les camions vont très vite,
c'est un gros groupe de caribous à cet endroit-là.
Je pense que ce loup en fait qui est tellement gros et qui ne chasse pas en meute,
ce qui est trop puissant et c'est un loup solitaire, c'est vraiment son territoire,
et là il y a des caribous autour de nous, parce que j'en ai vu aussi des caribous passés pas long de la tente.
Je suis sur son territoire et je suis un peu un genre de concurrent,
et aussi là au fond, lui, il a une peur folle de l'homme,
les loups ont très très peur de nous, mais depuis la nuit des temps, c'est notre premier concurrent,
et on les chasse et nous on a des fusils et pas eux,
donc normalement il a peur de moi, mais là je suis là depuis longtemps,
et souvent sur des lieux où il y a la nourriture, des prédateurs cohabitent.
Par exemple, les loups cohabitent avec les ours dans des rivières de Alaska pour pêcher des saumons,
ou sur des charniers, parfois on peut voir deux prédateurs terriblement rivaux,
qui se deviennent un peu potes parce qu'il y a assez pour tout le monde.
Donc il y a aussi ça, parfois dans des zones où il y a la nourriture,
les prédateurs sont voués à se retrouver,
des ours, des loups, des lynx, des gloutons, des renards avec des aigles,
donc c'est des zones où quand un animal est mort, il y a plein d'animaux qui se retrouvent.
Et là il se trouve qu'au bout d'un moment j'avais plus rien à manger, donc je dois retourner à mon van.
En fait j'ai surtout très mal au dos aux gens, mais tout est...
Je ne tiens plus dans cette tente, imaginez que vous êtes dans, je ne sais pas, 3 m² pendant 4 jours.
Je fais mes besoins dans une bouteille et dans une boîte hermétique que j'ai.
Le 4ème soir je prends mes skis et là c'est la nuit, je me dis que je vais faire ça la nuit.
Je pars et je vois que sur mes traces de ski, que je suis à la frontale,
il y a des traces du loup tout le temps, devant moi, derrière moi, sur le côté,
donc en fait il est là, il est autour de moi.
Je suis avec mes skis et j'avance dans le noir et la frontale a quelque chose d'hyper oppressant.
On n'a que l'axe de la frontale et le reste c'est de la non-information ci-à-ci
qu'on ne peut pas assonder, on ne sait pas ce qu'il y a autour.
Donc on est juste pris dans notre direction de lumière mais le reste paraît encore plus effrayant.
Je sais qu'un loup c'est pas dangereux, normalement pour l'homme, ça ne l'est pas,
mais j'ai très peur parce que c'est un animal hyper puissant et qu'il est autour de moi,
il m'a vu, il me suit, c'est sûr.
Donc j'accélère avec mes skis, qu'il n'importe comment
et j'imagine trop qu'il est derrière moi, je me retourne et tout.
Quand je m'arrête, il y a un silence monstrueux qui est encore plus inquiétant et tout.
Et sur le trajet, j'avais lu, Jack London, j'avais relu Croblanc,
il y a cette louvre qui suit le traîneau et qui est la mère de Croblanc et qui est un chien loup,
qui est dangereuse et qui est hyper fascinante.
Il me faisait penser un peu à cette louvre qui disparaît derrière le traîneau
et qui provoque un peu les hommes.
Là, ce loup, il me provoquait un peu,
de certaines manières, ce qui était de plus en plus proche et tout,
mais en fait, il m'acceptait complètement.
J'arrive à ma voiture, il y a des traces autour de mon van.
Le loup, il est allé voir mon van.
Il connaît vraiment une parkeur et il est là depuis le début.
Et donc, je me dis bon, bah, c'est fini, tu rentres, pierres, tu l'est attendre.
Et en fait, non, j'ai pris de la nourriture et je suis retourné dans la fût.
Mon métier, c'est de faire des photos d'animaux blancs,
des photos d'animaux dans le blanc.
Et j'ai toujours pas ça et je me dis que je peux peut-être y arriver là
et que j'ai jamais vu une belle photo d'un loup dans le tout blanc.
J'ai mon cadre, j'ai mon objectif, tout est bon, je suis prêt.
Je me sens vivre à ce moment-là, hyper fort et c'est ce que je vais chercher dans la nature.
Et aussi, je sais peut-être au fond de moi que c'est pas un vrai risque.
Enfin, je crois savoir, enfin, je sais pas.
J'essaie de prendre des affaires de la nourriture.
Donc, j'ai des biscuits, je sais que j'ai des biscuits à l'avant.
Je sais qu'en fait, j'essaie de viande de caribou
que m'a donné mon ami qui en chasse un caribou par an pour se nourrir.
Je me dis que c'est un peu une connerie de baladeque de la viande sur moi,
mais ce qui compte, c'est de la bien l'emballer, de la mettre dans le mépoche de Doudoune.
Je pense pas que le loup, là, sentira.
J'essaie de pas trop allumer la radio du van,
ou de... je devais capter peut-être au van,
il faut pas trop que je reste en mode avion et tout,
parce que si tu te relis à la réalité,
tu vas te casser tout cet espèce de communion que t'as créé
et d'imaginaire que t'as mis dans ta tête qui te fait tenir.
Ça joue à pas grand chose, il suffit d'avoir un message.
Une mauvaise nouvelle, j'ai toujours peur d'avoir une mauvaise nouvelle quand tu pars un mois et demi.
Et je repars vers ma tente,
donc à ski toujours,
et j'ai encore ces deux heures,
au moins je pense c'est au moins deux heures de ski,
où je vais assez doucement, parce que je vois pas très bien,
et ça passe vite, je suis trop content de faire du ski et tout,
parce que je suis complètement engourdi,
mais je me dis que si ça fait consommer pas mal d'énergie et tout, c'est pas bien,
mais je pense que je suis déjà assez maigri pendant trois semaines-là,
et je retourne à ma tente.
J'ai assez de nourriture, je peux tenir encore peut-être deux nuits.
Et là en fait, la nuit, c'est la pleine lune complète,
et il y a des orants boreils, donc c'est super beau.
Des orants boreils en Asca et en Udukkan,
elles sont un peu différentes de celles que je vois en Laponie.
Elles sont beaucoup plus bleues, rouges et tout.
Je pense que c'est peut-être parce qu'elles sont plus basses sur le ciel,
parce qu'on n'est pas complètement dans le prisme
autour du pôle.
Je sais pas, c'est peut-être un axe ou une illusion,
parce qu'il y a d'autres couleurs dans le paysage autour.
Donc elles sont très belles, elles dansent,
il y a un truc complètement tautémique à en voir,
et puis là je suis dans un truc qui est complètement...
Avant de venir, j'étais dans des territoires indiens,
j'ai croisé des Indiens et tout.
J'ai un peu aussi dans cette idée-là
des Indiens qui sont en harmonie avec ces animaux
que je suis en train de voir, et que un aigle,
un grand corbeau et un loup, c'est les animaux tautémiques des Indiens,
et que je suis en territoire indien d'ailleurs.
Et là, je m'endors, et je me dis
qu'il faut que je garde la batterie et tout,
donc le loup vient, et j'entends, il explose la carcasse et tout.
Mais je fais pas de photos parce que je me retiens,
et que ce n'est pas des photos que j'arrive à faire belles,
ces photos-là, de nuit, moi je fais des photos surtout blanches.
Le lendemain matin, le loup est parti,
la carcasse est à peu près au même endroit, mais pas trop,
donc je dois un peu décaler mon trépied,
je dois un peu bouger mon axe sans sortir de la tente
pour essayer de récupérer un fond qui est complètement blanc derrière,
donc ça c'est des problèmes de photographes.
Et là, l'aigle arrive, et tout de suite,
quand l'aigle arrive, je vois un truc au fond qui arrive en courant,
et c'est le loup qui arrive, et il fait jour, et il fonce vers moi,
peut-être aussi parce qu'il m'a vu longtemps la veille dehors,
et le loup, il s'est complètement habitué,
et là je me dis c'est bon, il m'a accepté.
Le loup arrive de manière particulière,
il descend le vallon en face et il a la queue qui est levée.
Ça augmente sa surface,
et son mouvement donc sa forme paraît beaucoup plus impressionnante.
Il y a ces yeux qui brillent et qui ne regardent que dans un sens tout le temps.
On a l'impression que les loups ne bougent pas leur pupille,
et que c'est juste leur tête qui bouge.
Ils n'ont pas comme ces animaux qui bougent les yeux dans tous les sens,
ou nous, ça leur donne à un côté hyper sur deux,
et complètement charismatique.
Et là le loup fonce sur l'aigle, et il saute sur l'aigle,
et l'aigle décolle, et le loup essaie d'attraper l'aigle,
je crois qu'il ne l'attrape pas plus,
donc j'ai une photo de cette série.
C'est hyper puissant, c'est deux animaux que j'ai jamais bien photographiés,
qui sont là, ils se battent, et là le loup tout de suite me regarde,
et là à ce moment-là, c'est bon, il ne voit pas la carcasse qui est enfouie dans la neige,
et il y a un premier plan tout blanc, et un second plan tout blanc,
et il est assez tard dans la matinée pour que ce soit vraiment blanc,
il n'y a pas de reflet bleu sur la neige.
Là il y a ma photo, c'est bon.
Je la vois, il y a ce moment-là, je me dis bah il faut que tu appuies,
donc j'appuie, et il se passe toujours un peu de temps entre les deux,
alors que normalement, enfin, quand c'est très fort, c'est bizarre, on déclenche un peu.
Souvent moi, quand on voit un animal qui vole, on met dans l'appareil, on clique, et c'est bon.
Là, il y a un truc qui descend de mes yeux à mon ventre,
qui fait un truc hyper chaud, hyper froid,
en même temps qu'il contracte et tout,
c'est une sensation d'avoir un truc qu'on a cherché pendant très longtemps.
C'est un moment qui est trop bien, c'est un moment hyper excitant.
Par contre, là, il faut que je pense à 10 000 trucs.
Il faut que la mise au point soit à peu près sur les yeux.
Il y a de la chaleur qui sort de ma tente,
enfin de la chaleur, une température plus élevée dans ma tente,
donc ça fait un espèce de, comme quand on ouvre une fenêtre de voiture en hiver,
ou une fenêtre tout court,
il y a une espèce de courant qui sort, qui bouge comme un mirage.
Donc ça, ça crée que mon autofocus ne fait pas la mise au point à ce moment-là.
Mais ça, je l'ai anticipé, donc j'ai une main qui bloque l'autofocus,
et une autre qui va le lancer,
au moment où j'aurais préréglé manuellement.
Et là, je fais 5 photos, et je tremble, et je refais 3.
En fait, à la vérité, il y en a 3 qui sont nettes,
mais il y en a une qui est bien, parce qu'il est vraiment face à moi.
Il y a un truc...
Il y a beaucoup de fatigue qui retombe et tout.
Et là, il est toujours là,
mais il est là, il s'assoit,
il me regarde un peu, mais je fais plus de photos.
J'ai essayé d'assurer cette photo,
et je suis crevé, j'arrive plus trop à me tenir sur mon appareil.
Je suis hyper content, parce qu'il m'a accepté.
En gros, je lui ai proposé que c'est un genre de pacte,
c'est un peu un pacte d'élo, mais c'est un pacte inversé.
Il a accepté que l'homme soit pas un danger pour lui.
Et moi, je lui ai prouvé que non,
et on a fait une trop belle photo.
C'est les moments que je vais chercher, en gros, ma vie,
moi, c'est pas trop de quotidien régulier et tout,
mais il y a des tout petits moments.
C'est un peu une vision idéaliste, du bonheur,
c'est de croire que des tout petits moments comme ça
vont construire le bonheur d'une vie.
Mais c'est un peu ça, à ce moment-là.
Je suis un loup, un des plus gros loups du monde qui est devant moi.
Il est assis, il me regarde, il a de quoi manger.
Moi, je suis dans un duvet, je suis à peu près chaud,
je suis en Alaska.
Et je regarde ma photo sur mon écran des centaines de fois,
je me dis comment je vais faire pour pas la supprimer,
il faut pas que j'y touche, je me pose en arrière et tout.
Le loup tourne une fois, il passe un sapin,
je pense qu'il doit remarquer son territoire.
Je me dis, il va faire une pause, il a beaucoup mangé,
il va revenir et tout, trop bien.
Et là, le loup part un peu sur le côté,
moi, je m'adose, je suis trop content,
j'ai mal partout, mais je suis trop content.
Et là, d'un coup, j'entends
comme un nucléaire, un tonnerre,
un truc, comme si toute la forêt d'un coup, c'était écroulé.
C'est un bruit, c'est un son.
Au début, j'ai du mal à l'interpréter,
c'est exactement comme si tout autour de moi,
c'était renversé ou avait disparu.
C'est un son hyper puissant,
comme je n'en ai jamais entendu pendant trois semaines,
qui s'arrête aussi vite qu'il n'arrive.
En fait, c'est un coup de feu.
Moi, je ne comprends pas du tout ce qui se passe,
je ne sais pas ce qui se passe.
Je sors la tête en mode,
comme je pense, après,
vous êtes cassé la figure dans les escaliers,
je sors la tête de la fue,
et là, je vois à la route une voiture,
je n'avais pas vu de voiture depuis longtemps,
c'est un gros pick-up gris,
il y a un gars qui est...
je vois sa tête,
et là, je tourne le taux objectif et je vise vers l'autre pick-up,
et en fait, il y a un gars avec une carabine qui est à la fenêtre,
et devant lui, au milieu de la route,
il y a un loup mort qui est allongé,
c'est un compte-mètre de lui,
au milieu de la route,
et c'est le loup que je viens de voir qui est allongé.
Donc là, je comprends tout,
mais il s'est vraiment passé 2 ou 3 secondes avant que je comprenne
ce qui s'était passé.
Ces 3 secondes qui sont,
en fait, des moments de...
qui contrastaient énormément avec ce que je vais vécu
dans les 3 secondes juste avant,
parce que tout s'est passé en 10 secondes.
Je vois le gars qui descend de sa voiture,
dans mon télésctique, je fais des photos.
Donc là, il ne me voit pas, moi, je le vois,
il ne peut pas me voir, je suis sous des milliers de sapins et tout.
Et je fais une photo de ça,
et plein de photos,
et je trempe complètement, je commence à comprendre.
Donc physiquement, je pense que c'est un truc avec des niveaux,
ça monte de plus en plus.
En gros, on voit un gars sur les photos
qui est barbu avec une casquette canadienne,
c'est des casquettes qu'on ouvre comme une chapka,
et qui l'a remis en haut avec un petit nœud,
avec de la fourrure dessus,
et il a une chemise de trapeur un peu,
il est plutôt gros, une barbe,
il est tout rouge avec un gros nez rouge.
Il a un rituel assez simple,
il ouvre sa porte, il descend tout doucement,
il met ses gants, il met des gants,
vous verrez bien sur les photos, ça arrive.
Parce que sur le moment, je ne voyais rien, je ne comprenais rien.
Je regardais les photos après son boîtier,
il ouvre l'arrière de son pick-up,
il fait descendre une espèce de rampe,
il marche et il arrive sur le loup qui est devant lui.
Alors le loup, en fait, moi, je n'avais pas vu mourir,
il est mort sur le coup.
Alors, regardez sa carabine,
il a une carabine à lunettes,
avec un calypterie rapide, je pense,
c'est pas trop puissant, mais c'est...
En fait, le loup, il est mort sans rien,
il est mort d'un coup.
Et là, il marche et je me rends compte que le loup immense,
parce que quand il arrive au niveau du loup,
enfin, de ce qui était le loup,
le gars, il fait la même taille que le loup,
le loup est immense.
Et il n'a pas un sourire ni rien,
il accroche le loup à des sangles,
il tire le loup et il emmène derrière son pick-up,
il met beaucoup tant à tirer,
et il grimpe le loup, en fait,
en montant le pick-up, il a un genre d'espèce de poulis,
il tire très fort, il voit sur la photo
un loup qui fait toute la taille de pick-up,
regarde, donc, cette espèce de mini remorque inséré du 4x4,
et on voit le loup qui regarde vers ma direction,
avec la gueule ouverte et du sang partout,
qui est plus grand que le gars,
sur la grande rampe, il le tire, il le tire,
il arrive à glisser,
ensuite il reclacque la porte,
et mon enseignateur part assez vite,
et on va continuer de le voir.
En fait, moi, j'avais passé la meilleure matinée de ma vie,
et, déjà, je pense que je me serais déjà écroulé,
en venant là après la photo,
il y a un truc hyper fort où on se laisse aller,
il y a une ivresse de bonheur et tout,
et, bah là, je fais la même chose,
sauf que je suis tombé en avant,
un peu près en avant dans la neige à moitié,
et je me suis mis à pleurer comme une madeline,
un truc que j'ai pas fait,
je crois que c'est bien,
je me suis pas pleuré parfois,
mais là, franchement, ça faisait longtemps que j'avais pas pleuré.
En fait, je suis super vénère,
je suis énervé contre moi-même,
et surtout contre moi-même, c'est très bizarre.
Je suis très fort, et tout,
et surtout que la voiture s'est barrée,
elle est partie,
et j'aurais bien aimé lui parler,
ou je pense que je n'aurais pas été capable.
Et là, je me dis très vite,
un truc dans ma tête, je me dis que ça se trouve, c'est de ma faute,
que le loup, en fait, s'est habitué à moi,
je pense qu'il n'a jamais été aussi longtemps avec un homme,
il n'a pas l'impression qu'on proche de lui le loup, donc...
Et après, je vais voir la route,
et avec mon appareil photo,
parce que j'ai l'impression que,
quand une situation m'arrive,
je peux en prendre un peu,
un contrôler un peu mieux en faisant des photos.
Donc je fais des photos,
une trace de sang,
de l'impact, en fait,
d'un endroit où il mord le loup,
il y a...
le départ de la trace du sang qu'il a traîné,
à son départ, de l'autre côté,
à un mètre, il y a des gouttes de sang,
ça, c'est la projection du sang,
quand le loup s'est pris là-bas,
il y a du sang qui a dû partir de son corps,
donc au sol, il y a plein de petites tâches,
sur la neige,
donc des grosses tâches qui sont très, très rouges,
quand on touche un animal
au cœur, ou dans les poumons,
je crois que c'est des zones où le sang
est très coloré, un peu rose, même.
Donc là, il y a du sang rose,
sur la neige, et puis après, il y a une
grande trace de sang, qui va jusqu'à
50 mètres, jusqu'à sa voiture,
qui est partie.
Donc je fais des photos de la trace de sang,
parce que je trouve ça complètement irréel
de voir une trace de sang aussi grande
et au milieu de la route,
et de savoir que c'est un loup qui était vivant
il y a si peu de temps, quoi.
C'est hyper rapide, quoi.
En gros, tout peut changer en tout petit peu de temps,
et que moi, j'avais eu impression
avec un rapport en temps immense
de faire un long voyage,
de chercher une seule photo
en prenant le temps chaque journée, et que ça dure
pour réussir cette photo.
Et là, d'un coup, le rapport au temps est complètement
changé.
Et là, je range mes affaires,
je mets un temps fou à tout ranger,
à rentrer à mon van, je range mes
une journée, puis je monte dans mon van,
et je suis complètement épuisé.
Là, j'ai toute la fatigue qui retombe,
je crois que je dois repreurer une fois,
et je me dis plein de trucs dans ma tête.
C'est des sentiments
pas réfléchis, quoi.
Je dis, bah, que le mec a triché,
qu'il a attiré un loup, puis c'est la voiture,
et je repense d'ailleurs, à ce moment-là,
au livre que j'ai dit, être croblant, ou là,
cette louvre qui suit le traîneau,
dès que le gars sort sa carabine,
qu'il a une winchester,
un des gars qui conduit le traîneau,
donc c'est un traîneau qui doit apporter
du courrier, puis en fait, finalement,
le cadavre d'un des gars.
Dès qu'il sort sa carabine, la louvre
fait un pas de côté, elle sort de ce qu'il appelle la piste,
c'est-à-dire cette grande trace de neige,
et après, on peut plus tirer ce qu'il y a,
que de la neige et des sapins,
et cette louvre, elle fait ça, à chaque fois,
quand l'homme sort sa carabine, auquel c'est,
c'est un danger, tout. Là, le gars, il est resté dans sa voiture,
et en fait, j'ai appris après que c'est interdit
de tirer un loup, puis c'est la voiture,
mais ça, je peux pas le prouver, parce que j'ai pas la photo.
J'ai pas une photo où il tire.
Je prends ma voiture, je roule, et je vois pas
qu'il est fil, parce qu'il y a rien, il y a pas de repères,
il y a pas de panneaux, il y a rien de jambons.
C'est un bon défouloir, quoi, une route,
et elle s'arrêtera jamais.
J'essaie de comprendre pourquoi ce gars a tué un loup.
Moi, j'ai un rapport à la mort qui est
assez positive, à la nature,
dans le sens où je vois des animaux mourir tout le temps,
parce qu'ils se mangent entre eux,
et je vois la mort comme un passage d'énergie,
c'est l'évolution et tout.
C'est grâce à ça qu'ils font des petits,
j'y vois un espèce de passage de relais
qui est super beau, comme s'il y avait
une énergie positive dans un animal
et qu'elle était transmise d'un autre.
Je vois la mort comme même parfois,
comme un truc positif, la souffrance animal aussi,
elle peut exister de manière positive dans la nature,
quand un animal se fait mal à un endroit,
il ne va pas y retourner, quand un animal
se fait attaquer par un autre,
il va se souvenir de cette souffrance,
de ses nerfs, qu'il lui envoyait une information mauvaise,
il ne va pas revenir à cet endroit,
et c'est comme ça que son instinct se crée,
qu'après quand il va retourner à un endroit,
il va avoir les mêmes éléments qu'il a déjà vu,
il ne va pas rester.
Donc en fait la souffrance même peut être positive,
elle crée une intelligence à long terme
dans l'instinct des animaux et tout.
J'ai aussi vécu avec des gens qui chassent
pour se nourrir,
là on m'avait donné de la nourriture que des gens chassaient
de manière hyper positive,
ils partent deux semaines en montagne,
ils tuent un animal, ils le mangent toute l'année et tout.
Et puis les Indiens, surtout ils...
Les Indiens c'est des chasseurs,
des chasseurs cueilleurs, mais ils ont un rapport à la nature,
c'est ceux qui respectent le plus les animaux,
parce que tu es un animal, en fait ça demande un respect immense
pour pas le faire souffrir et on ressent la gravité
et on est responsable de cette souffrance,
de cette mort,
et c'est pas quelqu'un d'autre ni un abattoir qui en est responsable,
donc je respecte énormément
cette démarche de tuer pour nourrir
dans un cycle
et de le faire de manière positive.
C'est parfois le meilleur moyen de respecter la nature et tout.
Les Koryukon, beaucoup de gens font ça et tout.
Donc j'étais dans une atmosphère positive
par rapport à la mort et tout.
Mais là en fait il l'a tué par un rougueuil,
en gros il l'a tué, c'était un loup incroyable.
Ce loup là il va
faire des photos avec,
en gros c'est un trophée, et puis il va avancer la peau.
Soit il va la garder pour lui, soit il l'a vendre.
En fait ce gars là c'est son métier,
enfin c'est son métier, il a à moitié retraité,
mais il vend des peaux de loup.
Je me suis arrêté dans la ville,
à 6 heures de route,
Downsend City ça s'appelle,
et là,
Dame du Forest Department,
la police de la nature,
qui m'a dit que les peaux de loup
ça valait 300$ canadiens,
j'ai montré une photo, il m'a dit
il est incroyable ce loup, ça vaut peut-être
500$ canadiens,
mais que le gars lui, elle est sans faire que 200,
c'est plutôt après l'avoir tanné et tout.
Donc en gros le gars va se faire
à peu près 150€ ou 100€ avec ce loup.
Donc là à ce moment là j'étais encore plus énervé,
parce que d'un coup il y a une espèce de valeur social
qui se pose sur cet animal,
et d'un coup ça devient juste un truc qui coûte autant que
un petit truc multimédia qui ne sert à rien,
genre des bons écouteurs.
J'ai toujours raconté l'histoire
avant qu'elle tourne,
et c'était incapable d'en parler,
parce que
ça me rend hyper triste,
parce que ça a créé des paradoxes chez moi aussi,
sur mon rapport à la nature et tout.
Ça me fait surtout réfléchir
sur notre rapport, là je suis allé dans l'endroit
que je pensais le plus pur pour voir des loups,
qui est le Yukon,
même là en fait il y a toujours cette rivalité
entre loup et l'homme,
et ça crée de l'orgueil d'avoir tué un loup,
c'est comme avoir battu un rival.
Et en même temps j'ai vécu les plus beaux moments de ma vie,
et puis un truc complètement fou
que j'aurais jamais imaginé en fait.
C'est des moments où j'oublie qu'il y a des hommes,
qu'il y a des durs réalités,
que la vie c'est le fait de partager ça
avec d'autres gens, et qu'on a toutes des intentions différentes.
Ça j'avais oublié tout.
J'avais juste réussi avec des animaux à me faire accepter.
Quand Jérémie termine cette histoire,
il y a un silence.
Plongé dans la vie du loup par les yeux de Jérémie,
nous avions retenu notre souffle.
Puis,
les mots reviennent.
Nous reprenons le fil de nos liens sociaux.
Nous rions même,
parce que Jérémie fait un trait d'humour.
Le temps du social a repris,
le temps des hommes.
Mais je n'oublierai pas ce loup.
Son regard jaune et rond
sur la photo si chère de Jérémie,
qui s'offre à nos yeux,
et nous plonge dans son monde, blanc et froid.
Lui,
tant craintif de nous,
est l'espace d'un instant, ami.
Cette photo, vous pourrez la retrouver
dans le livre que Jérémie publie aujourd'hui.
Un livre construit comme un rêve
et réalisé avec soin par le studio graphique
Les Haussers.
Il sera aussi accompagné d'une version sonore
créée par nos soins.
Une balade de 60 minutes
au fil des déambulations poudreuses de Jérémie.
Et pour que ce projet existe,
nous et Jérémie, sollicitons votre soutien.
Par une caniote disponible
sur le site KissKissBankBank,
dont vous trouverez le lien associé à cette histoire.
Un lien qui sera disponible
jusqu'au 14 novembre,
et que vous trouverez ensuite sur le site
de Jérémie Villiers.
Merci à toi Jérémie pour ta confiance.
Pour tes talents de compteur
et la détermination que tu mets
à capturer la beauté onirique de la nature
et à nous la partager.
Malgré les gelures au pied,
au nez, etc.
Et si vous avez aimé cette histoire,
n'hésitez pas à nous mettre des étoiles et des commentaires.
Que nous lisons toujours avec un immense plaisir.
Les Baladeurs,
une série audio-léaussers,
signée Camille Jusot,
Alison Brassac compose la musique
et l'horreur galiganie est aux manettes du mixage.
Et on vous dit,
à bientôt.