#26 — Les cavalières du Caucase, avec Tessa de Baudinière et Kathrin Hoeckel

Durée: 47m39s

Date de sortie: 19/02/2020

À l'été 2019, Tessa et Kathrin se retrouvent dans la petite ville russe de Naltchik. Là, dans les grandes montagnes sauvages du Caucase, elles rencontrent les chevaux Kabarde qu'elles veulent ramener jusqu'en Europe.

Le long de la route, les paysages défilent, les visages changent, les deux cavalières et leurs montures se heurtent à l'inattendu et aux réalités sociales des pays traversés.

Au rythme du galop, elles témoignent de l'Europe de l'Est au XXIeme siècle, loin des clichés romantiques des livres d'aventure dont elles se sont nourries avant le départ.  

Les Baladeurs est une émission Les Others, supportée par Audible, l’application de podcasts et livres audio.

Cet épisode est signé Camille Juzeau, avec une composition musicale de Alice-Anne Brassac et un mixage de Laurie Galligani.

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Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
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C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des méaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti.
Catherine est cavalière depuis son enfance.
Elle aurait pu en faire son métier. Un rien a fait qu'elle a choisi d'autres voies.
Mais elle garde en elle une relation forte avec les chevaux.
Elle rencontre Tessa quelques mois avant notre histoire, une jeune femme ritueuse qui partage cette passion équestre.
Il y avait une nécessité de partir. On était toutes les deux déjà partis avant.
Et on avait envie de repartir d'une manière ou d'une autre, avec des chevaux.
Un jour, une proposition vient comme un signe.
Les deux cavalières s'apprêtent alors à vivre un road trip à travers l'Europe de l'Est,
parcourant les paysages merveilleux et décharnés.
Ce heurtant aux réalités d'une vie en selle, sur les routes, avec l'ordre de monture et un cheval de bas.
Arrivé dans le Caucase en juillet 2019, elles doivent rejoindre l'Europe un mois plus tard.
La relation avec l'animal, l'amitié qui se noue entre les deux femmes,
quelle surprise les attendent le long de l'itinéraire ?
Un ami à moi qui a des chevaux et qui a déjà fait des longs voyages à cheval,
il voulait lui faire un voyage à cheval dans le Caucase.
Il a acheté un cheval, il a tout préparé, il est parti, mais son cheval s'est blessé au bout de très peu de temps
et il a finalement abandonné le projet.
Et d'un coup, il me dit, tiens, tu veux que je te donne mon cheval et tu fais toi un voyage.
Et ça ne va pas me faire ce genre de proposition parce que...
Oui, ça me plante une idée dans la tête que je lâche plus.
Notre premier cheval était Sarmat.
On en avait déjà un, il nous en manquait encore un, voire deux,
parce qu'il nous fallait un cheval pour porter les bagages, mais ça, on n'était pas encore trop sûr.
Donc on s'est mis en quête d'un deuxième cheval.
Et là, l'aventure a commencé déjà dans la quête du deuxième cheval,
parce que pour trouver un cheval dans le Caucase, quand tu ne connais pas le Caucase
et que tu n'as pas de contact là-bas, à part un type qui dit, j'ai un cheval là-bas,
c'est un peu compliqué.
Finalement, on s'est mis d'accord avec un éleveur allemand en Bavière,
qui faisait un élevage des chevaux de cabarde.
C'est une race assez particulière du Caucase russe qui vit dans les montagnes,
en fait, sans des chevaux super rustiques, qui passent, en fait, l'hiver dans la vallée,
l'été entièrement dans les grands tropos, dans les montagnes, près de l'Elbrus.
Et ce sont des chevaux qui nous grandissent vraiment presque d'une manière sauvage, en fait.
Ils voient l'homme, mais de loin, un cheval qui est vraiment un archétype de puissance,
de noblesse, comme tous les chevaux, mais lui, il a un truc en particulier, ce cheval.
C'est que le cheval cabarde, il réfléchit face au danger.
Alors qu'un cheval classique, enfin, c'est un animal, va instinctivement fuir.
Le cheval cabarde a cette réputation d'être vraiment un cheval qui va réfléchir
dans une situation compliquée, dangereuse, imprévue pour son cavallier, en fait,
pour défendre son cavallier.
Et c'est aussi un cheval qui n'a qu'un seul maître, qu'un seul cavallier.
C'est-à-dire que tant que tu n'as pas lié une vraie relation avec ton cheval,
cabarde, il te laisse pas le monter et il te fait pas confiance
et c'est très difficile de les dresser.
Mais quand tu as passé du temps avec lui, il peut vraiment te donner sa vie pour toi.
Il y avait un alveur en Allemagne qui était intéressé par le fait de ramener un cheval cabarde.
Il faut savoir que ramener un cheval du cocaise en transport classique, en camion,
ça coûte extrêmement cher.
Donc l'idée, c'était que nous, on fasse le voyage pour qu'on ramène ce cheval à pied.
En tout cas, avec des passages de frontières forcément en camion,
parce que tu n'as pas le droit de passer des frontières à cheval,
ça je l'ai appris aussi sur le terrain.
Sur moi, je me suis dit que je vais passer toutes les frontières à cheval,
comme à la belle époque, allons-y.
Mais en fait, non, ça, c'était avant.
Et du coup, on a décidé de faire un tour dans le cocaise,
de vraiment découvrir le cocaise à cheval,
mais après de faire un énorme saut en camion,
près de 2000 km en camion pour entrer en Billa Russie,
traverser la Billa Russie et puis après entrer en Europe.
Une bonne semaine avant le départ,
je me suis rendue sur place, analchique, pour les derniers préparatifs.
Et là encore, il fallait faire les chevaux,
il fallait préparer les chevaux, trouver tout le matériel.
Il fallait construire avec un selier,
un supe sympathique qui m'aidaient beaucoup
à développer une structure de bas pour le cheval de bas.
C'était comme l'intérieur d'une selle sans la couverture en cuir,
où on peut mettre toutes les affaires.
On partait finalement avec trois chevaux,
deux chevaux pour nous, les cavaliers,
et un troisième pour l'équipement,
pour les sacs d'écouchage, la tente, etc.
Et 36 000 choses comme ça.
C'était vraiment un grand boulot les derniers quelques jours avant le voyage.
Tessa m'a rejoint sur place.
Quand je suis dans l'avion, je commençais à lire Lermontov,
un héros de notre temps, un livre d'un auteur russe très connu
et qui parle du cocaïne énormément.
J'étais déjà dans une espèce d'aventure
dans ma tête très littéraire, très romanesque.
J'étais pas du tout dans le côté pratique.
C'est là où j'étais heureuse de partir avec Catherine,
qui, elle, avait vraiment une expérience
beaucoup plus concrète du voyage,
parce qu'elle avait l'expérience déjà du bivouac,
l'expérience des sports extrêmes, de la vie en plein air.
Moi, j'avais dû camper une fois dans ma vie et encore une nuit.
Donc je suis vraiment partie avec la petite liste qu'elle m'a fournie
en me disant, voilà, t'as besoin de ça, ça et ça.
Le moins de choses possibles, parce qu'à cheval,
on doit être très légère.
On avait vraiment deux sacs à coche chacune,
du matériel pour les chevaux.
Donc moi, j'avais ramené une sangle, un filet.
On avait deux celles sur place qu'on nous prêtait.
Moi, j'ai rapporté, je crois, un cul-pied,
un licor l'hétologique, parce que je voulais monter au maximum
sans mort le cheval à partir d'un certain moment,
parce que c'était une démarche aussi,
une relation avec l'animal, dans le respect, la confiance,
la douceur et d'essayer de monter au maximum comme ça.
Donc je suis arrivée vraiment avec très peu de choses,
une tenue de rechange et une brosse à dents.
Et encore, j'étais encore trop l'autre par rapport à Catherine,
qui m'avait dit qu'il faut être encore plus légère.
Donc on a allégé ensuite au fur et à mesure de voyages.
On a laissé énormément de choses derrière nous
et c'était assez chouette d'ailleurs,
de se délester au fur et à mesure du superflu,
parce qu'on ne se rend pas compte,
mais on a besoin de très peu de choses pour voyager.
Et on a fait le tour des trois chevaux.
Moi, je montais un jeune et talent Asker,
absolument magnifique.
Quand je l'ai vu pour la première fois,
je me suis dit que ça, c'est vraiment un cheval extrêmement charmant
et très très beau.
Il était jeune par contre.
Il n'avait que six ans, il était plein d'énergie
et il était monté, mais il ne connaissait rien.
C'était un cheval qui n'avait pas d'expérience,
qui n'avait jamais voyagé,
mais qui avait des très très bonnes jambes.
Les deux autres chevaux,
il y avait un qui travaillait dans une petite écurie
depuis quelques ans, il s'appelle Schweppes.
Moi, je choisis un autre cheval qui s'appelle Schweppes,
qui est plus solide, plus calme,
qui a un sens assez froid,
qui est aussi froid à la jambe
et qui n'avance pas beaucoup,
donc assez fatiguant à mener,
mais qui est un cheval adapté à ce qu'on essaye de faire.
Le troisième cheval, il s'appelle Sarmat,
pas très beau en fait,
super rustique,
pas très intelligent non plus.
C'est celui des trois qui s'est toujours enroulé
avec la corde la nuit,
il s'est blessé, il a fait plein de choses,
mais il s'est jamais plein.
En fait, c'est le seul cheval
avec lequel on n'a jamais eu de problème,
parce qu'il était ultra solide.
Une fois qu'on avait nos trois chevaux,
donc Sarmat, Asker et Schweppes,
on s'est préparé principalement
dans les curies d'Asamat,
qui était vraiment l'éleveur le plus bienveillant de tous
et la personne,
notre meilleure interaction sur place.
Lui, il a un troupeau de 300 chevaux kabar,
qui l'élève à 10 km du moelle grosse,
qui est donc le plus haut, ça m'édroite.
Et dans son écuri,
c'était des espèces d'anciens bâtiments,
un peu comme des col-causes,
mais ça ressemblait à des barraques.
Il y avait quelques chevaux là,
et puis les autres étaient en liberté.
Il y avait deux gros chiens kabard
qui aboyaient systématiquement quand on arrivait
avec les oreilles coupées,
ce qui est assez brutal quand même.
Et il y avait une espèce de ferme désaffectée,
où le toit s'était à moitié effondré.
On passe trois nuits là,
à tester le matériel,
à nourrir les chevaux,
et à rôder les derniers éléments avant le départ.
Azamat Lelveur de Mancheval Asker,
qui était très très gentil,
qui nous chargeait des masses de bouffe,
d'un kilo de cacao-ette,
de plein de choses pour qu'on meurt pas de faim
pendant notre voyage,
mais qui m'interdit
à aller dans une certaine direction.
Et la direction, c'était justement,
bien sûr, la direction que j'avais choisie.
C'était la Kabardine au Balkaris,
et la région d'où viennent les chevaux kabard,
qui est une région
dans le centre du Cocas
et qui est flanquée d'un côté
par la Tchêchénie,
qu'on connaît par des histoires pas très plaisantes,
et de l'autre côté par la Tcherkesi.
Ce sont tous des peuples différents,
dans des républiques différents,
qui bien sûr font partie de leur Russie,
mais qui ont à chaque fois un peu leur culture à elle.
Et la culture kabard,
et surtout la religion,
c'est la religion musulmane,
mais très très modérée.
Ce sont des gens qui se voient eux-mêmes
très modérés, très gentils,
et ils pensent que les voisins
à droite et à gauche, enfin à l'est et à l'ouest,
sont des méchants.
Des méchants et qui sont des
plus ou moins des mangeurs d'hommes,
mais certainement des mangeurs de filles.
Donc ils m'interdisaient, pour le coup,
de se diriger plein ouest,
ce qui était mon plan,
parce que je voulais longer la chaîne de montagne,
et pour après aussi se s'enfoncer
dans les montagnes et à l'altitude,
parce qu'on est dans le cocasse pour les montagnes,
et pas pour se traîner dans les chambes blées
de la plaine, c'est pas très intéressant.
Et du coup, ils m'interdisaient carrément d'y aller.
Donc on avait décidé que Catherine
montrait Asker, qui était l'état long, en tête.
Moi j'allais monter Schweppes,
et en cheval de bas on avait mis Sarmat.
Et pour avoir les deux chevaux liés,
sans que j'aie sans cesse besoin de tenir la corde,
donc la longue,
on avait Asamat et son fils
m'ont montré comment attacher la longue
à la queue de mon cheval de Schweppes.
Donc il a enroulé la longue d'une certaine façon,
avec un nœud comme un nœud marin,
mais autour de la queue de mon cheval,
ce qui fait que le cheval est obligé de suivre derrière
sans pouvoir partir sur le côté, dévier,
et sans passer devant.
Et moi j'ai en plus liberté
à l'avant main.
Donc c'était super pratique,
sauf que moi je fais le nœud une première fois,
puis forcément mon nœud se défait.
Je me retrouve au bout de 100 mètres,
avec un cheval qui se balade derrière, qui n'est plus attaché.
Et là tout de suite, Asamat, Aline, Simon débarquent,
en disant vous voyez bien,
vous avez prévenu, vous pouvez pas vous débrouiller tout seul.
Ils nous refont le nœud, en plus serré,
et on repart, et là ils nous regardent,
et ils nous font des petits signes de la main,
mais vraiment ils étaient émus et inquiets,
donc c'était assez touchant.
En très peu de temps en fait, ils s'étaient vachement attachés à nous.
Et donc on part
pour une première étape, d'une trentaine de kilomètres.
C'est vraiment un autre monde en fait.
C'est la Russie,
les gens parlent russe,
enfin ils savent parler russe,
mais ils ont leur langue à eux.
C'est des cultures musulmanes déjà,
c'est des cultures où la fierté, la liberté,
c'est des valeurs fortes,
et comme disait Lermontov,
en fait là, ce qui compte c'est les chevaux, les armes,
et ils sont fiches surtout de toutes autres valeurs matérielles.
On est face à des montagnes immenses.
Donc on voit toujours l'Èle Brousse de loin,
une montagne enneigée,
et la nature là-bas est absolument magnifique en fait.
C'est très rude de envoyer les montagnes partout,
mais ça forme aussi les gens,
je pense que vraiment c'est pas une nature douce,
mais c'est très très beau en même temps.
Et une autre particularité c'est qu'il y a partout des chevaux.
Et en traverser des villages, partout,
il y a parfois attaché un piqué,
parfois en liberté, il y a partout des chevaux.
On passe de très beaux paysages,
très naturels, très sauvages,
avec des collines, avec des bergers, des troupeaux,




un truc très bucolique,
et on bascule dans une vallée
où il y a énormément de déchets.
Il y a beaucoup de plastique,
c'est comme une sorte de décharge,
on voit que les gens viennent déposer tout leur rebut,
et ça voilà, tu reprends conscience
que finalement, au fait d'être au fond du cocaïs,
les gens continuent de jeter leurs déchets n'importe où.
Donc ça c'est un peu la première déconvenue,
enfin des illusions sur cette première étape.
Notre premier jour était d'abord un peu dans les montagnes basses,
mais après on n'avait pas de choix pendant quelques kilomètres
que de longer une grosse route.
Et on ne savait pas comment nos chevaux, ils allaient réagir.
Il y a des énormes camions qui passent,
il y a tout qui passe, et les Russes,
ils ne freinent pas forcément quand ils passent à catoé d'un cheval,
parfois ils claquent sonne fort pour te saluer,
ils hurlent par la fenêtre,
ce qui est très gentil,
mais encore une fois, on ne savait pas comment nos chevaux,
ils allaient réagir à tout ça.
On les connaissait pas tellement bien les chevaux.
Et du coup, oui, je n'étais pas tout à fait relaxe le premier jour.
Finalement on passe par des villages assez gris, assez tristes,
où chaque portail est très coloré.
En fait les maisons sont très grises, toujours un peu en construction,
mais les portails sont très colorés et des couleurs très vives,
et les gens sortent et nous saluent,
et nous regardent un peu à la fois
mis admiratifs, mis méfiant, ça ne fait pas trop.
Il y a les cabards, il y a les nogaïs, il y a les cherquesses.
Et donc les femmes sont souvent voilées,
soit elles sont ensemble à l'extérieur,
elles prennent le thé ou le café,
soit elles sortent des maisons et elles nous regardent
comme si on était des extraterrestres,
parce qu'elles se demandent ce que font ces femmes sur des chevaux,
sachant que là-bas les femmes à cheval, on nous a dit,
ça n'existe pas.
Donc elles nous saluent, elles nous disent bonne chance,
bonne route, Catherine traduit tout ça,
parce que moi au début je ne parle pas un mot de russe,
ça sera plus facile vers la fin du voyage,
mais au début je ne comprends pas du tout ce qui se dit.
Les hommes nous regardent aussi un peu amusés.
Donc c'est assez drôle, c'est une première prise de contact
avec les habitants de ces villages,
et puis finalement on se retrouve à nouveau dans la nature.
La base c'était plus pop, chez les vaches.
Ouais.
Je voudrais bien aimer qu'on s'arrête chez les vaches.
C'est les chevaux qui auraient peut-être dormi dans un box avec de la paix.
Je ne me sentais pas tout à fait confiante
comment ça va se passer, parce que je n'avais jamais fait ça.
Je suis à vélo, je connais mon vélo, c'est simple.
Je sais les réparer, je me débrouille, j'ai ma tente,
je peux trouver un endroit où m'installer pour passer la nuit.
Par contre avec les chevaux, on a trois chevaux,
il faut toujours s'occuper de ces chevaux-là.
La nuit, il faut trouver un endroit où ils peuvent avoir à boire,
ils peuvent brouter, ils ont tranquillité.
Il ne faut pas qu'ils s'échappent pendant la nuit.
On n'avait pas vraiment eu l'opportunité de tester notre système,
de les accrocher avec les piquets.
Donc je ne savais pas trop ce qui va se passer à ce niveau-là.
On fait nuit, le four de 7h30 du soir, 8h00, la nuit commence à tomber.
Donc ça, on avait pas mal de marge.
Déjà les chevaux, au bout d'un moment, ils n'avancent plus.
Ils sont fatigués, nous aussi.
On essaye au maximum de trouver du confort rapidement.
À partir du moment où on sent que les chevaux fatiguent,
qu'ils ont trop transpiré, qu'ils ont embarre tout simplement.
Et c'est eux qui imposent la limite, et pas nous qui disons,
ok, là on s'arrête, c'est vraiment eux qui nous disent,
là on en a assez.
Petit à petit, on connaissait mieux les chevaux,
et on s'apercevait vraiment assez rapidement
que ces chevaux sont extraordinaires.
Ils ont d'un courage et d'un calme vraiment extraordinaire.
Parfois je marchais un peu pour alléger mon cheval,
mais quand il y avait une situation comme ça,
par exemple, traverser des rails qui n'avaient pas de barrage,
il fallait juste traverser,
ou un pont qui était totalement en vrac,
et sur une fleuve,
à chaque fois il y avait une situation comme ça,
je m'entais à cheval, parce que je me sentais beaucoup plus à l'aise en sel,
et sûrement à cheval que marchais à pied à côté.
Et de plus en plus, on les connaissait,
c'est-à-dire, nous et un certain lien avec eux,
c'était plus facile de surtout Asker, le jeune étalant,
de le toucher et de s'approcher de lui,
et commencer aussi à me connaître.
On arrive dans des collines où là,
effectivement, il n'y a rien ni personne,
et on est seul avec les chevaux,
mais on est attaqués par un essence frelon et de moustiques.
C'est-à-dire que c'est tout à tour les frelons,
ou les moustiques, ou les deux en même temps.
Les chevaux deviennent complètement faux,
on part au grand galop dans les collines,
et nous-mêmes, en fait, on est couvertes d'insectes,
et c'est insupportable, et ça rend les chevaux dingues.
Et donc on se dit, voilà, on ne pourra pas camper là ce soir,
parce qu'il y a trop d'insectes.
Et donc on continue, là, la nuit qu'on va s'attomber,
il faut qu'on trouve un endroit où passer la nuit,
et finalement, on passe devant une ferme,
et avec un petit ruisseau qui poule devant,
je me dis, ok, on a un point d'eau, il y a une ferme,
il y a un chien, il y a des vaches, il y a des moutons,
forcément, un espace où on peut s'installer pour la nuit.
Et là, je vois au sommet de la colline,
de l'autre côté du portail de la ferme,
un berger qui a cheval, et qui crie,
je ne sais pas s'il crie pour nous ou pour ses moutons,
mais il y a tout un troupeau de moutons qui dévalle la colline,
et avec le berger qui galope derrière,
et je sens qu'il nous a repéré, mais de très très très loin,
donc je me dis, comment est-ce que si loin,
il a pu nous voir, nous, toute petite, tout en bas,
mais il nous a vu, il crie, et à ce moment-là, quand il crie,
il y a quelqu'un derrière nous,
un autre berger qui crie et qui lui répond,
mais qui crie à des kilomètres,
il faut vraiment s'imaginer qu'il crie à des kilomètres de distance,
et donc j'entends derrière nous un autre type qui arrive,
un berger qui rapplique de jeunes,
qui sort vraiment de nulle part,
et qui arrive avec un cheval, un étalon en plus,
donc Asker commence à piétiner,
là on se dit, oh oh oh, il faut qu'on calme le jeu,
parce qu'on a deux étalons quand même l'un à côté de l'autre,
et il dit tout de suite,
« Entrez, entrez, vous êtes les bienvenus,
il prend le cheval, il attache, il enlève la cellule,
il les met tout le bagage dans un coin,
et nous, on était aussi très étonnés,
on s'attendait pas à ça,
et en cinq minutes, les chevaux décélaient
sur un espèce de paddock,
et nos bagages au sec,
parce qu'il l'annonçait la pluie un peu,
et il nous invitait à les rejoindre dans la cabane,
ils avaient une espèce de petite maison,
en cabane, pour manger,
et nous disait, oui, là on va manger ensemble,
les chevaux sont bien, ils ont à boire et à manger,
on va nous passer à table,
et moi je disais, oui, on a encore un peu de nourriture
dans les sacoches, je veux bien apporter quelque chose,
ils disaient, non, surtout pas,
enfin ça c'est une chose qu'il ne faut jamais faire chez les Russes,
quand ils t'invitent, ils t'invitent à 100%,
et en plus ils me disaient, oui, ton pain,
tu le laisses là où il est,
moi je fais mon pain maison,
il avait un pain délicieux qu'il avait fait lui-même,
il avait le fromage fait maison,
une soupe faite maison,
il mettait tout ce qu'il avait dans sa maison,
sur la table,
après, c'était un alcool de miel fait maison,
et voilà, la fête commençait,
on faisait toute la soirée avec les deux messieurs,
racontait des histoires,
moi je faisais toujours la traduction entre le français
et le russe pour que les histoires passent,
donc c'était une conversation assez marrante,
c'est ça,
c'est ça,
la parouce qui se fait,
la tâche,
et le lendemain,
les chevaux sont un peu plus frais,
on repart, et là on décide de se faire une excursion
jusqu'à des chutes d'eau,
Sultan et Madinah nous avaient parlé d'une chute d'eau,
on avait commencé à regarder un itinéraire possible avec eux,
en haut de la montagne, pour voir la chute d'eau,
on campait la nuit, et c'était la première fois qu'on était
toute seule dans les tentes, avec les chevaux au piqué,
quand il le faut, campement,
campement avec les chevaux,
il y avait des bonnes tentes, des sacs de couchage,
les chevaux étaient vraiment que au piqué,
il n'y avait pas de clôture, il n'y avait rien du tout,
donc pour moi c'était ça la grande question,
est-ce que ça va tenir,
et la nuit j'ai dû sortir de ma tente
pour aller faire pipi,
et du coup j'ai vu un de ces chevaux qui se balade quelque part,
et enfin là où on allait laisser la nuit,
et du coup il y avait un nœud qui s'était défait,
il fallait encore améliorer le système,
ça ne s'est plus passé après,
mais là j'étais quand même contente qu'il n'était pas allé plus loin,
donc je cherchais le cheval, je mettais au piqué,
tout ça au milieu de la nuit,
mais après j'étais tranquille, j'ai testé,
et refais tous les nœuds,
et on était seul avec les chevaux,
et tout se passait comme il fallait finalement,
et on a vu qu'on peut vivre comme ça,
dans la nature même s'il n'y a aucune ferme,
et personne qui nous accueille.
On avait eu très très chaud toute la journée,
et en fait il y avait ce ruisseau,
où ils aient nuit,
il y avait un orage énorme,
les éclairs fin des ciel,
enfin c'était dantesque,
et on avait tellement envie de se laver,
ils faisaient totalement noir,
mais en fait il y avait des nuages,
et tout d'un coup la lune est apparue,
et là tout d'un coup le ruisseau était éclairé par la lune,
et on rigolait, c'était tellement régénérant,
en fait on avait vraiment l'impression
qu'une communion avec les éléments que j'avais pas ressenti,
parce qu'il y avait à la fois l'eau fraîche,
la lune, la pluie qui commençait à tomber,
les éclairs, l'orage, le son,
le corps, enfin le ressenti dans le corps,
et il y a des espèces de joie en fait intense,
de vraiment d'éprouver de la joie
et de la reconnaissance d'être là, de pouvoir se laver,
on se sent tellement vivant tout d'un coup.
...
...
...
La deuxième partie du voyage
était censée se passer en Bila Russie,
mais bon, la Bila Russie est loin du Cocas,
c'est environ 2000 km,
et ces 2000 km là, c'est une énorme distance,
et moi je la connais déjà,
j'ai plus ou moins fait ce trajet à vélo,
et c'est pas le coin le plus intéressant de la Russie.
Du coup, on a décidé que ça ne sert à rien
d'être décigés de faire ça à cheval,
on n'a pas des mois de temps,
mais on a juste un temps limité de deux mois en tout.
Quand une fois, il fallait organiser le camion,
ce qui n'était pas facile,
il fallait payer le camion,
trouver un chauffeur qui est fiable aussi,
qui fait des choses correctement pour faire ce trajet.
On est partis de chez Azamat avec un immense camion
qui ressemblait vraiment à un camion de cirque,
donc le type est arrivé, il s'appelait Ali,
la difficulté c'était de faire monter ses chevaux dans le camion
alors qu'ils n'étaient jamais montés dans un camion.
C'était le vrai départ aussi pour Azamat et Aline,
qui étaient donc les éleveurs d'Askar,
et on s'est rendu compte qu'Aline était très attachée à Asker,
c'était son cheval, il nous la laissait de bon cœur,
mais en même temps, en fait, c'était pas le cheval prévu,
ça on l'a appris qu'après, c'est un autre cheval qu'on devait avoir,
mais qui avait été vendu avant qu'on arrive,
on l'a appris qu'à la fin du voyage.
Donc Aline pour lui, pour les partir à Asker, c'était très dur.
Il avait les larmes aux yeux,
et quand on voit un colosse cabarde pleurer
parce qu'il voit son cheval partir,
ça m'a énormément touché
parce que je me suis rendu compte que c'est type,
au-delà de l'aspect guerrier, au-delà de l'aspect patriarchal,
d'une société très, finalement, masculine
autour du cheval, des éleveurs, des dressers et pas de femmes,
ils avaient une sensibilité et une tendresse en eux pour leurs chevaux
qui étaient similaires à la nôtre
et qu'on était sur un plan d'égalité à ce niveau-là.
Du coup, les chevaux étaient bien dans le camion.
Il y avait un trois sièges,
le chauffeur est à côté,
on avait 2000 km à faire
et on savait que nos visas s'arrêtent un certain moment.
Donc il fallait quand même passer la frontière.
Ce qu'on savait pas, c'est que le type,
typiquement russe, encore une fois,
il allait rouler pratiquement son pause,
les 2000 km.
Il faisait 20 heures de suite,
il roulait en deux minutes,
pas non-stop, il faisait parfois des toutes petites pauses,
il fallait donner à boire aux chevaux,
il fallait aussi, peut-être, sortir,
aller aux toilettes ou manger quelque chose,
mais il roulait plus ou moins non-stop
toute la journée et la nuit.
Il s'arrête sur une espèce d'air, mais air russe.
C'était comme un mauvais film de gangster
avec une espèce de maison close
et un endroit où, je pense, pendant leur journée,
on peut manger, mais là, c'était plus ou moins fermé,
que des gens bizarres.
Heureusement, finalement, je trouvais une toilette
et après, hop, vite dans le camion,
je ferme la porte et disais
il faut que je dorme quelque temps.
Il était un peu hésitant,
il était vachement poli avec nous,
il nous servait à manger,
il nous demandait toujours si tout va bien et tout,
mais bon, que faire ?
Parce qu'il y avait que les deux sièges,
impossible de dormir tous les trois
sur cette situation.
Et je dis, écoutez, moi je me mets derrière chez les chevaux,
dormez là, parce que je voulais qu'ils dorment,
mais quand même, conducteur, il doit conduire encore.
Je prends mon sac de couchage,
je m'allonge dans le camion derrière avec les chevaux,
plus ou moins sur le foin,
j'entends le son des chevaux qui broutaient le foin
et donc je m'endormais
et je me réveille quatre heures plus tard,
à 8h du matin, parce que ça bouge.
Et je lui dis non, ils vont pas me laisser ici,
dans le camion avec les chevaux,
et rouler encore une fois à une journée entière,
c'est insupportable,
d'autant plus qu'ils faisaient chaud,
ils faisaient très très chaud,
et encore devant, c'était supportable,
parce qu'on pouvait, parfois,
ouvrir la fenêtre, où ça allait,
mais derrière chez les chevaux, ils faisaient très très chaud,
et du coup, je pense que j'appelais Tessa
pour dire, vous faites quoi là ?
Vous partez avec moi derrière ?
Non, non, ils allaient juste se déplacer un tout petit peu
pour un autre endroit où il y avait un café
et on pouvait se laver un peu
et prendre le café pour après repartir.
Finalement, on arrive
au bout de ces deux jours de camions,
on est enlevé de soleil magnifique
et Ali nous fait du thé,
on se sépare et on est un peu ému aussi,
parce que voilà, pendant deux jours, on était quand même tout ensemble.
En soir des chevaux du camion,
qui étaient très très très crevés,
parce que eux, ils avaient pas bougé,
ils étaient depuis
une, deux jours
et deux nuits, ils étaient dans le camion.
Donc ils étaient très fatigués,
ils avaient maigris énormément,
même si on les a nourris
et on a donné à boire, mais c'est très très stressant
pour les chevaux.
Aucun des trois chevaux, contrairement
à ce que les propriétaires
respectives nous avaient promis
étaient préparés pour ce voyage.
Parce qu'on avait dit, ok, il faut que ces chevaux-là
soient montés,
il faut qu'ils aient déjà travaillé un peu,
fait pas mal de kilomètres,
parce qu'on peut pas,
deux jours au lendemain,
faire une quarantaine de kilomètres par jour,
alors qu'avant, ils bougeaient peut-être
pas beaucoup.
Donc ils ont dit oui sur des chevaux,
ils sont pas forts, ils peuvent faire
80 ou 100 kilomètres par jour,
aucun souci.
Et bon, nous on a vraiment fait confiance,
il faut dire, aux gens,
sur place.
Et du coup, on les sort,
on les met au piqué, comme d'hab.
Il y avait un petit lac
juste à côté,
où on amenait les chevaux pour boire
et le mien
pour jouer dans l'eau,
et puis nous on plantait la tente
et on se reposait aussi.
On part de cette étape-là,
on passe par énormément de villages,
où personne
n'accepte de nous donner ni à boire,
ni à manger, les gens nous disent on a rien,
alors que c'est des fermes
qui sont bien organisées, on voit qu'il y a
des vaches, on voit qu'il y a des moutons
et que
c'est de l'élevage un peu plus intensif
que ce qu'on a vu jusqu'à présent,
où c'est des élevages plus spartiates, où il y a vraiment
peu de bêtes, mais
les bergers sont proches de leurs animaux,
ça c'était dans le coca, là la biélo-russi
c'est vraiment des fermes, tous les travailleurs
qu'on croise nous disent non, on a rien,
on n'a pas, parce que nos chevaux commencent
aussi à avoir faim et on se dit
on va leur donner ce qu'on donne
aux animaux des fermes
dans le coin, ce qu'on faisait avant
et là personne ne veut nous aider, et on passe
vraiment comme ça à plusieurs villages, et systématiquement
les gens nous disent non on a rien,
nous posent des questions sur le voyage, mais
c'est notre premier retour
brutal à la réalité de
personne va nous aider ici et on est seuls face à nous-mêmes.
Le monde est énormément alcoolisé
c'était le cas dans le coca,
c'est une certaine façon, mais
de manière plus
on célébrait dans le coca, alors que là
c'est vraiment ça anesthésier pour ça anesthésier
donc il n'y avait pas du tout ce rapport
organique au chose, il y avait un rapport
beaucoup plus moderne
en fait on va au supermarché, on va
acheter de l'alcool et on va se bourrer la gueule
donc c'était un peu plus triste
on est sur le bitume, on est sur les routes
on passe à côté de Panneau
qui nous indique qu'il y a un
forteau de radioactivité, on passe juste à côté
de la frontière ukrainienne, pas très long de Charneau-Bille
et là les paysages
sont vraiment
beaucoup moins romantiques que ce qu'on a vu jusqu'à présent
c'est-à-dire qu'on voit
énormément de voitures,
les routes sont pas du tout agréables
il y a énormément de trafic
on a juste des gros camions
qui passent à côté de nous, à toute blinde
et qui claquent sonne, et voilà on sent
qu'il y a pas du tout la même énergie
en fait le lieu est complètement différent
et finalement on se réenfonce
plus dans une forêt
on croise des chasseurs
qui nous indiquent une direction
on s'enfonce, on se
perd, on se perd complètement
on fait des demi tours, on revient
sur nos pas, on essaie d'aller plus loin
on trouve pas d'issues, on fait 4 fois le même
trajet, on tourne en rond sur nous-mêmes
on est vraiment
démoralisé, on commence
forcément dans ces cas-là
dans des moments comme ça, les tensions
montent, on commence à s'engueuler
et à se dire qu'il faut qu'on revienne
sur nos pas, mais qu'on n'aurait jamais dû prendre cette route
mais pourquoi on a fait ça
mais on n'est pas d'accord aussi parce que moi je veux traverser
et je lui dis
il y aura forcément une issue de l'autre côté de la forêt
et elle me dit pas du tout
il faut qu'on revienne en arrière
il y aura forcément un point d'eau
on pourra plus traverser, on sera bloqués
c'est complètement stupide
j'arrive à l'arrivée, finalement en commun de Catherine
on se retrouve dans un champ
un champ avec des
des airs très très hauts
là, c'est le lieu où il y a un max d'insectes
et mon chevel, il péterait un câble
il était vraiment furieux de ça
et
d'un coup il se jetait par terre avec moi-dessus
sur ma chélie
l'instinct de cheval cavarde
prend le dessus
et Asker, le cheval de Catherine
commence à se rouler
avec Catherine sur son dos
et s'effondre sur lui-même
et le cheval nous dit
moi je ne avancerai pas plus loin
c'est ridicule, on devrait revenir en arrière
depuis le départ, il essayait de nous montrer
mais nous on se obstinait
et là je la vois vraiment tomber et crier
et je me dis c'est la fin du voyage
le cheval se roule sur elle
lui abroyait la jambe et on est fichu
je hurlais, il était allongé sur moi
vraiment, je pensais qu'il m'écrasse
il m'écrasse le pied
c'était pas de sa faute, il était juste énervé
par les moustiques et il est tellement rapide
il se lève
et j'avais su, pas mal à la cheville
je me suis dit j'espère que c'est pas cassé
elle remonte, heureusement, il tombe au ralenti
elle a le pied enflé
mais c'est juste une entorte
mais quand même, elle souffre, elle me le dit
et là, elle se laisse complètement
c'est à dire que pour la première fois que je vis le voyage
je vois vraiment Catherine qui est affaiblie
je me dis en fait si je prends pas le relais
si je m'occupe pas d'elle
ça va mal se terminer
et j'ai vraiment peur pour nous deux
Catherine et moi depuis le départ
c'est-à-dire c'est Catherine qui sait où on va
qui est la leadeuse
et moi je suis la rêveuse
je suis la contemplative
et à ce moment-là je prends la direction des opérations
je dis à Catherine je vais nous sortir de là
je reprends un chemin à travers la forêt
je sais pas trop comment
j'ai trouvé une sortie
mais on récupère, on arrive à se mettre d'accord
sur une direction à prendre
et je lui dis voilà si on va par là toujours
c'était côté nord-ouest de la forêt
on pourra retrouver la route
et là elle me suit, elle se laisse guider
et je lui donne, en fait j'avais apporté avec moi
de la cure cumine qui est un anti-inflammatoire assez puissant
je lui donne ça, je descends de cheval
et tous mes gestes sont extrêmement précis, extrêmement rapides
et j'ai l'esprit très clair
et je sais qu'on va s'en sortir
et tout d'un coup je j'oublie complètement le fait
qu'on soit dans cette forêt, qu'on soit dans une situation un peu critique
et je sais que je vais nous sortir de là
on arrive à la sortie des bois et on retrouve la route
et là, un soulagement pour toutes les deux
parce qu'on est sortis d'affaires
et puis moi surtout il y a eu vraiment un avant après
je sais pas comment j'ai fait pour remonter là haut
et j'avais très très mal à la cheville
du coup ce que je faisais pour trotter
parce qu'on passait beaucoup de temps au trou et au galop
ce qui est mieux pour les chevaux, pour ses chevaux en tout cas
que de faire beaucoup beaucoup de rangs en pas
ça les ennui, ça les énerve, vaut mieux faire un peu plus de vitesse
et du coup au trou je me ponchais avec, je m'aidae avec la main
je l'a mettée devant moi sur la selle
pour ne pas mettre du poids sur ma cheville droite
je m'aidae avec la main, ce qui faisait que je poussais mon macèle
sur le garot de mon cheval, je me rendais pas compte en fait
de ça il avait une blessure sur le garot
c'est à dire la selle avait frotté, ce qui est la pire des choses qui peut arriver
parce que quand il y a un problème de dos
il y a une plaie ouverte, on peut plus mettre la selle
c'est un grand problème et on se rendait compte
de ça, enfin que l'an-même quand je mettais la selle
et heureusement on avait une deuxième selle
donc on échangeait les selles
et la deuxième selle elle était construite
de sorte qu'elle avait justement là où il y avait la plaie
elle avait un trou, ça épargnait la plaie
donc je disais, très bien, on peut quand même continuer, ça va se passer
ça va bien se passer
mais après ce matin-là
les chevaux étaient extrêmement fatigués
donc le mien qui avait le problème de dos
on avait un deuxième qui boitait, qui commençait à boiter
et mon cheval, il avait déjà fait ça une fois
quand il est trop fatigué, il refuse de marcher
parce qu'il est très intelligent, il ne faut pas marcher contre les crevées
aucun sens
et du coup on le forçait un peu
on se disait, il faut quand même aller jusqu'au prochain village
puis on va faire une pause et puis on va réévaluer la situation
voir ce qui se passe ici, parce qu'il est comme ça on ne peut pas continuer
on s'arrête au village
on était à côté d'un jardin où il y avait des gens
et j'enlève la selle et lui il se couche
plat par terre, comme mort
il était tellement crevé qu'il ne bougeait plus du tout
et c'était effrayant
les chevaux ne font pas ça normalement, de s'allonger
surtout des chevaux un peu nerveux, soit ils dorment debout
ils peuvent se coucher mais comme ça plat par terre
c'était pas drôle
et l'autre qui boitait, c'était catastrophique
on était vraiment disait non
là il faut s'arrêter, il faut faire quelque chose
On essayait de faire plein de choses
on utilisait la bétadine pour calmer l'inflammation
on essayait avec l'argile pour couvrir la plaie
on essayait de faire un principalment, rien ne fonctionnait
parce que le cheval il bougeait
il était au piqué, il n'y avait pas d'écurie, pas de nombre
il y avait le soleil qui tapait, les insectes
c'était horrible et le cheval il allait vraiment mal
et moi franchement ça me causait la peine de le voir
et finalement j'ai décidé non
on peut pas rester ici, on n'a aucun moyen
on faisait le tour du village pour voir s'il n'y a pas quelque part
un endroit ou un box, une vieille ferme
où on peut les mettre pour qu'ils se reposent dans le calme
il n'y avait rien du tout
du coup j'appelais mon contact en Russie
qui lui se mettait en contact avec quelqu'un d'autre en Bida Russie
qui finalement promettait de nous chercher en camion
pour nous ramener à la ville
ça voulait dire que le parti déjà en Bida Russie c'était mort
il y a des situations où il faut se décider comme ça
parce qu'il n'y a pas d'autres moyens et les chauds ils allaient vraiment mal
et du coup on arrive à l'écurie, on disait maintenant
il y aura un vétérienière, il y aura un box, ça va être calme, ça va être plus frais
et là on atterrit dans une écurie horrible
c'est vraiment un endroit, une espèce d'écurie désaffectée
où il y a des chevaux derrière, pas que des chevaux, des cochons
des vaches derrière des grillages
avec des déchets un peu partout
avec cet éleveur Bielrus qui est venu nous chercher
qui soit 10 ans et est un éleveur de chevaux de concours, de CSO
mais en fait ces chevaux la plupart sont blessés, très maigres
et il ne veut pas faire venir de vétérinaires là-bas
il ne veut pas qu'on soigne le cheval correctement
il met ses doigts dedans, il les met dans des boxes
qui ne sont pas nettoyés, il rémunère ses palpheurs niets
avec la vodka, c'est vraiment l'enfer de ce qu'on peut imaginer
dans un endroit où il y a des animaux
et on dit qu'il ne faut pas rester ici
on finit par trouver un transporteur qui accepte de nous faire passer la frontière polonaise
et on part en plein milieu de la nuit, moi je hurle pour que cet éleveur Bielrus nous laisse partir
parce que le type est vraiment comme le méchant dans les James Bond
c'est un gros Bielrus avec des dents en or qui est machiste
qui en même temps ne veut pas nous laisser partir tant qu'on ne donne pas d'argent
finalement on réussit à négocier avec un contact russe qui l'appelle et qui lui dit on vous perdra plus tard
et il nous laisse partir en plein milieu de la nuit
on passe la frontière polonaise avec deux conducteurs, une femme et son frère Bielrus
dans un camion complètement pourri avec des mouches, des restes de nourriture
absolument pas aux normes de sécurité avec un vent derrière qui est vringue-ballant
et on sait pas trop comment les chevaux vont venir
mais en fait on se dit c'est notre seule chance de quitter ce pays
pour moi c'était un peu le souvenir négatif de ce voyage là parce que quand je voyage moi
je peux me mettre dans des situations désagréables je peux me blesser
je peux prendre des risques je peux faire plein de choses mais c'est ma décision à moi
et moi je sais pourquoi je veux voyager et si je me mets dans des situations comme ça
j'assume et j'accepte que c'est parfois de plus en plus
je suis pas très agréable mais là j'amène un autre être vivant qui vient de ces beaux montagnes
et qui finit chez le vétérinaire voilà comme ça c'était quand même un peu triste à voir
je me sentais pas très à l'aise en ce moment-là
on arrive dans la nuit je crois que je suis déjà nostalgique en fait paradoxalement
c'est-à-dire j'en peux plus et j'ai envie de me poser enfin avec les chevaux soit l'abri
et j'ai une part de moi qui est extrêmement triste parce que c'est la fin d'une vie avec ses chevaux
au quotidien et d'un partage avec Catherine et avec eux que je sais que je vivrais plus jamais
on est accueillis par l'éleveur Bavarois qui récupère les chevaux
qui rigole, qui prend pas du tout en mesure, enfin la mesure de ce qu'on a traversé
qui a pas vraiment l'empathie mais qui sent quand même qu'on est épuisé
moi je dis rien je suis très silencieuse, ce qui me semble pas beaucoup mais je suis très très silencieuse
Catherine parle beaucoup plus, Catherine gère complètement la situation
arrive avec vraiment une énergie incroyable à retourner dans le village à 10 km chercher de l'argent pour payer le transporteur
elle gère toute la paparaz, elle interagit avec notre haut en allemand
moi je dis rien je suis assise et je suis vraiment une épave à ce moment-là
et c'est le lendemain seulement quand on a soigné Asker que la vétérine avait venu
il a été opéré, on lui a soigné son abscès, il avait un abscès assez sale
et que les chevaux ont été pris en main et que je savais qu'on arrivait à la séparation
je suis allée voir le troupeau, en fait il y avait un troupeau de cheveux cabard
il y avait des poulins, il y avait des juments et j'ai passé du temps avec eux
et je suis revenue dire au revoir aux chevaux et j'ai complètement craqué
j'ai pleuré très longtemps, il y avait cet elver Bavaroie qui comprenait pas tellement cette tristesse
cette mélancolie, il y avait Catherine qui sentait bien que j'étais fébrie à ce moment-là
il y avait une forme de... ça y est, tournons la page
mais il y avait aussi un sentiment d'accomplissement et de Haccan la prochaine aventure
de cette expérience sur les routes, Catherine était sa garde un souvenir fort des émotions intenses
et les difficultés avec le temps s'effacent pour ne garder que la saveur d'une nouvelle amitié
nourrie des joies partagées, des fourrires et des situations cocasses
pour Catherine, c'est une reconnection avec les chevaux de son enfance
pour de futurs expériences en cavalière peut-être
mais il y avait aussi des émotions d'envoi
Les Balladeurs, une série audio-léoseurs écrit et réalisée par Camille Juso
la musique est composée par Alisson Brassac et le mixage est de l'Ori Galligani
et donc un jour nous vous retrouvons dans les traces de Joseph Kessel en Birmanie
à l'assaut de la vallée d'Irubie
À bientôt

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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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