Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Backmarket, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Backmarket est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des méaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Chers amis baladeurs, comme vous avez pu l'entendre dans de nombreux épisodes de ce podcast,
ce qu'il se passe dans notre cerveau au contact de la nature sauvage n'est pas toujours beau à voir.
Distorsion de la réalité, hallucination, phobie, délire.
Le 11ème volume du magazine papier Les Hausseurs vous proposera une plongée au cœur de ce territoire immense et impalpable
qui relève du psychique, du fantasme ou encore de l'imaginaire.
C'est donc un voyage multicolore où l'esprit s'embrume, les émotions dérailles et les sensations disparaissent
que vous pourrez très bientôt expérimenter par la lecture au fil de ces 304 pages.
Fréchement envoyé à l'imprimeur, ce nouvel opus est disponible en précommande sur le site leozeurs.com
avec en bonus les frais de porc offerts jusqu'au 9 juin.
Et tout de suite, prêt pour un déconfinement des oreilles, voici votre nouvel épisode des baladeurs.
On me dit que Baptiste doit venir nous chercher, à l'arrivée du petit bateau de pêcheur qui nous dépose sur la banquise
dans un fiorre de Tlabétilulisat au Groenland.
Le moteur crânit encore, quelques petits icebergs tapent sur la coque de notre embarcation.
On balance les sacs sur la glace, entre terre et mer.
Et j'aperçois alors une silhouette, traînant derrière elle un traîneau pour amener les affaires,
traçant deux sillons parallèles sur la banquise immaculée.
On rentre au chaud dans le carré du voilier, prisonnier des glaces.
Nous sommes en avril au crépuscule d'un long hiver sans jour.
Baptiste est là capitaine du voilier immobile depuis huit mois.
Sa maison et son bateau sont jardins les immenses chaînes de les dentsis qu'on aperçoit au loin.
Et devant, une multitude d' icebergs.
Mais avant cela, avant de se retrouver au Groenland, Baptiste, le garçon de la montagne,
il y a une découverie la mer, plus comme un échappatoire que comme un rêve.
Le jeune fait ses premiers pas sur l'eau et peu à peu apprend les côtes d'honneur des marins.
Et bientôt décrypte le langage de l'océan.
Je suis né à Chamonix, en fait, donc dans la montagne.
Et puis en fait, moi, ça me réveille, si c'est pas vraiment l'école.
Du coup, j'ai passé le bac et puis j'en ai discuté un peu avec mes parents,
mais moi, j'avais absolument pas envie de partir faire des BTS, des trucs.
Enfin, ça me parlait pas du tout.
Et puis du coup, mon père avait des contacts sur un bateau et il m'a dit,
« Bah, si tu veux, je peux leur demander, est-ce que ça te botterait d'aller faire un peu de bateau ? »
Mais sinon, non, je n'avais jamais entendu parler ni de bateau,
je n'avais jamais lu de bouquin là-dessus, j'ai absolument pas.
Moi, c'était la montagne, j'avais la bas.
Pour moi, la mer, c'était la plage, et puis après, les petites vagues,
et puis tu te baignes, et puis c'est rigolo.
Quand on m'a proposé ce truc de bateau, en fait,
j'en avais rien à faire que ce soit du bateau et de la mer.
Moi, c'était juste l'occasion, moi, j'avais envie de partir, en fait, loin et longtemps.
Donc j'embarquais à Tahiti.
On m'a dit, vas-y, tu paras Tahiti pendant deux mois sur un bateau,
après, tu remontes à Hawaii, on va à San Diego, tout ça.
J'avais 17 ans, j'étais juste trop content d'y aller,
après, un coup avec mon père, on avait un pote à lui,
et puis, je me disais, « Ouais, donc tu paras de moi sur un bateau ? »
Et tout. Moi, ouais, trop content, tout ça.
Et puis, je me disais, putain, ça se trouve, tu vas vomir pendant deux mois et demi, quoi.
Je t'ai dit, « Ouais, putain, merde, peut-être que je vais vomir pendant deux mois.
Peut-être que ça va être super nul, en fait, ce trip, quoi. »
Mais non, non, c'est une autre chose qui est trop excitée,
puis, à 17 ans aussi, conscience de rien, quoi.
Tu sais absolument pas ce qu'il t'attend.
Après, voilà, j'ai pris mon sac,
j'ai mis les pieds dans l'avion, puis je suis arrivé à Tahiti, quoi.
Je suis arrivé à Tahiti.
Ça a commencé un peu sur des chapeaux de roue,
parce que j'ai été...
Je ramenais des pièces mécaniques pour le bateau,
donc les doigts n'y m'arrêtent, quoi.
Je me dis, bon, bref, votre sac.
Et puis, là, moi, je sais absolument pas ce que c'était,
j'y connaissais encore rien, quoi.
Et puis, le mec me dit, c'est quoi ça ?
Parce que ça, on peut s'en servir pour fabriquer des armes.
Moi, j'étais, oh, ben, je sais rien.
Je dois amener ça sur un bateau, et puis, je me disais,
j'ai passé 4 heures, 5 heures dans les trucs de douane,
il vérifiait plein de trucs, et puis, on dit, bon,
on garde la mallette, en fait, vous pouvez y aller.
Puis, si vous êtes vraiment sur un bateau,
vous vous direz à votre capitaine, en fait, de venir les chercher, quoi.
Mais donc, je suis sorti de l'aéroport,
mais du coup, avec 5 heures de retard,
du coup, il n'y avait plus personne.
Et puis, j'avais pas de téléphone, j'avais pas internet.
Je... Le champion, quoi, j'avais pas pris une seule adresse mail
des mecs à bord du bateau, j'avais pas un numéro de téléphone,
c'était un peu n'importe quoi.
Puis, du coup, je me suis retrouvé avec mon sac à Tahiti,
puis, bon, ben, je dois aller sur un bateau,
donc, il doit être au port, donc là, j'appelle un taxi,
je dis, ben, mec, faut qu'on fasse tous les ports de Tahiti, quoi, tu vois.
Toi, toutes les marinas, puis on fait une première,
et il n'y a pas, et tout, puis là, d'un coup,
je vois le ma du bateau, je fais, oh, il est là.
Avec le mec, on y va, puis, bon, ben, le bateau était dans le port militaire.
Bon, ben, pareil, je me suis pointé à la petite guérite
qui boit le militaire avec l'armes et tout.
Je me suis retrouvé, je me baladais sur les bateaux militaires,
parce que le bateau sur lequel je devais embarquer était à coupe, quoi,
donc, il y a les mecs qui a stiqués les grosses métrayettes, les machins,
qui me regardaient, j'étais avec ma petite guitare, bonjour,
je vais sur le bateau, là, ils se disent, ah, OK, vas-y.
Puis, là, je suis arrivé, puis il y avait le capitaine qui était dehors,
et puis qui m'a dit, ah, c'est toi, je...
Ah, ben, bon, ben, super, ma installe-poids et tout,
et je me suis trouvé ça tout à fait normal.
Et puis voilà, puis j'étais embarqué sur ce bateau.
Non, repose-toi, vas jouer au baseball, je peux encore ramener
et Rogelio me pliera le filet.
J'aimerais venir, si je ne peux pas pécher avec toi,
je pourrais te rendre service autrement.
Tu m'as offert une bière d'il vieux, tu es déjà un homme.
J'avais quel âge la première fois que tu m'as pris dans ton bateau ?
Cinq ans, et on a failli te tuer quand j'ai remonté ce poisson sur le plat bord,
et qu'il a failli éclater le bateau en morceaux.
Tu t'en souviens ?
Je me rappelle, comme sa queue battait et cognée,
et le banc, cassé en deux, et le bruit du gourdin.
Je me rappelle que tu m'as acheté dans la cave avec des lignes toutes mouillées,
et que je sentais le bateau couler,
et le bruit que tu faisais tapant sur lui avec ton gourdin,
comme pour faire tomber un arbre, et l'odeur du sang qui recouvrait tout, partout.
Tu peux vraiment t'en rappeler, ou c'est parce que je te l'ai raconté ?
Je me rappelle de tout, depuis le premier jour où on est sortis ensemble.
Le vieil homme le regarda de ses yeux brûlés de soleil, confiant et aimant.
Si tu avais été mon fils, je te répris avec moi, et on n'aurait tenu le pari, dit-il.
C'était un bateau de 35 mètres de long, c'était un voilier avec deux mâts.
C'était un bateau d'experts fait en aluminium.
C'est vraiment les bateaux qui sont faits pour les gros voyages.
C'est un bateau robuste, c'est un bateau de travail pour faire vraiment des longs trajets,
des bateaux longs cours.
A bord, il y a 14 couchages, donc c'était un bateau qui faisait de la science.
Il y avait quatre marins, on va dire, constant, un capitaine, un second, un chef mécanicien,
un chef de pont et puis un cuistot.
Donc ça fait cinq en fait.
Et puis après, entre huit et dix scientifiques, ça dépendait des trajets qui faisaient.
Et puis des analyses scientifiques qui faisaient.
Je suis arrivé, j'ai fait une siège, j'ai posé mon sac et j'ai attaqué le taf.
Je dis bon, vas-y, on fait quoi ?
Moi, j'avais pas envie de faire des vacances, il y avait des mecs qui bossaient.
Je dis qu'est-ce que je peux faire ?
Je ne sais plus, je crois que le premier truc que j'ai fait,
j'avais découpé une échelle pour installer une échelle pour descendre dans la souterrière.
On avait quatre jours d'escalche avant de partir.
Donc c'est speed, c'est super speed.
Parce que tu dois aller faire les courses,
il faut acheter les pièces de spares,
il faut préparer le bateau pour le départ et puis on partait pour 20 jours de mer, 25 jours de mer, je crois.
Donc il faut faire le plein de gasoil, il faut faire le plein de la flotte,
il faut réparer les trucs qu'on pété pendant le trajet d'avant,
il faut faire le plein de nourriture, il faut accueillir tous les scientifiques,
il faut préparer les échantillons qui n'ont-ils à les servir,
que les mecs s'installent, nettoyer le bateau.
Donc tu n'as pas le temps de t'ennuyer.
Puis après, comme je t'ai un peu baladé à Tahiti, c'est beau.
Après, on était à Papède, donc c'est vraiment la capitale,
c'est une ville, ce n'est pas forcément très intéressant.
Mais après, tu vas dans les montagnes, derrière,
il y a des cascades, il y a plein de forêts,
il y a des petites rivières, c'est sympa.
Puis après, pas tout le bord de mer aussi avec les petits lagons, les trucs.
Mais moi, je me souviens, c'était d'abord,
c'est les premières soirées avec des vrais marins,
puisque du coup, après, tu te m'as fantasmé un peu autour de ça.
Tu dois se retrouver avec des vieux loulous, à boire plein de bière,
à trouver des magouilles pour aller acheter de l'herbe.
Et puis, moi, je t'ai arrivé, c'est super, je vais arrêter de fumer,
je ne vais pas trop boire.
Puis tu essaies de draguer des filles, tu essaies de...
Ouais, c'est la vie, quoi.
Je me souviens vraiment de dire,
on va sortir un peu justement des écoles, des tables,
des gens qui t'expliquent des trucs sur des tableaux.
Ouais, ça faisait du bien.
Le garçon partit.
Ils avaient mangé sans lumière sur la table.
Le vieil homme enleva son pantalon et gagna le lit dans le noir.
Il roula le pantalon pour en faire un orayer,
le journal qu'allait à l'intérieur.
Il s'enroula dans la couverture et s'endormit sur les autres vieux journaux
qui recouvraient le ressort du sommier.
Il s'endormit très vite, et rêva d'Afrique.
Quand il n'était qu'un garçon,
avec les longues plages d'oré,
et celles de sable très blanc,
si blancs que l'œil en faisait mal,
et les falaises des cap,
et où font les hautes montagnes sombres ?
Il revenait se promener sur ses côtes toutes les nuits désormais,
et dans ses rêves,
il entendait le grand demandet vague,
et voyait les bateaux indigènes les traverser.
Il sentait le bitume et les toupes du pont quand il dormait,
et il sentait cet odeur de l'Afrique
que la brise de terre apporte au matin.
D'habitude, quand il sentait cette brise de terre,
il se réveillait, s'habillait,
et partait réveiller le garçon.
Mais cette nuit, la brise de terre vint très tôt,
il suait dans son rêve qu'il était trop tôt,
et continuait à rêver pour voir les pics blancs des îles s'élever de la mer,
puis rêva de tous ses ports,
et cric des îles Camarie.
Il ne rêvait plus de tempête,
ni de femmes, ni de grands événements,
ni de grands poissons, ni de combats,
de concours, ni de sa femme.
Il ne rêvait plus maintenant que des lieux,
et des lions sur la plage.
Il jouait comme de jeune chat dans la tombée de la nuit,
et il les aimait comme il aimait le garçon.
Simplement, il se réveillait,
regardant par la porte ouverte où en était la lune,
déroulant son pantalon et l'enfila.
Il pissa à l'arrière de la cabane,
puis remonte à la route pour aller réveiller le garçon.
Il frissonnait, parce que le matin était froid,
mais il savait qu'il serait chaufferé,
dès qu'il se serait remis à ramer.
Je devais sûrement être très excité sur le moment,
je devais rien comprendre au manœuvre,
où on me disait, vas-y,
vas chocquer le bout sur le taquet,
et c'est quoi un bout ?
Ça veut dire quoi chocquer ?
Je devais traîner sur le pont,
en essayant de faire des trucs.
J'ai du moindre,
je me retrouvais avec un bout sur la main,
je lui ai dû tirer dessus,
et le bateau est parti,
et du moteur pour quitter le port,
on a dû sortir,
et puis on a dû mettre les voiles,
et puis c'était parti.
Ça devait être un des bateaux,
comme tous les départs de bateaux.
Les jours à bord,
déjà,
je m'imaginais qu'on avait du travail tout le temps,
ce qui n'est pas vrai du tout.
Quand le bateau roule,
et qu'il n'y a pas de pépin,
on n'a pas spécialement de boulot,
à part surveiller le fait que
le bateau avait bien haut,
mais ça, je n'étais pas en charge à cette époque.
Du coup, moi, j'allais filer des petits coups de main en machine,
je filais des coups de main au cuistot,
après, on avait des tâches journalières,
on m'a passé la spie,
après, le jour d'après, tu passes plus la spie,
mais tu fais la vaisselle.
On me demandait des petites bricoles,
des trucs marrants.
Je me souviens d'un coup,
un des trucs en mer, on m'a demandé,
c'est mettre une étagère ici.
Du coup, je prends ma planche,
je prends ma scie, nickel,
et puis je prends un niveau,
pour voir si c'est bien à plein.
Et du coup, je passe devant le chef Mekano,
il me regarde, il me dit,
tu fais quoi avec ton niveau ?
Puis moi, j'ai sorti de l'école du bois,
donc si tu veux, je savais faire une étagère.
Et puis là, je lui fais,
bah, je pourrais te faire que ça soit droit,
puis il me dit, il faut, ok, vas-y.
Puis là, j'arrive, je découpe ma planche,
puis là, je mets le niveau, et puis en fait,
le bateau, ça roule. Du coup, j'avais la bulle,
qu'il faisait droit de gauche, et je disais, bah ouais,
complètement con de vouloir se servir d'un niveau
sur un bateau. Donc, ouais, des petits trucs
comme ça, des petits trucs marrants.
Il m'appelait tout ce jeune,
déjà, j'étais le petit jeune.
J'étais le petit mousse,
j'étais à...
Moi, je me souviens que j'avais envie de vraiment tout faire,
j'avais envie de toucher à tout.
Et puis dès que fallait faire des trucs
qui me demandaient, tu vois,
ils m'ont pas mal fait participer, ouais,
aux manœuvres de voile, et je me suis retrouvé
à faire des vidanges avec le mécano,
j'irais des jeux aux cultes buteurs,
enfin, avec la cuisine, pareil,
quoi, apprendre à comment organiser
une cuisine quand tu fais
bouffer pour 14 personnes.
Je me suis mis à faire des cars aussi, la nuit,
avec... Donc, j'avais un chef de car,
je ne les faisais pas tout seul, qui m'expliquait
un petit peu les petits instruments,
un peu des buts de voile aussi,
à dire, bah voilà, comment on huit,
apprendre à faire un autre chaise, par exemple,
parce que moi, au début, je viens de la montagne,
j'avais fait un peu d'escalade, mais on utilise beaucoup le nœud huite.
En fait, le nœud huite, ce qui est chiant, c'est que si
tu le sers, il est indéfeusable.
Donc, je faisais, j'avais fait des nœuds de huite partout,
moi, du coup, quand on fait faire des nœuds, puis j'entendais tout le temps
gueuler les mecs. Putain,
mais qui sait qu'est-ce qu'est encore foutu un nœud huite ici ?
Je sais, bah, c'est moi et tout. Donc, ils m'ont appris, voilà,
à faire un autre chaise, ils m'ont appris
le nœud des voiles, le nœud des buts,
enfin, non, donc c'était...
et ils ont vraiment été
super patients, et puis...
ouais, ils étaient dans un vrai truc
de transmission, quoi.
Moi, c'est là que j'ai appris
vraiment énormément de choses, quoi.
T'es pombier, t'es mécanot,
t'es électricien, t'es cuisinier,
t'es... t'es... t'es homme de ménage,
t'es...
tu règles les voiles, t'es météorologue,
t'es... t'es plein de trucs, en fait, quoi.
Et donc ça, c'est chouette, parce que tu touches
à tout, et c'est côté un peu manuel que j'aime bien.
Moi, je disais, déconnerais que le cuistot,
j'allais bricoler les machines, et puis
j'aimais les scientifiques
à faire des trucs, mais, non,
bah, en gros, comment ça se passait, c'est...
donc les scientifiques avaient un programme,
et donc sur le parcours
du bateau, de l'Escale A à l'Escale B,
il y avait des points, en fait,
qui étaient... donc ce qu'on appelait,
c'était des stations, et où on restait
12h ou 24h au même point,
et puis là, bah, on traînait
des filets pour récolter
tout ce qu'il y a en surface, on envoyait
des... des CTD jusqu'à,
je sais plus combien de... de centaines
de mètres de profondeur pour
ramasser des échantillons d'eau,
pour... pour examiner
toutes les couches au niveau de la salinité,
de l'oxygénation, qui a...
dans les couches de l'océan, et
pêcher, ouais, donc du phytoplankton, du zoo, au plankton,
puis donc, bah, il y avait une partie
où c'était juste des données d'ordinateur, et puis
une partie où il y avait du vrai échantillon
dans... où donc là, fallait passer
dans les fils, ça finissait dans des petites éprouvettes,
on se toquait ça en cas l'avant, et puis, bah, du coup,
c'était un peu le coup de feu des scientifiques, quoi, donc là,
tout le monde était un peu au taf. Nous, on aidait...
les marins, on aidait à mettre, justement,
les filets à l'eau.
Moi, je me souviens, y'en a une qui était tout le temps malade, du coup, j'avais
cherché ces... ces éprouvettes à l'avant,
parce qu'à l'avant, ça bouge plus, hein.
Puis du coup, si elle est la balle, vaut m'y saisir,
donc moi, j'avais cherché ces petites éprouvettes.
Ouais, voilà, quoi, ce... ce genre de trucs,
puis la station s'arrête, tu refais 2-3 jours
de nav, et puis, si les conditions...
ça, c'est à chaque fois, si les conditions mettaient au le permettre,
parce que des fois, y'a trop de mer, du coup, tu peux pas
mettre les appareils à l'eau, quoi. Et puis,
bah, voilà, tu fais tes 3 jours, et puis, boum,
tu refais tes prélèvements.
C'était la raison d'être en fait de ce bateau,
à ce moment-là.
C'est un bateau qui faisait un tour du monde.
Donc, c'était... voilà. C'est pour ça qui...
c'est pour ça qu'il faisait ce tour du monde, quoi.
Il bossait pour des labos, des chantiers au nage, quoi.
On a dû avoir des nerfs d'huile.
Je me souviens qu'on s'était baignés, un coup.
C'est assez rigolo, d'ailleurs, de se dire tout de même,
t'as 3000 km avant la Terre et t'as...
t'as 5000 mètres de fonds sous tes pieds, quoi.
Tu le sens tout petit.
Des fois, y'a du vent, donc, y'a de la grosse mer.
Des fois, c'est... c'est cool.
T'as 20 nœuds, t'as... t'avances bien avec le bateau.
Le bateau a un bon rythme.
Très ce qui est...
en général, pas mal dans le Pacifique,
c'est que vu que t'as... c'est un grand océan,
t'as des grands deouls.
Donc, c'est-à-dire que t'as des grandes vagues
qui sont très, très lentes, très longueureuses, quoi.
C'est pas comme...
par exemple, quand t'es coincé en mer Adriatic,
là, c'est la mer entre... entre l'Italie
puis la Croatie, tout ça.
Là, c'est à l'est de l'Italie.
Là, c'est une mer qui est très serrée,
qui va, si t'as écout de vent, ça va être
vraiment plein de petites vagues et tout.
Et puis là, c'est très, très fatiguant,
parce que là, tu fais ce qu'on appelle...
c'est un site, t'as du vent de face.
Tu fais ce qu'on appelle... tu plantes des pieux, quoi.
Puis là, c'est sans arrêt, c'est...
Ça, ça dépend vraiment des... après des mers.
Puis juste de la météo, en fait, ça dépend du vent.
Sur trois semaines, t'as quand même de vent de chance
de rencontrer plein de types de météo différentes, quoi.
Bah moi, à cette époque-là, j'avais l'inconscience
qui fait que quand même...
c'est super confortable, quoi.
Moi, j'avais même envie de me prendre une tempête
pour voir ce que c'était du gros vent
et puis de la grosse mer.
Mais c'est... bah ouais, enfin, t'as que...
c'est la gelade, t'as le feu, quoi.
C'est trop bien, t'es...
Et puis, du coup, je me rendais pas compte,
en fait, je pense qu'il y a peut-être eu des moments
où c'était chaud, et moi, j'étais excité à fond
et puis t'avais des mecs qui géraient leur barque,
donc j'ai pas eu le temps de me dire, merde,
ou ça pue, ou... là, c'est chaud, quand même, quoi.
Après, les tempêtes, c'est...
Vraiment, en fait, quand t'as des mecs qui vont me dire
qu'ils ont pris une grosse tempête et qu'ils se sont fait peur,
c'est que c'est... enfin...
Ces histoires de tempête, déjà,
ils vont pas forcément les raconter facilement,
et puis...
il y a une forme d'humilité un petit peu
vis-à-vis de tout ça qui fait que...
ils vont pas s'enventer,
ils vont quand même réduire un petit peu
aussi le truc en disant, voilà,
ouais, non mais c'est pas que c'est comme ça.
Bon, finalement, ça s'est bien passé, tout ça.
Puis c'est des choses vraiment qui te marquent
et je trouve que ces choses qui te marquent énormément,
ça t'appartient un peu... un peu qui à toi,
parce qu'en fait, finalement, les gens ne comprennent pas
ce que t'as vécu
sur le... sur le moment, quoi.
Au bout du compte, c'est un peu rigolo,
parce que c'est un peu le bordel dans le bateau,
et puis que tout le monde s'en est bien tiré, quoi, mais...
Moi, j'ai un pote
que j'ai rencontré par la suite,
qui a vraiment pris une grosse grosse tempête
et... ça a été un peu chaud quand même.
Ils ont perdu les deux mâts, ils ont perdu le moteur,
ils étaient... il y avait 80 nœuds de vent,
il y avait des creux de...
de 10 mètres, apparemment, enfin...
et puis ils s'est retrouvés éjectés
contre un mur avec la table qu'il a écrasé,
qui lui a ouvert le...
qui lui a ouvert l'arcade, ce qui fait qu'il voyait plus rien,
enfin, des trucs de ouf.
Il avait un client qui attendait dans sa cabine
en mangeant des coco pops, en disant,
on va crever, on va crever, on va crever.
Enfin, ouais, non, c'est des moments qui sont assez chauds,
mais ça, du coup, moi, cette histoire,
il y a un mec qui me l'a raconté, je pense,
je ne suis pas 3, 4 ans après qu'on soit... qu'on soit rencontrés.
Bah, c'est... en fait, c'est un rapport assez direct avec la mort, quoi.
Et je pense que...
il n'y a pas grand-chose qui est plus intime que ça, quoi.
Comme j'aimerais que le gamin soit là, dit-il, à voix haute,
et il se recala contre le plâbord arrondi de la proue,
sentant la force du grand poisson
dans la ligne qu'il tenait en travers de ses épaules,
glaissant régulièrement vers le large comme il l'avait choisi.
Et très fort, il redit,
comme ce serait bien que j'ai eu le gamin.
Mais tu n'as pas pu emmener le gamin, il pense.
Tu n'as que toi tout seul, et tu ferais mieux de t'occuper de la dernière ligne maintenant,
qu'il fasse noir ou qu'il ne fasse plus noir,
la couper et l'ajouter aux deux bobines de réserve.
Puis après, tu es 24 heures sur 24 avec les mecs, en fait,
parce que tu ne peux pas te barrer.
Puis si t'en as marre, tu ne peux pas dire, bon, je vais me faire un si-noge,
donc si tu as un problème avec quelqu'un,
tu es quand même un peu obligé, en fait,
de faire en sorte que ça s'arrange,
donc soit en prenant sur toi, soit en ayant les discussions qu'il faut.
Tu avais le capitaine qui lui est un vieux loulou,
vraiment de première, quoi, toujours dans des histoires de dingue,
un pirate, quoi, vraiment un pirate.
On était à Sanjigo,
puis ils étaient partis en chou et à Tiroana,
une chose qu'on n'avait absolument pas le droit de faire.
Moi, j'y étais pas allé, heureusement,
ils m'avaient proposé, et puis j'ai dit, non, non,
ça pue votre truc.
Coup, il sort du bar, et là, le capitaine, qui se fait all'pager par une pute,
et puis il a drogué, en fait,
puis il y a des vieux loulous mexicains qui l'ont pris,
qui lui ont fait vider 10 000 balles sur son compte,
qui après l'ont jeté dans un caniveau,
le mec, il a passé la frontière sans passeport
en mode clandestin mexicain
pour arriver finalement à rejoindre le motel 3 jours plus tard.
Nous, on avait alerté Interpol,
on avait perdu une mecque,
des histoires un petit peu comme ça, quoi.
Ce qu'on disait souvent, c'est qu'il allait bon côté de Rasputin
et les mauvais côtés de Cortomaltes.
Après, il y avait le chef mecano, qui lui était une super crème aussi,
avec qui on s'est bien marré, j'ai bien bossé avec lui.
Il y avait le second, qui était un marin,
lui, je trouve, hors normes, qui était vraiment génial,
et puis c'est des mecs qui ont l'habitude d'être en mer,
du coup, ils vont pas faire chier, quoi.
Ils sont souvent à la coure, faire un peu des blagues,
à mettre la presse quantifaux, mais c'était des très bons marins,
du coup, ils géraient totalement leur truc,
donc, tu n'as jamais un mot, enfin, jamais,
si, tu as des mots plus hauts que les autres, mais...
Mais tu sens que ça roule, quoi, et puis tu...
C'est des gens qui te permettent de découvrir la mer
sans que ce soit trop le bordel, quoi.
Sans que tu passes à la flotte,
sans que tu pètes des bateaux,
sans que tu... Et du coup, c'est...
Ouais, c'est super chouette, quoi.
C'est fou de rencontrer des mecs comme ça,
parce que c'est des mecs que tu penses que c'est que dans les films
ou dans les BD, quoi.
T'aimes bien, c'est cool, t'aimes pas,
ils t'emmerdent, quoi, un peu.
Des gens vrais, quoi, des gens vrais,
puis moi, je sais qu'à 17 ans, du coup, t'es là,
oh putain, c'est quand même...
C'est à fait trois semaines de mer avec un mec,
et que ça s'est bien passé, et que c'est devenu ton pote,
il y a quand même des grandes chances que ça soit un peu durable,
ou même s'il y aura pas de news,
parce que entre les marins, ils sont toujours à droite à gauche,
tu vas recroiser le mec deux jours,
dans un ponton au hasard, à l'autre bout du monde,
oh t'es là, toi, ouais, ouais, je suis là, toi aussi, ouais.
Et puis c'est génial, quoi.
Tu prends des météo, en fait, tu reçois des météo,
donc t'as plusieurs objets qui peuvent t'indiquer la météo,
et puis toi, tu la vois, et puis tu la compares
avec ce que tu vas faire,
si tu vois que tu vas prendre un gros temps,
tu peux essayer de changer un petit peu de roue,
d'histoire, de la vie, de la vie,
de moins prendre une grosse tempête,
des fois t'es juste là,
ouf, bah là on va en prendre une grosse grosse grosse,
à partir de demain soir, et ça va durer deux jours,
et puis là le lendemain soir, t'es là,
et puis là, tu subis.
Après, quand tu traverses un océan,
surtout pour commencer à vouloir jouer au niveau des dépressions,
et tout ça, de vouloir passer plutôt là,
que là, il faut quand même avoir des bateaux
qui commencent un peu à envoyer au niveau de la vitesse,
et moi j'ai jamais trop été sur ce genre de bateaux,
et donc quand tu te restes l'océan,
tu peux te donner des grands axes, on va dire,
mais il y a un moment,
tu subis un peu ta météo aussi,
et après par contre, c'est au niveau de la navigation côte-chière,
donc là tu longes les côtes,
et puis tu fais des escaliers, des trucs,
là, par contre, si tu vois que t'as un gros coup de vent,
tu te mets au port, t'attends que le gros coup de vent sorte,
après il fait beau, t'as une belle journée,
et puis là, tu pars,
voilà, tu fais avec la météo, quoi.
Tu vas voir des bateaux où t'es que deux,
et puis t'en as qui vont faire 3 heures, 3 heures,
t'en as d'autres qui vont préférer 4 heures, 4 heures,
y en a qui vont faire 5 heures,
et puis ensuite 3 heures par contre, quand il fait nuit,
puis 5 heures, enfin, après tu peux être d'écart,
oui, donc juste à 2, tu peux avoir 4 mecs qui tournent,
pendant, sur l'écart,
si t'es d'écart à 1h00, tu vas te coucher à 8h00,
donc là tout le monde qui mange,
toi tu vas te coucher,
puis à 1h00, ton collègue d'avant qui vient te réveiller,
et puis tu vas, tu surveilles le bateau,
donc après, ce que t'as à faire pendant tes carres,
c'est très différent, si tu traverses la manche,
que t'as énormément de bateaux,
tu vas être taquée à surveiller les bateaux
pour être sûr de ne pas faire une route de collision,
puis de ne pas se payer un bateau, en fait, tout simplement,
t'as des coins où tu vas être beaucoup plus tranquille,
où tu peux te faire le quart, où tu touches à rien,
tu peux regarder les étoiles pendant 4 heures,
et puis t'as pas trop de mer, et puis t'es en slip,
parce que t'es entre Tahiti et Hawaii,
et puis c'est super cool.
Tu peux avoir un quart comme j'avais fait en Islande,
où là, je faisais minuit 4 heures,
et puis t'as toujours permanent, mais là,
on avait des problèmes de barre, de pilote,
donc on était à la barre Franche sur un bateau de 15 tonnes,
et puis du coup, pendant 4 heures,
tu passes 4 heures d'heures avec de l'eau à 2°,
dehors il fait moins 5,
tu finis avec 3 cm de givre sur ton siré,
et puis du coup, tu vas te coucher,
je me souviens, ce quart, j'avais mis 10 minutes,
quasiment à desserrer les mains,
et de la barre Franche, en fait, la barre qui te permet
de contrôler les safrans, les trucs qui guide le bateau.
Tu t'y fais au rythme, au bout d'un moment,
quand tu commences à durer un peu long,
ça ne se fait pas sur 2 jours, mais au bout de 4-5 jours,
si tu dors, si tu fais 4 heures de bout, 4 heures coucher,
4 heures de bout, au bout de 4 heures,
t'es fatigué, tu te couches,
et puis t'as presque plus besoin de réveil,
au bout de 4 heures, t'as que tu te lèves,
et puis en 2 minutes, t'es opérationnel,
et puis t'as 4 heures d'autonomie,
ton corps après prend des rythmes, en fait.
Comment tu te sens la main ?
Demanda-t-il à la main, crispée par la crampe,
aussi raide que la main d'un cadavre ?
Je vais manger un peu plus, en ton honneur.
Il mangea le ton, qu'il avait coupé en deux,
le mâchait à lentement et recrache à la peau.
Comment ça va, la main ?
Ou bien, c'est encore trop tôt pour le savoir ?
Sois patiente, la main, il dit,
c'est pour toi que je fais ça.
Lentement et consciencieusement,
il mangea tous les filets découpés du ton.
Il se redresse à et suit à ses mains sur son pantalon.
Tu peux laisser partir la ligne, la main,
et je la retiendrai du bras droit, tout seul,
jusqu'à ce que tu arrêtes cette comédie.
Il frotta sa main enquilosée contre son pantalon,
et tenta d'assouplir les doigts, mais elle ne s'ouvrait pas.
Peut-être elle s'ouvrira à nouveau avec le soleil pensatile.
Peut-être qu'elle s'ouvrira quand j'aurais digéré la force brute du ton.
Si je dois la voir, je dois réussir à l'ouvrir, coûte que coûte.
Mais je ne veux pas l'ouvrir maintenant, de force.
Il faut qu'elle s'ouvre par elle-même et revient de son propre gré.
Après tout, j'ai trop abusé d'elle dans la nuit,
quand j'ai dû t'écrocher et couper les autres lignes.
Quand j'ai fait mon premier cas tout seul, on n'était que deux.
Donc, je venais de passer mon diplôme,
et je n'avais jamais fait de cartes tout seules.
Là, on parlait d'eux, et lui, il fait 8h30, il va se coucher.
Je me réveille, je me souviens que je n'ai pas dormi pendant mes 4 heures de pause,
parce que moi, je chantais le bateau tapé, il y avait quand même un peu d'air.
Et moi, je disais là, mais là, je regardais ma montre,
putain, dans 3 heures, je suis là-haut tout seul,
dans 2 heures, jusqu'au moment où le mec vient, il te saisit,
puis il te secoue un peu le pied, en mode « mec, c'est à toi ».
Et là, je me souviens, je me suis levé, j'étais là, oh la la,
quand tu te retrouves tout seul en pleine nuit,
à prendre des vagues dans la gueule, de voir gérer tes voiles,
de voir le vent qui monte, d'être quand même pas trop loin de la côte,
d'avoir des bateaux, de gérer tout ce truc-là,
tu prends conscience, là, en fait, de tout ce que ça implique,
vu que tu es vu que t'en es responsable, en fait.
Du coup, t'es moins dans le « ouais, c'est cool ».
Il y a du vent « ah, c'est beau, la mer des chainés », et tout, ouais.
Quand tu as un peu le poids de la responsabilité,
puis après, il faut que l'autre y dorme quand même,
il faut que ton collègue y puisse dormir,
donc il faut pas aller le réveiller toutes les 5 minutes
pour faire des, je sais pas quoi.
Ouais, c'est à partir de ce moment-là, je pense,
où j'ai commencé à vraiment comprendre que la mer,
c'était quelque chose de sérieux, en fait.
Et qu'il fallait être sérieux aussi là-dedans,
et que du coup, t'es obligé d'avoir déjà une humilité face à ça,
parce que c'est beaucoup plus costaud que toi.
Et que t'es obligé d'avoir de devoir, en fait,
acquérir un sens marin, que tu dois anticiper les choses,
que tu dois sentir le bateau, que tu dois sentir la mer.
Ouais, c'est le premier cas où j'ai quitté l'insouciance, je pense.
Là, je me suis dit, bon, là, je suis tout seul sur le bateau,
il faut que le bateau il aille bien,
et puis, ouais, ça change un peu la donne quand t'es responsable,
t'as envie de la vie du mec et du bateau au milieu de l'océan.
T'attachées une relation avec l'océan,
et qui, du coup, se transforme vachement,
qui t'apporte plein de choses différentes,
et qui fait que toi, t'évolues.
J'imagine que c'est comme avec une personne,
quand tu rencontres une personne au début,
tu te souviens pas forcément de tout ça,
parce que tu es sans cesse dans le truc du renouvellement,
de nouvelles découvertes, de communication,
puis de dialogues qui évoluent, qui changent,
et puis, du coup, c'était très haut, jour le jour, en fait.
C'est un petit peu ces vieux sages,
qui peuvent se tripoter la barbe,
et qui disent pas grand chose, et puis qui font pas grand chose,
mais où il se passe un milliard de trucs dans ces gens,
et ça se sent, parce que toi,
quand tu es en contact avec ces gens,
là, tu sens qu'il se passe des trucs.
Et la mer, c'est pareil, donc c'est une grande étendue d'eau,
avec l'eau en bas, et puis après, t'as le ciel au-dessus.
Mais les petites vagues, les grosses vagues,
ça va toujours être différent, les couleurs.
J'ai déjà vu des mers mauves, vertes, bleus, noirs, blanches, argentés.
C'est très nuancé, c'est très doux, en fait.
C'est pas le truc qui va te faire, wow.
Non, ça va justement être des petites subtilités, en fait,
que je trouve super intéressant.
Il regardait la mer, et su comme il était seul.
Mais il distinguait les prismes de l'eau sombre et profonde,
et la ligne qui le tirait vers l'avant,
et les tranches ondulations du calme.
Les nuages s'accumulaient maintenant sous le souffle de l'Alizé,
et quand il regardait à droit devant,
il aperçut un vol de ganard sauvage,
comme découpé contre le ciel et l'eau.
Puis c'est façon, puis net à nouveau.
Et il su, qu'aucun homme n'était jamais seul sur la mer.
Il pensait à combien les hommes redoutaient de perdre de vue la côte
dans un bateau minuscule,
et que bien sûr, ils avaient raison pendant les mois de ces mauvais temps soudains.
Mais en ce moment, c'était la saison des Uragans,
et quand il n'y avait pas d'Uragan,
les mois à Uragan sont les meilleurs de l'année.
Quand un Uragan approche,
tu envoies toujours les signes dans le ciel, 4 jours à l'avance,
situés en mer.
Ils ne le savent pas sur la côte,
parce qu'ils ne sauraient pas les reconnaître, pensâtir.
Il regarda le ciel, vit les cumulus blancs,
s'empiler amicalement comme des ice-creams,
et encore plus haut, les fines plumes des six russes
contre le haut ciel de septembre.
« Léger brise, dit-il,
un temps bien meilleur pour moi que pour toi, le poisson. »
La première escalasse faisait déjà un mois que j'étais à bord.
Tu rentres dans le fonctionnement bateau,
et là, tu commences à apprendre et à vivre.
Un peu ce que tu dois vivre sur un bateau,
le moment de l'excitation que je vivais,
parce que ça a été nouveau, je ne l'avais plus.
Je commençais à avoir les excitations d'un mec
qui a passé trois semaines en mer,
avoir que de l'eau et que tu vois la terre arriver,
et tu es là, putain, génial, et t'approche, t'approche.
Au bout d'un moment, tu jetes tes oscières à terre,
et là, tu descends, et là-bas, tu vas au bar,
tu manges un burger, tu bois une bière,
tu clines un petit peu le bateau,
tu fais les entrées,
tout ce que implique une arrivée à Caix.
Là, on avait des escal de 4-5 jours.
Donc là, il y a du taf justement.
Il faut refaire le plein de boue, le plein de gasoil,
il faut décharger les appareils scientifiques,
recevoir les nouvelles équipes, peut-être pas.
Tu arrives à prendre une journée, on va dire,
un petit peu pour toi, pour aller visiter un peu à droite à gauche
des trucs sympas, mais...
Et puis après, tu sais que tu repars,
justement que dans une semaine,
t'es rebarré à te refaire 25 jours de mer,
pour aller là.
Donc là, tu es dans un rythme bateau,
et puis un rythme d'escal,
vu que tu arrives...
Tu as ta journée, tu loues une caisse,
et puis tu pars te balader un petit peu dans le coin.
Tu vas te faire éventuellement une petite rando,
tu fais un ou deux trucs qui ne sont pas très loin,
et qui ne prennent pas 3 jours à faire.
Et puis tu te promènes, tu t'arrêtes,
tu bois une bière,
tu parles un peu de ce que t'as vécu,
de...
Il m'a trop fait chier pendant 3 semaines,
l'autre, ah ouais, putain, moi, c'est lui,
ah, tu sais pas, il avait fait ça,
ça, c'était quand même cool.
Tu ressaises déjà un peu tes 3 semaines de merde avant,
de savoir ce qui allait bien, ce qui ne va pas bien.
Il y avait eu un coup devant les falaises,
tu vois, donc tout l'océan devant toi.
Et puis là, je me m'assois dans un petit café un peu cool,
et puis il y avait un vieux papier à côté,
avec des lunettes de mer, d'une petite barbiche,
et puis un petit chapeau de paille,
et puis je commençais à essayer d'entamer un petit peu
le dialogue avec lui,
et puis là, il me regarde,
il met son index devant sa bouche,
il me dit chchh...
Puis là, avec ses mains, en fait,
il montre qu'avec mes yeux,
il faut que je regarde l'océan et que je ferme ma gueule, quoi.
Et puis du coup, j'ai passé 1 heure
sur cette chaise, à côté de l'autre,
à boire mon café,
puis au bout d'un moment, le mec s'est levé,
puis il m'a serré la main,
et puis il m'a dit, bonne journée,
puis il s'est barré.
Puis bah là, je...
Ouais, puis après, je suis rentré au bateau,
et il ne s'est rien passé,
puis t'as eu l'impression
qu'il t'est arrivé un truc de dingue.
Le garçon en portale bidon de café
à la cabane du vieux,
et ça s'y prête lui,
jusqu'à ce qu'il se réveille.
Puis il se réveilla vraiment.
Ne t'assied pas, délgamin, bois ça.
Il lui versa du café dans un verre,
le vieil homme, le prix, et bu.
Pédrico s'occupe du bateau,
et tant matin,
qu'est-ce que tu vas faire de la tête ?
Dis à Pédrico qu'il s'en servent
pour ses appas dans le casier.
Et les pronds ?
Gardelez-le si tu veux.
Je le veux, délgamin.
Il m'en recherchait.
Tu parles les gardes côtes
et même un avion.
C'est très grand, l'océan,
et un bateau si petit
et si difficile à voir
d'être vieil homme.
Il se dit que c'était quand même agréable
de parler à quelqu'un
au lieu de parler tout seul
et à la mer.
Tu m'as manqué, dit-il.
Vous avez attrapé quoi ?
Un le premier jour,
un le deuxième,
et deux le troisième.
Bou !
Maintenant,
on va recommencer
à pêcher ensemble.
Non, je n'ai pas la chance.
Je n'ai pas de chance du tout.
On s'en fout de la chance, délgamin.
Moi, je te la porterai la chance.
Elle dira,
« Quoi, ta famille ?
Mais t'égales.
J'en ai pris deux hier.
Mais je veux qu'on pêche ensemble
parce que j'ai beaucoup à apprendre.
On doit trouver un bon arpond de lancée
et toujours la voir à bord.
Tu pourrais faire la lame
en prenant un ressort de suspension
d'une vieille forde.
Il y en a à Guanabacoa.
Ça doit être tranchant,
mais pas trempé
pour ne pas casser.
Mon couteau a cassé.
Je t'aurai un autre couteau
et j'ai déjà des ressorts.
On aura combien de jours
de grosses brises ?
Peut-être trois, peut-être plus.
Je m'occuperai de tout,
dit le garçon.
Toi, tu dois soigner tes mains.
Je sais comment m'en occuper.
Cette nuit, j'ai craché un truc bizarre
et senti que quelque chose
dans ma poitrine était cassé.
Extrait,
Le vieil homme et la mère,
Ernest Hemingway.
Mais après,
ça me manque vite.
Si je vois pas la mère pendant deux mois,
ça me manquait.
Et puis,
quand je vais la retrouver,
que je vais être devant,
je sais que je vais lui parler
déjà pendant 15 minutes.
Et je vais avoir besoin
d'aller me baigner
et puis, vraiment,
l'impression de retourner
un peu dans une sorte de foyer.
Tu rentres un peu à la maison.
Et ça, c'est assez chouette.
C'est assez chouette.
C'est chiant,
je pourrais pas vivre ailleurs
que proche de la mère, je pense.
Mais c'est cool, en fait.
Et c'est assez étonnant
d'avoir,
de ressentir un tel réconfort
juste parce que t'es à côté de la mère.
Ça, c'est assez rigolo.
...
Les Balladeurs,
une série audio-léoseurs,
écrite et réalisée par Camille Juzo,
la musique océanique et langoureuse
est de Alice-Anne Brassac,
le mixage sur les crêtes des vagues
et de l'Origaliani.
...
Et dans 15 jours,
nous vous retrouvons en terre de feu,
à la recherche de traces sonores
des Amérindiens d'ampan.
...
À bientôt.
...
...
...
...