Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Back Market, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
A l'extrême-south du continent sud-américain, en-dessas des 53e parallèle sud, se trouve la Terre de Feu.
Une terre composée d'îles, répartie entre l'Argentine et le Chili.
C'est vers cette terre longtemps appelée fin du monde que Lorian Lemasson, ethnomusicologue,
décide de se rendre en janvier 2013, alors que l'été commence là-bas.
Elle part en autonomie complète au milieu des vastes steppes morcelées de l'accombre,
pour enregistrer les sonorités des paysages.
À travers les éco-captés, la jeune chercheuse espère retrouver les traces d'occupation
des peuples amérindiens qui vivaient là, il y a 12 000 ans.
L'histoire oubliée des Yagans et des Selknam devient alors pour elle une quête en détente tout le long des 3 mois du voyage.
J'ai été pas mal attirée par cet autre finis-terre, le bout du monde.
Je sais pas si c'est le côté breton à ce moment-là qui s'exprime en moi peut-être.
Donc balayé par les vents et puis un endroit qui fait froid.
Avec la montagne en plus, pour moi il y avait vraiment tous les ingrédients au départ,
au niveau du paysage, l'environnement lui-même qui me fascinait.
Je me suis d'abord intéressée au territoire, démarrée un peu par la géographie physique,
pour me focaliser sur la géographie humaine et ensuite vraiment la géographie humaine est bien passée.
Celle des Selknam, des Raouches et des Yagans.
Tous répartis au sud du détroit Hattit-Hellen,
donc l'autre le nom du détroit de Magellan en langue Selknam.
Les premiers témoignages que j'avais vus sur ces lieux, c'était surtout les témoignages des voyageurs,
qui parlaient de différentes expéditions, d'explorations diverses et variées dans ces lieux.
Bon au départ c'était surtout l'imaginaire de ces voyageurs qui m'avaient interpellés,
mais petit à petit il y avait souvent qui revenaient à ces indiens disparus, ces peuples décimés.
Je me suis aussi intéressée du coup à un œuvre d'Anne Chapman,
une anthropologue franco-américaine qui travaillait sous la direction de Lévi-Strauss.
Il y avait toujours la rhétorique du dernier, de la disparition,
en lisant ce qu'elle avait écrit durant toute sa carrière,
donc elle a démarré en terre de feu en 1965,
en lisant toute son œuvre, on se rend compte que la dernière Shaman Selknam,
qui s'appelle Kiepra, était décédée en 1966.
Donc moi j'allais arriver sur place, il n'y avait plus personne, si j'en croyais tout ça.
Et ça m'a quand même interpellé et j'étais curieuse de voir si,
rendant sur place, le paysage lui-même pouvait témoigner de se passer.
Qu'est-ce qu'il restait d'eux ici vraiment ?
Quelle était le rapport à ce moment-là un territoire déserté ?
Comment j'allais pouvoir, si j'allais pouvoir retrouver des traces,
des semblants d'occupation, ou si réellement tout avait disparu ?
Plus de 10 000 ans d'occupation.
J'ai pris l'avion, il a juste fallu être patiente,
puisqu'il a relativement long, on est toujours entre 25 et 30 heures de voyage
pour arriver jusqu'à Ushuaia.
Et c'est vrai que le premier, bon déjà l'atterrissage,
ça avait été une aventure en soi, puisqu'il y avait vraiment des mauvaises conditions.
Et puis quand on atterrit à Ushuaia, on est au-dessus du canal Onashaga,
le canal Bigel.
Donc on voit de l'eau dans tous les côtés,
et au dernier moment on touche le bout de la presquille qui sert d'aéroport.
Je ne m'attendais pas du tout à une ville aussi grande,
puisqu'Ushuaia, c'est plus de 100 000 habitants.
La chose qui m'avait le plus frappée, c'était l'omniprésence des aboiements des chiens
de jour comme de nuit, à la tombée de la nuit.
La tombée de la nuit, c'est le concert.
Très très peu de présence finalement, d'oiseau,
puisque comme il y a énormément de forêts autour et beaucoup d'espace,
ils ne s'embêtent pas à venir tout près de nous.
Sinon, le vent qui étouffe pas mal,
tout ce qui pourrait apporter un petit peu d'événement dans le paysage sonore.
J'étais passée à l'office du tourisme
pour demander s'il restait des membres des populations Selknam, Yaggan et Haouch.
On m'a gentiment rionné en me disant, non mais vous rigolez,
ils sont tous morts depuis très longtemps.
Par contre, si vous voulez, il reste une vieille femme de l'autre côté,
côté chilien, à Puerto Williams, Christina Calderon.
Elle parle encore la langue.
Oui, c'est 150 dollars l'aller traverser le canal
pour arriver sur l'île Navarino.
Ensuite, elle est à Puerto Williams et donc à Uki-ka,
ensuite, qui est le petit village des Yaggan,
pour aller rencontrer la relique du peuple Yaggan.
C'était un peu la façon dont s'était présentée.
Je pensais à cette femme et je ne pouvais pas m'imaginer de seule seconde,
d'aller de cette manière-là.
Non.
Seule chose qui pouvait à ce moment-là m'aider à déterminer un itinéraire,
c'était la présence au nom déjà de Citerche Archaeologique reconnue.
Donc ça, c'était un des éléments.
Ensuite, comment établir un itinéraire dans un territoire
où déjà, tout ce qui t'entoure ou presque n'a plus de nom.
C'est des cartes vides.
Si on regarde une carte de la Terre de Feu, telle qu'elle est évitée,
750 millièmes pour la plus connue,
à part des noms d'Estancias,
quelques noms de montagne dans la région sud de l'île,
et donc une route principale et quelques routes secondaires,
bien c'est désert.
Je me suis préparée,
j'ai mis mon stock de lyophilisé dans le sac à dos,
chargé les batteries,
et puis ensuite j'ai exploré,
mais ça n'était pas du vagabondage,
mais c'était plutôt d'essayer de parcourir pour faire des trouvailles.
Ça a été se perdre dans des lieux comme ça.
On n'en était pas encore autant d'applications sur les téléphones.
C'était beaucoup plus rudimentaire,
donc j'ai essayé de choisir des itinéraires
qui limitaient la probabilité de se perdre aussi.
Pour la partie côtière, pas de problème.
Par contre, dans le cœur de l'île,
quand il y avait des besoins de traversée, des zones de forêt,
c'était plus exigeant en termes d'orientation, bien sûr.
Quand on sort de la ville d'Ouchoyah,
on traverse une rivière qui s'appelle la rivière Olivia.
Je suis partie sur un chemin côtière,
et surtout le chemin, on voit ce qu'on appelle des conchalesses.
Ce sont des amas coquillés,
des amas qui se sont formés autour des huts.
Et il y a gane quand ils consommaient les molusques.
Les molusques étaient jetés à l'extérieur de la hute,
donc avec des milliers d'années d'occupations
c'est mon ticules de déchets.
Ça a formé des petites collines,
qui permettent quand on met la tente au milieu d'être
en plus bien protégé du vent.
La présence humaine, elle était palpable.
Il n'y avait pas de doute.
Il n'y avait pas besoin d'avoir le regard
d'un expert type archéologue
pour être capable de voir la modification paysagère.
Si on fait abstraction des quelques moments
où l'avion à Théria-ou-Choyat,
le bateau de Croisière revient de l'île des éclaireurs,
ou à moteur,
si on fait abstraction de ces quelques sons modernes,
tout est resté intact,
donc de pouvoir écouter ce qu'ils écoutaient,
de pouvoir voir ce qu'ils voyaient aussi,
puisque la modification est pour l'instant assez faible.
...
En fait, si on reste vraiment au sud du Détroit,
il y a deux espaces qui contrastent.
Si on reste vraiment dans la zone d'ou Choyat,
dans la zone des canaux,
là, on est sur des températures qui descendent rarement
de sous-moins dix cents d'hiver.
Pas mal de neige et moins de vent en hiver.
Par contre, en été, on a des températures
qui montent aisément, les 18 degrés,
on les atteint assez facilement,
et surtout de plus en plus de pluie l'été.
Par contre, l'hiver, si on va dans la zone des Pampas,
sort d'ou Choyat, on prend la direction du Nord,
qu'on passe par une première petite ville
qui s'appelle Tolouine,
qui est sur les rives du lac Kackenshawne,
qui est l'autre nom du lac Fannyano.
Ça, ça planit petit à petit pour devenir
une grande zone de Pampa,
comme on peut la retrouver sur le continent,
côté argentin.
Dans cette zone de Pampa,
là, il fait plus froid.
En hiver, on atteint moins 15,
moins 20 dans le Nord et dans le cœur de l'île.
Ça devient beaucoup plus froid.
Avec moins de neige,
mais toute la Pampa congelée.
En cape Espiritu Santo,
on est dans la zone des Pampas,
avec des capes,
des normes falaise calcaires,
et il y a pas mal de vent.
Et puis dans la zone des Pampas,
pas comme à Ouchoyat,
où il y a un petit peu les montagnes qui arrêtent
et qui dévient, là, non, c'est direct.
Donc, je voyais l'océan Atlantique,
mais je ne pouvais pas l'entendre.
Le vent venait de l'Ouest,
du Pacifique.
Le vent balayait tout sur son passage.
Dans cet endroit,
l'Hôte d'Al-Ostral a installé des usines,
et développe tout un réseau de gaz au-duke,
avec la création de nouvelles routes,
et puis des barrières à perte de vue.
Pour moi, le symbole de la Terre de Feu,
aujourd'hui, c'est la barrière.
C'est cette barrière qu'on retrouve
partout, que ce soit pour les Estancias,
que ce soit pour...
On est sur du cloisonnement,
avec très souvent le panneau
terrain privé, interdit d'entrée.
On voit qu'il n'y a rien de personnes
des kilomètres à la ronde, mais
il y a un panneau, il ne faut pas passer.
C'est des normes propriétés qu'on appelle les Estancias,
et c'est des milliers, des milliers d'hectares
qui ont été privatisées
pendant la colonisation,
qui a démarré à la fin du XIXe siècle ici.
Ce cloisonnement fait que
même la principale ressource alimentaire
qui était le Guanaco,
qui est un lama,
lui aussi se retrouve victime
avec l'arrivée de Cheptel de Mouton,
et Nord, on parle
centaines de milliers de têtes de bétail.
Des zones de forêt qui ont été détruites,
pour pouvoir installer
cette nouvelle industrie
sur le territoire.
Clash d'or des Estancias,
c'est surtout dans les années
fin XIXe, début XXe.
Jusqu'à l'entre-deux guerres,
c'était un marché florissant,
comme il le disait un indien
rapporte moins qu'à Mouton.
Les selknames et les raouches
se sont réfugiés dans la zone des montagnes
autour du lac Cacunchaune,
le Lac Fagnano.
Et également sur la péninsule mitrée,
qui était plus difficile d'accès,
où l'activité agricole
était plus difficile à mettre en place.
Les raouches ont été un peu plus protégées
par la non-faisabilité de certaines
exploitations sur leur territoire.
J'ai conscience de la disparition,
mais je n'ai pas
conscience de l'ampleur
de ce qui s'est passé là.
J'avais le choix entre
ne pas passer et puis continuer sur la piste,
ou me dire que
après tout, si on demande ce que je fais là,
je dirais que je comprends pas, mais c'est pas grave, je passe quand même.
J'ai fait le choix de
partir explorer dans des lieux interdits,
et donc j'ai passé les barrières pendant
tout le reste de mon séjour ici.
Les paysages en hommènes,
c'est une alternance de plaine,
par moment des collines,
comme ça deviennent des petites
entre 100 et 200 mètres d'altitude.
Et ensuite, plus je descends vers le sud,
plus l'altitude augmente,
plus le relief est marqué,
et plus il y a des lacs aussi.
Sur la côte, on a toujours ces
fameuses falaises de Calcaire,
qui jonchent toute la côte atlantique
jusqu'au Capsin de Diego,
la pointe pointe de la péninsule mitrée.
Ces falaises, on retrouve aussi d'anciens campements,
qui ne sont pas toujours évidents
à voir au départ,
puisque contrairement au campement Yaggan,
on n'est pas sur des camps de chalets
aussi marqués,
qui sont plus difficiles à trouver.
C'est en marchant,
en acceptant de se perdre.
Il y a des moments où j'avais la sensation
de me mettre un peu en pilote automatique,
je marchais comme ça, et j'allais où
mes gens voulaient bien m'amener.
C'est grâce à cette perte volontaire
dans les lieux qu'on arrive à retrouver des choses.
Pas mal d'ateliers comme ça,
de tailles de pierre, d'anciens campements,
des points de flèches,
les boleadoras,
des champs de balles en pierre
qui servaient à chasser,
toutes sortes du stencil de pierre taillée.
Il n'y a pas de carte pour dire
où ils se trouvent,
il n'y a pas d'image satellite
qui permet de dire où ils se trouvent.
Tout est abstrait et vide.
Le seul moyen d'accéder,
c'est de se perdre.
Tout le long du trajet,
j'avais un petit dictaphone
qui me permettait à chaque fois
d'indiquer à quelle heure j'ai entendu
telle ou telle espèce d'oiseau,
ou vu telle ou telle animal en général.
J'ai essayé de faire une base de données
déjà de tous les acteurs
non humains du paysage sonore.
Là, j'étais dans la zone des pampas,
il y avait un troupeau de guanaco
et une pampas de pampas
et une espèce de résonance
autour de moi.
Il y a un écho qui se fait de ces cris
de cet animal.
Il y a cet enregistrement
assez dingue.
Sinon, on les enregistrements
de tempête.
J'avais une collection
d'enregistrements de tempête
avec les grincements
dans la forêt.
Ces arbres qui luttent,
qui s'entrechoquent.
Ça,
ciflement du vent
dans la pampas aussi.
Il y a tous les enregistrements
que je n'ai pas pu faire.
Là, forcément,
on est sur les limites de la technique.
Oui,
beaucoup d'enregistrements que je n'ai pas pu faire
et des sons comme ça qui ont été
ou même que je n'avais pas envie de sortir
l'appareil.
...
Un des éléments qui faisaient
que c'était
plutôt compliqué, c'était le poids.
Le poids du sac.
Pour moi, ça a été
un peu la lutte
durant tous ces jours.
J'avais aussi de diminueux maximum
la nourriture, le matériel
de ce qu'il pèse et j'avais plus qu'à
faire avec.
Je marchais plus d'une vingtaine de
kilomètres, voire parfois plus de 30
kilomètres par jour.
Il n'y a pas de sentier, donc
c'était physiquement assez éprouvant.
...
Près de Puntamaria,
Raskit,
en Langseltnam.
Dans cet endroit, oui, je me retrouve
sur un ancien pampement
et entouré de pierres taillées.
...
J'étais assez frappée de voir, c'est comme si
l'image qui m'était
venue à l'esprit, c'était
comme...
Imaginez un repas comme ça,
un repas de famille, et d'un coup,
on enlève tout le monde, et puis
il reste juste les objets
que ce soit la table, les chaises,
les plats, les ustensiles, tout.
...
C'était un peu cette sensation-là qui me venait
et je me souviens d'avoir été extrêmement ému.
...
On est sur des pierres taillées,
ce qu'on appelle néolithique.
Il y a eu une évolution au niveau de la technique
de taille de pierre, donc
c'est beaucoup d'obsidiennes qui ont été utilisées.
L'obsidienne est pas mal de
Sylex aussi. On est sur des pierres taillées
donc pour des pointes de flèches,
pour des couteaux,
des hachoires,
pour des racloirs, des formes
très variées. Alors il y avait des fois où j'enregistrais
juste parce que je voulais capter
le paysation nord de tel moment, parce qu'il se passait
quelque chose de particulier.
Sinon, c'était l'enregistrement
directement dans le campement, en essayant
de donner des estimations
de sa taille.
...
Donc, relevé dans la Caleta del Bosque
de l'Esterofouquet,
nous sommes le 21 mai,
il fait un temps de merde.
0°C, il neige,
il pleut aussi.
Il est 16 heures.
Je suis dans la forêt.
Voici le gps
5 mètres.
Donc, donc, l'enregistrement
de l'ambiance sonore.
Il s'agit du point gps
numéro 1887.
...
1ère émission.
...
2ème émission.
...
3ème émission.
...
4ème émission.
...
5ème émission.
...
C'est la même chose de le faire.
...
Et en général, j'essaie de camper
sur place pour pouvoir avoir
aussi un enregistrement long de la nuit.
...
On retrouve
dans la mythologie
Selknam
très souvent les rapaces nocturnes.
Ce soit chouette et ébou.
Je voulais essayer d'entendre les cris
puisqu'on retrouve certains chants
d'oiseaux, écrits d'oiseaux
dans les Champs-Chamanis.
...
Le mythe fondateur
de la religion des Selknam
c'est le mythe
de la lune et du soleil,
de l'alternance du jour et de la nuit.
Au tout départ,
le peuple Selknam était un peuple matriarchal
selon les anciens.
...
Les femmes avaient le pouvoir
et organisaient le rite initiatique
qui s'appelle le haïn.
Ça permettait de transmettre
au sein d'une huitre cérémonielle
en forme conique.
A l'intérieur, se passait la transmission
de génération en génération
des règles du savoir-vivre ensemble.
Les femmes qui étaient dans cette huitre
avaient tout le pouvoir
et terrorisaient les hommes
en leur demandant toujours plus de nourriture.
Ils n'avaient pas le droit de s'approcher de cette huitre
parce qu'ils ne devaient pas savoir
ce qu'ils se disaient dedans.
Comme on retrouve dans toute société chamanique,
le pouvoir vient de la connaissance.
Un jour, un homme
s'est approché
des femmes qui étaient partis
se baigner dans une rivière
et les a entendues parler ensemble
de « tu as vu comment on leur a fait croire ?
Ils ont vraiment eu peur.
On va continuer à représenter les esprits
grâce à nos masques et nos peintures
pour continuer ce qui nous amène
toujours plus de nourriture, toujours plus de confort.
Donc, l'homme, à ce moment-là,
qui a entendu ça, revient au campement
et commence à en parler
avec les autres hommes
qui est de son entourage.
Tous, bien sûr, révoltés,
indignés
en colère
pour décider à ce moment-là de se venger.
Ils attendent que les femmes se rassemblent
à nouveau dans la huitre
pour organiser une nouvelle apparition
d'esprit
avec une femme
avec toutes ses peintures corporelles
fabuleuses.
Ces masques cérémoniaires fabriqués
en écorces, en peau.
Donc, ils arrivent près de la huitre
et attaquent les femmes à ce moment-là.
Et ils vont les massacrer toutes
hormis les petites filles.
Et une femme va réussir à s'échapper
et un homme va continuer
à la poursuivre.
Cette femme va courir, courir, courir.
Lui, il va la suivre le plus longtemps possible
et à un moment, il va disparaître.
Elle, elle va se transformer en lune
et lui, il va se transformer en soleil.
Et aujourd'hui, encore,
il continue de la poursuivre.
La nuit,
les fois où j'étais
suffisamment en forme
pour pouvoir en plus veiller un peu,
c'est...
parfois la tempête faisait plus rage
la nuit que durant la journée.
Là, à ce moment-là, on rentre tout
dans la tente et on maintient
l'arsaut et on espère
que tout va tenir.
Et sinon, les nuits où il y avait vraiment du calme,
bon, c'était de pouvoir me faire
me faire mon feu,
de pouvoir méditer un peu
sur la journée passée,
ou les semaines déjà passées.
Et en même temps, on essayait de faire le pont
entre la réalité dans laquelle j'étais
et ce passé qualifiable d'hier.
...
...
Je n'ai vu qu'une seule fois
une personne qui m'a demandé ce que je faisais là.
Et si j'avais une autorisation pour être là,
j'ai répondu en anglais
que non, je n'avais pas l'autorisation.
À ce moment-là, ça faisait déjà
deux mois que je marchais dans les environs.
Et au fond de moi, il y avait une forme
d'injustice et de...
et lorsqu'il m'a demandé si j'avais
cette autorisation pour être
sur ce territoire,
je me suis surprise de lui demander
si lui aussi on avait eu une pour être là.
Et donc, il y a eu un espèce de silence
comme ça qui s'est imposé entre nous
et je suis partie sans me retourner, en fait.
...
Et après, j'avais un peu peur,
tout seul au milieu de nulle part,
personne ne savait où j'étais exactement.
La seule chose que j'avais avec moi
en cas d'extrême problème,
c'était une PLB, une balise personnelle.
Mais à ce moment-là,
il y avait une...
c'était pas une révolte, mais
ça fait déjà plus de trois mois
qu'au quotidien.
Je me confronte au vide et en même temps
à des marques d'occupation
un peu partout.
On a le temps de penser,
de penser, de repenser, de gamberger.
...
...
Et donc, j'arrive à arriver au Grand Dix.
Et j'avais besoin de me ravitailler
de, en même temps, chercher un logement
pour la nuit.
Et je passe devant l'hôpital
et, face à l'hôpital,
je vois une huit conique
en tronc.
Une huit comme celle que j'avais pu voir
dans les photos de Martin Guzindel,
l'ethnologue qui était
donc venu auprès des Selknames
et des Yagans
entre 1919 et 1924.
Je me retrouve face à une huit comme ça
au milieu de la ville.
Je m'approche aussi de...
Et là, je vois un casse à Coulthoural
de la communauté Selkname Raphael Eichton.
Donc la maison culturelle
de la communauté Selkname Raphael Eichton.
Donc j'essaie de
frapper à la porte
pour essayer de rencontrer quelqu'un.
Rien, c'était fermé.
Je déambulais un peu dans la ville
pour essayer de trouver une solution.
Et là, je rencontre
Alejandra Pinto,
un jeune poète
de Rio Grande
et on commence à discuter un petit peu.
Et il me demande
parce que ce que je fais là,
là on me dit, mais oui, il y a une communauté
et ils sont
un peu plus de 700.
Et là, dans ma tête,
comment c'est possible
qu'en Europe, partout,
parce que j'avais quand même énormément étudié
d'archives
aussi bien dans les médias,
dans les récits de voyages.
Le nombre de magazines
dans lesquels j'ai vu
le peuple disparu Selkname,
les derniers Yagans,
enfin la dernière Yagans
quand on parlait Christine Akelderon.
Il n'y avait jamais personne qui restait.
Et donc que ce soit dans les magazines de voyages,
les magazines de sciences humaines,
les publications scientifiques
en français
et en anglais
auxquels j'avais pu avoir accès,
qui faisaient partie de la bibliographie classique, disons.
Tout ça disait la même chose.
Il disait la même chose depuis
les années 60.
On s'est en tout inspiré des travaux d'Unchop Man.
Oui, son œuvre a eu un rayonnement
international
et a imposé cette réalité là.
Qui était né de quoi
des canons en vogue à ce moment-là
dans la recherche en anthropologie
qui disait qu'il fallait rechercher
de l'authenticité,
la pureté.
Le nombre de photos qui n'étaient pas publiées
à ce moment-là, puisqu'elles montraient par exemple
des huites avec des matériaux de récupération
comme des tôles, les vêtements,
les ustensiles qu'ils utilisaient.
Il y avait une espèce de propagande
autour pour essayer de légitimiser
l'authenticité de ce qu'on allait montrer
en tant que chercheur.
On faisait la catégorie entre celui
qui était un pur selkname, celui
qui était demi selkname
dans la classification des individus.
Il faut encore lutter aujourd'hui
pour essayer
d'enlever tout ça.
On les a présentés
comme anthropophages,
comme primitifs,
comme le plus bas
degré d'évolution humaine.
Aujourd'hui, encore, ces images
de 1889, de l'exposition
universelle où il y avait donc
11 selknames dans des cages, nourris de viande cru,
qui avaient été capturées
grâce à l'autorisation du gouvernement chilé
en 1888,
sur la côte ouest de la Terre de Feu,
dans l'Ouest de Terre de Feu.
Ces images-là, elles continuent de circuler.
Cette image de ce qui s'est passé
à Paris en 1889, c'est une image
qui est vraiment ancrée dans les pensées
aujourd'hui encore pour ces peuples.
Pour eux, la revendication
d'appartenance, elle était difficile,
c'était stigmatisant,
il y avait aussi beaucoup de racisme
à leur égard.
Elle gardait ça entre eux.
Pour moi, c'était évident que j'allais revenir.
Il y avait une brèche qui s'était ouvert
à ce moment-là,
avec cette découverte en plus
qui venait confirmer
cette espèce de sensation que j'avais
de... Il y avait une espèce d'imposture
sous-jacente, il y avait une espèce d'intuition
qui faisait que je n'arrivais pas
à croire cette histoire officielle.
Je voulais continuer cette fois
en ayant une démarche plus géographique
et une démarche aussi
avec la partie
ethnologie et anthropologie
d'essayer de mieux comprendre
comment on en était arrivé là.
...
Donc une rencontre pour moi qui était très forte,
c'était la rencontre avec Myrta Salamanca,
qui est l'arrière petite fille de Quiépra,
qui était l'informatrice
d'Anne Chapman dans les années 60,
celle qui est considérée comme la dernière
Chaman. Il faut aussi savoir
que Chapman a toujours dit que Lola Quiépra
n'avait pas de descendant, ce qui était aussi
une manière de circuler, il n'y a plus rien à voir.
Je les rencontrerais
à Punta Arenas, sur la rive
nord de l'Udé Troie de Magellan,
côté chilien. Elle était invitée
par un historien, Rodrigo Gonzales Vival.
Il avait organisé
une représentation théâtrale,
enfin, théâtralisée de la vente
aux enchères de 165 Selknam
en 1895
sur la place des armes de Punta Arenas.
Donc c'était une vente qui était organisée
par le gouverneur de l'époque, de la ville.
Mirta était invitée
pour représenter son peuple.
En fin de matinée,
plein milieu de la ville,
cette représentation théâtrale.
Arrive un groupe de personnes habillées
en noir, avec
des peaux de Guanaco, donc la peau de l'Ama,
tannées comme les portelles, les Selknam
et les Rauches. Un groupe de
personnes arrivent comme ça, entourées d'autres
personnes en costume, avec
des bâtons. Et là, commence
la reconstitution de ce qui s'était passé
en 1895, avec la violence des propos.
En ce moment-là,
le public est complètement surpris.
Des gens venaient, enfin, passaient comme
en allant au travail, ou aller faire leur course.
Enfin, voilà, c'était dans leur quotidien. Et là,
d'un coup, se passe cet événement.
Et là, pour moi,
cette représentation-là,
je me souviens d'avoir les larmes
qui venaient, d'être en contact
avec cette réalité passée, de
vendre, d'arracher les enfants
à leurs parents, la maltrétance
et en même temps, des arrois
de ces personnes qui étaient hors
de leur terre, qui ne comprenaient absolument pas
ce qui se passait.
Et à la fin, Christian, qui filmait
m'a dit, écoute, on va essayer de
peut-être de faire une interview
de plusieurs personnes qui ont participé
et qu'est-ce que tu en penses, si on intervue
la dame-là qui était devant
les militants et les militants.
Et là, Myrta
commence à parler
de son histoire, de
l'histoire de sa famille,
de la mémoire collective de son peuple
et j'ai face à moi
eh bien
le témoignage vivant
de choses que j'avais
ressenties, de choses que j'avais
parfois eu
l'intuition de percevoir,
de
de toute cette histoire
non-officielle
de ce qui est resté
au sein même du peuple
Myrta, elle habite à Rio Grande
elle travaille dans
une école, elle parle souvent
des femmes de son peuple, puisque
les hommes étaient systématiquement
tués ou déportés et jusqu'à présent
je n'ai jamais trouvé la moindre trace
dans les archives d'un homme déporté qui serait revenu
sur son territoire après.
Donc l'histoire, elle s'est transmise
entre les femmes.
L'histoire de la déportation
sur l'Ildoçone par exemple, dans ce qui était
assimilable un camp de concentration
qui était une mission salésienne mais avec
travail, empoisonnement
et sur l'Ildo Terre de Feu, eh bien
avec toute la colonisation, les chasseurs
de tête, on retrouve souvent
dans les écrits
la vente de père d'oreille
pour une livre Sterling, même après
la mort des corps morcelés
exportés dans les musées au Chili et en Argentine
mais aussi dans les musées d'Europe
pour les travaux d'anthropologie
physique.
Il me souvient qu'on était les bras l'une de
l'autre à ce moment-là et ensuite on a
toujours gardé contact, oui.
Elle est venue en France après
quand je suis ici en terre de Feu
à chaque fois on se voit
elle se passe pas des semaines sans
se parler, sans essayer d'avancer
et en essayant de faire qu'aujourd'hui
les regards changent
sur son peuple et
sur les peuples Yaggan et Raouche
également.
En plus de ne pas pouvoir accéder
à des territoires qui ont du
sens pour eux donc d'où le travail après
a de cartographie avec eux, d'essayer
de remettre des noms sur les lieux
passés, d'essayer de comprendre
comment était organisé le territoire, d'essayer
de comprendre où se passaient les rituels, comment
tout ce travail de récupération du patrimoine
culturel
qui est parpillé un peu partout dans le monde
c'est de créer des bases de données, de donner
accès, créer des ponts.
Et après je m'expliquais
pourquoi elle a dit
ça ?
Pourquoi elle a dit ça pour le peur
que la persecution, le mal-trait
et le boulot que c'était
la vie de la vie, non ?
Quand il y avait un homme
derrière la réserve indigène
tous les hommes
avaient tué tous les hommes
il y avait ma vie, ma vie
ma grand-mère, ma grand-mère
ma mère
ma mère
ma mère m'a dit
c'est une solution
de la vie qui se parvient tous
et le premier qui s'en fait
c'est la langue, la langue
pour qu'elle n'a pas de communication
et tout ça est un principe
qui ne va pas s'amuser à la vie
Le génocide des Selknames, longtemps ignorée
ou occultée par l'histoire officielle
qu'elle soit chilienne ou argentine
fut reconnu en 2003 par le Chili
dans le cadre des travaux menés
par la Commission pour la vérité
historique et un nouveau traitement
des peuples indigènes
Lauriane Lemasson, depuis son premier voyage
en 2013 a aidé à localiser
2500 emplacements de hutte
elle reconstitue, avec les communautés
de terre de feu, les anciens toponymes
en langue amérindienne
des noms inspirés le plus souvent
des sons émis par les arbres
les vagues, les vents et les oiseaux
Les ambiances de ce podcast sont
les fruits de ce travail de collecte
réalisés dans le cadre de la Sorbonne
Université, rattachées à l'Institut
de Recherche en Musicologie
et au département d'acoustique
de l'Institut Jean-Laurent D'Alembert
Les Balladeurs, une série audio-léoseurs
écrite et réalisée par Camille Jusot
la musique est de Alice Anbrassac
et le mixage est de l'Origaliami
et nous vous retrouvons
dans 15 jours pour une nouvelle
aventure ou mes aventures
en pleine nature
A bientôt