Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Back Market, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Sur la carte du monde, il est des lieux oubliés, des nondis inconnus, des cités antiques disparues,
ou des pays traversés par des conflits qui ont rendu les frontières inaccessibles aux voyageurs.
Dès lors, seuls un petit nombre de personnes peuvent témoigner des visages, des lieux abîmés
ou d'une beauté fragile qui subsiste à la brutalité des hommes.
Olivier Weber, en tant que grand reporter puis écrivain, a cherché à voir ce qui était caché dans ses coins du monde dangereux.
L'Afghanistan aura pour lui l'effet d'un aimant.
Il cherchera à y retourner de nombreuses fois, malgré les risques, pour comprendre,
pour démêler les ficelles d'une histoire récente complexe et bouleversée par les guerres successives.
Pour percevoir, malgré tout aussi, ce pays qui a été celui du passage des voyageurs et des routes mythiques de la soie.
En 1998, il part pour un nouveau voyage au pays des cavaliers de Joseph Kessel,
pour rencontrer ceux qui font l'horreur, les talibans afghans récemment au pouvoir.
Comment passera-t-il les lignes de front pour accéder à ces hommes vêtus de noir ?
Comment réussira-t-il, avec le réalisateur François Margolin,
à leur faire accepter de témoigner devant une caméra pour un film sur la production de drogues illicites, l'opium, interdites par le Coran ?
Comment vivre et survivre la proximité avec la terreur d'un côté, puis de l'autre côté de la ligne de front ?
Et au-delà des combats, que subsiste-t-il du pays millénaire ?
Comment faire du voyage et écrire ?
J'ai toujours voulu faire du voyage, on va dire, voyager et écrire.
Je ne sais pas dans quel sens, est-ce que c'est d'abord écrire et voyager, ensuite ?
Ou est-ce que c'est d'abord voyager, ensuite raconter ?
Pour moi, c'est une symbiose. On peut faire les deux, on peut écrire avant le voyage
et revenir du voyage pour écrire.
En tout cas, il y a toujours une sorte de transformation, elle est alchimique, elle est littéraire, elle est aussi physique, elle est humaine.
Et c'est la continuation de rêve. Je crois beaucoup à l'espérance, le fait de chercher d'autres horizons,
qui ne sont pas, pour moi, géographiques, sans d'abord humains.
Et c'est la rencontre qui compte, c'est la rencontre des gens qui connaissent la guerre, mais pas que.
Et moi, je vais raconter leur vie à travers des romans, ou des récits de voyage, ou des reportages.
Je suis parti en Afrique assez jeune, en Afrique de l'Est, en Éritre, en Mère Rouge, en Yémen,
et puis en Afrique de l'Ouest et au Sahara, pour différents journaux.
Je savais que j'ai été fait pour ça, pour voyager, vivre l'aventure et tout le monde,
donc rapporter du récit, comme on dit en anglais.
Je me rappelle avoir lu des livres de Roland et Sabrina Michaud, qui sont deux grands photographes qui vivent encore,
et sont des livres de photos, où chaque photo est un tableau qui est très évocateur.
Dans l'un, ça s'appelle les meilleurs arts de l'Orient, à travers leur voyage en Afghanistan, mais aussi en Inde,
et des livres sur les caravans en Afghanistan, et puis deuxièmement Kessel avec les cavaliers.
Donc c'est vrai que c'est un peu mythique pour moi, l'Afghanistan.
Et quand je suis devenu reporter, c'était un pays en guerre justement en Afghanistan occupé par les soviétiques.
Donc j'ai mis du temps pour y aller.
Donc c'était un rêve, et en même temps une envie, voire besoin de témoigner sur ce pays en guerre.
Et en même temps, il y avait un lockout, c'est-à-dire une fermeture totale et frontière,
c'était le week-laut, il y a eu des journées qui avaient été enlevées, qui étaient en prison même,
prison afghanes de Kabul qui étaient en fait les prisons soviétiques,
puisque le pays était tenu pendant dix ans par les soviétiques, de 79 à 89.
J'ai su aller la première fois dans les années 88.
C'est plutôt la fin de la guerre, sauf que la guerre a continué avec la guerre civile entre Afghans et Sud.
Je me rappelle d'un voyage où on a été quatre autour d'une table dans ce qu'on appelle des zones tribales,
un hôtel tout neuf, même pas encore inauguré par la Gakan.
La Gakan qui est le chef de la communauté ismailienne, on s'est retrouvé à cas dans cet hôtel vide,
pratiquement métri luxueux à la frontière afghanes, avec un médecin, François Liard,
qui partait six mois, donc s'est suicidé.
J'offre à que c'est suicidé et à un photographe allemand, Donneray Schleu, qui a mort aussi depuis.
Donc il n'y a pas beaucoup de survivants de ces voyages en Afghanistan, soit de morts violents, soit par suicide,
parce qu'on a du mal en se remettre, il n'y a pas que l'Afghanistan qui perturbe,
mais quand on a été là-bas, on a vécu tellement de choses que c'est quelquefois compliqué de retrouver la vie normale.
Je crois que tous ces amis morts ont disparu, mais aussi les vivants,
on a voulu aider ce pays témoigner, faire l'humanitaire, raconter ce qui s'est passé, dénoncer.
En même temps, je dois dire qu'aujourd'hui c'est presque une cause perdue,
parce que c'est un pays qui est descendu dans la bim, surtout en raison d'influences étrangères,
soit occidentales, mais aussi islamistes.
Maintenant, il y a une suranchère entre les talibans et Daesh Khorasan,
Daesh Khorasan étant le Daesh afghan, qui a une suranchère dans l'horreur, dans les attentats,
les attentats suicides qui n'existaient pas pendant très longtemps, c'est relativement récent.
Il y a une sorte de diracisation du conflit afghan, donc c'est un peu désespérant.
Mais en tout cas, ça peut paraître bizarre, mais en dehors des islamistes,
et surtout de l'islamisme importé de l'étranger, avec ce qu'on a appelé longtemps les Wahhabis,
c'est-à-dire les mercenaires qui vinaient des pays du golf,
l'Afghanistan est un pays de l'honneur, un pays de la parole donnée,
et c'est quelque chose qui vous transporte, qu'on soit femme ou homme,
et c'est un pays où il y a une sorte de noblesse de l'âme, avec une histoire très belle,
dans une histoire récente et tragique, et il y a une très forte énergie chez les afghans aussi,
et cette aspiration à la paix, elle est là.
J'ai monté ce voyage avec 7 créneaux différents, c'est-à-dire des amis afghans,
des combattants islamistes, des intermédiaires plus ou moins douteux,
je n'ai pas de trafic avec eux, mais je sais qu'ils trafiquent, je sais pas quoi,
en tout cas ça m'a permis d'avoir une certitude de plus pour rentrer en Afghanistan,
et ça s'est négocié au dernier moment, et ça s'est négocié à Peshawar,
au consulat des talibans au Pakistan, et là j'ai eu le feu vert pour rentrer en Afghanistan en voiture.
Alors c'est impressionnant, parce qu'on arrive après cette passe, le col de Kaibur,
au mont de la montagne, dans l'Andukush, et là on arrive en Afghanistan,
et tout d'un coup, au-delà du portail de Torram, c'est un autre monde.
C'est des barbues qui vous regardent, etc.
Je pars avec beaucoup de matériel, on va dire, dans ma tête,
beaucoup de faits, beaucoup d'histoire, etc.
Mais je crois qu'il faut tous laisser tomber quand on est au pied du mieux,
quand on est en train de passer la frontière afghan, parce que là on se fit à son flair.
Évidemment on est imprégné de l'histoire, des éléments, des portraits, des livres,
des personnages qu'on a pu rencontrer, mais ce qui est important c'est de se faire un 6e sens.
Vous s'habillez plutôt en local, et j'avais sur un passeport, un visa vietnamien,
et c'était marqué consultant sur le visa, mais les afghans ont vu que j'étais consultant,
et il paraît que c'est la profession des espions, donc vous pouvez faire attention.
Et donc j'arrive à Kaboul, Kaboul aux mains des talibans, une ville sinistre,
où il n'y a plus cette oralité, cette art du conte, cette art de la rencontre avec les afghans,
les bobas, comme on dit, les barbeblanches ne sont plus là,
on ne parle plus à leurs enfants ou leurs petits-enfants, etc.
Une ville sinistre, une prison assez louverte.
Je vais au ministère, je rencontre mon futur guide, qui a 23 ans, qui parle 7 langues,
dont le frère est un sous-ministre des affaires étrangères, donc très protégé au ministère.
Je le revois bizarrement dans mon hôtel, l'hôtel inter-continentale, qui est vide,
et me dit, tu vas pas le voir laisser ta chambre enfermée.
Je dis, écoute, je suis désolé, mais j'ai le droit, je voyage,
non, il faut qu'on puisse rentrer jour et nuit.
Le lendemain, je reviens au ministère, c'est assez loin,
puisqu'on est sur une colline, il faut descendre dans le centre de Kaboul qui a 1 800 m.
J'arrive à 8h20, et là, il me dit, pourquoi tu es en retard,
tu dois être là à 8h00, non pas 8h20.
Au bout de quelques jours, je rentre dans un village fortifié au Barnou de Falais,
Garden d'Iual, 3 000 m d'altitude, et un vieux monsieur vient vers moi et me parle en français.
C'était un cuisinier afghan qui avait servi Joseph Kessel pour un de ses voyages en Afghanistan,
dédié par l'enversadeur de France à Kaboul pour le voyage de l'écrivain.
Il me dit, ah, j'ai connu Monsieur Kessel.
Et mon dali-ban, il me voit, il me dit, qu'est-ce qui te dit, je comprends pas le français.
Je lui dis, cette horreur de pas, tu peux pas me parler comme ça, je t'en vaux Olivier en prison.
Et je lui dis, c'est moi, Zahir, qui vais t'envoyer en prison.
Pourquoi ? Parce que je sais ce que tu as fait.
Il était un peu inquiet, sa garde qui était derrière, 3 ans, en Kalashnikov,
et je lui dis, Zahir, tu fumes du hashish.
Et c'est vrai qu'il fume du hashish, je l'avais vu, en dehors de Kaboul, il fume du hashish.
Je lui dis, tu me laisses pas voyager comme je veux, je vais te faire envoyer en prison.
J'étais un peu inquiet parce que c'était soit moi, sa lui, qui avait en prison, quand on m'a foutu la paix.
Et donc j'ai fait des allers-retours à Kaboul, avec un camaramane, tourner un documentaire
qui s'appelle l'Opium des talibans.
Mais il faut se rappeler qu'à l'époque, les talibans qui arrivaient sur l'Euganie Star
avaient interdit et le jeu, et la musique, et la danse, et évidemment l'image.
Donc tout ce qui était photo était interdit, et nous on avait une petite caméra
qui était évidemment miniaturisée en appareil photo.
J'arrive à aller rencontrer la Kandar, parce que leur vrai capital était Kandar,
bien que la capitale politique soit Kaboul, et donc j'ai d'ores chez eux.
J'ai su un moment avec Mola Rassan qui est numéro 2 du régime.
On fait la sieste ensemble dans un grand salon,
où distribuer des dollars à qui voulait se rallier à sa côte,
donc il se sortait 1000, 2000, 3000 dollars de son coffre-fort.
Je m'étais trois jours un négocier, à chaque fois avec les chefs afghans, talibans.
Et je leur disais, bon voilà, maintenant qu'on a pris le thé, qu'on a fait une interview
avec mon stylo, est-ce que je peux avoir une photo ?
Et là, les Kalashnikov se levaient.
Oh non, écoutez, on va remettre ça demain.
Donc je revenais le lendemain, on recommençait.
Pour ces rapports qu'on peut avoir avec des massacreurs, des chefs de guerre,
des islamistes, des trafiquants de drogue,
il y a pour moi quelque chose qui est un déclic,
que ce soit pour les documentaires, le reportage ou le roman,
c'est qu'un coup, il y a l'ego de ces personnages qui veulent parler de leur vie,
soit parce qu'ils sont dans l'ego le plus total,
et chef, et vouloir démontrer à leur subalterne qui sont les chefs,
soit simplement pour leur narcissisme et leur posterité,
soit parce qu'ils sont dans la solitude,
au fin fond d'un maquis ou d'une montagne ou de la forêt,
et qu'ils aiment parler de leur vie,
et ils ont envie qu'on témoigne par des romans, par des documentaires ou autre.
Et là, pour les talibans, ça s'est passé comme ça,
pendant un mois, j'ai pu tourner le film,
et j'étais face à la plus grande des hypocrisies,
parce que les chefs talibans et minismes disaient,
oui, nous sommes en train de créer l'immiratie de la plus grande pureté dans le monde.
J'ai dit, oui, mais vous avez quelque chose qui s'appelle tariac,
c'est-à-dire au piacé d'un euphémisme en perso,
pour ne pas parler de l'héroïne, c'est l'héroïne,
avec l'opium, le sort de coquelicot et de pavaux opium,
qui permet de produire l'opium et donc l'héroïne.
Ils me cherchaient dans leur tête, ils se grattaient,
qu'on prie les mots-là, et ils me disaient,
ah oui, mais c'est pas interne dans le courage,
évidemment c'est pas interne dans le coran,
parce qu'à l'époque il n'y avait pas d'héroïne,
mais tout ce qui détourne l'homme de sa prière doit être interdit,
et évidemment c'était interdit, mais on a filmé tout ça,
et c'était comme pour chacun de mes voyages en Afghanistan,
comme pénétrer dans un pays, dans un autre monde,
quelquefois féodale d'ailleurs,
quelquefois barbare, mais pas que,
avec les talibans, c'était barbare, évidemment,
aucun droit pour les femmes, aucun droit pour l'homme.
Alors il y a des interviews un peu, on va dire,
pour essayer de faire connaissance,
et puis s'il y a les directs, s'il n'y a pas d'autres champs,
si on fait l'interview tout de suite filmé ou écrite,
l'idée c'est qu'elle soit scellante pour poser les questions qui fâchent,
à certains moments.
Pourquoi vous y étuez tant de personnes,
pourquoi vous trafiquez d'adres,
et je n'ai pas peur de poser ces questions,
faut pas les poser tout de suite, mais faut les poser en tout cas.
Donc en même temps, parler de l'histoire,
parler de leur parcours, parler de leur raison du combat,
il y a toujours des hommes,
oui des hommes en fait, et des combattants,
ou des conseillers à l'Afghan,
parce qu'on montre qu'on est le chef d'une communauté
ou d'un groupe, ou d'un mouvement armé.
Il y a une question par exemple,
c'est pourquoi vous qui vous prétendez être les plus grands
puristes de la pureté religieuse au monde,
vous trafiquez la drogue,
et là évidemment il y a un grand blanc qui se fait,
comment nous trafiquons, c'est pas du trafic,
de toute façon c'est pas pour nous, c'est pour les kafirs.
Et la deuxième question,
non, M. ministre Taliban,
c'est pas simplement pour les kafirs, pour les infidèles,
c'est aussi pour les fidèles,
parce que les premiers consommateurs de la drogue,
ce sont les Iraniens, et les Pakistanais,
et de plus en plus maintenant les Afghans,
et donc ça ça les a gassés beaucoup,
mais vraiment beaucoup.
Voilà, et pourquoi ensuite
vous allez abattre les bouddhats bamyans,
et pourquoi ensuite vous les avez abattus ?
A Rasnik, une grande ville,
royal aussi, une ville impériale d'Alganistan,
je tombe sur le gouverneur
de la région qui est un Taliban évidemment,
il est habillé tout en moi avec des yeux en côle,
assez impressionnant,
il m'a regardé comme ça, avec des yeux persants.
On mange à 40 personnes et toute sa garde,
avec mon caméraman,
sur la table,
et en plein dîner,
il me dit qu'est-ce qui se passerait
si tu mourrais maintenant ?
Et là il fait signe à sa garde,
et Kalechikov se lève.
Et je me suis dit, je vais mourir dans 30 secondes,
c'est pas possible.
Et je lui ai écouté,
M. Wali, M. Gouverneur,
ça vous dérange pas,
je finis ma bouchée de kebab,
eh, prends ton temps, mais répond,
qu'est-ce qui se passerait si tu mourrais maintenant ?
Je lui ai dit, écoutez M. Gouverneur,
je ne savais pas que vous aimiez autant les américains.
Comment ça les américains, sans nos ennemis ?
Je lui ai dit, M. Gouverneur,
regardez, là entre la salade
et la grillade, je vois du pépsicola,
et c'est vrai qu'il y avait une quinzaine de bouteilles du pépsicola.
Vous aimez les américains donc,
je lui dis en riant.
Et tout de suite, je reprends la conversation,
disant, si je devais mourir maintenant,
j'irai au paradigme, comme vous M. Gouverneur,
si vous deviez mourir maintenant à votre tour.
Et là, il se demandait
si c'était
de la blague ou pas.
Il a fait signe à sa garde,
il l'a fait abisser les Kalashnikovs,
et je n'ai jamais su si c'était
l'émulation, si c'était de la provocation,
si vous les m'impressionnez.
Et c'est lui qui s'est fait tuer après,
parce qu'on a de joint, mais
plusieurs mois après.
Il faut surtout pas montrer qu'on a peur.
Évidemment qu'on a peur.
Il faut avoir peur parce que si on n'a plus peur,
on n'a plus les bons réflexes.
Il faut avoir peur pour partager la peur
des gens qu'on rencontre, les victimes,
les victimes de la guerre,
les familles, les mères de famille, etc.
des enfants.
Mais pas le montrer évidemment
aux combattants, aux gens qui veulent vous impressionner.
Je leur dis, écoutez, vous faites un combat
ou il y a une guerre, je vais chercher
de savoir ce qu'il s'est passé. Pourquoi ?
Les gens sont sensibles à ça, les victimes,
évidemment, mais aussi les acteurs de la guerre,
donc les belligérants. Mais je leur dis,
je ne cherche pas à justifier. C'est votre problème,
c'est pas le mien. Une fois qu'on a dit ça, on a profondi,
on passe du temps, des semaines, on y revient
plusieurs fois, qu'on peut passer des mois
sur le temps long, avec plusieurs voyages.
Mais oui, c'est perturbant.
Il faut être sur ses gares tout le temps, il faut
faire confiance à personne. Moi, je ne fais confiance
à personne parce que je dois tout le temps
remettre en question ce qu'on me dit, même si c'est un ami.
Un ami de longue date, il me dit, voilà, je vais passer
un bon moment avec lui dans sa famille, mais qu'est-ce
qu'il me dit ? Est-ce que je ne suis pas manipulé ?
On est manipulables, donc manipulés.
Et je remets tout le temps question
ce qu'on me dit. J'ai été formé
aussi dans les facultés américaines à San Francisco
et d'abord on appelle ça double check.
Vérifier deux fois. Moi, c'est triple check.
C'est vérifier trois fois, assez tout le temps
sur ses gares. C'était puissant,
physiquement, mentalement,
telle écuvelement, psychiquement.
Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce qu'on fait demain ?
Est-ce que c'est sûr ? Telle quartier, telle ville,
telle voiture, telle chauffeur.
Moi, je passe souvent 2-3 heures par jour
à sécuriser mon voyage
du lendemain. On est mardi.
Qu'est-ce que je vais faire demain mercredi ?
Quelle voiture je prends ? Est-ce que j'irai ?
C'est ce que je repars.
C'est plusieurs heures par jour, mais c'est important.
C'est comme ça qu'on reste en vie. On limite
déjà 50% des risques. On reste
encore 50. Mais bon, on limite quand même.
Et puis le flair, le flair, ça joue beaucoup.
Après, j'ai une ligne rouge.
C'est quand j'ai vécu avec l'Italie-Ban,
j'ai sauté que Ben-Nadin était à 300 mètres
de l'endroit où je dormais.
J'ai mon Larassa, le numéro 2
du régime, puisque j'ai été hébergé par lui.
Et j'ai demandé à chaque fois au ministre
et à mon Larassa, le premier ministre
du gouvernement talibans,
je veux voir
Ben-Nadin.
Et il m'a dit, oui, on va monter ça, etc.
Et puis je voyais bien plusieurs semaines,
c'était compliqué,
parce qu'il était vraiment à 300 mètres de là,
je me trouvais près des airports de Kandar.
Et à la fin, mon Larassa, le numéro 2 du régime
talibans, me dit, écoute Olivier, on n'a pas embêté
parce qu'on va te le faire
rencontrer, on a les accords,
mais tu ne sortiras pas vivant d'Afghanistan.
Tu risques d'avoir de gros problèmes,
je dis bon, d'accord, ça se négocie.
En fait, il voulait me dire,
il y a des gens qui vont t'abattre, c'était pas lui.
C'est peut-être pas les talibans, soit les services secret
pakistanais, soit la garde
d'Al-Qaeda
autour de Ben-Nadin.
En même temps,
il y a
des personnes qui ont des problèmes,
c'est peut-être aussi la guerre,
mais pas que, c'est l'aventure,
le baroud, le fait d'avoir transgressé
aussi des frontières, de nous avoir franchis
légalement plein de fois, d'où ce livre s'appelle
Frontière au pluriel, et il y a des personnages
de romans fabulés dans le monde.
Donc que je sois en Russie,
en Afrique, aux États-Unis
ou en Afghanistan, en Irak, c'est quitter
la capitale et aller
à la campagne, dans la montagne, dans des vallons
perdus, pourquoi ? Parce qu'en fait,
on comprend mieux, même si on ne écrit pas
sur ce village perdu, et puis, deuxièmement,
parce qu'on est loin, quelques fois, des services de sécurité.
Mon flic
qui est escorté, qui est très très malpédé,
il est payé des gens 50 dollars par mois,
et mon chauffeur a été une sorte
de Zidane local, c'était
un ancien footballeur de 50 ans, qui avait une cadillac,
qui était connue comme le loup blanc,
tout le monde leur connaissait, c'est ça.
Et ils me disaient, écoute, on va le laisser partir,
effectivement à 5 heures, le policier
des services secrets, il avait rentré chez lui, il habitait
très très loin, devant encore une heure et demi de bus.
Et partir du moment où il était parti à 5 heures,
on passait aux choses sérieuses, et là on allait dans les bas quartiers,
on allait manger des kebabs,
qui étaient pas autorisés, je prenais les risques,
mais là je voyais, bah, je voyais des hommes et des femmes,
je voyais des commerçants, je voyais des bouchers,
je voyais des paysans,
je voyais des réfugiés dans les villes.
Et voilà, donc c'est un peu des techniques,
mais qui me permettent, en Afghanistan,
en particulier de voir une autre facette de l'Afghanistan,
et c'est important de sortir
les capitales.
C'est compliqué, évidemment, quand on est
cornaqué par des agents
de tel ou tel ministre dont les talibans,
faut faire attention, faut pas mettre en vangé, surtout,
j'en crois en compte, mais j'étais étonné
de voir, par exemple, qu'à Kandahar,
à Ville-Saint, la ville
importante pour les talibans,
j'étais dans la rue, donc il y avait bien un Afghan,
mais évidemment je passe pour un Occidental,
que des femmes
m'ont dit, venez voir ce qui se passe
réellement chez nous, c'était des femmes
Pashtoum, donc de l'éthnie majoritaire
en Afghanistan, d'où sont issus les talibans,
et peut-être même des femmes
de dignitaire, vu le quartier,
dignitaire taliban,
qui me disaient, mais nous, on continue
d'éduquer nos enfants. On enseigne
pas que le Coran ou le Pashtoum,
on enseigne aussi les mathématiques,
l'histoire, les géographies, l'anglais,
les sciences naturelles, totalement à la materdie,
parce qu'on représente l'image
de l'homme et de la femme
aux enfants, et bien on continue, et quand
on se fait contrôler
par des services de sécurité, on cache
sur les tapis ces livres interdits.
...
Ces femmes, c'était des femmes
donc du cercle taliban, on va dire,
pour faire cours, étaient pour moi des résistantes,
quelque part, elles savaient que
empêcher la culture, empêcher la transmission
des valeurs par l'enseignement, ou par le nom
d'enseignement, priver leurs enfants de
futur, et ça passe par les mères,
ça passe par les femmes, donc c'était pour moi aussi
des résistantes.
Je parle en plusieurs langues, là, en l'occurrence,
je peux parler en anglais, bon, j'ai appris
trois mots de personnes, mais pas assez pour mener
des entretiens, mais je prends beaucoup de
notes, effectivement, je prends beaucoup de notes,
des notes de reportage, beaucoup pour les interviews,
même si c'est enregistré, je tiens à tout marquer,
puis après des notes qui sont des impressions,
plutôt, des paysages,
des sensations, des émotions,
des rappels historiques, des souvenirs
d'un autre voyage que je corrèle
à ce que je vois ce jour-là.
Et c'est sans fin, donc je ramène
des gros caillers, c'est assez drôle,
parce que pour un reportage, je me sers de 5 à 10%.
Et c'est frustrant, mais c'est comme ça,
c'est une décontation.
Et je m'en sers pour mes romans,
aussi, évidemment,
parce que
même si
il y a des moments où je ne relis
plus mes notes,
ça a servi à la mémoire, la mémoire visuelle,
la mémoire scripturale est là.
Et donc je suis
dans la mémoire, je me rappelle grosso modo,
évidemment, souvent, je vais retrouver
une interview, une émotion, un voyage.
...
Et je leur dis aussi,
moi, j'ai à voir le côté, ce qui se passe.
Chaque fois que j'ai couvert une guerre,
j'ai voulu couvrir
la guerre de l'autre côté.
Si je vais voir les palestiniens, je vais voir les Israéliens,
même si je n'écris pas sur Israël,
si je vais voir les islamistes à Alger,
je vais voir le gouvernement algérien, etc.
Et à chaque fois, même si je n'écris pas
sur l'autre partie, ça vous
ressente, ça vous descente.
Et ça ne permet pas d'adouber au contraire,
moi, je n'ai jamais cherché à justifier,
j'ai cherché à comprendre. Ça, c'est important.
Quelque fois, c'est étonnant.
J'ai rencontré assez de tous les islamistes,
puis Massoud,
puis les islamistes à nouveau,
puis les talibans.
Et je pense qu'ils savaient,
mais ils m'ont dit, ils me conseillaient
comme un frère de jihad, c'est-à-dire de combats
amics, tu étais là quand il y avait des soviétiques.
Tu nous as aidés, tu as monté des missions
humanitaires, tu as écrit des livres, tu as fait
des reportages, tu as un compagnon de jihad.
Bon, voilà, c'est...
Massoud aussi disait ça, et c'est combatant aussi,
donc j'étais relativement protégé.
Je pense qu'en même temps qu'ils savaient
que j'avais été voir Massoud,
bon, comme ils ont accepté que j'ai eu chez eux,
ça a pu se passer bizarrement.
C'est ça encore aujourd'hui de Frontalibans,
le plus dur, c'est de passer la ligne de front.
Mais si on a accepté de l'autre côté, en principe,
on est relativement accepté.
C'est ce qui n'est pas le cas de Daesh et de Al-Qaeda.
On a vraiment l'étranché,
les lignes de front, les opérations de Guérilla
dans les petits vallons, sur les sommets, etc.
Soit ce sont des attaques de commandos,
la Guérilla, soit ce sont des lignes
relativement statiques des lignes de front,
y compris sur la ligne de front de Massoud,
dans la pleine de Chamali,
qu'elle a pleine au nord de Kaboul,
à 40 km. Donc il y avait 2 lignes
de Massoud, une ligne défensive,
une ligne offensive,
et pareil, du côté taliban, puis au milieu,
à Chandmine. Et là, il y avait un petit sentier
qu'on pouvait emprunter éventuellement,
mais il fallait avoir les connexions avec les talibans,
qu'emprunter la Croix-Rouge,
de temps à autre, le Mardi. C'était le jour
de passage pour la Croix-Rouge quand il y avait
des blessés, donc des opérations un peu compliquées,
compris de nuit, c'était tout le temps dangereux,
compris contre l'armée
pro-soviétique, pro-coveniste,
auparavant du président Najibullah
en Afghanistan, donc c'était
à chaque fois dangereux les avions qui sont volés,
les hélicoptères, les mines, on mangeait
très très fort des mines.
Massoud pour moi reste quand même
un chef de guerre, et un chef de guerre,
évidemment, ça fait des victimes,
mais en tout cas, il y avait un projet pour son pays.
Je l'ai rencontré à plusieurs reprises
à Kaboul en plein combat,
avec les islamistes qui bombardaient la ville.
Tout une guerre évidemment personnelle,
c'est dans une petite villa,
dans un quartier résidentiel de Kaboul
qui était bombardé aussi.
Massoud était très nerveux, déjà inquiet.
La guerre à Kaboul avait fait 30 000 morts.
Oui, tout ça se passe dans des conditions
un peu draconiennes de sécurité,
la maison dans laquelle on est peut être bombardée
à tout instant, etc.
Et puis je l'ai revu dans le pancchire,
à chaque fois des projets
d'enseigner aux filles,
les humanitaires, en l'occurrence,
surtout français et françaises,
n'ont jamais quitté les lieux, il y a toujours des humanitaires
même pendant la guerre contre les talibans.
Ce qui a été fait,
c'est qu'en bas de cette longue vallée du pancchire,
qui est en diagonale assez loin de Kaboul,
qui commence à 40-50 mètres de Kaboul,
il avait fermé l'entrée de la vallée.
L'entrée de la vallée était assez étroite
à cet endroit, près de 30 mètres,
on a 1800 mètres d'altitude.
Il a fait dynamité la vallée, la montagne,
donc la montagne a cadenacé la vallée,
on ne pouvait plus passer.
Les talibans ne pouvaient plus attaquer
avec des jeeps ou des tanks.
Donc il fallait passer par d'autres voies.
Il allait voir le front en montagne,
il faisait monter des chèvres pour qu'elles déminent,
faisant envoyer des chèvres assez lourdes,
qui sautaient pas tout le temps
parce qu'elles n'étaient pas assez lourdes,
pour que ces hommes ne sautent pas sur les mines.
Il avait plein d'idées comme ça et...
...
Ça c'est étrange d'ailleurs de voir que du côté talibans,
il y avait donc les talibans afghans
et les combattants étrangers,
ce qu'on appelait les Wabi,
mais pas que des combattants du Moyen-Orient.
J'ai vu les Indonésiens,
des Thaïlandais, des Français,
j'ai vu des Turcs, j'ai vu des Tunisiens,
ce qui me permettait d'avoir de faire beaucoup d'interviews
et encore une fois en français,
parce que les talibans ne comprenaient pas le français.
Et les talibans disaient,
ouabi, donc au genre d'Al-Qaïda,
ah bon, vous voulez combattre, mais allez-y,
d'ailleurs demain matin, vous organisez un départ sur une defroing.
Ils ont envoyé les sysitamistes étrangers,
donc combattre,
qui revenaient soit morts, soit avec une balle dans le bras
ou dans la jambe, et ça fait zérer,
même les talibans, qui avaient besoin de chers acanons
et qui connaissaient beaucoup mieux la technique du guérilla
que les combattants étrangers.
Alors pourquoi ?
C'est que pendant 10 ans, donc,
cette guerre contre les soviétiques,
ou les afghans, on gagne à la guerre,
alors ils ont gagné à la guerre d'une part,
parce que c'était d'excellent résistant,
des rebelles,
des résistants avec des fusils,
mais pas que, et la deuxième raison,
justement, c'est l'armement, c'était des fameux missiles Stinger.
À partir du moment où il y a eu les missiles Stinger,
qui ont été donnés par la CIA à la fin
des 10 ans d'occupations soviétiques aux afghans,
eh bien ils ont pu
pratiquement descendre 90, 95%
des avions et des hélicoptères soviétiques
qui les survolaient.
Donc la maîtrise du ciel a basculé du côté des afghans
et les afghans ont gagné la guerre,
on fait partir les soviétiques.
Donc oui,
il y avait des similitudes quand même du côté
des deux, mais vraiment
une très grande intelligence de la guerre
y a de la part de Massoud,
qui avait lu le général Japp,
du Vietnam, qui avait lu Che Guevara,
qui avait lu Dougaul,
Napoléon, qui était férue
d'histoire militaire.
Il y avait un grand charisme,
une grande simplicité.
Il a envahissé littéralement l'atmosphère.
J'ai rarement eu cette impression,
très grand, un petit peu voutée,
assez mince, assez musclé,
fatigué par la guerre,
férue de poésie,
quelqu'un qui était très
compatissant et très proche de ces hommes,
qui jouent au football avec eux,
qui jouent aux échecs,
qui vous racontaient de la poésie,
afghane, mais aussi française quelque part,
parce qu'il parlait un peu français.
Il avait été élève du lycée francophone
à Kabul, et un stratège.
Quelqu'un qui avait vraiment la notion,
la profondeur du temps,
qui avait été frère musulman à ses jeunes,
à 23 ans, et qui du coup s'en
défaisait avec d'autant plus de brutalité,
et qui évoluait vers la
démocratie, les droits de l'homme,
les droits de la femme, et qui avait une vraie vision
du Daulat, c'est à dire de la République
islamique, religieuse,
mais de la République quand même,
en Afghanistan. Il avait qu'un seul défaut,
le disulium, c'est que l'élite est tragique,
et quand on est tragique,
de cette itnie avec au Panshir et dans le nord-est
de l'Afghanistan, on a pas de chance de gouverner
en Afghanistan.
...
Quelques jours avant son assassinat,
le 9 septembre 2001, il a dit à Siliki
sa femme, je serai
Shahid prochainement, je serai Martyr.
Il est mort non pas dans sa vallée du Panshir,
mais à la frontière Tadjik, à Rojah Bahoudin,
et moi j'étais de l'autre côté de la frontière.
Je venais pour lui remettre
les épreuves de mon livre, Le Fouqon afghan,
et pour un reportage, et en fait
il était tué deux jours avant les attentats
de Waclot Center.
Et quand on l'a tué, on était
à peu près à la 42e, 43e
tentative d'assassinat.
J'avais assisté à une d'entre elles auparavant
avec deux combattants algériens islamistes
avec une voiture 4x4 piégés,
télécommandable à distance, qui était assez rare
à cette époque, sûrement manipulé
par les services secrets pakistanais.
Il s'en est toujours sorti avec
un très bon service de sécurité,
il changeait de lit, cinq fois par semaine.
Dimanche 9 septembre, il est mort assez vite,
il était touché dans cette petite maison
de Rojah Bahoudin,
à la tête et sur le côté
par les deux islamistes marocains.
Le soir même, les talibans
ont déclenché une grande offensive
sur le front nord-est de l'Anniance du Nord
tenue par Masoud, et pour coordonner
ce genre d'attaque entre l'assassinat
de Masoud et une attaque frontale,
il faut être assez bien informé,
donc on sait qu'il y avait des services secrets
qui étaient derrière les talibans
dans le registre.
Masoud et Abdullah Abdullah
sont en adjoint, m'attendez
Abdullah Abdullah qui est la qui Est le vice-président d'Afghanistan
, le numéro 2 de son mouvement
et j'ai été avec le beau frère
Chamsuddin, le beau frère de Massoud, et ils ne me l'ont pas dit tout de suite. Il est mort le dimanche, donc 9 septembre,
20 minutes après l'attentat, mais j'ai perçu à travers leur regard le soir même et le lendemain qu'il était mort.
La nouvelle a été cachée pendant trois quatre jours, il était enterré le samedi suivant.
Donc après les attentats de New York qui étaient évidemment liés, il fallait tuer Massoud pour réduire
et contrer, on va dire, ces démocrates
pour les islamistes et pour les talibans d'Afghanistan.
Partez au moment, il y a le 11 septembre, deux jours plus tard, le mardi j'étais là.
L'asseia est arrivée, les Américains sont arrivés, des Américains ont fait tomber la Régime de Kaboul de novembre avec les combattants afghans
en titalibans et Massoud auraient été protégé
le lendemain du 11 septembre.
Oui, j'étais effondré, en même temps je me suis dit c'est pas mon pays, moi je suis là pour écrire un livre,
je suis là pour faire un grand reportage
et même si je suis en empathie en compassion avec les afghans
depuis des années que je les fréquente, c'est pas ma guerre.
Quand on l'a enterré, il y a une longue file de 3 km de 7000 hommes
parmi les premiers, donc il y avait Abdul Abdullah, il y avait un ancien
président afghans et le fils, Amal Shah, le fils à maître donc de Amal Shah Massoud, qui avait 14 ans à l'époque.
Un Iraniens posait une question à l'office de Massoud, 14 ans donc, il s'est mis à pleurer et là il y a eu comme une
vague de pleurs sur des centaines de mètres devant moi, tout le monde s'est mis à pleurer
et moi j'étais tellement ému que je me suis mis à pleurer aussi, je me suis dit mais c'est une faute, je n'ai pas pleuré
et je crois que j'étais tellement en empathie avec ce peuple
que voilà, je l'ai pris dans ma chair et
pour moi c'était la fin d'un rêve, d'une espérance pour le peuple afghan de reconstruire l'Afghanistan, de combattre les talibans et là on était à deux doigts
puisqu'il est mort deux jours avant les attentats qui sonnaient quand même
le toxin pour les talibans et les islamistes en Afghanistan.
Il faut dire aussi une chose c'est que quand tu assis, c'est assez massacre, c'est très perturbant évidemment.
Alors ma tactique c'est évidemment de partir avec une sorte de règle où il y a beaucoup de fraîcheur encore une fois
pour être proche des gens en un temps une sorte de cynisme, excusez-moi on s'est fondre, on s'est fondre, on ne peut pas avoir passé
du temps sur les chambres de bataille, voir des massacres, voir des gens brûlés, des gens dans les hôpitaux,
voir des gens qui vous racontent leur grande bataille de jour, comme si c'était très très fier et être un dème, on n'est pas un dème,
on est témoin donc on est victime et moi je me suis effondré ici à Paris.
C'est ce retour qui est difficile, on est dans une violence psychique qu'on n'arrive pas à traduire
près des siens, près des gens qu'on aime ou dans sa rédaction, on n'arrive à peine à parler parce qu'on a peur d'embêter les gens
et puis une fois qu'on a parlé les oreilles se ferment et c'est normal, le monde continue et ça c'est dur en même temps.
Et donc ce que je fais c'est que l'écriture, y compris de roman ou la prise de note permet de se préserver
parce qu'encore une fois ce que j'ai vu c'est pour moi au-delà de toute raison humaine,
j'ai su dans l'espérance mais je ne sais pas comment je fais.
Donc c'est perturbant donc il faut rester un peu blindé.
J'ai été arrivé, parce que je ne l'aure pas beaucoup, j'ai cette chance d'écrire dans les tranchées, d'écrire chez des humanitaires à Kaboul,
dans mon duvet, alors j'ai à peine sorti à l'édois parce qu'il fait à peu près un moins cinq dans la chambre, on est, il n'y a pas de chauffage,
c'est bombardé aussi.
J'ai été arrivé à Bagdad aussi d'écrire sous les bombes, d'écrire même des romans qui n'ont rien à voir,
mais je crois que ça m'a aidé aussi à tenir, donc soit des notes, soit des livres à la main ou sur un ordinateur,
quand il y a l'électricité ou quand j'ai encore la batterie, mais beaucoup à la main,
et je crois que l'écriture aide aussi à continuer son travail quand on est sur le terrain.
J'ai découvert les statues de Bamiyan, les fameux Buddha avec les talibans.
Je n'avais pas le droit d'y aller, ça m'a valu une expulsion, mais les talibans de Bamiyan,
donc dans cette vallée perdue au nord-ouest de Kaboul, m'ont bien accueillie.
Alors c'était assez étrange parce que donc ces deux Buddhas qui faisaient 53 mètres et 35 mètres de haut,
avaient à leurs pieds, qui sont gigantesques, donc cachés dans la niche, puisque on ne l'a pas vu,
c'est du grec creusé en quelque sorte, du grec sculpté, des tonnes et des tonnes d'explosifs,
mais c'était pas pour les faire sauter, c'était pour aller combattre masseaux et les chites de la région.
Eux encore une fois, les talibans de l'endroit ne voulaient pas les faire sauter.
Et vous êtes émerveillés, je suis arrivé aux pieds de ces Buddhas, mais c'est incroyable,
parce qu'on sent qu'il y a tout le vent des siècles, le vent de l'histoire qui passait par là,
donc c'était construit entre le premier et le quatrième siècle après Jésus-Christ.
Et ce qu'on appelle l'art du Gandhara, c'est l'art gréco-bouddhique,
c'est en fait cette rencontre entre l'art et l'hémistique et puis le bouddhisme.
Et on est investi de quelque chose, on est dans le spirituel, on est dans l'élévation,
on est entre 2005 et 2700 mètres d'altitude, on peut monter d'ailleurs par des niches et en fait
par des galeries souterraines, on peut monter sur la tête des Buddhas, assez impressionnant,
faut surtout pas glisser, donc on est à 50 mètres au-dessus du vide.
On sent qu'il y a à la fois la tolérance qui passait par là, la rencontre des civilisations,
ce que j'appelle l'esprit de la route de la soie, et autant de cette route de la soie de Marcopolo,
Marcopolo par exemple, qui a perdue pendant des siècles, ce faisceau de route commerciale,
les gens commerçaient, il s'arrêtait tous les 40 km, parce que tous les 40 km,
c'était à distance du jour des demarches, il y avait des caravans de serrailles,
donc des caravans serrailles, on s'enfermait avec les bêtes, avec les marchandises et les autres
carabaniers ou commerçants. Et là, les musulmans ont rencontré des chrétiens,
les chrétiens des juifs, les juifs, des bouddhistes, etc. On a échangé dans ce moment de l'or,
du lapis, de la zoolie, de la soie, mais on a échangé aussi des idées, et c'est extrêmement important.
Et cet esprit étrangement perdure encore aujourd'hui. Et les tueurs, moi je les appelle les tueurs,
les assassins des bouddhats veulent aussi assassiner cet esprit de la route de la soie.
Comme les auteurs des attentats de New York ont voulu signifier aussi aux autres musulmans,
donc on voulait détruire l'Occident et de l'un de ces symboles, ou plusieurs de ces symboles,
mais aussi dire aux musulmans, on n'allait pas dans ces tours devenir slamistes comme nous,
même si nous ne sommes que 2% ou 4% de l'Ouma, de la communauté des 1,5 milliards de musulmans
à travers le monde. Et donc là j'étais au pied de ces bouddhats, et malgré les talibans qui m'ont touré,
malgré le danger, malgré les agents des services secrets talibans qui ne me lâchaient pas d'une seuelle,
jour et nuit, on dormait ensemble pratiquement, et ils ont fini par m'explocer et de me menacer,
donc on a investi quelque chose.
J'ai sûretourné quelques années après, après la destruction, j'ai suivi la destruction
avec des larmes dans les yeux. J'entends sur le terrain, donc les talibans entre temps perdus,
on évacué Bamiad et Kaboul, et bizarrement j'arrive de nuit en arrivant de l'ouest,
un peu dangereux aussi, parce que j'avais monté une expédition avec l'UNESCO, j'arrive avec Ahmed,
mon ami qui était calédinaire, gouverneur de Kaboul, et un très grand photographe qui m'attendait,
qui venait de Kaboul, qui est Réza. Qui ne connaissait pas les bouddhats, qui connaissait Ma Soudne,
mais comme moi, on faisait deux, trois vallées, on ne pouvait pas connaître le reste du pays.
Et moi, je revoyais les niches vides, les sarcophages veillants des bouddhats bamiades,
et lui, j'ai découvert ça. Moi, j'arrivais de nuit, jugé sur la voiture, et un petit quart de lune,
on voyait encore la forme des bouddhats, je les ai imaginés. Et je disais à Ahmed, à Kram,
le résistant afghan, ils sont là, et il m'a dit « Oulivier, on était tous les deux sur le toit
de notre voiture avec le chauffeur », et il me disait « Oulivier, ils sont là, on les sent ».
Il y a des gens qui ont compris les intellectuels parisiens, qui disaient « Mais pourquoi vous défendez des pierres,
ça sert à rien ». Je dis au contraire, ce sont des femmes de talibans qui me disaient, moi en Afghanistan,
« Faut pas toucher au bouddha, faut pas toucher à notre culture, c'est la culture du monde, c'est la
culture de l'humanité, si on touche à ça, on détruit le cerveau de notre culture afghane, donc celle du monde ».
Et je disais « Sauvez les pierres, c'est sauver les hommes et les femmes ». Et nous avions raison,
je dis ça honnestement avec mes amis afghans, américains, iraniens,
Pakistanais qui sont nus dans le monde, du monde entier spécialiste des bouddhas d'Bhamyan,
on avait raison, il faut sauver les pierres pour sauver les hommes.
Le film « L'opium des talibans » réalisé par François Margolin apparu en 2001. Olivier Vébert est écrit de
nombreux livres à partir des rencontres faites sur le terrain. Chasseurs de dragons,
des pavaux afghans au bar d'Occident, le Faucon afghain voyage au pays des turban noirs
à partir de ses entretiens avec le commandant Massoud ou encore le grand festin de l'Orient sur
ses routes mythiques de la soie. Les balladeurs, une série audio-léosaurs, écrite et réalisée par
Camille Juzo, la musique et de Allison Brassac et le mixage de l'Origaliganie.
Et nous vous retrouvons dans 15 jours pour une longue marche sur les chemins espagnols. A bientôt.