#33 — Le taureau espagnol, avec Théo Anger

Durée: 34m26s

Date de sortie: 08/07/2020

Théo a 16 ans lorsqu'il rencontre les éducateurs de l'association Seuil.

Sur décision de justice, après quelques déboires dans ses foyers d'accueil successifs en Normandie, on lui propose une marche de 1 300 kilomètres sur les chemins de Compostelle, au départ de Séville.

Une randonnée de plusieurs mois, parsemée de doutes, de colère et de rencontres joyeuses, pour se remettre dans le droit chemin.

Les Baladeurs est une émission Les Others, supportée par Audible, l’application de podcasts et livres audio.

Cet épisode est signé Camille Juzeau, avec une composition musicale de Alice-Anne Brassac et un mixage de Laurie Galligani.

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C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Back Market est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Tu as 16 ans.
Tu peux être sourire et la plupart du temps tu es colère.
Les autres ne t'écoutent pas, ne t'entendent pas. C'est la solitude à l'intérieur.
Tu es nuage et parfois, orage.
Pourtant, dans la nature, dans la normandie où tu as grandi,
tu aimes regarder autour de toi les brindères beux qui dansent dans le vent, la course des nuages.
Tu aimes le silence et observer la marche du monde.
Tu aimes parler aussi. Tu as le contact facile avec ceux qui croient ton chemin.
Cet été 2014, la justice te dit qu'il faut changer, que les bêtises, c'est plus possible.
On te propose un défi, celui de marcher le long de la route de Compostelle pour 1300 km.
Une marche, de plusieurs mois.
Le départ est assez vieille. Tu seras accompagné par Clémence,
une jeune éducatrice de l'association Seuil qui te prend en charge.
L'idée te plaît, partir finalement comme une échappatoire, une bouffée d'air.
Mais le chemin est long, il faudra marcher tous les jours, malgré le corps qui tire et les ampoules.
Tu es Théo et tu te mets en marche.
J'étais en foyer à Saint-Laure, je crois, où c'était après l'Orient.
Après l'Orient, ils m'ont un peu bougé et ramené à Couton.
L'ambiance des foyers, c'est complètement différent par rapport à la vie qu'on peut passer normalement dans une famille.
On rencontre des jeunes et la plupart de jeunes qui sont là-bas,
sont un peu beaucoup de difficultés pour avancer.
En fin de compte, on tendance à te mettre plus bas acteur et te faire faire des bêtises.
On tendance à suivre.
Après, il y a eu les familles d'écoïs aussi, c'est complètement un vien romandiférence.
C'est une famille qui prend pour sa famille, alors que ce n'est pas ta famille.
Mais après les foyers, pour moi, le plus difficile dans les foyers, c'est que les jeunes sont laissés eux-mêmes.
Même si on a des gens qui nous cadrent derrière, mais ils ont plusieurs personnes à cadrer,
pour eux-mêmes, ce n'est pas simple.
Même pour nous, on demande énormément d'attention à cet âge-là.
On a tendance à essayer de se faire voir, mais par n'importe quel billet de bêtises pour en arriver là.
Plus que...
Tu es volant de magasins, mais pas plus que ça.
Après, le niveau justice, ça passe plus ça va, plus c'est considéré comme mal.
La justice m'a donné un choix.
En fin de compte, avec les éducateurs qui ont cherché une solution,
on trouvait l'association SAI, qui a permis de pouvoir un peu s'échapper de la justice.
Ça m'a apparaît d'une petite secours pour moi, mais en même temps,
j'ai eu le moment de bouger et sortir un peu de tout ça,
de tout se passer difficile, de l'environnement que j'étais,
que j'avais besoin de respirer, de prendre l'air.
Essayer de me libérer, me connaître moi-même, apprendre de moi.
On m'a dit que j'allais marcher, que ça allait peut-être en Espagne.
J'ai appris ça directement devant le juge.
On m'avait dit qu'ils allaient quand même voir avec mon père ou ma mère,
et c'est mon père qui a pris la décision de bien vouloir quelque giaille.
Et à partir de ce moment-là, ça s'est fait tout seul.
J'ai juste eu un rendez-vous que je devais prendre notre train pour aller à Paris,
pour voir l'association, pour voir comment ça se démarche.
J'ai vraiment envie de l'affaire.
Après, il me redonne un rendez-vous pour nous dire que vous êtes appris.
Et à partir de ce moment qu'on est pris, c'est là qui nous attrape et nous dit, bon, c'est parti.
Je me sentais trop pouvoir le faire sans problème,
alors que en fin de compte, quand je suis arrivé là-bas, c'est pas du tout la même chose.
On est quand même un stage d'une semaine où on s'entraîne un peu à marcher,
à prendre à connaître notre accompagnante et tout, et ça se passe en Bretagne, à côté de Rennes.
On est censé s'entraîner, à gérer notre nourriture, juste le temps de mettre un peu dans le bas.
S'habituer à l'équipement, s'habituer à l'accompagnante, si ça le fait ou pas.
On apprend à vivre ensemble.
Après, ça me dérangeait pas de faire des kilomètres et tout.
On faisait le plus possible au début, je veux le tourne de se mettre.
Au début, c'était dur.
Au début, j'étais sur l'apprentissage d'environnement.
J'étais encore dans un monde que je connaissais.
Après, à partir de mon classif indéterminé, c'est parti.
Et après, à partir du moment où j'ai pris l'avion pour y aller,
c'était la première fois que je prenais l'avion, alors en même temps, ça m'a...
Je ne sais plus, il y avait un numéro de vol et c'était écrit T et A.
Alors, je pensais que c'était pour moi que l'on avait fait l'esprit.
On est au-dessus des nuages.
C'est beau, mais on dirait qu'on a une carte sous les yeux.
Ça ne dure pas si longtemps que ça, de prendre l'avion.
Je m'attendais à plus longs, un environnement plus large.
Mais c'est joli, franchement.
Par contre, il y a une nuage qui a caché la vue, mais c'est joli quand même.
Et après, on a atterri.
Première fois, on a un avion, première fois en Espagne,
direct à Séville, qui fait des températures.
Ça m'a changé complètement.
J'étais perturbé quand je suis arrivé.
J'étais stressé surtout.
C'est beaucoup d'ambiance.
Ça va jusqu'à 3-4 heures du matin.
Ça fait la fête.
Le même matin, ça reprend le taf, machin et tout.
Et on repartait le lendemain pour commencer la marche, première étape.
C'était une marche...
Saint-Jacques de Compostelle.
C'était une marche assez connue pour tout ce qu'il avait envie de faire la paix avec son âme.
Il y a plein de vignes autour de nous.
Il n'y a rien d'autre aux environs, pas d'arbre, rien du tout.
Là, c'est le désert.
Il n'y a rien du tout autour.
Qu'est-ce qu'on va voir après ?
Chaque fois qu'on avançait, on était là.
Vivement que l'étape se termine pour voir ce qu'il y a derrière.
C'est dur le début parce qu'on ne sait pas où on va.
On suit des flèches et on ne sait pas quel sont.
On les cherche un peu partout.
C'est qu'à partir d'un mois, après qu'on commença vraiment à voir les flèches correctement,
j'étais perdu, mais j'étais accompagné, alors ça allait encore.
On avait des étapes prévues et tout.
Au début, je ne suivais pas et je regardais un peu.
Je faisais l'étape qui m'était demandée.
On parlait au tout début, les premiers jours.
Mais après, j'ai une tendance à être un peu solo.
Et au bout d'un moment, ça m'a gassé.
J'avais besoin de mon coin solo.
Au début, c'était un peu l'arnarchie entre nous deux, parce qu'on ne savait pas comment s'y prendre.
Parce que j'en ai peut-être des câbles.
Je n'étais pas bien.
Ce n'était même pas pour arrêter la marche.
C'était juste des raisons futiles qui me servaient juste à gueuler pour m'extérioriser.
On avait des cafés, des dozettes dans le sac.
Je faisais toujours ça.
Prenais le café avant de partir.
C'était...
Au début, c'est physiquement, parce qu'en fait, on compte qu'il faut que ça habite un environnement,
que son corps t'habitue à ton sac à l'air.


On a des cadeaux, les chaussures et des ampoules.
Il y a certaines heures où il faut marcher, certaines heures où il ne faut pas, surtout quand tu pars du sud.
On commençait tout le matin et on arrivait en début d'après-midi, quand le soleil était déjà assez haut.
On avait nos bouteilles d'eau prévues et tout.
Mentalement, il faut vouloir se dire que c'est pas fini, on en est au début.
Et ça, c'était le plus dur aussi.
Ça allait dans un environnement de 10 à 15 km.
Après, on augmentait et j'ai eu mon problème au genou.
Alors, ça a un peu briné un peu l'étape pendant un temps.
J'avais fait un peu de bouchons, je me suis dit que je ne pouvais pas faire de l'eau.
J'avais fait une chute juste avant d'aller en Espagne.
J'étais tombé d'un toit sur les deux genoux.
J'avais laissé comme ça, j'avais pu mal et tout.
Après, j'étais obligé de faire des efforts sur mon corps.
C'est là que mon corps est tombé, il n'a pas supporté la charge, l'épuisement et les ampoules.
Tout ce petit truc, ça n'a pas supporté.
On a été voir un quinet.
Et après, j'ai mis des bandelettes autour des genoux pour marcher.
Et après, ça allait mieux.
Je mettais une pommade qui était très efficace.
Et je faisais 2 km sans problème.
Et après, on a remonté à 30, après 50.
Ou gros, c'était 54, 55, je crois, comme ça, à la journée.
On avait la boussole, on avait la gourde.
La gourde qui faisait 5 kg, ça montait déjà.
Un peu de nourriture, la tente, quelques vêtements, 2-3 bouquins.
En fin de compte, ça remplit déjà bien le sac.
J'avais pris trop au début, et à faire mesure du chemin, on a équilibré le truc.
Mais même si j'ai équilibré, je récupérais autre chose.
En fin de compte, sur la route, il y avait une pote serpent.
Je l'ai récupérée, je l'ai mis dans mon sac.
J'avais pris un bâton, je chante que j'avais un couteau suisse sur moi.
J'avais un bâton que je grattais, que je marchais avec.
Ou que je vais attacher des trucs dessus, mais c'était sympa.
J'avais même fait des petits dessins.
Et il y a des trucs comme des coquilles Saint-Jacques qu'on nous donne.
Moi, j'avais un harmonica par une dame, parce qu'on avait marché avec elle.
Elle m'appréciait bien, alors on m'a donné un harmonica.
Tout plein de trucs comme ça, ça s'accumule.
T'as pas envie de les jeter, t'as envie de les garder.
Je vis des familles faire la marche en vélo.
Faire la marche de compostel, c'était sympa.
Après, t'as les marcheurs en vélo, t'as plein de marcheurs différents,
qui ont chacun leur capacité de faire les choses.
Des Allemands qui venaient d'Allemagne, qui ont fait tout le sud jusqu'en Espagne,
qui ont en deux à retrouver sur notre touroute à nous,
qui ont démouaient avant de arriver là.
Et c'était fort.
Les gens qui ont fait de la marche depuis des années,
même des Espagnols.
Moi, perso, j'aime bien discuter avec les gens, alors j'ai pas eu trop de problèmes.
On a rencontré des Français.
C'était deux couples qui étaient super sympas.
On a marché quelques jours avec eux, ça s'est super bien passé.
Après, il a fallu se dire au revoir, parce que chacun a son périple.
Après, on a rencontré d'autres gens.
C'était portugais, espagnol, dans les Auberges aussi.
Des fois, il n'y avait personne.
On discutait avec les gens qui y avaient là.
Chacun avait une expérience de vie différente à nous expliquer.
Des Espagnols qui essayent d'apprendre la langue française,
et que nous, on essaye d'apprendre la langue espagnol, ça aide.
Je sais que j'avais rencontré une Espagnol qui m'avait donné un très flacat de feuilles.
C'était très gentil de sa part que je vais garder.
Le truc, c'est qu'on doit passer dans les Auberges de Genèse.
Pour Temponé, on a une feuille pour Temponé, comme ça, quand on arrive à Santiago.
Dès que la feuille est remplie, on arrive à Santiago, on aura fait les 1000 km.
C'est un peu une preuve de notre voyage.
Et en fin de compte, tout dépend des Auberges,
parce qu'on a eu des Auberges où qu'il y avait du monde,
et il y en a d'autres où qu'il n'y avait personne du tout.
On s'est retrouvés tout seul, on fait juste nos courses, et voilà.
Il y en a d'autres qui avaient du monde, et là, des fois, il y en a qui ne parlent pas,
on était surtout là-bas pour se reposer.
...
On a eu une Auberge où l'auberge était fermé.
C'était en plein milieu des Olivier.
Il n'y avait rien, pas d'eau.
Pas de rien pour se loger, rien du tout.
Heureusement qu'on avait les tentes, et heureusement qu'on a croisé des gens en voiture.
On a croisé juste un carré-miannette dans le champ, et tout.
En fin de compte, le gars, il avait un peu d'eau,
il nous a donné un peu d'eau, sinon on n'avait rien du tout.
Cette nuit-là, c'était un peu galère, on n'avait rien prévérment gêne.
Mais je sois... On a discuté un peu, il y avait des étoiles, et tout.
Et après, je suis parti me coucher.
Je lis rarement des bouquins, mais là je m'étais mis dans le Jules Verne.
C'est là que j'ai commencé à lire, parce que je m'ennuyais,
je savais pas quoi faire à la langue torche, et on a commencé à lire comme ça.
C'était Clément, qui avait ça dans son sac,
et il m'a dit, si tu vas, je te prête, et tout.
Au début, je lisais devant elle,
et après, en fin de compte, je continue à lire tout seul.
Il s'enfonce dans des cavernes, il ne retrouve pas la sortie,
il va tellement prendre profondeur que la chaleur est plus épaisse,
et ça continue comme ça, il voit des trombes d'eau,
il y a des sortes de puits souterrains.
...

En fin de compte, je n'avais pas d'ampoule.
Mais ça arrivait d'un coup, en fait, au bout d'un mois,
ça arrivait d'un coup, non, c'est une ou deux semaines,
et ça arrivait d'un coup, et j'avais 10 ampoules sur chaque pied.
J'étais...
Et en fin de compte, on prenait du fil à coudre et une aiguille,
et on les perçait comme ça, et on attendait.
Et le lendemain, il fallait repartir, et tout, ça faisait mal,
mais bon, on le faisait quand même.
Après, les pieds s'adaptent, alors ça allait tout seul.
Avec Clément, ça tout dépendait, en fait,
tout dépendait de mon humeur, on discutait beaucoup dans la journée,
après, on fêchait chacun notre truc de notre côté,
au début, il était beaucoup derrière moi,
mais après, à faire mesure, moi, j'en avais un peu marre,
j'ai un peu mis de côté, je suis parti dans mon monde,
et après, ça s'est passé plus facilement,
et je suis revenu, parce que c'était trop d'un coup, sur le coup.
On marchait presque 24 ans ensemble, et encore le soir ensemble,
et au bout d'un moment, moi, je ne pouvais pas supporter ça,
j'étais aussi têtu, j'avais besoin de mon nom,
j'avais besoin de mes cartes et tout ça.
Après, on aimait bien marcher, on aimait bien
voir les choses à l'extérieur, et surtout que
chacun avait son propre temps pour regarder le paysage.
C'est pour ça qu'on essayait de se mettre un peu de distance,
et on partait, chacun, et en fin de compte,
le truc, c'est qu'on se retrouvait à chaque étape
pour qu'on puisse, bien, soit parler, soit, bien,
laisser un peu d'intermédiaire dans tout ça.
Je m'étais moins de temps à marcher tout seul,
que accompagner, quoi.
C'est pas le même distance, c'est pas le même façon de marcher,
faut s'adapter, et je n'ai pas trop envie de m'adapter,
j'avais juste envie de marcher comme je voulais,
regarder le paysage, les animaux, le chemin,
comment ils changent différemment,
faire plus attention à des plus petits détails
qu'on ne voit pas quand on est accompagnés.
Il y avait terre, gravier, des cailloux qui parvaient
en pointe sur le chemin, des terrains en pente,
il y avait de la grosse pente sur quelques kilomètres,
c'est là que quand ça charre, moi, je me recharnais le plus
sur ces montées-là.
Et sinon, des fois, c'était tout plat, tout calme.
Il y a d'autres chemins, quoi, d'autres passages
qu'on peut découvrir, des choses assez plutôt belles.
Ça, ça m'a bien plu.
Vraiment, visiter l'endroit où tu passes,
profiter de l'environnement, qu'est-ce qu'il y a
dans l'entour, des fois, il y a des environnements
où c'est vraiment verdu de partout, et il y en a d'autres
où tu as des petits...
petits trivières qui longent avec une sorte de petit lac
qui t'a une impression que c'est une photo...
Mais non, non, c'était réel.
Du sud-au-nord, il y a quand même une grosse différence
quand on dépasse la frontière entre les deux,
on voit bien qu'il y a le mal-côté sec et il y a le côté mid.
C'est plus dans le nord, bien avant Santiago,
c'est deux, trois villages avant,
qu'il y avait plus de boue, c'était plus verdu,
c'était plus joyeux, c'était plus...
Ça donne un filtre sourire et pas de péter les plans, quoi.
Quand on finissait l'étape, on nous demandait
de remplir notre carnet.
On avait un petit carnet,
soit on pouvait le remplir de dessin,
soit on pouvait le remplir d'écriture.
En fait, on fait comme on veut.
Du moment qu'on écrit un petit truc de notre journée,
comme on s'est passé,
et moi, je faisais un peu d'aide.
J'ai tendance à écrire des phrases,
et en fin de compte, ça vient tout de suite en poème.
Parce que j'avais des épisodes de ma journée et tout,
et c'était tellement différent,
et j'avais quelqu'un qui était derrière moi pour ça.
Ce qui me disait, il faudrait que tu écrives
sur ton carnet, des trucs comme ça.
Et je faisais parce qu'il fallait quand même
un petit truc pour montrer ce que je faisais
dans mes journées et tout, sinon je n'aurais pas fait.
Oui.
Ca faisait déjà 3 semaines, un mois,
qu'on avait bien marché.
Je commençais à être un peu épuisé,
je n'avais pas comment...
J'étais encore dans le perdu.
Il y a un truc qui m'énervait et tout.
J'étais tellement énervé que je me suis dit
qu'il y avait un champ de taureau juste à côté.
Le taureau qui était là dans la pièce,
juste tout seul et tout,
je suis monté par-dessus la barrière.
Je suis allé voir le taureau, je lui dis
« Vas-y, fonce-moi dessus ».
Aucune réaction, rien.
Alors je suis retourné, j'ai refait demi-tau
et ça s'est repassé correctement.
Je sais pas, ça m'a pris comme ça d'un coup.
Moi, face au taureau, je me suis approché
en le regardant droit dans les yeux.
Je voulais me faire tuer par mon signe.
J'ai passé la barrière, je suis rentré dans l'enclos
et j'ai rien senti.
Le taureau était trop calme,
je voyais dans son regard qu'il n'allait rien me faire
et ça m'a vraiment embêté, car moi,
je voulais vraiment mourir à ce mot-là.
Je me suis remis en marche et je repensais au taureau.
Je lui ai parlé avec le regard et il m'a dit
« Laisse-moi tranquille, je mange et fin ».
Peut-être que je me suis rendu en train
et peut-être que le taureau est un reflet de moi-même.
On a continué à marcher et on a été jusqu'au bout de l'étape.
Nous avons retrouvé des gens, nous étions tous contents
de nous retrouver, moi, Théo, j'étais à moitié énervé,
mais ça s'est envolé.
...
...
Ça faisait déjà deux mois de marche.
On avait déjà bien avancé tous les deux,
moi et Clémence.
Quand on arrivait à Santiago, c'était l'étape
pour dire qu'on avait fait 1000 km.
Dans la cathédrale, il y a une sorte de fume-moire,
un grand fume-moire.
Ça, ils le mettent vraiment de temps en temps
et nous, on n'ait tombé plus au moment qu'ils l'ont mis.
C'était vraiment joli à voir.
Pourtant, je ne sais pas trop aller dans la cathédrale,
mais là, c'était une très grande cathédrale, très belle.
La ville était joyeuse aussi,
parce que, comme dans chaque coin de rue,
dans les villes qu'on a croisées,
il y a toujours des musiciens et tout.
Je voyais des gars jouer de la mandoline.
Mais, mes mandolines accordaient avec de la guitare.
On écoutait ça et tout.
Et après, à Santiago, quand on arrivait à Mouchian,
on avait écrit sur la plage qu'on avait fait 1300 km.
On était trop contents.
C'était le dernier jour.
C'était le dernier marche.
Alors, autant l'avoir fait ensemble.
Au début, c'était pas trop ça pour la dernière marche.
Entre nous, c'était pas trop...
C'était pas trop...




On était parti d'un village et, en fin de compte,
quand on arrivait à Colonia,
il y avait beaucoup de distances.
Et quand on arrivait,
en milieu d'après-midi, on en avait déjà bien chié.
Et le truc, c'est que quand on arrivait en haut de la ville,
il y avait une toute grande descente.
Et en fait, l'auberge était tout en bas,
dans le centre-ville, mais tout au fond.
Et en fin de compte, quand on a commencé à traverser,
c'était interminable.
Je ne croyais jamais qu'on allait y arriver.
C'était le plus dur des étapes.
C'était trop grand, trop grande ville,
beaucoup plus de gens,
beaucoup plus de renfermements.
On est renfermés dans une ville, je ne sais pas.
C'est une compression à l'intérieur.
C'est quand on arrivait au bout de l'étape,
qu'on a commencé à être un peu mieux,
qu'on était contents, on avait fini tout ça.
On est arrivés au bout, au bout des peines,
qu'on a vécues, là envers l'autre,
et en haut temps, on arrivait.
C'était en se remettre un peu des souvenirs en tête
de ce qu'on avait fait.
On a dormi à L'Oberge, et le lendemain,
on a reparti en April Bus pour partir en France.
En April Bus, en partant de Corugna,
on a remonté en France, comme ça,
on a passé la frontière, et on est remontés jusqu'en Bretagne,
où on s'était, on avait eu notre première semaine d'initiation.
Là, on est restés 2-3 jours,
le temps de remettre un peu tout tranquillement,
et après, en fin de compte,
on obligait de se dire les adieu, c'était terminé.
Ce qui était bizarre, c'était de poser le sac à dos.
Poser le sac à dos, enlever les chaussures,
s'en remettre dans...
Mais on vidé les frigos, c'était la fin.
Après, c'est vrai qu'on s'est habitué à se voir.
Il y a quand même un lien qui est difficile à faire partir,
parce que quand on part, on s'était créé ce lien,
on avait vécu toute cette aventure ensemble,
et en fin de compte, on se télesse comme ça,
comme ça, de genre en main,
même si on le savait, mais c'est toujours dur.
C'est triste un peu.
Après, on prend les cartes en main et c'est reparti.
Il faut se remettre dans la vie normale.
J'y vais au jour le jour,
mais j'essayais de voir qu'est-ce qui pouvait m'arriver
à la fin quand j'allais rentrer.
Et je savais que ça allait être dur.
Je savais que les gens, ils n'auraient pas changé.
Je savais tout ça.
Mais quand je suis rentré,
j'étais persuadé que non,
que ça allait changer,
que c'était pas moi qui allait changer,
que c'était les autres,
et en fin de compte, c'est un peu bugué pour moi.
Mais je l'avais déjà dit que je n'allais pas me sentir bien
à rentrer chez mes parents.
Je savais qu'il me fallait pas un environnement
où je rentre chez mes parents.
Ça m'aurait bousillé.
Mais ça m'a pas vraiment bousillé que ça.
C'est une étape.
Et voilà.
Après, aujourd'hui, ça me sert encore.
Je fais beaucoup plus attention.
Même que là, j'ai un petit frère et une petite soeur.
C'est eux qui viennent me demander du soutien.
Ils sont là à me poser des questions.
Et c'est là que je me rends compte qu'en fait,
ils ont enfin compris que
si j'ai fait tout ça, c'était pas contre eux,
c'était pour moi.
Si j'aurais pas avancé pour moi,
je n'aurais jamais fait avancer pour eux.
Parce que j'avais encore plein de questions à me poser,
plein de choses à qui il fallait que je réponde.
Dans lesquelles j'ai répondu.
Parce qu'en fin de compte, je reparlais à mon père.
J'ai mis des choses dans l'ordre.
Aujourd'hui, franchement, mentalement,
ça va beaucoup mieux par rapport à tout ça.
Tu as aujourd'hui 20 ans, des projets,
les jambes qui te démangent et l'envie de repartir.
Vers les Alpes peut-être.
Cravire une montagne, ta montagne.
Tu es Théo et tu es en route.
Merci à l'association Seuil et à Paul Dalacroix
pour son aide dans la réalisation de cet épisode.
Les Balladeurs, une série audio-leo-sers
écrite et réalisée par Camille Juzo,
la musique est de Alisson Brassac,
et le mixage est de l'Origaligani.
À bientôt.
...
...


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