Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Backmarket, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Backmarket est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs récitent d'aventure et de mes aventures en pleine nature.
Une série audio du magazine Leosers.
Attention, le départ est imminent.
Plongé sous l'océan, s'est épousé le monde du silence, pénétré un univers vaste qui renferme plus de mystère que des planètes lointaines.
Un univers où la lumière s'arrête aux frontières des profondeurs.
Simmergé sous la banquise du Pôle Nord géographique, là où le blizzard souffle sans en tract, et le thermomètre affiche moins 45 degrés, est une toute autre aventure.
Dans ces eaux inhospitaliaires, le corps et l'esprit doivent s'allier pour former une entité sans faille.
Guilin Bardou et Emmanuel Perrier Bardou ont voulu comprendre, raconter et documenter les dessous de cette banquise.
Commence alors le 26 mars 2010, la première expédition de leur projet, Under the Pool, un périplasquis de 45 jours, ponctué par des plongées glaciales entre le Pôle Nord et la Côte canadienne.
Véritable témoignage de ce monde fantastique, fragile et méconnu.
Le Pôle Nord, un parcours du combattant
C'était un parcours du combattant pendant deux ans.
Et ce parcours du combattant pour Guilin et moi, ça a été notre meilleure préparation pour l'expédition.
J'étais la seule femme à partir sur la banquise, je mesure 1,61 mètres, je pèse 50 kg.
Les jambes regardées dans les eaux, elles va tirer un traîneau de 140 kg, plongée sous la banquise.
Mais en fait, c'est plus de 50% de la réussite d'une expédition comme celle-là, c'est du mental.
Et deux ans de parcours du combattant, deux ans de doute, de travail, d'acharnement pour monter une expédition.
En fait, le mental, il se construit à ce moment-là.
Quand on s'est lancé dans The Pôle, quand on a écrit cette première expédition,
ce qu'on souhaitait faire, c'était un travail documentaire.
Vraiment documenter ce milieu, un milieu fascinant, un monde de glace, unique sur la planète, en voie de disparition.
Et c'est en ça qu'il y avait un petit peu urgence, chaque année qu'il passe, la banquise se fond.
Et donc, allons-y, allons-y, montons une expédition de plongée pour documenter, capter cette banquise du cœur de l'océan arctique,
la plus belle, la plus majestueuse, la plus inspirante, la plus inaccessible pour la raconter.
Qu'est-ce que c'est que ce monde de glace où l'homme ne va jamais, où la vie n'est pas la bienvenue,
où la vie est rare, la vie est dure et que finalement, d'ailleurs, pratiquement la seule vie qu'on trouve sur la banquise,
c'est justement dessous, c'est justement côté océan.
Je m'occupais en particulier de tout ce qui était alimentation, diététique, ration alimentaire.
Je me suis pas mal arraché les cheveux pour qu'on ait des choses équilibrées, mais qui en même temps allaient nous amener à cette calorie.
Mais, malgré tout, c'était notre première expédition.
C'était une expédition très compliquée à monter parce qu'on était 8 personnes à partir sur la banquise,
plus notre jeune chien Kayak, qui l'a fallu éduquer aussi pour tout ça,
et tout ça dans la certitude de trouver l'argent à la fin, et on s'entraînait physiquement, beaucoup.
Dans l'équation, il faut prendre en compte la logistique, le poids maximum que peuvent emporter les avions,
qui intègre même un certain volume de carburant en fonction de la destination.
Il va nous falloir du matériel de plongée, des bouteilles, des combinaisons, du plomb,
mais aussi tout ce qui va être nécessaire pour répéter ces plongées, déjeler le matériel,
re-gonfler les bouteilles, réparer ce qui cassera, etc.
et de se répartir l'ensemble du matériel dans ces 8 poules-câques que chacun tirerait derrière soi.
On a fait, durant 2 ans, des plongées d'entraînement.
On s'est rendus deux fois à Tignes, dans ce cadre-là, plongée sous le lac de Tignes.
On ouvre des grands trous, on peut en avoir plusieurs, c'est très rassurant.
On plonge de jour, on plonge de nuit, chaque plongée ressemble à l'autre.
C'est bien pour s'entraîner, c'est bien pour se préparer,
mais ce n'est pas le chaos qui va nous attendre sous la banquise,
et ce n'est évidemment pas les conditions psychologiques qui nous attendent,
puisque au Pôle Nord, on a froid tout le temps, on vit dans un état de froid permanent.
Donc au moment où on s'immerge, on a déjà froid,
il faut qu'on rentre dans quelque chose qui est encore plus froid, encore plus difficile,
et on sait qu'on va en ressortir les civets,
et on ne va pas avoir une tente, une cabane chauffée, quelque chose pour se soulager.
Donc en fait, il faut accepter pour pouvoir vivre les choses.
Je pense que les gens mal préparés qui font une expédition au Pôle Nord,
ils mettent leur vie en danger à un moment donné, parce qu'ils ne peuvent plus que se subir,
s'ils ne sont pas préparés à ça.
Pour réussir à faire une expédition, il y a le volet financier,
il y a le volet logistique, il y a le volet technique, il y a l'équipe,
il y a le calendrier, on a plein de curseurs devant nous,
et on les avance tous petit à petit, les uns après les autres.
Et il y a un moment donné, ils sont tous suffisamment avancés
pour qu'on se dise, ok, là, on n'est pas encore vert partout,
mais c'est le moment d'y aller, là, on peut y aller.
Et je pense que le risque est suffisamment maîtrisé
pour qu'on s'engage, c'est le moment d'y aller.
Au moment de Nord-Opoul, quand on est parti au Pôle Nord,
ça faisait trois ans à peine que j'avais commencé à plonger.
Donc finalement, j'étais une assez jeune plongeuse pour ses conditions extrêmes.
Et d'ailleurs, ça s'est senti si Guylain était très en confiance,
moi, j'étais beaucoup plus prudente.
Je me rappelle parfaitement de mon état d'esprit à l'époque,
rien ne pouvait m'arrêter, rien, rien.
D'arriver à rassembler une équipe dans l'avion qui allait nous déposer au Pôle Nord.
Au bon moment, à l'aube du printemps,
avec la bonne équipe entraînée, avec les bons équipements prêts,
en fait, à rassembler les conditions sur une fenêtre de temps extrêmement réduite
pour qu'éventuellement, on puisse tenter la chance de cette expédition,
qu'une fois que ces conditions étaient rassemblées et qu'on y était,
il n'y a absolument rien qui pouvait nous arrêter.
Dans l'équipe, en plus de Guylain et moi,
il y a six autres personnes sur la banquise
et une femme valentine sur la base arrière,
donc un résolute qui va se charger de toute notre logistique pendant l'expédition.
Dans cette équipe, chacun a un rôle précis, mais tout le monde est polyvalent.
On a Clément, Clément Infante.
Lui, c'est le plus jeune, mais c'est aussi un des plus atlétiques.
Il est étudiant en pharmacie, puis il prépare le guide de Haute-Montagne.
Et lui, clairement, l'a pris pour son côté physique, fonceur, quoi.
Vincent Berthet, qui est cameraman, lui ne plongera pas,
mais par contre, il va documenter l'expédition.
C'est un mec qui n'est pas très épais, qui ne connaît pas bien le froid, tout ça.
Quelqu'un de très discret et qui va réussir à faire le job super bien.
Benoît Poyel, un ami proche.
Un peu ronchant, mais qui fait toujours le job, quoi.
Il met quelques jours et quelques plongés avant de réussir à sortir une photo.
Et ça va nous inquiéter, puis finalement, il va faire des photos incroyables sous la glace.
On a Sam, qui est un de nos proches, Samuel Odrien, plongeur mécanicien,
et c'est un de nos équipiers les plus expérimentés en expédition.
Alban Mission, qui est un plongeur très expérimenté.
Quelqu'un de assez fort, physiquement, très bout en train.
Pascal Ré, infirmière, urgentiste, et qui sera là pour faire face à des tracas d'ordre médicaux
qu'on pourrait éventuellement rencontrer.
Quelqu'un qui pratique le base-jump à côté et qui a l'habitude de faire des secours d'urgence.
Et puis surtout, il y a Emmanuel, qui a monté le programme à mes côtés,
donc qui le connaît dans ses moindres détails,
et qui a un soutien moral et psychologique très fort, qui est essentiel à la bonne marge de l'émission.
Et puis, Elva Gérée Kayak, notre chien polaire, qui est un Husky de un an,
qu'on a amené avec nous depuis la France.
Kayak, lui, il est là pour nous prévenir contre les ours polaires.
Notre chien, à qui les pilotes d'avions ont dit adieu le premier jour en disant
« il est trop jeune, il n'a pas assez de poils, il ne survivra pas au Pôle Nord ».
Et il a survécu, il s'en est bien sorti, il a fait son poil.
Et donc moi, Guylain, qui vais diriger cette expédition,
ça veut dire la menée à son terme et ramener tout le monde en bonne santé.
D'abord, et ensuite, de tout faire pour essayer d'atteindre nos objectifs,
essayer de capter cette banquise, essayer de multiplier et plonger,
de sentir cet environnement et de le raconter dans toute sa diversité,
dans toute sa complexité et avec tout notre cœur.
On a pris un premier avion pour Montréal, le Husky est le plus classique.
Le seul gros enjeu à ce moment-là, c'est que tout le matériel qui nous suit arrive en temps et en heure.
Une partie du matériel était partie avant, donc on était rassurés sur ce coin-là.
Et puis après, de Montréal, on commence à prendre des avions de plus en plus petits,
c'est de plus en plus artisanal.
Après une longue route depuis l'Europe, on arrive à Réseau-Lut-Bais.
Tout le monde a entendu parler de Réseau-Lut-Bais quand on s'est passionné pour les voyages polaires
parce que c'est le camp de base, c'est le point de départ de toutes les grandes expéditions polaires,
donc c'est mythique d'arriver là-bas et de commencer à préparer son matériel
et de voir les autres expéditions qui se préparent également.
Ça n'a pas du tout la beauté et le charme du village Groenlandais.
Le village Groenlandais, c'est des maisons en bois, toutes colorées, c'est très joli.
Là, on est dans des préfabriquées, c'est quand même beaucoup de hangars,
beaucoup d'avions, des hélicoptères, c'est ce qui rit tout le monde là-bas.
J'ai envie de dire que c'est le départ et le retour des avions, des hélicos.
On a perdu quand même beaucoup dans ces coins-là du Canada, de la tradition.
Donc ça a un côté, le village en lui-même ne fait pas rêver.
Mais en même temps, on est au bord de la mer, on est au bord du passage du Nord-Ouest
et à cette période de l'année, elle est complètement prise dans la banquise,
donc on est déjà au bord de la banquise
et on est aussi dans l'histoire de ce passage du Nord-Ouest, qui a une histoire propre.
Il y a plein de petits détails, de photos, d'articles de journaux,
de petites choses qui traînent à droite à gauche,
qui nous rappellent qu'on est dans un grand lieu de l'exploration.
Et voilà, c'est la course pour partir.
Il y a déjà quelques personnes qui sont sur la banquise
et donc on entend parler de celles qui viennent de se geler de doigts et qui forment à patrier.
Donc il y a un côté hyper excitant, il y a un côté un petit peu angoissant.
Donc en fait, c'est une bonne préparation, cette première étape par réseau lulbais.
Alors tout ça, ça a été évidemment anticipé, mais maintenant il s'agit de finaliser.
Il fait moins de 40 degrés dans le hangar.
Alors moins de 40, c'est difficile de visualiser.
Mais tout est gelé.
Les fromages sont des blocs de pierre, le chocolat pareil, les plastiques sont cassants.
Donc il faut faire très attention.
Et puis pendant quelques jours, on s'affaire à finaliser la préparation,
les derniers détails, les rations de nourriture quotidiennes
qui doivent pas excéder un kilo par personne, mais en même temps être extrêmement caloriques.
Et en même temps, ça nous permet l'air de rien de commencer à nous familiariser
avec le grand froid, nous accoutumer, mais en même temps tout en restant dans un environnement confortable
où on peut se mettre à l'abri du vent.
J'ai un peu l'impression qu'on se charge, qu'on se dote d'un capital
qui va nous servir un petit peu de réserve pour faire face à la diversité dans les mois qui vont suivre.
Et puis c'est un moment aussi où on n'est pas tout seul à résoluer.
Il y a d'autres expéditions qui viennent du monde entier avec chacun,
chacune, leurs propres objectifs.
Tout le monde veut partir vers le pôle au même moment, mais la météo n'est pas forcément favorable.
Tous les jours, on est dans les bureaux de la compagnie Erin Ken Boric
pour dire qu'il faut qu'on parte, il faut qu'on parte.
Puis l'appréciation monte et puis voilà, il y a un moment donné,
on nous dit le départ c'est demain.
Et puis le jour du départ, on se lève tôt, on se lève à peu près à 6 heures du matin,
on enfile notre tenue pour la banquise.
Donc là c'est des sous vêtements, c'est des colants, c'est des sous-pules,
c'est des grosses chaussettes, première couche, deuxième couche, troisième couche,
la quatrième couche c'est des dusés, des toutounes,
et puis une cinquième couche qui sera la couche extérieure pour nous protéger du vent,
Vestangortex.
Donc là avec Emmanuel et puis nos six autres équipiers,
on s'équipe ainsi pour faire face au grand froid de la banquise, pour être prêt.
Et Kaya qui n'a besoin de rien d'autre que 500 grammes de croquettes
à haute valeur énergétique par jour, pas de doudou, pas de colants, pas de parkour, pas de gortex, rien,
juste 500 grammes de croquettes et Kaya qui peut traverser l'eau semartique,
c'est incroyable, à force de la nature.
Quelque part quand nous on a besoin d'une montagne d'équipement,
on peut voir envisager un tel périple.
Donc on est le 27 mars, quand on monte dans l'avion,
là on monte vraiment pour un vol qui doit être sans retour.
C'est un vol qui est magique,
l'avion doit se poser le plus proche possible du pôle Nord géographique,
sur la glace.
Il y a un Twin Auteur qui vole quelques heures devant nous
pour tenter de repérer une piste d'atterrissage possible,
une piste d'atterrissage en gros, ça veut dire un morceau de glace le plus plat possible,
une longueur suffisante pour que le DC3 puisse se poser.
J'étais plus terrorisée par ces vols que par l'expédition elle-même et ce qui nous attendait.
C'est compliqué de faire voler ces avions et de les faire...
En fait ce qui est compliqué c'est de les faire décoller et atterrir sur la banquise
et les pilotes s'en cachent pas.
C'est pour ça qu'il y a autant d'attente parce qu'ils sont très peu à pouvoir les piloter
surtout les DC3 comme on prenait.
J'appréhendais un petit peu tout ça, j'ai l'impression qu'on allait se cracher quinze fois.
C'est vraiment l'aventure.
Le Twin Auteur va devoir se poser sur le Nord de l'île Esmer
et puis une première fois sur la banquise et une deuxième fois pour se ravitailler,
c'est à dire qu'il a ses propres drums de kerosene à l'intérieur
et il se pose et il se ravitaille à la pompe à main et puis il repart.
C'est un vol sans passeport, sans argent.
Là on a notre matériel, on est autonome pour un mois et demi
et on a un téléphone satellite et deux GPS qui vont nous relier au monde
et qui vont pouvoir pendant toute l'expédition nous positionner.
Alors ce vol en DC3 vers le Pôle Nord, il dure plusieurs heures.
On regarde la banquise défilée, les craques, les ouvertures, les voies d'eau, les crêtes de compression,
la côte qui s'éloigne derrière nous, les dernières montagnes.
Et puis au fil des heures, on suit l'avancée du Twin Auteur qui est devant par radio
qui fait demi-tour au Pôle Nord, qui ne trouve pas un terrain d'atterrissage
et finalement le pilote du DC3 me passe un casque
et là c'est de la haute voltage, c'est un moment hyper impressionnant
parce que pendant 20 minutes, le pilote va se cercleer autour d'une plaque de glace qui l'a repéré
de plus en plus proche et de plus en plus bas et on finira à quelques mètres sols
parce que le pilote en fait, il essaye de voir toutes les espérités, toutes les ombres
qui pourraient cacher un morceau de glace qui casserait le train d'atterrissage de l'avion à son posé.
Et puis finalement, le pilote me dit, on est à 70 km du Pôle, j'ai un terrain pour atterrir
est-ce que tu veux qu'on se pose ici maintenant ? Tu dois me le dire tout de suite.
Évidemment je lui donne mon feu vert.
Et à ce moment-là, il nous dit de nous préparer à l'atterrissage
et puis c'est parti, il fait son approche, il descend et puis tout d'un coup le sol se rapproche
la glace, on la voit mais on la voit, on est dessus en fait presque et l'avion se pose
là c'est un bruit pas possible évidemment, ce qui y freine autant qu'il peut
il inverse sa poussée pour essayer de s'arrêter et puis l'avion s'arrête.
Et là ça y est, cet instant précis c'est l'aboutissement de ces deux ans et demi de travail.
En fait ce qu'il faut voir c'est que jusque-là, il n'y avait rien qui nous garantissait
le fait qu'on pourrait poser pied sur la banquise.
Le mécanicien descend, il sonde la banquise, il regarde, il fond de mi-tour,
il se positionne déjà en position de décollage et puis à un moment donné il va réduire
la puissance des moteurs et Evanoune donner le go, on peut sortir de l'avion.
Et là pour la première fois on va marcher sur la banquise, on est à 70 km du pôle nord
en dessous de nos pieds il y a plusieurs milliers de mètres de profondeur.
On est en plein milieu de l'océan glaciaire l'Arctique, il fait environ moins 45°,
on décharge les poules-cows, on fait un test avec le téléphone satellite,
ça c'est parti de la procédure pour s'assurer que tout fonctionne bien
et qu'on est capable de communiquer avec notre bas arrière à terre et puis le DC3 repart.
Et là c'est le début de l'expédition.
...
...
...
...
...
...
...
On se parle rapidement, on finalise le pactage, on est prêt, chacun prend sa poule-cows,
on perd pas de temps, on se met à schier, ça évite de trop réfléchir.
On doit prendre contact avec la glace, on doit s'approprier cet environnement extrême
qui est en train de nous crier de toute part que ce monde n'est pas fait pour nous.
C'est un monde dans lequel on ne peut que survivre, c'est un monde dans lequel on est en sursis,
c'est un monde qui est ultra hostile et pourtant on a prévu d'y vivre pendant plusieurs semaines,
plusieurs mois et d'y plonger.
Donc le premier soir on marche, évidemment il n'y a pas de nuit,
on marche, je sais plus combien de temps on a marché, une heure, deux heures et puis on décide de monter un premier camp.
Le soir sous la tente, là on se regarde, on met une heure à faire chauffer de l'eau pour faire notre euphilisé,
on est frigorifiés, personne décroche un mot, on y est, on est seul au monde,
il n'y a plus personne, quand on sait la difficulté que ça a été pour nous déposer,
on connaît aussi la difficulté que ça va être pour venir nous chercher si on en a besoin.
Donc tout ça, ça renforce aussi le fait qu'on se sent terriblement seul,
c'est pas du tout super, ça y est, on y est quoi.
Non, non, il y a un côté, on va dormir, oublier, puis demain on va recommencer en mode machine automatique.
Au matin quand on se lève, on s'est ressourcés, il fait toujours très très froid, moins 40 environ,
mais on s'est reposé, on met du temps à s'extirper du sac de couchage, la fermeture éclair est gelée,
on doit se lever et puis plier le camp, ça prend deux heures,
parce qu'on va devoir brosser toute la glace qui s'est formée à l'intérieur de l'étante,
ou sur les duvées, de manière à enlever cette humidité qui finirait par s'accumuler au fil des jours
et devenir une masse à tracter qui pourrait compromettre l'expédition.
On ne traîne pas autant que possible, on gouge, on s'active et on s'élance.
Alors la première traction est difficile, les poules casses sont lourdes, elles pèsent 120, 130, 135 kg encore.
Notre route est simple, c'est plein sud, direction la côte la plus proche, l'île d'Alice-Mer qui est à peu près à 700 km,
et curieusement les paysages sur la banquise ils ne sont jamais pareils.
Parfois en l'espace de quelques minutes, il suffit de franchir une crêne de compression et on va rentrer dans une pleine,
une pleine de glace avec une voie d'eau rejelée la nuit dernière qui va nous faire un peu comme un canal
qu'on va pouvoir suivre sur quelques centaines de mètres, parfois plus.
Et puis inversement, des fois on arrive sur une barrière, une montagne de glace, un franchissable, qu'on va devoir contourner.
Et parfois c'est comme ça qu'on va décider de s'arrêter aussi pour y plonger
et c'est ce qu'on fait en cette fin de deuxième journée, on trouve une plaque de banquise qui est parfaite pour établir le camp
à côté d'une voie d'eau et de crêne de compression qui nous invite à aller plonger
et c'est ce qu'on décide de faire le lendemain.
Donc on s'organise à proximité et ce soir quand on digne tous ensemble sous la tente avant de s'endormir
en mangeant nos plailles au filisé sous la tente messe, on évoque cette journée du lendemain,
cette première plongée qui va représenter un grand moment parce que ce sera la première plongée de cette expédition
et finalement enfin on va s'attaquer à ce pour qu'on est venu.
La préparation à la plongée c'est le travail d'une journée, c'est à dire qu'on se lève le matin
et on se dit aujourd'hui on plonge, on va concentrer toute notre énergie vers ça.
Certains vont ouvrir le trou, ça prend entre 30 minutes et 1 heure à peu près.
Quand c'est facile, parfois une seule personne peut réussir à l'ouvrir,
quand c'est compliqué on est souvent 2 voire 3 à se relayer à la scie pour l'ouvrir
et puis ça a l'avantage de réchauffer.
Et pendant que certains s'affairent à percer cette plaque, les plongeurs se préparent.
Guillaume me dit toi t'as jamais plongé sous la banquise, moi j'ai déjà ton petit vent en première, c'est un gros privilège.
Donc je me prépare en étant quand même très excitée à l'idée de vivre cette première immersion
et puis arrive le moment où je dois enfiler la combi, donc pour enfiler la combi il faut quand même que je me déshabille,
qu'on fasse ça donc il fait très très froid.
Et là la pression monte un peu, et donc je me mets dans ma combi en caoutchouc
et au moment de passer la cagoule, impossible de faire passer ma tête dans la cagoule mais impossible.
Et honnêtement je panique presque parce que je peux plus respirer là-dedans
et je ne me dis pas que ça peut venir du caoutchouc à durci avec le froid, je me dis c'est un lapsus.
J'appréhende d'y aller donc ma tête ne veut pas passer dans cette cagoule et en fait non, en fait c'est simplement que le froid a tellement
contracté le caoutchouc qu'il faut le réchauffer pour qu'il se redilate un peu et qu'on puisse aller dedans.
Donc c'est ce qu'on fait, on prend le décapeur thermique pour réchauffer le caoutchouc de la cagoule,
on le chauffe, j'arrive à l'enfiler et là je suis devant le trou et je me prépare.
Et là j'avoue qu'il y a de la prévention parce que je suis dans cette combi qui est toute gelée,
avec des grosses moufles j'ai l'impression de ne pas bien pouvoir me servir de mes mains,
en fait qui contrôle ma stabilité, qui contrôle mes instruments, donc j'ai besoin quoi.
Je respire dans mon détendeur, il y a des bouts de glace qui m'arrivent dans la bouche,
enfin tout le truc est un peu anxiogène, j'ai mis mes palmes, j'ai les jambes dans l'eau,
tout le resté en dehors de l'eau et j'ai complètement besoin de mon assistant en surface pour me préparer.
Donc j'ai la ceinture de plomb et puis là je vais enfiler le harnais,
d'abord la stab, ce qui nous permet de nous stabiliser sous l'eau, de ne pas couler.
Sur ce harnais on va venir fixer une bouteille de chaque côté,
le froid fait que le détendeur dans lequel on respire va givrer, donc va délivrer de l'air en continu.
Et le seul moyen d'arrêter ça c'est de fermer sa bouteille et de respirer sur l'autre bouteille
pour que pendant un temps on givre un peu moins.
Donc on alterne, on a deux bouteilles différentes qui sont chacune autonome
et on va tout le temps passer d'un détendeur à l'autre, d'une bouteille à l'autre,
en essayant d'équilibrer pour s'assurer qu'en cas de problème on est toujours de l'air dans la deuxième bouteille.
Et là je suis prête à partir, évidemment je m'assure que le fil d'Ariane est bien attaché
et bien clampé sur mon harnais.
Dans tout ça ça fait au moins 15-20 minutes que je suis assise au bord de ce trou,
sans bouger, à me refroidir et donc ce moment il est pénible parce qu'on est enboncé, on ne bouge pas, on a froid.
Je descends dans le trou, je m'émerge sous l'eau et là...
Il y a cette délivrance, il y a cette vision incroyable de visibilité à l'infini devant moi,
de cette faille de glace qui est très dure, très vive, avec des arrêtes très vives.
Si j'ai un mot pour le décrire je pense que c'est vertige.
Je ne m'attends pas à ça mais en fait il y a cette eau qui est tellement limpide qu'on voit à perte de vue devant nous,
donc on voit cette glace à perte de vue partout autour de nous.
Et sous nous l'oeil s'arrête vers le noir, il y a 5000 mètres de profondeur à peu près, sous nous.
Et il n'y a rien qui arrête ça.
Et cette limpidité de l'eau fait qu'on a l'impression d'être en apesanteur,
on a vraiment des sensations d'espace, de se croire dans l'espace.
Pour moi, c'est presque trop.
J'ai presque le vertige de voir aussi loin, d'avoir autant de profondeur sous moi,
dans cette eau aussi claire, je savoure le moment,
mais je suis quand même éteintre par une sorte d'angoisse,
parce que c'est tellement nouveau, tellement abyssal que c'est inquiétant quand même.
Je me sens pas à ma place, je me dis que c'est vraiment un milieu où on est invité pour pas longtemps.
Une fois qu'on accepte ça et qu'on prend la mesure du lieu,
je pense qu'on en savoure que plus chaque minute, on peut évoluer sous le pôle,
sous le ventre de la banquise, parce que c'est littéralement comme un animal vivant.
C'est vraiment elle bouge, elle craque, elle a ses propres bruits, elle oubille ses propres règles qu'on ne connaît pas.
Et en fait, tous nos sens sont bousculés, emplongés,
parce que ça ressemble à rien de ce qu'on n'a jamais pu voir ou expérimenter.
Il n'y a que des premières fois, mais il y a des premières fois qui donnent la chair de poule,
il y a des premières fois où d'un coup on entend une énorme explosion, une énorme détonation.
Et on ne sait pas, on ne sait pas si c'est prêt, on ne sait pas si c'est loin,
on ne sait pas si c'est près de notre trou, alors on a tout de suite le...
On se retourne vers le fil d'Ariane, vers le trou, on ne sait pas ce qui se passe.
En fait, assez vite, on va se familiariser avec ses bruits, avec ses détonations,
qui vont augmenter avec le temps qui passe, parce que plus ça se réchauffe, plus la banquise réagit à la chaleur,
craque, bouge, explose littéralement, on peut vivre comme des mini-tremblementaires,
comme des mini-avalances inversées où la glace sous l'eau va se déliter, lâcher et remonter sous la glace.
Donc il faut se familiariser avec tout ça, et la première plongée, c'est une plongée de découverte.
C'est une plongée où chaque sens essaye d'assimiler ce qu'il est en train de vivre.
L'oui, la vision, les sensations, tout ça dans un endroit où on est éteint par le froid, par un peu de peur.
Et puis voilà, il y a un moment donné, je prends l'eau.
Je sens l'eau gelée qui s'infiltre dans tout et j'ai pas envie de sortir,
parce que je me dis que c'est ma première plongée sous la glace et je vais en profiter.
Et du coup je reste un peu, mais je ressors de là complètement trempé.
Complètement trempé, tous mes habits sont trempés, trempé d'eau de mer.
Et là, j'ai un coup au moral parce que je sais que ça va être compliqué de voir impossible de faire tout sécher.
Je suis frigorifiée, je m'ai un temps fou à me réchauffer.
Sam et Guylain me disent, non, on a une idée, on va mettre ça dans le...
Ils avaient construit une espèce de tunnel qui sortait de l'échappement du groupe électrogène,
dans lequel venaient les fumées d'échappement avec la chaleur associée.
Et ils me disent, on va mettre des vêtements là-dedans et ça va aller sécher.
Sauf que c'était la première fois qu'on faisait ça, ils l'ont mis trop près et donc ils ont cramé la moitié de mes vêtements.
Et comme j'étais évidemment la seule à faire une taille XS, je pouvais pas me servir des vêtements des autres,
donc je me retrouve au troisième jour avec une grosse partie de mes vêtements troués.
Sur le moment je suis un petit peu amère et inquiète.
Et voilà, je me disais, est-ce qu'on a pas fait une connerie,
est-ce qu'on a pas voulu plonger trop tôt, trop vite.
On est nerveusement assez éprouvés, on se rend compte aussi que cette première plongée, elle est épuisante
parce que c'est énormément d'énergie pour la préparer
et c'est énormément d'énergie pour reconditionner tout le matériel derrière.
Et on souffre, on a beaucoup de matériel qui cassent.
Il y a un moment donné, on se rassemble avec toute l'équipe
et on se dit que là, on a cassé énormément de matériel
et que si ça continue comme ça, l'expédition ne va pas pouvoir tenir.
Mais en même temps, on sait que c'est normal quelque part, c'est-à-dire que tous nos équipements ne sont pas faits pour fonctionner dans un si grand froid.
Un compresseur n'est pas faits pour fonctionner par moins qu'hérente.
Des caméras, des appareils photos, le matériel scientifique qu'on a, tous nos équipements électroniques,
nos vêtements, les plastiques qui cassent et psychologiquement, c'est très difficile
parce qu'on a l'impression que l'expédition est en train de se déliter
et en même temps, je sais que c'est normal parce que tout ce qui doit casser est en train de casser.
Et il y a un moment donné, au bout de quelques jours, ça se stabilise
et effectivement, on se rend compte que l'expédition petit à petit
est en train de rentrer dans un rythme de croiser air.
Le matériel ne casse plus.
On commence à trouver un rythme qui restait prouvant, mais ça fonctionne.
Il faudra une douzaine de jours avant qu'on arrive à retrouver pleinement confiance en nous,
confiance dans notre matériel et confiance dans notre capacité à survivre dans cet environnement hostile et à y plonger.
Je me sentais vraiment et ça depuis toujours très à l'aise dans l'eau.
Mais la plongée sous-glace, c'est quand même un milieu assez claustrophobique.
On est quand même sous un plafond.
En plus, la banquice du pôle nord géographique, c'est une banquice qui est mouvante,
qui peut se refermer. On a toujours cette appréhension-là.
C'est la préparation et l'immersion qui est difficile.
Et en fait, finalement, dès qu'on passe de l'autre côté du miroir, dès qu'on passe sous la glace,
on est à paix par un monde qui ne ressemble plus à rien de ce qu'on connaît.
En fait, on n'a plus aucun repère.
Et c'est vrai qu'on a fait beaucoup de parallèles avec l'espace,
mais quand on pénètre sous la banquice du pôle nord géographique,
on se sent, je pense, plus dans l'espace que dans un océan.
Nos sens sont tellement bousculés, il y a une telle visibilité,
il y a ces monstres de glace qui nous entourent.
Ça fait qu'en fait, malgré l'appréhension, malgré les difficultés,
malgré le froid qui est omniprésent dans ces plongées, il ne faut pas l'oublier,
malgré tout ça, on oublie pendant un moment la difficulté et la douleur,
parce qu'on est littéralement appé par un monde incroyable et fascinant par ce voyage.
Je pense que c'est l'eau la plus claire du monde.
On voit par endroit 150, 200, peut-être 300 mètres de distance,
parce qu'on est au milieu d'un océan déjà, on est loin de toute pollution côtière,
on est loin des rivières qui peuvent déverser des sédiments,
on est dans une eau qui est parfaitement limpide,
et surtout qui, à la sortie de la nuit polaire,
n'est absolument pas chargé en plankton.
Le plankton végétal va se développer un petit peu plus tard au fil du printemps,
il y aura un moment donné des longs filaments d'algues qui se fixeront sous la banquise.
Et à la sortie de la nuit polaire, cette taux est absolument pas chargée en plankton,
en phytoplankton, ces algues qui se développent et qui seront un petit peu plus tard,
elles-mêmes dévorées par le zoo plankton d'origine animale.
Là, finalement, en y regardant de plus près, on voit des espèces, mais il y en a assez peu.
Les très rares animaux qu'on aperçoise pourraient être sortis de films comme Avatar ou Abyss,
qui n'y a presque pas de vie sous la glace.
Chaque trace de vie au Pôle Nord que soit sur la banquise,
à sous la banquise où on a vu un petit peu de biodiversité, c'est extrêmement émouvant.
Parce que chaque animal croisé là-bas, c'est tellement rare et on sait que c'est tellement difficile
de survivre dans ces conditions que c'est émouvant.
Et en plus, ça prend la forme d'un ange de mer, qui est un être tellement poétique, tellement joli.
Il est translucide avec des couleurs roses et orangées.
Il a deux petites antennes sur la tête et deux ailes, comme un ange, vraiment.
Il virevolte dans l'eau comme on pourrait imaginer un ange volé.
Il bat des ailes dans l'eau et dès qu'on agite un peu l'eau autour de lui, il fait la feuille.
Il est immobile et il fait comme s'il était mort.
Et un peu plus loin, il repart.
Mais c'est tout petit, quand on le voit à l'image, on a l'impression que c'est plus grand, mais c'est tout petit.
Je dirais qu'il fait entre 1 et 5, 6 cm peut-être.
L'ange de mer, c'est un symbole quelque part de la banquise, qui est fragile, qui est belle.
Et donc cet ange de mer sous la banquise qui vole devant nous et qui nous fait ce spectacle, on s'en laisse pas.
On se laisse pas de le photographer, de le filmer, parce qu'il est tellement poétique que c'est un cadeau.
C'est vraiment un cadeau de le regarder.
Ce sont des compagnons, les anges de mer.
C'est un monde fait de toute la palette des bleus, du bleu le plus clair, le plus lumineux quand on regarde dans la direction du soleil,
au bleu le plus sombre, le plus noir quand on regarde vers le bas, vers les abysses.
Et en même temps, entre ces profondeurs infinies et ce cadeau de glace au-dessus de nos têtes,
on a l'impression d'évoluer en apesanteur dans un autre monde, littéralement, une autre planète.
Il faut comprendre que la banquise sous-marine, c'est la symétrie amplifiée de ce qu'on va observer en surface.
C'est-à-dire que quand on est sur une banquise fine en surface, la banquise est fine en dessous.
Quand on a une crête de compression qui va monter à 4 mètres de haut en surface,
on sait qu'elle risque de plonger peut-être à 10 mètres sous la banquise.
Et ainsi, au fil du temps, on acquiert une excellente connaissance, une excellente lecture de cette banquise,
en voyant les formes de glace en surface et les accumulations de neige autour,
on va pouvoir décrire ce à quoi va ressembler la banquise au contexte de l'océan.
Et c'est comme ça qu'on va choisir nos sites de plongée au fil du temps,
en essayant à chaque fois d'aller capter une part de cet environnement qui soit différente,
qui soit complémentaire, qui raconte une autre histoire des précédentes plongées qu'on a pu faire.
Pour essayer de raconter ce monde de glace unique au monde, unique sur la planète, dans toute sa splendor.
J'aime demeurer une valve de petlure ..
J'aime avoir le trou de plongées de visu,
J'aime bien me dire, voilà, je sais où je vais, je sais rentrer, Guylain, Sam, Alban,
ils s'engouffrent dans des cavités à l'intérieur de la glace et ça peut ressembler à de la
spéléo.
J'ai accompagné Guylain un petit peu une fois comme ça, mais assez rapidement, j'ai
senti ma limite.
Mais ouais, à peu près, je dirais, 100 mètres, 200 mètres de fil d'Ariane, on peut dérouler.
Et c'est loin parce que, faut pas oublier que nos détendeurs peuvent vivre et donc
on peut perdre l'air dans nos bouteilles assez rapidement.
J'ai vu Benoit, notre photographe, revenir une fois en apnée littéralement jusqu'au
trou de Planger.
Et en remontant, j'arrivais plus à respirer dans mon détendeur, il est complètement bloqué.
Il faut avoir confiance dans ses capacités, dans le matériel, dans l'autre.
Et tout ça fait que petit à petit, on lâche un peu plus.
Moi, je vais de plus en plus loin au fur et à mesure que l'expédition avance.
Guylain et Sam vont de plus en plus profond au fur et à mesure que l'expédition avance.
Ça demande d'être honnête avec soi-même et avec ses équipiers pour que tout se passe
bien.
Alors, l'expédition va filer finalement.
Les plongées vont s'enchaîner.
On va progresser sur une banquise de plus en plus fracturée, de plus en plus ouverte
avec beaucoup de voie d'eau.
Les conditions de progression sont très mauvaises.
On est constamment freiné par des voies d'eau qui nous oblige à faire des détour
insensées ou on perd un temps considérable à les franchir dans des conditions où on
ne peut pas se quiller mais on ne peut pas non plus les traverser en ramens, en l'assemblant
de tout le cas en radeau.
Et finalement, c'est là où l'expédition va prendre tout son sens.
En fait, on va trouver les moyens de faire ce pour quoi on était venus, on multiplie
les plongées, on en fait des dizaines, des dizaines, justement pour voyager sur la
banquise, pour vivre au jour le jour, à son contact et finalement sans nourrir, sans imprimier
et la capter dans toute sa diversité et choisir au fil des jours, au fil aussi de nos sensations,
de nos émotions, les sites qu'on allait explorer, qu'on choisissait par leur topographie,
bien sûr, par l'enchevêtrement des plaques, les unes sur les autres qui nous inspirait
mais quelque part qui racontait une histoire qui était celle de la banquise et cette histoire
qu'on captait de manière beaucoup plus intime en faisant corps avec elle dans cette progression,
dans ce camp de polaires qui était ce choix d'expédition qu'on avait fait.
Faire l'expédition comme on l'a imaginé, ça se révèle vite impossible à savoir atteindre la côte.
En même temps, Guylain et moi, on le sait depuis le début, que ça va être très compliqué,
mais on sait qu'on a besoin d'un objectif pour avancer, pour vivre cette banquise comme on veut
la vivre et que l'équipe a besoin d'un objectif clair pour se lever le matin et avancer et là on
voit bien que le chemin est chaotique, qu'il y a beaucoup de crêtes, ce qui fait notre bonheur
plongé mais à ce qui rend notre avancée très très laborieuse. Et puis il y a cette fameuse
journée où il y a une hausse de température de 30 degrés en une nuit où en fait on passe de
moins 30 à moins 1 ou plus 1 pendant la nuit et en fait la banquise expose en une nuit autour de
nous, c'est à dire qu'on se réveille le matin, on est sur des morceaux de glace. D'abord on est sur
une banquise fragile et en plus elle est très très dure pour la progression et à partir de
ce jour là on comprend dans nos échanges avec la Terre et puis dans ce que nous on vit au quotidien
qu'il y a très peu de chances quand même de réussir à atteindre la côte. Et puis à un moment donné
où les pilotes nous mettent un ultimatum en nous disant là faut prendre une décision, on vient
vous chercher, ou on viendra pas. On échange maintenant avec les pilotes, on a trouvé une grande
plaque, un grand champ épais avec à quelques kilomètres du camp une plaque qui semble opportune
pour y faire atterrir un tweet noteur. En fait le jour où le pilote la survole, ce qu'il faut
savoir c'est qu'il n'a pas du tout atterri là où on avait balisé. Il a atterri en diagonale sur un
endroit qui lui semblait un peu plus plane et quand il a atterri et qu'il est sorti de cet avion,
Troyes, il nous dit je sais pas si j'ai envie de réatterrir là une deuxième fois. Donc il embarque
quand même nos quatre premiers équipiers tout le matos lourd et nous on se prépare quand même
potentiellement à ce qu'ils refusent de revenir nous chercher. Donc il y a eu un petit moment là,
un petit moment qui a duré quelques heures et où on a su ensuite qu'il y avait un bras de fer
qui avait débuté à ce moment là entre ce pilote et son manager qui lui dit si tu vas pas les
chercher aujourd'hui personne n'y ira les chercher et ça va vraiment être très compliqué pour eux.
Et ce mec est revenu nous chercher, Troyes est revenu nous chercher, il a fait ce deuxième vol.
Puis nous le pompons c'est que le pilote il est tellement crevé qu'il oublie sa veste sur la
pâle de l'hélice. Il a accroché son canadien de gousse là sur la pâle de l'hélice, il l'oublie.
Au décollage on entend un bruit hyper bizarre et en fait c'était la veste le temps qu'elle
finisse par se décrocher de l'hélice heureusement elle s'est pas pris dedans. Il faut imaginer qu'ils
font décoller ces avions sur à peine 100 mètres quoi et c'est vrai que le décollage et l'atterrissage
est hyper impressionnant parce qu'on rebondit littéralement sur des blocs de glace.
Et ça le jour du départ c'est des sensations qui sont très fort parce que finalement on a appris
à survivre sur cet environnement qui les premières minutes, les premiers jours sur la banquise
nous criait de partir et on aimerait prolonger l'expérience mais c'est pas nous qui décidons
c'est le climat, c'est la météo, on sait qu'on est au bout. On est rentré avec tous nos doigts,
tous nos orteils avec les images qu'on était allés chercher, des images extraordinaires qui
témoignent d'un monde de glace, un monde en voie de disparition qui est l'un des symboles forts de
ce réchauffement climatique qui matérialise à elle seule le climat, les grandes circulations
océaniques atmosphériques qui abritent une diversité animale polaire qui nous nourrit depuis
qu'on est gamin et il est en train de disparaître et c'est tout ça qui traduit l'évolution de ce
monde et qui doit nous alarmer pour essayer de s'y s'n'est d'enrier en tout cas d'infléchir
ce réchauffement mais au-delà de ça l'impact qu'on a sur cette planète, l'impact qu'on a sur notre
environnement et que nous à cette époque, Nunder the ball 1 nous a fait toucher du doigt à notre
manière avec notre passion pour ce monde sous-marin. La question du réchauffement climatique est de son
impact sur ce monde vivant qui était qui est la banquise et les écosystèmes associés.
Donc la dernière plongée, le dernier vol, les dernières heures sur la banquise on dit vraiment
au revoir à quelque chose, à un rêve, voilà. Ça c'est la suite. On atterrit avec le Twin
Otter et je ne sais plus qui qui nous filme là et qui nous dit et alors ça fait que ça fait
quoi de quitter ce monde là et on répond tout de suite on reviendra.
Au moment où Guylain, Emmanuel et leur équipe traversaient l'épaisse couche de glace pour accéder
au monde merveilleux qu'offre l'océan Arctique, la suite d'Unders the ball s'écrivait déjà
avec une volonté, confronter les capacités humaines au milieu sous-marin afin de mieux
raconter et préserver les océans. Les balladeurs, une série audio du magazine
Les Ozzards. Cet épisode a été réalisé par Thomas Fier et Clément Sacar. La musique originale
est signée Nicolas de Ferrand et le mixage a été assuré par l'Ori Galigani. En attendant de
retrouver dans quinze jours pour le récit d'une nouvelle aventure, n'hésitez pas à partager cet
épisode autour de vous. À bientôt !