#42 — La cordée de l'espoir, avec Matthieu Tober

Durée: 47m58s

Date de sortie: 21/04/2021

Enfant, Matthieu Tober est atteint d’une leucémie qui le contraint à rester dans son lit d’hôpital. Un jour, il voit entrer dans sa chambre Christine Janin, première femme française à avoir conquis l’Everest et fondatrice de l’association À chacun son Everest, qui accompagne les enfants malades sur les sommets.

Quelques mois plus tard, elle l’emmènera jusqu’à la pointe de Tardevant, un sommet de 2500 mètres d’altitude au coeur des Alpes. En retrouvant, 20 ans plus tard, une cassette vidéo de cette aventure, Matthieu se replonge dans ses souvenirs et décide de retourner sur les traces de son passé. 

Depuis 1994, l’association « A chacun son Everest » a accompagné près de 5000 enfants sur le chemin de la guérison : https://www.achacunsoneverest.com/

Retrouvez le film documentaire « L’autre versant » sur notre chaine Youtube ici.

Les Baladeurs est une émission du magazine Les Others, co-réalisée par Thomas Firh et Clémence Hacquart, avec une composition musicale de Nicolas de Ferran et un mixage de Laurie Galligani.

La saison 4 des Baladeurs est soutenue par Orange Bank.

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Les baladeurs,
récits d'aventures et de mes aventures en pleine nature.
Une série audio du magazine Leosers.
Attention, le départ est imminent.
Il y a tout au long de la vie des objets qui nous suivent, que l'on garde précieusement et que l'on emporte avec nous comme un témoignage du passé.
Parfois, ce passé est douloureux et un jour, on se sent prêt à l'affronter.
Dans un coin de son appartement, Mathieu Taubert a retrouvé une cassette vidéo qui le replonge dans son enfance.
A ce jour où atteint d'une leucémie et allongé dans son lit de l'hôpital Saint-Louis, il a rencontré Christine Janin.
Première femme française à avoir conquis l'Evrest en 1990, elle est aussi médecin et accompagne des enfants malades sur le chemin de la guérison, avec son association à chacun son Evrest.
Après cette rencontre, du haut de ses 8 ans, Mathieu atteint la pointe de tard devant, un sommet de 2500 mètres d'altitude au cœur des Alpes.
20 ans plus tard, il décide de repartir pour la même aventure, de fouler les mêmes sentiers, de marcher dans ses propres empruntes.
Car accepter le passé, c'est s'emparer du présent et accueillir l'avenir.
Le cascette de la première fois, a été réveillée en 2000.

Je regardais un peu les affaires que j'avais chez moi.
Je tombe sur cette cassette, derrière le décodeur internet, vraiment planqué.
C'est le genre de truc que tu as fait tomber et que tu n'as jamais voulu ramasser.
C'est une cassette que je l'avais dans ma chambre d'ados.
C'est-à-dire que je suis vraiment chez mes parents, j'ai grandi, elle a toujours été là.
Et ce qui s'est passé, c'est qu'à un moment, je me suis dit que si elle est là, c'est qu'il y a forcément une raison.
Il y a un truc qui c'est que je dois en faire quelque chose.
Et aussi, sûrement curieux de savoir ce qu'il y avait dedans.
J'en avais un vague souvenir, mais je n'étais pas sûr de ce qu'il y avait à l'intérieur.
Donc je vais faire numériser la cassette.
Je la récupère sur une clé USB, je rentre chez moi.
Et là, je lance le truc.
Je me pose une soirée, je suis tranquille, je regarde la cassette.
Je ne m'attends pas à grand-chose, juste à me voir petit, avec une dégaine un peu bizarre et un peu mignon en quelque sorte.
Et en fait, il me démonte.
Je suis pris par l'émotion, je me rends compte que c'est énormément de flash qui me revient.
C'est pas réellement concret.
C'est-à-dire que je n'arrive pas à resituer entièrement l'histoire, je n'arrive pas à me dire que c'est réellement moi.
Et en même temps, je sais que j'ai vécu quelque chose de fort et que je ne peux pas laisser ça comme ça.
Ce que je vois sur cette cassette, c'est déjà un film qui a bien vieilli.
C'est-à-dire que c'est un montage pas très rythmé avec une musique qui devait être une musique libre de droit, donc qui est horrible.
Mais en fait, tout ça tu l'oublies puisque c'est l'histoire d'une bande d'enfants qui vont aller faire une ascension de la pointe de tard de vent
et qui vont repousser les limites que leur imposent leur corps puisque ces 7 enfants seront atteints d'une maladie qui est la lecémie.
Donc les 7 enfants partent avec des guides et une femme, une femme qui est vraiment spéciale, qui est Christine Janin, fondatrice de l'association
à chacun son Everest, mais aussi première femme à avoir gravé l'Everest sans oxygène
et première femme à avoir battu de nombreux records dans tout ce qui est le domaine d'expédition et d'aventure.
C'est un médecin, un médecin aventurier-explorateur.
Donc on part avec elles, sur cette cassette on peut voir les enfants qui vivent, c'est très innocent en fait.
Tu vois les enfants, ils sont juste en train de marcher entre eux assez contents des fois,
certains plans, enfin des paysages qui sont juste monstrueux pour un enfant,
même pour quelqu'un qui n'a jamais été voir la montagne puisqu'on vient quand même de tous d'Hopito.
Donc cette bande d'enfants va monter un sommet, symbole de l'ascension jusqu'à la guérison.
Et moi je fais partie de ces enfants, donc on est en 96 et j'ai environ 8 ans.
La première fois que je rencontre Christine Janin, c'est le 30 septembre 1993.
Donc je suis au tout début de mon hospitalisation, je suis au tout début de ma maladie.
Donc c'est vraiment tout récent, c'est nouveau, pour moi comme pour mes parents, donc je suis vraiment tout petit.
Et elle rentre dans ma chambre d'hôpital et elle diffuse un film sur son exploit sur les Vrestes.
Elle a le palmarès derrière elle et elle veut en fait le partager avec nous pour nous faire comprendre
le parallèle entre son combat pour atteindre le sommet de les Vrestes et le nôtre pour atteindre la guérison.
Elle me montre ce film, moi je suis bluffé parce que j'ai l'impression que c'est tellement dur.
Il y a une image qui me sera gravée à visser, c'est cette image d'elle en train de souffrir à quelques mètres du sommet de les Vrestes.
Elle est allongée dans la neige et en fait elle peine à retrouver son souffle.
Et en fait elle va prendre le temps de se calmer et de retrouver le souffle nécessaire pour finir et aller jusqu'au sommet.
Et cette image elle est forte parce que tu vois quelqu'un qui t'imagine comme extrêmement solide.
Enfin ça reste une aventure arrière pour un enfant de six ans et tu la vois en fait flancher,
se remettre en question, peut-être ne pas y arriver et puis ça semble tellement dur.
Et en fait elle explique à mes parents qu'elle veut emmener des enfants,
gravir une petite montagne, symbole de la maladie quoi.
Et je sais que pour mes parents c'était impressionnant parce que j'avais jamais été à la montagne,
on habitait paris, on était parisiens, c'était tellement lointain pour moi.
Et je pense que pour mes parents c'est aussi ce qui est très lointain,
c'est de se dire que j'avais passé une semaine à la montagne alors qu'il y avait une autre aventure qui m'attendait,
qui était très difficile.
Mais ils n'ont pas hésité de minute parce que je pense qu'ils se sont dit que ça peut être tellement beau, tellement fort pour lui.
Et puis ça va lui faire du bien.
Donc à la fin de cette rencontre, je pense qu'ils se mettent d'accord sur le fait de se recontacter
et que je rejoigne l'association et que je parte avec Christine.
Entre les deux, moi je suis le fil de la maladie, j'ai les traitements,
enfin voilà, un enfant qui essaie de se battre contre cette maladie.
Et en 1996, c'est le grand départ pour Chamonix.
Faut que tu touches le caillou là.
Tiens, poussez-vous un peu parce qu'il y a l'ombre et il faut que...
On est au cou.
Au col!
Ouais, au col.

C'est la piste.
C'est la première fois que je prends un bouchon.
Allez, les deux, allez.
Le séjour va se dérouler en deux parties,
une première partie où on va faire un stage d'escalade à Chamonix
avec dans un genre de immense gymnase, c'est le souvenir que j'en ai.
On fait quelques exercices, tu vois, de gymnastique, etc.
Donc on t'apprend les bases, le nœud huide, comment on assure quelqu'un
et comment on fait face un petit peu aux premières peurs,
qui sont si je tombe, le vide, des choses comme ça.
Ensuite, on part en nature.
Donc on est toujours autour de Chamonix
et on part non loin pour faire une grimpe, mais là, cette fois-ci, sur Parois.
Encore une fois, on se parle d'enfants de 6 à 14 ans,
donc on n'est pas sur des immenses falaises,
on est sur une petite Parois accessible,
mais qui nous permet de tester ce qu'on a appris dans le gymnase
et d'être nos premiers pas en pleine nature.
Et puis la deuxième partie du séjour,
là on va du côté de Tardewan, du côté de la Clusa,
on se retrouve droppé à un endroit pour partir sur une longue marge de 2 jours
avec un arrêt au milieu dans un refuge et l'ascension de la pointe de Tardewan.
Qu'est-ce que t'as ?
J'ai rien ?
Tu ne t'en sais pas, mais je m'en fais ?
Ouais.
Ben oui, y'en a qui le laissent tomber.
Ben là, il va arriver en fait.
C'est exactement ce voyage que j'ai voulu refaire un peu plus de 20 ans après.
Donc là, j'ai un peu le début de mon aventure,
mais je me dis en fait, j'ai envie de le partager aussi avec des gens qui me sont chers
ou des gens qui sont proches de moi
ou des gens qui potentiellement ne me connaissent pas si bien que ça.
Et tu te rends compte que souvent tu ne dis pas tout à tes potes,
tu n'étais pas forcément ultra transparent avec ceux qui t'entourent.
Et donc je réunis 7 personnes qui font partie de mon groupe de potes
et je leur dis j'ai un projet à vous proposer.
Ce projet, il est un peu fou parce qu'il parle de moi,
ça fait un peu égo-centrique, mais j'ai l'impression qu'on peut vivre quelque chose un peu cool ensemble.
Donc je leur dis, c'est un message basique via Facebook.
Et je pense que je n'ai même pas attendu 2 minutes avant de recevoir les premiers.
Vas-y, dis-nous en plus, explique, ça nous intéresse.
Donc je leur explique, bon ben voilà.
La moitié d'entre vous sont courants que j'ai eu une maladie.
L'autre moitié sont complètement...
non pas du tout connaissances de ce passé là.
Et je leur dis, ben voilà en fait j'ai cette histoire
et je pense qu'il est temps pour moi d'aller revivre chaque étape
pour en quelque sorte m'en rappeler mais aussi pour boucler la boucle
comme je l'ai souvent dit.
Et donc je leur explique, je leur donne le contexte etc.
Ils ont tous dit oui instantanément.
Mon idée c'était je prends le concept de ce que j'ai vécu il y a plus de 20 ans, 25 ans
et je le réapplique aujourd'hui et on va partir ensemble, revivre la même chose.
Je ne sais absolument pas ce que je vais ressentir,
je ne sais absolument pas ce que je vais découvrir
mais je sais que c'est quelque chose que j'ai besoin de faire.
On est maintenant au complet, on sait qu'on va être les 7 à partir
et en fait c'est l'un d'entre eux qui est réalisateur,
qui me dit mais en fait il faut donner vie à tout ça et il faut qu'on en fasse un film.
Et j'y pense de plus en plus et en fait je commence tout simplement à écrire
ce que j'ai envie de raconter, ce que j'ai envie de montrer,
comment j'ai envie de le vivre etc.
Le projet de film devient juste indispensable
parce qu'on a dans les 7 il y a un réel impreneur de son qui fait beaucoup de clips de ciné.
Donc en fait c'était juste évident que le format film et l'histoire devaient se raconter à travers un film et un documentaire.
J'ai pour projet de vraiment repasser par toutes les étapes, c'est à dire de refaire exactement le même tracé.
Donc pour ça j'ai écrit à Christine Janin, on a repris contact et elle me donne quelques infos,
je sais à peu près par où on est passé, il n'y a pas de 10 000 chemins pour atteindre la rède de tard devant.
Donc j'arrive à faire mon tracé sur une carte assez facilement.
Et puis pour le reste, je prends une décision qui me fait sourire,
c'est que je me dis à l'époque on est partis, on était une bande d'enfants qui ne connaissait rien à la montagne.
20 ans plus tard, on est 7 potes avec vraiment un côté enfant
puisque la plupart ne connaissent rien à la montagne et n'ont jamais été marchés en montagne.
Et je veux garder cet esprit bien entendu en maîtrisant et en faisant attention à tout ce qui est sécurité
parce qu'on est quand même à 2500 mètres et qu'il y a quand même quelques phases comme la rède qui peuvent être sensibles
mais en gardant cette innocence aussi de leur côté.
Si je dois expliquer ce qu'est l'innocence de leur côté, quelques jours avant de partir,
j'envoie un dernier message pour dire c'est bon tout le monde a le matériel, tout le monde est prêt
et je reçois un SMS de Nico, un des participants, un des potes,
qui me dit moi les gars il y a un truc que je ne comprends pas,
comment vous arrivez à faire rentrer toutes vos affaires dans votre sac à dos ?
Je lui dis mais il suffit de bien plier, on regarde sur Youtube,
t'as des tutos pour plier les affaires, pour faire les choses, regarde.
Et il me dit mais j'ai regardé, j'ai beau regarder mais ça ne rentre pas.
Et il nous envoie une photo et en fait il avait deux sacs Ispaq sur son canapé
mais vraiment plein à craquer et il nous dit moi ça ne rentre pas.
Et on lui dit mais il me dit plaisante.
Je lui dis mais Nico il faut, on ne part pas avec les sacs Ispaq.
Et en fait c'était beau parce que tu n'es même pas en train de te moquer de lui.
J'étais juste en train de me dire que c'était exactement ce que je voulais.
C'était amener des gens dans les mêmes conditions que l'époque,
c'est-à-dire avec cette innocence, cette simplicité,
de se dire qu'ils allaient eux aussi découvrir les bienfaits de la montagne
et ce que ça n'avait plus m'apporté.
Et je pense que cette anecdote du sac à dos c'était un bon départ
et c'était le bon moyen de me dire qu'on était en train de faire le bon projet.
On avait loin un van sur internet, on s'était dit on prend le van,
on part de Paris le soir après le boulot et on atteint la cruzade dans la nuit.
On dort dans le van et on commence à marcher dès le matin.
C'est ce que tu t'imagines.
La réalité c'est qu'on est partis du boulot, on est arroulés,
arrivés autour de Lyon, on était crevés et on a trouvé un hôtel F1
et on se dit qu'on va faire une pause et que tant pis.
On prendra un peu plus de temps et qu'on commencera dès le lendemain matin.
On arrive à la cruzade, on garde le van, on s'habille directement depuis le coffre,
on prend les affaires, on fait un check de tout ce dont on a besoin
parce que mine de rien, on part avec de quoi dormir une nuit
mais aussi tout le nécessaire vidéo et photos pour réaliser à la fois un film
et moi une série de photos.
On fait le check du matos et on s'engage sur le sentier.
Avant de partir pour tard de vent j'ai des souvenirs.
C'est vraiment des flashs, c'est vraiment pas concret, c'est vraiment pas chronologique.
J'ai des souvenirs d'un chien qui nous suit pendant des kilomètres et des kilomètres
sans que personne ne sache à qui il appartient.
J'ai des souvenirs de grandes rigolades, de grands moments d'amitié, de compétitivité
dans un refuge et surtout j'ai un souvenir particulier.
C'est la dernière arrête qui dans mon souvenir d'enfant
est la traversée d'un nuage.
J'imagine vraiment ça comme ça, si je devais le dessiner aujourd'hui,
c'est qu'on marche sur une fine portion de terre autour de moi, c'est le vide
et on est en train de marcher à l'intérieur d'un nuage.
Et ça toute ma vie, je vais avoir cette image là, mais je vais pas y croire.
Je vais me dire, ça c'est ton cerveau d'enfant qui a symbolisé ça, c'est cool, c'est beau,
mais je pense pas que c'est possible, je pense pas que c'est la réalité.
Les premiers pas sont certains, c'est à dire que là vraiment on avance.
On a un bon rythme, je pense qu'on va beaucoup trop vite, on est excités,
on est tout content, mais on est encore dans la vallée, c'est assez chouette.
Et ce qui est assez drôle c'est que le chemin commence à monter,
et c'est marrant, les discussions commencent à se faire de moins en moins fréquentes.
On sent qu'on est tous en train de se dire, oh là là, on aurait peut-être dû se préparer
en fait physiquement pour monter, on est bien chargé, on a beaucoup trop de matériel,
c'est des grosses caméras, c'est une perche, le matériel pour enregistrer le son, mais on avance.
Et la météo est plutôt bonne, il fait assez beau, donc vraiment il y a un bon esprit,
c'est un peu la petite colo qui commence son aventure.
Et puis plus ça grimpe, plus on commence à sentir, je pense, un le poids de toutes les cochonneries qu'on a pu manger.
Il faut savoir qu'avant d'avoir commencé à monter, on a eu la merveilleuse idée de se dire
qu'il fallait peut-être qu'on mange un petit morceau dans un petit restaurant,
et en fait on a tous fait une énorme tartiflette.
Donc ça n'a pas loupé, quelques kilomètres après le parking où on a garé le van,
on est en train de regretter la tartiflette et les peintes de bière qu'il accompagnait.
En plus de ça, en parallèle, on sent que la météo commence à changer progressivement
et elle commence à virer vers quelque chose qui est plus du avers, vent et un peu plus.
Mais on reste positif et puis l'objectif c'était de se rendre au niveau du lac de tard de vent
pour s'installer, mettre la tente et dormir au pied du lac avec une vue incroyable.
Ça devait être magnifique, enfin encore une fois, c'est ce qu'on a en tête.
Et ensuite, sur le jour au deux, partir du lac de tard de vent pour atteindre la pointe de tard de vent à 2500 et quelques mètres.
Quand on arrive quelques mètres en-dessous du lac de tard de vent,
il y a un genre de refuge auquel on prend le temps de boire un verre,
mais surtout de voir que les nuages qui étaient jusqu'à présent, qui stagnaient dans la vallée,
étaient en train de remonter tout doucement vers nous, vers la pointe.
Et on est très lucide sur le fait qu'on va terminer cette journée par du mauvais temps.
Donc ça, on le sait, on en discute, on prépare déjà les protections pour la caméra,
pour le matériel sonore, pour les appareils photos et puis même pour nous-mêmes,
pour être sûr que rien ne sera mouillé, mais voilà, on continue.
Et puis, simplement, ce n'est pas une inverse de pluie qui nous tombe dessus,
mais de neige et de plus en plus forte.
Donc on décide de faire demi-tour, on avait croisé en montant une petite cabane
et on se dit on va redescendre, aller quelques mètres plus bas, on va redescendre
à une allure un peu plus poussée et on va voir s'il y a une clé quelque part,
rentrer dedans, pour aller se mettre à l'abri, pour passer à la nuit.
On arrive auprès de cette cabane, il fait complètement nuit.
Donc on s'est vraiment loupé sur les timings, on est pleu, mais c'est vraiment...
Là, ça s'est transformé en pluie, mais épaisse, c'est vraiment le truc qui est là
pour te mouiller entièrement.
Et on se retrouve les sept plaqués contre la paroi de cette cabane
pour avoir un semblant d'abri, puisque le toit dépassait légèrement,
donc ça nous a un genre de préau.
Et juste, on est entre le rire de la situation et de notre niveau de débutant,
mais on pouvait s'en vouloir qu'à nous-mêmes, de cette nuit là-dedans
et certains dit qu'on aurait dû continuer, d'autres disent franchement
qu'on aurait dû se dire que c'était pas une bonne idée d'y aller à l'air qui pleut.
Bon, on dit, le seul truc qu'on peut faire c'est planter les tentes
et puis de passer la nuit ici.
Je plante ma tente dans le noir complet sous la pluie,
c'est franchement pas le meilleur dressage de camp que j'ai pu faire.
Et surtout pour eux, qui est une première de faire un bivouac comme ça,
c'est pas une première expérience.
On avait quand même prévu de se dire, enfin on avait prévu de faire
un bon bivouac avec pas de feu puisque c'est interdit,
mais juste de se dire, voilà, un bon réchaud, un bon thé, une soupe,
de la bouffe du yaufilisé, histoire de se réchauffer, et bien tout ça, on oublie.
On mange un bout de saucisson, on fait vaguement un thé
et le seul truc qu'on veut c'est aller se mettre dans la tente, chacun dans notre tente.
On avait bien, bien, bien transpiré pour monter jusque là où on en était.
Je pense qu'on était pas préparés donc la fatigue, je m'endors.
Par contre, ce qui est intéressant c'est que je sais que quelque chose m'attend.
Je sais qu'il va se passer quelque chose.
Je sais que le lendemain, ça va être une journée très importante.
Et je suis pas le seul à le savoir parce que je reçois un sms
à un moment où j'arrive à capter quelque chose de mes parents qui me demandent
comment ça se passe et on sent que eux, à distance, sont en train de vivre
l'aventure avec moi. Ils sont en train de revivre aussi cette histoire.
Dans la nuit, la personne qui est avec moi, je comprends pas trop ce qui se passe.
Elle passe une nuit mais horrible avec une genre de crise d'angoisse
comme si elle se sentait enfermée.
Alors on était dans une tente, elle est de sarcophage donc ça peut pas arrêter troie,
ça peut pas être un peu oppressant et lui vraiment ça va pas lui plaire du tout.
Et je le revois, commencer par tourner, me dire que peut-être qu'il faut se mettre
dans l'autre sens, donc qu'il se met dans l'autre sens dans la tente.
Je me dis, il ne doit pas aller très bien.
Et à un moment, alors qu'il faisait assez froid et puis pleuvé, il sort en calçon
et il me dit, je ne me sens pas bien.
Là il faut que j'aille dehors et moi je commence à me dire,
mais ce n'est pas possible, qu'est-ce qu'il nous fait ?
Je regarde, savoir s'il n'est pas trop loin, je me dis quand même,
faire gaffe, on ne sait pas.
Il revient et il me dit, je ne me sentais pas bien, mais ça va aller.
Il faut que je dors et il faut que j'y arrive.
Effectivement, au bout de quelques minutes, il arrive à s'endormir.
Mais on va voir, très vite je me dis, il faut prendre,
même si c'était juste une insomnie, même si c'était juste une crise d'angoisse
due à la tente, faisons quand même gaffe.
Encore une fois, on est débutant, on n'est pas là pour se mettre en danger
ou juste, pour moi, l'important c'était qu'on prenne tous du plaisir.
On n'est pas là pour se forcer, si ça ne va pas, on arrête.
Le lendemain, c'est un autre tableau qui se dresse face à nous.
Je désipe ma tente, je sors, il fait un soleil magnifique
et surtout, on est réveillé par les cloches de ces chèvres qui sont autour de nous.
Je me dis, c'est incroyable.
J'ouvre, effectivement, les chèvres sont complètement autour des tentes
et on est complètement dans leur pâturage.
Et le premier truc que je vois, c'est que quand je fais sortir de la tente,
j'ai les mains en plein dans les crores des chèvres qui sont juste partout.
Donc on est vraiment au milieu de leur toilette.
C'est vraiment parfait, on sent qu'on est vraiment au milieu de la nature.
Et c'est là où je me rends compte qu'on a vraiment planté les tentes
à la rache pour se mettre à l'abri.
Face à nous, c'est quelques mètres plus loin face aux tentes,
c'est un panorama sur le Mont Blanc qui est magnifique.
Et je suis super content parce qu'ils sont tous en train de dormir
et je me dis que quand ils vont se lever, ils vont prendre sa pleine face
et ils vont vivre ça, ils vont découvrir ça.
On est bleu fait par la vue, mais aussi bien par le panorama
qui se dresse face à nous que parce qu'il nous attend derrière.
C'est-à-dire que la veille, comme le mauvais temps était monté,
on ne voyait plus la pointe, on ne voyait pas ce qu'on allait monter.
On allait un peu dans le brouillard.
Là, on commence à prendre conscience du paysage sur lequel on est en train d'évoluer.
Et c'est magnifique, c'est super beau, le soleil tape, il est en train de se lever.
On sent qu'on se réchauffe, on prend le temps de se faire un bon petit déjeuner
pour se dire qu'on n'a pas eu le temps hier soir de savourer ce moment.
Prenons-le ce matin et on verra ensuite.
Je prends vraiment conscience de ce que je traverse, de ce qui m'entoure,
de ce qui va se passer et surtout où je fais une connexion directe
avec ce qui s'est passé il y a 20 ans.
C'est au moment où on approche du lac et il y a un rocher qui est devant nous.
Je ne sais pas pourquoi, mais ce rocher m'a tiré.
Je me dis qu'il y a un truc bizarre avec cette forme.
On va au lac et on se pose, c'est à peu près l'heure de déjeuner,
mais ce rocher, je suis vraiment omnibulé par ce caillou.
Et je me dis que cette forme rappelle quelque chose.
Et c'est Nico qui me dit, regarde les photos, peut-être qu'il y a quelque chose
qui est une connexion qui peut se faire.
Et effectivement, parmi les photos que j'ai avec moi,
il y en a une où je suis assis sur ce rocher avec deux autres enfants.
On est tous sourires avec nos casquettes, nos lunettes de soleil.
Et on prend la pause sur ce rocher.
Et là, j'ai compris que je venais de faire la connexion avec ce qui s'est passé dans le passé.
Là, je suis sûr et certain que je suis en train de marcher dans mes pas
et que je ne suis pas sur le mauvais chemin.
La sensation, elle est extrêmement agréable,
mais en même temps un peu terrifiante.
De me dire, je suis revenu, c'est un peu un voyage dans le temps.
Je suis revenu 20 ans en arrière et maintenant, je peux purculer.
Je suis obligé d'y aller.
Pour mes potes, c'est différent.
Ils sont émus.
Je commence à se sentir chez eux de l'émotion.
Et ça, je ne m'y attendais pas du tout.
C'est-à-dire que vraiment, je m'attendais à ce qu'ils soient intéressés,
qu'ils soient curieux, qu'ils soient motivés, mais qu'ils soient émus.
Non, je ne pensais pas que ça les toucherait autant.
Mais je commence à sentir en eux cette volonté d'aller en haut,
pas pour dire qu'on a rempli la mission.
Non, c'est... ils sont en train de le faire pour moi.
Les questions sur mon passé, sur l'aventure que j'ai vécu,
elles ont commencé au moment où on a débuté la marche sur le sentier.
C'était des questions d'utilisation.
Alors, tu te sens comment, ça fait quoi d'être là ?
C'était difficile de répondre au début,
puisqu'on ne sent rien.
C'est le début, on marche, on ne sait pas à trop où on est.
Donc ils l'ont vite senti.
Donc les questions se sont très vite recentrées sur la maladie.
Et je dirais que la première partie de l'ascension,
ils ont cherché à comprendre ce que j'avais pu vivre
sur cette maladie, ce qu'elle était,
et sur les traces qu'elle avait pu laisser chez moi.
C'est marrant de voir que pour eux, c'était aussi une genre d'ascension.
Ils commençaient par comprendre la maladie,
pour ensuite mieux l'asserner,
pour pouvoir interpréter ce que j'avais pu vivre il y a 20 ans,
et en fait pour vivre pleinement, l'arrivée au sommet avec moi.
Donc je trouvais ça hyper cool leur démarche.
Je trouvais ça hyper intéressant, hyper généreuse.
C'était évident qu'il fallait que je m'ouvre.
J'accepte d'en parler beaucoup plus librement
et que je leur donne plus de détails.
Donc on a parlé de comment on a trouvé ma maladie,
comment on l'a détectée, comment je l'ai géré,
comment j'ai géré par la suite sur du moment de l'adolescence,
ou des choses comme ça.
Et puis voilà, les questions ont continué,
je dirais que les questions ont continué jusqu'au sommet.
On part du lac, on a repris des forces,
on sait que c'est la dernière ligne droite,
et plus que de se dire qu'il faut savourer chaque moment,
on se dit juste que ça y est, c'est bientôt la fin de l'aventure.
Donc on a les yeux grand ouverts
et chaque pas, on essaie de s'en rappeler en fait.
Et puis surtout le décor change.
On n'a quitté les bois,
on n'est plus sur de l'herbe ou du petit chemin de terre.
Là on commence à être sur du caillou,
il commence à y avoir de la neige,
donc on commence à avoir un autre décor qui se dessine,
mais on continue de monter.
Jusqu'au moment où on atteint la crête,
et là, pour quelqu'un qui n'a jamais vu ça,
c'est impressionnant, c'est-à-dire qu'on passe d'un flanc de montagne
à vraiment la crête, donc face à nous, c'est du vide.
Et on prend bien 5 minutes à s'arrêter là,
à regarder et à juste s'en mettre plein les yeux,
et de se dire, wow.
On a combien d'attichudes ?
Et à ce moment-là, qu'Yelaine nous dit,
là on est au sommet,
ou qu'est-ce qu'on fait ?
Moi je lui dis, mais non, non.
Là on va suivre la crête,
et on va aller jusque là-bas,
jusqu'à cette petite pointe que tu vois.
Et c'est vrai que d'un point de vue de perspective,
c'est un peu trompe-leuil, on se demande comment on y va,
parce qu'on va pas marcher sur cette arrête,
parce qu'elle a fait une sorte d'illusion,
on a vraiment l'impression que c'est un fil tendu.
Et non, il y a un genre de petit chemin
qu'on emprunte, qu'on prend doucement.
Clairement, on est un peu impressionné,
mais il y a quelques moments où je prends le temps de m'asseoir,
pour me dire, on est quand même haut,
et on prend le temps de marcher le long de cette arrête,
jusqu'à ce qui est pour moi,
le moment le plus beau de ce week-end,
qui est ce moment du nuage,
où sur la dernière ligne droite,
on sent qu'on passe à travers un nuage.
On est en train de marcher dans un l'heure de brouillard,
on marche,
et je me mets à sourire,
je me mets un peu à rire,
je sais pas si je rie ouvertement et les autres l'entendent,
mais en tout cas, je dis à Laurent,
c'était pas un rêve,
lui, il comprend pas trop ça.
Je lui dis non, c'était en fait de le souvenir,
et donc je lui explique,
le souvenir que j'avais de ce moment, de cet endroit,
il est réel.
Et là où je me suis senti être un peu un menteur
ou un compteur,
quand j'étais ado ou plus jeune,
quand je racontais l'ascension,
en fait, je m'entais pas.
C'est vraiment comme ça.
On passait à travers ce brouillard,
qui était derrière la pointe de se révéler.
Ce nuage, clairement, c'est le symbole de tout.
C'est marrant parce qu'on pourrait s'attendre
à ce que je retienne le sommet, uniquement le sommet.
Ce nuage, il a fait tout le travail que j'espérais.
Il m'a reconnecté à mon imaginaire d'un enfant de six ans.
Il m'a reprocheté sur tout ce que j'ai pu traverser.
Et puis surtout, il a rendu réel ce que j'ai vécu.
C'est-à-dire que là où moi, je ne vivais qu'à travers des flashs,
d'un coup, en fait, tout ce que j'ai pu vivre
dans la cassette et sur ce week-end-là,
tout devenait concret.
Donc c'était parfait,
c'était exactement le moment que j'attendais.
Quand je suis arrivé au sommet, le premier truc, c'est que j'ai eu rôlé.
Alors que je n'ai pas du genre à faire ça,
je n'ai pas du genre à avoir ce genre de comportement,
à être vachement sur l'émotion
ou de l'exprimer comme ça un peu trop face caméra.
Mais là, je suis arrivé, j'ai évoqué le sommet.


J'ai eu rôlé plein poumon, comme pour me décharger.
Et après, c'est me tourner,
regarder, vérifier que les autres sont en train de me rejoindre
et avoir les larmes qui me tombent.
C'est indéfinissable.
Il y a beaucoup trop d'émotions qui arrivent,
c'est-à-dire qu'il y a de la fierté, il y a de la bonheur,
il y a de la tristesse.
C'est une recette complète de toutes les émotions
qui t'arrivent d'un coup.
Encore une fois, c'est pas tant la prouesse sportive
puisqu'il n'y en a aucune.
C'est un sommet de 2 500 mètres.
On ne se parle pas d'avoir atteint le Mont Blanc ou les Vrestes.
Mais c'est mon sommet à moi, en fait.
C'est mon ascension.
Elle était plus dure que...
Enfin, je la considère aussi longue et douloureuse
qu'une association de les Vrestes.
Parce que je suis passé par...
On passe par des émotions, on passe par des doutes,
on passe par des beaucoup de questions.
Et au final, la réponse, elle se trouve
qu'au moment où on pose le pied sur la pointe.
Mais je me rends compte qu'il y a une personne
qui n'a pas suivi, qui est Yélen,
qui, lui, a été pris de vertige.
Au moment où on a atteint la crête, en fait,
il se rend compte que vraiment, il a des vertiges.
Il est pris par cette sensation
et il avançait vraiment assis
le long de la crête, apéoré, etc.
Et Nico va lui dire, très simplement,
c'est pas grave, arrête-toi,
ça sert à rien d'aller plus loin,
d'être venu jusque-là, c'est cool.
Déjà, il n'y a pas à être frustré,
il n'y a pas à être gêné.
On va vite faire la pointe et on revient.
Donc nous, on est au sommet,
on est en train de se prendre dans les bras
avec Nico.
Et là, on voit arriver Yélen plus assis,
mais légèrement recrogvillé,
il continuait d'avancer sur la pointe,
surtout que l'arrête de tard devant,
donc c'est vraiment une longue arrête,
mais elle termine par une petite montée
qu'on pourrait limiter, penser à une montée à l'échelle.
Donc c'est un peu impressionnant,
quand autour de nous, à la droite comme à la gauche,
et il arrive en ayant cette phrase,
il dit, j'aurais regretté, j'déteste les regrets.
Et ça, j'ai trouvé ça super fort.
Et en fait, en en reparlant avec lui pendant la descente,
il était doublement satisfait
d'avoir fini l'aventure pour moi,
mais d'avoir été aussi jusqu'au bout pour lui.
C'était vraiment...
Je me suis rendu compte que
on était allés plus loin que mon histoire,
ils avaient vécu aussi leur propre ascension,
qu'ils avaient plein de souvenirs,
et c'est au moment de quitter le sommet
que j'ai commencé à me dire que j'avais peut-être
réussi à procurer les mêmes sensations
qu'ils avaient pu ressentir les enfants 20 ans avant
quand ils ont monté la pointe de tard devant,
mais auprès de mes potes.
C'est-à-dire que j'avais amené des gens qui n'y connaissaient rien,
qui s'étaient dépassés,
qui avaient été cherchés un peu plus loin
que ce qu'ils connaissaient de même,
et pour une satisfaction,
pour une sensation unique d'avoir accompli
la mission, si on peut appeler ça comme ça.
On prend le temps de savourer
le sommet et les hauteurs,
et on prend quelques photos du Mont Blanc,
on imagine ce que se doit être de monter,
une montagne comme ça,
et on redescend.
La descente est beaucoup plus simple,
mise à part l'arrête, on prend vraiment le temps,
encore une fois, pris par le vertige,
et parce qu'on n'est pas les plus à l'aise,
on prend le temps, on arrive au lac,
et là, c'est une genre de satisfaction commune.
On se prend un peu tous dans les bras,
on avait préparé quelques canettes de bière
pour célébrer ça,
et on traint que...
et la première chose qu'on veut,
c'est immortaliser ça avec une photo d'équipe.
C'est hyper sincère,
chacun a 100% de ce qu'il est vraiment,
et dans le partage de l'émotion,
raconte la manière dont il a vécu
cette petite aventure,
ce qui l'en retient, son moment fort,
et surtout, on est unis par ce souvenir.
On a en vient de créer un truc tous ensemble.
La deuxième partie du voyage,
c'était de reprendre le van
et aller jusqu'à la maison de l'association
qui se trouve à Chamonix,
qui est une maison incroyable,
avec des structures impressionnantes,
qui n'existaient pas au moment où
j'étais malade
et au moment où je vis cette aventure.
C'était la deuxième partie
où on rencontrait Christine,
et simplement, c'était des retrouvailles 20 ans après,
autour d'un gros paquet de photos
que j'avais ramené,
d'un livre et de mes souvenirs.
On reprend les sacs
et on descend quelques kilomètres
pour rejoindre le refuge qu'on avait repéré,
un peu plus bas.
Quand on y arrive, on rentre.
C'est l'occasion de poser les sacs,
de décharger un peu tout le poids
qu'on avait sur les épaules.
J'ai à peine le temps de me retourner
que la moitié d'entre eux
sont en train de compter
notre aventure
au gérant du refuge.
Mais en fait, je me rends compte
qu'ils sont super contents,
qu'ils sont assez fiers,
qu'ils ont envie de partager.
On n'est pas encore rentrés,
qu'ils ont déjà envie de partager cette histoire.
C'est super.
C'est aussi l'occasion pour nous
de découvrir que Christine Janin
est une célébrité
dans la région
et même plus loin que la région.
Le gars qui tient le refuge
connaît très bien Christine Janin,
connaît tout son parcours,
aussi bien sportif
qu'on s'en dévouement
pour chacun son évresse.
Il a vu plusieurs expéditions
d'enfants passés par le passé.
Et là, c'est un peu
notre première connexion à Christine
avant d'aller la rencontrer.
Ça forge un peu le mythe
du personnage.
Ce qui fait que toutes les 7,
quand on reprend le van,
donc on redescend après au chalet de lendemain,
on prend le van pour aller
à la maison de l'association.
Eux, dans leur tête,
ils ont quand même le discours que moi
j'ai tenu sur Christine.
Ils ont le discours qui a tenu
le gars du refuge
qui a dressé un portrait
hyper héroïque de Christine.
Et puis, soyons très honnêtes,
la moitié a dû google-lise
Christine Janin sur Internet
et a dû voir le palmarès
sur la page Wikipédia.
Quand on arrive,
on est reçu
par Marie, qui est sa nièce,
qui nous reçoit,
qui nous fait visiter.
C'est un super moment, mais pour l'instant
je n'ai pas trop d'émotion parce que
je ne connais pas la maison, je ne connais pas les...
Et puis, on nous installe dans une salle,
on discute entre nous,
on prépare un peu les trucs et elle nous dit
Christine était à la Clusa, elle arrive,
mais installez-vous.
On prépare les micros,
la caméra, on filmera comme ça,
il faut être sûr d'avoir toutes les images,
il faut être sûr de capter tout ce qu'elle dit,
je veux vraiment avoir tous ces mots.
Et là, on voit une voiture qui arrive
et puis une petite femme qui monte les marches
et moi, je suis...
Mais là, je ne contrôle plus rien.
C'est-à-dire que là,
j'ai plus ou moins controlé mes émotions
sur la montée au sommet,
je me suis un peu libéré au sommet.
Là, quand je l'avais arrivé, c'est dur.
C'est très, très, très dur.
Parce qu'elle ouvre la porte
et je m'attendais un bonjour
ou un...
Ah, je suis content de vous rouler.
Là, elle ouvre la porte, elle vient vers moi
et elle m'ouvre les bras
et en fait, on se sert dans les bras
pendant 2 minutes.
Et en fait, je me rends compte
qu'elle se souvient exactement de qui je suis,
de l'aventure qu'on a vécue
et pour moi, c'est repensezable.
Elle en a fait des centaines
des week-end comme ça.
Elle a amené des centaines
d'enfants, comment elle peut se souvenir.
Et en fait, elle se souvenait de détail
du week-end,
de la sanction, de ce qu'on avait vu,
de chingues, c'était super.
Donc, on a discuté de chacune des photos
du week-end.
Et après, on a parlé de l'association,
de ses envies,
de ce qu'elle avait pu vivre,
de ce qu'elle ressentait,
de ce que son combat était toujours là,
de la force qu'elle avait en elle.
Et je pense que
j'ai ressenti autant de joie
et de bonheur dans ses yeux
que moi, je pouvais en avoir dans les murs.
Ce qu'elle m'explique,
c'est que sa plus grande satisfaction,
c'est de voir des jeunes comme moi revenir
et revenir
déjà en bonne santé
avec un souvenir magnifique
de ce qu'ils ont vécu avec l'association
et heureux de partager ça.
C'est pour ça qu'on dit que la boucle est bouclée,
on a l'impression d'être revenus
et c'est un peu notre manière de dire merci.
Et le câlin, pour se dire au revoir,
a été deux fois plus long que celui
pour se dire bonjour.
Et ce qui est dingue, c'est qu'on continue
d'échanger des mails de temps en temps
et on sent qu'on s'est reconnectés.
Je pense que
j'en étais pas conscient, mais c'était
quelque chose que j'avais besoin de faire
et c'était une connexion
que j'avais besoin
d'avoir.
Les raisons de faire
cette aventure,
j'en ai eu plusieurs.
Alors à part le moment, je me demandais
si je me crée pas des histoires
ou si je n'essayais pas de post-racionaliser
ce que j'étais en train de vivre.
Et enfin de compte, c'est qu'une fois au sommet
que j'ai compris en fait ce que j'étais
réellement venu chercher, je dis
boucler la boucle parce que ça fait
en découvrant cette cassette, ça a réouvert
quelque chose que j'avais sûrement vécu
quelque chose de dur, de fort,
mais que j'en avais pas conscience
et pourtant c'est ce qui faisait
l'homme que j'étais aujourd'hui, la personne que je suis
et je sentais le besoin d'avoir des réponses.
Le besoin de comprendre ce qui m'était arrivé
et le besoin de revivre
tout ça.
Donc une fois arrivé au sommet
le premier sentiment qui m'arrive
c'est de me dire
je l'ai fait.
C'est fini. Et c'est très bizarre
parce que c'est fini depuis longtemps
en fait tout ça. J'ai été
déclaré, on appelle ça être en rémission
10 ans après le début
donc après le début de ma maladie
et pourtant
même quand on te dit que tu es en rémission
on te dit pas que tu es guéri
ça peut paraître très bizarre
mais le mot rémission c'est pas le mot
guéri. Et pour un
un ados ou pour un enfant
c'est tout ce que tu as envie d'entendre
tes parents comprennent, ils entendent
rémission, ils voient bien le fait
que tu vas plus retourner
à l'hôpital Saint Louis, tous les mercredis
ou une fois tous les mois
là c'est fini. Mais toi en fait
t'aurais voulu entendre tes guéri
de la part du professionnel
donc
je pense que quand j'arrive au sommet que je me dis
wow, tu l'as fait
et c'est ça
c'est de se dire, c'est fini
c'est fini cette histoire
Le documentaire L'autre versant
réalisé pendant cette quête du passé
est disponible sur notre chaîne
Youtube. Retrouvez le lien
dans la description de cet épisode
Vous trouverez aussi le site de
l'association A Chacun Son Evrest
qui accompagne depuis 1994
des enfants et adultes
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