Partir à l'aventure, c'est confier son destin aux éléments, à son expérience et parfois même à son matériel.
Chez Backmarket, nous comprenons l'importance de pouvoir compter sur son équipement au quotidien.
C'est pourquoi nous proposons des appareils tech de qualité reconditionnés par des professionnels.
Backmarket est fier de soutenir les baladeurs.
Les baladeurs, récits d'aventure et de mes aventures en pleine nature.
Une série audio du magazine Leosers.
Attention, le départ est imminent.
Les 3 grandes faces nord des Alpes ont le pouvoir de faire entrer les alpinistes dans la légende.
Gravy pour la première fois dans les années 1930, après de nombreuses tentatives et parfois des drames,
leur histoire croise celles des noms comme Gaston Rebuffa ou Walter Bonati.
Depuis, les faces nord des Grands Joras, du Servin et de Liger sont restés la pierre de touche de l'alpinisme de difficulté.
En 1992, la grimpeuse et alpiniste Catherine Destivelle décide de s'attaquer à ce mythique triptique sur 3 hiver,
en commençant par Liger, un sommet suisse de 3967 mètres d'altitude, dont le nom signifierait probablement le Grand Épieu.
En cause, sa face nord totalement verticale ou déversante, considérée comme la plus impressionnante et difficile des Alpes.
Cette prouesse a fait de Catherine Destivelle l'une des plus grandes alpinistes de tous les temps,
et qui lui a valu, en 2020, d'être récompensée d'un piole d'or carrière.
Mon premier souvignon de Liger, c'était quand j'étais enfant.
J'avais vu des photos de Liger, j'avais entendu parler de ces grands alpinistes qui avaient des accidents essentiellement à Liger,
et surtout une phrase qui disait, je sais pas d'où ça sortait, qui est l'alpiniste l'a dit, mais quand on fait Liger, on est un vrai alpiniste.
C'était un peu ça, et donc le souvenir que j'en avais, c'est quand j'avais 14-15 ans, et je m'étais dit,
« Ah, un jour, je ferais ça, je voudrais devenir une vraie alpiniste ».
Liger est connu pour être assez meurtrier, et c'est une face dangereuse,
surtout parce que c'est une formation rocheuse un peu particulière, en bas, ça ressemble à du Gness,
au milieu, il y a du calcaire, et en haut, c'est encore une autre roche, et du coup, il y a des morceaux qui partent,
enfin des bouts de cailloux qui partent, et c'est un vrai piège quand les conditions se réchauffent.
Il y a des pierres qui tombent, et qui tombent évidemment sur les alpinistes,
donc il y a eu pas mal de drames à cause de ça, et du coup, cette photo de Liger,
où on voit cet homme pendu et s'accorde, après j'ai lu effectivement l'histoire,
en fait le gars, il essayait de descendre, il est mort, il dépuise,
ce accord n'était pas assez long pour rejoindre le tunnel de sortie,
parce que dans Liger, il y a un tunnel qui a été creusé pour que le petit train puisse monter,
et il y a des fenêtres qui permettent l'accès dans la face, et aussi pour les secours d'air,
et du coup, cet alpiniste est mort à 10 mètres des sauveteurs qui étaient venus à sa rencontre par le tunnel,
et voilà, donc la photo était prise comme ça, et ce pauvre gars, il est mort, il avait les mangelés,
et il pouvait pas desserrer le nœud qui l'empêchait de descendre, enfin bon, c'était sordide.
Je voulais que ce soit une première, j'avais besoin que ce soit une première pour pas qu'il soit dit que ce soit une première féminine,
ça me, bon peut-être que j'ai un orgai mal placé, mais je trouvais, et puis je trouvais ça pas juste par rapport à d'autres alpinistes,
c'est-à-dire que je voulais que je sois reconnue comme une alpiniste, point, pas comme une femme alpiniste.
Quand on est une femme en montagne, on est, je trouve, avantageé, avantageé par le fait que, ben voilà, tout de suite,
on fait des photos, c'est photogénique, j'étais assez photogénique aussi, du coup, voilà, ça passe bien, et puis c'est nouveau,
c'est-à-dire que les femmes pendant très longtemps ne sont pas beaucoup illustrées, ou très peu, très peu illustrées dans la montagne,
et du coup c'est très facile de s'illustrer en faisant des choses banales en fait, parce que les premières,
il y a avec sa affaire, on peut y avoir encore plein, enfin, et du coup je voulais pas usurper une place,
je voulais avoir ma place dans le monde de l'alpinisme, et parmi les alpinistes, parce que j'avais de la chance de pouvoir en vivre,
et du coup je voulais que ce soit juste, qu'il n'y ait pas de catégorie homme-femme,
tout ce que j'ai fait, j'ai essayé de faire en sorte que ce soient les premières,
et j'avoue que les alpinistes aujourd'hui me le rendent bien, c'est-à-dire que quand je les rencontre,
il y a quand je sens qu'il n'y a pas d'arrière pensée, je suis respectée comme alpiniste.
Donc ça a été pour moi compliqué, d'abord, je me suis dit, il faut que je trouve la façon de faire,
trouver la façon de faire pour que ce soit une première, il fallait que je lise tous les articles,
tout ce qui s'était fait dans cette face avant moi, et très vite j'ai découvert qu'il y avait pas mal de gens
qui l'avaient fait en solo, une dizaine probablement, et mais aucune de ces personnes ne l'avaient fait à vue,
c'est-à-dire sans reconnaissance préalable, et en plus ils y aimaient plusieurs jours,
pas tous, mais certains avaient mis pas mal de jours, donc je me suis dit, moi j'aimerais bien la faire cette face à vue,
c'est-à-dire sans reconnaissance, et essayer si possible de le faire dans la journée,
je mis sur le fait que je suis quelqu'un qui grimpe vite.
Donc voilà, donc ça c'était mon idée, ensuite évidemment je ne veux pas prendre de risque,
donc quelle est la solution pour ne pas prendre de risque, et c'est là que je me suis dit le risque c'est quoi ?
Dans la Hagueur c'est les chutes de pierre, ce sont les chutes de pierre,
les chutes de pierre pour les éliminer, il faut que je fasse ça du coup en hiver, quand tout est gelé,
il n'y a rien qui tombe, et c'est pour cette raison que j'ai choisi l'hiver.
Je préférais faire quelque chose de plus difficile que de plus dangereux, voilà, en gros c'était ça.
Donc là, à partir du moment là, je me suis dit, voilà, il faut que je m'entraîne, c'est tout, et c'est parti comme ça.
Quand j'étais jeune, j'entendais parler de certaines ascensions en solo, et je savais que j'avais ce niveau,
j'étais capable, parce que j'étais assez forte quand j'étais jeune, aussi forte que c'est,
enfin aussi forte je pense, enfin il n'y a pas de compétition non plus,
mais au bout d'un moment on arrive à évaluer sa force, et j'avais déjà fait pas mal de grandes ascensions
dans les Alpes, dans des temps records, et puis en m'assurant très peu.
Je suis quelqu'un qui est capable de grimper sans trop mettre de points d'assurance,
et du coup je me suis dit, bon, laigueur, je devrais être capable de faire pareil, et voilà, c'est ça qui m'a inspiré.
Alors aussi, je réfléchissais aussi en tant qu'alpiniste professionnelle, c'est-à-dire que moi à ce moment-là,
je vivais de ma passion, je me suis dit, wow, si j'arrive à faire ça, c'est top quoi.
C'est pas l'espond de soeur qui pousse, c'est juste, on est stimulé, on est stimulé parce qu'on vit ça,
et qu'on a les moyens d'eux, c'est-à-dire que moi j'avais toute l'année pour m'entraîner,
j'étais rémunérée pour ça, et ce qui m'a permis de, voilà, pendant un an,
de me préparer qu'à cette ascension-là.
J'ai vraisemblablement besoin de prouver quelque chose, à moi-même sans doute,
en tant qu'alpiniste, en tant que femme, ou qui sait, vis-à-vis de mes parents.
L'action m'est très certainement indispensable pour trouver un équilibre,
et je suis stimulée par l'enthousiasme de progresser sans cesse et de franchir de nouvelles limites.
Quelles que soient les motivations, la montagne me permet de m'épanouir.
Elle remplit ma vie sans tourner à l'obsession,
et je dois aussi cet équilibre à l'aide précieuse de mon entourage, de mes amis, de ma famille.
J'ai eu la chance d'avoir quelques dons pour en tirer le meilleur,
de bénéficier d'un environnement et de circonstances m'aidant à aller au bout de mes rêves.
À moi maintenant, de restituer autour de moi ce que j'ai reçu.
La face nante de l'Ailleur, c'est une face qui est en dénivelé la plus haute des Alpes.
Elle fait presque 1800 mètres de dénivelé.
Elle est assez complexe parce que j'ai fait la voie qui a été ouverte en 38,
et qui était une voie qui utilisait les passages logiques,
donc qui utilisait les faiblesses de la paroi.
Cette voie n'est pas droite tout droite,
ça l'ouvre un petit peu, elle fait une forme de presque zède,
et donc il est très facile de se perdre.
Il y a aussi une face avec plusieurs genres d'ascension,
il y a du rocher et de la glace et de la neige,
donc un peu mélangé, surtout en hiver,
où on peut s'attendre à avoir vraiment de la glace dans une cheminée,
ou avoir de la neige qui n'est pas très solide.
Ça comportait plusieurs points techniques qui étaient pour moi intéressants.
C'est une voie assez impressionnante,
je m'en suis rendu compte,
c'est-à-dire que cette paroi, elle est comme concave,
on grimpe dedans,
et on a l'impression que tout ce qui va au-dessus est complètement surplombant,
alors qu'en fait, quand on est dedans, on n'est jamais à l'envers.
Ça se passe, ce n'est pas un chemin,
mais ce n'est pas si redressé que ça.
Pour préparer la glace, j'ai demandé à Jeff Law,
à l'époque,
qui était un des tout bons en glace de municier.
Jeff Law, c'est un alpiniste américain
qui est décédé, malheureusement, il y a deux ans d'une maladie de Charcot.
Mais je l'ai rencontré à la première compétition organisée aux États-Unis.
Donc lui, avant d'organiser ses compétitions,
c'était un grand alpiniste qui avait ouvert des parois dans tous les sens.
Il a été reconnu surtout pour avoir ouvert une voie en solitaire
dans la face nord de la Made Blanc, au Népal,
et m'a proposé de partir autour de Tango ou Pakistan,
gravir une montagne qui faisait 6200 m d'altitude.
Et en me disant, comme ça, on partage les tâches.
Toi, tu as déjà fait l'alpinisme,
je sais que tu seras bien géré le rocher,
et moi, je géré la glace.
Donc en fait, on s'est partagé la tâche pendant l'apparoi.
Et voilà, on a réussi.
On s'est rencontrés là,
du coup, c'est quelqu'un qui m'a beaucoup aidé psychologiquement.
C'est-à-dire que je ne pouvais pas en parler à quelqu'un d'autre.
Il n'y a que lui qui pouvait comprendre ce qui m'animait.
Donc il m'a donné confiance en moi,
et il n'a jamais dit, ton projet est fou.
C'est... vas-y.
Donc j'ai commencé avec lui à faire des cascades,
des parois en mixte,
et j'ai essayé d'en faire le plus possible
pour me sentir bien à l'aise dedans.
Pour être honnête,
ma préparation a été un peu courte.
Courte parce que ça demande pas mal de...
L'expérience s'acquiert avec le temps.
On ne peut pas avoir l'expérience en deux mois ou trois mois.
Ce n'est pas possible.
Parce que...
Il faut s'habituer.
Et moi, mon problème,
c'est que j'étais vraiment une grimpeuse de rocher depuis toujours,
et que d'avoir des crampons,
des pointes en métal au bout des pieds
et puis des piollets que j'avais pu rocher.
Je tenais juste un pic.
Et du coup,
avoir cet appendice au bout des mains,
ça me faisait bizarre.
J'avais peur que la lampe pète,
ou que le manche pète,
et c'est un ressenti.
Mais du coup, on est timoré.
Quand on part avec cette a priori,
en disant, bon, et si j'ai une dent,
la dent du crampon qui casse,
ou ma pointe de piollet qui casse,
qu'est-ce qu'il se passe ?
Bon, j'ai très vite découvert que ça ne cassait pas.
Mais qui sait, si ça ne casse pas ?
Quand on débute comme ça, on se dit,
waouh, alors que jusqu'à présent,
j'avais juste l'habitude de toucher moi-même
avec mes mains, les rochers,
et avec les pieds,
j'avais juste de la gomme au bout des pieds,
c'est tout.
Donc pour moi, c'est un énorme changement,
et il n'a une façon d'appréhender différemment
les choses.
Et puis là ailleurs,
quand au moment de le faire,
quand je le fais en hiver,
je suis obligé de grimper avec les crampons
tout le temps.
Donc il a fallu que je m'habitue un petit peu.
Et les mains pourraient être honnêtes,
toute l'ascension,
pratiquement, j'ai grimper avec le piollet,
le piollet au alarange,
accroché au beaudrillet,
et j'utilisais beaucoup mes mains.
J'avais hâte de revoir cette face nord de Liger,
qui pendant un an avait apparaît
mes pensées.
Dans quelle condition se trouvait-elle ?
J'ai eu un pincement au cœur.
L'ayant minutieusement observé sur des photos,
je pensais qu'elle me paraît très familière.
Mais sombre et si imposante devant moi,
elle m'impressionnait.
Passé quelques instants,
ce premier sentiment se dissipe pas
tout de même peu à peu.
En regardant de façon plus objective,
j'arrivais tout de même à distinguer
l'itinéraire que j'avais choisi,
la voie échemère qui me semble
la plus humaine.
La tente me parut plutôt longue,
j'avais hâte d'y aller.
Pour patienter, je passais les quatre premiers jours
à figneller mon équipement
et à observer la face à la longue vue.
A force, je connaissais
comme ma poche l'itinéraire à suivre.
Pour avoir une idée de l'endroit
où je me trouvais lors de mon ascension,
je décidais de suivre l'exemple de Jeff
lors de l'ouverture de sa voix.
J'allais emmener une photo de Liger.
J'ai été prêt.
J'ai été prêt.
j'ai été parti au pili de Liger.
J'ai attendu le beau temps.
Jeff est venu expresser les États-Unis
et m'a donné mes conseils.
Au début, il ne faisait pas très beau
et les conditions n'étaient pas exceptionnelles.
Je suis revenu
à Chamonix,
en disant que c'est un mieux.
Et puis après, je suis reparti.
Tout était réuni.
J'étais en forme.
Pendant deux jours,
j'ai observé la face
avec la longue vue à partir de l'hôtel
qui est au pied.
Clane, chérie, des côtels.
Tous les alpinistes qui ont tenté
cette face sont arrêtés là, pratiquement tous.
Et la dame
qui m'a reçue
n'était pas très agréable.
La pauvre, elle a vu tellement de gens se tuer
dans cette paroi
qu'elle ne voulait plus accueillir
d'alpinistes.
Et donc
elle était un peu fraîche.
L'accueil un peu frais.
Et très vite,
elle m'a quand même accueilli
mais c'était un peu...
un peu... pas le choix.
Mais en même temps, je peux la comprendre.
L'hôtel est exactement
au pied de la paroi
et donc
tous les lilleurs
sont venus être très médiatisés.
Grâce à cet emplacement d'hôtel,
il y a une longue vue qui a installé là
et tous les touristes et tous les journalistes
peuvent suivre les ascensions
de tout à chacun.
Tout ce qui se vendre dans cette face
sont observés de mètres par mètres
par la longue vue.
Cette face a fait couler
beaucoup d'encre et c'est peut-être
aussi pour cette raison que les alpinistes
ça fait partie de notre histoire
et de l'histoire de l'alpinisme
et on a tous envie de voir
ce que c'est.
Et de là, on a pu...
Voilà, il m'a donné plein de conseils.
Ouais, il faudrait que tu passes là,
tu vois, il y a une bande blanche,
il faudrait que tu passes là à droite
avec tes piollets et tes crampons.
C'est beaucoup plus vite que passer par le rocher.
En moi-même, j'ai dit, maintenant,
je suis plus allé sur le rocher, je vais pas passer par la glace.
Avec leur cul aujourd'hui,
je me dis, c'était beaucoup plus facile de passer
dans la glace, mais
j'avais encore peur de la glace.
Et voilà, donc...
Et puis un jour, la météo
annonce beau temps, je suis...
Je pars, il est...
5 heures du matin,
une hijote.
Jeff me dit, vas-y quand même, je pense que ça va s'arrêter.
Et donc...
Voilà, il me dit, par contre, prends le toquis,
et puis on s'appelle...
Je te dirais ce qui se passe, et la météo a changé ou pas.
Et donc je suis partie avec...
J'avais de quoi faire un rappel,
si jamais ça allait pas pour redescendre,
j'avais une minimum de matériel pour redescendre aussi.
Et je suis partie, donc,
ce matin-là, et puis je grimpais tout doucement.
Je me suis été un peu anxieuse
de savoir...
comment j'allais me comporter.
Je connaissais pas la paroi du tout,
je n'avais jamais mis les pieds.
Donc...
C'est une paroi qui faisait peur,
quand même, à tout le monde,
et qui fait peur,
encore, à tout le monde.
Et du coup,
c'est normal que j'ai dormi
un peu fébrilement la nuit précédente,
en me disant, bon, ça y est, le jour
j'y arrive, et je...
Je suis prête, mais en même temps,
who knows.
Est-ce que je vais pas tomber dans une impasse,
est-ce que je vais bien m'en sortir,
est-ce que je vais être en forme,
on se pose mille questions, alors que...
après, c'est bien d'avoir le track,
ça permet de sortir un peu de ses gonds,
et d'être meilleur que quand
je le serai si on n'allait pas le track.
Et en fait, cette paroi a tellement
d'histoire qu'il y a
chaque lieu à un nom.
C'est-à-dire qu'au début,
elle a traversé un terge toit-seur,
enfin, d'abord, l'héldale de début,
après la traversage toit-seur,
premier neveu, deuxième neveu,
le bivouac de la mort, la rampe, après
la traversée des dieux, après la première cheminée,
la deuxième cheminée, puis enfin le sommet.
Je me disais que j'aurais dû prendre le temps
de m'arrêter pour boire, mais je n'avais pas très envie de le faire
au milieu de cette pente de neige.
Je boirai au bivouac de la mort.
Une autre pensée me tracassait,
le temps.
Il neigait toujours, et l'idée de devoir peut-être
redescendre ne m'encourager pas
à poursuivre.
Cette perspective me coupait plutôt les jambes,
m'arrêtant tous les vins pas pour souffler,
je parvain enfin
à ce fameux bivouac de la mort.
Là, mon premier geste
fut de regarder ma montre.
Il était déjà une heure de l'après-midi.
N'ayant rien bu ni mangé depuis mon départ,
je ne m'étonnais pas vraiment de ce petit passage
à vide ressenti juste en dessous,
et me restaurer devant la priorité.
Là, tout en mangeant mes pattes de fruits,
je ne pus mon péché de pensée
aux deux alpinistes allemands,
morts d'épuisement, à cet endroit précis,
en 1935.
Quand j'arrive au bivouac de la mort,
il est midi,
et là,
j'ai quand même une pensée
pour ces gens qui sont morts là.
Et c'est des gens qui sont morts
avant 1938
qu'on a retrouvé, on l'appelle le bivouac de la mort,
parce qu'ils étaient montés là, ils avaient disparu,
et on les a retrouvés,
c'est un avion en passant devant
qui a vu les corps de ces gars
dans une petite niche
où la glace avait fourni
et les corps étaient réapparus.
Donc c'est émouvant, parce qu'on se dit
qu'à l'époque, ils avaient,
ils n'avaient pas bien équipé,
ils n'avaient pas
de prévisions météorologiques fiables, etc.
Les corps étaient en chanvre,
le chanvre, une fois que c'est mouillé,
c'est pas bon, ça casse vite.
Donc tout ça,
ça fait que on ne peut
être ému quand on pense
à ces premiers alpinistes qui ont gravé cette face.
D'ailleurs, cette face-là a été la dernière face
de la gravie, le dernier des grands problèmes
à être gravie dans les Alpes.
...
...
Lorsque des alpinistes se tuent
en montagne, les gens disent toujours
il est mort là où il aimerait être,
c'est être bien pour lui.
Moi, je veux bien être en montagne,
mais pas trop longtemps.
Ce que je préfère par-dessus tout,
c'est le retour à la maison.
...
...
...
...
Au bivouac de la mort,
là, je regarde ma montre et puis j'appelle.
J'appelle Jeff, j'ai amont, alors, la météo,
c'est quoi ? Il me dit, bah, coude, continue,
il fait beau, je vois le ciel bleu,
là où j'étais, je pouvais pas le voir.
Et comme j'étais toute seule et en solo,
je pouvais pas dire combien de longueurs ça fait,
nous en général, quand on parle
d'un passage, on dit ça fait 3, 4,
5 longueurs, 5 longueurs,
c'est la longueur de l'accord entre
deux alpinistes.
Parce que le premier
gravit les 50 mètres, par exemple,
c'est une corde de 50, il s'arrête au bout de 50 mètres,
il fait son relais, il fait venir le second,
et puis, voilà, on répète ça
tout le long de la paroi.
Donc, quand on dit, bah, la rampe,
ça fait 5 longueurs, admettons,
ça fait à peu près 250 mètres,
quoi, enfin 200 mètres.
Mais moi, toute seule,
je serais incapable de dire
combien de longueurs ça fait, parce que
je l'ai pas vu comme ça.
Moi, j'ai l'impression
que ça a déroulé doucement,
j'ai pas couru, je voulais vraiment
assurer chaque pas,
je m'assurais
dans ma tête, c'est-à-dire que j'étais,
j'ai utilisé pas de corde, mais j'étais
justement, fallait que je fasse attention,
pas riper, pas être sûr
d'assurer chaque main,
et voilà.
...
...
J'arrive à on-de-la-rand,
puis il y a un passage un peu
délicat, où le rocher
était vraiment pourri, j'ai l'impression
de, chaque fois je mets un pied, de redescendre
que mon pied pouvait partir, et du coup, partir
moi aussi, comme un bouffon.
Je suis quelqu'un qui a l'habitude de grimper,
bah, dans le terrain,
pas très bon, donc
j'ai géré,
mais c'est vrai que là, on se dit, oh là, faut pas que
je m'en mette une là, et voilà, puis après,
il y avait un petit ressaut, puis après,
on a réussi à la traverser des dieux.
...
Et voilà, du coup, j'ai continué.
Je fais la traversée des dieux,
où la neige est un peu
fraîche, trop fraîche, et du coup, c'est un peu
compliqué, parce que je vois pas bien
le relief,
et puis d'autant, en plus,
comme je veux pas porter mes cordes, je tire
mes cordes derrière moi,
mais je me dis, si au bout de la corde,
si la corde tombe
au fur et à mesure, elle va me déstabiliser, donc
que j'avais passé ma corde dans un anneau de sang
que j'ai trouvé, là, pour éviter
que ça tombe, après, je fais ma traversée,
je défais mon neu, je rattrape
mes cordes, enfin, ça a été tout un souc
pour pas me... je voulais pas porter
ses cordes, c'était trop délicat,
comme traversée, trop lourd, et puis
enfin, j'arrive à
l'arrainer, parce que c'est
de never en
glace et neige, ça s'est passé
pas assez, après là, ça a pas, à peu près passé
comme j'avais imaginé, là, je remonte
doucement le
le never,
et puis, à un moment donné, je vois un tissu
qui dépasse de la glace, je lui dis, oh, c'est assordide,
parce que, bah voilà,
avec tous ces accidents qu'il y a eu, on s'est dit
peut-être qu'il y a quelque chose en dessous, il y a peut-être un...
je sais pas, une fois, j'ai trouvé
un squelette sur un glacier,
c'est un peu... voilà, ça fait drôle, quoi.
Donc, bon,
c'est de passer cette
sombre vision, je la dépasse
et puis j'arrive, enfin, au premier
et à la première fissure de sortie,
où là,
là, je suis un peu surprise, parce que
il y a un bouchon de neige
et puis la neige, elle n'est pas bonne, c'est pas de la glace,
je pensais que vous trouvez de la glace,
et là, je me dis, qu'est-ce que je fais,
est-ce que je passe tout droit, à gauche, à droite,
finalement,
je...
je réfléchis,
parce que je n'ai pas envie de mettre un piton,
je me dis, oh là là, si je mets un piton,
je ne m'étais pas encore assurée,
jamais, toute l'ascension, jusqu'à présent.
Et si je mets un piton,
je vais faire ça, me prendre du temps,
je vais galérer,
allez, je ne mets pas de piton, je fais le mouvement.
Et puis dans ma tête, je me dis, non, je ne peux pas faire le mouvement,
c'est trop délicat, j'avais les pieds
sur... j'ai les pieds
sur une dalle enrochée,
mais avec les crampons, c'est pas très adhérent
et... et puis mes mains sont sur des trucs
un peu suivants,
donc je me dis, non, c'est parisonnobe,
je ne peux pas parier sur un mouvement, il faut que je m'assure.
Donc je finis par mettre mon piton,
je mets mon piton, je m'assure pour un maître,
et puis j'enchaîne, sauf que là,
j'ai perdu du temps,
et puis en hiver, bah, la nuit tombe vite.
Donc quand je suis arrivée
à la première...
à la deuxième fille sur de sortie,
je me dis, je me suis posé cette question, qu'est-ce que je fais ?
Je m'arrête là,
ou je continue ?
Je me suis dit, si je m'arrête là,
il fait froid, il fait moins 15,
je suis partie depuis ce matin,
je vais... voilà, j'ai pas beaucoup bu,
je suis sûre que de ma matin,
si je m'arrête là, j'aurais les pieds et ma gelée.
Donc il ne faut absolument pas que je m'arrête,
il faut que je continue.
Et au-dessus de moi, je... je voyais pas bien,
mais j'avais une espèce de dié dans enrocher,
qui était... pfff...
un peu de la savanette, mais je me suis dit, bon, allez, j'y vais,
je vais tranquille,
et quitte à bouger toute la nuit, j'y arriverai.
Et donc c'est ce que j'ai fait,
et voilà, je me suis dit, bon, allez, je pars.
Alors là, je me suis imparfaitement,
je... un pied,
une main, je montais chaque, chaque,
chaque élément de mon corps doucement,
et sûrement, pour éviter de glisser.
Et puis voilà, à force,
je suis montée, je suis montée, je suis montée,
dans la vue que la frontale allumait,
parce qu'en fait, je...
je faisais nuit, et...
donc on voit pas à plus d'un mètre.
...
À un moment donné, j'ai froid aux mains,
et du coup, je... je...
je me secoue les mains, je les sors des gants,
et là, je... je... parce que j'ai fait,
j'ai perdu un gant.
Et... et...
tout de suite, j'ai pensé à ma mère, effectivement,
disant, wow,
je suis quand même... j'exagère,
je suis pas très sympa, je...
elle doit flipper, je sais pas,
enfin, elle doit avoir peur de ce qui peut arriver
à son... à sa fille, quoi.
Et du coup, je suis...
un peu... toute chose.
Je me dis quand même, c'est pas sympa, parce que je leur fais, là.
Et... mais en même temps, je me dis,
bah, de toute façon, ça va, je les appellerai,
dès que j'arrivais en haut, et puis ça sera fini, quoi.
Enfin, je les appellerai, j'avais...
pour à l'époque, il n'y a pas de téléphone, hein.
Donc, j'avais... j'avais pensé, bien, j'appellerai avec le Toki,
j'appellerai avec Jeff, et puis Jeff,
il pourra appeler mes parents, pour leur dire
que tout va bien, quoi.
Mais... voilà, c'était... c'était ça,
et en me disant, je suis une sale gosse,
quoi, un peu.
Et... voilà.
Mais pas plus que ça. Après,
je voulais surtout... qui ne m'arrive rien,
c'est-à-dire que je voulais pas me geler un doigt,
pas je l'ai rien, voilà,
sortir un dé, mais c'est pour ça que j'ai pris mon temps.
Je me suis dit, bon, allez, j'arriverai quand j'arriverai,
mais il ne faut pas que je me... je laisse un bout de doigt,
ou... c'est pour ça que je m'arrêtais,
tous les cinq minutes, réchauffer les mains,
parce que j'avais une paire de... j'avais une paire de gants de rechants,
je les mise, d'ailleurs, mais...
voilà, je commençais à avoir froid,
parce que ça faisait plus de... plus de 10 heures,
12 heures que je grimpaient,
il faisait moins 15, je... je buvais pas beaucoup,
je n'ai pas beaucoup mangé, donc
c'est... on est plus vulnérables au froid,
et... et donc, ça demande
plus d'attention, d'être... de faire
attention à tout ça.
Quand on est dans l'urgence, ou quand on est
en l'existence, parfois, dans...
dans des situations de...
de... de... de chaper à quelque chose,
on fait un peu n'importe quoi.
Et là, moi, je voulais pas ça, je me suis dit,
« Diorgents, je suis bien, il n'y a pas de raison,
je... je... j'irai
à mon rythme et je... me réchauffe les doigts ».
Progressivement, je suis arrivé,
je suis arrivé au sommet d'une pente,
et je me suis retrouvée à 4 pattes
sans le sommet, parce qu'en fait, comme je ne vois pas
plus d'un mètre, je ne voyais même pas le sommet.
Et ça m'avait drôle de me retrouver sur la rède
sommetale à 4 pattes, et puis là, je me suis redressé
comme un... un animal qui se redresse,
je me suis dit, « Ah, ben ça y est, j'y suis ».
Je me suis sentie bête de m'avoir d'arriver
à 4 pattes au sommet, parce que... ça fait drôle, quoi.
Et puis, à ce moment-là,
je... ben, je me suis dit, « Allez, maintenant,
je vais... je descends, je... je...
je ne faut pas que je m'arrête là, je...
je fais la rède, et puis je redescend tout de suite ».
Et puis, je...
marche sur cette arrête de neige, qui était assez effilée,
et puis, enfin, je...
j'arrive à un endroit plus vaste,
et là, je découvre un...
un duvet, et...
allongé, et du coup, je...
je me dis, « Tiens, je... je... je... je rêvais.
Est-ce que Jeff ne serait pas monté pour m'accueillir ? »
Et... et là-dessus, ben, je l'appelle
et... il dormait, en fait. Voilà. Donc, je...
je réveille, et puis,
ben là, c'était sympa, on a... on a...
du coup, je m'arrête aussi.
On fait une soupe,
on mange, et puis... et voilà, puis on raconte l'histoire.
Enfin, de lui, il s'attendait à ce que je m'arrête
en cours de route, et était prêt
à venir me... m'aider
à sortir, parce qu'en fait, il s'était dit,
pareil que moi, d'ailleurs, il s'était dit,
si elle dort en dessous, elle va...
elle a les pieds émagelés de ma matin, c'est sûr.
C'est ce qui était vrai.
« Puis, vers minuit, nous nous allons j'âme.
J'étais comme sur un nuage.
J'avais réussi et j'estimais
l'avoir fait de belles façons et sans frailleurs.
Les souvenirs de plaisir
l'emportaient sur les quelques moments difficiles.
Dans cet état de contentement,
bien au chaud dans mon duvet,
mes pensées allaient alors au lendemain.
En gravissant la face,
le sentiment de l'avoir déjà fait auparavant
ne m'avait pas quitté.
De fait, je m'étais préparée mentalement
à toutes sortes de difficultés
et à affronter le pire.
Tout ce que j'avais rencontré,
je m'y attendais, ou plutôt,
j'étais disposée à y faire face
et il me semble que rien n'aurait pu franchement
me déstabiliser.
Je m'étais donc sentie bien durant toute la montée.
Bon, le l'ordre de ma matin, on est redescendu
par la voie de descente,
enfin la voie de mon voie facile,
en fait, on a mis 2 heures pour descendre, c'était rapide.
C'est une pente de neige
et puis on a enfin arrivé
en bas à l'hôtel
où là, moi, je rêvais d'un truc,
c'est de manger une dupe profiter au chocolat
et c'est marrant,
j'ai pensé toute l'ascension,
je pensais au profiter au chocolat,
que je l'ai tapé à la descente.
Mais une fois descendu, c'est
stupide, mais c'était comme ça.
Et puis après, ce qui m'a un peu
compliqué la vie, c'est
j'étais une alpiniste professionnelle, il fallait que j'assuie
mais donc là, il est
média, aller à Paris,
parce qu'une fois qu'on fait un truc comme ça,
on est en forme, on dit
maintenant je pourrais faire ça, ça, ça,
puis en fait, une fois qu'on passe
on va à Paris
pendant X temps pour faire
les radios, les télé, etc.
C'est un passage obligé
mais en même temps, parce que
j'envie, X, j'ai une professionnelle
et il faut que je communique
que je parle de ça,
parce que les gens qui m'aident,
ils le font pour quelque chose aussi, c'est de la com.
Donc, il faut que je
la joue pro et je les fais.
Mais c'était un petit peu harculant
en disant, bon, j'aurais tellement aimé
rester là-bas et puis
profiter de cette forme pour faire autre chose.
Et puis, et bien voilà,
on passe une semaine, 10 jours là
et puis ensuite, la forme retombe,
c'est comme les sportifs de haut niveau, dès qu'on arrête
10 jours, puis à Paris, on ne peut pas faire
pareil comme Montagnes.
Et bien, il faut recommencer tout à
zéro et voilà.
Donc, c'était...
Je jouais
le jeu de l'alpinisme professionnel,
mais je ne suis pas...
Au fond de moi, parfois,
c'était un peu difficile.
Alors, la ascension a été plutôt
à ma grande surprise,
assez bien accueillie.
Les alpinistes m'ont gardé avec un autre regard.
Et plein d'alpinistes sont venus
me proposer de grimper avec eux.
Pour moi, ça a été, du coup,
une ascension importante, parce que
c'était un passage
important.
Les gens voyaient que je ne trichais pas,
enfin, que les gens étaient respectueux.
Oui.
L'escalade et l'alpinisme
rappellent mon enfance, parce que
quand on est en Thagne, on ne pense plus.
On pense qu'est-ce qu'on fait.
Et qu'est-ce que fait un enfant
quand il est sur un rocher, il va penser
à ce qu'il grimpe, enfin, il pense à rien d'autre.
Et du coup, c'est une sensation
que je retrouve à chaque fois que je mets
ma main sur le rocher, c'est-à-dire qu'on
évacue tout le reste.
Il n'y a plus qu'un truc qui compte, c'est
comment je vais...
On analyse le mouvement, comment je vais faire.
On ne peut pas avoir de pensée. Quand on marche, on peut
penser à plein de choses. Quand on grimpe, non.
Ce n'est pas possible. C'est juste, on a l'esprit
absorbé, comme quand on est...
Moi, c'est une sensation que j'avais quand j'étais gamine,
quand je grimpais sur un arbre.
Du coup, c'est une enfance qui reste
et qui sera vive
à chaque fois que je suis
sur un truc à grimper,
comme une gamine. C'est marrant, c'est...
Et je pense que tous les alpinistes, c'est ça.
C'est un retour
vers le...
Oui, une enfance qui
n'a pas envie de mourir.
Les extraits de livre de cet épisode sont tirés
d'ascensions publiés aux éditions Arthaux.
Après les sommets,
c'est d'ailleurs vers l'édition que s'est tournée
Catherine d'Estivelle.
Elle dirige aujourd'hui les éditions du Mont Blanc
et publie de nombreux ouvrages pour partager
sa passion de la montagne.
Au milieu de récits d'expédition ou d'ouvrages
jeunesse,
on trouve aussi de beaux livres dont la biographie complète
du célèbre aventurier,
reporter et alpiniste
Edward Wimper sorti dernièrement.
On vous conseille fortement
d'aller y jeter un œil.
Les Balladeurs est une série audio du magazine
Les Ozzards. Cette quatrième
saison est écrite et réalisée par
Clément Saccarre et Thomas Fierre.
La musique est signée Nicolas
de Ferrand et l'Origal Ghanis
est occupée du mixage.
Dans quinze jours, ce sont sur les longs
routes Tibetaines que nous nous retrouverons
pour ceux qui sera déjà le dernier
épisode de la saison.
A bientôt.