
La découverte de la grotte Cosquer
Durée: 18m3s
Date de sortie: 15/02/2023
durée : 00:18:03 - Les Odyssées - par : Laure Grandbesançon. - Une caverne magnifique, pleine de peintures préhistoriques, restée secrète, enfouie sous l'eau, pendant des siècles... Et finalement découverte presque par hasard... Impossible ? Si !
Sors ton masque et ton tuba, et en route pour la grotte Cosquer !
Les Odyssey de France Inter avec Pronote, toute la vie scolaire en une seule appli.
Pour les profs, les élèves et aussi leurs familles.
Marseillaises d'origine, tous mes étés, en fond je les ai passés à la chiota, à barboter dans l'eau,
équipés de moumasques, mes palmes et mon tuba.
Entre les sables plastiques et les quelques tongues qui flottaient, j'ai découvert de magnifiques créatures.
Des oursins noirs majestieux au reflet violet.
De longues herbes marines qu'on appelle, posidonies, ou bien encore les fameuses rascasses,
ces poissons rouge-oranger, ornées de pico, qu'on croise au mugelle ou dans la sublime calangue de figrôle.
Géniorer alors qu'à quelques encablions de mer, plus à l'ouest, se cachait en véritable trésor,
un trésor... archéologique.
Nous sommes en 1985, c'est la fin de l'été. Sur la terrasse du centre de plongée de Cassie,
Henri Koskert, épaule carré, barbe brune, épaule dorée par le soleil, nettoie son matériel au gédot.
Enfin, cet après-midi, il va poursuivre le soleil,
pouvoir plonger et descendre seul dans les profondeurs.
Oh, c'est pas que ça lui déplaise, d'accompagner des groupes de plongeurs dans les calangues d'envoi ou de sujet-ton.
Mais quand on n'a aussi aventuré en solo, la mer, elle se donne pas pareil.
La région est en véritable paradis pour les plongeurs.
Entre Marseille et Cassie, la roche blanche,
tombent à pic dans l'eau turquoise et à 15, 30, 50 mètres de profondeur,
elles forment des centaines de grottes de galeriers et de couloirs très étroits qu'on appelle des boyaux.
Henri a beau connaître le coin par cœur, il continue d'être émerveillé.
Entre la Méditerranée et lui, c'est une grande histoire d'amour.
Depuis qu'il est minot, il passe sa vie dans l'eau.
Planche à voile, plongée, pêche sous-marine, il a tout fait.
De fil en aiguille, la mer est devenue son métier.
Plongeur professionnel, il a passé des années à arpenter les profondeurs
pour couler du béton, réparer des barrages,
ou bien des piliers sous-marins.
Et puis, après quelques aventures ici et là,
il a fini par prendre la direction du centre de plongée de Cassie.
Enfin, ça y est, tout est prêt.
Le détendeur pour respirer, le nanomètre, le profondimètre,
eh ben le mâteau, c'est au top !
Henri saute sur le Cromagnon, son bateau,
youpie, c'est parti !
Devant lui s'ouvre l'immensité inondée de soleil.
Pétard, y'a pas à dire, hein ?
A part quelques gabions, ici, on est pénard !
Ils font son direction du Cap Morgion.
Là-bas, c'est un coin régalade, c'est café de petites cachettes.
Quand on est plongeur, on est toujours à la recherche d'un trésor,
d'une épave ou bien d'une grotte où personne n'a jamais été.
Allez, hop !
À coup de palme, Henri s'enfonce...
dans les profondeurs.
Au fin de Chichoun,
des bandelous, des doradroyales,
des gorgones violettes, des éponges, des coraux...
Wow !
Oh, c'est absolument son Dieu !
Et ce bleu-là, partout, si intense, si vif,
on dirait que l'eau est fluorescente.
C'est un peu chelou, ça, je connais ce son.
Je comprends pas ce que l'on a fait là-bas.
Pardon, Henri, avec ton détendeur dans la bouche,
on te comprend pas.
Ah, pardon, oui, je recommence.
C'est impressionnant, n'est-ce pas, cette couleur si pure ?
Oh !
Regarde, des langoustes !
Des haumards !
Tout frétillant dans sa combinaison de néoprènes,
Henri se dirige en direction d'un point précis.
Au début de l'été,
entre la grotte du figuier et la grotte de la crêperie...
Non, alors, la triprie, la grotte de la triprie !
Oh, pardon, merci.
Par 37 mètres de profondeur,
il a repéré un trou étrange, creusé dans la roche.
Peut-être le départ d'un tunnel ?
Ça y est !
Il a retrouvé sa fameuse ouverture.
Elle mesure environ 2 mètres de large.
Il s'y engouffre, sans lampe.
À cette profondeur, on voit encore très clair.
Henri pénètre dans un passage très étroit,
tapissé de coroches en fleurs.
Peu à peu, le couloir s'élargit.
Le plongeur avance...
très prudemment.
Les parois se recouvertent d'une épaisse rouge de vases noires.
S'il la soulève d'un coup de palme,
il n'y verra absolument plus rien.
Henri a parcouru 20 mètres,
et déjà l'obscurité gagne du terrain.
Bon, ce sera tout pour aujourd'hui.
Il remonte à la surface, excité comme une puce.
Qui a-t-il au fond de ce couloir sombre ?
Pour le savoir, il doit y retourner.
Mais une exploration comme celle-ci ne s'improvise pas.
Il faudra revenir, équiper, préparer.
Henri est en sa chance, une deuxième fois.
Oh, shit !
Il est forcé de rebourser ses chemins.
Après une deuxième, tu sais bien,
il y a toujours une troisième tentative !
Depuis plusieurs jours, le mistral souffle fort.
Henri profite d'une excursion,
organisée par le centre.
Tandis que son ami Eric s'occupe d'un groupe de plongeurs amateurs,
il s'éclipse, discrètement.
La mer est grise, agité, fatiguante.
Il palme, il palme, il palme !
Arrivée de vol entrer, vite, il s'est engouffre.
Il parcourt... 50... 60...
100 mètres de boyaux.
Un étrange sentiment l'envahit.
Un mélange d'excitation et d'angoisse.
S'il devait lui arriver un pépin ici,
pas sûr que quelqu'un le retrouve.
Il allume sa lampe.
Tiens.
Il remarque que la galerie,
petit à petit, monte.
Je suis en train de me rapprocher du niveau de la mer,
ou je rêve.
Je vais peut-être tomber sur une poche d'air.
Oh, ça sent bon ! Ça sent bon !
Et en effet, 10 mètres plus loin, bingo !
La galerie débouche sur une immense sale sous-marine.
Waouh, époustouflant !
Dénorme stalagmite se dressent là, sous ses palmes.
Henri les éclaire.
Quelle couleur merveilleuse !
Il reste immobile quelques instants, ému et un peu gêné.
Eh ben pardon de vous déranger, géant de pierre.
Puis, il pointe sa lampe vers le haut.
Oh ! Ça fait comme un miroir scintillant !
La lumière se reflète.
Cette grotte n'est peut-être pas entièrement envahie par l'eau.
Quelques coups de palme plus tard,
robingo !
Il se retrouve, la tête hors de l'eau.
Le plongeur regarde autour de lui.
C'est la plus grande grotte que, non,
grotte que j'ai jamais vue.
Oh oui, c'est la saucisse !
Enfin, le plongeur.
Et ce...
Isse, sur une sorte de petite plage de roche.
Henri, à le souffle coupé.
Ici aussi, se dressent d'immenses stalagmites,
façon boule de disco.
Oh lala, la roche brille !
Ça est un sel de partout.
On dirait un kaleidoscope géant.
De retour sur le bateau du club,
son ami Eric ne pose aucune question.
Les secrets de plongeurs, tu le sais bien.
Ça ne se partage pas.
Henri retourne explorer sa grotte.
Il retrouve facilement l'entrée, la galerie,
et enfin, la petite plage de pierre.
C'est encore plus grand que dans son souvenir.
La grotte est profonde, impressionnante.
Henri a sacrément les chocottes.
Avec les stalagmites qui montent,
et les stalactites qui tombent du plafond,
on dirait une mâchoire géante.
Oh lala, pauvre vieux, courage !
Depuis combien de temps Henri est-il là ?
20 minutes ?
Une demi-heure ?
Bon sang, que cache cette grotte ?
Oh, oh, mais qu'est-ce qui se passe ?
Oh non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, pas la lampe !
Non, pas la lampe !
Et si, et si, c'est la lampe, c'est la lampe !
Elle clignote, puis s'éteint.
Henri est plongé dans le noir.
L'obscurité est totale.
Le pauvre tremble de peur.
T'immèdement, il lance un poti.
Ouh, ouuh, ouuh.
Alors, oui, c'est bien tenté, he he,
mais non, banane, personne t'entend !
Je crois qu'on peut dire que, et bien, euh...
T'es foutu.
Heureusement, Henri retrouve son sang froid.
Calmement, mais sûrement,
quittons cet endroit au plus vite.
Très lentement, à Tâton,
il arrive à retrouver la petite plage.
Il suit le boyau jusqu'à la sortie.
Henri l'a échappé belle.
Un peu plus, et c'était, euh, tu sais...
La mort !
Le temps passe.
Et puis, de nouveau, ça le picote, la curiosité.
En 1988, il tente une nouvelle exploration.
Robolote, c'est un éché.
Trois ans plus tard, cette fois, il est prêt.
Vraiment prêt ?
Oui, pour de bon.
Nous sommes le 3 juillet 1991.
Henri embarque avec lui deux collègues extrêmement chevronnés.
Les plongeurs spéléologues, Pascal Oriol et Yann Gaugan,
ainsi que sa nièce, Sandrine Koska.
Le Quatuor remonte la galerie sous marines.
Enfin, ils arrivent dans l'immense cavité.
Ils n'en reviennent pas !
Une grotte comme ça, c'est si rare !
Ils observent, bouge-b, le sol, si blanc,
les stalactites et les stalagmites, au mille éclats de Tiamat.
Deux heures durant, ils explorent le reste de l'espace.
Ils découvrent des merveilles.
Et parmi elles, une deuxième salle, au plafond extrêmement haut.
On dirait une cathédrale !
Juste avant de partir, Yann Gaugan éclaire par hasard
une drôle de forme, là, sur la paroi.
Le groupe s'approche.
On dirait une main ?
Oh, purée les gars ! Quelqu'un a fait un tag !
Comment se dessin s'est-il retrouvé là ?
Qui l'a dessiné ?
Un plongeur aurait-il découvert sa grotte avant lui ?
Bah, dans ce cas, comment le bonhomme s'est-il débrouillé
pour transporter la peinture ?
Et si l'artiste n'était pas un plongeur, mais...
Oh, ici, Henri avait découvert une grotte, pas historique !
Les semaines suivantes, le groupe poursuit son exploration.
Ils découvrent... Oh, merveille, des merveilles !
D'autres dessins, de nouvelles mains,
aux contours noirs, rouge ou orangés,
et des animaux, des chevaux, des bisous, des chamois,
des bouquetins, et puis...
Oh ! Des focs et des pingouins !
Euh, pousse, pousse, pardon, désolé, mais je dois m'arrêter de seconde, là.
Des pingouins près de Marseille !
Oh, ça va alors, remette-toi, hein !
Hum, bref...
Henri sait qu'il a découvert un trésor archéologique.
Il décide pour l'instant de ne rien dire aux autorités.
Mais la rumeur circule, et vite !
Une grotte de la praie histoire, tu parles que ça intéresse !
Le 1er septembre 1991,
trois plongeurs amateurs trouvent la mort dans le boyau, près de l'entrée.
Impossible de garder le silence plus longtemps.
Deux jours plus tard, Henri déclare officiellement sa découverte.
Reste maintenant à l'authentifier.
Le grand archéologue Jean Courtein est envoyé sur le terrain.
Son jugement est sans appel.
Il s'agit bien d'une véritable grotte, praie historique.
Après plus de 41 prélèvements d'échantillons,
on arrive à la datée avec précision.
Elle a été fréquentée par les homo sapiens,
c'est-à-dire notre espèce,
durant une période très longue,
entre les années 33 000 et 19 000 avant le présent.
Lorsqu'en Rikosker la découverte,
aucun humain ne l'avait visité depuis 20 000 ans !
L'histoire de la Grotte Koskère fascine évidemment le monde entier.
Une question en particulier intrigue les journalistes.
Henri Koskert, pourquoi avoir attendu si longtemps
avant de déclarer votre découverte ?
Eh ma foi, un bon coin à champignon !
Il se donne peut-être ?
...
Derrière cet épisode, il y a Al Niro, Fanny Le Roi,
Benjamin Orgerais et moi, leur Grand Besançon.
Pourquoi y a-t-il des pingouins
dessinés sur les parois de la Grotte Koskère ?
Lorsque la Grotte commence à être fréquentée,
dans les années 33 000 avant le présent,
le climat est très différent d'aujourd'hui.
C'est le paléolithique supérieur,
une époque qui correspond à la dernière grande phase glacière.
Le nord de l'Eurasie est rempli de glaciers,
tandis que le sud connaît des températures assez basses.
Dans la région qui correspond aujourd'hui au sud de la France,
c'est Mégagla-gla !
Ce qui explique une faune et une flore bien différente.
La Grotte Koskère est aujourd'hui en grand danger.
Monassée par la montée des eaux, elle va un jour disparaître.
Heureusement, une réplique a été construite.
N'hésite pas à aller la voir,
tu la trouveras à Marseille, à Koskère, Méditerranée.
Les Odyssey est un podcast original de France en Terre.
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