Radio classique et les éditions Le Robert présentent la drôle d'histoire du trait d'union.
Une histoire en musique d'Elodie Fondaci.
Des étoiles, des étoiles, des étoiles !
Est-ce que je peux avoir une histoire s'il te plaît de me raconter une histoire ?
Encore une histoire ? Vous avez été sales, vous êtes sûr ?
Bon, d'accord. Je vais vous raconter une histoire farfelue d'orthographe.
La suite des aventures de Vincent Milié, Million Milière.
Savez-vous qu'en orthographe, tous les nombres composés d'au moins deux mots sont reliés par un trait d'union ?
Voici une histoire pour ne plus jamais l'oublier.
Chapitre 3. La drôle d'histoire du trait d'union.
Maintenant que cette histoire est finie, il me semble devoir revenir sur quelque chose.
Je vous ai dit qu'à l'école des nombres, quand les nombres sortaient, ils se tenaient par le trait d'union.
Vous avez peut-être cru que vos oreilles vous jouaient des tours ou que je m'étais trompée.
Pas du tout.
Non seulement les nombres se tenaient par le trait d'union, mais ils étaient dans l'obligation absolue de le faire.
Cette obligation était dument inscrite dans le règlement.
Page 7 a l'unier 35 en roule sous l'unier 2 fois.
Et les élèves devaient signer ce règlement quand ils étaient admis aux pensionnats.
Tout manquement à la règle était sévèrement puni.
Qui conc oubliait son trait d'union et copait d'une repie ?
Au deuxième oubli, c'était l'avertissement.
Au troisième, la punition était si terrible qu'on ne lausait même pas l'évoquer.
On ne tremblait rien que d'y penser.
D'ailleurs, personne n'oubliait son trait d'union.
À l'école des nombres, on ne chantait pas « Je te tiens, tu me tiens » par la barbichette.
Le premier de nous deux qui rira aura une tapette.
Non.
On chantait « Je te tiens, tu me tiens » par le trait d'union.
Le premier de nous deux qui l'oublie ira en prison.
Pourtant, le trait d'union n'avait pas toujours été obligatoire.
Pendant des années, il n'avait été qu'un accessoire parmi d'autres,
que les nombres élégants aimaient porter de temps en temps,
comme on met un bichou, une cravate ou une jolie montre.
Rien de plus.
Mais tout avait changé le jour où le directeur était devenu directeur.
C'est lui qui avait imposé son usage, lui qui avait durcié le règlement,
lui qui avait décrété dans les années 90 qu'aucun nombre ne pourrait plus sortir sang.
Personne ne savait pourquoi M. Poingaré était aussi hachefall sur la question du trait d'union.
On savait seulement qu'il en faisait collection.
Il en possédait des centaines, ranger soigneusement dans une vitrine fermée à clés dans son bureau.
Des traits d'union en bois, en cuis, en métal, en cristal,
des traits d'union gravés, un à la main, certes y de pierres précieuses.
Il en avait même un microscope sculpté dans un grain de riz qu'il avait rapporté de Chine
et un autre taillé dans un os de giraf, qu'il avait déniché en Afrique.
Il les a stickés un par un chaque matin, avec un soin tatillon,
à l'aide d'un long plumeau qu'il sortait de son tiroir.
On mettait ce goût immodéré du directeur pour les traits d'union
sur le compte de son caractère parfois un peu maniaque et personne ne posait de question.
Bien entendu, il y avait une raison,
une raison que je vais vous expliquer, si vous promettez de m'écouter attentivement.
Le directeur devait beaucoup au trait d'union.
Je dirais même plus, le directeur devait la vie au trait d'union.
Je vais vous raconter pourquoi.
Il y a de cela des années, le directeur avait été jeune.
Je sais, c'est difficile à croire, mais cet homme, au cheveux rare et à la moustache en pointe,
avait été un jour un adolescent.
Un beau gaillard, sportif, passionné d'escalade, qui partait chaque week-end dans montagne avec ses amis,
en siffletant joyeusement avec de bonnes chaussettes de laine, des crampons, des mousquetons et un trait d'union,
qui l'emportait toujours par mesure de sécurité.
Mais, un jour, qu'il grimpait une paroi abrupte, son pied avait glissé.
Et il avait bien failli dégringoler tout en bas de la montagne.
C'est ce qui serait arrivé d'ailleurs, si son camarade de cordée ne l'avait pas retenu de justesse par le trait d'union.
Le pauvre point garé était resté suspendu dans le vide, accroché par le trait d'union à la main de son ami,
qui suait à grosses gouttes à cause de l'effort, jusqu'à ce qu'un hélicoptère qui passait par là,
ne vienne les chercher et ne les transporte en lieu sûr.
On avait dû les réchauffer, bien sûr.
Ils étaient bleus comme des glaçons et leurs dents claquaient si fort qu'on aurait dit des castagnettes.
M. Point Garé n'avait jamais oublié cette mésaventure.
Depuis ce jour lointain, il avait pour son ami et pour les traits d'union une affection particulière.
C'est pour cela qu'il exigeait que les nombres en aient toujours insuré.
Tout simplement.
Vous voyez au fond, chaque règle a son explication.
C'était la drôle d'histoire du trait d'union.
Une histoire écrite est racontée par Elodie Fondacci sur le coitueur américain, Dantonine Vorjack.
Retrouver cette histoire dans le recueil 200 milliers, millions, milliards de la collection, histoire farfelue d'orthographe.
Des albums avec des jeux illustrés par Marianne Barcelon et Veronique Dès aux éditions Le Robert.