Les théosophes ont pressenti l'impressionnante grandeur du cycle cosmique, où notre monde
est la rassumelle.
Nous ne sommes qu'un épisode transitoire.
La fin débutant en novembre.
Ce fut malgré tout une chance, car les céréales avaient été semées dans les grandes plaines
agricoles.
Le printemps et l'été connurent leur dernier grand chambler.
Avec quelques élevages, il nous permet de subsister.
Difficilement, douloureusement, mais encore un peu.
Nous avons entamé un pittoresque retour vers le passé.
Aucune machine, tout à la force du poignet.
Loupem proletariat à la portée de tous.
Je vivais dans un pays industrialisé, dans une économie tertiarisée, mondialisée, où
la production de biens était en grande partie délocalisée, déléguée à des masses laborieuses
moins coûteuses.
Les diplômes du supérieur font de piètre de maçon, d'exécrables menuisiers et de
foutus mauvais agriculteurs.
C'est con pour des gens qui émettent en la bouffe bio.
On se met à crever à la manière médiévale.
Famines et maladies pour tout le monde.
Les enfants furent les premiers à partir.
Ils n'avaient pas été vaccinés, contrairement à leurs parents.
Je doute que les pays du Sud sont sois mieux sortis.
Les réseaux de communication ont aussi devenu des légendes que les parents racontaient en
chuchotant à leurs enfants.
Ah, avec rasseux, gros l'entend de froid dans leur toddy à la campagne.
Au fond, ce qui nous anéla fut le silence.
Plus de champs, de rire ou de discussion.
Quelques bourbourgmes, les signés des regards.
Les enfants jouaient en silence.
Pleuraient en silence.
Un silence omniprésent, déchirant, inhumain.
Le silence est toujours inhumain.
Comment je m'en suis sorti ?
La question est légitime.
Je me la pose encore.
La chance sans doute.
Un métabolisme plus résistant que la moyenne n'est peut-être un instinct de survie plus
développé.
Je l'avoue, j'en suis le premier à étonner.
Parce que priori, j'étais plutôt un outsider au jeu de la survie.
Mais va savoir pourquoi, dès le début des grandes boucheries urbaines, j'ai
investi dans de l'équipement de survie.
J'ai regardé un tutoriel, une des dernières vidéos YouTube que j'ai vues.
Elle fut utile.
C'était assez rare pour le souligner.
J'ai commencé mon périple avec un camping-car que j'avais acheté d'occasion avant la
panique et l'écroulement du système monétaire.
Les copains c'était foutu de ma gueule.
Ils me traitaient de prêts retraités.
C'était drôle.
Ils étaient drôles.
Ils sont tous morts maintenant.
Tous.
J'ai tenu quelques mois, puis le gasoil se fiert rare.
De toute façon, le camion devient encombrant et un apoi à connard.
J'en ai amoché quelques-uns, voire plus si affinité de ces émules de Mad Max qui
voulaient me le voler.
Ça devenait fatigant.
J'avais de l'énergie à mettre dans autre chose que buter des cons.
Je dis pas que ça soulage pas, mais j'avais à survivre.
Pas à jouer au héros.
J'étais pas un de ces paranoïques de survivalistes, loin de là.
Mais j'ai compris quelque chose.
Le chasseur cahueur allait faire un combat retentissant.
L'époque n'était plus à la sédentarisation et au collectif.
Mais pourquoi l'ai-je compris dès le début ? En vrai, je m'en fous un peu.
Personne ne m'en a jamais fait le compliment, ni l'armarque.
Mais moi, je suis pas certain d'apprécier ce trait d'intelligence, cette fulgurance
de mon intellect.
Après tout ce que j'ai vu, le génie humain me paraît tout aussi douteux que ce slip
que je porte depuis bien trop longtemps.
C'est dernier temps avec David.
C'est comme ça qu'il s'appelait David.
Une croison plus grande sur les routes.
De vivants et dentiers, j'entends.
L'homme s'effaçait doucement et devenait comme ses prédateurs.
Invisible.
On s'était approchés de quelques villes, jamais trop près, mais assez pour voir si
quelque chose bougeait encore et récupérait une ou deux miètes utiles de civilisation.
Et le phénomène s'était fréquemment reproduit.
On sentait comme une onde, une vibration qui en est manée.
C'était suave et en même temps accr.
Je sais, tu dois penser que je suis dingue que la solitude et l'éérence ont mis ce
qu'il restait de mon psychisme à genoux.
Tu n'as peut-être pas tort, car je te parle alors que tu n'es que mon reflet crasseux
dans un miroir tout aussi crasseux.
Mais je l'ai ressenti.
Et David aussi.
Cet appel était presque hypnotique.
Surtout la nuit lorsque le coeur de ces agglomérations émettait une faible lueur.
Elle me rappelait celle, si ancienne maintenant, des tumouches électriques dans les boucheries.
David s'était posé une question.
Et c'est le signe que nos anciennes zigourades, oui disais zigourades, il était cultivé
pour un vigile.
Et était désormais occupé par d'autres habitants.
Mais ce pouvait être tout simplement les feux folèdes nés de la décomposition des
billets de corps, enfin des restes des corps qui pourraient s'étranger là-bas.
Néanmoins comme des insectes à l'atavisme stupide, nous reviendrons régulièrement près
des villes.
Une sorte de nostalgie perverse de la puissance de notre race avant que cette dernière ne
devienne un buffet à volonté.
Les dernières fois où je me suis approché d'une agglomération, la nuit, des tranches
d'image les surplombait, des masques autoneuses comme éclairées de l'intérieur par des éclaires,
des flèches de lumière couvrant toutes les nuances du bleu, mais sans le grand demandant
quel compte tenait.
Je pense qu'un nouveau stade est en train d'être atteint, mais lequel ? Mais ça ou
autre chose, qu'on avait tout le monde, qu'on avait j'à foutre après tout, savoir
le pourquoi de tout cela.
J'en avais eu longtemps le désir, c'était une motivation comme une autre.
Je suppose que mon inconscient réclamait un objectif à atteindre pour ne pas s'effronter.
Je griffonnais dans des petits carnets tous les indices que je pensais trouver.
La moindre piste, le plus petit bout d'information sur le pourquoi et le comment.
Et tu veux savoir ce que j'ai compris ? L'incroyable vérité ? Tu veux que je te révèle
le grand secret, espèce de débris avec ta gueule de prédicateur de coin de rue ? Tu
veux tout savoir ? La soif de connaissance, cette maladie vénérienne de l'esprit,
te démange la cervelle comme les morpions mais pauvres couilles puantes, n'est-ce
pas son bras brutit ?
Et bien si tu veux tout savoir, c'est très simple, tragiquement simple.
On s'est fait niquer dans les grandes largeurs.
On a joué à Dieu Tout-Puissant à coups d'équation et de bosons de Yix et on s'est pris la
réalité de l'univers dans le cul.
On a joué au Chibarie avec la théorie des cordes dans la chambre d'un multiver qui
avait l'écrô.
Dieu ne choupe pas au dé, ça c'est certain.
Il joue aux fléchettes et vit très bien l'enculé.
On s'est fait déchirer par des trucs attirés par la méthode expérimentale, si rationnelle,
si scientifique.
On s'est fait retourner dans les ténèbres grâce aux idées des lumières.
La brillante ironique voilà, diantre que je rie.
Putain que je rie.
Au fond, c'était peut-être ce vieux déclassé de Lovecraft qui avait raison.
J'ai déchiré la première page de l'appel d'Octolu dans la bibliothèque tombot de
l'historien de notre race de débiles fascinées par le côté ludique des Arulettes.
La chose la plus miséricordieuse en ce monde, je crois.
C'est l'inaptitude de l'esprit humain à corréler tout ce dont il est témoin.
Nous vivons sur une place idile d'ignorance au milieu des noirs mères d'infini et ça
ne veut pas dire que nous puissions voyager loin.
Les sciences, chacune à plé à sa propre direction, nous ont jusqu'ici peu faits de tort.
Mère Assemblée, nos connaissances dissociées nous ouvrira de si terrifiant aux horizons
de réalité et la considération de notre effrayante position ici bas.
Que soit nous deviendrons fous de la révélation, soit nous enfuirons la lumière mortelle dans
la paix et la sécurité d'une nouvelle ère d'obscurité.
Les théosophons pressent-ils impressionnement de grandeur du cycle cosmique où notre monde
et la race humaine ne sont qu'un épisode transitoire.
Il avait raison, ce vieux connard s'entend-tu.
Il avait tellement raison.
Un épisode transitoire.
Alors maintenant je vais sortir et te laisser crever de peur dans ces chiottes délabrées.
Je vais me mettre à gueuler au milieu de cette autoroute abandonnée.
Je vais gueuler jusqu'à ce qu'ils me trouvent.
Je vais arrêter, moi, de me terrer.
Je vais me débarrasser de cette humilité de verre de terre qui nous ont imposé par
leur appétit dégueulasse.
Je vais leur vomir à la gueule mon mépris pour leur lâcher de prédateur invisible.
Tu m'entends ?
Je vais arrêter de me cacher.
Je vais cacher.
Ne me terres, putain.
Je vais crier, lourlé.
Enfin.
Hé, pente de connard ! Toulou ! Pellard-Tothèpe ! Je sais que c'est le fils de pute !
Venez ! Je vous attends ! Prenez-moi ! Venez ! Je vous attends ! Venez, putain ! Venez !
Putain, ça, c'est à cette fourse-emblée !
Salaud !
Quelque chose est une fiction écrite par David D. Warren, mis en son par Zü, avec des
musiques composées par Julien Picard.
Vous avez pu entendre votre manu dans le rôle principal, accompagné par Pomme, Faggy,
Julien Picard et Julien Loézy, Chernobog, Grand Poil, Colette, Lexine, Patrice et Clément,
des différents podcasts du label ainsi que Madinéco, Patréote qui a répondu à notre
appel à candidature.
Un grand merci à toutes celles et ceux qui ont prêté leurs voix pour donner vie à cette
histoire.
Si cette dernière vous a plu, n'hésitez pas à nous le dire en nous laissant un commentaire
sur Apple Podcast ou Podcast Attic et évidemment à en parler autour de vous.
De nouvelles fictions arriveront très bientôt dans ce flou alors n'oubliez pas de suivre
le label Podcast sur les réseaux pour en savoir plus et à vous rendre sur www.patrimon.com.segpodcode
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Merci beaucoup et à très vite !