#50 — 300 jours de solitude, avec Xavier Rosset

Durée: 44m1s

Date de sortie: 09/03/2022

Pour partir loin des autres et de la vie confortable, l’ancien snowboarder suisse Xavier Rosset a décidé de passer 300 jours seul sur Tofua, une île déserte de l’archipel des Tonga.


Le film "300 jours seul sur une île" disponible sur YouTube →

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🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, présenté par Clémence Hacquart, mis en musique par Nicolas de Ferran, mixé par Laurie Galligani, et monté par Chloé Wibaux.


🤝 La saison 5 des Baladeurs est soutenue par Columbia.



Plus de détails sur l'épisode : 


Entourée des eaux claires du Pacifique, l’île volcanique de Tofooa, dans l’archipel des Tonga, conserve en son sein un lac d’eau sulfureuse. Au nord, s’échappe la fumée du volcan toujours en activité. 64 km2 de terre, occupées pour la dernière fois dans les années 90.

Pour partir loin des autres et de la vie confortable, l’ancien snowboarder suisse Xavier Rosset choisit de s’y installer pendant 300 jours, en 2008.

Dans cette forêt semi-tropicale, entourée de cocotiers et de solitude, la plupart des heures du jour sont consacrées à sa survie : s’abriter, s’hydrater, se nourrir, ne pas mourir.
Veiller à ne pas trop se dépenser, aussi, car l’énergie est précieuse.

Un effort de chaque instant jusqu’à s’adapter finalement au rythme de l’île qu’il a décidé d’habiter.

Mais dans cette quête de l’origine, cette recherche extrême de la communion avec la nature, il a aussi l’apprentissage de soi, la volonté d’arrêter le temps et la perte de repères, qui jadis maintenait à flot... et lentement, peuvent faire plonger dans les méandres de la solitude.

Depuis plus de 80 ans, Columbia équipe les passionnés d'outd'or du monde entier.
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pour les aventuriers et les aventuriers d'hier et de demain.
Columbia est fier de soutenir les baladeurs pour cette cinquième saison.
Les baladeurs
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Entouré des eaux claires du Pacifique, l'île volcanique de Tofua, dans l'archipel des Tangas, conserve en son sang un lac d'eau sulfureuse.
Au nord, s'échappe la fumée du volcan toujours en activité, environ 60 km2 de terre occupée pour la dernière fois dans les années 90.
Pour partir loin des autres et de la vie confortable, l'ancien snowboarder suisque Xavier Rosset choisit de s'y installer pendant 300 jours en 2008.
Dans cette forêt se mitropicale, entourée de cocotiers et de déserts caillouteux, la plupart des heures du jour sont consacrées à sa survie.
Sa brité, s'y drater, se nourrir, ne pas mourir.
Veiller à ne pas trop se dépenser aussi, car l'énergie est précieuse.
Un effort de chaque instant jusqu'à s'adapter finalement au rythme de l'île qu'il a décidé d'habiter.
Mais dans cette quête de l'origine, cette recherche extrême de la communion avec la nature, il y a aussi l'apprentissage de soi, la volonté d'arrêter le temps et la perte de repères qui jadis se maintenait à flot
et lentement peut faire plonger dans les méandres de la solitude.
Ta liberté s'arrête là-haut, la liberté des autres commence.
Et être seul, c'est génial parce que tu as une liberté absolue, tu fais ce que tu veux, quand tu veux, comme tu veux.
Le revers de la médaille effectivement, c'est qu'il faut accepter cette solitude.
Moi je suis quelqu'un de très social et du coup en étant seul, il y a des moments où j'ai des downs, il y a personne qui va venir te donner un coup de main,
il y a personne qui vient t'aider, t'es seul dans ta jungle, tu l'as voulu et on a une expression chez nous qui dit t'as voulu un vélo, pédale.
Donc au bout de un moment, t'es obligé de remonter la pente et d'accepter ça parce que t'as juste pas le choix.
C'est un rêve que je voulais réaliser, ça fait 14 mois qu'ils travaillent pour le faire.
Et bien là j'y suis, je crois que j'ai pas fini de rigoler ici, je crois que le plus important c'est de vraiment rester zen, puis de garder son calme.
Parce que quoi que tu fasses, de toute façon t'es tout seul.
Pendant 10 ans j'ai été snowboarder professionnel et puis je raidais l'extrême de Verbier et en 2005, je termine deuxième de l'extrême de Verbier et ça ça me propuse dans les 5 meilleurs mondiaux.
Et en 2006 je me retrouve au semestre cette phase et du coup j'ai plus la même motivation que j'avais avant, j'ai l'impression que mon rêve est réalisé.
Du coup je me dis, ben ok il faut que tu fasses autre chose et du coup qu'est-ce que je voulais faire.
Et je me suis dit ben je suis quelqu'un de social, j'aime la montagne et j'aime le froid, pourquoi pas faire exactement l'inverse, pourquoi pas partir pour une longue période sur une île inhabitée du Pacifique.
La préparation, ça m'a pris environ 14 mois. Le plus difficile à la base c'est déjà de trouver une île.
Il y a énormément d'îles dans le monde mais d'arriver à trouver une île qui correspond aux critères que je voulais et que j'avais besoin,
c'est-à-dire qui a suffisamment d'eau fraîche, qui soit suffisamment grande pour que je puisse me nourrir de un et puis explorer et puis aussi qui soit suffisamment loin de toute civilisation pour que je me sente que je me reclue et seul au monde.
Ça ça m'a pris 4 mois de trouver une île et du coup c'est comme ça que je me suis retrouvé dans l'archipel d'Etonga.
L'île Tofua se situe dans le Pacifique Sud, c'est une île qui fait 64 km2, en gros c'est une île volcanique active, donc ça veut dire avec une énorme caldera et au centre il y a un volcan actif et un grand lac d'eau salée.
L'autre île habitée la plus proche, elle est à 35 km, tu ne vois jamais un avion, tu vois très rarement un bateau qui passe, tu es vraiment seul au monde.
Les révoltés du bounty, la mutinerie du bounty c'était sur l'île de Tofua en 1772 et du coup cette île a été habitée jusqu'en fin des années 90, mais par des toutes petites communautés et puis après ils ont quitté l'île parce que la vie était très dure, c'était vraiment loin de tout et c'est dur.
L'île est inhabitée à l'année, il y a des gens qui viennent une fois de temps en temps, une vingtaine de cultivateurs qui viennent pour cultiver ce qu'ils appellent le cava, une plante locale qui est très connue là-bas et du coup il reste une semaine, deux semaines, ils cultivent leur cava et ils repartent.
Volontairement je n'ai pas pris l'information sur la survie, je ne voulais pas apprendre ici et retransposer ce que je connaissais, ce que j'avais appris ici sur mon île, je suis parti avec zéro connaissance.
Je savais faire du feu, j'ai un ami qui m'a montré comment faire du feu avec des bouts de bois, merci Papou et autrement je suis vraiment parti avec le minimum de connaissance.
La préparation physique, ça c'est assez facile, j'ai mangé de la raclette et de la fondue pendant 12 mois, j'ai pris 18 kilos de masse graisseuse en me disant que les premiers jours peut-être, bien je n'aurais pas mangé.
C'est 14 mois de préparation pour faire en sorte que je sois prêt, convaincre mes amis, ma famille aussi, que je savais ce que j'allais faire, moi j'en étais convaincu.
Volontairement je ne voulais pas partir avec une grosse garde-robe, je suis parti avec ma casquette, le t-shirt, un pull, un calson, une paire de jeans, j'ai oublié les chaussettes sur la commode chez moi à Verbier et puis une paire de basket et une paire de crux.
Je suis vraiment parti à la fraîche avec une paire d'unet de soleil aussi qui m'a énormément servi.
Avant d'arriver sur l'île de Tofua, j'arrive sur une petite île qui s'appelle Kotu, qui a 35 km qui est l'île habité la plus proche de Tofua et là les conditions météo ne permettent pas à ces petits bateaux de pouvoir m'amener sur Tofua.
Donc là je reste 4-5 jours avec les gens, c'est une petite île qui fait 400 mètres sur 200 mètres habité par 100 personnes.
Ce qui m'a bien aidé c'est que les locaux m'ont montré sur leur petite île qu'est-ce qu'eux mangeaient.
J'ai pu apprendre que ça, ça se mangeait, ça, ça se mangeait comme ça, ça il faut cuire, ça il faut...
Ça m'a donné énormément d'informations avant de partir sur Tofua.
Quelques jours après, on peut enfin prendre la mer, l'océan, et en fait ces 35 km de bateau, ça prend environ 3h, 3h30 sur une mer qui est assez démontée.
Quand on arrive sur l'île, moi je leur montre un peu où je voulais être débarqué, ils me débarquent et le bateau repart immédiatement.
Parce qu'eux ils ont de nouveau 3h30, 4h à faire en sens inverse pour retourner.
On décharge mes bagages et puis je les regarde, je les regarde partir.
Et à ce moment là, je suis un peu partageant entre deux feelings.
Le premier feeling c'est que je suis très content, parce que ça veut dire que les 14 mois que j'ai travaillé,
eh bien ok, là j'y suis, l'aventure commence maintenant.
Et en deux, c'est un énorme sentiment d'humilité, parce que je sais que quoi qu'il arrive, pour les 300 jours qui suivent,
eh bien je suis seul.
Et il y a personne qui va pouvoir m'aider, et du coup je vais devoir compter que sur moi-même.
Et ça, ça me donne un énorme sentiment d'humilité.
Le premier jour, il faut que je trouve à boire, à manger, et il faut que je trouve un endroit pour pouvoir dormir qui est en sécurité.
Par rapport à ma survie, et que je puisse m'en vivre jusqu'au lendemain déjà.
Ma priorité c'est ça, c'est de vivre jusqu'au lendemain.
Je sais qu'il va falloir faire attention.
Quoi que tu fasses, tu tombes à l'eau, tu n'arrives pas à ressortir, ben t'es mort.
Tu te fais une grosse fracture, des pendoutins dans la jungle, tu te fais piquer par certaines bestioles, ben soit t'es mort, soit t'es pas bien.
J'arrive dans un endroit dont je ne suis plus le prédateur suprême, que c'est pas comme une ville construite par l'homme pour l'homme.
Là je suis au milieu de la nature, c'est pas moi qui décide quoi, c'est pas moi le plus fort.
Ça fait 24 heures que je suis là, 24 heures, un jour.
Ah je suis déjà en manque d'eau, je suis en manque de bouffe.
L'idée de partir sur Tofua, c'est vraiment d'arrêter le temps.
Pour enterrer un montre, je veux un endroit qui soit pas trop loin de Nakaban, et qu'on puisse voir l'océan.
C'est ça que je voulais pour ma montre.
Je trouve un caillou avec un trou un peu dessous, et je décide que ça peut être un endroit sympa.
Je creuse un trou, ça me prend 3,5 heures, 1 heure, à creuser un petit trou avec des bouts de bois que je trouvais.
La montre, elle est dans une caisse étanche, parce qu'autrement elle se fait défoncer, c'est clair.
Et du coup je l'enterre et je la recouvre, et je sais que tous les jours quand je passe, je dis coucou à ma petite montre qui est enterrée.
L'idée d'enterrer la montre, c'est vraiment d'arrêter le temps, d'arrêter ma perception du temps, en tout cas.
Et arrêter le temps, c'est absolument incroyable.
Mais il y a un truc qu'il ne faut pas oublier, c'est que si tu comptes pas tes jours, après une semaine, tu ne sais plus combien de jours t'es là.
Et du coup tous les jours, je mettais une coche sur un arbre devant Nakaban, et je pouvais les compter.
Et ça c'était super important.
Deuxième jour après mon arrivée, je dis qu'il faut que je trouve à manger, j'explore un peu l'île.
Et je marche pendant deux heures de temps, je pense, au milieu de la jungle.
Et je fais des petites marques sur les arbres, en me disant, je fais comme une miana jaune, c'est comme ça, je retrouve mon chemin.
Et après deux heures, je dis bon, ok, je reviens en arrière, je retourne en mon camp.
Et du coup je me perds, parce que toutes les marques que j'ai faites sur les arbres dans la jungle,
il n'y a rien qui ressemble plus à une branche cassée qu'une autre branche cassée.
Et je suis jour de, dans ma jungle à Tofua, il s'est perdu.
A force de décider de trouver mon camp, que je ne trouve pas, la seule chose que je peux faire, c'est de descendre sur la plage.
Et du moment que je suis sur la plage, sur le récif, là je peux voir beaucoup plus loin.
Parce que dans la jungle, tu vois à 5 m, maximum, sur le rivage, j'arrivais à avoir à 100 m.
Et du coup en marchant sur le rivage, j'ai réussi à retrouver mon camp, mais jour 2, je me perds, je débile de gars.
Et du coup, j'ai appris.
Je fais toujours attention d'essayer d'être objectif envers moi-même.
Les premiers jours, je parle à Haute-Boie par exemple.
T'es dans la jungle tout seul, donc je ne te tombe pas de personne.
Mais très vite, je me suis dit, il faut que tu arrêtes parce que ça va venir machinale.
Dans ta jungle, tu peux parler tout ce que tu veux, mais quand tu vas rentrer en Suisse,
il y a peut-être des gens qui t'attendent au tournant et qui disent, regarde, regarde, regarde, là,
il parle à Haute-Boie, il a complètement tourné la boule.
Et du coup, je me suis dit, je continue à parler, je parlais des heures à la nature, je parle aux arbres,
je parlais à l'océan pour qu'il me donne des poissons, je parlais à la jungle pour qu'elle m'aide à trouver à manger.
Et du coup, j'arrêtais de parler à Haute-Boie, mais j'avais mon petit monologue intérieur.
Ça, c'est par exemple un truc que j'ai dû faire attention dès le début.
Les premiers jours, c'est difficile parce que je connais rien,
mis à part ce que les gens de l'île m'ont montré quelques jours avant.
Principalement, je mange des noix de coco.
C'est facile à attraper, ça demande peu d'énergie aussi à les attraper.
Le liquide à l'intérieur m'hydrate bien et puis la chair blanche me permet d'avoir d'énergie.
Et assez vite, je découvre que les noix de coco, c'est un très bon apport, sauf que c'est un très bon laxatif aussi.
Et du coup, quand tu commences à perdre plus d'eau que ce que tu en ingères, ça peut commencer assez vite à être un problème.
Donc je freine un petit peu sur les noix de coco et du coup, pour manger, j'élargie un petit peu.
Je dois partir en expédition, je pars tous les jours en expédition.
Dès le jour 2, je passe mon temps entre expédition, construire ma cabane.
La cabane, elle me prend la moitié de mes journées, minimum.
Elle m'a pris un mois et demi à construire la cabane.
Mais elle était avec un toit imperméable, tissé en feuilles de cocotier.
Donc là, j'ai un travail énorme à faire.
Et puis le reste de la journée, je pars en expédition, gentiment.
J'ouvre mon domaine d'expédition de jour en jour d'une centaine de mètres pour trouver des fruits sauvages, des racines.
Et puis tout ce que je peux trouver, que je connais et que je sais que je peux manger.
Quand je suis parti sur l'île, les pêcheurs qui m'ont emmené sur l'île,
ils m'ont demandé ce que j'avais pris et ils me demandent si j'ai du fil et des hamçons,
du fil de pêche et des hamçons et je leur dis que j'ai rien.
Et ils me disent clairement que je suis totalement débile, dans son anglais,
très approximatif de partir là-bas avec rien,
parce que je risque de mourir de faim complètement.
Et ils me donnent du fil, ils me donnent des hamçons et par politesse, je les prends.
Et je me dis de toute façon, je ne m'en servirai pas.
Mais au moins, si jamais j'ai besoin, je les ai.
Deuxième jour, je suis déjà en train d'essayer de pêcher avec l'hamçon et le fil de pêche,
sauf que je viens des montagnes et du coup je ne sais pas pêcher du tout.
Je ne sais pas ce qu'on met au bout d'un hamçon.
Alors j'essaye tout, ça peut paraître assez stupide,
mais j'ai même essayé de mettre du corail au bout.
Mais après, les poissons ne sont pas partout, ils ne sont pas tout le temps,
ils ne sont pas à toutes les profondeurs.
Donc j'apprend énormément, j'apprends aussi la patience.
C'est certaines fois que je reste six heures et je pêche rien.
Le premier poisson que je pêche dans mes premiers jours,
je ne décide de pas tout le manger,
parce que je ne sais pas si je repêcherai du poisson le lendemain.
Donc je décide de l'emballer dans de la feuille de cocotier et je le mets sur un arbre.
Et du coup, il y a vraiment un truc que je n'ai pas pensé, c'est que les fourmis,
peut-être dans la jungle, donc il y a énormément de bestioles qui, elles aussi, veulent manger ton poisson.
Et le lendemain matin, je réouvre ma feuille de cocotier et je vois que le poisson,
il est au trois quarts à manger.
Il y a énormément de fourmis dessus et il est paragoutain à manger,
mais vu que je n'avais rien à manger, tu manges quand même un poisson au fourmis.
À partir de là, j'ai clairement appris que la nourriture que je pêche,
n'est pas que pour moi, je suis le garde-manger pour beaucoup d'animaux de l'île.
Les moustiques aussi, je ne me suis pas dû tout poser la question avant de partir,
mais t'es dans la jungle, tu ne bouges pas.
T'es le garde-manger officiel de tous les moustiques de la région.
Tous les jours, j'ai entre 10 et 50 picures de moustiques.
Je ne peux rien faire contre.
Et du coup, c'est aussi un moment où t'apprends à accepter ce que tu ne peux pas changer.
Le fait d'avoir un toit sur la tête, ça paraît très bête,
mais c'est un besoin vital que je pense que tout le monde a besoin de ça, de se sentir en sécurité.
Et moi, je pensais au début que j'allais me construire une petite cabane en trois, quatre jours.
Et c'est ce que j'ai fait la première cabane, je l'ai construite en quatre jours et j'étais tout content.
Le cinquième jour, il pleut un tout petit peu pendant la nuit,
et je me réveille parce que je suis autant mouillé dans ma cabane que à l'extérieur de la cabane.
Alors oui, j'ai un toit sur la tête, mais il ne me sert absolument à rien.
Et c'est à ce moment-là que je comprends que je dois avoir une cabane plus solide et étanche.
Et cette cabane-là, la deuxième cabane que je fais, elle me prend un mois et demi à faire.
Et au début, mon idée, c'est de, je fais une cabane ici, je reste quelques jours,
après j'explore dans un autre coin, je construis une petite cabane, je repars ici, je refais ça.
Et je réalise très vite que pour faire une cabane, c'est un temps énorme.
Parce que j'ai peu d'énergie déjà, parce que je ne mange pas beaucoup comparé à si on était ici.
Je bois suffisamment, mais j'ai très peu d'énergie parce que voilà, c'est pas Noël tous les jours.
Et du coup, je décide que cette cabane-là, ça sera ma cabane,
ça sera mon camp de base pour le reste de mon expédition, pour les 9 mois d'expédition qui sont encore à venir.
J'ai terminé le premier pas de mon toit maintenant, en feuilles de coquetiers tracés.
Et ben, j'ai réussi à faire quelque chose, de mes mains avec rien, avec du matériel qui avait là autour,
avec mon imagination, j'en suis fier. Il faut encore voir si c'est impermeable.
Ça, c'est un autre truc, mais c'est du travail assez dur.
Pas seulement le toit, tout, aller chercher du bois, aller tout chercher.
Donc, c'est beau, ça me donne une perception qui est totalement différente du monde, de la vie, qu'on a chez nous.
J'ai appris à tisser les feuilles de coquetiers en attendant de pouvoir aller sur Tofua.
Quand je suis resté quelques jours sur l'île à 34 km, à Cotou, les femmes, elles tissent du matin au soir.
Pour tous les toits de leur maison, elles tissent.
Donc, moi, il y a un jour où je me suis assis, et puis j'ai pris une feuille de coquetiers, et puis je tisses à côté de la dame.
J'apprends à tisser en même temps qu'elle. Pour eux, c'est cool, parce qu'ils appellent palangui.
Palangui, c'est l'homme blanc venu d'ailleurs. Il y a un palangui qui est à côté d'elle,
et puis il parle pas du tout sa langue, mais ça va faire rigoler.
Et puis moi, j'apprends des choses incroyables avec ces gens-là.
Eux, c'est leur quotidien, moi, je partais à la survie, mais tu prends n'importe quel mec de l'île,
là, tu le mets sur mon île à Tofua, bah lui, il n'y a pas de problème. Il vit, lui.
Le jour numéro 6, je crois, je suis en train de faire une cage à poisson.
Et là, à un moment donné, c'est comme si t'enlèves le courant. Je passe de honne à off,
je m'assieds et je commence à pleurer.
J'ai toute mon énergie qui se barre, et je me dis « Mais qu'est-ce que tu fais là, quoi ?
Pourquoi t'as choisi ça ? Ta famille, tes amis, ton maïen, ton frigo est plein à la maison,
et toi tu décides de partir à l'autre bout du monde ? »
Et c'est le premier clash que j'ai eu là. Après 6 jours, je reste une bonne heure assis,
à moitié en train de pleurer, là, déprimer.
Ça me fait un peu bizarre de dire ça, mais c'est la première fois depuis le début du trip que je ne sais pas,
j'ai envie de tout raccrocher, tu vois.
Si il y a un bateau qui passe, tu me dis « Ah, tiens, Xav, je te ramène. »
Et assez vite, je me reprends, parce que je me dis que c'est moi qui ai choisi ça.
Je suis un naufragé, oui, mais un naufragé volontaire, donc c'est mon choix.
Et du coup, il fallait que je…
Enfin, ça va, il y a personne qui m'a veut obligé, et qu'il y a personne qui allait venir m'aider.
Et je réalise assez vite aussi que je suis mon propre psychologue,
et qu'il faut se gaffe, parce que le mental peut changer assez vite,
et surtout, il n'y a personne pour te dire si tu peux être un câble ou pas.
Donc c'est à toi à faire attention.
Quand j'étais là-bas, il y avait encore une vieille école, c'est le seul bâtiment en dur qu'il y a sur l'île,
et il restait encore cette bâtisse très délabrée dans la jungle,
avec un tanker, un réservoir d'eau.
Et ce réservoir d'eau-là, alors bon, il datait de Matus Alem, avec tout ce que tu voulais dedans,
mais c'était aussi un apport d'eau pour moi, parce qu'un humain doit boire au minimum un litre et demi,
c'est minimum jusqu'à 3 litres, idéalement, par jour, avec l'eau des noix de coco.
Je pouvais, mais après quelques semaines, j'avais pu la diarrer, ça c'était bien tant mieux.
Autrement, il y a un lac interne qui est à l'intérieur de l'île, c'est environ 4 heures de marche,
et c'est 500 mètres de dénivelé pour monter au sommet de l'île, et après tu redescend dans la caldera.
3 heures aller, 3 heures retour pour transporter 20 litres d'eau, donc c'était long,
et l'eau de l'intérieur de la caldera, elle est un peu connectée avec le volcan,
donc elle a un petit goût de souffre, et elle est beaucoup moins bonne que l'autre pluie,
mais quand tu as soif, tu fais moins de difficile.
Aujourd'hui, c'est typiquement une journée à rien faire,
on t'apprend à vraiment rien faire parce que je n'ai rien pour faire des trucs, donc...
Donc je ne fais rien, quoi.
Un jour, j'essaye de absolument rien faire, je reste assis devant ma cabane à regarder l'océan,
c'est très joli, et quand le soir arrive, c'est assez fou, mais je me sens mal, je ne me sens pas bien,
j'ai l'impression que j'ai loupé une journée, une journée l'est passée et j'ai rien fait,
et du coup, ce que je fais, c'est que le soir, à mon dormant, je prévois ma journée de demain.
Je sais que je dois pêcher, je dois avoir à boire, à manger, et puis partir en exploration,
donc je sais ce que je vais faire le lendemain, ça me permet de dormir,
et le matin, quand je me lève, j'ai un but.
Moi qui sois 9h, midi, 2h, 4h, ça ne me change pas la donne du tout,
je dois être à ma cabane quand la nuit tombe, parce que ce balader dans la jungle de nuit, c'est faute joueur.
Et du coup, j'ai rythme mes journées avec le soleil et aussi avec les marées.
A marée basse, je sais que j'ai accès à certaines portions du récif,
là où je peux plus facilement attraper des poissons, attraper des crabes, différents crustacés,
et pour la pêche par contre, c'est mieux à marée haute, à certains autres endroits.
Donc mes journées, elles sont vraiment rythmées que par la nature.
J'ai aucune obligation, je fais ce que je veux, et à prendre à ralentir aussi ses pensées,
ça c'est aussi quelque chose d'incroyable, j'étais dans un endroit qui me permettait de me faire.
Au début, je dois faire tout très vite, parce que quand j'ai fait, je peux passer à autre chose.
Je réalise que je vais beaucoup trop vite pour l'île, et du coup, je décide de me relaxer,
d'aller beaucoup moins vite. Il y a une période, je dors 18h par jour, je fais plus rien,
je mangeais, boire, et je dors, je dors, je dors.
À ce moment-là, je vais trop lentement pour l'île, et ça me prend un moment pour arriver à trouver le rythme de l'île.
Je marche depuis ce matin, je n'étais jamais venu ici encore,
et là, je ne sais pas, 4 heures de marche, peut-être 5 heures de marche de mon camp,
je ne sais pas si je pourrais revenir ce soir.
La vraie période de survie, elle a duré, elle est un mois et demi, je pense.
Après un mois et demi, j'ai ma cabane, je sais où trouver de la nourriture, je peux manger, je peux boire,
je connais pas mal les alentours de la jungle autour de ma cabane, donc je ne suis plus en mode survie.
C'est ma vie de tous les jours. J'ai une routine, ça reste toujours boire, manger, et puis explorer,
parce que potentiellement je peux trouver des nouvelles choses.
En explorant, je trouve des mangs, je trouve des oranges sauvages, je trouve des sortes de citrons qui s'appellent des collages,
je trouve des vaïnets, et tout ça, ça demande énormément de marche.
Après deux mois, je commence à agrémenter mon confort, je veux que ça soit un peu plus confortable.
À un moment donné, je me construis un lit en feuilles de coca-tier, je me construis également un banc,
je me construis plein de petites choses, chaque deux, trois jours, je nettoie devant mon camp, c'est super beau, c'est propre,
parce que je me donne de plus en plus de confort.
Le challenge, c'est toujours un peu la solitude à un certain moment, mais autrement, je suis droit du pétrole sur ma petite île tout seul.
C'est la plus belle période, on va dire.
Il y a un truc qui est incroyable et qui m'a bluffé, c'est l'instinct.
Moi, sur mon île, là, je remarque que j'ai l'instinct qui revient, mais d'une folie !
Je repère des trucs avant de les voir, je reviens primate.
Et ça, c'est génial, parce que je me suis vraiment senti revivre.
Et ça, c'était une expérience qui a été incroyable, incroyable, incroyable,
et qui m'a donné aussi confiance en moi.
La journée de Noël, c'est vrai que c'est une journée un peu difficile.
Moi, je l'ai calculé sur mon arbre, mais c'est le premier Noël depuis toute ma vie,
où je ne suis pas avec ma famille, avec mes parents, avec papa, maman, ma sœur.
C'est le premier Noël de ma vie.
Et du coup, quand t'es tout seul sur ton île et que tu as déjà un peu le moral dans les chaussettes,
là, t'as encore plus dans les chaussettes, t'as l'impression que tu manques quelque chose.
Mais en même temps, ça faisait partie du jeu.
Donc, il y avait un joli coucher de soleil, donc tu regardes des beaux couches de soleil,
et puis au bout d'un moment, tu prends le positif dans ce que tu trouves,
de toute façon, tu ne peux pas faire différemment.
Le soir Noël, j'ai appelé ma famille, ils étaient tous à table,
et mon ami Ami est le parleur et l'Amie le téléphone est le mieux de la table.
Et j'ai laissé un message, 20 taines de secondes ou quelque chose comme ça.
Et après 20 secondes, je me tais.
Bien tout le monde qui se tait.
Il y a une émotion qui est énorme.
Et puis au bout d'un moment, je raccroche, parce que de toute façon,
j'ai l'impression autant moi qu'autant eux, c'était assez violent.
C'est un peu le premier Noël que moi, je fais sans vous.
Ça me fait un petit peu bizarre, mais on va le faire avec.
Alors, je voulais juste vous souhaiter un tout, tout joyeux Noël.
Et puis j'espère que papa, que ta âge va bien, que tout se passe bien.
Et puis je voulais vous dire, voilà, que pour moi, ça va bien,
pour pas vous faire soucier.
Et je vous souhaite un joyeux Noël.
Si on vient par rapport au côté psychologique, il y a un jour,
je décide de les compter mes coches sur l'arbre.
Et j'en compte 75.
Et je suis là, je me dis, yes, c'est génial.
Xav, t'as fait 75 jours déjà.
Wow, combien il en reste ? 225.
Et juste le fait de voir qu'il me restait 225, c'est impossible.
C'est 75 jours là, ils ont été déjà tellement difficiles,
éprouvant mentalement et physiquement.
Dans la tête, ça va, mais je me dis que j'ai vu,
déjà là, ça fait un 35, 36 jours, un truc comme ça.
Je me dis que j'ai vu ce que je voulais voir, en fait.
J'avais prévu 10 mois, mais je dis que, voilà.
Quand t'es seul, c'est difficile à te motiver aussi, tu vois.
Moi, je suis pas...
J'ai pas l'habitude de me motiver tout seul, à faire des trucs.
C'est vrai que ça fait bizarre de pas parler à quelqu'un, en fait.
Je parle toujours tout seul.
Pour moi, en tout cas, tout seul, c'est pas top.
Je préférerais être avec quelqu'un.
Ouais.
Pour échanger des opinions, des manières de voir, des manières de penser.
Ça m'aiderait, je pense.
Notre monde ici, ça va, mais c'est dur.
C'est juste dur parce que je suis tout seul.
Tout seul avec...
Je suis pas vraiment tout seul, tout seul avec ça.
Et mes escargots, je choppe.
Je vais finir par me marier avec un escargot, ça continue ici.
Je dis que c'est pas possible.
Et du coup, je décide, à la place de faire 300 jours, je dis ben, je vais en faire 150.
J'ai de compte à rendre à personne, j'en ferai 150.
Et du coup, vu que j'en avais déjà fait 75, 75,
là, j'étais à la moitié, du coup.
Et là, ça m'a redonné de la pêche, ça m'a boosté.
Et ça m'a permis de continuer l'aventure.
Juste après ça, j'attrape une infection à un doigt,
qui en Suisse peut être totalement bénin.
Mais après 4 jours, mon doigt, il est une couleur mauve,
un joli mauve quand même, sympa.
Mais sauf qu'il est super enflé et que j'ai très mal.
Et du coup, je prends le téléphone satellite et j'appelle mon médecin,
qui est mon médecin d'expédition.
J'explique, il me dit, OK, ben, si t'es en Suisse, on ouvre, on désinfecte,
et puis on referme.
Puis je dis, OK, cool.
Et moi, je fais quoi ?
Il dit, ben, tu fais exactement ce que je viens de te dire.
T'ouvres, tu désinfectes.
Et puis tu refermes.
Donc juste après ça, je dois me charcuter tout seul.
Du coup, je suis un petit peu handicapé, je peux plus pécher comme je veux.
Alors ça, ça a la main, ça va.
Mais c'est là où j'ai remarqué que dès que t'as quelque chose physiquement
qui va un peu moins bien, ça change énormément la donne.
Et j'arrive à ces 150 jours-là, et je me dis, yes, c'est cool.
Xav, t'avais dit que tu faisais 150, enfin, t'avais ramené à 150.
Maintenant, t'as fait 150.
Yes, c'est cool.
Mais je me dis, OK, bon, j'ai encore des images à filmer,
j'ai pas tout exploré la jungle quand même.
Allez, on pousse à 200.
Et du coup, ça faisait que 50 en plus, c'est trois fois rien.
Je fais les 50 jours en plus et j'arrive à 200.
Et je me dis, oh, tu dieu, si je fais en cours 100,
il y a mon pote, Gael, qui vient me chercher.
Et du coup, ça serait bête d'abandonner après 200.
T'as fait les deux tiers.
Et c'est comme ça que j'ai pu faire les 100 jours
qui m'amenaient jusqu'à la fin.
Mais j'ai dû morceler mon aventure,
parce que le fait d'être tout seul,
beaucoup de mes pensées allaient vers mes proches,
mes amis, ma famille, mon ami.
Et ça, ça te foule moral en l'air,
parce que tu te sens seul déjà, c'est clair.
Et du coup, je réalise que je dois faire le brouillard autour de moi.
Je dois oublier tout ce qui n'est pas en rapport avec Lille
pour pouvoir vivre cette aventure solitaire.
Sur mon île, je fais toujours attention à avoir des pensées positives.
Même si je glisse, au lieu de gueuler ou de m'énerver,
je rigole.
Je travaille beaucoup comme ça.
On se fait tout à soi-même.
Et le fait de s'énerver contre soi-même,
on se met des mauvaises énergies.
Sur mon île, j'ai énormément d'auto-dérision,
parce que je fais énormément de choses fausses.
Je dois refaire plusieurs fois les mêmes choses.
J'ai l'impression que je suis très pâteau,
surtout dans les premiers mois.
Du coup, je rigole énormément de moi-même.
Et le fait de pouvoir rire de soi,
ça montre déjà qu'on s'accepte un peu comme on est déjà,
qu'on n'est pas trop à but de sa personne.
Et puis rire de soi, c'est être positif.
Et si on peut rire de soi, on peut rien des autres.
Plus ça avance, plus je suis mon meilleur pote,
parce que je me connais de mieux en mieux.
Et on a tous nos défauts, nos qualités.
Et puis les défauts, on essaie de les effacer, de les enlever.
Puis on essaie de mettre de plus en plus de qualité.
Et plus on se connaît, mieux c'est, je pense.
De temps en temps, je vois des bateaux au loin.
Et moi, je veux qu'ils viennent, ces voiliers, toi.
Et du coup, je me mets sur le rivage,
et puis je fais des feux.
Idealement, avec énormément de fumée pour les attirer.
Et bah ils viennent jamais.
Et un jour, j'étais en train de marcher dans la jungle,
et je vois un voilier qui passe, mais à 300 mètres, quoi.
Et je suis là, mais je peux pas l'en louper.
Je me mets sur le rivage, je fais un feu,
et le temps que le feu a pris,
le voilier, il a déjà tourné plus loin de l'île.
Et je suis là, mais mince, mince, mince,
il passait juste là, quoi.
Et du coup, le feu continue à brûler, je retourne à Macabanne.
Peut-être une demeur après, j'entends un petit dingue,
un moteur, un petit bateau moteur, qui vient dans ma direction.
Et du coup, je cours sur le rivage,
et là, le bateau moteur voit le feu,
et il vient clairement sur moi, là.
Et il se rapproche, et au lieu d'accoster,
il reste à 15 mètres.
Il vient pas plus près.
Il faut pas oublier de dire que j'ai les habits complètement lamelles partout.
J'ai une grosse barbe,
je suis un blanc avec une casquette délavée,
une grosse machette dans la main,
et le mec, il reste à 15 mètres.
Et il parle parfaitement l'anglais.
Il me dit, vous faites quoi, là ?
Je dis, ben, moi, je vis ici.
Il me dit, mais il est où, il est où, votre village ?
Je dis, ben, Macabanne, elle est juste là.
Il me dit, mais les autres, ils sont où ?
Je dis, je suis seul.
Et le mec, il ne croit pas.
On discute, bon, bon, 10 minutes, je pense, avant qu'il se rapproche.
Et il se rapproche.
On se sert la main, et il me dit,
il est avec sa femme, ses enfants et deux copains.
Il passait au large de Tofua,
et il voulait aller voir le volcan.
Parce que c'est un volcan qui est super beau, en plus, il est actif.
Mais il ne savait pas du tout où accoster.
Et si tu ne connais pas le chemin pour aller au volcan,
tu es mort.
Du moment que tu connais le chemin,
allez, en une heure, tu es en haut,
après, tu traverses une heure et tu redescendes une heure, en gros.
2h30, 3h, tiens.
Et du coup, il me dit, voilà, on aimerait bien venir sur l'île.
Et je lui ai dit, tu peux ancrer le bateau,
plus ou moins là-bas, et revenir.
Et ils m'ont invité à bord.
J'ai passé un petit moment à bord d'un bateau, je t'étais tout content.
Après, on vient à terre.
Et moi, j'ai trouvé génial, parce que je servais à quelque chose,
tu vois, à ce moment-là.
Je leur ai servi de guide, je leur sers de guide.
Je les amène jusqu'au volcan, on passe un petit moment en haut,
eux, ils sont bluffés par la beauté de la caldera à l'intérieur.
Tu aimes le travail ou c'est de ma chette ?
Je vais m'inviter.
Je ne sais plus leur servir de guide.
Et puis, aujourd'hui, je n'étais pas seul,
j'ai pu faire quelque chose d'utile pour quelqu'un d'autre.
Parce que je suis vraiment content.
Et du coup, ils m'ont donné un peu de riz,
quelques oignons,
une gousse d'ail,
et puis 2 bières et un coca.
Et en fin de journée, eux, ils me disent,
on doit repartir, on est pressés.
Vous êtes pressés d'aller où, les gars ?
Vous êtes sur un voilier, là, vous êtes sur une illinabité,
restez la nuit, et non, eux, ils doivent rentrer.
Ils doivent rentrer en Nouvelle-Zélande
dans une semaine et demi ou deux semaines,
ils doivent être en Nouvelle-Zélande.
Et je ne comprenais pas, après tant de mois,
qu'est-ce que c'était d'être stressé ?
Moi, j'avais tout le temps du monde à disposition.
La dame en partant, elle, elle a ses palmes,
elle part à la nage, et les mecs partent,
ils ne restent plus qu'elles,
elles en trainent de se préparer.
Et puis, elle me dit, mais tu ne seras pas plus malheureux
encore demain, parce qu'aujourd'hui,
tu nous as vu, t'es en contact avec des gens,
et demain, tu seras de nouveau seul.
Et je lui réponds simplement que,
non, juste le fait d'avoir vu des gens,
aujourd'hui, ça m'a rechargé mes batteries,
et demain, c'est un autre jour,
juste le fait d'avoir croisé des gens
et d'avoir été utiles,
c'est ça, sans moi,
ils n'auraient jamais été ouverts,
ça, c'est clair et net, je te cache.
J'ai pu participer un peu à leur voyage,
à ma manière,
et les jours d'après, quand je pense à eux,
j'ai le sourire.
Moi, je savais que je partais vers la solitude,
c'était un début du voyage,
et moi, j'ai choisi d'être seul,
donc je fais avec,
mais il y a des gens qui sont seuls tout le temps,
même au milieu d'une ville,
beaucoup de personages,
spécialement, mais ça, je trouvais triste,
ça, ça doit être horrible,
comme feeling de vie, s'imagine.
Quand il reste plus que 100 jours,
les 100 derniers jours, de nouveau,
là, j'ai envie de partir.
Je sais que mon ami va venir,
mais je sais que la fin se rapproche,
et quand la fin se rapproche,
tu veux que ça arrive,
et cette période-là,
j'ai peut-être un peu une fuite en avant,
où je me dis, mais là, les jours,
il faut que ça avance, il faut que ça avance,
et plus t'as envie que les jours avancent, moins ils avancent.
Je sais pas exactement quel jour il arrive.
Moi, je passe ma journée assis sur le récif.
Je sais dans quelle direction,
depuis quelle direction il doit venir,
il doit venir depuis l'île de Cotou,
et du coup, je passe ma journée
à regarder le bout de mon île,
où le bateau doit venir.
Le matin, je vais pêcher,
je sais qu'ils arrivent pas tôt le matin,
parce qu'il y a 3h30 de bateau selon la mer,
et du coup, le matin, je me dépêche,
là, je me dépêche de faire tout ce que j'ai à faire,
et après, tous les jours,
je ramène du bois sec,
sur la plage, sur le récif,
pour le jour où je vois arriver le bateau,
j'allume.
Et je veux que ça fasse un méga feu,
je veux que mon peu de Gaël
me voyait à des kilomètres à la ronde.
Et un matin,
je vois un bateau qui arrive au loin,
et là, c'est Gaël qui arrive.
Gaël vient me chercher
deux semaines avant mon retour,
pour une raison très simple,
de voir dans quel étage
était comment j'allais,
psychologiquement aussi comment j'allais,
est-ce que je suis prêt à rentrer,
potentiellement, dis-moi tout seul,
tu peux venir fou,
ils avaient pas trop d'idées,
quand ils écoutent les petits voies,
ce message que je fais,
certains je suis à fond, et d'autres,
je suis vraiment au fond du trou.
Et quand t'es proche, ta famille qui écoute ça,
ils sont là, mais à un moment donné,
ils sont dit mais on va le chercher.
Et du coup, c'était de me re-sociabiliser un petit peu aussi.
Je pense que
j'avais besoin de partager ça à quelqu'un.
Il a vécu deux semaines avec moi,
il a dormi, je l'ai perdu dans la jungle volontairement,
je l'ai laissé faire toutes les erreurs
que moi j'avais fait au début, sauf que pour une fois,
c'était pas moi, c'était quelqu'un d'autre qui faisait,
puis moi je pouvais bien me foutre de sa poire
et partager ces moments aussi avec quelqu'un.
Tous les soirs, on fait un petit feu,
et on discute des heures, moi je lui parle de
ce que j'ai vécu sur l'île, de mes aventures,
lui, lui, lui, il me parle de ce qu'il a fait
pendant ses 10 mois, il me parle de
qu'est-ce qu'il y a eu dans le monde, comment va le monde,
et après 12 jours, lui, il voulait plus repartir.
On quitte l'île de Tofua,
on arrive sur la petite île de Cotou,
là il y a une énorme cérémonie, il y a tout le village,
toute la communauté, ils ont fait griller des cochons,
ils nous font un accueil, mais incroyable,
c'est l'histoire de saluer le palangui
qui a fait un retour à la nature,
une sorte d'initiation si tu veux.
On reste deux jours à Cotou,
et après on part à la capitale,
Nukoua-Lefa, là on reste quelques jours,
le premier truc que je fais quand on arrive à la capitale
c'est de boire une bière et de manger un grand bout de viande.
Parce que la viande, j'en ai pas mangé pendant 10 mois,
j'ai mangé beaucoup de poissons, et puis on reste quelques jours
et on rentre en Suisse, à l'aéroport de Genève,
il y a... Ils sont 40 ou 50 je pense,
c'est que des copains.
J'en parle toujours avec beaucoup d'émotion parce que
moi j'entrais de ma petite aventure,
mais j'avais aucune idée qu'ils sont descendus
à deux bus je pense, pour m'accueillir,
et il y avait 50 personnes qui étaient là pour moi,
le petit Xavier Réselle des montagnes,
qui avait fait son aventure et on est montés ici à Verbier,
je suis arrivé à deux heures du matin,
il y avait encore 40 personnes qui m'attendaient en plus ici,
et puis on a fait la fête jusqu'à...
je coupe le petit matin je pense.
Tout le monde part vers les 7 heures du matin,
et puis moi je reste seul dehors,
je regarde le soleil qui se lève,
et je m'ascié et je pleure.
J'ai l'impression que je décharge toute l'émotion,
toute la puissance de l'aventure que j'ai fait pendant ces 300 jours-là,
et je me dis yes, je suis de retour à la maison,
j'avais réussi mon expédition,
et ça c'était le truc génial.
Cette aventure-là, c'est pour ça que j'en parle avec beaucoup d'émotion,
c'est un truc qui m'a poussé très loin
dans mes derniers tranchements à certains moments,
et puis toujours au lieu de voir les problèmes,
j'ai dû trouver des solutions,
j'ai dû continuer à y aller et foncer,
et ça c'est un truc qui a été dans ma vie
une expérience incroyable.
Je pars vraiment sur cette île pour être libre,
et la plus grande liberté c'est vraiment de faire ce que tu veux,
quand tu veux,
et mise à part le fait de prévoir
ce que j'allais faire le lendemain,
je me laisse cette liberté incroyable de dire
tu fais comme tu veux,
et ça c'est un truc, ici on n'est pas habitué dans notre monde,
on sait que pour la plupart des gens, 5 sur 7, on travaille,
le week-end, on se repose un peu,
samedi soir on se voit avec les copains,
on a une vie qui est planifiée déjà sur 20 ans,
on est déjà en train de faire un crédit pour acheter la maison,
on sait ce qu'on voudra faire jusqu'à la retraite,
et être sur cette île inhabitée seule en plus,
fait en sorte que je fais ce que je veux,
comme je veux, quand je veux,
et ça c'est la liberté ultime,
c'est le luxe ultime de cette aventure,
c'est peut-être ça aussi que je recherche un peu une liberté sans limite.
Le documentaire traçant l'aventure de Xavier Rosset,
300 jours seuls sur une île,
réalisé par Olivier Vitell,
est disponible sur Youtube.
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Cet épisode a été réalisé par Thomas Fier,
et monté par Chloé Weibo, et Capucine Lebeau.
Le texte a été écrit et lu par Clémence Acar,
la musique originale a été composée par Nicolas de Ferrand,
et le mixage a été assuré par Lorie Gallaghani.
Merci à Xavier Rosset pour sa participation,
et merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
On se retrouve dans 15 jours pour une nouvelle histoire,
alors à très bientôt.
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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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