
La révolte des enfants du bagne de Belle-Île
Durée: 14m34s
Date de sortie: 19/07/2023
durée : 00:14:34 - Les Odyssées - par : Laure Grandbesançon. - En 1934, excédés par les mauvais traitements qui leurs sont infligés, des enfants prisonniers du bagne de Belle-Île-en-Mer décident de se révolter. Ils l'ignorent mais ils s'apprêtent à changer l'Histoire !
Les Odyssey de France Inter avec Pronote, toute la vie scolaire en une seule appli,
pour les profs, les élèves et aussi leur famille.
Au sud-ouest de la Bretagne, au milieu de l'océan qui s'intigue,
c'est en la plus grande et la plus enchantresse des îles Bretonnes.
Belle île en mer.
Ici, la nature est sanctueuse, sauvage, les wagons le contre les immenses folies.
Le sable est blanc et l'eau, turcoise.
L'île est un petit paradis.
Hélas, pas pour tout le monde.
Au nord-est de ce territoire enchanté, s'élève de haut mur.
Derrière cette muraille froide et infranchissable, de jeunes garçons,
entre 13 et 21 ans, le crâne rasé, vêtue de bousses blanches,
trimme comme de pauvres diables.
Bienvenue à la colonie pénitentielle de Bally-Lomel,
également connu sous le nom de Bagne pour enfants.
Nous sommes en 1934, et c'est ici depuis plus de 50 ans qu'on enferme la mauvaise graine,
les petits voyaux, bref, tous les incorrigibles qui n'ont plus peur de rien.
Quand ils faisaient bandit là, eh bien souvent pas grand chose en vérité.
Certains ont été abandonnés par leurs parents,
ou bien ils ont volé du pain, d'autres encore, vagabondent dans les rues.
Et comme de la mauvaise herbe qu'il faut t'arracher avant qu'elles ne deviennent trop envahissantes,
à Bally, on matent tous ces voyins, on les redresse et coups de punitions, de disciplines et de mauvais traitements.
Mais tout cela, heureusement, ne va pas durer.
Bientôt, le souffle de la révolte va gronder.
Comment les adolescents prisonniers du bâne de Bally-Lomel ont réussi à changer l'histoire ?
Ma foi, c'est la grande aventure de cet audice!
Le soleil tab-fort, on se 27 août 1934.
Il est près de midi. Le ventre des mille gargouilles, et dans sa tête, il pense...
Oh, purée, j'ai les crônes.
Ce matin, il n'a pas réussi à avaler son pain dur.
On a beau être habitué, certaines choses vous restent coincées au fond du gosier.
C'est comme l'odeur, tiens. Elle est insupportable!
Ici, à l'atelier de fabrication de conserves, la chaleur était tout forte.
Tout le monde suit à grosse goutte, et avec seulement deux douches par semaine...
Ah, forcément, ça sent très vite vu, racrevé.
Même dans la rue, j'étais plus propre.
Émile a 15 ans, et cela fait dix mois qu'il a été envoyé à Bally-Lomel.
Bally-L? Ha! Bally-L m'est faite, oui. C'est l'enfer, ici.
En plus, je faisais rien de mal dans la rue.
Je dormais ici et là, je tirais des pompes, je vendais des journaux, et, quick, je me suis fait embarquer.
C'est quand même pas ma faute, si mes parents n'ont rien à secouer de ma poire.
Émile déteste fabriquer des conserves. Il faut tendre le fer et le fer, ça coupe.
Lentement, il passe sa langue sur son palais.
Sa bouche est sèche.
Un petit jet-pommes là, tout de suite pour éponger sa soif.
Ou bien sauter dans les vagues fraîchées.
Oui! Ce serait géant!
Ouais, bah, faut pas rêver.
Les gardiens ne le lâchent pas d'une semaine.
Toujours. Il faut couper et assembler, travailler vite, travailler bien, et surtout ne pas moucheter.
Sinon, ça peut des coups dans tous les sens.
Parfois, et c'est rare.
On arrive à chuchoter avec son voisin.
Hé, Paul!
Parait que certains ont réussi à s'échapper de ce trou.
Réussi?
Non, mais essayez, oui.
Ça arrivait 85 fois, je crois.
Chaque fois, les fuir se sont fait rattraper.
Ou bien, ils sont morts.
Morts?
Ça n'a l'air de personne?
Y a pas quelqu'un qui se dit qu'il y a un truc tourne par an ici?
Eh non, je crois même qu'ils se sont persuadés de nous faire un cadeau.
Tu parles d'un cadeau?
Pfff!
Hé, là-bas! Silence ou on vous en colune!
Il, c'est la société.
L'ordre, les juges, la police,
tous ces adultes qui, au nom du bien commun,
enferment ces adolescents pour mieux les exploiter.
À Belle-île, les jeunes bannières travaillent 11 à 13 heures par jour, 300 jours par an.
Ils reparlent les bâtiments, ils cultivent la terre, ils lavent le linge, ils cuisent le pain,
ils fabriquent des cordes ou bien des conserve qui seront en sué distribués dans toutes les prisons de France.
Le travail, la discipline de fer, c'est comme ça qu'on empêche la mauvaise graine de mal tourner.
À quelques mètres des ateliers, assis dans son bureau,
le directeur, Donatien Turban, est en pleine conversation téléphonique.
Ne vous en faites pas, monsieur le ministre.
Ici, loin des villes, nos détenus, enfin, je veux dire,
les jeunes garçons dont nous avons la charge, respirent le bon air pur.
On leur apprend un métier et lorsqu'ils sortiront, ils diront « merci » à la France.
Des têtes bien faites dans des corps sains.
Voilà ce qu'on en fait.
Bah, envoyons.
17 heures, le clair m'solle. C'est l'heure du dîner.
En randonnions, les petits détenus quittent leurs ateliers.
Direction, le rafectoire.
Silence ! J'ai dit silence !
Faut vous frapper pour que vous compreniez ?
Tout le monde s'assoit.
Puis, la soupe est serrée.
Émile, j'ai un oeil à droite et à gauche.
Ça y est !
Il a repéré Paul qui, oui, heureusement, n'est pas très loin.
Même s'ils ne peuvent pas vraiment se parler,
ça lui fait du bien de le savoir à côté.
Les adolescents, affamés, se jettent sur leur soupe.
Paul avale le liquide, coup de cuillère après coup de cuillère,
mais ce qu'il regarde là, un côté de son quignon de peinture,
c'est son morceau de grillet.
Le fromage, c'est ce qu'il préfère.
Oh oui, il adore enfoucer ses dents dans la matière mi-mouéleuse,
mi-couchuteuse.
Oh, p't'sar, il a l'eau à la bouche !
Mais il ne peut pas.
Le règlement est clair.
Interdiction de toucher à son fromage avant d'avoir terminé sa soupe.
Alors, il continue de pencher sa cuillère dans son bol.
Mais cette souple, là, c'est rien du tout.
C'est de la piste de chameau, voilà ce que c'est.
Ça remplit pas le ventre.
Il ne tient plus.
Les gardiens ont le dos tourné.
C'est le moment où jamais, vite, ils croquent dans le bout de front.
Ah Dieu, oh, c'est que c'est bon, c'est merveilleux.
C'est délicieux.
Oh non, purée, il s'est fait gôler.
Aussitôt, les gardiens lui tombent dessus.
Ils le jetent par terre et le roue de cou.
Silence tout autour.
L'air est électrique.
Sans se regarder, tous les garçons dans un seul et même mouvement,
comme une va qui se casse contre les rochers, se lèvent en criant.
Ils sont sans, face à deux gardiens, l'heure de la revanche sonnée.
Tous volent, les assiettes, les fourchettes, les tables, les bans sont renversés.
Ils cassent tout.
Oui, oui, allez-y, allez-y, les amis.
Impossible de les arrêter.
En quelques minutes, l'ordre du monde est renversé.
Et là, soudain, ils la voient.
La porte du réféctoire, elle est restée ouverte.
À eux, la liberté.
50 cent-vendoles sont, parmi lesquels Émile et Paul se rues dans la cour.
Grâce à une échelle oubliée dans son coin, ils escalade le mur.
Les voici dehors.
Yavouuuuuh.
Sans réfléchir, ils se mettent à courir.
Ils courent, ils courent à toute vitesse.
Où ils lignorent ?
Là-bas, droit devant, le plus loin possible.
Le monde, les couleurs, les odeurs, leurs sottos visages.
La beauté de la nature est blouille, leur pupille.
En vent frais, les enveloppes.
Ils entendent les grêillements, ça sent la mer.
Merbedou, ces épines de pain craquent sous leurs pieds.
Yavouuuuh.
En fin d'aventure.
Yavouuuuh.
À la colonie penitentiaire, c'est la panique.
Aventure. Le directeur sonne l'alarme.
Leur est grave. Il faut retrouver ces vorniens coûte que coûte.
Il n'a pas les gendars.
Allô, allô, vous avez demandé la police ?
Ne quittez pas.
Mais zut ! La ligne est occupée.
Ah bah de toute façon, ils ne sont pas assez nombreux.
Qu'à cela ne tienne.
Moyennant quelques pépètes, les habitants de l'île,
locaux et touristes confondus, acceptent de prêter ma forte.
20 francs par minuit au retrouver ?
C'est ce qu'on n'a pas l'a marché en or.
Commence alors une terrible chasse aux enfants.
L'île tout entière a pris une véritable freinésie.
Les pêcheurs surveillent les côtes.
Les paysans ont la fourche levée, fouent leur champ,
des vacanciers tirant l'air avec leurs carabines.
Parmi tous ces beaux mondes, il y a le poète, Jacques Prevère.
En vacant sur l'île avec quelques amis,
il assiste à cet horrible chasse à l'homme, impuissant, orifié.
Ce ne sont que des pauvres gosses.
De pauvres gosses contrats comme des bêtes.
Le monde est devenu complètement fou.
Les adolescents de leur côté ont réussi à se cacher.
Séparez en petits groupes, ils ont trouvé refuge en écrote,
ou bien dans les bois.
Hé, Paul, tu les entends ?
Ils sont où, c'est bon à rien ?
On va les ramener par le slibard s'il le faut.
L'île est fouillée de fous en comble,
et dès le lendemain, les 55 évadés ont été retrouvés.
Cette histoire, heureusement, ne s'arrête pas là.
Le député Louis Rollin, fervent défenseur de l'enfance maltraitée,
interpelle le Parlement et l'opinion publique.
Est-il juste d'emprisonner des enfants ?
Ne vaudrait-il pas mieux éduquer, plutôt que de punir et enfermer ?
C'est la question qu'on lit sur toutes les lèvres.
A sa suite, le journaliste Alexie Danon se saisit lui aussi du dossier.
Un conito.
Il décide de mener l'enquête à Fraan-le-Château,
une institution située dans l'est de la France,
ou l'emplace de jeunes mineurs
qui se sont rendus coupables de petits vols,
de vagues abondages ou bien de mendicité.
Ce qu'il découvre, lui retourne à l'estomac.
A son retour, le 3 octobre 1934,
il publie un longartier qui émeut fortement l'électeur.
Enfin, les enfants emprisonnés ne sont plus représentés,
comme de dangereux voyous,
mais comme les victimes d'un système terriblement violent.
Enfin, la société prend conscience de la souffrance en durée
par les jeunes détenus plongés dans l'enfer des bannes pour enfants.
Le gouvernement réagit.
Le directeur de Bellil est lourdement puni.
La lutte pour la protection de l'enfance prend de l'ampleur.
Les citoyens, toujours aussi choqués,
manifestent dans toute la France.
En 1945, une nouvelle loi est votée
pour imposer l'éducation au lieu de la répression.
Quant au bâne de Bellil,
robotisé, institution publique d'éducation surveillée,
il ne fermera ses portes qu'en 1977.
Oh, purée ! Ça a été long !
Autrefois, on considérait les enfants comme des êtres inférieurs aux adultes,
des êtres sans vraiment de droit,
sans rien pour les protéger.
Heureusement, les temps ont changé.
Il n'est plus possible d'enfermer des enfants
parce qu'ils ont été abandonnés par leurs parents,
ou parce qu'ils sont orphelins.
Et lorsqu'un mineur de moins de 18 ans doit être jugé par un tribunal,
il est entendu par un jus spécial
et selon des règles tout aussi particulières.
L'enfance et les enfants,
quoi qu'il arrive, coûte que coûte,
il faut les protéger !
Derrière cet épisode, il y a
Fanny Le Roi,
Al Niro,
Jean-Philippe Jeanne,
Cédric Dialot,
Jacques Prévert et moi,
leurs grands besançons.
Le poète Jacques Prévert a longtemps été hanté par les Seines
auquel il a assisté lors de son séjour à Belly.
Il a écrit un poème pour rendre hommage à tous ses enfants.
Il s'intitule « La chasse à l'enfant en voici un extrait ».
Vendis, voyous, voleurs, schnappants.
Au-dessus de l'île, au roi des oiseaux,
tout au-tout de l'île, il y a de l'eau.
Vendis, voyous, voleurs, schnappants,
qu'est-ce que c'est que ces hurlements ?
Vendis, voyous, voleurs, schnappants.
C'est la meute des honnêtes gens
qui fait la chasse à l'enfant.
Les Odyssey est un podcast original de François Inter.
Episode suivant:
Les infos glanées
Lesodyssées
France Inter invite les enfants de 7 à 12 ans à se plonger dans les aventures des grandes figures de l'histoire. Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title
[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]
Go somewhere
Amelia Earhart : à la conquête du ciel !