#53 — In Extremis à l’aiguille Verte, avec Gaëlle Cavalié

Durée: 51m23s

Date de sortie: 20/04/2022

Bloquée dans un épais brouillard au milieu d’un couloir glaciaire de l’aiguille Verte, la jeune alpiniste Gaëlle Cavalié a lutté pour sa survie et prié pour le retour du soleil pendant quatre jours et quatre nuits. Avec l’espoir inépuisable de ne pas voir le piège se refermer sur elle à tout jamais.


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🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, présenté par Clémence Hacquart, mis en musique par Nicolas de Ferran, mixé par Laurie Galligani, et monté par Chloé Wibaux en duo avec Capucine Lebot.


🤝 La saison 5 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

Plus de détails sur l'épisode : 

Au premier jour, appelée par les sommets du Massif du Mont Blanc, promesse d’accomplissement, promesse de dépassement, Gaëlle Cavalié se dirige seule vers une nouvelle ascension. Celle du couloir Couturier, un magnifique couloir glaciaire qui débouche sur le prestigieux sommet de l’aiguille Verte.

Mais au milieu de la paroi, la jeune alpiniste de 21 ans se retrouve bloquée dans un épais brouillard, incapable de rejoindre le sommet ni de faire marche arrière. Dans sa prison perchée, les secondes deviennent des heures et les heures des semaines.

Perdue dans la nuit noire à 4 000 mètres d’altitude, au fond d’un petit trou creusé dans la neige, les regrets laissent rapidement place au froid, à la faim, la soif, la peur...

Combien de temps reste-t-il avant que ses espoirs ne se transforment en fatalité ? Est-ce qu’une fenêtre météo se présentera pour les sauveteurs ? Et d’ailleurs, ayant caché son départ en solitaire à ses proches, est-ce que quelqu’un la cherche vraiment ?

Pendant quatre jours et quatre nuits, Gaëlle Cavalié a lutté pour sa survie et prié pour le retour du soleil... avec l’espoir inépuisable de ne pas voir le piège se refermer sur elle à tout jamais.

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Columbia est fier de soutenir les baladeurs pour cette cinquième saison.
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Au premier jour, appelé par les sommets du massif du Mont Blanc,
promesse d'accomplissement,
promesse de dépassement,
Gael Cavallier se dirige seul vers une nouvelle ascension,
celle du couloir couturier,
un magnifique couloir glacière qui débouche sur le prestigieux sommet de l'aiguille verte.
Mais au milieu de la paroi,
la jeune alpiniste de 21 ans se retrouve bloquée dans un épais brouillard,
incapable de rejoindre le sommet,
ni de faire marche arrière.
Dans sa prison perchée,
les secondes deviennent des heures et les heures des semaines.
Perdue dans la nuit noire,
à 4000 mètres d'altitude,
au fond d'un petit trou creusé dans la neige,
les regrets laissent rapidement place au froid,
à la fin, la soif, la peur.
Combien de temps reste-t-il avant que ses espoirs ne se transforment en fatalité ?
Est-ce qu'une fenêtre météo se présentera pour les sauveteurs ?
Et d'ailleurs, ayant caché son départ en solitaire assez proche,
est-ce que quelqu'un la cherche vraiment ?
Pendant quatre jours et quatre nuits,
Gael Cavallier a lutté pour sa survie
et prié pour le retour du soleil.
Avec l'espoir inépuisable,
de ne pas voir le piège se refermer sur elle à tout jamais.
Quand t'es seul en haute montagne,
c'est vraiment une autre dimension.
Et c'est vraiment une communion avec la montagne
qui est vraiment différente de quand t'es pote avec toi pour parler.
Il y a de l'introspection,
il y a aussi l'intensité du moment présent,
parce que forcément,
on a le pénis, il faut toujours être concentré,
encore plus si t'es seul.
C'est toutes ces choses combinées qui m'attireraient dans le soleil.
En fait, j'avais fait l'aiguille d'argentière
avec un copain deux ans avant.
L'aiguille d'argentière est de l'autre côté du glacier d'argentière.
En face, c'est l'aiguille verte.
Il y a cet immense couloir qui est le couloir couturier.
Sur l'aiguille verte, c'est la face nord.
C'est un grand couloir de 1000 mètres de dénivelé,
de neige principalement,
avec quelques passages en glace.
Il y a des arrêtes de roches qui bordent le couloir,
mais il n'y a pas de roche dans le couloir.
C'est principalement en fait de la neige avec la rimée
pour attaquer le couloir.
Ce qui m'avait attiré dans ce couloir d'ailleurs,
c'était une grande ligne droite blanche
qui montait droit vers le sommet.
Je me suis dit, je vais aller là-haut.
Ça me l'était resté dans la tête.
Je ne l'ai jamais oublié.
Je n'en parlais pas forcément, mais c'était dans un coin de ma tête.
À un moment avec ce même copain,
on était allés faire l'aiguille verte par le couloir wimper.
Donc de l'autre côté.
Ça s'était super bien passé.
C'était en bonne condition.
On avait bien avancé.
Je me sentais super bien physiquement et mentalement.
Au retour de cette course,
ça m'avait pas suffi.
Je me suis dit que je voulais retourner.
Et je voulais retourner toute seule
pour ajouter un peu de pilement à la course
par une autre voie pour changer.
Du coup, c'est là que je me suis dit
que je vais faire ce couloir qui m'avait tant donné envie
quand je l'avais vu depuis l'aiguille argentière.
À la dessin de wimper,
j'étais encore concentrée sur cette course-là.
C'était après quand je suis arrivée chez moi.
Je crois que à la suite de cette course,
il a fait plusieurs jours de mauvais temps.
Ça m'avait donné un réfléchi
à me demander ce que je vais faire après.
C'est vrai que je repensais à l'aiguille verte,
je repensais à l'arrivée au sommet,
qui était magique.
Et je voulais retourner.
Et après le solo, c'est vrai que c'est quelque chose
qui avait toujours été dans ma tête
et qui m'avait toujours attiré.
Quand je regardais Chris O'Profit dans les drus,
mais c'était mon idole,
Catherine d'Estival aussi.
Être en solitaire pour moi,
ça rajoute un peu de piment à la course, c'est sûr.
Mais c'est surtout l'aspect de liberté.
Il n'y a pas de décision de groupe à prendre.
Il n'y a pas de tout le matos à prendre
quand on est en groupe.
C'est vraiment, tu pars avec ton sac à dos,
tu vas où tu veux,
tu fais ce que tu veux,
et tu vas à la lure que tu veux.
Il n'y a pas de contrainte.
Cette idée du color cooterie,
elle grandit dans ma tête pendant ces jours de mauvais temps.
Je regarde quand même la météo
et je vois que quelques jours plus tard,
ça va s'arranger,
il y aura un créneau de plusieurs jours de beau temps.
Et en plus, le téléphérique des grands montets,
qui arrive quasiment au pied du color,
pas très loin,
il allait fermer deux jours plus tard.
Donc il fallait que je me décide vite
si je n'avais pas envie de faire toute la montée à pied
du village d'argent tiers jusqu'au pied du color.
Donc je décide d'aller au grand montet
avec mes skis, donc là tout seul,
et d'aller au pied du color
pour voir l'approche,
voir combien de temps ça prend,
regarder le color déjà de plus près,
voir un peu les conditions du color,
la neige comment elle est,
de quel côté la rime elle est.
Je suis assez contente de ce que je vois en fait.
L'approche est courte,
il y a six ou sept personnes.
J'ai été étonnée de voir autant de personnes
parce que je crois que c'était un milieu de journée
donc il faisait chaud,
il y avait des petites coulées qui partaient
parce que la neige se réchauffait.
Je rentre chez moi le soir.
Donc forcément j'en avais parlé à personne de ça
parce que je voulais que personne me stoppe
dans mon projet.
Donc j'avais ça qui grandissait dans ma tête
et en même temps,
pas des angoisses mais
la voix intérieure qui me disait
mais est-ce que c'est une bonne idée ?
J'avais fait des trucs en moyenne montagne,
mais rien ne s'est sentin vers le coeur.
Mais voilà, l'envie a pris le dessus.
Donc la nuit du samedi au dimanche
je dors pas beaucoup.
Je me réveille beaucoup,
je me pose des questions,
je me demande si je dois y aller ou pas.
Dimanche c'est le dernier jour du téléphérique.
Donc en gros c'est j'y vais demain
ou j'y vais pas.
Et donc au final je suis venue par mon dormir
et le dimanche matin je me réveille,
il fait beau
et là je me dis bah j'y vais.
Là ça y est, j'ai plus de crainte,
tout est parti.
Je me réveille vraiment lucide, calme,
excitée
et je sens que...
bah c'est bon, là j'y vais.
Donc là je prépare mon sac, tout ça.
J'avais encore pas dit à mon père où j'allais.
Donc il me demande ce que je vais faire,
donc je lui dis je retourne à la verte.
Je lui dis mais bon tu vois ça s'était bien passé la semaine dernière,
donc il n'y a pas de soucis,
ça va bien se passer encore, je vais juste le faire
par une autre voix.
Et je dis pas avec qui je vais le faire,
je dis pas non plus que tu es seul, je dis
1.
Mais il ne pose pas de questions donc
j'ai pas besoin de m'expliquer et ça m'arrange.
Donc voilà je finis mon sac,
je m'apprêtais donc à...
aller à Argentière en stop
puis là il me propose de m'emmener
donc du coup il m'emmène
jusqu'au téléférique
et ensuite il me dépose et il s'en va.
Il n'attend pas de vérifier
qui est mon compagnon cordé arrive.
Donc ça c'est top.
Et donc là il me dépose et là je me retrouve seul
et je me dis bah ça y est,
ma aventure commence, je suis toute seule.
Donc je vais prendre le téléférique
et je monte jusqu'à l'Ognan.
Donc là il y a la fête de fin de saison.
Donc c'est sympa mais
bon moi j'étais venue là pour
être seul et pour
un gros...
me rapprocher de la montagne en quelque sorte.
Donc voilà j'ai hâte de prendre le deuxième tronçon
et de monter un peu plus haut.
À l'Ognan aussi je crois
une copine
qui connaît un couple
qui est là pour faire l'aiguillvert aussi
par le couloir couturier.
Donc elle me les présente, on fait connaissance
ils sont très sympas et on se dit que
éventuellement on pourra se suivre
dans le couloir et à la descente
je pourrais leur montrer où sont les rappels
comme ils ont une corde, moi j'en ai pas.
Éventuellement il y a donc assez de possibilités.
Mais c'est pas écrit dans la pierre
c'est justinité comme ça.
Arrivé là haut, c'est super beau
il y a le coucher de soleil
il y a des nuages avec le coucher de soleil
en fait c'est super beau.
On voit pas l'aiguillvert depuis l'arrivée
du téléphérique mais on voit les drus
on voit la petite verte
déjà quand on est là on est plus proche
des montagnes, même si on n'a fait aucun effort.
Donc ensuite un peu plus tard dans la soirée
il y a le bulletin météo qui tombe
et c'est pas super pour le lundi
ils annonçaient du vent fort
en altitude
je crois c'était dans les 80 ou 100 km par heure
donc c'était pas envisageable.
Donc il y a beaucoup d'alpinistes à ce moment-là
qui redescendent dans la vallée, sur tous les locaux
en fait qui peuvent monter un peu quand ils veulent.
Il y a une cordée de slaves qui restent
pour l'aiguillverte
en pas potant avec eux, je comprends
parce que eux ils viennent de loin
ils vont pas avoir
plein d'opportunités de monter à la verre
donc en fait ils y vont demain
sinon ils y vont pas.
Et un couple aussi d'italiens
qui part pour faire les droites
et eux aussi ils veulent y aller demain.
En fait on se partage les toilettes
hommes, femmes
les pistes sont super sympas
ils nous ont laissé les chauffages
en fait dans les toilettes donc du coup c'est
tout confort je veux dire.
Il y a pas mal de monde quand même
donc les slaves y dort dehors
dans le couloir et donc moi je dors
dans les toilettes sur mes habits
au chaud.
J'ai
pas grand chose
j'avais pas mal de couches
de vêtements sur moi
je pensais qu'il allait cahier
le soir au grand montée
j'ai ma grosse doudoune
d'alpinisme dans mon sac à dos
j'ai de la bouffe
de l'eau
j'ai arva pelsondes
parce que quand même je vais traverser un glacier
même si je pars en solo
bon si il mérifie quelque chose c'est quand même bien d'avoir l'arva
mes skis, mes pots de foc
j'ai une broche à glace mon beau-drier
une broche parce que
moi je vais être dans un couloir
si j'ai rencontré un passage de glace
que je vais me vacher
ça peut être utile donc voilà
vraiment pas grand chose
j'avais vraiment
pesé le pour ou le contre la corde
et après réflexion
j'ai décidé de pas l'apprendre
parce que le but c'était d'y aller léger
comme ils avaient dit pas beau
on a reparté dans notre tête
au mardi le départ
donc là on est lundi
on fait pas grand chose
les italiens sont partis dans les droites
les gars des
pays de l'est sont partis dans la couturier
et donc nous on est là tous les 3
donc le couple de français
et moi on attend
en fait que le
le beau temps arrive
moi je reste tranquille
je bouquine mes nerfs
qui est dans mon sac à dos aussi
la journée passe très lentement
on re-check la météo le soir
ça s'annonce meilleur pour le mardi
on se dit normalement c'est bon on peut y aller
dans la nuit du lundi au mardi
on se réveille au milieu de la nuit
on va voir dehors on regarde le ciel
il fait bon il n'y a pas de vent on voit les étoiles
donc nickel on y va
on se prépare
prend un petit déjeuner chacun d'autre côté
rapidement on se retrouve dehors
donc là vraiment on part dans l'esprit
bon bah on y va ensemble
puisqu'au final
je pense qu'ils m'auront porté vers scloir
et je les a remerciens
je suis pas du sous une herbe et contre eux
mais je pense que toute seule
départ dans la nuit
comme ça je sais pas si je l'aurais été au final
mais du coup on est 3
avoir envie d'y aller et d'être existé
donc là du coup on y va vraiment
ensemble
donc on chausse les skis
on descend, on fait l'approche
à un moment faut mettre les peaux
pour finir un peu sur le plat
et remonter vers le départ du couloir
Cyril avait perdu un gant
il était juste descendu bien plus bas
que là où on était donc il avait laissé descendu
et moi je l'avais repassé un gant
de ma paire de rechange
donc on arrive au pied du couloir on enlève les skis
on les met dans le dos
on met grand pont, on prend les piolets tout ça
on s'équipe
moi je pars devant parce que là je suis
trop trop excitée d'être là
il fait beau, je suis trop content
j'ai juste envie de foncer
et de monter
je leur montre où est la remet
que j'avais vu
j'avais vu d'avant
on approche et l'arrivait ensemble
j'avance derrière moi et à Cyril
et Laura
la neige est très poudreuse par contre
on avance sur le descend c'est un peu fatiguant
mais on monte quand même au final
on commence doucement à se distancer un petit peu
moi je suis tellement d'entruque et contente d'être là
que puis j'étais venue aussi
pour être toute seule et pour aller à mon rythme
du coup comme je suis en forme
je me laisse porter par ma forme et j'avance
donc je distance un peu Cyril
et lui doucement il distance
un petit peu Laura aussi
mais bon c'est pas forcément gênant
on avance tout ça notre rythme
et de temps en temps on se lance un haut
ça va
et à un moment donc on arrive
à un petit passage en glace
qui est un peu plus raide
c'est un peu plus impressionnant que la neige
donc là il faut redoubler un peu d'attention
je me concentre
un pied après l'autre
on fait attention à pas riper
voir toujours des bons ancrages
mais voilà je continue
je suis quand même super contente
eux arrivent à ce passage
ils continuent
et puis au bout d'un petit moment
Cyril qui m'appelle
et qui me lance, oh Gaëlle on va redescendre
là ça va pas trop
j'ai déjà un peu l'intention


donc je me rends pas à ça
parce que ça change la dimension
de l'ascension
parce que même si je suis seul, je sais qu'ils sont derrière moi
on avance à notre rythme et on est trois
donc je m'arrête
et je me dis ah
je vous dis pas du tout les forcer
donc je lui dis d'accord
et puis je lui dis que moi
à ce moment-là je suis super bien
donc je continue
et bon lui forcément
à ce moment-là aussi il se dit que
il n'y avait pas grand chose qui puisse faire
faire changer d'éveil de toute façon
bon je sens un petit peu quand même
qui me regarde genre
est-ce que je fais bien de te laisser partir
là comme ça
mais voilà
donc après un petit moment
ils se retrouvent au pied du couloir
puis moi je me retrouve au milieu de la face
et là vraiment
là je réalise que je suis seul
voilà je suis au milieu d'une face
d'or tout seul
bon c'est ce que j'ai devenu chercher
donc je suis contente, je suis excitée
mais aussi je me dis
bon faut pas traîner
faut que tu arrives au sommet, ensuite
faut que tu enclenches ta descente
faut que tu respectes le timing de tout
faut que tu surveilles la météo
donc il y a quand même tous ces aspects qui rentrent en jeu
c'est pas juste, oh c'est trop bien je suis toute seule
je reste quand même hyper prude dans ma tête
je finir ma course aujourd'hui
et je rentrerai chez moi ce soir
rapidement après ce moment-là
il y a une fatigue qui me gagne
mais je crois que j'ai jamais
ressenti en Haute-Montagne
la semaine d'avant dans le whimper
je pétais la forme
je me sentais hyper bien, j'avancais hyper bien
et là
là d'un coup je sais pas
je pense que les 2 nuits
argentières, dans les toilettes
une nuit chez mon père a pas bien dormir
parce que je pensais à tout ça
un peu de manque de sommeil
et en fait mes jambes elles étaient cassées
donc là je me dis
mes mains, faut que je finisse
faut que je finisse, j'essaye vraiment de me motiver
j'ai les jambes qui sont cassées
j'en arrive au point où je compte mes pas
je repense à mes snare
donc j'élive dans le dos
je m'arrête
je bois un coup
et puis je reprends
je me dis je fais 20 pas, ensuite je fais une petite peau
j'respire et je continue et comme ça petit à petit
je fractionne l'arrencé du couloir
et j'arrense doucement
puis j'arrive à un moment
où il y a de la glace de nouveau
donc de nouveau je me dis
à la merde encore de la glace
je fais attention, j'encourpe bien mes crampons
mes piollets
j'avance vraiment doucement
parce que la glace est
mauvaise en fait, elle éclate
sous les piollets, sous les crampons
c'est pas un bon ancrage
et puis là j'ai vraiment plusieurs centaines de mètres
sous moi en fait
j'ai pas le droit à l'erreur
un petit passage
avec de la bonne glace
et court
ça va, j'ai confiance je peux le faire
mais là de la mauvaise glace
et
aussi haut en fait
c'est plus difficile, il faut vraiment que je me concentre
et que je fasse attention
mais je suis si proche du sommet
que je me dis non je vais pas faire demi sur la, je continue
voilà je sais pas
peut-être à 100 mètres du sommet
j'avance doucement
et puis à un moment
j'ai un crampon
ou un piollet qui rit
et là
vraiment
grosse frayeur
je réussis
à replanter les deux
piollets
en fait le choc, la violence du coup
de ma peur pour en réeller la chute
en fait ça l'a bien planté
et là du coup je m'arrêche mais je me dis
voilà grosse grosse grosse grosse frayeur
je réalise à ce moment là
que ce petit passage
il est peut-être plus dur que ce que je peux faire
et surtout qu'avec autant de vide dessous
bon je vais pas envie de risquer le coup
ou un tempi je suis proche du sommet
mais je me dis voilà bon faut être raisonnable
pousse pas trop
soit raisonnable, redescend
donc je vais après tard redescendre
et en fait là je réalise que
c'est encore plus dur de redescendre
ces quelques mètres que de les monter
je réalise pas en fait encore que je suis coincé coincé
mais
je réalise quand même que je suis dans
une très délicate situation
où je suis dans la classe
un peu pourrie que j'arrive pas
à avancer et que je n'arrive pas à descendre
donc encore une fois je m'arrête
je réfléchis
je ressent encore un petit
peu de monter je récends encore de descendre
mais ça fait pas
et là vraiment j'ai pas peur
de là où je suis, j'ai peur de tomber
si je continue ou si je fais une erreur
donc je m'arrête encore
je crois que c'est à ce moment là que je mets
ma broche pour me vacher
pour me reposer
parce que je commence à avoir des crampes
dans les jambes et je commence à être fatiguée
donc
je mets un bout de ma vache
dans la
broche, l'autre à l'extrimentité
de mion de piolet donc ça me fait 2 points d'ancrage
et je m'assoie un peu
dans mon bonnerier pour respirer
et en fait
après réflexion
je me dis que
je suis vraiment débile de me retrouver
mais que
mon tampi en fait je ravale ma fierté
et je me dis sur mon téléphone
je vais appeler le pghm
je vais leur expliquer la situation
et je vais leur demander de venir me chercher
c'est
je ravale ma fierté sur le téléphone
je m'apprête à les appeler
et là je réalise en fait que j'ai
0 bar de réseau
donc là
gros choc de nouveau
je panique pas encore
parce que je me dis je vais bientôt trouver une barre
je suis dans mon bras à droite à gauche
je cherche du réseau
ensuite je essaye le numéro d'urgence
ça marche pas non plus et là je réalise que
bah j'ai pas de réseau en fait
c'est là que ça prend vraiment une toute autre tournure
parce que
bah je sais que je suis bloqué
dans la glace pourrie
en haut dans le couloir
et j'ai pas de réseau
donc je peux prévenir personne
personne sait que je suis dans la merde
personne peut venir m'aider
il faut que je me sorte d'ici toute seule
je pleure un bon coup
pas trop longtemps
parce que encore une fois je suis
concernée de la situation
ça va pas m'aider de pleurer
mais il faut quand même que j'évacue un peu
ce choc du moment
et je me ressaisis
et je me dis
il va falloir que je me sorte de là
donc je regarde autour de moi
et à quelques mètres au dessus de moi
on aurait dit qu'il y avait
une petite ouverture dans la glace
donc je décide d'aller voir
je remonte tout doucement
la glace pourrie
mais je fais vraiment
l'effort
et je prends le temps d'aller voir
ce qu'il y a dans ce trou
donc à ce moment-là je n'ai pas du tout l'intention de me mettre pour la nuit
mais je veux voir si au moins je pourrais me mettre
de bout de dents
pour si mon sac me reposer un peu
donc j'avance jusqu'à ce petit trou
et effectivement je le vis un peu de la neige
et il y a juste assez pour que je me tienne
debout
que je rentre mes jambes dedans
donc c'est un peu un soulagement
je peux entre guillemets me reposer
souffler un peu
je retente d'appeler le PG
mais j'ai toujours pas de réseau
donc du coup je décide d'appeler au score
en fait de là
et de faire des signes
il fait grand beau
et il y a beaucoup de passages
sur le glacier d'argentière
donc en bas du couloir il y a aussi
je peux voir même des cordées
de l'autre côté du glacier
qui sont autour du refuge
d'argentière qui part dans tous les directions
je me dis il y a bien quelqu'un qui va m'entendre
qui va me voir
j'ai une veste orange
du coup je suis persuadée que c'est
hyper visible en fait, orange sur blanc
ça se voit
du coup je me mets à appeler au score
à crier
en fait du or je cris
je fais des grands gestes avec mes mains
et à un moment donné
il y a un skier sur le bassin qui s'arrête
et du coup je me suis dit bah ça y est
il m'a vu
en fait il s'arrête un moment
et puis après il redescend
vers la vallée donc je me suis dit
super il m'a vu
il va prévenir les scores
d'ici une demi heure, une heure
au plus l'hélico sera là
mais dans le doute
je continue à faire des gestes et tout
donc il y a l'hélicoptère à un moment qui arrive
et qui va tourner un peu plus
du côté des droites
donc plus au fond du bassin d'argentière
et à un moment il revient vers le couturier
et il tourne
à un moment en bas du couloir
du coup bah moi je fais des grands gestes
du coup je suis persuadée qu'il y a quelqu'un
qui va me voir
et puis il repart
et là en fait de voir l'hélico repartir
c'est un gros coup pour le moral
parce que j'ai réalisé en fait
que personne m'a vu
et que de nouveau
je suis toute seule ici
dans ce couloir
et je suis coincé
donc là il y a de moins en moins de monde
en fait sur le glacier
on arrive en fin de journée, les gens commencent à redescendre
les cordées redescendent vers la vallée
et puis il y a des nuages aussi qui arrivent vers moi
et je me dis
il est puré, il va falloir que je passe la demi là
je suis quand même bien contente d'avoir trouvé ce pitrot
donc je l'aménage
autant que je peux
je tape pas avec mes piolelles
pour essayer de l'élargir le plus possible
parce qu'il est hyper étroit
j'enlève la neige
voilà je m'apprête en fait à passer la nuit dans ce trou
quand je creuse dans ce trou
je me dis vraiment
si ça se trouve je suis en train de me faire ma tour
voilà
à ce moment là j'ai jamais fait
de bivouac improvisé
donc
j'ai aucune idée de si 100 sacs de couchage
en fait je vais passer la nuit
on est au moins de même
et la nuit ça descend quand même
les températures
donc en fait je sais pas trop ce qui m'attend
c'est vraiment l'inconnu
je sais pas si je vais passer la nuit
comment je vais la passer
comment je vais me réveiller demain
si je vais me réveiller
si je vais me cayer
comment va être le temps demain en fait je sais rien
à partir du moment là c'est vraiment l'inconnu
et j'improvise
moment par moment
ma survie
il y a un autre détail aussi
je l'avais dit à un copain
en fait que je partais faire ce couloir
je me suis raccroché à cette pensée
toute la journée
à partir du moment où j'étais coincée
qu'il allait prévenir les secours
en fin de journée en fait
à partir du moment où il allait pas avoir de réponses
de messages, où il allait pas savoir
où j'ai été
j'étais persuadée qu'il allait envoyer un hélico en fait
je me raccroche à cette pensée en fait toute la journée
voilà, l'hélico vient pas
donc il faut que je passe la nuit ici
donc voilà comme on le trouve fait je suis dans le brouillard complet
c'est assez
assez impressionnant en fait
on me voit plus vide, il y a ce côté rassurant
mais il y a aussi ce côté
voilà je
je vais être dans
dans la tempête
j'avais regardé la météo et je savais
en fait que le mauvais temps était là pour plusieurs jours
donc je sais que
je vais rentrer dans ce trou
et
quand j'y rentre j'ai toujours l'espoir
d'y aller que pour une nuit
mais je sais que le mauvais temps va être là pour plusieurs jours
donc là à partir du moment je me retrouve dans le brouillard
ouais ça rajoute
encore un peu de
ça rajoute
à la situation
donc je rentre dans le trou
mais les gens me d'abord
comme si je m'assais
en fait dans le
dans le trou et parti je mets mon sac encore
et puis
la première nuit passe
donc là il y a toutes sortes de pensées qui me traversent la tête
mais qu'est ce que je fais là déjà
qu'est ce que je suis venu faire
toute seule
dans un couloir
en face nord
qu'est ce qui m'a fait penser que j'étais capable de le faire
mon père il doit être mort d'inquiétude
plein de trucs qui me traversent la tête
je pense pas que je considère à ce moment là vraiment sérieusement
mourir
parce qu'en fait j'ai toute ma tête et physiquement je suis très bien aussi
à part la fatigue
c'est juste l'endroit où je suis
et en fait qui me fait réaliser
que je
que je devrais pas être là en fait
avant ma première nuit donc quand je suis installé dans le trou
je décide un peu bêtement
de prendre un souvenir de ce moment
du coup je prends une photo
elle s'est effrayante
j'ai une tête, je suis la répercrevée
du coup je refais une avec un sourire
j'ai deux petites photos à souvenir de ce
de ce séjour
le trou il est pas très grand
je décris un peu
je suis recroquevillée dedans
je suis recroquevillée avec les genoux pliés
les mains devant moi
et le dos un peu plié
ils montent ça que juste au dessus de ma tête
donc il n'y a vraiment pas beaucoup de place
il est très étroit du coup
même mes hanches, je suis obligé d'être un peu de travers
donc c'est vraiment inconfortable
par contre je sens que
sous mes pieds
si je tapote un peu
c'est possible et ça va être très très profond
il est étroit mais je sens
que il y a du vide
dessous donc j'ai pas non plus envie de l'élargir
élargir de trop
cette première nuit je ne leurs pas beaucoup
je pense beaucoup
je me pose des questions, je réfléchis à ce que je vais faire le lendemain
si je vais faire quelque chose
j'hésite à écouter de la musique
et après je me dis que non pas du tout
je n'ai pas du tout envie, c'est pas du tout le moment
je fais pas grand chose au final
je bois, je mange une barre de céréales
je ferme les yeux
je ressens pas le froid
j'ai mis toutes mes couches sur moi avant de rentrer dans le trou
j'ai mis mes gants
sur la tête j'ai enlevé mon casse donc j'ai mis toutes mes capuches
et j'avais tiré
ma capuche
de polaire
je l'avais complètement serrée
il restait plus que mon nez et ma bouche
à l'air pour pouvoir respirer
mais tout mon corps était au chaud
la nuit c'est hyper long
j'essaie de pas regarder l'heure pendant un certain temps
je me force à pas regarder l'heure
en me disant
là il a dû se passer 3 ou 4 heures
et en fait je vais regarder, il s'est passé 20 minutes
c'est horrible
ça avance pas
et puis j'ai soif et puis je me réveille
en fait j'arrive pas à dormir
il y a toutes ces questions dans ma tête
en même temps le temps passe à une lenteur phénoménale
c'est juste horrible
et à un moment j'ai plus de batterie
sur mon téléphone donc je peux même plus suivre
l'heure qu'il est
j'ai une petite montre qui appartient à ma grand mère
l'écran a gelé
donc en fait le temps
c'est carrément arrêté
aussi bien l'horloge que le temps pour moi
dans le trou
le lendemain
matin
ou tôt le matin
je regarde le temps dehors
donc je pousse mon sac et là
vision d'horreur l'inèges
il y a du vent, du brouillard, hyper épais
donc je vois rien, très mauvais temps
je réfléchis deux secondes
est-ce que je reste là, est-ce que je pars
mais j'ai pas du tout envie de rester dans ce trou
pas du tout
donc j'attrape mon sac
j'en mets mes skis sur le dos
et puis je décide de monter
en fait avec la neige qui est tombée
j'arrive à monter un petit peu plus haut que ce que j'avais réussi
à la meille
je suis super content, je me dis bah ça va passer
cette fois je vais monter, je vais pouvoir redescendre
même si il fait un temps dégueulasse
je vais faire gaffe et puis je vais
c'est une histoire à la mettre derrière moi
à l'air crapine
j'avance un peu et puis bon pareil un peu plus haut
ça devient encore plus raide
et la neige a pas du tout posé
glace pourrie, j'arrive pas à monter
je persiste un peu mais ça passe pas
je décide d'aller explorer un peu sur la droite
ça a l'air d'être en neige
en fait, c'est complètement neige
et moins raide
moins direct pour arriver au sommet
mais je tente
et puis là en fait
je date avec un pied
et ma jambe encierre
elle disparaît dans un trou
je sens pas le fond et ça
ça me fait
en fait ça me fait hyper peur
je me dis, si je parle
là dedans je vais disparaître dans un trou
on va jamais me retrouver
ça me donne des frissons là
je suis pensée
donc là je me dis non je passe pas par là
et là à un moment donné je trouve des cordes
en fait je me demande si c'est les cordes des slaves
de la veille
mais elles sont complètement gelées
dans un premier temps j'essaye de les tirer
les sortir mais c'est rien à faire
c'est tout gelé
donc j'abandonne
je retente la glace encore une fois
vraiment je persiste parce que je veux pas
retourner dans ce trou
mais après plusieurs essais
et la certitude que j'ai pas du tout envie
de faire une erreur et de tomber
plusieurs centaines de mètres
là j'ai vraiment le moral à zéro
je suis
hyper triste de redescendre
parce que tout ce que je voulais c'était
réussir à monter entre chez moi
donc je veux pas retourner dans ce trou
c'est vraiment si il représente
une tombe pour moi
en fait c'est trop, il représente une tombe
mais en même temps d'un autre côté
au milieu de cette tempête
c'est le seul abri que j'ai
autant que je puisse le détester
de tout mon corps
il faut que j'aille dedans
et laisser tout ce que j'ai
et puis voilà, le moral à zéro
je redescend dans mon trou
juste de le voir
ça me dépit et puis
bon là je replore encore un peu
et je me réinstalle
je fais pipi, ça paraît anodin
mais dans le trou je peux pas faire pipi
donc je fais pipi avant de me réinstaller
je me réinstalle
j'ai le triste sentiment que je vais y être
pour plus que nuit
parce que j'arrive pas à monter
j'ai essayé de redescendre aussi
j'arrive pas à redescendre
à ce moment là en fait
après avoir essayé de monter, redescendre et d'être devant ce trou
il y a l'option
qui se présente à moi de
de m'asseoir et de laisser tomber
et d'abandonner
mais je me ressaisis
et finalement je m'installe dans le trou
je me protège, je me mets à l'abri
j'avais toujours l'espoir
qu'ils allaient venir
en fait, n'importe quand
même si j'ai resté dans le trou une semaine
pour moi
il y avait toujours quelqu'un qui allait venir me chercher
c'est probablement bête de penser ça
mais
jamais je m'étais dit, oh bah là ils vont m'atteler à la recherche
dans un trou de neige
il fait 0 degrés
donc c'est tolérable
mais je pense avec les vents
la neige qu'il y avait
on devait peut-être être dans les moins 10
dehors
donc voilà, rester assise
à rien faire, immobile
il n'aurait pas fallu longtemps
avec la fatigue pour que je m'endors
mais en fait que j'y reste
assez rapidement
je vais finir mon eau
et ça c'est un autre truc, c'est que je crève de soif
j'ai hyper hyper soif
et j'ai presque plus d'eau
donc je me rationne mais assez rapidement
je la termine
j'ai plus beaucoup de nourriture non plus
je suis nommée barre de céréales
je sais que j'ai un morceau de tom dans mon sac
mais le fromage c'est salé
puis j'ai hyper soif donc je décide de pas le manger
du coup il y a la deuxième nuit
qui se dessine
pareil, je dors pas beaucoup
je prie beaucoup
j'ai une grande foi
et je prie beaucoup, ça maintient envie
ça occupe mon esprit aussi
il n'y a pas de divagué dans tout le sens
alors oui je pense aux couvertures du refuge
du couvercle
pas forcément parce que je me cahille
mais parce que le confort
d'un lit d'une couverture
ça me fait rêver
je repense au poil à la bois
chez mon père
avec le feu dedans
la chaleur
j'en pense à ma mère
je pensais à mon frère, à ma soeur
et je continue à te prier
j'ai fait énormément de jeux vous salue Marie
la répartie était en
en boucle
la fin de cette prière elle dit
protégez nous maintenant et alors de notre mort
ce maintenant
et alors de notre mort
en fait je le répète dans ma tête encore et encore
parce que je sais pas en fait si je vais mourir
ça devient quelque chose de beaucoup plus possible
que je peux pas refuser
d'envisager
et du coup je répète cette phrase
je me dis que je suis pas seul il y a cette présence avec moi
et si je dois mourir
bah je suis pas seul
je pense que c'est
peut-être
à troisième nuit où
où mon esprit naturellement
en fait
il se concentre
sur les choses qui me maintiennent en vie
c'est à dire que je me mets plus qu'à prier
et à penser à ma famille
c'est tout
tous les matins
j'ai toujours l'habitude
de vérifier comment est la météo
donc je lève mon sac et puis je vérifie
donc même temps d'horreur
dehors je reste dans mon trou
après 3 nuits dans ce trou
forcément je réalise que la mort
est une issue possible
j'ai pas du tout envie de mourir
mais c'est
une issue qui est possible
et que je peux pas me voler la face
j'hésite
à laisser un mot
à ma famille
je me dis que si quelqu'un trouve mes affaires
trouve mon sac et mes affaires
peut-être qu'il trouve mon téléphone et que ma famille aura ce message
en fait c'est très court
je dis juste
maman papati bohannaïs
je vous aime de tout mon coeur et je suis désolé
je suis désolé de cette fin
désolé que ça se finisse comme ça
c'est tout
ça me fait vraiment prendre conscience
de la valeur
et de l'importance de la vie
à partir du moment où la mort devient une possibilité
ça me fait encore
plus prendre conscience que j'ai envie de vivre
et que j'ai vraiment envie de redescendre
donc je fais un pacte avec dieu
et je lui dis que je veux
à tout prier descendre et que même si je dois perdre mes jambes
je veux vraiment descendre
je dois avoir cette opportunité de vivre
je ferais tout ce que je peux pour être heureuse
mais je veux vivre, je vais avoir ma famille, je veux redescendre d'ici
la soif est toujours hyper présente
c'est la sensation dans la gorge
dans le corps qui a besoin d'eau
puis c'est aussi physique
c'est aussi la sensation que le corps
il en a besoin
c'est mental, c'est physique
c'est vraiment
hyper désagréable
et encore aujourd'hui
quand j'y soif
pendant plusieurs années
je vivais très mal d'avoir soif
ça me ramenait dans ce rôle
la nuit d'avant je me suis
goin frais comme on peut dire
de neige parce que je me suis réveillée en panique
vraiment à soiffer
je me suis remplie de neige
mais la neige ça ne hydrate pas
puis ça n'abaisse pas forcément ce sentiment de soif
et en plus c'est hyper froid
même si je me cahais pas, j'avais pas envie de refroidir mon corps
encore plus
donc j'ai pas beaucoup mangé neige
j'ai rapidement, peut-être le deuxième jour
j'ai commencé à me faire pipitu
parce que déjà j'avais pas envie de sortir
dans la tempête
et puis j'étais déjà mouillée
parce que j'étais assise dans la neige
sur la glace froide
je me dis peut-être que me faire pipitu
ça va me réchauffer, juste le temps de faire pipi
donc en fait c'était mes moments de réconfort
aussi me pissait tué
et donc
le vendredi le troisième jour
voilà j'ai toujours hyper soif
et je me dis
pourquoi pas essayer de boire mon urine
après tout
vu où je suis
j'ai rien à perdre
ça va pas me tuer, peut-être que ça m'apportera quelque chose
peut-être que ça appesera ma soif
donc je décide de faire ça
et rapidement je réalise que ça va être compliqué
parce que
le trou est minuscule, en fait je peux pas
puis j'ai rien pour faire pipi dedans
donc en fait tout ce que je fais
c'est que je fais pipi sur mon gant
et ensuite je
bon je bois un peu le liquide
qui a imprégné dans le gant
c'est un goût amer, c'est pas très bon
mais en fait
moralement j'ai l'impression que ça va
maintenir envie et que c'est
voilà qu'il faut que je le fasse
donc je le fais
à un moment donné j'ai aussi la
c'est même plus qu'une sensation
j'ai l'impression que
j'ai des amis avec moi qui sont là dans le trou
et c'est hyper réconfortant
j'ai les yeux fermés
à ce moment là, je sais que si je vous les yeux
ils vont pas être là et j'ai encore toute ma lucidité
mais j'ai quand même
cette forte sensation
qu'ils sont avec moi et qui me soutiennent
en fait qui me disent de rester éveillé
ou de pas m'endormir trop profondément
de tenir le cours et de rester en vie
en gros
c'est important de se fixer des objectifs
surtout dans les moments difficiles
dans la vie en fait en général
et du coup je m'étais fixée samedi
je m'étais dit je sais même pas pourquoi
je m'étais fixée samedi mais je m'étais dit
samedi matin il va faire beau
les licos vont pouvoir décoller et vont venir me chercher
ça c'était ancré dans ma tête
et du coup en fait
le vendredi soir je me dis que je m'endors pour
ma dernière nuit et que demain c'est bon
je sors du trop
avec évidemment
dans un coin de ma tête
la conscience que peut-être
il va encore faire mauvais et peut-être personne n'a le droit de me chercher
donc la nuit passe
là encore je suis pas extrêmement sûre
de gris de conscience
et de
si j'avais toute ma tête
cette dernière nuit c'est sûr que je commençais
à glisser doucement
dans le sommeil un peu
parce que je me rappelle
de rêver du coup de l'hélicoptère
d'un alpinisme
qui était venu en fait et qui était dans le trou
avec moi
il avait sa radio et il me disait que
c'est bon les scores arrivaient
il vient me chercher donc en fait j'étais hyper content
je reprend mes esprits
je me réveille et voilà je réalise que
il n'y a personne avec moi je suis toute seule
quand je me réveille
de ce rêve
j'ouvre les yeux et je vois qu'il y a une lumière un peu différente
vers la sortie du trou
une sorte de bleu
bleu clair assez vif
et ça je l'avais pas vu en fait
depuis le début mais je m'en bats pas trop vite
et puis je reste dans le trou
je bouge pas je pense que je suis un
je commence à être un peu amore fatigué
pas certaine de mon sort
et puis à un moment donné en fait je commence à entendre
lointainement le bruit d'un hélicoptère
qui se rapproche
et donc dans ma tête je me dis
mais il vient pour moi il vient pour moi
et j'attends en fait qui soit
parce que là je veux pas le rater
comme la dernière fois où je leur faisais des gestes immenses
et il m'avait pas vu
cette fois je veux pas les rater
du coup je veux vraiment qu'il soit proche de moi
pour sortir du trou
et faire des gestes immenses
et vraiment qu'il voit ce truc sortir de la neige
et qu'il se dise aller là
donc j'attends
jusqu'à que je pense qu'il soit proche suffisamment
et là je sors du trou
et effectivement je me retourne des années avec les Lico
hyper proches
et là
gros moment
enfin la série je me dis
et en fait je
regarde
pilote, vraiment je le regarde dans les yeux
je fais des gestes, je continue
à lui faire des gestes jusqu'à que je
jusqu'à que nos regards se croisent
et que je sais qu'il m'a vu
et que je sais qu'ils vont me sortir de ce trou
D'accord
Le AH
Il me sort quelque chose au microphone en fait
et j'ai peur en fait qui me disent
qui peuvent pas me sortir en fait
parce que soit je suis
dans une mauvaise position
il y a trop de vents
c'est trop difficile
ça me fait un peu paniquer parce que je me prends rien ce qui me dit
et je me dis bah merde en fait ils ne peuvent pas me récupérer
Là c'est dur encore, de nouveau c'est dur.
Mais je l'ai voir revenir et je vois un secouris qui s'installe, qui s'accroche et qui commence
à descendre entre oeil.
Et donc là c'est une grande joie, ils reviennent, ils viennent chercher donc c'est super.
Après il est contact avec une personne.
Donc là aussi gros moment, je suis hyper heureuse de voir qu'il est là.
Donc en fait ils me demandent plusieurs fois si je suis pas vaché au trou pour vérifier
qu'ils vont pouvoir me tirer du trou facilement en fait parce que sinon ça devient dangereux
de les lits qu'on serait rattachés à la montagne.
Donc je lui dis plusieurs fois donc je suis pas vaché, donc de suite il m'accroche à
lui et dans un délon tout à fait naturel en fait je m'accroche à sa jambe.
Et du coup là il m'attrape la main juste dans ce moment là pour remonter à l'hélicoptère.
Et on remonte et là tout ce moment je sors du trou et c'est magico, c'est la fin.
C'est à ce moment là que je réalise que c'est fini.
Arrivé à l'hélico du coup c'était Lionel qui s'est en charge du treuillage.
Il m'assoit dans un coin de l'hélico et il me pousse l'en apporte.
Et là le pilote et la personne en charge du treuillage donc était assise à côté du
pilote il se retourne tous les deux en même temps et il me regarde avec un grand sourire
et au début je comprends pas trop donc je les regarde.
Je souris pas tout de suite en fait à ce moment là je réalise aussi, purée ils ont dû me
chercher pendant longtemps pour être aussi content de me retrouver.
En fait à ce moment là ils savaient pas trop c'était la deuxième fois qu'ils
survolaient le couloir.
La première fois je vais dormir et ça ça me fait peur en fait de me dire que je les
ai pas entendu la première fois.
Et puis donc là ils leur survolaient une deuxième fois en se disant après ça c'est
fini quoi on dira à la famille qu'on arrête de chercher et puis ce matin là quand ils
ont décollé aussi ils partaient plus dans l'optique d'aller chercher un corps en fait.
C'est Jeff qui l'a dit le secouriste que en fait voilà après quatre jours ils
se voient pas trop la face ils allaient chercher un corps et c'était un moment assez fort ça.
Ça m'a vraiment fait comprendre qu'ils étaient heureux et soulagés de me avoir retrouvé.
Jeff m'enlève mes gants, j'ai les doigts qui sont noirs à cause des en fait mes gants qui ont
déteint, ils sont pas le gelé mes doigts.
On dirait qu'ils sont, je les ferais que ça fait un peu peur.
Du coup ils me passent ses gants, ils me metnt ses gants sur les mains et tout de suite je
demande est-ce que mon père est au courant.
En fait à ce moment là je ne réalise pas du tout l'empereur que ça a pris.
J'imagine alors encore moins qu'on en a parlé à la télé que c'est devenu une grosse histoire en
fait.
Je demande juste si mon père est au courant parce que j'espérais en fait que ma mère ne le soit
pas et que ma sœur, mon frère tout ça, ils aient été épargnés.
Un peu innausamment je demande, mon père est au courant.
Il me dit oui, oui, oui, il est au courant.
Il est au courant aussi qu'il m'a retrouvé.
En fait de suite ils ont fait passer le message que j'avais été retrouvé dès que j'étais vivante.
Donc on va à la DZ, à Chamonix.
Ça c'est juste en fait pour voir la médecin urgentiste pour avoir un premier check-up
je crois.
Vérifie ma température, je crois que j'étais à 32°C donc j'étais quand même descendu.
Je m'en étais pas rendu compte parce que je n'étais pas cahier, je n'avais pas frissonné
mais j'étais descendu doucement.
Donc elle dit bon bah oui, au pital de sa lanche.
Donc on repart en hélico et ils me déposaient l'hôpital de sa lanche.
À l'hôpital, quand ils ont enlevé mes chaussures, ils ont réalisé que j'avais les pieds violet
donc ils m'ont digelure stade 4.
Ça veut dire amputation.
Pour moi à ce moment-là tout ce que je veux c'est rentrer chez moi.
Parce que d'ailleurs le lendemain c'est mon anniversaire.
Et en fait au fil des jours, petit à petit mes pieds ne croient et là je réalise que bon
l'issue va être une amputation et donc je perds la moitié de mon pied gauche et les orteils de mon pied droit.
Je l'avais dit à deux amis au final.
Deux amis qui n'étaient pas proches suffisamment disons pour me stopper.
Je l'aurais dit à mon père, il m'aurait de suite dit non.
Il ne va pas.
Ça prouve que j'étais peut-être pas aussi sûr de moi en fait.
Et que j'avais pas envie de stopper dans mon incertitude.
Solo il a toujours ce côté fascinant pour moi.
Ça ça me fascinera toujours autant.
Il a ce côté effrayant aussi.
Et le fait de ne pas pouvoir partager cette solitude,
c'est peut-être pas ce que je cherchais.
Je sais pas si c'était mon incapacité en fait à être très douée socialement à l'époque
qui m'avait encore plus poussé à partir en solo.
La solitude de ces quatre jours et de ces quatre nuits m'a fait prendre conscience
que finalement j'aimais bien les gens.
Cette histoire, comme je l'ai réalisée dans le trou au moment où la mort était de plus en plus présente,
ça m'a fait prendre conscience en fait de la valeur de la vie.
Même aujourd'hui dans des moments difficiles,
il m'arrive de repenser à cet épisode de ma vie
et en fait, quelle que soit l'épreuve difficile que je rencontre aujourd'hui,
moi je suis vivante, je suis là pour le vivre.
Donc c'est ça l'important en fait.
Ça m'a vraiment fait comprendre l'importance de la vie,
de la valeur de la vie.
Après son sauvetage par le ploton de gendarmerie de Haute-Montagne de Chamonix,
Gael Cavallier a mis plusieurs années à oser revivre par l'écriture César
où s'est joué sa disparition puis sa survie.
Son livre, 100 heures de solitude, qui nous a inspiré cet épisode,
paru chez Guérin Paul Seine en 2017,
est disponible sur le site de la Maison d'Edition.
Merci à elle pour son témoignage et pour sa confiance.
Les Balladeurs est un podcast du média Les Ozzers.
Rendez-vous sur Instagram,
et à T.L.O.S.O.T.H.E.R.S.
pour découvrir notre magazine papier et nos autres formats.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fier,
monté par Chloé Vibo et Capucine Lebeau
et présenté par Clément Sacar.
La musique originale a été composée par Nicolas de Ferrand
et le mixage a été assuré par Lorie Galliani.
Merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
On se retrouve dans 15 jours pour une nouvelle histoire
A très bientôt.

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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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