
Surya Bonaly, le génie du patin !
Durée: 14m48s
Date de sortie: 19/07/2023
durée : 00:14:48 - Les Odyssées - par : Laure Grandbesançon. - Championne d'Europe, championne de France, première patineuse noire de notre pays. Surya Bonaly est un phénomène, une tornade. Mieux : c'est une révolution !
Les Odyssey de France Inter avec Pronote, toute la vie scolaire en une seule appli.
Pour les profs, les élèves et aussi leur famille.
En mars 1994, dans la ville de Shiba, au Japon,
la patineuse Suryabon Ali a rendez-vous avec son destin.
C'est les championnats du monde.
Patin lassé, costume rose fluo, cheveux tiré en arrière.
Elle n'a jamais été aussi prête.
Son programme libre sera parfait, mieux.
Il sera éblouissant. Cette fois, l'or sera pour elle.
Ça y est, Leo parlera non son nom.
Son cœur bondit dans sa poitrine.
Montre l'or qui tuait.
Elle entre sur la piste.
Le public la clame.
Toutes les caméras du monde sont braquées sur elle.
Elle glisse jusqu'au centre de la patine noire.
Elle sourit, lève ses bras, et tourne son visage vers les projecteurs.
C'est parti.
Surya s'élance.
T'as une fusée, t'as une bombe.
La comète va conquérir le monde.
Sur la glace, Suryabon Ali défilé le loi de la gravité.
Elle est une raine, elle est puissante, son corps peu tôt.
Entraîné, musclé, il la propulse en avant, en arrière, dans les aides.
Personne ne ressemble à Suryabon Ali.
Championne d'Europe, championne de France.
Première patineuse noire de notre pays, travailleuse à Charney.
À son époque, elle est la seule à réussir des quadres plus sauts.
Et le Bon Ali, ce fameux salto arrière, réceptionné.
Sur un seul pied.
Et dans le monde, si fermé du patinage artistique,
la tornado de Surya a-t-elle seulement une chance d'arriver jusqu'au sommet ?
Elle est la fougue, elle est la force, elle met le feu à la glace.
Voici l'odyssée de Suryabon Ali, le génie, la révolution du patin.
Les collines qui entourent la ville de Nice, dans le sud de la France,
sont couvertes de mimosa, de violette et de genèvrier.
George et Suryabon Ali assis sur un gros tas de pierres, regardent l'horizon.
Ouais, le terrain est magnifique. Mais pétard la maison, on a du boulot.
Une maison ? Euh...
Parle plutôt d'une belle ruine, oui.
Le couple vient d'acheter une vieille ferme, franchement délabrée.
On va construire les murs de nous-mêmes, on fera du fromage,
on aura des chiens, des chats, des chèvres, des pans.
Et tiens ouais, une mangouste même !
À quelques mètres d'eux, leur fille, Surya, trois ans, enchaîne les roulades.
Oh purée, elle a la pêche !
Surya, en languine dit, ça veut dire le soleil.
Depuis que le couple a adopté la petite il y a deux ans, Suzanne ne la quitte plus.
On ne sait pas rencontrer toutes les deux pour que je laisse quelqu'un d'autre s'occuper de toi.
Professeur de sport au collège, lorsqu'elle accompagne ses élèves à la patine mort de Nice,
Surya fait toujours partie du voyage.
À deux ans, chaussée de mini-pâtes, elle s'élance sur la glace !
Surya grandit.
Elle ne va pas à l'école, ses parents s'occupent de son éducation.
Elle apprend la flûte, les maths, le français, l'anglais et pratique tous les sports.
Escrit, danse classique, plongeau, pâtes, gymnastique, trampoline et timbling,
une discipline particulièrement impressionnante qui demande aux gymnastes d'enchaîner une série de vies acrobaties à toute allure.
Faut avoir le coeur bien accroché !
Surya est extrêmement douée.
Ce qu'elle préfère, c'est les sauts. Ça lui vient naturelement.
Elle enchaîne les demi, les vraies, les doublevrilles, les saltois avant, les saltois arrières.
Elle n'a jamais peur.
En 1984, Surya a 10 ans, c'est léger au divers de Sarajevo.
La petite, collée devant la télévision, suit les épreuves de pâquénage artistique.
La voici, la belle, la toillante, la charmante, la plus belle de tout.
La championne, Katarina Vitte, et non pas Katarina Lente.
Katarina Vitte, championne de rock, deux fois.
Fais son entrée sur la glace.
Elle enchaîne les figures majestueuses, merveilleuses.
Souda, elle s'élève dans les airs.
Elle tourne, une fois, deux fois.
Son double accès est magnifique.
Surya est fascinée.
Le lendemain, à la pâtinoire, elle décide de tenter le coup.
Pas facile cette affaire.
Elle essaie, une fois, deux fois, la troisième.
Elle se casse la cheville.
Réjeuta, un pied dans le plâtre.
Ouh, c'est ballot. Ça va, Surya ?
On va dire que c'est les risques du métier.
De mois plus tard, à Penormise, elle est de retour à la pâtinoire de Nice.
Mais zut, comme les toilettes, elle est occupée.
Pourquoi tu regardes en bas quand tu sautes ? Tu cherches les clés ?
Oula, bonjour l'ambiance.
L'équipe de France, en stage d'entraînement,
occupe la glace matin, midi et soir.
Suzanne, d'abord énervé, se ravise.
Hé, mais c'est une chance en or.
Elle convainc l'entraîneur, Didier Gaillaguet, de laisser sa fille s'exercer.
Surya, qui retrouve très vite son aisance, tente de nouveau en double accès.
Bingo ! Didier Gaillaguet est impressionné.
Elle est du genre acharné, cette petite.
Petit l'a laissé filer ?
Non, évidemment que non.
Surya et Suzanne suivent l'équipe de France, à Paris.
La vie est dure et surtout très chère.
Les premières semaines, elle dorme dans une camionnette,
garée devant la patinoire.
Elle se sert les dents.
Suzanne impose à sa fille une discipline de feu.
Surya sentrait, 7h par jour.
Très vite, elle se démarque.
Techniquement, c'est certain, elle est meilleure que toutes les autres patineuses.
Mais elle a aussi quelque chose en plus.
Un style, une personnalité.
Surya ne patine pas pour jouer les petites poupées.
Elle défie la glace, elle l'attaque, elle veut repousser les limites.
Et puis, elle mène une autre carrière.
Surya continue le tumbling et devient, à 13 ans, la numéro 1 mondial.
Alors forcément, ça fait des jaloux.
Surtout, près des patinoires.
Le patin est un sport de blanc et c'est un sport de riche.
Surya a la peau noire et une mère blanche,
qui ne porte pas de diamant mais de vieux pulons laine.
Dans les vestiaires, les moqueries pleuvent dans tous les sens.
Qu'est-ce que je dois faire pour me faire accepter ?
Changer ? Devenir blanche ?
Désormais, ce sera Surya et Suzanne contre le reste du monde.
Qu'importe si elle dérange.
Surya est un génie du patin.
Elle a 15 ans et déjà, elle enchaîne des combinaisons de saut extrêmement complexes.
Pour son entraîneur, Didier Kayage, ça ne fait aucun doute.
Elle peut aller très très loin.
Mais jusqu'où Didier ?
Avignon ?
Avec son Provence ?
Ou Ajaxion ?
Mais non, alors je parle des géos.
Mais oui, évidemment.
Et d'ailleurs, surprise, nous y sommes.
Surya a participé au Jouz en Apique, à Albertville, en Savoie.
Grâce à son programme court, elle est réussie à se classer.
Troisième.
Troisième au purée !
C'est génial !
Elle a une chance de monter sur le podium.
Enfin, tout dépend de la deuxième épreuve, son programme libre.
Surya a participé au Jouz en Apique, à Albertville, en Savoie.
Surya veut tenter un quadre plus haut.
Cela fait des mois qu'elle s'entraîne.
Et si elle réussit là, en compétition, elle sera la première au monde.
Elle marquera l'histoire.
Mais pour Didier Kayage, il n'en est pas question.
C'est les géos, on joue la sécurité.
Tu fais un triple, les triples tu arrives toujours.
C'est ça qui va t'apporter le bonze !
La sécurité ?
Susan n'aime pas ça.
On est là pour l'exploit, pas pour les médailles.
L'attention grimpe.
Qui va t'aller coûter ? Sa mère ou son entraîneur ?
Sur la glace, face au juge.
Surya tente le quadre plus haut.
Elle fait trois tours.
Mais n'arrive pas à terminer le dernier.
Destabilisé, elle manque de tomber.
Le podium lui échappe.
Elle finit cinquième.
La gêne patineuse continue.
Vaïkvaï.
Susan en train de désormais officiellement sa fille.
Et ça ne plaît pas à tout le monde.
Susan Bonali n'a pas de stratégie pour faire gagner sa fille.
Ah si, la faire sauter.
Et puis, Surya manque de grâce, elle est vraiment trop musclée.
De toute façon, elles sont incapables de se remettre en question.
Surya bon ! On me reproche mon niveau technique ?
Mais je suis obligé de faire plus que les autres.
Je dois sauter quatre, cinq, six fois par programme.
Sinon, ne me considère pas.
Évidemment, aucun juge d'en compétition n'oserait dire à Surya.
Vous comprenez mademoiselle, nous vous traitons différemment
en raison de votre couleur de peau.
Non, les préjugés sont sournois.
Ils avancent masqués, ils se faufilent un peu partout,
sans jamais dire leur nom.
La patineuse heureusement a un moral d'acier.
Les juges lui reprochent son manque de grâce.
Soit, Susan et Surya mettent le paquet sur son évolution artistique.
Surya répète avec une nouvelle chorégraphe
qui la pousse à travailler les expressions de son visage,
à exprimer ses émotions.
En 1994,
lorsqu'elle participe au championnat du monde
dans la ville de Shiba, au Japon,
elle casse la barrique.
Malgré quelques hésitations,
elle prouve sa maîtrise technique
et ses grandes qualités artistiques.
Le public, les journalistes ont le souffle coupé.
Surya a joué le jeu, elle a tout donné.
La patineuse a une seule concurrente,
la japonaise Yuka Satan.
Inconnu au bataillon,
elle réalise elle aussi un beau programme,
mais techniquement inférieur à celui de Surya.
Pourtant, c'est à elle que les juges discernent la médaille d'or.
Surya doit se contenter de l'argent.
Pourquoi ? Mais pourquoi ?
Quelque chose en elle se brise.
C'est trop injuste.
Lors de la cérémonie de remise des prix,
Surya, en larmes, refuse de monter sur le podium.
Devant la pression des organisateurs,
elle finit par s'exécuter.
Mais lorsqu'on lui passe la médaille autour du cou,
elle la retire aussitôt.
La patineuse a du cran.
Ces images font le tour du monde.
Surya ne jette pas l'éponge.
En 1998, au Jeux Olympique de Nagano,
elle est là.
Deux ans plus tôt,
suite à une terrible blessure,
un chirurgien lui annonce la fin de sa carrière.
Elle ne l'a pas crue.
Elle a été émarrée.
Elle s'est battue.
N'empêche, elle souffre le martyre.
C'est tes derniers géos, il faut tenir.
Tu pleuras après.
Surya commence son programme libre.
Elle s'élance, comme à Shiba,
sur les quatre saisons de Vivaldi.
Au bout d'une minute, la douleur est tellement forte
qu'elle n'arrive plus à contrôler son corps.
À chaque mouvement qu'elle a compris,
elle sent des centaines d'aiguilles s'enfoncer dans ses chevilles,
ses épaules, ses genoux.
Elle n'arrive pas à terminer ses quadres plus sceaux.
Elle tombe sur un trip.
Elle sait que c'est fichu.
Que faire, déclarer forfait ?
Hors de question.
Il faut quitter la scène avec panache.
Alors, juste avant de finir son programme,
elle le fait.
Le bonali, ce fameux salto arrière,
avec réception sur un seul pied.
C'est ce qui porte son nom,
car elle est la seule qui arrive à le faire.
Ce soit si dangereux qu'il est interdit en compétition.
Le public, ému, applaudi à tout le monde.
Souri à souris, radieuse.
Voilà, c'est comme ça que terminait une championne.
Elle a livré bataille jusqu'au bout,
elle a bravé l'interdit,
elle est entrée dans l'histoire.
Souri à bonali est l'une des plus grandes athlètes du monde.
Sa force, sa personnalité et sa technique exceptionnelle
ont bousculé l'histoire du bataille.
Elle a fait progresser le niveau mondial.
Mais malgré son immense talent,
à cause de sa couleur de peau,
il y a certaines médailles qu'elle n'a jamais pu décrocher.
Pionnière, elle a évoqué son nom.
Elle a ouvert la voie.
Elle est la force, elle est la fougue.
Elle a mis le feu à la glace.
Derrière cet épisode,
Il ya Fanny Bouillon, Alice Roy,
Basil Boccaire et moi,
leurs grands besançons.
Le patinage est une pratique extrêmement ancienne.
La preuve des archéologues ont retrouvé,
au nord-ouest de la Chine,
des pères de patins datant d'il y a environ 3 500 ans,
fabriqués avec des eaux d'animaux.
Les Odyssey est un podcast original de France Inter.
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