
"Le petit pois et la princesse", par Gaspard Koenig
Durée: 9m22s
Date de sortie: 10/04/2024
durée : 00:09:22 - Une histoire et... Oli - Gaspard Koenig est un philosophe et homme politique. Il est l'auteur de nombreux libre, dont "Humus" qui reçut le prix Jean Giono en 2023. Voici une histoire inédite de l'écrivain : "Le petit pois et la princesse".
Bonjour, je suis Gaspard Koenig et je vais vous raconter l'histoire du petit poids et de la princesse.
Ce n'est pas l'histoire de la princesse au petit poids.
Cette histoire-là, on l'a déjà raconté des milliers et des millions de fois.
On la connaît bien.
Une jeune princesse qui arrive toute trempée à la porte d'un château.
Un jeune prince qui en tombe amoureux.
Une vieille reine, vous l'en s'assurez que la jeune femme ait bien une princesse
en plaçant un petit poids sous une pile de matelas.
La princesse dort horriblement mal.
Sa peau, si sensible et donc bien royale, tout finit bien et éture beaucoup d'enfants.
Mais qui s'est intéressé à l'histoire du petit poids ?
Un petit poids qui n'était ni prince ni héros.
Un petit poids assez commun, avec un nom assez commun.
George.
Tourons, tout vert, avec une petite queue en houpette.
George avait grandi à l'étroit avec ses frères et sœurs dans une gousse bien serrée.
Ils étaient tout collés les uns aux autres et bavardés sans cesse.
La lumière était douce, filtrée à travers une épaisse pauvrette.
George voyait le monde en vert.
La vie était simple, calme et rassurante.
Mais George grossissait, grossissait et la chaleur devenait étouffante.
Cette situation ne pouvait pas durer.
Un jour, George entendit une voix de paysanes qui chantait en faisant la récolte.
La contine s'amplifia, s'amplifia, jusqu'à ce qu'elle fut interrompue par le sifflement d'une lame.
Voilà George et toute sa fratrie, arrachées au sol, ballotées, cul par de su tête.
Puis ils furent transportés sur un chemin caoteux, sous une pluie battante.
À l'arrivée, un ongle noir transperça la gousse.
George eut à peine le temps de dire adieu à ses frères et sœurs.
Il fut projeté dans une bassine avec des milliers de s'assemblables, tous aussi affolés.
George découvrit alors un spectacle d'horreur.
Par pleine poignée, les petits pois étaient lancés dans une marmite fumante.
Quel triste fin pensât-il.
Le moment fatal approchait et George s'était fait une raison.
C'est la nature, se disait-il.
Soudain, une servante ouvrit la porte de la cuisine.
« Oh la cuistot, il te reste des petits pois ? »
Demanda-t-elle avec précipitation.
« Je lui mets les derniers à bouillir, » répondit une voix d'homme.
« Madame, en voudrait un bien rond.
« Pourquoi ? Qu'est-ce que j'en sais ? Une de ses lubies ?
« Bien rond, bien rond, gromela le cuistot. Ils sont tous ronds.
Le cuisinier saisit les petits pois un à un.
Ils les examinaient sans conviction et les rejetaient dans la marmite.
George sentit un violent pincement. C'était son tour.
Il se tourna pour montrer son côté le plus lustré, le plus tendre, le plus délicatement arrondi.
« On fera l'affaire, » dit le cuistot.
George eut à peine le temps de jeter un dernier coup d'œil à ses amis
qui allaient bientôt faire le plongeon dans l'eau bouillante.
Il se sentait à la fois soulagé et honteux de les abandonner.
Il passa dans les mains de la servante, douce et pottelée.
Une nouvelle vie s'ouvrait devant lui, plus luxueuse, mais aussi plus tourmentée.
Soudain George fut surpris par une lumière venue d'immenses chandeliers.
Il distinga un couple plutôt âgé.
Puis la servante referma sa main sur lui.
Il se lova dans ce cocône, étendit l'oreille.
« Elle a l'air de plaire au fiston, » dit le vieux roi.
« Aller, si jolie, si intelligente !
Il faut d'abord savoir si c'est une princesse, » répondit la vieille reine d'une voix revêche.
« Mais on s'en fiche bien, princesse ou pas ? »
« C'est important ! » s'esclama la vieille reine.
« Notre fille s'a fait le tour du monde pour en trouver une vraie.
On ne va pas abandonner si près du but. »
« C'est ce qu'il t'a raconté. Il avait surtout envie de voir du pays.
« Quand tu m'as épousé, tu étais bien content que j'ai réussi l'épreuve, non ? »
Le vieux roi tout ça avait qu'en bara.
La vieille reine a peu-là la servante. « Donnez-le-moi ! »
Georges passa alors entre des doigts réches et qui sentait trop le parfum.
La vieille reine parcourit un long couloir, ouvrit une porte qui grinçait
et posa Georges sur un sommier en bois.
Puis elle empile là-dessus de lui 20 matelas et 20 aides-d'eau.
Georges étouffait. C'était pire que dans sa gousse.
« Si cette fille peut dormir avec ce machin rond et vert dans le dos, » dit la vieille reine.
« Alors ce n'est pas une vraie princesse ! »
Un machin rond et vert. Georges se sentit vexé.
Peu de temps après, il perçut à nouveau le même grincement de porte, suivi d'un bruit de baiser.
« Laisse-moi maintenant, sois sage ! »
Dit une voix de jeune femme.
Malgré la pression des matelas qui lui donnaient des vertiges, Georges se teinte en alerte.
Cette voix lui semblait familière.
Il entendit la jeune femme hauter ses chaussures pleines d'eau qui faisaient flock flock.
La jeune femme se mit à freudonner.
Georges demeurât stupéfait.
C'était la paysanne qui l'avait cueillie au début de cette folle journée.
Tous sauf une princesse.
Elle avait dû être surprise par l'orage et venir se réfugier au château.
Et voilà qu'à présent, elle était toute prête d'épouser le prince.
Georges la sentit escalader la pile de matelas en poufant.
Puis elle se tourna et se retourna sur son lit, tout excité par son aventure, avant de se calmer peu à peu.
Sa respiration devint lente et régulière.
Elle allait sombrer dans le sommeil.
Alors Georges se dit qu'il tenait l'occasion de se venger des insultes de la vieille reine.
D'autant qu'il se sentait une sympathie instinctive pour cette paysanne, comme lui une fille commune,
sans doute élevée dans une petite mesure avec une ribambelle de frères et sœurs.
Pourquoi ne pas lui donner une chance d'échapper à la fatalité ?
Georges se tortilla avec détermination pour réveiller la jeune femme.
Là-haut, il ne percevait plus un mouvement.
Il crut même entendre un début de ronflement.
Alors il rassembla ses forces et se débattit de plus belles.
Il sauta, poussa, glissar, roula.
Il aurait pu déplacer des montagnes.
Enfin, la jeune femme poussa un soupir agacé.
Mais qu'est-ce qu'il se passe sous ces matelas ?
C'était nerveux à la fin.
Je dormirais mieux sur de la paille.
En entendant ces mots, Georges cessa son agitation et s'endormit vite, épuisé et content.
Il ne fut réveillé que par une grande effervescence.
On préparait les festivités des noces.
Georges pensa qu'il avait été oublié,
qu'il allait se morfondre sous 20 matelas et 20 édredons jusqu'à la nuit des temps.
Après un long moment, il sentit un remous sur le sommier
et reconnut la main chaude et moite de la servante.
C'était la délivrance.
Elle le transporta délicatement jusqu'à une table en marbe.
Georges sursauta au contact de la pierre froide.
Il entendit quelques exclamations et applaudissements.
Ce fut la première fois qu'un petit poids devint rouge de plaisir.
Le lendemain, Georges fut placé dans un confortable écran au milieu du salon.
De là, il pouvait observer toute la journée le manège du jeune couple
et partager un peu de leur bonheur.
La nouvelle princesse venait le saluer chaque soir
comme pour lui rappeler leur secret.
Georges était fier de la jeune femme.
Sans rien perdre de sa simplicité,
elle avait pris de vraies allures de princesse.
Un soir, elle confiait à Georges que sa vie d'autrefois lui manquait,
à chanter et travailler toute la journée en plein air.
Sous prétexte de faire un peu d'exercice, elle partit régulièrement aider ses anciens camarades.
Elle convainc qui même le prince de l'accompagner.
Peu à peu, il y pris goût.
L'amusement de vingt-une habitude et l'habitude de vingt-une destinée.
Le prince et la princesse couchaient au château mais travaillaient dans les champs.
Finalement, la paysanne était devenue princesse et le prince était devenue paysan.
Sous le regard bienveillant de Georges,
il vécure heureux, hurre beaucoup d'enfants
et cultiver des milliers de milliers de petits pois.
Et voilà, l'histoire est finie et maintenant, Oli.
Non, une autre.
Oli est un podcast original de France en Terre.
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title
[{'term': 'Kids & Family', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]
Go somewhere
"Le petit galet gris qui rêvait de Tahiti", par Christophe Ono-dit-Biot