"Le petit galet gris qui rêvait de Tahiti", par Christophe Ono-dit-Biot

Durée: 11m19s

Date de sortie: 10/04/2024

durée : 00:11:19 - Une histoire et... Oli - Christophe Ono-dit-Biot est journaliste, écrivain, directeur adjoint de la rédaction du magazine "Le Point" où il est en charge de la rubrique Culture. Il nous raconte l'histoire du "Petit galet gris qui rêvait de Tahiti".

Bonjour je suis Christophe Onodibio et je vais vous raconter l'histoire du petit galégri qui rêvait de Tahiti.
Il était une fois un caillou, enfin mieux qu'un caillou, un galet, un joli petit galégri,
rond et plat, le galet idéal pour faire des ricochets. Ce galet vivait sur une plage,
une plage de galets, parmi les autres galets, allongés au pied d'une très haute falaise, tellement belle.
Mais notre galet, il s'en fichait complètement de la falaise, il la connaissait par coeur.
C'est même là qu'il habitait il y a très très longtemps.
Un jour, il s'en souvenait par coeur, il était tombé. C'était la tempête, les vagues avaient frappé tellement fort sur la falaise
qu'un morceau s'en était détaché avec lui dedans.
Enfin, à l'époque, il n'était pas encore un galet. Il n'était pas rond, il n'était pas plat, il était même coupant.
C'était ce qu'on appelle un silex, comme ceux que les hommes préhistoriques utilisés pour faire du feu en les frottant les uns contre les autres.
Ah, il s'en souvenait bien notre galet, qui donc, à l'époque, était un silex.
Ça avait été tellement génial d'être roulé dans les vagues pendant la tempête,
un peu comme se baigner dans une boisson pétillante, ou de descendre à fond un toboggan dans un parc aquatique
au moment où tu arrives en bas après avoir glissé super vite et que ça t'éclabousse et que tu ries aux éclats tellement c'est amusant.
Bon, notre petit galet, il ne connaissait ni les boissons pétillantes, ni les toboggans des parc aquatiques,
mais qu'est-ce qu'il adorait ça, cet écume toute mousseuse, où il s'amusait comme un petit fou ?
Car depuis, avec la marée, ça recommençait tous les jours et même plusieurs fois par jour.
Dès que la mer montait, les vagues lui faisaient d'abord un petit bisou mouillé, puis repartait, puis revenait
et à un moment elle le recouvrait tout entier et le roulait avec les autres galets.
Ils se frottaient et se cognaient les uns contre les autres dans l'eau salée en riant et qu'est-ce que c'était bien ?
Ils ne se faisaient pas mal car les silex comme les galets sont très solides,
mais en se frottant et en se cognant, ils devenaient de plus en plus ronds et de plus en plus plats, ils devenaient des galets.
Parfois, des petits poissons argentés passaient pour s'amuser avec eux car les galets et les poissons se comprennent parfaitement.
Il y avait un poulep aussi qui venait du fond de l'océan, il avait beaucoup voyagé et raconté plein d'histoires incroyables sur Tahiti.
Une île tropicale où le fond de la mer était de sable doré avec des patates de corail de toutes les couleurs,
des poissons péroquées arc-en-ciel, des merous verps-pommes aux lèvres pulpeuses et des muraines bleues à rayures jaunes
qui nageaient en nom du lan comme des rubans de gymnastique.
Le petit galet ne connaissait pas les rubans de gymnastique, le poulepe non plus d'ailleurs, il avait utilisé d'autres mots,
des mots de poulepe. Mais rien que d'imaginer toutes les couleurs de l'océan à Tahiti, ça le faisait rêver le petit galet tout gris.
Si seulement la mer pouvait l'emporter avec elle, au lieu de le laisser là, sur la plage avec les autres galets gris.
Tous uniques c'est vrai, mais quand même très gris.
Hélas, un jour arriva où la mer arrêta de monter jusqu'à lui.
Fini les jeux dans la mousse avec les copains, les poissons argentés, les histoires du poulepe, les humains arrivaient.
Ah les humains, ils étaient bruyants, ils riaient fort, parfois ils étalaient même leurs serviettes sur lui.
Mais ça ne le dérangeait pas notre petit galet, ça lui faisait de la distraction, surtout quand il y avait des enfants.
Ah les enfants, ils l'adoraient le parfum de chocolat de leur goûter, dont les miettes sucrées tombaient parfois sur lui,
et surtout leurs cris de joie quand ils ramassaient un galet plat comme lui et le lançaient dans la mer en essayant de le faire rebondir plusieurs fois sur la surface.
Ils faisaient des ricochets, et ils les entendaient crier notre galet.
Un, deux, trois, quatre, cinq, parfois six, sept et un jour huit, mais jamais plus que huit.
Alors que le record du monde de ricochet, les avait-ils entendu dire, était de quatre-vingt-dix ricochets.
Notre petit galet les regardait avec attention, très concentré pour voir comment il s'y prenait.
Car oui, les galets ont des yeux sous leurs paupières de pierre, mais il faut les observer longtemps pour les voir.
Jours après jour, année après année, notre galet savait parfaitement ricochet,
avec les meilleures techniques sans jamais avoir quitté sa place.
Ah s'il avait la chance de se retrouver dans la main d'un enfant assez doué en ricochet,
il ferait, il en était sûr, rond et plat comme il était, beaucoup mieux que six ou sept ricochets.
A condition d'être bien lancé, il enchaînerait les bons sur l'eau de toutes ses forces.
L'enfant battrait le record du monde, et lui, le petit galet, pourrait enfin finir par descendre au fond de l'océan
et aller voir enfin le corail multicolore, les poissons perroqués, les mer ou à lèvres pulpeuses
et l'ondulation en rubant de la muraine bleue.
Mais est-ce que c'était seulement possible de ricocher jusqu'à Tahiti ?
Hélas, les années passaient, et notre petit galet n'était jamais choisi.
Il faut dire qu'il y a des millions et des millions de galets sur une plage.
Alors pourquoi lui ?
Pour autant, il ne se décourageait pas à notre galet.
La nuit, il fermait ses yeux et se réfugiait dans ses rêves.
Parmi le corail et les poissons multicolores de Tahiti, et toujours, l'espoir renaissait dans son cœur de galet.
Il avait raison, car le jour qu'il attendait arriva, annoncé par le bruit d'un enfant qui courait sur les galets,
et puis soudain plus de bruit, juste une ombre, celle de l'enfant, penché sur lui.
« Regarde, papa, regarde, c'est le galet parfait pour faire des ricochets !
Notre galet se force à ne pas rougir pour ne pas effrayer l'enfant.
Et aussitôt, il se sentit soulevé dans les airs et emmené vers la mer.
Il sentait à nouveau les parfums de sel, diodes, dalgues, les parfums de son enfance.
Enfin, il avait été choisi et la mer était là, devant lui, belle et si calme.
Les conditions étaient parfaites et l'enfant le tenait bien serré entre son pouce et son index.
Un vrai champion. Notre galet le sentait. Il se sentit tiré vers l'arrière.
Paré pour le décollage, il pensa à tous les ricochets qu'il avait vu dans sa vie et se concentra.
Il n'eut pas besoin de respirer à fond, car les galets n'ont pas besoin de respirer,
mais il plissa les yeux dans le soleil quand il s'envola enfin.
La mer était si calme et il était si rapide qu'à peine avait-il frappé la surface qu'il reprit son envol.
Il rebondit une deuxième fois, puis une autre, une autre, encore une autre.
À chaque fois qu'il touchait la mer, il avait l'impression de reprendre des forces.
Quand il entendit l'enfant, qu'il lui parut très loin, crié,
« Neuf ! » il compris qu'il avait battu le record de la plage.
Quand il dépassa les quatre-vingt-dix ricochets, il su qu'il avait battu le record du monde.
Quand il atteignit les 500 ricochets, il réalisa qu'il était devenu le galet le plus rapide,
le plus bondissant, le plus ricocheur du monde.
Notre petit galet traversa des mers, des océans, de plus en plus chauds,
de plus en plus bleus, de plus en plus transparents.
Aux 4906 500e ricochets, ces forces commencent à manquer.
Et aux 4906 521e, ce qui correspond à 6771 km,
soit la distance exacte entre Etretat en Normandie d'où il était parti,
et l'île de Sainte Lucie, dans les Caraïbes où il arrivait,
s'est ricoché se rapprochèrent les uns des autres, et il sentit qu'il n'irait pas plus loin.
Devant lui, deux montagnes vertes de jungle flottaient sur une mer turquoise.
A leur pied des palmiers se balançaient dans la brise, plantés sur une plage de sable doré.
Notre petit galégrie n'avait peut-être pas atteint à Iti,
mais il su qu'il était arrivé à la fin de son voyage.
Aussi, après 4906 654 ricochets, il s'arrêta et se posa sur l'eau,
avant de se laisser couler tout doucement.
Quand il lui atteint le sable d'or,
et eu sous ses yeux de galets le spectacle sublime des coraux verts, mauves, rouges et jaunes,
des poissons châtevoyants qui semblaient volés tout autour comme des oiseaux,
éclairés par les rayons du soleil qui faisaient comme un ciel sous les vagues,
alors ce fut encore plus beau, plus coloré, plus grandiose, plus merveilleux,
que tout ce que notre petit galégrie rond et plat avait imaginé.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, Oli.
Non, une autre.
Oli est un podcast original de France Inter.

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Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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