"Mademoiselle Non-merci", par Joffrine Donnadieu

Durée: 10m44s

Date de sortie: 10/04/2024

durée : 00:10:44 - Une histoire et... Oli - Joffrine Donnadieu est romancière, ses deux romans mettent en scène une jeune fille, Romy, âgée d'une dizaine d'années. Ici l'écrivaine nous raconte l'histoire d'une autre petite fille, Lia, dans "Mademoiselle Non-merci"

Bonjour, je suis Joffrine de Nadieu et je vais vous raconter l'histoire de mademoiselle non-merci.
Dans un village bordé d'une forêt où les cimes des arbres chatouillent les nuages
où les truites violettes et les brochets turquoise dansent dans les rivières,
habitent la plus parfaite des fiettes.
L'IA surnommée mademoiselle Oui Merci.
Deux mots qu'elle répète sans cesse pour plaire à tous.
Jamais L'IA ne se met en colère.
Jamais elle ne contredit.
Jamais elle ne fait de caprice.
Oui merci, dit-elle quand on lui demande si elle veut des andives alors qu'elle déteste ça.
Oui merci quand elle accepte de danser la ronde avec un garçon qu'elle n'aime pas.
Oui merci quand on lui propose de pêcher des tétards ou chasser les libellules
qu'elle préfèreraient laisser en liberté.
Liberté, le plus joli mot pour l'IA.
Le L et le I.
Les premières lettres de son prénom sont aussi celles de liberté.
Mais Liya est-elle vraiment libre ?
Parents, amis, commerçants, instituteurs, tous s'accordent.
Aucune autre petite fille n'est aussi exquise que Liya.
Ses longs cheveux blonds comme ceux d'un ange sont toujours soyeux.
Aucune est gratinière sur sa peau.
Ces robes sont impeccablement repassées et ses bottines sirées.
Liya est adorable, polygénéreuse,
une enfant parfaite.
Elle distribue des sourires à chacun et prête ses jouets sans rechigner.
Elle sourit encore quand on les lui rend cassé.
Impossible de ne pas aimer Liya.
Bonne élève, elle aide ses camarades avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de patience.
A la danse ou au théâtre, on lui donne le premier rôle.
Chanteuse et pianiste, elle organise des concerts dans son jardin pour tout le village.
Elle ne refuse jamais un concours de row ou de paix.
Elle pourrait gagner, mais elle fait en sorte de laisser la victoire à d'autres.
Tout dans l'univers s'aligne pour que Liya conserve son titre de petite fille parfaite.
Elle ne se tâche jamais.
Si elle appuie trop fort sur le kétchop, la tâche la trouve si parfaite qu'elle s'envole sur son voisin.
Si elle saute dans les flacques, pas la moindre est que la bouchure.
Liya n'est jamais trompée, car le soleil se débrouille pour rester au-dessus de sa tête quand il pleut.
Parfois, elle court pour rattraper les nuages et sentir les gouttes sur son visage, mais le soleil est plus fort qu'elle.
Tout le monde envie la vie parfaite de Liya.
Pourtant, elle n'est pas heureuse.
Être parfaite, c'est accepter les contraintes.
C'est dire oui merci, oui merci.
En vérité, elle préfèrerait dire à Juliette et Léon qu'elle n'a pas envie de jouer à Chaperchée.
Elle aimerait refuser d'être coiffée par Gabriel.
Elle ne voudrait pas s'asseoir à côté de Paul qui copie sur elle.
Liya en a assez.
Elle est touffe dans sa vie parfaite.
Devant le miroir, elle s'entraîne à ne pas sourire, à froncer les sourcils et à haucher la tête pour dire non.
Hélas, son corps refuse d'obéir.
Elle défait sa jolinate, mais ses cheveux ébouriffés se séparent aussitôt en trois mèches pour se retresser tout seul.
Ça gronde à l'intérieur, mais à l'extérieur, le sourire revient automatiquement.
Sa tannée bouche.
Un soir, dans son lit, Liya fait le serment de devenir imparfait.
Elle imagine tout ce qu'elle fera dès le lendemain et s'endort des images plein la tête.
Elle bouge dans tous les sens dans son sommeil.
Elle grimace, griffe son matelas et rugit.
Le lendemain matin, elle se réveille avec une sensation bizarre.
Pourquoi ses cheveux sont-ils en bataille ?
Pourquoi ses pieds sont sur son oreiller et que fait sa tête à la place des pieds ?
Oh, ça sent le rocfort ! Liya retient sa respiration.
Quelle horrible odeur !
D'habitude, les pieds de la fillette parfaites sentent la rose ou la vanille.
Des larmes coulent sur ses joues.
Elle a mal au dos.
Quelle est cette gêne qui l'empêche de s'asseoir ?
Elle roule sur le côté et tombe du lit.
Etourdi, elle s'observe dans le miroir.
Sa bouche ne sourit plus.
Son souhait aurait-il été exaucée ?
Liya regarde son profil et pousse un cri.
En bas de son dos, une queue de lions a transpercé son pyjama.
Elle n'est sûrement pas bien réveillée.
Elle tire dessus, l'écrase.
Impossible de s'en défaire, cette queue de lions a poussé pendant la nuit.
Elle balaye tout sur son passage.
Elle casse la maison de poupée, renverse les livres de la bibliothèque, brise la lampe de chevet.
Sa chambre ne ressemble plus du tout à celle d'une fillette parfaite.
Liya, bondie sur son lit, elle a une énergie de lionne.
Une lionne ?
Dans le mot lionne, il y a le L et le I2.
Liya est de liberté.
Elle rugit de plaisir.
Le petit-déjeuner est prêt !
Lance sa maman en bas des escaliers.
Vite ! Liya enfile sa robe arc-en-ciel pour dissimuler sa queue de lions.
Hélas, elle est très grande, elle dépasse de sous la robe.
Pire, quand elle bouge, elle la soulève.
Liya ne peut pas sortir comme cela.
Soudain, elle a une idée.
Et si elle la transformait en un déguisement ?
Elle attrape un tube de glu, colle des paillettes et des plumes sur toute la longueur.
Décorée de la sorte, elle ressemble à une traîne de princesse.
Le monde n'y verra que du feu.
Sa maman la regarde d'un drôle d'air.
Tu comptes porter cette tenue carnaval pour aller à l'école ?
Tu ressembles à un clown.
Trop occupé à lapper son chocolat chaud. Liya grogne.
Sa maman la gronde.
Où sont passées tes bonnes manières ? Liya !
Sur le chemin de l'école, Liya saute à cœur joie dans les flaques.
Sa belle robe est toute tachée.
Enfin sale !
Elle s'égratigne sur les rondins en bois.
Ému, elle embrasse sa première cicatrice.
En classe, elle reste debout.
Peux-tu t'asseoir à ta place, Liya ?
Insiste l'instituteur.
Non merci, rugilia.
Ces camarades sont interloqués.
Que se passe-t-il ?
Hé, tu me montres ton dessin ?
Je suis chute-polle.
Non merci, souffle Liya.
Hé, tu viens jouer à Chapearché ?
Lance en cœur Juliette et Léon.
Non merci !
Laisse-moi te coiffer, supplie Gabriel.
Non merci !
Non merci, non merci, non merci !
Quel bonheur de dire non merci !
Épuisée par cette matinée, Liya s'assoupie et s'écroule sur la table.
Sa queue de lions, décorée de paillettes et de plumes,
n'en fait qu'à sa tête.
Algifle Paule s'amuse à chatouiller Alice et Thomas si devant,
et elle vole le stylo de Phara.
La queue de lions danse dans les airs.
Paillettes et plumes s'envolent, retombe sur les enfants ravis.
L'instituteur s'énerve, exige le silence.
Rien n'y fait.
Les élèves profitent du spectacle.
Ils adorent Liya la Lion,
l'imparfait qui ne fait pas comme tout le monde.
Ah !
À la sortie de l'école, sa maman ne sait pas quoi faire avec cette queue de lions.
Elle emmène sa fille chez le médecin.
Docteur,
ma Liya si parfaite s'est transformée en Lion.
Est-ce grave ?
Non madame, rien de plus normal.
Les vertèbres au terminal qui forment son coxis
se sont développés en queue de lions.
C'est fréquent chez les enfants
qui se fichent du regard des autres
et n'en font qu'à leur tête.
Dites-vous que c'est une chance pour Liya
de pouvoir ainsi affirmer son indépendance.
Aujourd'hui, Liya se consacre à la peinture.
Elle peint à l'aide de sa queue de lions
avec une grande liberté.
Le monde entier se déplace pour découvrir ses chef-d'œuvre.
Dans sa classe, elle a inspiré ses camarades.
Un matin, Juliette et Léon sont arrivés
avec chacun une queue de lésard.
Depuis, ils sont imbattables à chapercher.
Ils s'accrochent au mule.
Quant à Gabriel, c'est une queue de pan
qui a poussé dans la nuit de mercredi à jeudi dernier.
Désormais, elles ne coiffent plus Liya,
mais Li se chaque jour s'amagnifique que aux ocelles et tins slants.
Paul a découvert sa queue de singes pas plus tard qu'hier.
Ravi, il continue ses pittreries,
s'en sert pour grimper sur le tiel de la cour.
Et il ne manque pas d'idées.
À qui le tour demain ?
Toi aussi, tu te demandes si tu as une queue et de quel animal ?
Un requin, un kangourou, un écureuil, une pille ?
Demande à ta maman de te montrer une photo de toi dans son ventre.
Tu verras que tu en possédais une.
Tu es un petit animal, mais tu caches bien ton jeu.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, Oli !
Non, une autre !
Oli est un podcast original de France Inter.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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