
Les Odyssées des musées d'Orsay et de l'Orangerie 3/5 : Degas-Manet : Le clash
Durée: 15m49s
Date de sortie: 16/04/2024
durée : 00:15:49 - Les Odyssées - par : Laure Grandbesançon. - Amis ou rivaux, Edouard Manet et Edgard Degas s'observent, s'admirent, se jalousent, se fâchent ! Compétition ! Imitation ! Exaltation ! Création ! Et en toile de fond, Paris en plein chantier sous l’impulsion de Napoléon III.
C'est une époque qui fait du bruit. Plein de machines et de charbon, de musique et de spectacles.
C'est à la fois la meilleure et peut-être la pire.
On s'étend là. Les hommes rêvent de progrès et font pousser des usines.
C'est la révolution industrielle, l'heure de la modernité à sonner.
Depuis 1852, la France est un empire, le second empire.
Et par dit, Napoléon III voit les choses en grand.
Parie doit devenir la capitale de l'univers.
Détruiser, construiser, envoyer du pâté. Je veux du rêve.
La capitale se transforme, grandit et attire.
Des végiteurs venus des quatre coins du monde débarquent pour succomber à tous ces délics.
L'opéra, le champagne, les artistes, les Français et leurs joies de vivre.
Derrière ce qui brille, l'ombre est souvent immense.
À côté des faits sonctueuses, péniblement vivotent les pauvres gens.
Alors, alors, qui aura le courage de saisir la réalité en face ?
Devoir la joie et la mélancolie, les plaisirs mais aussi la misère.
À la poursuite de la vérité de l'art, de peintre se cherche et se bouscule à travers le brouillard.
You, you, deux gars, deux gars, c'est vous ?
Amis, mais également rivaux, Edouard Manet et Edgar Degas s'observent, s'admirent, se jalousent, se fâchent.
Compétition, imitation, exaltation, création.
Qui lui craint, l'histoire de l'art est aussi une affaire de Dieu.
Au coeur de la vie moderne, voici l'odyssée d'Edouard Manet et Edgar Degas,
deux higoto au caractère bien trempé, deux amis parfois aussi brouillés qu'aux désheux.
Nous sommes au début des années 1860, au Musée du Louvre, à Paris.
Il y a foule dans les salles de peinture.
Tous les jeunes artistes viennent ici s'exercer en copiant les illustres peintres du passé.
Concentrés comme du ketchup, un jeune homme brun, le regard ténébreux,
tente de reproduire sur une plaque de cuivre, une toile de velasquez, un grand peintre espagnol,
des arts de la vie moderne, des arts de la vie moderne,
des années 1600.
Un autre zig s'approche, d'Andy Thierry à quatre épargnes,
la barbe qui frise et l'aïriat.
Graver sans dessin préparatoire ?
Ah ben mon gaillard, je mange mon chapeau si vous y arrivez.
Et pourtant j'ai pas faim, je viens de déjeuner.
Manet a-t-il souffert d'indigestion ce jour-là ?
Sur ce point, la légende reste silencieuse.
Edgar et Edouard en tout cas ne se sont plus quittés.
Oui, bon, j'exagère. Disons qu'il commence à se fréquenter.
Mais à deux années d'intervalle, dans deux familles largement fortunées,
il porte des vestes de velours et se retrouve souvent dans les mêmes dîners.
Tiens, vous ici, chez Père de Maurizot, incroyable.
Mais c'est vous qui me l'avez présenté.
Oui, c'est vrai, c'est moi.
Edouard Manet.
Et de jambon en aioli, tu le sais bien. C'est ainsi que Grandi l'amitié.
Ces deux gaillards sont pourtant bien différents.
Manet, toujours à l'aise, charmeur comme un diable, pourrait séduire une armoire.
Oh oui, je crois qu'elle est séduite.
De Ga, aussi sauvage qu'un samon de révielles, vite enfermée dans sa peinture.
Comme un nez, oui.
De Ga Bougain.
Ces deux-là sont comme le tonnerre et le ciel bleu,
ou bien comme une mouffe à côté d'une paire de palmes.
En théorie, ça ne va pas sur les mêmes cartes postales.
Et contre toute attente.
Youhou, ça fait des étincelles.
C'est peut-être qu'ils reconnaissent un je ne sais quoi lancer l'autre,
un éclat d'eugénie qui apparaît dans un coin de l'œil.
Ou bien une façon de se dire mystérieusement dans le silence.
Toi et moi, mon coco, nous allons prévolutionner la peinture.
Tout ceci, bien sûr, n'est que suppositois.
Heu, suppositions.
Manet et De Ga observent leur époque.
Ils plongent leur regard dans l'ancien.
Mamamia, y a affaire, y a voie.
Notre capital, au milieu des années 1800, c'est un peu la folie.
Les parisiens courent les divertissements et s'enivrent de l'oisir.
Le soir, le samedi, le dimanche, nous serons café à la patinoire au théâtre,
à l'opéra, au cirque.
On va danser dans les balles populaires.
Pari, capital du plaisir, brille de mille feux, mais pas pour tout le monde.
Dans le centre, le bar ou en semaine fait construire d'immenses avenues,
bordées des végans immables, qui traversent la ville de part en part,
en faisant entrer l'air et le soleil.
Moi, empereur de France, je vous dis bravo.
Bravo, monsieur le préfet.
Y a pas à dire, ça en jette.
Par contre, tous ces clopinards qui traînent à sang à yon,
ça fait un cheveu face aux visiteurs.
Voilà, c'est décidé.
J'interdis l'amendicité.
Bingo ! Tout ce que la bourgeoisie ne veut pas voir,
tout ce que la société rejette, tout ce qui gratte, qui dérange,
c'est précisément ça, que Manet a envie de montrer.
Manet, peint au chiffonnier buvord d'alcool,
les sans logis, les prostitués, les petits métiers à quelque chose.
Plus tard, De Ga peindra lui aussi des repasseuses et des lingères en plein travail.
Coïncidence ? Hmm, je ne crois pas.
Manet et De Ga s'intéressent au même sujet,
ce que l'un peint, l'autre a aussi tout envie de le représenter.
Mais, eh eh, en mieux ou d'une façon différente.
Ces coups de pinceau gelousés ici et là,
évidemment ce n'est pas du meilleur esprit,
mais c'est tout benaire pour l'histoire de l'art.
Manet et De Ga sont attirés par le monde du spectacle.
Le théâtre, l'opéra, le cabaret sont des lieux de fête,
ou la foule grise par la joie à par l'alcool,
perd un peu le contrôle.
Nos deux camarades peignent l'envers du décor.
Ils ne montrent pas le spectacle, mais s'écoulissent.
Lorsque les actrices, les danseuses,
baillent le corps à vachis, lorsque plus personne ne les regarde.
Ils décalent le point de vue, et ça, c'est absolument moderne.
Par contre, les regards en coin là, sur les jeunes filles,
ça les netement moins.
Le XIXe siècle est un siècle qui innove, et ça va vite.
On invente la locomotive à vapeur, la photographie,
l'empoule électrique, le cinéma.
Le mouvement, la vitesse, c'est fascinant.
Et pour l'observer, rien de mieux que les courses épiques.
Attention, ils y sont, trattif et sur la ligne de départ.
Il est dans l'étard, il est chaud, bruyant.
Trois, deux, un, c'est...
Manet et De Ga vont au course. C'est très à la mode.
Ils peignent les chevaux en train de bondir, et les joquets qui raclèrent des pâres.
Eh eh, on ne peut pas réussir à tous les coups.
Oula, attention !
Depuis le scandale de Satouale, le déjeuner sur l'herbe en 1863,
Manet est devenu célèbre.
Une femme nue entourée d'hommes en costume en train de pique-niquer.
Non mais, on est où là ?
Autour de lui, se réunit un groupe de peintres indépendants
parmi lesquels Claude Monet, Paul Cézanne, Gustave Caillbotte, Alfred Sisley,
Auguste Renoir, Berte Morizot, ou encore Frédéric Basile.
De Ga se joint à eux de temps en temps,
mais entre son caractère de cochon et ses remarques, trompés dans l'acide...
Moi, peindre en plein air, jamais.
Je trouve mon inspiration dans la vie, monsieur, pas dans la bouse !
Oui, ben... je n'ai pas toujours facile.
Tandis que de Ga, Bral, Manet, Brie, ceux qui ne les empêchent pas de se retrouver,
la preuve, ils posent l'un pour l'autre.
Enfin, si je peux me permettre, l'or, c'est surtout de Ga qui me peint.
Mais d'ailleurs, ce n'est pas toujours très très réussi.
C'est pas foufou quoi, c'est pas non plus qu'il a fait de mieux.
C'est une fin de soirée, en 1868, c'est la mère de Manet, après le dîner.
De Ga, invité comme chaque semaine, peint son ami.
Il ne le représente ni comme un denduie ni comme un artiste,
mais Ramolo sur un canapé, l'air ailleurs, peut-être en train de digérer.
A sa gauche, Suzanne, sa femme, Jodhu Piano.
La toile terminée, Manet s'approche.
Vous avez donc décidé de faire à Suzanne un double menton ?
Et son nez ? Son nez, là, c'est pour jouer de la trompette ?
Ah, je sais bien que Berthe Maurizio l'appelle la grosse Suzanne dans mon dos,
mais vous, de Ga, vous !
Quelques jours passent, Manet ne tient plus.
De rage, il saisit un canif et découpe le visage de sa femme.
Lorsqu'il découre sa toile tronçonnée, de Ga avec ses blessés par en claquant la porte.
Ouh ! Oh ! Puisé ! Mais il y a combien de portes dans cet appartement ?
Et c'est ainsi qu'éclate, une belle amitié.
Les tempêtes, hélas, ne font que commencer.
Le 19 juillet 1870, Napoléon III entre en guerre contre un royaume allemand qui s'appelle
la Prussia.
Parmi les peintres indépendants, les réactions sont différentes.
César, Pissarro et Monet décident de quitter Paris.
Il y a bien trop de choses à faire sur cette terre pour donner sa vie à la guerre.
Basile, Renoir, Degas et Manet restent pour défendre leurs pays.
Plus de pinceaux dans leur main, mais des arbres.
Ils combattent.
La guerre, féroce, effroyable, rapproche Manet et Degas.
Lorsque les procéres assiègent la capitale, ils sont ensemble dans le froid glacial, le
ventre vide près des canons.
Au cœur de la terreur.
Non mais la défense c'est pas comme ça qu'il faut l'organiser.
Ah purée.
Non mais, il se explique ?
Non, laissez-moi donner ma vie pour mon pays.
Ah non, moi d'abord.
Moi, moi, moi, moi, moi, moi.
C'est moi, Manet.
C'est moi.
Mais prouvez-vous d'ici.
Ah non mais ils sont pénibles.
Au début du mois de septembre, Napoléon III est fait prisonnier sur le champ de bataille.
C'est la fin du second empire.
Vive la République !
Oui, bon, le problème, c'est que la République capitule.
Et la défaite, le peuple de Paris est en travers de la gorge.
Les habitants prennent les arbres.
Cette insurrection qu'on appelle la commune dure 61 jours et se termine dans un pain de sang.
Remue par toutes ces horreurs, Manet et Degas ne sont plus tout à fait les mêmes.
Manet n'arrive plus à peindre.
Degas a été blessé aux yeux.
Et puis, ils ont perdu des amis.
Peu à peu, les peintres rentrent d'exil.
La vie artistique reprend son cours.
En 1874, les indépendants, fatigués de voir leurs peintures,
si nouvelles, si audacieuses, rejetés par le salon officiel,
décident d'organiser leur propre exposition.
À la surprise générale, Degas s'investit énormément.
Alors comme ça, Edgar, vous avez décidé de vous mêler à la bande finalement ?
Eh bien ma foi, oui.
D'abord je les aime bien, mon nez, renoir et surtout Berte Morizot.
Et puis, ce jury du salon, vraiment, je ne peux pas le sentir.
La reconnaissance, la gloire, je laisse ça à d'autres.
Au vanite, par exemple, n'est-ce pas Manet ?
Ah, je vois, il y a à nouveau de l'eau dans le gaz.
Manet a en effet refusé de prendre part à cette nouvelle aventure.
Alors franchement, je ne vois pas pourquoi j'irai montrer mes toiles dans la baraque d'à côté.
Eh oui, le salon, il y a expoise lui.
Et il est bien vrai qu'il cherche le succès et les honnêtes.
Les années passent. Manet est très malade, finit par mourir.
Le jour de son entherment, Monet et Degas sont là.
Ce qu'il ressentent, ou là, c'est difficile à imaginer.
Il perd un ami, un modèle, un rival, un compagnon de toute la vie.
Et ça, ma foi, ça fait beaucoup.
Degas poursuit seul ses aventures.
Toujours à la recherche du mouvement, il parle et danseuse de l'opéra.
Il s'intéresse à la photo, il fait de la sculpture, de la quarrel.
De la quarrel ? Avec de l'eau ?
Degas, attention au dégâts des eaux.
Dégâts, dégâts, dégâts des eaux.
Franchement, Laure, à un moment donné, il faut vous arrêter là.
Ah oui ? Eh ben, justement, je suis sur le point de terminer.
Edouard Manet et Edgar Degas, amis et rivaux, génie de la modernité,
immense peintre de la réalité, se sont observés, imitées et jalouseés.
Leur relation reste un véritable mystère.
Et personnellement, ça me voit, tant que le mystère produit de la beauté.
Derrière cet épisode, il y a Stéphane Touvenin, Cédric Dialot,
Marion Lollet, Fanny Le Roi, Hélodie Fiat, Clarisse Orne,
les équipes du Musée d'Orsay et moi, leurs grands besançons.
Le Musée d'Orsay
Manet et Degas n'ont pas seulement peint des courses épiques,
ou le pari du spectacle, mais également le quotidien de famille bourgeoise.
Si tu es de passage au Musée d'Orsay,
va jeter un oeil à la grande toile de Degas, qui s'appelle Portrait de Famille.
Tu verras, ouh là, ça ne respire pas le bonheur familial.
Les Odyssey des Musées d'Orsay et de l'Orangerie
est un podcast original de France en Terre.
Les infos glanées
Lesodyssées
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Les Odyssées des musées d'Orsay et de l'Orangerie 4/5 : Paul Durand Ruel, le fou de peinture !