#57 — 1978, cordée française à l’Everest, avec Pierre Mazeaud

Durée: 31m46s

Date de sortie: 29/06/2022

En 1978, l’alpiniste Pierre Mazeaud se lance dans une expédition à Katmandou. Son rêve ? Emmener la première cordée française au sommet de l’Everest. À l’époque, le toit du monde est sauvage et risquée. Outre son objectif, le chef d’expédition n’aura qu’une seule promesse ramener son équipe saine et sauve. 


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🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh en collaboration avec Nicolas Alberty, présenté par Clémence Hacquart, mis en musique par Nicolas de Ferran, mixé par Laurie Galligani, et monté par Chloé Wibaux en duo avec Capucine Lebot.

🤝 La saison 5 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

Plus de détails sur l'épisode :
En 1978, l’ancien ministre des sports et passionné de montagne Pierre Mazeaud embarque pour Katmandou, avec le rêve d’emmener la première cordée française au sommet de l’Everest.


À l’époque, le toit du monde est sauvage. L’expédition risquée. Sa marche d’approche longue et éreintante. Au-delà du défi physique et mental, Pierre Mazeaud veut faire vibrer les cœurs de tous ceux qui, longtemps, ont cru le chemin inaccessible.

Mais comment endosser les responsabilités d’un chef d’expédition ? De quoi ce sent-on investit lorsqu’il s’agit d’ouvrir la voie ? Comment promettre à l’équipe que l’on dirige un retour sain et sauf, lorsque le parcours lui-même a connu tant d’échecs ?

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pour les aventuriers et les aventuriers d'hier et de demain.
Columbia est fier de soutenir les baladeurs pour cette cinquième saison.
Les baladeurs,
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En 1978, l'ancien ministre des Sports est passionné de montagne Pierre Mazot,
embarque pour 4 mandous, avec le rêve d'emmener la première corde des françaises au sommet de l'Evreste.
A l'époque, le toit du monde est sauvage, l'expédition risquée.
Sa marche d'approche, longue et érintante.
Au-delà du défi physique et mental, Pierre Mazot veut faire vibrer les coeurs de tout ce qui longtemps,
on crue le chemin inaccessible.
Mais comment endosser les responsabilités d'un chef d'expédition ?
De quoi se sent-on investi lorsqu'il s'agit d'ouvrir la voie ?
Comment promettre à l'équipe que l'on dirige un retour saint et sauf,
lorsque le parcours lui-même a connu tant d'échecs ?
En atteignant cet objectif tant convoité, à 8 848 mètres au cœur de l'Imalaya,
Pierre Mazot a marqué l'histoire.
Elle aura retenu sa détermination, son caractère et plus que tout, son désir de liberté.
Les Vresse-78, c'est la suite d'une expédition à l'Evresse, également en 1971.
C'était une expédition internationale, qui était conduite d'ailleurs par Direnefort,
où il y avait des Anglais, des Américains, des Allemands, des Suisses, des Italiens et des Français.
En réalité, il y avait un expédition, un expédition, un expédition,
un expédition français. C'était moi-même, j'avais été sélectionné sur le plan international,
de même qu'il y avait un Italiens, je connaissais bien, qui était un ami avec qui j'étais d'ailleurs encorné,
pour aller à l'Evresse en 1971, c'était Carlo Mauri, un très grand alpiniste, décédé depuis longtemps déjà.
En 1971, nous n'avons pas réussi compte tenu de mauvaises conditions atmosphériques,
et par la suite, du décès d'un de nos camarades, qui était des Pakistanais, et qui était mort dans un mur de glace.
Ayant quitté donc en 1971, les Malayas, j'avais demandé aux autorités du Népal,
une autorisation pour conduire moi-même une expédition française à l'Evresse,
parce qu'on n'obtient pas des autorisations si facilement que vous pouvez le penser vous-même.
C'est difficile pour avoir ces autorisations, il faut les retenir longtemps à l'avance.
J'obtiens une autorisation pour 1975, mais je ne peux pas en bénéficier, parce que je suis au gouvernement, comme ministre d'Esport.
Je donne donc mon autorisation à une équipe de Chamonix qui voulait aller à l'Evresse par la Rête Sud-Ouest.
Ils n'ont pas réussi d'ailleurs trois sont morts, et je redemande une autorisation pour moi, quand je quitte le gouvernement, c'est 1978.
Je connaissais bien les autorités du Népal à l'époque, ils disent qu'il y a une autorisation qui est donnée déjà à l'Allemagne.
Il faudrait que vous vous entendiez entre allemand et français pour qu'il n'y ait qu'une autorisation globale.
J'ai donc vu mes amis allemands que je connaissais bien, les alpinistes et le chef d'expédition,
et on s'est entendu d'avoir une expédition globale franco-allemande pour aller à l'Evresse en 1978.
J'avais la chance de connaître les autorités du Népal, ce qui m'avait facilité les choses,
mais ce qui m'attirait, c'est ce qui attire tous les alpinistes pour aller à l'Evresse,
parce que c'est le plus haut sommet du monde.
On marquait s'il faut que je vous l'explique volontiers en disant que ça fait 8.848 mètres, et qu'il n'y a pas plus haut.
Alors tous les alpinistes, ils souhaitent un jour, si l'occasion l'aurait donnée, ils leur aient offert,
ils souhaitent évidemment aller au plus haut sommet du monde.
Et quand on aime la montagne, ça peut se concevoir, et ça doit se concevoir.
La difficulté pour la préparation, c'est d'abord de savoir quelles sont les gens qui vont avec vous.
Si vous êtes chef d'expédition, c'est un peu à vous à choisir.
Moi j'ai choisi Zézlamie avec qui j'avais grimper, notamment Jean-Fanacief, Nicolas Gégère,
et puis Séquinelle et 3 autres, Claude Dek et François S.
Donc c'était des amis avec Kavi, j'avais grimper dans les Alpes, dans les Dolomites,
c'est des garçons qui étaient d'excellentes alpinistes.
Donc on avait une bonne équipe.
En plus, des gens qui se connaissaient et qui s'estimaient, qui avaient grimper ensemble,
qui avaient fait toutes les grandes voies les Alpes ensemble, donc j'étais sûr un petit peu de la maîtrise.
Voilà, alors j'ai préparé cette expédition, j'ai trouvé les moyens qu'il me fallait,
en s'entendant d'ailleurs avec les Allemands, donc tout ça s'est très bien passé jusqu'à notre départ.
Alors ça c'est en juillet 1978, parce qu'à l'époque, on marchait à pied pratiquement de 4-4 mois doux jusqu'au camp de base,
c'était long, ça prenait un bon mois, mais c'était excellent pour la forme,
parce que moi-même, qui travaillais, j'enseignais le droit, en même temps je faisais de la politique,
j'étais député, etc. donc j'avais quand même pas mal de choses à faire.
Alors j'étais pas mécontent, comme mes camarades d'ailleurs, de faire un mois de marches à pied,
on monte, on descend, c'est tout le près Himalayas, avant la chaîne, pour nous c'était essentiel,
dans la mesure on allait pas encore en hélicoptère à Lucla, et ça a pris un mois de marches d'approche,
de fin juillet à fin août, mais les paysages valonais, etc. tout le près Himalayas entre Katmandu et Kumbu,
donc le camp de base de l'Evreste, c'est tout valonné, c'est très beau, alors il y a beaucoup de risières,
et puis on passe à un moment où il y a des forêts,
quand on passe sous les arbres, parce que Lionel Terrain, mon ami Lionel, qui était un des meilleurs paysages du monde,
il m'avait dit, il avait déjà été, il avait été à la Napurna, il avait déjà été au Maka'lu,
et il m'avait dit, Pierre, il faut que tu traces la tête,
mais tu es con que tu as raconté Lionel, et il y a des pierres, je te dis, tu verras les sensus.
Effectivement, je m'étais fait donc tendre, comme j'avais dit Lionel, et j'ai compris quand on est passé,
où il y avait encore des arbres et tout, au mois d'août, il y a énormément de sensus et elles tombent des arbres,
alors quand elles arrivent dans les cheveux, c'est en mérdant pour les trouver, parce qu'on saine sans arrêt,
alors il faut aller chercher avec une cigarette et les brûler, mais évidemment, il n'y a pas ce travail à faire sur le type qui n'a pas de cheveux,
c'est pour ça que j'étais content de m'être rasé, comme dit Lionel, et effectivement, je n'ai pas été trop blessé par les...
enfin pas blessé, il ne faut pas exagérer, mais pas touché par les sensus,
lesquels sont partout, vous les trouvez dans les gonaces, vous les trouvez partout.
Premier sentier abrupt, c'est la première étape faire Pékeo, 1 800 m.
Nous montons éparpillés, les uns dont je suis par manque d'entraînement, suant et soufflant,
les autres sans s'assétonner par la beauté du paysage, les derniers subissant les premières souffrances.
Mais tous, on ne parle de guerre pour s'économiser, perdu dans leurs pensées profondes,
chacun connaît ses gamberges personnels, on revoit en soi-même le passé, on imagine l'avenir,
on s'efforce par intuition, déjà, d'entrevoir le sommet, le retour, les amis.
Mais c'est vers le sommet, le toit du monde, que court le plus souvent nos réflexions.
Seuls les arrêts, les conversations avec les membres de l'équipe nous ramènent aux réalités,
nous arrachent à ces réflexions qui sont comme des rêves, ces mêmes rêves que l'on s'efforce parfois
de poursuivre quand, après le réveil, on s'endort à nouveau.
Non mais ça m'a été une marche d'approche très sympathique,
d'abord pour l'entraînement c'est excellent, parce qu'on monte, on descend sans arrêt dans des collines,
on prend de l'altitude peu à peu et puis finalement on a trappé, tout à fait, on touche le grand massif de l'Evreste.
Alors là, il n'y a plus d'arbre, il n'y a plus rien, et puis ça y est, on sait qu'on est à 2 jours de l'arrivée du Grand-Base
et on commence à voir l'Evreste derrière le Lot Cédnups, on aperçoit de loin, et on dit bon Dieu mais on a encore du chemin quoi.
Car il ne faut pas oublier quand même que le Grand-Base est assez haut,
puisqu'on n'est pas loin de, quand on arrive au Grand-Base, on n'est pas loin de 5 000 quoi.
Et puis on est arrivé, à la fin, si mes souvenirs sont bien exactes du mois d'août 1978,
vers le 24 août 1978, parce que je voulais arriver au Grand-Base pour mon anniversaire du 24 août.
C'est comme ça que je me souviens du 24 août 1978.
On s'est installé au Grand-Base, on l'avait choisi quelques cher pas qui m'avaient été recommandé d'ailleurs par d'autres garçons qui avaient été à l'Himalaya.
Oui, on avait pris pas mal de porteurs parce qu'on était très lourds, au point de vue de poids pour l'expédition,
parce qu'avec nous, il y avait des journalistes.
J'avais obtenu de mon ami Henri Marc, beaucoup d'argent, et Henri Marc était le patron de ce qui est devenu TF1.
C'était la seule chaîne télévision de l'époque, dans la mesure où je m'étais engagé à faire un film, qu'on l'a fait,
et vrai, 1978, mais il a fallu amener tout le matériel avec un certain nombre de journalistes.
Donc, cela exigeait un très grand nombre de porteurs qu'on avait engagés pour notre expédition à 4 mois d'août.
Au camp de base, on est en dessous de la grande cascade de glace, le kumbu, qui est juste devant nous à 200 mètres.
C'est sur un glacier où il y a beaucoup de cailloux et de glace, bien sûr.
Donc, c'est magnifique, comme endroit, nous étions, je répète, alors avec la télévision et tout,
enfin, les journalistes, on devait être une vingtaine au maximum, parce qu'il y avait les Allemands aussi.
Donc, on était chez nous, il n'y avait personne, quoi.
Pas de radio, pas de choses comme ça, parce qu'encore une fois, on n'avait pas de liaison.
La grande cascade de glace, le kumbu, ce n'est pas difficile techniquement, mais c'est très dangereux,
parce qu'il y a une chute de serrâques, des chutes de serrâques continuels,
parce que le glacier compte tenu des forces qui le poussent, le glacier de kumbu avance.
Et donc, vous faites une trace pour monter au camp 1, qui est au sommet de kumbu,
et puis, deux jours après, toutes vos traces ont disparu, parce qu'il y a eu des chutes de serrâques.
Le lendemain, alors que l'on distribue au Sherpa leurs matériels d'altitude,
Jean et Nicolas vont poursuivre la remontée de l'ice-fall.
Leur avancée est rapide, tant qu'ils suivent notre trace de la veille.
Ralentissement par la suite, où, à leur tour, ils cherchent le meilleur cheminement.
Mais qu'elle n'est pas ma surprise quand je les aperçois vers 13h sous le bec de Canard,
et que Jean, au Toki-Walki, nous indique qu'il est au sommet.
C'est l'embrassade générale, en deux jours, l'ice-fall est vaincu,
alors que Aston avait mis quatre jours en 1975,
et qu'en 1971, il nous avait fallu 18 jours.
Je me vois déjà installer le camp 1 dès le lendemain.
En réalité, ils sont encore loin du sommet de l'ice-fall.
Il nous faudra attendre le 2 septembre, soit encore cinq jours, pour installer le camp 1.
Nous avions choisi la voie la plus facile de l'Evreste, c'est-à-dire la voie dite classique,
voie par laquelle la première avait été faite par Hillary et Tenzing.
Depuis, il y a des nouvelles voies, évidemment, à l'Evreste, et notamment la face sud,
qui était assez difficile, mais surtout la face nord, nord-est,
qui a été ouverte par les Américains longtemps après, dans les années 1985,
est une voie très difficile. Bon, va pas, va pas.
On a équipé les Carolles-Evreste, c'est une longue aventure, surtout à cette époque.
Il n'y avait pas de corps de fixe, des choses comme ça.
On montait camp après camp, et nous avons monté 4 camps supérieurs pendant une durée assez longue,
à moins de demi, dans la mesure où on a eu des conditions atmosphériques très difficiles.
Sur le plan technique, ça ne pose pas de véritables problèmes,
mais on n'est pas à l'abri d'un très grand nombre de dangers externes,
parce que, compte tenu des mauvaises conditions atmosphériques, du mauvais temps,
il y avait beaucoup d'avalanches, et le glacier de Gumbou pose un certain nombre de problèmes techniques,
pas très difficile, mais il faut faire attention, pas tomber dans les crevasses,
éviter des chutes de serrac et surtout éviter les grandes avalanches
qui tombent dans la grande cuvette de Gumbou et qui viennent du Lotz et du Nupse,
qui sont des sommets qui entourent donc l'Evreste.
On avait des discussions effectivement pour le problème de la logistique,
en ce qui concerne Nécan, qui ferait le matériel, etc.
Mais c'était des copains, donc j'avais pas de problème.
Il arrivait que j'en gueule en disant,
« Oui, mais qui va porter ça, qu'est-ce qu'il... »
« Pauvre con, tout se passera bien, et puis c'est tout, tout s'est bien passé. »
Ma responsabilité, c'était que je voulais que tout le monde revienne.
La même chose, un engaie par bas, partout où j'ai été, au Géchard Brum,
dans toutes les expéitions que j'ai faites,
ma joie, c'est d'être revenu avec tout le monde, pas de malade, pas à rien.
C'est dans ça que je me sentais responsable.
Le reste, on était copains.
Alors je dis pas quand on prenait une décision, d'accord,
puis il vaut mieux passer peut-être plus à gauche des grands Serracs.
Bon, s'il y en a un qui passait plus à droite,
parce qu'il avait trouvé tant au pied des grands Serracs
qu'il allait mieux passer à droite,
il passait à droite et puis on s'en gueulait pas, on rigolait.
On avait des talki-walki de camp à camp, ça marchait,
enfin c'était des gros téléphones, des machins comme ça.
Alors ça, on avait, puis moi-même,
j'y tenais parce que j'étais particulièrement en forme,
trop mieux, enfin je pourrais pas être prétentieux,
mais j'ai pratiquement posé tous les camps d'altitude.
Alors donc, on se téléphone, on est bloqués dans un temps,
on est restés près du huit jours au camp 2,
qui est en dessous donc des grandes pentes terminales de l'Evrest,
compte tenu des mauvaises conditions,
on pouvait pas redescendre par crainte des avalanches
et on pouvait pas monter compte tenu du mauvais temps.
Le 23, nous montons à 4, Kurt, Hubert, Nicolas et moi-même au camp 3.
La nuit est froide, nous sommes parfois essoufflés,
trop de réveil pénible.
Le 25, alors que Nicolas redescend rejoindre Jean,
qui se trouve depuis hier au camp de base,
nous atteignons Kurt, Hubert et moi,
enfin l'emplacement du camp 4.
Nous sommes exténués,
les dernières longueurs ont été rendues très difficiles
par l'abondance des chutes de neige
et le vent qui s'ingle et nous oblige à nous coucher contre la pente.
Pour la première fois depuis le début de l'expédition,
nous avons vraiment froid.
Le mardi 27, je rejoins avec Hubert et Kurt le camp de base,
alors que nous nous sommes reposés au camp 2 toute la journée du 26,
attendant la confirmation de l'installation du camp 4.
Descendons la joie, on se sent bien,
j'ai passé 17 jours en altitude
et retrouver l'oxygène au fur et à mesure de notre approche du camp de base
est un plaisir divin.
Il fait beau, nous sommes heureux et l'on reprend confiance.
Quelques jours de repos
et ce sera notre premier séjour au camp de base.
Nous remontrons ensuite, nous arrêtons à chaque camp.
Il nous restera à équiper le 6e et dernier camp
et à gagner le sommet.
Alors on a mis
près d'un mois à équiper
et nous avons atteint finalement
après quatre camps,
quand on a atteint ce qu'on appelle le col sud,
c'est-à-dire à 8000 mètres,
avec difficultés, non pas sur le plan technique,
encore une fois, mais des difficultés
contenues du temps et des conditions atmosphériques.
À tel point qu'on s'est posé la question de savoir
si on ne devait pas arrêter l'expédition,
parce qu'on n'avait naturellement pas de radios,
pour savoir quel temps il ferait,
à cette époque on était tout à fait seuls.
Alors on a décidé, avec nos amis allemands,
d'attendre au maximum et on se donnait le nombre de jours.
J'ai été souvent très seul et voulu être seul, d'ailleurs.
Et ça, c'est le temps de la réflexion
et puis on a le temps de savoir
est-ce que ça a bien marché hier,
est-ce que demain ça va marcher,
de se faire dans sa petite tête,
est-ce qu'on la voit quand on est au camp 2,
de la voir pour monter au col sud, etc.
Est-ce qu'on prend des jeunes voix,
est-ce qu'on passe à gauche ou à droite ?
Mais c'est une solitude, c'est vrai,
c'est tout l'expédition,
même si vous êtes entouré de camarades,
il y a quand même beaucoup de solitude.
On était comme dans les Alpes,
on faisait notre course, notre balade.
Quand on sentait un peu de fatigue,
ou n'importe quoi, on avait quand même
qu'elle déboutait de l'oxygène,
qu'on avait monté au col sud.
Parce que ça, Lionel Therré m'avait dit aussi, Pierre,
il m'avait dit ça parce que j'étais pas tout à fait jeune,
il faut quand même que tu ramènes de l'oxygène au col sud
parce que tu peux avoir de l'hec fatigué, et tout.
Mais quand on sentait fatigué,
on montait, on descendait,
on faisait un petit peu la cordée haut
et ça, c'était très bon pour la forme,
notamment pour l'oxygène
et pour habituer le corps
à ces difficultés.
Le type qui est fatigué,
il décide lui-même
et puis moi je disais, écoute,
tchik t'es fatigué, redescend,
et puis va te reposer deux jours au camp de base
et puis moi-même je le faisais aussi,
je suis descendu très souvent.
Et c'est bon parce que
vous habitez évidemment
aux pentes, aux difficultés techniques,
et encore une fois elles sont très faibles,
mais vous habitez, vous connaissez le chemin, etc.
ou vous refaites le chemin
parce que dans le glacier de Kumbu,
dans la chute de Kumbu,
ça peut changer tous les jours parce qu'il y a des chutes de serracs énormes,
c'est des maisons de six étages qui tombent,
alors ça faut enlérer toutes les traces
que vous aviez faites.
Et puis finalement,
on est remonté au col sud
et là après une véritable tempête au col sud,
on était debout dans la tente
pour qu'elle ne s'en vole pas,
on tenait le piquet central,
et puis on n'en dormait pas avec le bruit du vent,
parce que vraiment au col sud,
il y a des vents énormes,
il y a des vents qui vont jusqu'à 200,
d'ailleurs il y a parfois sur la rède terminal de l'Evres,
qui est un peu la seule difficulté technique
de la voie normale que nous avons prise,
j'avais un de mes amis anglais dont on ne m'échappe,
il s'est fait prendre sur la rède par le vent
et puis il a fait 3000 mètres de l'autre côté,
côté facéliste de l'Evres,
parce que là les vents sont terribles.
L'an demain matin vers 6 heures,
le vent se calme, un temps magnifique,
et c'est alors qu'on s'est équipé
pour monter donc les derniers 800 mètres
qui ne séparent du col sud au sommet de l'Evres,
le gérant de 900 mètres.
On est sorti de la tente,
on est partis,
et moi je suis parti avec Kurt Dimmerger,
et Jean-Avanasieff est parti avec Nicolas Gégère.
Ils étaient moins chargés que nous,
plus jeunes,
le berger avait mon âge.
Et ils allaient très vite,
jusqu'en dessous du sommet sud,
avant le sommet sommital,
là ils nous ont attendus un petit peu,
on est arrivés, mais on était lent
parce qu'on avait la matérielle de film.
C'était pas lourd,
c'était une petite caméra portataire qu'on porte,
mais enfin moi j'avais quand même une bouteille d'oxygène,
Dimmerger aussi,
puis on avait du matériel pour le film, etc.
Alors on était un peu plus chargés
que mes deux ailes,
en plus on avait 30 ans de plus que,
enfin 20, 50 plus que.
Sur l'arrête Hilarie,
c'était une époque où il a fait très mauvais,
donc beaucoup de neige.
Évidemment on enfoncait beaucoup dans cette arrête Hilarie,
mais les choses se sont bien passées.
Enfin quand on était à 8000,
après 8800, quand on était à l'Hilarie,
on regarde un peu à gauche et à droite,
on n'a pas le vertige, chère, mais enfin on n'a pas envie de tomber,
alors il faut faire attention.
On s'était encordés, Dimmerger et moi,
pour l'arrête Hilarie.
C'est une longue arrête, mais il y a un domaine,
comme un peu le sommet du Mont Blanc jusqu'au sommet,
du sommet du Mur Hilarie jusqu'au sommet des Révresses,
ça paraît assez long, bien sûr,
parce qu'on est un peu fatigué qu'on souffle,
mais ça doit faire 200 mètres au grand maximum.
On met un peu de temps là,
on sent la fatigue et on est en ville à arriver.
On va très lentement parce qu'on vient de faire le Mur Hilarie,
ça fait quand même de 8000 à 8800,
bon, on est un peu fatigué quoi.
Et puis alors l'angoisse,
on a envie d'aller au sommet vite, vite, vite,
puis on est arrivé pratiquement sous son sang.
La montée est effectivement difficile,
raide, verticale parfois.
La paroi de neige est entrecoupée
de bandes rocheuses de plus en plus délité,
mais retenue, il est vrai, par le gel.
Ces 150 mètres me paraissent longs.
J'avance toutefois comme enragée.
Je ne veux plus penser à l'impossibilité
pour moi de gagner le sommet.
Dans deux heures, je l'aurais atteint.
Rien ne peut me faire échouer.
J'avance pas à pas,
enfonçant parfois mon pioleau jusqu'à la pâne
pour m'assurer au mieux,
cramponnant avec le plus de précision possible,
étirant au maximum mon oxygène,
toujours réglé sur 3 litres min.
Bientôt, je sens la pente s'infléchir,
se coucher,
et je débouche alors sur l'Antecime,
à 8 760 mètres.
Neige soufflée, une bosse,
en dessous les derniers rochers.
La vue est fantastique,
mais mon anxiété, mon angoisse,
n'ont pas totalement disparu.
En face de moi, devant,
l'arrêt de Sommital.
Je me souviens des descriptions de Hillary
et de tous ceux qui ont fait le sommet,
de Doug Scott.
À ma gauche, je vois le couloir
et les grandes traversées qui dominent la face sud.
Itineraires empruntées en 1975
par les Anglais.
Tout en bas, le Kung-Boo,
la Kung-West, et nos amis du camp 2
qui cherchent à nous apercevoir.
J'éprouve une sorte de béatitude.
Pourtant, il me faut encore poursuivre,
rejoindre Nicolas et Jean
qui entament l'arrêt de Sommital.
Trêtre, difficile.
Je descends quelques mètres,
mais sois alors sur une sorte de petit collet,
celle neigeuse en forme de balcon,
le plus haut du monde.
J'attendrai Kurt.
Je me sens bien, calme.
J'ai seulement hâte d'en finir.
On a eu les conditions les plus extraordinaires.
Pas de vent, pas de froid,
il devait faire, je sais pas,
moins 2, moins 3 degrés,
et ce qui est assez étonnant.
Donc on a été un peu payés
des emmerdes qu'on a connues
pendant les mois qui ont précédé.
On était très contents
parce que c'était la première française
avec Affanatien et Nicolas Gégère,
et mon ami Kurt Dîmberger,
qui est un très grand alpiniste,
autrichien,
il a fait beaucoup de sommets de 8000,
et c'est lui qui faisait le film.
Parce que non seulement c'est un grand alpinisme,
enfin il a fait énormément de films
qui ont reçu des potes,
qui ont pris au festival de Trento.
Quand on arrive au sommet, on se retrouve,
on sert la paluche et puis on rigole,
comme des gosses.
Moi j'étais content,
j'avais d'ailleurs parlé à la radio
en rejoignant la grande base
et eux s'occupaient
de mettre ça sur France Inter.
J'avais dit que
on était très contents d'être arrivés au sommet
et que nous pensions,
bien sûr, à tous
que nos amis
qui étaient mort en montagne,
et notamment ceux qui étaient déjà mort
à l'Himalaya, et qu'on leur offrait notre course.
Moi je crois au vertu du courage,
je crois que je l'ai vainqué.
La vie vaut pas la peine
d'être les culs, si on te...
On ne fait pas
des choses avec joie, quoi.
Que ce soit le boulot,
enfin c'est pas toujours marrant, mais...
et les dérivatifs
par le sport,
ou pas...
jouer de la musique, ou...
Quand on y va,
on vient bien sûr de faire le sommet,
quoi, de réussir.
Ça dépend pas toujours de soi, d'ailleurs,
parce que ça dépend des conditions exceptionnelles
aussi du temps, et c'est sûr que
dans les Alpes
où déjà ça change très vite,
dans le massif du Mont Blanc,
merci, ça n'arrive pas dans les Dolomites,
parce qu'il n'y a pas de sommets en altitude,
enfin c'est les pibres rochers du monde.
Mais à l'Himalaya,
le temps peut changer des minutes à l'autre,
parler ventre est fort.
Faut mieux y croire, sinon c'est pas la peine d'y aller,
alors ça, oui.
Je n'ai pas fait la course pour vous donner un exemple.
J'ai fait la course
parce que j'avais été en 71, qu'on n'avait pas réussi.
Je voulais prendre un petit peu marrant
sur les vestes, et puis en plus,
c'était encore une fois la motivation
de tout le monde qui fait de la montagne,
il a envie d'aller au plus haut-sommet du monde.
Alors il y a d'abord tout ce qui a envie
d'aller au Mont Blanc, c'est la même motivation.
Bon alors, quand on arrive sur les contentes,
quand on est vieux comme moi, c'est des bons souvenirs
vers lesquels, dès le temps, on a une pensée.
Mais je veux dire que personnellement,
j'en ai beaucoup plus pour les amis
que j'ai perdu en Montaille,
quand j'en ai perdu beaucoup.
Et notamment,
sans le chier, on a écrit beaucoup là-dessus,
sur le freinet,
et que depuis la mort des types du freinet
auxquels je pense assez souvent,
mon véritable frère en Montaille,
mon ati est mort lui aussi,
sa belle-morte, enfin.
Alors je vois que dans ma génération en France,
je suis de ma génération, j'entends,
de l'époque où on grimpe
et à fond de l'eau, ce soir, je suis le seul qui reste.
Je trouve que la montagne, c'est le lieu de l'amitié.
Une fois, j'ai grimper avec des amis très chers,
comme bonhati, comme des maisons et tout,
et parmi les plus grands du monde, comme bonhati,
qui était un véritable frère pour moi.
Nous, on a fait notre petit boulot,
on l'était content comme des maumes heureux,
mais j'ai un souvenir merveilleux
de cette expédition,
malgré les conditions atmosphériques difficiles.
Mais j'ai été quand même la première expédition
qui amène les Français au sommet.
Les extraits que vous avez entendus dans cet épisode
sont issus de l'ouvrage
Évrestes 78
écrit par Pierre Mazot
éparu chez Paul Sain en 2018.
Merci à lui pour son précieux témoignage
et merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
Les Balladeurs est un podcast du magazine Les Ozzards.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fyrre
en collaboration avec Nicolas Alberti.
Il a été monté par Kloé Vibo
et Capucine Lebeau
et présenté par Clément Sacar.
La musique originale a été composée par Nicolas de Ferrand
et le mixage a été assuré par L'Ori Galigani.
On se retrouve dans 15 jours
pour une nouvelle aventure.
Alors à très bientôt.

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LesBaladeurs

Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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