Le cœur gros

Durée: 11m15s

Date de sortie: 24/01/2019

Sur l’île d’Énorm, la jeune Maïa, onze ans, subit les remarques permanentes des enfants et des habitants de son village à cause de son poids. Elle souffre de sa minceur et rêve d’être énorme pour être dans la norme.


Crédits

Les p'tites histoires est un podcast de Taleming

L'histoire a été écrite par Vero Cazot et est racontée par Arnaud Guillou

Mix : Abel Chéret

Générique : Benoît Nass

Illustration : Kness


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Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain, où les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forêts et océans promettant mis la aventure à pied ou à vélo.
Cet endroit rêvait c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en réservant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine était comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait.
Et, se risse sur le gâteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout
de la nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnB
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez à votre petit histoire.
Le cœur gros.
Maya vit depuis toujours sur l'île d'énorme, une île minuscule à l'extrême sud du Pôle
Nord.
C'est l'île la plus froide et la plus chaleureuse du monde.
Familles et amis y vivent en Autarcy, dans la plus parfaite harmonie.
Le bois est rare et utilisé avec parsimonie pour cuire le pain et les vieux focs en fin
de vie.
Qu'importe.
Même à moins 50 degrés, les énormes eaux ont toujours chaud grâce à leurs poils
aux jambes et à leurs graisses sur le dos.
La nature est bien faite et sur l'île d'énorme, tous les habitants sont plus gros et plus
beaux les uns que les autres.
Tous sauf Maya, qui malgré ses efforts depuis dix ans, reste aussi désespérément
mince qu'incurdant.
Maya est la fille unique des chefs de son village.
Son père, Maximus, est l'homme le plus respecté et le plus adulé de la communauté.
Avec ses 300 kilos de douceur et de gentillesse, toutes les femmes et les hommes qui le croisent
font de littéralement sous son charme.
Mais malgré son succès phénoménal, Maximus est toujours resté modeste et fidèle à
sa femme, Charlotte, une reine de beauté au rondeur et au bourlet inégalé qui a inspiré
tous les peintres et sculpteurs du quartier.
Maya fête aujourd'hui son onzième anniversaire.
Comme chaque année, son père lui a préparé son gâteau préféré.
Et comme chaque année, avant de souffler ses bougies, elle ferme les yeux et fait le même
vœu, celui de devenir aussi belle et grosse que sa mère.
Elle dévore son gâteau avec un appétit féroce et finit la part de tous ses invités qui,
un peu écœurés, lui ont mis leur chantilly de côté.
Ses parents la regardent avec un mélange d'admiration et d'inquiétude, se gaver
de biscuits et battre son record de calories.
Ils aiment leur fille comme elle est, mais souffrent en secret des regards de pitié que
son ventre plat et sa silhouette fluète inspirent aux autres.
Ils comprennent, autant qu'ils en ont peur, l'obsession de Maya de devenir énorme et
normal.
Car c'est ainsi, depuis la nuit des temps, sur l'île d'énorme, la norme est d'être
énorme.
Pour Maya, la gringalette, c'est à l'école que c'est le plus compliqué.
Tous les garçons et les filles de son âge sont, au minimum, bien enrobés.
Malgré leur bonté et leur largeur d'esprit, ces camarades ne peuvent s'empêcher de
se moquer d'elles.
Maya la brindille, Maya la crevette, Maya la lumette, Maya la musgule dont les élèves
les plus gros et donc les plus populaires ne font qu'une bouchée.
La plupart des enfants, même les plus intelligents, n'aiment pas ce qui est différent.
Et devinez les os sous la peau de Maya à pour eux quelque chose de répuniant.
Bien rassuré de faire partie de la majorité, ils la laissent à l'écart de leurs jeux
en espérant de jamais lui ressembler.
Maya ne le rend veut pas.
Elle se déteste encore plus que.
Elle rit de leur moquerie, les yeux humides et le cœur gonflé comme une éponge.
Avoir le cœur gros pour Maya, c'est déjà ça.
Alors elle prend bien garde de ne pas pleurer pour ne pas se délester de ce poids-là.
Elle regarde ces copains jouer de loin et les dessinant secrets.
Ils sont si bouts avec leurs courbes, leurs plis et leurs ondulations.
Leur fossettes sur le menton et celles nichées au creux de leurs joues lorsqu'ils sourient.
Leurs bras moelleux et potelés entre lesquels elle aimerait parfois se réfugier.
Leurs grâces aériennes lorsqu'ils se déplacent en sautillant sur la pointe des pieds.
Il faut savoir que sur l'île des normes, plus on est gros, plus on est léger.
Les adultes ne sont guère plus tendre avec Maya.
Ils la considèrent comme mal finie, un peu simple d'esprit.
Ils la jugent sur les apparences et ne remettent jamais en doute leurs a priori.
Pour eux, en toute logique, plus un corps est volumineux, plus le savoir peut s'y épanouir.
Maya respecte beaucoup ses professeurs.
Ils en imposent et connaissent tant de choses.
Elles les croient sur parole et n'intervient jamais en classe
pour résoudre un problème ou répondre à leurs questions.
À sa grande surprise, elle a pourtant souvent raison.
« C'est sans doute un coup de chance, se dit-elle.
Elle a si peu confiance en elle.
Si bien qu'à chaque examen, elle perd tous ses moyens.
Elle répond toujours le contraire de ce qu'elle pense,
multipliant les erreurs et confirmant ainsi les théories de ses instituteurs.
Partout où elle passe, Maya ne passe jamais inaperçue.
Elle fait pourtant de son mieux pour se fondre dans la masse.
Mais elle a beau bomber le torse de toutes ses forces,
rembourrer tous ses habits, gonfler son ventre et ses pommettes
jusqu'à se faire tourner la tête.
Ce n'est jamais assez pour ne pas se faire remarquer.
Avec leur corps bien comme il faut, les énormaux se croient tout permis
et déversent leurs conseils plein de pitié et de mépris.
« C'est pourtant bien, » dit-il pour se donner bonne conscience.
Manquer dans bon point est très mauvais pour la santé.
Le gras n'est pas là que pour faire joli.
C'est aussi une question de survie.
Le froid pourrait geler tes eaux et les briser en mille morceaux.
Ces phrases, Maya les lit et les entend 10 fois, 1000 fois par jour.
À l'école, dans la rue et dans les magazines,
elle les lit même dans les yeux de ceux qui restent silencieux.
Ces phrases résonnent dans sa tête jour et nuit,
l'empêche de dormir et lui coupe l'appétit.
En elle, la colère gronde, grossi, grossi.
Le dernier jour de la semaine, Maya doit se peser pour surveiller son poids.
Ce jour-là, elle met les bouchées doubles,
s'applique à manger les aliments les plus sucrés et les plus gras.
Elle fourre un dernier biscuit dans sa bouche
et monte le cœur battant sur les normes balances.
Celle-ci tremble à peine sous la légèreté de sa jeune invitée
et semble un peu contrariée d'être réveillée pour si peu.
La sentence se fait attendre, longtemps, insupportablement.
Privé de l'élan que seul un poids digne de ce nom peut lui donner,
l'aiguille du baisse personne peine à sortir de son sommeil
et se déplace tout doucement.
Après quelques secondes interminables,
l'aiguille s'arrête nette à la cinquantième barre du cadran.
Maya désespérée saute sur la balance
dans l'espoir de la faire avancer de quelques grammes,
mais l'aiguille refuse d'aller plus loin.
Son verdict est sans appel et le drame annoncé.
Un drame de 50 kg bien tassé.
Maya descende la balance, le morale à zéro.
Elle a perdu un demi-quilo.
Une goutte d'eau dans l'océan pour un énormal normal,
mais c'est la goutte de trop pour le cœur de Maya qui éclate un sanglot.
Plus rien ne peut retenir ses larmes.
Elle pleure des jours et des jours sans pouvoir s'arrêter.
Rien ne peut la consoler, ni la douceur de sa mère,
ni les gâteaux de son père.
Elle sent son cœur se vider, s'essorer,
s'alléger de l'itredo,
tellement de l'itredo qu'elle pourrait s'y noyer.
À l'école, une bonne moitié de la classe
commence à remarquer son absence et à s'en inquiéter.
Au début, ça leur manque juste de ne plus avoir personne à taquiner,
mais très vite, une tristesse inexplicable s'installe dans leur cœur.
La place vide que Maya occupait au fond de la classe
leur provoque une drôle de douleur.
Il n'entendait jamais sa voix,
mais il leur suffisait de se retourner vers elle pour se sentir exister.
Le regard doux est bienveillant qu'elle portait sur chacun d'eux
les rassurer et les valoriser.
Et tandis qu'il pointait du doigt ses défauts,
il les oublierait les leurs encore plus gros.
Sans se conserver, les camarades de Maya décident de lui rendre visite après les cours.
Dans la maison de la jeunée pleurée, c'est un défilé de fleurs et de chaleurs,
de sourires et de pardon.
Chacun promet de ne jamais, plus jamais se moquer du poids de Maya,
ni de celui de qui que ce soit.
Tous avouent à demi-maux qu'ils en ont aussi plein le dos de cette obligation
d'être toujours bien gros comme il faut.
Anuki, qui a toujours été à peine dans la moyenne, est le premier à se confier.
Tu n'imagines pas le nombre de bonbons et de tartines d'huile de foc
que je dois ingurgiter pour garder mes modestes rondeurs.
C'est un effort de tous les jours, manger et devenue une vraie corvée.
Après lui, toutes les langues se délient.
Je fais des régimes chaque été pour rester au top de mes formes.
À chaque fois, je repère deux fois plus de kilos que la fois précédente.
Et c'est quatre fois plus difficile de les récupérer.
Moi, je prends des complébots alimentaires pour grossir.
Ils me donnent mal au ventre et m'empêchent de dormir.
Moi, j'ai de la chance.
C'est réditaire.
Je fais de la rétention d'eau et je profite du moindre haricot.
La plus jolie fille de l'école prend à son tour la parole.
Mes parents se font opérer chaque année pour garder leur ventre
et leur cuise bien gonflée.
Un jour, moi aussi, je devrais y passer.
Maya réalise à quel point être dans la norme n'est facile pour personne.
Une fois ses amis partis, elle sèche sa dernière larme et sort de son lit.
« Ça suffit, » déclare-t-elle.
« Je suis en bonne santé.
J'ai de nouveaux amis.
Je ne suis pas la plus belle de la classe, non, mais je me suffis.
Vouloir ressembler aux autres et être au fatigueau.
Dorénavant, je tâcherai d'être moi, tout simplement. »
Elle se dirige droit vers le placard
et libère le grand miroir qu'elle avait enfermé.
Elle s'y regarde longuement et fait la paix avec chaque partie de son corps
en les dessinant au crayon à papier.
En les contemplant de plus près,
ses défauts deviennent des particularités qui la rendent unique
et font tout son charme.
Alors elle pose son crayon, des fronts se sont jolis fronts,
et se demande pardon.
À partir d'aujourd'hui, plus de balance ni de remontrance,
« Je prendrai soin de toi, c'est promis.
Tu seras ma meilleure amie. »
Fassael, son reflet dans le miroir,
la regarde droit dans les yeux et lui sourit enfin.
Maya sort de chez elle et rejoint les autres enfants en courant.
Jamais elle n'a senti ses pas plus légers qu'aujourd'hui.
Elle se déplace avec grâce en s'otillant sur la pointe des pieds.
Libérée de ses complexes, elle aussi semble presque volée.
C'était une petite histoire de Telny.
Écrite par Véran Cazo et raconté par Arnouguillou.
N'hésitez pas à nous laisser un commentaire sur Aitios,
ça nous fera vraiment plaisir.
Chaque je digne pour raconter une nouvelle histoire.
Alors pour ne pas la râquer, apprenez-vous au podcast
et pour les citizens,
vous pouvez juste y histoire à lire sur telny.com.
A la semaine prochaine !

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Crédits : cette p'tite histoire a été écrite par Mathieu Genelle. Racontée par Karine Texier et Arnaud Guillou. Mix: Celsian. Générique : Léa Chevrier. Illustration : Remi Leblond.

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