#61 — Les mille et une nuits noires, avec Isabel Del Real

Durée: 56m17s

Date de sortie: 22/02/2023

Il était une fois, une jeune Bretonne confinée qui rêvait d’ailleurs. Sans issue et sans moyen de transport, Isabel Del Real s’est alors fabriquée un vélo pour partir découvrir le monde. Ses mollets l’emmenèrent d’abord par les forêts enneigées du Massif Central, et ensuite vers l’Est, sur la route de la soie par les cols du Caucase, jusqu’à Téhéran. Mais si son rêve d’une vie de liberté se réalise le jour, la nuit devient alors un royaume aux 1001 visages, peuplé de cauchemars, d’angoisses et de peurs aux allures surnaturelles.

🧭 Abonnez-vous à la newsletter pour ne manquer aucun épisode →

🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart et mis en musique par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux, s'est assurée du montage et Antoine Martin du mixage.

🤝 La saison 6 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

Plus de détails sur l'épisode :

Il était une fois, le long de la côte sauvage d’une région battue par les vents, une jeune femme qui rêvait d’ailleurs. Bercée par les histoires de marins sur le retour et par les romans d’aventure des siècles passés, elle scrutait l’horizon en attendant son heure. Mais quand cette heure semblait enfin venue, un confinement a fermé les frontières de son pays, l’empêchant de prendre la mer.


Alors, Isabel Del Real s’est fabriquée un vélo pour partir par la route… depuis Plouër-sur-Rance, son petit village de Bretagne. En ligne de mire : les forêts enneigées du Massif Central, et ensuite, advienne que pourra. À la force des mollets, son voyage l’emmènera finalement vers l’Est, sur la route de la soie, des toits de Venise aux hauts cols du Caucase, pour finir en Iran à Téhéran, le pays des contes niché au pied du Mont Elbrouz.


Ce périple d’un an est l’occasion pour Isabel de découvrir le monde. Elle dîne chez des inconnus, vidange ses freins à l’huile d’olive et rencontre des compagnons avec qui faire un bout de chemin. Mais si son rêve d’une vie de liberté se réalise le jour, la tombée de la nuit révèle un tout autre univers. Un monde à part.


Entre chien et loup, le soleil laisse place aux branches qui craquent, aux abords de villes obscures et aux face-à-face inattendus. La nuit devient alors un royaume aux 1001 visages, peuplé de cauchemars insondables, d’angoisses éternelles et de peurs aux allures surnaturelles.

Rapprochez-vous de la nature avec Colombia.
La marque conçoit des vêtements, des chaussures et des accessoires
intégrants des technologies testées en conditions réelles
depuis plus de 80 ans.
Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner à nouveau les baladeurs
pour cette 6e saison.
Les baladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Leosers.
Rendez-vous sur notre site leosers.com
leos-t-h-e-r-s.com
pour découvrir notre magazine papier,
la carte méthode recto-verso pour organiser vos aventures en France
et tous nos autres formats.
Il était une fois, le long de la côte sauvage d'une région battue par les vents.
Une jeune femme qui rêvait d'ailleurs.
Bercée par les histoires de marins sur le retour
et par les romans d'aventure des siècles passés.
Elle scrutait l'horizon en attendant son heure.
Mais quand cette heure semblait enfin venue,
un confinement a fermé les frontières de son pays,
l'empêchant de prendre la mer.
Alors Isabelle Teller-Réal s'est fabriquée un vélo pour partir par la route,
depuis Plouère-sur-Rence, son petit village de Bretagne.
En ligne de myrrh, les forêts enneigées du massif central,
et ensuite, adviennent que pour A.
A la force des Molets, son voyage l'emmènera finalement vers l'est,
sur la route de la Soie, des toits de Venise au eau-colle du Coquaz
pour finir en Iran, à Téhéran, le pays des Comtes,
nichés au pied du mont Elborouz.
Ce périple d'un an est l'occasion pour Isabelle de découvrir le monde.
Elle digne chez des inconnus,
vidange ses freins à l'huile d'olive,
et rencontre des compagnons avec qui faire un bout de chenon.
Mais si son rêve d'une vie de liberté se réalise le jour,
la tombée de la nuit révèle un tout autre univers,
un monde à part.
Entre chien et loup, le soleil laisse place aux branches qui craquent,
aux abords de villes obscures et aux faces à phases inattendues.
La nuit devient alors un royaume au mille et un visage,
peuplé de cauchemars insondables, d'angoisses éternels
et de peur aux allures surnaturelles.
Je suis partie il y a deux ans maintenant
pour faire un voyage à vélo, aller vers l'Asie centrale.
Je voulais partir parce que j'habite au bord de la mer
et que beaucoup de personnes partent en bateau.
On a cette imaginaire qui est hyper développée et présent.
Et aussi parce que mes parents sont des voyageurs,
ils nous ont raconté plein d'histoires de voyage.
Tous les toponymes me font rêver quand je pense à des noms
comme le Pamir, des chaînes de montagne,
pas spécialement des noms de pays, juste des noms de villes.
Parfois je ne sais même pas dans quel pays elles sont,
mais ça me fait rêver, ça me transporte un peu dans un autre univers.
Et je voulais aller un peu à l'origine de ces mots,
juste aller voir, me promener.
J'étais en stage au secrétaire général de la mer
et tous les jours je traiterai en rapport avec nos espaces maritimes,
les espaces maritimes français.
Et depuis toujours, j'ai qu'une envie, c'est de partir.
Pour moi, c'est partir faire le tour du monde en bateau.
C'est vraiment mon rêve, un très beau bateau
avec des cabines en naka joue, des voiles blanches.
Et une des destinations qui me fait le plus envie,
c'est les îles de la désolation.
L'île Kerguelen, les îles Amsterdam, les îles Eparse.
J'ai très envie de partir dans les terres australes et en tartique française,
parce que c'est le Grand Sud, c'est les mers australes,
parce que c'est magnifique, parce que dès que je peux,
je les délivre en rapport avec ces endroits-là.
Et puis je lis souvent la longue route de Bernard Moitessier
et je vois que les terres australes et en tartique française
proposent des volontariats services civiques, bagages d'oiseaux.
Et je me dis, bon ben, ça y est, c'est mon moment.
J'ai rédigé une lettre de motivation, un CV.
Et je me dis, qu'est-ce que j'ai comme argument,
et je me dis, je vais tout mettre, tout n'importe quoi dans cette lettre
pour qu'il voie ma motivation.
Et je leur dis que j'ai des poules chez moi et que je les manipule.
Enfin, j'essaye de bien tourner ça,
mais évidemment, ils ne me prennent pas,
parce que c'est un service civique qui est très difficile d'accès.
Et donc, je ne peux pas aller dans les terres australes
et en tartique française.
Puisque je ne peux pas partir à la voile,
j'ai parti de chez moi par voie terrestre
et je vais aller voir jusqu'où je peux aller.
Et moi, ce que je veux, c'est partir loin.
Ce que je veux, c'est être toute seule dans les montagnes,
dans les forêts et voir ce qui se passe.
Et en réfléchissant, je me suis rappelée
que j'étais quand même très attirée par les imaginaires de la route,
de la soie, et les caravancers rails,
les voyages de Marco Polo.
Donc, c'était vraiment une grande route classique.
C'est un peu l'axe névralgique du Grand Continuant Eurasien.
Et je me suis dit, sur cet axe, je pourrais voir plein de choses.
Et c'est sûr que ça fait des milliers d'années
que des humains se baladent sur cette route,
soit pour des raisons commerciales, soit pour des raisons politiques.
Et j'aimerais bien me promener aussi là
et voir toutes ces montagnes dont on parle.
Et je me suis dit, j'ai parti à vélo.
Donc, j'ai construit un vélo à partir de pièces détachées
que j'ai trouvées sur Internet.
Et je suis partie à vélo.
Et à ce moment-là, c'était le pire moment pour partir
parce que toutes les frontières étaient fermées.
Mais pour moi, c'était urgent.
Je voulais être en chemin.
Je voulais être seule aussi.
J'avais vraiment envie d'être seule dans les montagnes
et d'avoir tout ce temps devant moi,
soit pour me poser, pour lire,
pour voir ce qui allait se passer,
vraiment laisser les choses arriver.
Et donc, c'est chouette aussi d'être obligé
de partir sans cadre, sans destination,
et de voir ce qui va se passer.
Avant de partir,
je ne communique pas trop
sur mes peurs
ni à mes amis, ni à mes proches.
Alors déjà, mes parents sont très inquiets,
même si c'est eux-mêmes des grands voyageurs.
Et je ne veux pas les inquieter plus.
Et puis mes amis, ils vont me répondre que
rien dit personne ne m'oblige à partir toute seule.
Mais ce qui m'angoisse le plus,
c'est la nuit.
Donc, dans tous les sens du terme.
C'est la nuit.

C'est la nuit que j'ai peur de partir.
C'est la nuit que je doute.
Et c'est de la nuit que j'ai peur.
Je ne sais pas où je vais dormir,
et je ne sais pas comment je vais trouver ou dormir.
Ça, c'est vraiment l'inconnu.
Et je me dis, mais je vais être là, en train de rouler.
Comment je choisis où m'arrêter.
Et ce que jusque-là, j'ai fait des longs grands donnets en montagne.
Mais c'est assez évident qu'on s'arrête dans les vallées.
C'est assez évident
que certaines personnes ont dormi à certains endroits
parce qu'il y a des petits abris en pierre.
Et donc, on a des indicateurs de où s'arrêter et dormir.
Mais là, au milieu des champs,
au milieu des forêts,
je ne sais pas où je serai,
et comment je vais trouver ou dormir.
Et ça, ça me fait très peur.
Et je me réveille toutes les nuits à peu près à la même heure,
avec la boule au ventre
et la gorge nouée.
Et je me dis, mais c'est complètement de la folie.
Je pourrais...
C'est partir toute seule.
C'est de la folie.
Je suis folle, c'est impossible.
Et très vite, je me dis,
on verra bien ce que ça va donner.
En quelques minutes, je me dis, bon,
c'est pas le moment de s'inquiéter,
j'y réfléchirai demain matin à être reposée et je me rendors.
Mais toutes les nuits, je me réveille.
Mais c'est pas une inquiétude habituelle,
c'est pas une inquiétude qui me suit le matin.
C'est vraiment...
C'est l'inquiétude du monde de la nuit.
Je pars en février 2020.
Je pars de Plouhersurance en Bretagne,
mon petit village.
Il vient d'avoir un épisode neigeux en Bretagne,
ce qui est assez rare.
Personne dans ma famille n'est très content que je parte.
Donc ils sont un peu inquiets, c'est normal.
Je pense qu'ils sont inquiets parce que je pars en hiver
et que je pars pendant le Covid.
Et que quand, à 18h,
je pose ma tante,
c'est pas juste du bivouac habituel,
c'est le couvre-feu.
Tout le monde est chez lui à 18h.
Personne n'est dans un bar, il n'y a pas de vie nocturne,
il y a moins de gens dehors que d'habitude.
Et donc ça, c'est aussi un sentiment...
Enfin, très vite,
quand on est seul, on se met à s'imaginer des choses,
on s'imagine où sont nos amis, ce qu'ils font.
Et là, ils sont tous chez eux, mes parents aussi.
Et il y a très peu de gens dehors.
Et les gens qui sont dehors, ils devraient pas être dehors.
Donc c'est un peu une situation...
un peu de clandestinité qui est un peu inhabituelle en France.
Et...
J'ai vraiment l'impression de vague abondée.
Et c'est juste lié à cette situation
qu'est le Covid et le couvre-feu.
Mon vélo, c'est un tout petit vélo bleu.
Très mignon que j'ai monté avec des amis.
Et il a beaucoup de problèmes.
Il a une petite musique, il a un petit bruit
qui agacerait beaucoup de monde.
Moi, je m'y suis habituée.
Il freine pas très bien, mais je l'aime beaucoup.
J'ai fait en sorte de pas avoir trop d'espace de stockage sur ce vélo.
Parce que étant très matérialiste,
je sais que si j'ai trop de place,
je vais prendre des paires de basket,
des pules dont j'ai pas besoin,
je ne sais pas ce que ça va me rendre content de les porter.
Et donc j'ai limité l'espace au strict nécessaire.
J'ai 2-3 t-shirts, un pull, un coup de vent,
un sac de couchage qui est tassé-tassé.
J'ai peut-être en espace de stockage une trentaine de litres
et en équipement, eau comprise, nourriture comprise,
pour plusieurs jours, une vingtaine de kilos.
Et ça, c'est pour un an.
Et j'ai amené des aquarelles et un peu de peintre, des affaires pour peindre.
Mais moi, je n'ai pas trop dessiné avant.
Dans les marges, je vais m'écailler un peu.
Mais j'ai quand même choisi de prendre un peu d'espace pour ça.
Au cas où, c'est-on jamais, je me mettais dessiné.
Et c'est comme ça que j'organisais mon vélo.
On m'appelle le sapin de Noël,
parce que j'ai des affaires qui pendent de partout,
parce qu'évidemment, je n'ai pas assez de place pour ranger mes affaires.
Je pars de Bretagne pour aller vers le sud de la France.
Et là, j'espère traverser les Alpes pour aller vers l'Italie
et pour aller ensuite dans les Balkans.
Je suis contente de partir de chez moi,
mais j'ai aussi envie d'aller dans les endroits que je ne connais pas
et je ne connais pas les Balkans.
Mais la France, je ne connais pas très bien non plus,
donc j'ai envie de prendre mon temps.
Et je passe donc par la Bretagne, par les canaux.
Et puis par la Creuse, le Limousin,
et j'arrive dans le Massif central.
Et à partir de là, je suis super contente,
parce que ça y est, je suis dans les montagnes,
il y a de la neige, je vois des animaux.
Je suis toute seule.
Quand je suis dans les montagnes, je me sens bien.
Même si je monte, même si c'est difficile,
ça, je l'oublie en deux secondes.
J'ai un itinéraire déjà sur ma carte,
ça s'appelle la Grande Traversée du Massif central.
C'est vraiment pour les VTT.
Pas du tout pour les Vélo de Voyages.
Mais ça m'est égal, je veux être le plus possible
à l'intérieur des forêts
et le plus proche de la ligne des Crètes.
Et tout se passe très bien.
Je suis dans les montagnes, je croise pas mal de petits villages,
où je trouve des fontaines, il y a peu de gens,
mais les gens sont tous très gentils.
Ça fait un moment que je suis dans les forêts
et que je trouve des endroits où dormir.
Et quand je roule sur les petites routes ambitie,
soit des petites routes de terre, je vois des panneaux partout,
la bête du Gévaudan, des loups dessinés sur la route.
Et je me marre.
Je me dis, ah, c'est vraiment marrant.
J'ai l'impression que c'est les vieilles légendes de ces pays-là.
C'est chouette tout le folle-cloir du Massif central.
Et en soir dans le Massif central,
après avoir roulé toute la journée
à l'envers des panneaux bêtes du Gévaudan,
je me pose dans une forêt.
Autour de moi, c'est beaucoup de pain,
c'est beaucoup de sapin.
Donc ils sont très, très verts.
Il y a de l'humidité, donc il y a des petites gouttes
au bout de chaque épine, c'est très joli.
Et très rapidement, la brume monte.
Depuis plusieurs jours, il y a de la brume,
donc parfois je vois pas à 5-6 mètres.
Parfois je vois que les piques des sapins,
donc le haut mais pas le bas.
Et parfois, de temps en temps, je vois les montagnes
qui apparaissent entre deux écharpes de brume,
mais c'est un peu une atmosphère flottante
si on rajoute en plus la nuit.
Souvent j'essaye de me cacher et de me mettre à la brie,
donc je me mets dans la bordure des forêts.
Et ce soir-là, j'ai pas vu de village
depuis un bon moment.
J'ai assez d'eau avec moi.
Donc je m'efforce pas de rouler plus loin
et je me pose.
Je monte ma tente, c'est mon rituel du soir.
Je m'assure qu'elle n'est pas trop de prise au vent,
que ce soit pas trop humide,
que je sois dans un endroit protégé, caché, abrité,
que je me sens en sécurité.
Mais quand on est seul, toute seule dans la montagne, dans la forêt,
quand le soleil se couche et qui commence à faire noir,
je commence à avoir peur.
Et je me dis, mais souvent je me dis qu'est-ce que je fais là en fait ?
C'est l'heure où je commence à douter de ma présence.
Toute la journée j'ai roulé, j'étais contente d'être dans les montagnes.
Je me posais aucune question.
Et le soir, entre chiens et loup, je doute.
Et je me dis, mais qu'est-ce que je fous là en fait ?
C'est pourquoi ? Qui fait ça en fait ?
Et je me demande si c'est normal dans cette situation.
Et après le doute, quand il fait bien nuit noir,
là c'est la peur, là j'ai peur.
Il y a vraiment cette atmosphère de grande solitude.
Et en fait, cette nuit-là dans la forêt,
il y a de la brume, il pleut, il y a de l'humidité,
j'entends des bruits inhabituels.
Et je commence à avoir très très peur.
Et la forêt, c'est vraiment le lieu des mythes originelles.
Les premiers humains, ils étaient dans les forêts
et ils se sont racontés des histoires pour s'expliquer l'inconnu.
Et puis la nuit, il fait noir, donc on s'imagine des choses.
Je pense que je fantasme sur les ombres, des arbres qui sont sur ma tente,
j'ai l'impression de voir des mains qui se rapprochent.
Toute la journée, je me suis imaginé cette bête du Gévaudin
et je commence à me dire,
si il y a vraiment eu cette légende, elle ne vient pas de nulle part.
Et je suis à ce moment-là, il est peut-être 22h30 ou 23h,
et la nuit est déjà tombée depuis 4-5h,
je suis certaine qu'il y a des loups-garous dans la forêt.
Et je me dis, mais c'est totalement irrationnel,
j'essaye de rigoler, mais je ne veux pas trop rigoler pour ne pas les attirer
parce qu'en fait je suis dans un cadre de pensée tellement irrationnel.
Je me dis, je ne dois pas faire de bruit.
Mon matelas, c'est un matelas gonflable.
Dès que je gigote, il y a des bruits, donc je reste immobile sur mon matelas
quelques heures plus tard, donc je suis toujours réveillée
et je commence à entendre les loups au loin.
Et petit à petit, les bruits de la forêt,
donc il y a des sangliers qui grattent autour,
il y a des chouettes, il y a des serres aussi,
qui font des vraiment horribles.
Et en fait, la nuit dans la forêt, quand j'ai peur,
j'ai peur de choses irrationnelles,
et tout ça, cette imaginaire-là, il est nourri par des choses que j'ai lues,
par des choses que j'ai entendues,
et c'est très irrationnel, c'est iraisonné.
Mais moi, j'imagine que vous avez du pont de lignes,
il est caché là, en fait, dans cette forêt, dans les forêts,
et qui va venir.
Et je me dis, si c'est un tueur en série,
comment je l'appréhende, qu'est-ce que je dois lui dire,
je me fais des films, je me fais des scénarios,
et ça me détend, en fait, ça me calme de m'imaginer
que je saurais comment réagir dans cette situation.
Je l'imagine accroupie dans les forêts,
alors que ça n'a aucun sens, il n'a aucune raison d'être là,
et je l'appelle, je dis, mais Xavier,
en fait, il n'est pas du tout là, évidemment.
Mais je ne peux pas m'empêcher de m'imaginer qu'il y a quelqu'un, quelqu'un d'autre.
Les bruits de la forêt, je les trouve très beaux,
et en même temps très inquiétants.
Donc ça peut être une branche qui craque,
et directement, je me demande, qu'est-ce qui a fait craquer la branche,
qu'est-ce qu'elle, quelque chose avait un poids assez lourd pour faire craquer une branche.
Et en même temps, c'est joli, parce que ça crée un petit écho,
il n'y a personne d'autre.
Donc il y a des bruits d'arbres, il y a des bruits de vent dans les branchages, dans les feuillages,
et il y a des bruits d'animaux.
Souvent, ils peuvent être lointains,
quand ils sont lointains, je me dis toujours,
ah, est-ce qu'ils vont se rapprocher ou s'éloigner ?
Les sangliers, quand ils sont autour de ma tante,
ça m'assure quand j'entends qu'ils grattent,
parce que je sais qu'ils ne vont pas venir me chercher.
Et les loups, quand je les entends, je trouve ça beau,
je trouve ça vraiment très très beau et rassurant.
Et aussi étonnamment que ça puisse paraître, je trouve ça très rassurant.
En fait, ce qui me fait peur, c'est un peu la peur originelle,
c'est la peur du noir, c'est les peurs de quand on est enfant,
et chacun a ses monstres, je pense, la nuit,
et surtout quand on est seul, et que je ne sais pas qui va pouvoir venir cette nuit-là.
Et je finis par réussir à m'endormir,
et quand je me réveille le lendemain, je me dis, c'est dingue,
je regarde dans mon carnet et j'ai écrit, c'est sûr, la bête existe.
Et j'y ai vraiment cru toute la nuit,
j'y ai cru jusqu'à ce que le soleil se lève,
et avec l'aube et la lumière, j'arrête de m'imaginer les choses qu'il peut y avoir dans le noir.
Et c'est dur de se dire que j'ai vraiment pu penser ça,
mais sur le moment, je l'ai vraiment ressenti, c'était très très fort.
Après cette nuit dans le massif central, où j'ai eu très très très très peur,
j'ai eu beaucoup moins peur, enfin plus jamais aussi peur que ça.
Je me dis, bon ben c'est un peu ma nuit talissement,
s'il devait se passer quelque chose, c'était ici.
Quand je pars du massif central, c'est un peu une des dernières nuits d'hiver,
vraiment brumeuse avec un peu la neige,
et la nuit est très très noire.
À partir de là, il y a du soleil,
et comme je file vers le sud, il y a de plus en plus de soleil,
les couleurs se mettent à changer,
le ciel que je n'avais pas vu bleu depuis très longtemps devient azur,
et les odeurs changent, et puis mine de rien, le printemps arrive.
Et donc c'est une toute autre ambiance, les jours rallongent,
les nuits raccourcissent, et je me sens de plus en plus à l'aise dehors,
je me sens de plus en plus en sécurité,
et avec chaque jour qui passe, chaque nuit qui passe,
je me sens de mieux en mieux quand je dors dans les forêts,
ou même en bordure de parc, ou même en bordure de ville.
C'est pas que j'en ai plus rien à faire,
c'est pas que j'ignore tous les dangers et que je suis devenue une tête brûlée,
c'est juste que je me sens à l'aise,
et petit à petit il y a un peu un sens qui se développe aussi,
une sorte de sixième sens, on sait plus ou moins si un endroit
est en sécurité ou pas, et on se fait de plus en plus confiance.
Donc les nuits sont de plus en plus agréables.
Je vais en direction du sud de la France pour longer un tout petit peu la Méditerranée,
et rejoindre l'Italie, parce que j'adore ce pays,
j'ai envie de passer un peu de temps en Italie,
de découvrir les Alpes, de passer par les Dolomites,
c'est des montagnes dont j'ai tellement entendu parler,
de faire un petit stop à Venise,
et de continuer la route vers les Balkans.
Et l'Italie je connais bien,
je connais mieux la géographie d'Italie que de la France,
donc je me sens très à l'aise,
et là je dors dans des champs, dans des cabanes,
que je trouve qui sont un peu des abris,
je vais voir les gens, je leur demande
« Ah est-ce que je peux dormir dans un bout de jardin ? »
Je me présente, ils sont généralement très sympas,
donc en Toscane, on me laisse dormir au bord de piscines, dans des villas.
En fait je dors au bord des piscines,
parce que quand on est sur les carottes ciment,
il n'y a pas d'humidité, il n'y a pas de l'humidité de l'herbe,
et avec mon matelas je dors la belle étoile,
toutes mes affaires sont sèches, le lendemain mon vélo est prêt à partir,
et je suis juste contente,
les cafés viennent de réouvrir en Italie,
donc c'est le bonheur.
Je me sens super à l'aise,
c'est le printemps, il fait beau, il y a des fleurs, il y a des odeurs,
les nuits sont très très belles,
c'est des ciel un peu bleu marine,
donc on voit très bien les étoiles,
on voit un peu les collines et paysages en noir,
qui se détachent en noir sur le fonds,
sur le fonds bleu-nuit,
et on voit aussi un peu les lumières des quelques villas en Toscan.
J'aime beaucoup dormir tous les soirs dehors,
parce qu'on peut voir les étoiles dans le ciel,
qui ne sont pas au même endroit,
la lune aussi qui change de forme,
et c'est aussi un autre écoulement du temps dans le voyage,
c'est beau, moi j'aime beaucoup ça d'être dehors,
de savoir que pendant plusieurs mois je râte aucune pleine mune,
je râte aucune lune rousse, je trouve ça formidable.
...
J'ai envie de partir vers la Slovénie,
je connaissais déjà Venise,
et j'ai envie d'aller vers l'inconnu,
j'ai envie de voir des choses que j'ai jamais vues,
et à partir de la Slovénie, c'est la première fois que je mets les pieds dans un pays que je ne connais pas.
J'ai envie d'avancer, je me sens de plus en plus attiré vers l'Est,
attiré sur les routes de la soie.
...
Je me dirige tout droit vers les montagnes de nouveau,
donc les Alpes-Juliennes et la Slovénie.
Les montagnes elles sont bleues, elles sont belles,
on y a encore de la neige au dessus, parce qu'on est en avril,
pleut pas mal,
je me sens hyper à l'aise pour dormir,
je me sens bien, je dors à la belle étoile,
...
et petit à petit j'arrive au Monténégro.
Et chaque jour, je vois des endroits que j'avais jamais vues et que je voulais voir,
donc je prends tout mon temps,
et chaque nuit, je me repose au Monténégro,
j'entends les chacales dorées des montagnes,
donc ça fait des cris un peu particuliers,
et puis je continue d'entendre les sangliers,
les...
...toujours les mêmes animaux,
et donc c'est le monde de la nuit,
et je commence à être habitué, et je me sens vraiment bien.
...
Au Monténégro, je me laisse totalement portée.
On est au niveau de la mer,
et les montagnes, elles font au moins 1000 voire 1200, 1300 m,
donc il y a des murs de granites,
2000 m autour des gorge de coteurs, c'est magnifique.
Et je passe mon temps dans ces gorge,
et donc la première nuit, je me dors en haut de ces gorge,
avec une vue incroyable,
et les Balkans, c'est un moment particulier,
parce qu'il fait très chaud,
ça c'est l'été presque,
et il fait très très chaud, il peut faire jusqu'à 36 ou 37 degrés en journée,
mais avec des ressentis beaucoup plus importants.
Quand je roule,
j'entends beaucoup les vipères qui s'échappent dans les forêts,
parce que je suis toujours sur des petites routes,
ou pareil, ces chemins blancs, les routes agricoles,
ils fait tellement chaud,
que je mets des sachets de thé dans mes gourdes,
pour pas que ça aille le goût de plastique,
et que ça donne un autre goût, et le thé est hyper infusé.
En fait, cette chaleur,
elle crée un espèce d'état de flottement dans ma tête,
comme j'ai chaud, je porte des manches longues,
j'ai un foulard autour du visage,
pour pas prendre trop le soleil,
et cette chaleur, elle commence à créer
un espèce d'état de l'étargie,
un peu chez moi, même si je roule,
même si il y a du dénivelé,
tous les jours, peut-être 1000 à 1500 mètres de dénivelé,
parce que c'est très montagneux les Balkans,
et que j'ai eu une envie de s'être dans les montagnes,
donc je fais des tours, des détours,
des contours dans les montagnes,
même comme ça, je suis un peu épuisée,
et je me rends compte pendant ces premières nuits
au Montaigne et Gros,
que la nuit, je rêve de mes nuits.
En fait, je m'endors,
je dors souvent, je m'endors d'un coup,
je ferme les yeux, et je m'endors,
et dans mes rêves,
parce que je rêve beaucoup à ce moment-là.
Dans mes rêves, je me réveille dans ma tante,
je suis dans ma tante,
et j'entends des animaux, je sens des serpents
autour de moi, parce que je les ai vus toute la journée,
et quand je me réveille,
j'arrive plus trop à me rappeler
ce dont j'ai rêvé, ce qui s'est vraiment passé.
Est-ce que j'étais dans un espèce de sommeil lethargique,
ou j'ai pas assez bu d'eau, même si j'ai bu beaucoup d'eau,
c'était toujours pas assez, parce qu'il fait très chaud.
Est-ce que j'y avais vraiment des serpents,
et ils sont passés près de ma tante, je les ai entendus,
ou est-ce que j'ai juste rêvé de ces serpents, je ne sais plus très bien.
Et donc c'est un peu comme ça que se passe ces nuits au Montenegro.
Au Montenegro, ce que je fais, c'est que,
comme je n'ai pas prévu un trajet,
je regarde souvent sur internet quels sont les sites à aller voir,
je ne vais pas spécialement chercher les sites les plus touristiques,
mais si je vois un endroit joli, j'essaye d'y aller.
En fait, je cherche surtout des routes et des chemins plus que des endroits à aller voir,
des routes qui vont être belles, et au Montenegro il y a des parcs magnifiques,
le parc du Dourmitor.
En fait, je vais de route en route de parcs en parcs pour aller dans le montagne.
Puis je m'arrête dans un petit café d'une ville,
parce que de temps en temps on est très heureux de retourner à la civilisation
et de manger des pancakes.
Et il y a un vieux monsieur qui me dit,
« Ah, vous allez au monastère et tout ? »
Non, ben quel monastère, je ne sais pas de quoi vous me parlez et tout.
Et puis il a un petit béret, alors il est habillé en pûle.
Il fait 36 degrés.
Et lui, il a son petit pûle avec son petit col bien mis et sa petite canne.
Et il me tend sa canne et il me dit, « Mais si, le monastère, le monastère,
monastir, monastir ! »
Moi, je regarde sur Internet.
Et effectivement, je vois qu'il y a un monastère qui s'appelle Ostrog,
qui est pas très loin de la Hauchille.
Et je me dis, « Ah, moi j'ai mes petites habitudes de nuit dans les monastères,
où on me chouchoute, en plus, même si je ne suis pas en train de faire un pèlerinage,
à chaque fois que j'arrive dans un monastère à vélo,
qu'il me demande d'où je suis parti, que je leur dis que je viens de Bretagne.
Ah bah tout de suite, les gens sont super gentils parce qu'on n'est pas juste
un touriste, on est aussi un passager, on est de passage.
Donc ça, les gens, ils ont une autre attitude avec nous.
Donc, oh bah moi, je me dis, je vais aller dans le monastère,
je vais encore dormir dans un lit, ça va être super.
Et puis je roule vers ce monastère.
J'ai rien lu sur le monastère.
J'ai juste entendu que c'était très beau, que c'était trop glodite,
que c'était construit à Flambe-Falaise.
Et puis donc c'est une petite route dans les montagnes
qui est très belle, qui me mène à ce monastère.
Et en bas de la route, je suis arrivée au monastère, je suis super contente.
Et je me dis, bah il est où, le monastère ?
Et là, je vois dans les montagnes, en face de moi, peut-être 700 vêtres plus hauts,
le monastère.
Il m'a dit, oh non, pas encore des lacets à monter.
Je regarde sur ma carte et je compte, genre, 13 lacets, quelque chose comme ça.
Il m'a dit, oh non, Dieu, le monastère et tout.
Je me dis, mais c'est pas grave, je l'aurais vraiment mérité.
Ça va être super, j'aurais pas amonté ma tent, donc je gagne du temps demain matin.
Je suis super contente, je me dis, allez vas-y, tu peux le faire.
Je mets une petite musique motivante sur mon enceinte et je commence à monter.
Un lacet, deux lacets, trois lacets.
J'en ai marre, mais je sais qu'après, j'aurais oublié.
En fait, c'est les montées, une fois qu'on est en haut,
on a complètement oublié qu'on avait douillé.
Et en fait, j'arrive.
C'est un parking et plein de voitures.
Et carrément des bus.
Il y a des centaines de personnes qui sont là.
Donc je suis super surprise.
Je suis un peu déçue parce que je pensais qu'on allait bien m'accueillir.
Et en fait, je suis juste une personne parmi plein d'autres.
Et en lisant, je me rends compte que ce monastère,
c'est le lieu de pèlerinage le plus important des Balkans.
C'est un monastère orthodoxe, mais il est aussi ouvert aux catholiques et aux musulmans.
Et donc c'est un lieu très, très important.
Et j'apprends que la tradition, pour être guéri de tous nos mots,
c'est de dormir à la belle étoile sur un petit parvis
avec toutes les autres personnes,
toutes les autres personnes qui sont là tous les pèlen.
Et donc la plupart des gens sont venus là pour dormir et être guéri
de leurs mots par saint, vacilier d'ostrogues, l'automature.
Et il y a des gens un peu de tout type.
Il y a des personnes en fauteuil roulant.
Il y a des gens qui portent leur petite valise de dialyse.
Il y a des enfants qui crient.
Il y a des dames.
Elles sont souvent voilées en robe longue.
Et je me dis, mais qu'est-ce que je fais là ?
Je me dis bon, mais au moins je ne vais pas poser ma tente.
C'est déjà ça.
Je vais dormir.
C'est une nuit en sécurité, c'est une nuit entourée de gens.
Donc c'est déjà ça.
Donc je vais voir L'Omonier, qui est un peu un moine
qui ressemble un peu au film le nom de la rose de Humberto Eco.
Il n'a pas une robe de bûre, mais c'est un peu cette ambiance.
Je pense qu'il a un œil plus fermé que l'autre.
Il me regarde, il me jauge.
Et donc c'est un assez grand monostère troglodyte.
Avec le parvis où tout le monde dort,
et le soleil se couche, il doit être 21h,
et les gens en fait ont disposé des couvertures,
donc c'est des couvertures en polaires avec des motifs Disney,
ou des motifs à fleurs.
Quand je marche dans les couloirs de ces églises troglodytes
et de ces salles de réception,
il y a des piles et des piles et des piles de couvertures plus ou moins réches.
Et pour les nuits où beaucoup de monde vient dormir au monastère,
passer la nuit et être guéris de tous ces mots.
Et donc le gars me donne une grande couverture.
Donc moi je suis contente, ça m'évite de gonfler mon matelas.
Et j'étale ma couverture au milieu des gens.
On doit peut-être être une soixantaine au final,
à rester dormir, mais peut-être même plus que ça, c'est dur d'évaluer.
C'est la première fois que je dors à la belle étoile
en communion avec soixante ou peut-être quatre-vingt personnes.
Il y a des enfants qui crient, qui gênent ici,
il y a des vieux, il y a des jeunes.
Et puis ce qui est drôle, c'est qu'il y a des hiéromoines qui patrouillent.
Les hiéromoines, je me sens que c'est le nom des moines de cet ordre.
Ils sont en longue robe noire avec des colliers en or et des longues barbes
et ça fait très albus d'un boulders ou panoramiques en fait.
C'est des personnes qu'on voit pas habituellement, ils ont des toques.
Et c'est une nuit très spéciale.
Depuis toute la journée j'ai roulé sous le soleil
et je m'en rends pas vraiment compte parce que je suis toute seule.
Mais je pense que mon front doit être brûlant,
je dois être toute rouge et j'ai chopé une insolation,
une très grosse insolation.
Donc je remplis mes gourdes dans les bénitiers
parce qu'ils me disent si tu veux de l'eau,
il faut descendre en bas à la source.
Or deux questions que je redescendais 700 m pour les remonter à vélo.
Donc je remplis mes gourdes dans les bénitiers, je bois un peu d'eau bénite.
Et je me promène.
Et il y a plein de petites mini-églises, de petites chapelles.
Ils commencent à faire nuit, il y a des chauves souris qui volent partout, c'est très beau.
La vallée devient brumeuse parce que même s'il fait très chaud,
il y a un peu d'humidité qui monte le soir.
C'est une ambiance très mystique.
C'est pas la pleine lune mais presque.
Donc on voit un peu la lune derrière la brume qui passe entre les nuages.
Donc ces petites chapelles sont remplies de minuscules sierges,
des tout petits sierges, ils doivent faire peut-être quelques millimètres de diamètre.
Ils sont mis dans des espèces de réservoir avec du sable et de l'eau
pour qu'il n'y ait pas d'incendie qui se crée.
Donc à chaque fois qu'il y a une petite goutte de cire qui tombe,
ça fait pchou, pchou dans l'eau.
Donc il y a vraiment ces brûlards.
Et je me promène entre ces héro-moines qui font des selfies avec les pelerins.
C'est une ambiance complètement mystique, inhabituelle et surtout je m'attendais à tout sauf ça.
Je m'endors. Je m'endors au milieu de tous ces gens qui se tournent.
Et je m'endors et là je déraille.
Je suis tellement fatiguée, tellement fatiguée, les moustiques, je les sens,
je les sens posés sur mes bras et je me pique et ça fait mal au moment où je me pique.
Et j'ai même pas la force d'élever les bras pour les taper ou de me recouvrir.
Et puis alors là, impossible de mettre mon sac de couchage.
Parce que c'est un sac de couchage moins 15 degrés, je le mets, je fonds.
Donc je suis enveloppée dans mon drap de soie, je me pique à travers mon drap de soie.
Et puis quand je me retourne sur le dos, comme je suis un peu miope, je mets mes lunettes une dernière fois
et je vois juste, en fait la falaise, elle est en des verres, donc elle est un peu au-dessus de nous.
Et donc elle est petite, sière, on voit vite fait des silhouette, enfin, de personnes en robe.
On sait pas si elle est héromoine ou les femmes qui se promènent autour de nous.
Et je m'endors et je dors d'un sommeil tellement profond, tellement profond.
Et rebelleotte.
Au milieu de la nuit, je me mets à rêver de ma nuit.
Et là je fais un rêve mais complètement mystique.
Je rêve que tout le monde autour de moi s'est mis à prier.
Et il parle.
Et je vois, parce que moi je suis allongée par terre, mais je vois, à hauteur de ma tête,
des chevilles, des gens qui marchent.
Et je me dis « Mais qu'est-ce qu'ils font ces gens-là ? »
Et je sais que c'est un rêve, je sais que je suis en train de rêver.
Et j'ai l'impression qu'il y a des gens qui grommèlent, qui marmonnent et tout.
Alors je leur dis « Mais, je leur dis en anglais, mais taisez-vous ! »
Et puis je leur dis un peu vulgèrement, je leur dis « Shalap ! »
Moi j'ai besoin de dormir, vous vous rendez pas compte parce que vous êtes venu en bus,
mais je leur dis ça en anglais.
Alors dis-moi j'ai besoin de dormir et dans mon rêve, voilà, je marmonne et je grommèle.
« Taisez-vous, taisez-vous ! »
Et s'il vous plaît, taisez-vous.
Et puis je me rendors.
Et puis il y a ces litanies, des gens qui prient.
Et le lendemain matin, il y a un gars qui me fout des coups de pieds,
il est 5h30 du mat, le soleil se lève et tout.
Plus personne, tout le monde a décampé.
Toutes les couvertures sont rangées et pliées et je me dis « Oh là là, mais j'ai trop dormi, qu'est-ce qu'il se passe ? »
« Pourquoi tout le monde est parti ? J'ai l'impression d'avoir raté la fête, je sais pas, c'est trop bizarre quand on s'endort avec autant de monde autour de se réveiller avec personne. »
Et en fait, à 4h du matin, ils ont célébré la messe avec le chef de l'égliseur tonox, qui s'appelle le métropolitre du montain négro,
qui est venu et qui a célébré une messe, il y avait un hôtel et tout.
Et en fait, ils ont essayé de me lever, ils ont essayé de me réveiller, ils ont essayé de me bouger, impossible.
J'étais complètement endormie, apparemment je les ai insultés, en leur disant de me laisser tranquille.
En fait, ils ont célébré la messe, alors que moi je dormais là au milieu de deux.
Et donc j'ai eu un peu honte et en même temps pas honte, parce que c'était vraiment pas de mon fait.
Je me suis excusée, mais ils avaient l'heure de n'en avoir rien à faire, ils trouvaient ça peut-être même rigolo,
enfin pas le métropolitre lui-même, parce qu'il avait sa grande barbe grise, il m'a regardé un peu en mode « Qu'est-ce que tu fais encore là ? »
Maintenant les gens partent. J'ai plié mes couvertures, j'ai redescendu les 13 lassets
et je suis repartie pour de nouvelles aventures et mon insolation était guéris.
Du montain égros, je me perds un peu dans des montagnes à la frontière avec l'Albanie.
Et je passe à la frontière avec l'Albanie. Et là, l'Albanie c'est le pied.
Tous les soirs, je suis invitée à dormir et là c'est dans des maisons, mais exceptionnelles.
L'extérieur est toujours décrépit, il reste un peu de béton armé qui dépasse, parce que si la structure n'est pas terminée, on ne paie pas de taxe.
Et quand je rentre à l'intérieur, c'est vraiment, c'est le luxe, c'est kitschissime, c'est des décorations incroyables.
Beaucoup de tissus avec du doré, de l'argenté, des très beaux meubles, des petites déco en céramique.
Ça me fait trop rigoler les intérieurs de maisons. Et là, je suis invitée, mais je dors dans des lits king size.
C'est génial. Les gens sont extrêmement gentils, protecteurs. Et ça c'est l'Albanie.
Et donc je passe en Macédoine du Nord, ça se passe super bien.
Et de la Macédoine, bonne nouvelle. C'était le dernier pays qui n'avait pas encore réouvert ses frontières en juillet.
La Grèce ouvre ses frontières. Et à partir de là, j'arrive en Grèce par le Nord et pas de risque en Grèce.
À part que dans chaque pays, quand je suis en Italie, on me demande où je vais. Je leur dis « bah je vais en Albanie ».
Ils me disent « oh la la la la la la la la la la la la ». C'est très dangereux l'Albanie, les gens sont très dangereux.
À chaque fois, c'est les gens qui ont peur pour moi. Comme Macédoine me dit « oh la la les grecs, ils sont horribles, n'y aller pas ».
En Grèce, je leur dis « bah je vais potentiellement vers la Turquie ». « oh la la les Turcs, ça va pas du tout ».
Mais moi je me sens bien où je vais et je me sens en sécurité.
Je passe quand même pas mal de temps en Grèce parce qu'il y a pas mal de kilomètres à faire.
J'arrive à Tessalonik. Et là même à Tessalonik, il me reste encore longtemps jusqu'à la frontière turque.
Mais on voit vraiment le changement dans le territoire. De plus en plus de petites églises orthodoxes qui ressemblent à des mosquées.
Et puis les femmes qui portent de plus en plus des foulards sur la tête alors qu'on n'est pas encore en Turquie.
Et en fait ce passage entre la Grèce et la Turquie se fait de manière très très souple.
Et puis il y a une dernière nuit en Grèce où je suis sur le bord de la plage et je me dis « bah ça y est ».
Là je quitte vraiment l'Europe, je passe en Turquie, je me demande comment ça va se passer, à quoi ça va ressembler, est-ce que ça va être différent.
La première nuit en Turquie c'est une sacrée nuit.
Une fois de plus c'est une frontière que je pars. Tard le soir, il est 18h.
Et c'est une grande plaine. La petite partie qui est sur le continent européen, c'est une grande plaine.
On est dans une zone de confluence, on est vraiment entre l'Europe, l'Asie, l'Orient.
Et moi je suis trop contente d'être là mais c'est de la plaine donc pas de petites collines, pas de petites forêts.
Je peux pas me cacher. Je peux pas mettre ma temps dans un endroit en sécurité.
Et je quitte le premier village.
Moi ça ne me vient même pas à l'esprit de prendre un hôtel ou de regarder si je me sens en sécurité à ce moment-là.
Je me dis « je trouve toujours au campé, je vais trouver au campé, il n'y a pas de raison ».
Et donc je suis sur une route, il n'y a pas d'autre route je crois.
Et je me fais constamment dépasser par des mot-billettes et des hommes en voiture qui me disent « viens dans la mer chez nous ».
Et je me sens pas assurée d'aller dans la mer chez eux.
Il y a constamment du passage, tout le monde s'arrête, même on me suit.
Pas du tout de manière oppressante mais en mode « mais si, mais si, viens ».
C'est vraiment l'hospitalité.
C'est après, c'est quelque chose que je vais retrouver sur la route de la soie.
C'est un endroit, un axe qui est emprunté depuis des millénaires.
Donc les gens ont l'habitude de voir des étrangers et des gens qui sont en route vers un autre endroit.
Et ils ont aussi cette culture d'être protecteur envers ces personnes.
Mais voilà, je suis une fille seule et j'ai pas envie d'aller suivre un homme et d'aller chez lui.
Parce que je sais pas à quoi ça va ressembler.
J'ai creusé quelques villages, il y avait que des hommes à tableau en terrasse,
des femmes qui travaillaient dans les champs.
Je me dis « bon, je préfère dormir tranquille, être à l'aise ».
Et en fait, la seule échappée que j'ai, c'est un petit bosquet de pain.
Et je vérifie qu'il n'y ait pas de mobilette qui passe, que personne ne me voit, que personne ne me suit.
Et j'arrive dans ce petit bosquet qui est en fait un cimetière.
Et donc je me dis « bon, c'est pas grave, j'ai déjà dormi dans des cimetières, j'ai l'habitude ».
La particularité en Turquie, c'est que sur les tombes, elles font la hauteur des personnes
et ils ont dessiné les morts dessus.
Donc ils les ont gravés, je sais pas comment, mais du coup je me retrouve à côté de mes mètres et de mes bulènes
et je les vois en fait, ils sont tailles humaines, donc c'est quand même plus glauque que d'habitude.
Et en fait, je dors au milieu de toutes ces personnes qui me regardent.
Je me sens vraiment oppressée pour le coup, j'ai vraiment peur.
Et toute la nuit, j'entends un bruit, une respiration.
Et je ne bouge pas sur mon matelas, je ne veux pas faire de bruit.
Et j'arrive pas à savoir si c'est une respiration humaine, ou si c'est une respiration d'un animal.
C'est quelque part dans les sapins, je l'entends tellement bien que ça ne peut pas être plus loin que 2 ou 3 mètres.
Et je suis terrorisée, j'en ai mal au ventre, je ne bouge pas.
J'essaye de respirer le plus doucement possible pour ne pas qu'on m'entende.
Je ne dis pas possible qu'un humain se pourra entrer en train de dormir dans ses cimetières.
Et en même temps, j'arrive pas à dormir, j'arrive pas à dormir, donc je me dis, je ferme pas les yeux,
je tiens mon d'opinel dans ma bombe à poivre.
Et au premier appel du muésine, vers 8h30 du matin, finalement je m'endors.
Je n'ai pas beaucoup dormi.
Et c'est la seule nuit flippante que j'aurais eu en Turquie.
Partir de là, je vais vers Istanbul.
Je reste très longtemps à Istanbul parce que c'est un endroit que j'ai très envie d'explorer.
C'est beau et je m'imprègne de ces lieux, donc je marche beaucoup la nuit dans Istanbul.
En plus j'aime beaucoup les villes qui sont construites sur des collines.
Et je marche, je marche.
Donc il y a le boss fort, il y a la corne d'or.
Là encore une fois, ça fait appel à tellement d'imaginaire, c'est beau.
Je vais dans les mosquées de nuit, les mosquées sont très vivantes de nuit.
Il y a plein de petits enfants qui courent, qui jouent.
Et puis je passe de mosquée en mosquée, de cour antérieure en petit allée.
Les magasins sont ouverts tard, ils cuisent du poisson dans les rues, du maïs.
Il y a des moules au riz aussi. Je goûte tout.
J'ai aucune peur, je goûte tout ce que je peux et c'est formidable.
Et en prenant le bateau pour éviter encore 80 km de banlieue d'Istanbul, je tombe sur deux garçons.
Il y en a un qui s'appelle Louis et l'autre qui s'appelle Jérémie.
Et on va dans la même direction, on va vers la Capa dos et on se dit,
« Tiens, on pourrait en rouler ensemble au moins ce soir.
Et Louis, on va rouler ensemble cinq mois.
Ça, on ne le sait pas du tout au moment où on se rencontre.
On se trouve très sympa, mais on ne sait pas ce que ça va donner.
On est tous les trois des voyageurs solitaires.
Donc tous les trois, on sait à quel point c'est précieux de rouler avec quelqu'un d'autre,
surtout dans les pays comme la Turquie, ou des endroits comme le Natoli,
ou l'est de la Turquie, qui peuvent être un peu dangereux pour un garçon comme pour une fille.
C'est très grand la Turquie.
Et on traverse comme ça la Natoli.
On a quand même quelques nuits un peu flippantes.
On est un peu...
On se trouve dans des situations un peu dangereuses avec des kangales qui sont les berlettes de la Natoli.
C'est un des chiens les plus...
À la morture la plus puissante du monde, je crois, c'est Marchoir.
Elle peuvent exercer peut-être 350 kg de pression.
C'est des gros chiens qui peuvent faire jusqu'à 80 kg au garot.
Ils peuvent être très, très hauts.
Et on... Plusieurs fois, souvent c'est des bâtards.
C'est rare de voir un kangal...
Un kangal pur sang.
Et il y a beaucoup de chiens errants.
Les kangales, ils ont des oreilles coupées.
Parce qu'ils se battent avec les loups, ils se battent entre eux, donc ils s'attaquent.
Et donc on leur coupe les oreilles pour pas qu'ils se les arrachent, ils se les infectent.
Et ils ont des colliers avec des piques.
Non, on les appelle les nasgules.
Mais c'est vraiment des colliers avec des piques énormes pour se protéger des morts-surs de loups au coup.
Et il y a quelques nuits où on se retrouve avec des kangales.
On a très peur des kangales parce qu'on s'est retrouvé dans des situations où ils nous ont un peu couru dessus,
où ils nous ont un peu bousculé et on savait pas quoi faire.
Une nuit, on roule dans le désert.
On n'a pas vu d'endroits où acheter de la nourriture ou de l'eau depuis très longtemps.
On bouffe pas mal de poussière, on en a dans les yeux, on en a dans le nez.
On finit par arriver à un village.
Petit trou de pourris, déglingués, voitures pourris, des animaux en liberté dans tout le village.
Des chevaux, des chiens, des kangales, des poules.
On leur demande si on peut acheter de la nourriture.
Ils nous donnent des oeufs, ils nous donnent du lait de chèvre dans nos gourdes.
Et puis on est invité chez des gens à boire le thé, ça s'éternise.
Et moi, j'ai pas très envie de rester parce que les gens sont très oppressants.
Là, c'est un village bizarre parce qu'inhabituel, disons, dans Turquie,
parce que tout le monde est roux ou blanc, avec les cheveux bouclés, ils ont des têtes de marins en long court.
Je me dis, mais qui sont ces gens en plein milieu de la Turquie ?
Et puis les femmes sont très agressives avec moi.
Et il y en a une qui me prend à part, et dès que les garçons sont occupés en train de parler avec les garçons,
parce que les hommes s'adressent pas trop à moi, ils parlent que aux garçons.
Jérémie et Louis.
Dès que les garçons ont le dos tourné, les femmes, la femme en particulier,
je lui ai vécu, il vient et me crache dessus.
Et ça, plusieurs fois de suite, je commence à me sentir mal à l'aise.
Donc je dis aux garçons, les gars, il faut qu'on parte.
Moi, ce village, je le sens pas, mais si ça va, tu rêves, et tout.
Et au dernier moment, on est en train de partir de la maison, et je vais en dire, regardez maintenant.
Et il voit le rideau qui est légèrement en décalage, et la dame qui me regarde avec un regard noir.
Et c'est la première fois qu'on me regardait dans ma vie avec autant d'hostilité,
qu'on finit par aller dormir sur le petit terrain de basket du village.
Parce que voilà, plus le village est émiteux, plus ils ont des subventions pour construire un petit terrain de basket.
Et au milieu de la nuit, on se fait réveiller par un bruit du démon.
Tout le voyage autour de nous se met à trembler.
Et là, je me dis, non, c'est les vieilles dames qui viennent me chercher.
D'entre temps, on a lu des choses, et on a appris que c'était une communauté de circassiens.
Les circassais, c'est une communauté, eux-mêmes, ça s'appelle les Adygheins.
Ils habitent dans le nord du coca, dans l'Abkhazie, qui est encore un endroit particulier,
qui est sous le quen, un endroit de pression entre la Russie et la Géorgie.
En fait, ils se sont fait virer par les Cossacks, qui ont récupéré leurs troupeaux.
Et eux, ils ont pris des bateaux et on les a déposés un peu partout au Moyen-Orient.
Et pas mal à Trébizon, à Samson, à Hof, sur les rives de la mer Noire.
Et ils se sont installés dans des villages en Anatolie.
Et c'est pour ça qu'il y a ces marins, ou ces Géorgiens, en fait,
toujours roues aux cheveux bouclés au milieu de la Anatolie.
Et le grillage, il tremble, on est en plein militaire, un basket, je me dis ça,
il vient de me chercher, il y a les fils seuls, il devrait être marié pour se promener par ici et tout, en fait, non.
C'est juste un cheval éran qui a voulu manger nos restes de crêpes dans la poubelle,
qui a rentré sa tête dans la poubelle en fer, accroché au grillage,
qui s'est coincé la tête dans la poubelle et qui est coincée.
Et donc, il est en train de se ruer avec toute sa force de cheval, en train de faire trembler le grillage.
Et en moment d'entendain, hénissement, on voit sa silhouette contre jour, enfin, contre nuit.
Et le machin, il a réussi à sortir sa tête de la poubelle en fer, et il part, il galope dans un nuage de poussière
vers la pleine lune, et on se dit, mais c'est quel moment étrange.
Mais c'est des histoires qui marquent, qui vont me marquer,
et je me l'irjoue dans la tête pour toujours, quoi.
On arrive jusqu'au bord de la mer Noire, et là, on fait plusieurs nuits de bivouac sur les bords de la mer Noire.
Donc c'est très beau, on est en sécurité, et puis nos visards arrivent à l'expiration, donc on arrive en Georgie.
Et là, je pense que je passe un mois en Georgie, soit avec mes amis, soit toute seule dans les montagnes.
Et il y a des nuits incroyables dans le cocasse à la frontière russe, dans les montagnes,
ou dans des cabanes avec des vieux messieurs qui boivent de la chacha maison.
Moi j'ai peur d'en boire, parce que ça me rend d'aveugle.
C'est vraiment de l'alcool à 90 degrés, eux ils boivent chotte sur chotte,
et moi j'essaye de faire mine, de tremper mes lèvres, et ils ont un tamata, c'est un autre de table,
ils traînent à l'amitié, et on rencontre, et aux nouvelles personnes,
et ensuite à l'amitié, et encore au rencontre, et encore aux nouvelles personnes.
Moi si je suis leur rythme, ça peut être possible.
Donc il y a des nuits comme ça improbables, mais je me sens de plus en plus à l'aise
quand les gens m'invite j'y vais, et je me dis on verra bien ce que ça donne,
et si je me sens pas en sécurité je pars.
Voilà, donc tout se passe bien.
Je rejoins de Bélissie, Bélissie c'est une ville qui est aussi magnifique,
qui est aussi construite sur des collines, donc là aussi je passe des nuits,
et je me promène dans Bélissie.
Il n'y a pas que les nuits dans la nature, il y a aussi les nuits en ville,
moi j'aime beaucoup l'ambiance de la ville, à Bélissie il pleut.
Il y a des lampadaires un peu orange, on voit des fils électriques partout,
des vieux balcon en bois, en ferforge et un peu rouillés,
donc c'est des ambiances vraiment chouettes.
Louis et moi on se retrouve tous les deux en Arménie,
et là on passe deux mois en Arménie, à tant que la frontière iranienne ouvre.
Quand on passe dans des montagnes brumeuses, ça y est, l'hiver arrive,
on est en octobre, novembre, les nuits commencent à rallonger,
les joueurs à raccourcir, il fait de plus en plus froid,
on monte de plus en plus haut dans le petit cocasse,
tous les jours on a au moins 1500 mètres de Danivlé à Montaigne.
Quand on repart pour aller vers le sud, on se dit,
puisqu'on est en Arménie, autant profiter pour rouler et découvrir l'Arménie,
on décide d'aller vers le sud, là on avance tout doucement à notre île.
Cette petite route qui est dans un canyon,
entre deux falaises un peu escarpées, on voit les montagnes, c'est beau.
Puis on se rend compte en rentrant dans le canyon
qu'on est trop fatigué en fait.
Et là comme l'autre, on se regarde et on se dit,
est-ce qu'on s'arrêterait pas là ?
Et on regarde un peu autour de nous, on voit qu'il y a des endroits plats dans ce canyon,
et on voit un site un peu archéologique avec des petits restes de pierre,
des murets, des explications et des bancs.
On se dit, bon, personne, on n'a pas croisé une voiture depuis un moment,
c'est vendu, il nous appelle, il veut le concampla.
On se dit, personne ne va passer, ça va être parfait,
on va se faire une bonne petite nuit.
Alors comme tous les soirs, on monte nos tentes,
et qui va monter sa tente le plus vite,
et on cuisine, on mange des pâtes, on est contents, on discute.
Et puis on est à l'heure du coucher de soleil, les couleurs sont incroyables.
C'est un ciel rose, rouge, les arbres ont des feuilles orange,
donc c'est très beau.
Et on se promène avant de aller se coucher,
parce que quand même c'est vrai que le soleil se couche à 18h,
et puis on se dit, on devrait quand même aller lire les panneaux.
En fait c'est un panneau sur la faune et la flore,
on est en plein milieu d'une réserve, protégée,
et il y a marqué attention aux ours,
faites très attention aux ours, il y a des ours partout ici,
et là on se dit, non, ce n'est pas possible et tout.
On se rappelle des histoires, des vieux bergers qui se sont fait manger,
pas très longtemps avant, pas très loin d'ici.
On se dit, non mais, il n'y a pas vraiment d'ours de là,
avoir un ours en Arménie et tout.
Et on regarde les autres panneaux et ils sont là,
attention également aux panthères de Perse,
qui sont dans leur habitat naturel.
On commence à se faire des films, qu'on va se faire manger par un ours,
et que ça y est, et si Louis a peur,
si Louis qui est chasseur a peur, alors moi j'ai super peur,
et on commence à se monter la tête, on discute, on parle.
Et en même temps, à aucun moment on se dit, bon,
on plie bagage, on range nos tentes, on va retourner près de la route,
on a trop la flemme, on est trop fatigué,
on est vraiment physiquement très épuisé.
Et on décide de dormir.
On entend les animaux qui passent, qui marchent sur les pierres,
donc ça fait des bruits, des boulis, qui font un écho dans la vallée.
Et on commence à entendre des deux côtés, les montagnes,
des meutes de loups qui se mettent à hurler, donc à la lune.
Donc c'est très beau, mais ça nous renforce un peu dans l'idée
que c'est le royaume des bêtes sauvages.
Cette nuit-là, la nuit est magnifique, il y a des étoiles superbes,
ils commencent à faire de nouveaux froids,
donc quand il fait froid la nuit, parfois les étoiles s'intignent un peu,
différemment ça fait comme un petit halo autour de l'étoile,
c'est très très beau.
Et je me rends compte que même entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan,
dans un endroit que je connais pas, dans une vallée encaissée,
qui est l'endroit où on peut voir les loups, les ours,
les mêmes les panthères de Perse.
Et j'ai écouté l'épisode des baladeurs,
le Hors-Série sur le pacte du loup de Jérémy Vier,
et cette histoire de ce garçon qui part prendre des photos dans la neige
et qui se retrouve tout seul la nuit et qui n'a pas peur qu'il raconte ses rituels,
je me dis d'autres personnes font ça, et ça me rassure énormément.
Je me sens tellement bien, je me sens assez à l'aise
que j'ai plus la flemme de déplacer mon camp et d'aller dormir ailleurs
que de laisser la nuit se passer, de laisser les choses se faire.
Et là je me rends compte qu'en fait, il faut laisser les choses se faire
et que si je me sens stressée, peut-être que je vais communiquer du stress
à un animal autour de moi.
Et en fait, je profite d'écouter ces ébouillis, je trouve ça beau,
je trouve que les bruits sont beaux, et j'ai même pas de mal à m'endormir.
Je m'endors d'un coup et je dors très bien,
et le lendemain matin on se dit, on a survécu,
à partir de là on a survécu,
et on a toujours gardé le sentiment d'avoir survécu,
un ours imaginaire.
Le lendemain matin on roule vers le sud,
et puis on passe un grand, un dernier col assez haut, à 2500 mètres,
dans le petit cocaze,
et là on voit les montagnes enneigées et c'est l'Iran.
Ça y est, et là je me dis, mais c'est vraiment,
j'osais même pas rêver que je pouvais aller en Iran,
j'avais arrêté de penser à l'Iran, à Téhéran, j'avais rien lu.
Et là, je me dis, mais c'est vraiment,


je me dis, je serais tellement déçue,
et puis aussi c'est déjà tellement un luxe de pouvoir prendre une année
pour voyager et juste me promener dans les montagnes,
qu'aller en Iran, aller à Téhéran ou pas,
ça c'est juste la cerise sur le gâteau,
et en fait là c'est juste pendant un mois profiter de l'Iran,
et tout visiter et rouler en Iran.
Ce pays-là, l'ambiance à Téhéran, ça me donnait envie d'y aller,
ça me semblait tellement lointain et exotique,
que je me disais presque inatteignable.
Et maintenant que je sais plus de choses sur l'Iran,
je pense que je dirais que je vais aller à Ispán,
c'est la moitié du monde, c'est hyper poétique,
c'est aussi magnifique, mais...
Et puis l'Iran, c'est aussi un pays où la nuit est très importante,
il y a des compteurs qui racontent des histoires,
et le soir, quand le soleil se couche,
il se rassemblait autrefois à Ispán, sur les plaçons.
Même dans d'autres villes, ils se racontent des histoires.
Et moi je pense que...
c'est ce que beaucoup de gens font, mais moi je suis partie parce que...
parce que j'aime bien qu'on me raconte des histoires,
que les gens que j'ai croisés sur la route m'ont raconté des histoires,
et que je voulais aller sur les origines des histoires qu'on m'avait racontées,
que ce soient les vieux mythes
de la Romantique ou de la Grèce antique,
ou l'Aquête de Jazon, qui se passe en Colchis,
de l'actuelle Géorgie, sur les traces d'autres histoires,
de celle des Lamaïars ou d'autres voyageurs.
Et c'est ça que j'aime bien, c'est qu'on me raconte des histoires,
donc ça terminait bien en Iran.
Dans ces sacs-coches, Isabel Del Real avait emporté
une vieille boîte d'aquarelles et quelques échantillons de papier
pour jouer les artistes nomades.
Elle compte son voyage dans un magnifique roman graphique auto-édité,
baptisé Plouhéran, à vélo de la Bretagne à l'Iran,
à paraître très bientôt.
Merci à elle pour son témoignage,
et merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
Les Balladeurs est un podcast du magazine Les Ozzards.
cet épisode a été réalisé par Thomas Fier,
assisté par Nicolas Alberti.
Cette histoire a été présentée par Clément Sacar
et montée par Clou et Vibo.
La musique originale a été composée par Nicolas de Ferrand,
et le mixage a été assuré par Antoine Martin.
On se retrouve dans 15 jours pour une nouvelle aventure.
A très bientôt.

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

LesBaladeurs

Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': None}, {'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Places & Travel', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Personal Journals', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere