#62 — Hivernage glacial dans les steppes, avec Marc Alaux

Durée: 51m14s

Date de sortie: 08/03/2023

Depuis plus de 20 ans maintenant, Marc Alaux explore la Mongolie. Après en avoir fait le tour, c’est par un voyage immobile qu’il a voulu approfondir son amour du pays. En 2015, l’auteur décide de se retirer 3 mois dans une famille d’éleveurs nomades. Pris dans la routine mongole, entre la yourte, la bergerie et les pâturages enneigés, l’étranger va pour la première fois, faire la véritable expérience du temps. Un temps élastique qui s’étire de jour en jour…


Abonnez-vous à notre newsletter pour ne louper aucun épisode ➡️ 


Retrouvez Les Baladeurs sur :

Les Others 

Spotify
Apple Podcasts
Deezer
YouTube 

Ausha

En RSS

🎙  Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart et mis en musique par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux, s'est assurée du montage et Antoine Martin du mixage.

🤝 La saison 6 des Baladeurs est soutenue par Columbia.
— 

Plus de détails sur l'épisode :


Depuis plus de 20 ans maintenant, Marc Alaux explore la Mongolie. Du Nord au Sud et d’Est en Ouest, il a traversé sans relâche à pied les immenses paysages du pays au Ciel bleu, de ses confins montagneux à sa nébuleuse capitale. Au fil de ses voyages, il a découvert ses habitants et leur culture millénaire, pour finir par apprendre leur langue et devenir spécialiste des grandes steppes, auxquelles il a consacré plusieurs livres.

Mais rien ne semble pouvoir rassasier sa passion mongole. Et après en avoir fait le tour, c’est par un voyage immobile qu’il a voulu approfondir son amour du pays. En 2015, l’auteur décide de se retirer 3 mois dans une famille d’éleveurs nomades.

Au cœur d’un hiver glacial, il va partager l’intimité de la yourte de celui que l’on surnomme Gotov le moustachu et de sa femme Oyunchimeg, pour s’initier au métier de berger. Une idée romantique sur le papier qui se confronte à la dure réalité de la vie : des vents forts, des températures touchant les -45 degrés et un travail manuel éreintant, à recommencer chaque jour.

Pris dans la routine mongole, entre la yourte, la bergerie et les patûrages enneigés, l’étranger va vivre de silence et d’espace. Et pour la première fois, faire la véritable expérience du temps. Un temps élastique qui s’étire de jour en jour…

Rapprochez-vous de la nature avec Colombia.
La marque conçoit des vêtements, des chaussures et des accessoires
intégrants des technologies testées en conditions réelles
depuis plus de 80 ans.
Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner à nouveau les baladeurs
pour cette 6e saison.
Les baladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Leosers.
Rendez-vous sur notre site leosers.com
leoserters.com
pour découvrir notre magazine papier
La carte méthode recto-verso pour organiser vos aventures en France
et tous nos autres formats.
Réalisé par la marque Alot

Réalisé par la marque Alot
depuis plus de 20 ans maintenant.
Marc Alot explore la Mongolie.
Du nord au sud et d'est en Ouest,
il a traversé sans relâche, à pied,
les immenses paysages du pays au ciel bleu.
De ses confins montagneux, à sa nébuleuse capitale.
Au fil de ses voyages, il a découvert ses habitants
et leur culture millénaire
pour finir par apprendre leur langue
et devenir spécialiste des grandes steppes
auquel il a consacré plusieurs livres.
Mais rien ne semble pouvoir rassasier sa passion mongole.
Et après en avoir fait le tour,
c'est par un voyage immobile
qu'il a voulu approfondir son amour du pays.
En 2015, l'auteur décide de se retirer 3 mois
dans une famille d'éleveurs nomades.
Au coeur d'un hiver glacial,
il va partager l'intimité de la yurte
de celui que l'on s'en nomme Gotov Le Moustachu
et de sa femme Oyun Chimek
pour s'initier au métier de Berger.
Une idée romantique sur le papier
qui se confronte à la diuréalité de la vie.
Des vents forts, des températures touchant
les moins 45 degrés
et un travail manuel éreintant
à recommencer chaque jour.
Pris dans la routine mongole
entre la yurte, la bergerie
et les pâturages d'enneigé,
l'étranger va vivre de silence et d'espace
et pour la première fois,
faire la véritable expérience du temps.
Un temps élastique qui s'étire de jour en jour.
...
Depuis l'adolescence,
je développe une passion folle
pour la découverte que permet le voyage à pied.
Je l'ai développé en France pendant 10 ans
en m'interdisant de quitter mon propre pays
avant de bien le connaître.
Et puis à un moment, j'ai eu envie
de porter mon regard plus loin,
de sauter la barrière, d'aller voir
plus près de l'horizon.
Et c'est là que j'ai découvert la mongolie.
...
À partir de 15-16 ans,
je me suis mis avec mon ami d'enfance, Laurent,
à marcher un peu partout en France.
Nos plus grandes émotions,
nous les avons connues dans le massif central,
qui ne sont pourtant pas de hautes montagnes,
mais dans laquelle on ressent
à la fois l'isolement, la solitude,
la puissance des montagnes, quand même.
Et il y a une sorte d'hilo,
de rocailles, de vent, d'herbes
au milieu de ce massif central,
et c'est l'univers des causses,
les plateaux calcaires.
On connaît tous le cause du larzac.
On connaît un peu moins le cause mégent,
qui est le cause le plus montagnard.
Et donc je découvre le paysage de ce cause,
un paysage qui ne doit pas s'abotter
aux charmes d'une forêt ou d'un bosquet,
mais simplement au déploiement de l'herbe
sur des collines.
Il n'y a rien d'autre sur des kilomètres.
Et je me souviens qu'à l'âge de 17-18 ans,
mon ami Laurent et moi,
passion le nouvel an à marcher
sur le cause mégent.
Et je me souviens que lui et moi,
nous nous sommes dit que c'est peut-être
vers ce type de paysage que nous devrions tendre
quand, dans 10 ans, nous nous permettrons
enfin de quitter la France.
10 ans plus tard, lui et moi,
à l'occasion d'une soirée alcoolisée,
on ouvre un atlas et on se dit que c'est le moment.
Il faut y aller.
Et on cherche le type de paysage qui nous avait émus,
et on se dit que c'est les paysages de steppe,
les paysages de grande prairie.
Alors on regarde sur la gauche du planisfaire,
on voit les grandes plaines américaines.
On regarde sur la droite du planisfaire,
on voit les grandes plaines centrasiatiques,
l'ancienne URSS.
Et mon copain qui lui était franchement
d'extrême gauche, il dit non, non,
on ne va pas aller chez les rikens,
on va aller de l'autre côté.
Une sorte de mélange de hasard total
et d'imbécilité,
ou plutôt de naïveté de la jeunesse,
qui ensuite va décider de beaucoup de choses.
Une fois que le choix fut fait de partir en Mongolie,
mon ami Laurent et moi
avons mis sur pied
un itinéraire
qui était assez simple.
Nous avons dessiné sur la carte de la Mongolie
une grande traversée
d'est en Ouest,
sur 2000 ou 2300 km,
ou 2500 km.
La marche a eu le privilège pour nous
de nous plonger durant 6 mois
dans cette zone de la jeunesse.
Dans cette inattendue, dans cette inconsistance,
dans cette imprévue.
Qui a rendu ce voyage
très très beau.
Évidemment, c'était difficile,
mais ça a été rendu bien plus simple
et bien plus joyeux
par la rencontre avec les habitants.
Ce premier voyage effectivement,
il est si marquant pour moi
qu'au retour, je ne rêve que d'une chose,
c'est retourner en Mongolie,
qu'au retour, je ne rêve que d'une chose,
c'est continuer de découvrir
la culture que j'avais eu
le privilège de côtoyer pendant 6 mois.
Et donc, j'ai entamé
pour ainsi dire des études
sur la culture,
l'histoire, la langue, l'ongole, etc.
Et donc,
une dizaine de voyages
de 3 à 6 mois ont suivi.
Et ces voyages en fait,
ont été comme des escales
pour le marin.
C'est-à-dire que chaque voyage
était une traversée
qui m'apportait énormément d'émotion.
Mais chaque voyage était aussi
une pause.
De même que lorsque j'étais en France
et que je reprenais mon travail d'éditeur
à Trans-Bourréal,
je continuais matin et soir
de lire, d'accord des plusieurs heures
par jour à la lecture, à la découverte
de l'histoire et de la culture
en Mongolie. Si bien que finalement,
même entre chaque voyage, je continuais
de maintenir le lien
et d'approfondir mes connaissances.
Après
une quinzaine ou une vingtaine d'années
consacrées
à parcourir
la Mongolie
d'est en Ouest, du nord au sud
à pied, j'ai ressenti
un manque
durant des années, j'avais côtoyé
des gens l'espace d'une soirée,
l'espace de quelques jours.
Et jamais je n'avais pu finalement
m'imprégner
de leur intimité. Jamais je n'avais pu
lier
d'amitié ou de lien
suffisamment fort pour que
en l'équitant, j'ai l'impression
de vivre un déchirement.
Et donc je tenais
à découvrir ça, je tenais aussi
surtout à comprendre
comment une petite famille, un père,
une mère et leur
enfant d'un an et demi, arrive
à traverser l'hiver, l'hiver
cibérien ou l'hiver mongole
et malgré 20 années de lecture
toutes ces connaissances, toutes ces
émotions, je ne les avais pas.
J'étais à deux reprises, déjà
passées dans le village de Malchin,
dans l'ouest de la Mongolie, à 1300 km
de la capitale ou l'Anbator.
C'est un tout petit village
montagnard qui est très peu peuplé,
les gens y vivent plus que
modestement.
J'y avais donc deux ou trois amis.
J'ai fait appel à eux en leur disant
voilà, après tout ce temps
passé dans votre pays, j'aimerais bien
ces journées
le temps d'un hiver chez une famille
d'éleveurs nomades.
Et en deux temps trois mouvements
ils ont trouvé une famille
et voilà qu'un beau jour, après
X-heures d'avion
jusqu'à Oulanbator, puis
deux ou trois jours de bus
depuis la capitale
vers le petit village de Malchin
on me prend en charge et on me conduit
chez cette famille avec qui
je n'avais jamais changé le moindre
appel, le moindre message internet.
Je connaissais
seulement depuis quelques jours le nom
de Gotov, le père de famille
et tout le monde me disait tu verras
Gotov c'est un gabien, il ne boit pas
et puis il est amusant, il a une moustache
voilà tout le monde l'appelait Gotov
et j'entendais parler de lui
jusque dans la capitale, à 1500 km
d'où il était, j'entendais parler de sa moustache
puisque en Mongolie
vous logez toujours dans les réseaux
de gens qui vous connaissent etc
et donc en Mongolie, à Oulanbator
dans la capitale, je logeais
chez des gens qui étaient issus de ce village
et tout le monde me parlait de ce personnage-là
Après deux jours de bus, j'arrive au village
de Malchin qui est isolé
dans les montagnes de l'ouest
de la Mongolie
et là comme par miracle, à l'heure que je n'avais prévenu personne
quelqu'un m'attend
on me charge quasiment aussi tôt
dans une voiture qui à nouveau
prend la route
et pour parcourir les 30 km
qui me séparent du campement
de Gotov, où j'espérais passer l'hiver
nous allons mettre
je crois 4 à 5 heures
parce que dans les montagnes de Mongolie
durant l'hiver, mieux vaut parfois
cheminer à cheval
ou à dos de chameau
plutôt qu'en voiture
vous enneigez à chaque passage
de col, à chaque passage
de combes etc
donc quelques heures pour parcourir
les 30 km
en ayant à nouveau but
des litres et des litres de thé
c'est la tradition de l'hospitalité
Mongol qu'il le veut
avant même que l'autre
qui vous invite chez lui
vous adresse la parole
souvent symboliquement
il vous demande de vous asseoir
de prendre votre temps, de vous reposer
et il vous sert ce thé
preuve dans son esprit
de l'importance de vous réhydrater
que vous vous sentiez bien
avant de vous adresser la parole
c'est donc tout ça qui m'arrive
avec un enchaînement assez étonnant
jusqu'à mon arrivée
sous la yurte de Gotov
la voiture repart
et c'est parti
Gotov me dit
il parait que tu veux rester à la maison
qu'est ce que tu veux faire ?
vivre avec vous, travailler avec vous
ça l'étonne mais
et il me dit combien de temps veux-tu rester
je lui demande 3 mois c'est possible
et il me regarde avec
une certaine incompréhension
et il me dit pourquoi ça ne serait pas possible
et c'était parti
pour 3 mois
de promiscuité totale
puisque l'habitation
qui l'a, la yurte
c'est une tente circulaire
uniquement composée de feutres
de bois, il y a une seule pièce
donc jour et nuit
vous passez votre temps avec les gens
c'était une yurte toute petite
qui faisait une quinzaine de mètres carré
il faut apprivoiser les gens
il faut se les faire
il faut se laisser apprivoiser
il faut mettre de côté toutes ces exigences
de confort, d'intimité
et puis prendre sur soi
la yurte de Gotov il faut l'imaginer
dans un cirque rocheux
qui la protège des vents du nord
il faut imaginer que c'est une tente minuscule
qui est soufflée
constamment brossée
par le vent et la neige
et elle s'adosse à une toute petite bergerie
en rondin de mélèzes
dans lesquelles s'abritent les 200 chèvres
et brebis de Gotov
et de son épouse
et puis une douzaine de vaches
maigrelettes
et cette toute petite entité vitale
c'est une famille qui s'en occupe
c'est une famille qui y passe l'hiver
c'est une famille qui s'y chauffe
qui y cuisine, qui effectue des rituels
et puis c'est aussi un lieu de
retrouver
arriver chez quelqu'un que vous ne connaissez pas
m'y installer
sous la yurte en me disant
que les 3 prochains mois
je vais vivre avec eux
à de quoi effectivement
m'inquiéter quelque peu
toutefois et c'était le cas chez Gotov
c'était le cas chez Oyunchi Mech
mais c'est le cas chez beaucoup de mongols
ces gens là ont une capacité au contact physique
à la chaleur humaine
à la relation humaine
qui rend souvent les moments
bien plus chaleureux
et bien plus vite que chez nous
la mongolie est un pays merveilleux
peuplé de gens qui ont beaucoup d'humour
et qui vous rentrent dedans régulièrement
pour vous tester
il faut faire preuve
d'auto-dérision
et de patience dans ce pays
donc c'est une très bonne leçon que de
passer du temps avec ces gens là
c'est en mongole que je communique
la mongolie a un privilège formidable
dès que vous quittez la campagne
personne ne vous comprend
si vous ne parlez pas mongole
je dis privilège parce que finalement
ça vous force à se mettre
à l'aune
de la langue
des murs, des habitudes mongole
ça force tout le monde
à faire un effort
et lorsque vous venez d'Occident
et que vous êtes habitué
à ce que tout le monde vous comprenne
c'est très sain
et moi en tant que jeune homme en construction
lors de mes premiers voyages
c'était finalement très enrichissant
de ne pas être compris
et c'était à moi de faire l'effort
c'était à moi finalement
comme
un immigré récemment arrivé en France
d'apprendre une langue
de devoir constamment être compris
voire mal compris etc
donc tout ça était très très riche
Gotov c'est une sorte de
dercule dans un vêtement d'enfant
c'est une sorte de titan
pas grand mais le bonhomme on se dit
bon lui il est solide
lui rien n'en viendra à bout
donc ça c'était assez beau
de voir ce personnage
qui est pourtant
qui marche lentement
qui s'exprime peu
et qui s'exprime lentement
qui prend le temps de chaque chose
qui prend le temps de répondre aussi
tant que moi je suis plutôt impulsif
et nerveux, dynamique
lui au contraire
et quelqu'un qui me calme beaucoup
Gotov ça a été quelqu'un qui m'a toujours surpris
donc par son endurance
par son aptitude au travail
et en même temps
par sa joie de vivre
Gotov c'est lorsqu'il rit
vous avez l'impression de voir un enfant qui rit
et il était beau cet homme à regarder quand il riait
parce qu'il était secoué de partout
...
Le matin j'ouvre
j'ouvre la porte de la yurte
et là comme si
j'avais loué une villa avec vue
sur la mer
je vois ces tendances devant moi
un moutonnement de collines
quasiment jusqu'à l'infini
et puis subitement les collines s'arrêtent
comme si elles tombaient dans la mer
et là une vaste étendue plate
entièrement couverte de glace
c'est un lac
un lac absolument immense
ce paysage qui est entièrement couvert de neige
parce que l'hiver cette année là
particulièrement neigé
particulièrement froid
le paysage est donc entièrement blanchi
entièrement pur
au moins au début de l'hiver
et il faut imaginer que
les trois mois d'hiver
parce que les Mongols nomment le cœur de l'hiver
en décembre, janvier et février
sont des mois
qui sont particulièrement illuminés
particulièrement ensolayés
vers 7h le matin
le froid nous saisit tous
et moi le premier
nous sommes tous couchés
sur un 1 cm de feutre
c'est notre seul tapis isolant
sur le sol de la yurte
il fait lorsque nous nous réveillons
5 degrés
ou moins 5 degrés
ça dépend des nuits
et là courageusement
Oyunchimec se lève
la mère de famille se lève
immédiatement elle seute dans ses vêtements
et immédiatement son premier geste
c'est d'ouvrir la porte du poil
et de
d'irallumer le feu
on le gorge de bousses
séchées et combustibles
et puis très vite la température
de la yurte remonte
moi dès le réveil
je me lève et immédiatement
il faut s'habiller
première chose je passe de zépaisseur de vêtements
des chaussettes je remets mes bottes
que la veille au soir j'avais laissé près du poil
en espérant qu'elles accumulent
un peu plus de chaleur
qu'à l'extérieur de la yurte
immédiatement je passe le bonnet
2 à 3 zépaisseurs de veste
et ensuite je m'attaque
à l'alimentation des vaches
ça va me prendre une grosse demi-heure
on prend
quelques coups de museau
quelques coups de corne et puis
il est temps de boire le thé
l'atmosphère sous la yurte s'est réchauffée
au yuhu-n-chi-mec elle n'a pas arrêté
elle a relancé le feu
elle a fait un premier thé dont elle a rempli le thermo
ce thermo va être avalé
en quelques minutes tellement nous avons tous froid
et ensuite éventuellement
elle en refait du thé
et elle va jeter dedans
un peu de tsampa
de farine d'orges grillée
la tsampa
c'est l'aliment des pauvres
ou des gens modestes
dans toute la zone tibétaine et dans toute la zone mongole
go tof euhu-n-chi-mec
étant des gens très modestes
pauvres selon nos critères
en occident
une partie de leur alimentation
c'est tout simplement cette farine d'orges grillée
jetée dans du thé au lait
une fois que nous avons ça dans le ventre
la journée peut commencer
et à ce moment-là
nous sortons vraiment
et on sait qu'on ne reviendra sous la yurte que dans quelques heures
c'est la raison pour laquelle
le matin la première chose à faire
c'est accumuler de la chaleur
le matin il faut imaginer que chacun
prend un tabouret
et ça soit le plus pré-possible du poil
avec les jambes écartées



les vêtements ouverts et écartés
comme si finalement on devait faire
rentrer les flammes la chaleur en soi
on fait le plein
de chaleur
comme si on s'en remplissait les poches pour la journée
et on se brûle
le zophage avec du thé brûlant
et ensuite on sort
10 heures du matin sonne
go tof considère qu'à cette heure-là
le soleil réchauffe l'atmosphère
il faut le dire vite
mais effectivement il ne fait
plus que moins 15 ou moins 20 degrés
dans l'esprit d'un mongol effectivement
à ce moment-là il fait chaud
ça c'est assez étonnant
mais lui me disait il fait bon
il me confie les bêtes
et me voit la partie
derrière 250
200 ou 250
moutons et chèvres
je les emmène à quelques kilomètres
de la yurte
et ensuite je vais tenter de les faire basculer
d'un versant de colline à l'autre
les versants sud
étant un peu plus ensoleillés
donc un peu moins enneigés
c'est là que le bétail
aura moins de neige à gratter
pour accéder à l'herbe
qui le fait survivre
ce cheminement c'est une ronde
perpétuelle qui m'occupe
toute la journée
en intégrant la famille
de go tof durant 3 ou 4 mois
je me demandais ce qui allait constituer
ma vie quotidienne
cette vie quotidienne c'est une routine
qui est la routine du travailleur
la routine de l'éleveur
qui doit consacrer l'intégralité de son temps
à la vie
de son troupeau
et donc à la survie de sa famille
il faut le matin nettoyer la bergerie
il faut rapporter
suffisamment de neige
pour la faire fondre et boire sous la yurte
il faut rapporter le combustible
pour faire fondre cette neige et cuisiner
et se chauffer
il faut emmener le matin
le troupeau au paturage
n'en revenir que le soir
ce qui mobilise une personne complète
il faut garder un oeil sur le troupeau
puisque des loups
rodent dans la région
le soir il faut prélever un peu
de lait au femelle du troupeau
pour mettre dans le thé
puis cuisiner pour
reprendre quelques protéines
avant de se coucher très vite
ça constitue
l'intégralité des journées
autrement dit on a beaucoup de temps
on connaît un peu l'ennui
lorsqu'on est au paturage
même si le paysage est très beau etc
mais on s'aperçoit que les journées
sont construites autour de
quelques événements seulement
et des événements totalement routignés
je vais toucher du doigt
l'élasticité du temps
l'ennui aussi parfois
parce que la solitude quand il fait
très froid et parfois
difficile à supporter
et en même temps
il y a une certaine beauté
à voir les heures défilées lentement
et en même temps le soir arrive
et là on est content de rentrer à la yurte
parce que on va se chauffer
on va s'alimenter
on va enfin laisser le bétail
et ne plus s'occuper que de soi
il faut imaginer que quand vous êtes
seul au troupo
au paturage avec le troupo
vous êtes constamment à le suivre
à le diriger, à le guider, à le rassembler
tandis que le soir
vous arrivez sous la yurte et vous ne vous préoccupez
plus que de vous
devant un bol de soupe
en discutant avec la famille qui vous accueille
ça c'est une grande joie
et c'est une joie presque primaire
j'ai l'impression d'être un ours
qui rentre à la tannière
j'ai besoin de chaleur
j'ai besoin d'alimentation
j'ai besoin de viande
j'ai besoin de refaire des forces
et de me reposer
en attendant le lendemain
qui sera une énième répétition
de ce schéma
arriver le soir après
une journée de garde auprès du troupo
c'est à voir froid
c'est surtout à voir fin
avoir besoin de calories
heureusement Ouyun Chimek est là
Ouyun Chimek prépare un petit plat pour la famille
le seul repas chaud
véritablement de la journée
le matin j'avale un peu de tsamppa
ou quelques baignées
et des litres de théolé
puis le midi rien
l'après midi rien
pas de petit goûter comme j'en ai l'habitude en France
et le soir enfin
ce repas qui se compose
d'une soupe
avec des pâtes que nous confectionnons
nous-mêmes sur le poil
et puis quelques morceaux
de viande de mouton bouillie
avec une pincée de sel
rien d'autre
tous les jours une soupe de mouton
avec des pâtes et une pincée de sel
tous les soirs
et lors des jours de fête
un repas chaud supplémentaire
le midi
et qu'est ce que c'est ?
soupe de mouton avec des pâtes
et une pincée de sel
jamais rien d'autre
on vous sert un repas qui en apparence
est sparsiate mais qui est
totalement savoureux
et il faut imaginer quand vous avez eu
fin et froid à la journée
ce repas il vaut
de l'or
on imagine toujours
les soirées sous la ourte en Mongolie
comme occupée par
des comptes
des légendes
Gotov lui dispose d'une vieille télé
qui est en panne
durant quelques semaines
puis Elas qui est réparée
une télé qui nous permet de meubler
bien différemment les soirées
une télé qui nous donne accès malheureusement
à toute la production
de films de kung fu
de Hong Kong
alors que lorsque j'imaginais ce séjour
immobile sous la ourte
j'imaginais des nuits
calmes passées à écouter
ou à entendre le vent
à entendre l'abouament des chiens
qui gardent le campement
à entendre le bellement
des brebis dans la bergerie voisine
j'imaginais tout ça
j'imaginais des nuits calmes
j'imaginais des nuits longues
dès que la nuit
des clubs securités tombent
j'imaginais que nous nous couchions
et en fait
Gotov bien souvent
regarde la télévision et ses films de kung fu
jusqu'à 1h du matin
2h du matin
il faut imaginer que la ourte
c'est cet espace de promiscuité
totale
où tout le monde vit
les uns sur les autres
et dormir durant des mois
avec la tête dans la télé
et l'écrit
de pratiquants de kung fu
qui se battent
ça peut être assez fatiguant
et puis à un moment on apprend à dormir avec
puis il y a aussi surtout
au-delà de la télévision
les rencontres, les visites nocturnes
vous êtes
couchés depuis 2h
un bruit à l'extérieur
je me réveille, Gotov se réveille
un moteur, un bruit de cheval
à l'extérieur
des amis, des boules, ouvreux
la porte et apporte une bouteille d'alcool
et là subitement la vie reprend
la télé s'éteint
et tout le monde
s'amplit à nouveau de joie
pas de rencontres possible
en Mongolie
sans thé partagées
si vous êtes
bien sûr isolés dans la steppe
et que vous croisez un cavalier
vous échangerais une cigarette
vous échangerais le fromage
séché que vous avez
caché dans le pli de votre veste
ou l'alcool que vous transportez etc
mais si vous rendez visite
à quelqu'un et encore plus
si vous l'accueillez chez vous
il vous faut partager le thé
c'est le moment incontournable
c'est la poignée de main
le thé au lait en Mongolie
c'est comme motivé
c'est plus un aliment
qu'une simple boisson réhydratante
dans ce thé on y jette du lait
on y jette du sel
mais on y jette aussi éventuellement
le reste des repas de la veille
ça peut être les poumons
ça peut être du riz, ça peut être de la viande
tout ce qui en fera
quelque chose qui permettra au berger
de reconstituer
ses forces avant de retourner au bétail
le thé c'est ce dont je rêvais
constamment toute la journée
quand j'étais seul au bétail
une fois que le premier mois
a passé je connais quasiment
chacun des gestes qu'il faut faire
je ne les accomplis pas encore parfaitement
mais l'enseignement s'est fait
pour ainsi dire
et là on se dit que les deux mois suivants
ou je me dis que les deux mois suivants
risquent d'être un peu ennuye
mais
de temps en temps j'ai la joie
de voir sous mes pieds
une herbe un peu plus haute
un peu plus dense, un peu plus riche
il y a quelques centaines de mètres
et à ce moment là j'y laisse le troupeau
durant 3,4 heures, 1 heure
que faire ?
on regarde le paysage
on cherche un fossile
on détaille ou on prend une photo
de la forme artistique
qu'un lichen
a constitué sur un rocher
on s'émeut
de la forme d'un buisson
de la forme d'un nuage passager
et ensuite
ensuite on écoute le silence
ensuite on
on rajuste ses manches
on secoue un peu ses épaules
pour que les manches descendent plus bas
on rajuste son bonnet, son cache-colle etc
et ensuite
ensuite on va chercher en soi
des souvenirs
des événements, on repense aux siens
et les heures passent
parfois teintés d'ennui
parfois teintés aussi
ou agrémentés d'une courte sieste
mais le troupeau est là
il faut le surveiller
il doit pas se disperser
j'avais emporté avec moi
un seul livre
je n'avais pas emporté de musique
je voulais être totalement disponible
par mes 5 sens
à la réalité mongole
je ne voulais jamais m'en couper
j'avais juste apporté un livre en me disant
on sait jamais et effectivement
j'ai apprécié la lecture
de ce pavé que j'avais pris
c'était les misérables de Victor Hugo
que certainement je n'aurais jamais eu le courage
de lire ici tellement le tempo
de notre vie est peu adapté
à la lenteur
et aux digressions de ce récit
et en même temps là bas ça a été une plongée
merveilleuse dans cette oeuvre
la lecture c'était aussi
pour moi un moyen
de combler le manque
de culture
qui marque la vie quotidienne à la campagne
en Mongolie
certes vous avez accès à une culture
qui n'est pas la vôtre
certes vous avez accès à un mode de vie
qui n'est pas le vôtre etc
mais parfois les discussions
avec des éleveurs
etc sont un peu répétitives
un peu lassantes etc
et donc c'était d'une certaine manière
l'échappatoire dont j'avais besoin
lors de mes journées solitaires
au pâturage
et voilà qu'arrive le mois de janvier
voilà ce qu'arrive parce que les Mongols
n'aiment véritablement le coeur
ou vraiment le centre de l'hiver
l'hiver
cours de novembre
à février et janvier c'est le
c'est le summum c'est la pogée
c'est le pic
dont il faut faire un tour




dans la tension puis la redescente
c'est une sorte de col
janvier
le franchir c'est s'assurer
d'une redescente
vers des jours
censé être meilleur
janvier c'est
moins 30 degrés la journée
c'est moins 40 quand le vent souffle
et la nuit je ne vous dis pas
le janvier comme les autres mois
c'est une petite dizaine de degrés sous la oudre
et si vous oubliez
de la chauffer
durant la nuit vous réveillez
tout est gelé
janvier c'est le mois le plus dur
c'est le mois durant lequel
les sons sont les plus purs
c'est pour moi la quintessence
de l'hiver
c'est une sorte de d'apogée
dans la découverte
de ce que le froid a de plus beau
et de plus cruelle
c'est en janvier
que je me suis pris
à aimer
les moments de solitude
auxquels j'étais contraint
tous les matins et tous les soirs
je devais
chaque matin et chaque soir
emporter un sac
partir seul dans la montagne
et en rapporter
un sac rempli de neige
pour la boisson ou pour la toilette
au début
c'était une corvée
alors que la neige
fraîche au début de l'hiver
est disponible à quelques dizaines de mètres
sous la yurte
mais en janvier tous les alentours de la yurte
ont déjà été piétinés par le troupeau
par les hommes
on y a fait nos besoins etc
il faut aller chercher une neige pure
bien plus loin
c'est une petite dizaine de minutes de marche
c'est parfois une demi heure de marche
s'il a insuffisamment neigé
et c'est en janvier grâce à cette luminosité
d'une grande pureté
que le matin ou au crépuscule
j'ai eu des moments de
je ne sais pas dire
des blouissements esthétiques
mais c'était vraiment d'une grande beauté
ces moments de solitude sont pour moi
d'autant plus indispensables
qu'après deux mois passés sous la yurte
je ressens
le besoin
de calme, je ressens un besoin de silence
et je n'en apprécie
encore plus
le retour, les retrouvailles
avec la famille ensuite
l'hiver semble interminable
en même temps
l'hiver est ponctué de fêtes
des fêtes communautaires
et puis des fêtes familiales
la fête
la plus belle, la plus intime
c'est peut-être celle du
Tsaransar, le Mois blanc
qu'en occident
nous connaissons sous le nom de
Nouvelan chinois
à quelques jours près, le Mois blanc
se produit en même temps
que le Nouvelan chinois
puisque c'est le nouvelan lunaire
et donc le passage
d'une année à l'autre
avec
une tension vers cet événement
et ensuite une redescente
progressive, tension
parce que chaque famille va devoir
accueillir
des visiteurs
qu'ils soient amis
qu'ils soient collègues de travail
ou qu'ils soient
parents
pour accueillir ces gens là, il faut
beaucoup d'alimentation, il faut beaucoup d'alcool
pour la première, on la produit
l'alimentation
l'éleveur nomade quasiment produit
la viande, le lait etc
mais il faut quand même acheter de la farine
il faut acheter de l'alcool tout ça demande de l'argent
donc il y a une tension
qui s'installe dans la steppe parce que tout le monde
fait des emplettes ou tout le monde a besoin d'argent pour faire des emplettes
puis cet événement arrive et là c'est absolument
fabuleux
le matin de la nouvelle année
après que
les jours précédents la famille est nettoyée
intégralement la yurthe
et que
elle est vue en moi
l'intérêt d'avoir dans la famille
quelqu'un de grand pour nettoyer les perches
de la yurthe sans avoir
monté sur un tabouet
après cet épisode de
nettoyage
maniaque
survient le premier matin
le matin du nouvel an
les hommes du campement vont
avant la lever du jour quitter la yurthe
monter sur la colline qui la domine
et là faire
un certain nombre d'offrandes
à l'esprit des lieux
pour comprendre ça
il faut savoir que les mongoles considèrent que la nature
est une sorte de
d'entité vivante avec laquelle on peut communiquer
et qu'elle est peuplée
d'esprit ou d'esprit maître
dans la nature
et quand vous habitez quelque part
en fait vous louez
l'endroit à l'esprit maître
et finalement pour
payer votre loyer
il faut lui offrir de la viande, de l'alcool, du thé au lait etc
finalement du lait tout ce que vous avez
de plus précieux
nous allumons donc un feu au sommet de la colline
et là nous y mettons de la viande
du lait, de l'alcool
puis nous nous prosternons face au soleil le vent
le premier soleil de la mai
nous redescendons au campement
et là je me souviens avoir demandé à Gotov
mais ça marche
ces offrandes
puisque ces offrandes sont censés lui assurer
une nouvelle année riche
prospère ou au moins seraine
je lui demande ça marche
Gotov, tous ces trucs là il me dit
je sais pas mais en tout cas j'aurais tout fait pour
et ça c'est un peu
sur le moment une surprise pour moi
mais qui est très révélatrice
de la conception qu'ont les
mongols du rapport à la spiritualité etc
c'est que ce sont souvent
des gens plus superstitieux
que croyants et qui
ne sont pas
exclusifs dans leur croyance
ils considèrent que finalement
plus on a d'esprit
ou de Dieu avec soi
meilleur les choses se passeront
et Gotov, lui
même s'il n'était pas spécifiquement croyant
continuait de faire
ces sacrifices ou ces offrandes
en espérant que tout irait bien pour les siens
nous voilà redescendus à la yurte
nous retrouvons
les femmes
les voisins etc et là c'est parti
pour trois jours de fête
et je me souviens avoir lui il y a
très très longtemps un auteur
je crois que c'était Stanley
Steward un écrivain voyageur anglais
qui disait quand les mongols font la fête
le reste de l'Asie se barricade
effectivement
c'est trois jours de fête tambourbatan
bon là bas tout de suite
on startine à la vodka
c'est un coup de gourdain la vodka
donc ça fait très vite monter
monter l'ambiance, ça chauffe très vite les esprits
et ça rend
encore une fois les choses très fraternelles
car en Mongolie on boit
pas certes mais on boit toujours en société
on boit toujours en groupe
et on considère
qu'il faut
savoir boire
savoir boire c'est
boire comme les autres
mais aussi se tenir
comme on dit de quelqu'un qui est devenu
ivre on dit
Mald Bolson c'est à dire il est devenu animal
voilà il faut
savoir boire pour rester digne
rester humain et en même temps suivre
le tempo de la fête, ce qui est assez difficile
et durant ces
jours de fête
qui donnent toute sa beauté
aux nouvelles ans
nous rendons visite
et on nous rend visite
nous rendons visite à toute la famille
à tout le réseau etc et puis des gens
arrivent constamment sous la ourde
et nous étions jusqu'à une vingtaine
à dormir par terre les uns contre les autres
dans la quinzaine ou la vingtaine de mètres carré
de la ourde
là aussi ça dit beaucoup de choses
de l'étendu
de la famille mongole
de l'étendu du réseau etc
et puis de la capacité
qu'on sait gens à vivre en groupe
et à ne considérer la vie qu'en groupe
c'est à mes yeux
une des
en fait je suis venu pour ça je ne suis pas venu
simplement pour voir la beauté de l'hiver
je ne suis pas venu pour voir simplement
l'intensité du froid je suis venu
pour que mon regard ce nuance
ce teinte de nuances s'enrichit
c'est pécisse de tout
ce qui peut faire éventuellement ma connaissance
du pays c'est là
pour moi une des forces du voyage
au long cours c'est de
de ne plus savoir vraiment
ou complètement ou de manière radical
ce qui est bon ou ce qui ne l'est pas
ce que je trouve beau ou ce que je trouve
détestable, dégoutant etc
si je passais
15 jours en Mongolie
j'aurais un avis ferme
tranché sur la question
mais qui serait certainement faussé
en y passant 3 mois
mon avis ne cesse
d'avancer, de reculer, de se transformer
d'évoluer mais aussi
de
se teinter des subtilités
de compréhension qui sont
indispensables quand on étudie un pays
pour nous

d'avoir un peu d'intimité
et de ne plus avoir
notre marque
puisque c'est ainsi qu'il m'appelait
notre marque avec eux
je m'en vais dormir chez la mère
de Hyun Shimek
qui habite dans un campement
à quelques kilomètres
je me souviens
de la chine

de la fois où Hyun Shimek m'avait conduit chez elle
chez sa mère
et m'avait dit
c'est très simple
tu vois ces étoiles, la constellation d'Oryon
tu les suis
tu marches tout le temps dans leur direction
et tu tombes sur la yur de ma mère
et donc un soir
elle m'y avait accompagné
et quelques semaines après elle me dit
ce soir tu vas marcher vers Oryon
j'ai compris qu'elle avait envie de se retrouver seul avec son mari
je prend donc mon baluchon
et je marche vers Oryon
3,4 heures de marche en pleine nuit dans la steppe
avec la pétouche
du moindre bruit
avec la pétouche de croiser des loups
et évidemment je n'en ai pas croisé
évidemment j'ai eu peur pour rien
mais c'était
d'une grande beauté
d'entendre le seul bruit de mes pas
et puis
de tendre vers un objectif
où je savais qu'il y aurait de la chaleur
un repas chaud
des gens qui ne m'attendaient pas
mais seraient contents de me voir
et il y a cette
grande phase de silence d'attente
où je regarde régulièrement les étoiles
et puis subitement
la boamon d'un chien
le chien qui garde le campement de la mère de Yon Shimek
et là je me dis c'est bon je suis dans la bonne direction
je suis sauvé, j'y suis
d'autres soirées moins joyeuses
ponctu le séjour
le raid
d'une orde de loup
sur le campement voisin
une vingtaine de brebis
furent égorgés
et le lendemain
je revisite
aux éleveurs de ce campement
j'ai



été triste pour eux
mais je ne les trouve pas spécialement triste
je m'étonne alors au début je me dis
finalement il s'en fiche de leur brebis
et en fait en discutant avec eux
je vois bien que
les tabous religieux veulent
qu'on ne montre pas sa tristesse
veulent qu'on ne parle pas
de l'événement qui s'est passé
ou alors on en parle de manière
légère
afin qu'ils ne se reproduisent pas
parler du malheur
parler des loups c'est finalement
convoquer le malheur et appeler les loups
donc on préfère
d'une certaine manière tourner la page
on préfère
accepter son sort
et c'est une des choses
qui moi me touche me boulevers
sans mongolie quand ces gens traversent
une épreuve souvent ils ne s'en
plaignent pas
souvent ils en tient davantage une fierté
j'ai souvent entendu dire assez fièrement
les éleveurs
oui ma vie est difficile
mais je l'aime et j'en suis fier
des journées passées
à guider le
troupeau au paturage
des journées passées
à ses côtés
à compter les heures qui passent
des journées passées
auprès des moutons
et des chèvres à les regarder
a détailler le paysage
a lire
a s'ennuyer
durant des semaines
durant un mois, deux mois
et puis comme par magie
l'ennui qui s'estompe en mois
comme par magie
les journées qui me paraissent plus courtes
comme par magie aussi
je n'ai plus envie de lire
j'ai simplement envie de regarder
le troupeau dont j'ai la charge
comme par magie
je me sens de plus en plus proche
je ne dirais pas
de la roche mais au moins
des paysages mais au moins des gens qui habitent
dans la région mais au moins
du troupeau dont j'assure
la surveillance
et chaque
jour je me lève
de plus en plus tôt chaque jour
je suis volontaire
pour donner
quelques brassées de foin ou vaches
pour effectuer
toutes les tâches quotidiennes
qui assurent la survie de la famille
chaque jour
les éleveurs
me disent mais tu sais
jusqu'au village on entend parler
de toi
régulièrement
pour me
pour blaguer
les voisines me disent mais tu sais
tu es ratoujilté comme disent les mongols
c'est dure à la tâche
t'es discipliné etc
tu ferais un bon mari ici
on peut te trouver une compagne
t'auras moins froid la nuit
et chaque jour
je sens que
je
sombre ou je fonds
ou je me fonds à la réalité locale
chaque jour je me sens
je ne dirais pas
moins français mais je me sens de plus
en plus proche
de la réalité
que j'ai intégrée et que j'observe
depuis plusieurs mois
et effectivement
c'est peut-être la conséquence
de
mon hyperactivité
mon besoin
d'occuper mes mains
mon besoin de d'aider la famille
aussi un besoin et puis un désir
c'est à dire qu'après deux mois passés à leur côté
je vois la difficulté qu'ils ont
je vois qu'ils n'ont pas
d'argent ou quasiment pas d'argent
je vois que tout dépend
du travail de leur main
et moins
ils dorment plus ils ont de chances
de vivre mais plus ils ont de chances
de vivre alors difficilement ou en souffrant
je vois que tout est
tout est dur pour eux et j'ai envie de les aider
et j'ai envie de travailler encore plus
et donc je me démène à la tâche
et cette tâche
ce surmenage d'une certaine manière
cette hyperactivité
me fait oublier l'ennui
me permet de remplir chaque minute
et aussi me
finalement me rend plus indispensable
dans la famille parce que je suis capable
à ce moment là de
prendre en charge
telle ou telle tâche
et donc à ce moment là la mère de famille
peut se reposer
Gotov qui a terriblement mal au dos
peut lui aussi s'accorder quelques heures de repos
et d'une certaine manière
même si ça n'est que pour 3 mois
je me donne corps et âme
à la vie de ce campement
la lenteur
auquel j'ai eu
accès
lenteur des gestes
lenteur des discussions
lenteur des paroles
lenteur aussi avec laquelle
les situations évoluent
ou n'évoluent pas
la vie à la campagne
en Mongolie est
souvent sclérosée
comme le disent les citadins
mongols
et finalement
enquistés, prises dans
une routine
qui l'empêche d'évoluer
cette lenteur là est aussi riche
d'enseignements qu'elle est parfois
fatigante
lorsque
vous êtes pris de nostalgie
lorsque vous êtes
l'as d'effort
lorsque vous êtes l'as à force d'endurer
etc
mais c'est une lenteur aussi
qui a beaucoup de beauté
lorsque le matin vous sortez de la yurte
c'est une lenteur qui laisse
de la place
comme je le disais aux discussions
aux rencontres
le tempo est moins sacadé que chez nous
moins stressant la vie quotidienne
est assez différente maintenant
cette vie quotidienne
est-elle très différente
de celle d'un berger en France
j'en suis pas sûr
en fait ça n'est pas tant la vie
des nomades mongoles qui est différente de la nôtre
c'est tout simplement leur vie pastoral
qui est différente de notre vie quotidienne
et je pense que
ma grand-mère qui était née dans une ferme
du Tarn
aurait reconnu beaucoup
de choses dans la manière
qu'ont les éleveurs mongoles
de vivre une journée
de même qu'un berger pyrénéen ou des Alpes
se reconnaitrait très certainement
dans la gestion du temps
par les éleveurs mongoles
Gotov
comme beaucoup d'autres
semble paraisseux
parce qu'il fait les choses lentement
parce qu'il aime disposer
de temps
en même temps
ou pour
pour saluer sa manière d'être
est-ce que le temps n'est pas la plus grande richesse
aujourd'hui bien plus que l'argent
etc.
ce temps après lequel nous courons tous
et est-ce que finalement Gotov
comme tous les éleveurs en Homan
n'est pas capable d'enrichir sa vie
en prenant le temps
je le pense sincèrement
vous pouvez retrouver le récit complet
de son aventure
dans le magnifique livre
Yvre de Steppe
édité chez Trans-Boréale
merci à lui pour son témoignage
et merci à vous d'avoir écouté cet épisode
les baladeurs
est un podcast du magazine Leosers
cet épisode a été réalisé
par Thomas Fyre
assisté par Nicolas Alberti
cette histoire a été présentée
par Clément Sacar
et monté par Claude Vibaud
la musique originale
a été composée par Nicolas de Ferrand
et le mixage a été assuré
par Antoine Martin
on se retrouve dans 15 jours
pour une nouvelle aventure
à très bientôt

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

LesBaladeurs

Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': None}, {'term': 'Society & Culture', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Places & Travel', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}, {'term': 'Personal Journals', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere