#64 — Dans le creux de la vague, avec Isabelle Autissier

Durée: 52m9s

Date de sortie: 05/04/2023

3 novembre 1996. Aux Sables d’Olonne, le départ du Vendée Globe est donné. C’est l’aventure ultime : un tour du monde à la voile en solitaire, sans assistance et sans escale. La navigatrice Isabelle Autissier est parmi les favoris. Mais cette édition tourne au cauchemar quant aux premiers naufrages et abandons s’ajoute une tempête aux vagues immenses et aux vents de 170 km/h. Dans ces conditions dantesques, le skipper Gerry Rouf ne répond plus. Isabelle Autissier en compétitrice la plus proche, se déroute alors pour partir à sa recherche…


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🎙  Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart, la musique est composée par Nicolas de Ferran et Michael Boga s'est occupé de la musique additionnelle. Chloé Wibaux, s'est assurée du montage et Antoine Martin du mixage.

🤝 La saison 6 des Baladeurs est soutenue par Columbia.
— 

Plus de détails sur l'épisode :

3 novembre 1996. Sur le port des Sables d’Olonne, la tension est palpable. Le départ du Vendée Globe vient d’être donné. C’est l’aventure ultime : un tour du monde à la voile en solitaire, sans assistance et sans escale.


La navigatrice Isabelle Autissier — première femme à avoir bouclé un tour du monde en solitaire en compétition — est donnée parmi les favoris de cette épreuve hors-norme. Aux côtés de 14 participants, elle part affronter les mers les plus agitées du globe, les vents contraires du Golf de Gascogne, les tempêtes de l’Atlantique Sud ou encore le passage du mythique Cap Horn.


Mais cette troisième édition du Vendée Globe tourne au cauchemar. Après les naufrages et les abandons dans la première partie de la course, une tempête se déclenche dans le Pacifique Sud. Les marins ne le savent pas encore, mais ils vont se retrouver au coeur de vagues immenses, avec des vents qui soufflent à près de 170 kilomètres heures.


La tempête fait rage quand l’organisation perd le contact avec le navigateur Gerry Rouf. Son dernier message n’est pas rassurant : « Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes ».


Isabelle Autissier, la compétitrice la plus proche, se déroute pour partir à la recherche du bateau du skipper Canadien, dans des conditions dantesques… Une histoire désormais tristement célèbre qui va ancrer l’édition 1996-1997 du Vendée Globe dans les mémoires…

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3 novembre 1996
Sur le port des sables d'Olonne, la tension est palpable.
Le départ du Vendée Globe vient d'être donné.
C'est l'aventure ultime.
Un tour du monde à la voile en solitaire,
sans assistance et sans escale.
La navigatrice Isabelle Autissier.
Première femme à avoir bouclé un tour du monde en solitaire en compétition
est donnée parmi les favoris de cette épreuve hors normes.
Au côté de 14 participants,
elles part à fronter les mères les plus agités du globe.
Les vents contraires du Golfe de Gascogne,
les tempêtes de l'Atlantique Sud
ou encore le passage du mythique Caporn.
Mais cette 3e édition du Vendée Globe tourne au cauchemar.
Après les naufrages et les abandons dans la première partie de la course,
une tempête se déclenche dans le Pacifique Sud.
Les marins ne le savent pas encore,
mais ils vont se retrouver au cœur de vagues immenses,
avec des vents qui soufflent à près de 170 kmh.
La tempête ferrage quand l'organisation perd le contact
avec le navigateur Jerry Roof.
Son dernier message n'est pas rassurant.
Les vagues ne sont plus des vagues, elles sont hautes comme les Alpes.
Isabelle Autissier, la compétitrice la plus proche,
se déroute pour partir à la recherche du bateau du skipper canadien
dans des conditions dentesques.
Une histoire désormais tristement célèbre
qui va ancrer l'édition 1996-1997 du Vendée Globe dans les mémoires.
Je suis une petite fille de la banlieue parisienne
qui a la chance de partir en vacances pendant 2 mois,
presque 2 mois et demi à l'époque,
en Bretagne-Nord, du côté de Saint-Cas par la Saint-Lunaire,
avec des parents qui aiment bien la voile,
et on a un petit dériveur en famille,
donc un tout petit bateau en bois qu'on tramble depuis Paris.
On a une petite bataille qui est très chaleur,

et on passe notre été sur l'eau.
Quand je suis toute petite fille, quand j'ai 6 ans, 7 ans,
on m'emmène sur le bateau comme mes sœurs,
et j'adore ça.
Pendant longtemps, ça va rester une passion de vacances,
mais petit à petit,
l'idée fait son chemin que mon histoire à moi est avec la mère.
Ce qui est très frappant pour une petite fille,
je pense que pour un petit enfant,
c'est avant tout sur les sensations que ça se joue.
On n'a pas encore, on n'a pas un démarche intellectuel, etc.
Et les sensations que je ressens en bateau,
que c'est amusant, ça bouge,
il y a des voiles qui claquent, qu'il faut régler,
on va dans l'île d'en face, c'est une sacrée aventure,
il y a une espèce de liberté,
mais en même temps, il y a tout ce milieu de la voile
et de la mère qui est assez intrigant.
C'est d'abord ça qui me retient.
Après, quand je commence à grandir,
à être un peu plus adolescente,
je lis beaucoup des histoires de navigateurs,
mais aussi parce que j'aime bien les sciences,
je commence à m'intéresser à la science de la mère,
à comprendre comment ça se passe,
qu'est-ce qui se passe dans la mère.
Et tout ça me passionne.
Et donc, très jeune, quand j'ai 12, 13, 14 ans,
je me dis que c'est le milieu où je me sens bien,
c'est le milieu où j'ai l'impression d'être un peu chier moi,
en quelque sorte.
Donc, c'est là que ça va se passer.
Je ne sais pas trop ce que je vais faire exactement.
Est-ce que je vais, comme dans mes rêves les plus fous,
faire le tour du monde en bateau à voiles,
ou est-ce que je vais avoir un métier de chercheur,
ou est-ce que je vais...
Enfin, voilà, je ne sais rien,
mais c'est de toute évidence ce milieu qui me motive.
Genre, je rêve quand je suis à la maison,
dans ma banlieue, je rêve qu'au moment où on part naviguer.
Je pense que quand on est enfant, adolescent,
on rêve toujours les choses les plus folles.
Je vais aller dans l'espace, je vais faire ceci, je vais faire cela.
On n'a pas de limite et c'est très bien et c'est tant mieux.
Donc moi, je n'ai pas de limite.
Et puis, je suis bercée dans ces lectures,
puisqu'à l'époque, c'est essentiellement la lecture
de grands marins, de marins contemporains
et de marins qui quelque part, je veux pas dire qui me ressemblent,
mais sont des gens qui, je pense aux gens,
je n'ai pas les bons sais, je pense à Bernard Moétécier,
qui sont des gens qui ne sont pas nés avec une cuiraine argent dans la bouche,
qui ne sont pas nés les pieds sur un bateau,
qui ont construit tout cela.
Et donc, je lis ces livres-là et je me dis,
finalement, ces gens qui n'avaient rien au départ,
ils ont quand même réussi à le faire.
Donc pourquoi est-ce que moi, je sais un petit peu naviguer,
mais pas plus, pourquoi est-ce que je ne réussirais pas ?
Bon départ, bon départ, premier sur la ligne, votre nom autour du monde.
Le bon départ, c'était pour Bertrand de Broc.
Il était 13h02, l'heure des adieux, pour Isabelle Autissier,
pour Yves Parlier, pour Christophe Auguin et tous les autres.
La Dieu Ossien et la Terre entière,
désormais leur terrain de jeu, c'est la planète mer.
100 jours de solitude pour 13 hommes et deux femmes,
qui vont en découdre avec le pire et le meilleur des océans,
tempête, froid et vent.
Partir, revenir, un copain qui part,
amainte un émotion, et le dernier baiser des soeurs sourires,
Isabelle Autissier et Catherine Chabot.
13 hommes et deux femmes sur la mer, pour faire le tour du monde.
Pas facile pour ceux qui part, pas facile pour ceux qui restent,
et les derniers instants qu'on n'oublie pas.
Le départ des soeurs de l'homme, c'est la foire d'Empagne,
c'est-à-dire qu'il y a des centaines de milliers de personnes,
qui sont arrivées des fois depuis 4h du matin,
pour avoir la bonne place sur le chenal, pour pouvoir passer les bateaux.
Donc il y a un monde de dingues.
Là, il y a un moment qui est assez difficile,
c'est quand on se retrouve sur le ponton,
il y a les autres concurrents.
Et il y a ce passage un peu de bateau en bateau,
on se dit au revoir les uns aux autres,
avec dans un petit coin de la tête,
quand même l'idée qu'on espère bien qu'on leur dira,
bonjour, on retourne.
Et puis au fond, on n'a plus qu'une envie, c'est que ça parte.
Et moi, que ce soit cette course-là,
ou les autres en solitaire,
il y a un moment où j'en peux plus, il faut qu'ils partent.
J'ai besoin d'être toute seule.
J'en ai marre, ça fait des mois et des mois que j'attends ce moment,
et que c'est le crux.
Et voilà, il faut que je sois toute seule.
J'ai besoin de ça.
Puisque c'est ça mon histoire, il faut que ça commence.
Et puis après, il y a la procédure de départ,
ou bien sûr là, il faut être très concentré
pour éviter les collisions qui arrivent malheureusement parfois,
et prendre le meilleur départ possible,
parce que ça fait plaisir aux sponsors.
Mais voilà, et puis après,
vraiment c'est la fin de la journée,
quand les dernières vedettes,
les dernières hélicoptères s'éloignent,
là, il y a vraiment un sentiment de soulagement.
Ça y est, tout ça c'est fini, je rentre dans mon histoire.
Mon histoire, c'est quand même moi ce bateau, la mer.
Le Vendée Globe, c'est une course autour du monde,
sans escale, en solitaire, et sans assistance.
C'est-à-dire qu'on ne peut pas s'arrêter si on s'arrête,
on est disqualifié, et on parle des sables de l'ON,
donc on parle de l'Europe occidentale,
descend l'Atlantique, fait le tour de l'Atlantarctique,
remonte l'Atlantique, et tout ça maintenant prend,
maintenant en nettement moins de trois mois,
mais quand je l'ai fait, c'était un petit peu plus.
Un Vendée Globe, c'est une course de fonds longues,
c'est-à-dire qu'on ne gère pas le bateau pareil,
on ne se gère pas pareil.
Donc déjà, c'est intéressant, du point de vue de la différence.
Oui, il y a un côté un peu mythique, forcément,
à faire le tour du monde juste poussé par le vent et sans s'arrêter.
Il y a un côté aussi personnel,
c'est une chose que de naviguer 15 jours, 3 semaines, à moi toute seule,
s'en a une autre de naviguer 3 mois.
Donc voilà, tout ça est quand même assez excitant, on va dire.
C'est évident que quand on fait un tour du monde en solitaire,
ou quand on part en solitaire, d'ailleurs,
même quand on le fait sans le faire en course,
c'est ces moments-là qu'on attend.
D'abord, ce sont évidemment des moments de vérité.
Moi, je peux vous raconter n'importe quelle histoire,
mais à moi-même, je peux pas,
parce que moi, je sais où j'en suis sur un bateau.
Je sais si je donne tout mon jus ou pas, je sais si j'ai peur ou pas, je sais si...
Et ça, c'est quand même expérimenter ça,
ce que j'appelle, moi, pas du tout repousser ces limites,
parce qu'on en a tous des limites, mais les explorer,
c'est quand même assez passionnant.
Donc ça, on l'attend.
Et puis, moi, la mer, c'est mon histoire, c'est mon milieu,
c'est ma maison, c'est là que je me sens bien.
Donc l'idée d'y passer 3 mois, c'est génial.
Quand vous aimez bien un truc, vous vous dites,
oh ben là, je suis pénale pour faire ce que j'aime pendant 3 mois,
c'est quand même bien.
En fait, il y a 2, enfin, on va dire 3 moments
dans un Vendée Globe, on descend à l'Atlantique,
on tourne à gauche, entre guillemets,
on passe un mois et demie dans les mers du Sud,
et puis on arrive au Cap Horn,
et là, on retourne à gauche et on remonte à l'Atlantique.
Et évidemment, l'Atlantique et le Sud sont 2 milieux complètement différents.
L'Atlantique, c'est un peu moins mal,
mal famé du point de vue du mauvais temps,
mais c'est très varié en termes de navigation.
On va avoir des moments avec très peu de vent,
qui sont les anticyclones,
où là, il faut financer, on va essayer d'aller le plus vite possible.
On va avoir des moments dans la Lise,
où au contraire, là, ça caracole,
c'est des conditions assez stables.
Il faut tout le temps s'imaginer
dans 2 jours, dans 4 jours, dans une semaine,
pour être au bon endroit au bon moment.
Dans le Sud, ce qu'on appelle le Sud,
avec un esme agiscule, nous les marins,
on est dans des systèmes de mauvais temps, presque permanents.
On est donc avec des vents qui peuvent être extrêmement violents.
Moi, j'ai vécu des tempêtes quand même très fortes,
avec des mers qui n'ont pas d'obsacres,
tout autour du globe,
donc des mers qui sont en général assez hautes,
assez impressionnantes,
et surtout, on est loin.
Et ça, j'ai découvert que c'était la grosse différence.
Quand vous êtes dans les mers du Sud,
le type le plus proche, c'est Thomas Pesquet.
Et ça, ça change tout.
Quand vous êtes au milieu du Pacifique,
il faut 15 jours pour venir vous chercher.
Donc, autant dire qu'on vient pas vous chercher.
Les marins qui, quand ils courent,
leur premier objectif, c'est d'arriver.
Ça, c'est jamais gagné.
Donc, déjà, il y a un impératif de sécurité
et un impératif de gestion de soi-même,
de son bateau, pour faire en sorte que ça se passe à peu près bien.
Je vais passer du temps à faire des manœuvres en fonction du vent,
donc régler les voiles, changer les voiles.
Et ça en solitaire, c'est quand même tout un petit boulot,
parce qu'elles sont lourdes, il faut les sortir,
la cale, les établir, etc.
Je vais passer beaucoup de temps à la météo.
Donc, je vais essayer de pondérer ce que va me proposer l'ordinateur,
qui va me proposer des routes, évidemment les meilleurs possibles.
Je vais essayer d'imaginer ce que vivent mes petits camarades
et d'en avoir une stratégie, de déduire une stratégie.
Après, c'est bien le diable si je n'ai pas un oeil de trucs à réparer.
En gros, on dit que c'est un emmerde par jour,
mais c'est même souvent plusieurs emmerdes par jour.
C'est des bateaux extrêmement pointus,
qui sont quand même dans des conditions pas toujours faciles,
qu'on pousse quand même dans les dernières extrémités.
Donc, on a facilement un truc qui casse,
un truc qui est sur le point de casser.
Donc, je vais vous récoler, pas mal.
Je vais dormir de temps en temps.
Donc, en mer, je dors par plage de 20 minutes à peu près.
Tous les médecins vous disent que normalement,
on dort dans des plages de temps qui sont en gros d'une heure et demi.
Quand on est en état de stress et en état d'hypervisilance,
en fait, je ne vais pas faire un cycle d'une heure et demi.
Je vais tout de suite faire du sommeil profond,
tout de suite rêver et tout de suite ressortir.
Donc, en fait, je vais réduire mon temps d'une heure et demi à 20 ou 25 minutes.
Et ça, il n'y a pas d'apprentissage.
C'est quelque chose que le cerveau sait.
Dans cette course, j'ai deux amis et demi.
C'est Christophe Oguin, qui est un très bon copain.
On avait déjà couru, contre l'autre, dans des courses d'avant,
dans un tour du monde à Quescal.
Donc, avec lui, je sais que ça va être la bagarre.
Et puis, un autre, Yves Parlier,
notre arch-achonais,
qui est un garçon très inventif, vraiment un ingénieur,
qui a inventé un nouveau système de maraîtes gréments
et qui est aussi un très, très bon marin.
Donc, en gros, quand on arrive au départ du Vendée Globe,
tout le monde dit, les commentateurs disent,
« Bah voilà, ça c'est le trio, quoi. »
Après, il y a Jerry Roof, donc Jerry Roof, le canadien,
qui est aussi un copain, on se connaît tous,
c'est un tout petit milieu, donc on se connaît quand même assez vite les uns et les autres.
Jerry, c'est un bon marin qui a un peu moins d'expérience solitaire,
qui a beaucoup navigué en équipage,
que j'ai eu à bord, moi, sur le bateau, dans les courses en équipage,
et qui a aussi des chances assez raisonnables,
on va dire, en tout cas, de figurer dans le palmarès.
La première nuit, tout le monde est malade,
parce qu'on a du gros mauvais temps dans le pif,
donc les bateaux sont secoués comme pas possible,
et on part, on est fatigués, on est stressés,
ceci dit, on est malade, c'est comme ça.
On est dans le mauvais temps,
ça, c'est assez tendu, parce qu'évidemment,
une des pires choses, c'est de casser tout de suite,
ce qui arrive, dans le Vendée Globe,
il y a des gens qui vont même pas jusqu'en Espagne
et qui pètent les bateaux, qui dématent.
Donc moi, ma façon de gérer les choses,
c'est d'être un tout petit peu conservatrice les 48 premières heures,
de me donner un tout petit peu le temps de rentrer dans mon histoire,
et comme en plus, il fait mauvais,
de pas forcer tout de suite sur le bateau,
parce que je suis pas encore au top,
très vigilante sur le fait que le bateau résiste
à ce premier coup de vent,
et qu'il n'y a pas un truc que j'ai pas vu,
ou qu'il n'y a pas été bien fait avant de partir,
et qui pourrait poser problème.
Donc je passe ces deux premiers jours,
un peu entrer dans mon sceau pour dégueuler,
et puis un peu, voilà, on regarde un peu ce qui se passe.
Après, on a une période un petit peu plus tranquille,
puisqu'on arrive dans un premier anticyclone,
c'est-à-dire une première zone de sang-vent,
donc il faut gérer des points de vue météo,
mais qui est moins violente.
Il se met à faire un peu plus beau, un peu plus chaud,
il y a moins de mauvais temps,
donc j'allais dire qu'on sort un peu de notre trou,
et puis là, on cravache, on fait marcher le bateau,
on essaie de trouver les petits couloirs devant,
et toujours sur ces courses-là,
on se projette toujours plusieurs jours en avance,
et on se dit dans quatre jours, je vais tout,
ce sera quoi la météo,
et comment est-ce que je vais passer l'étape d'après.
Et donc quand on est là,
c'est le moment dont on a cet anticyclone,
après on arrive dans l'Alizé,
qui est donc un endroit quand même assez béni,
puisque là, on a du vent dans le dos,
qui vous pousse, il fait beau, il fait chaud,
tout va bien, on est en maillot de bain,
ça cavale, etc.
Mais on a en vue cette fameuse zone,
qui est en gros barre l'Atlantique,
qu'on appelle le poteau noir,
qui est pratiquement sur l'équateur,
qui est une zone de convergence de vent,
donc avec des vents qui peuvent être
soit extrêmement faibles,
soit tout un coup brutalement très violent,
et venir un peu de n'importe quel côté.
Donc ça, c'est une zone compliquée à passer,
et donc à l'avance,
deux, trois, quatre jours à l'avance,
on essaye de se dire le meilleur endroit pour le passer,
ça va être là,
et d'essayer dans l'Alizé de se reposer un peu,
pour être d'attaque,
pour passer le plus vite possible,
ce moment-là.
Donc ça, le poteau noir,
donc l'endroit en gros de l'équateur,
ça peut déjà faire des grosses différences.
Les bateaux qui font ce genre de course
font 18 mètres de long,
après ce sont des monocoques,
les bateaux, à une seule coque,
qui ont été conçus, désignés,
construits pour être le plus léger possible,
donc pour aller le plus vite possible.
Après, c'est totalement minimaliste,
évidemment, du point de vue de la survie.
Dans le meilleur des cas,
une banette, c'est-à-dire un cadre en alu
avec une toile,
qu'on oriente selon la jite,
mais même des fois, même pas ça,
juste un pouf,
sur lequel on s'écroule pour dormir.
Il y a un petit camping-gaz sur Cardan
pour faire réchauffer des plats tout près.
Il y a évidemment ni salle de bain,
ni toilette, ni rien.
Et puis après, il y a une grande soute à voile,
la matérielle dans laquelle on stock
tout ce qui nous est indispensable.
Et on est tous extrêmement
pointus sur le poids.
Et donc, tout ce qui monte à bord
doit justifier qu'il a une vraie utilité.
Et donc, on va trier les choses,
de manière à essayer de garder les bateaux
les plus légers possibles.
...
Souvent, les gens me disent
« mais vous devez vous ennouiller en mer,
c'est tout le temps pareil.
Il n'y a que de l'eau, à 360 degrés.
Alors oui, c'est vrai.
Mais en fait, il y a des paysages maritime,
comme il y a des paysages à terre.
Et le paysage de l'Elysée
n'a rien à voir avec le paysage du poteau noir,
qui n'a rien à voir avec le paysage
des Quarantiems Sud.
Pour prendre deux exemples
très éloignés l'un de l'autre,
dans l'Elysée, il fait 25 degrés,
vous avez une mer qui est plutôt
bleu-verte, assez vivante.
Donc, il y a des vagues,
donc, il y a des petits moutons sur les vagues,
mais ce n'est pas des merveilles dangereuses du tout.
Voilà.
Vous avez un ciel qui est très particulier
avec des nuages comme des pyramides
un petit peu penchés comme ça.
Donc, il y a parfois un petit peu plus de vent
à proximité du nuage,
mais c'est vraiment très gérable.
Mais ça fait des ciels très vivants,
très animés, très...
Voilà.
Vous avez les poissons volants
qui, des fois, atterrissent sur le pont.
Vous avez quand même un certain nombre d'oiseaux
comme les frégates, comme des oiseaux comme ça.
Donc, c'est très...
L'Elysée, c'est des endroits,
j'allais dire un peu joyeux.
C'est comme vous vous promenez dans une jolie campagne
où il y a des belles petites collines
avec des arbres, avec des oiseaux,
avec des... Je ne sais pas quoi,
des biches qui sautent avec...
Enfin, voyez, c'est quelque chose de...
Bon, évidemment, quand on est en course,
on est quand même concentrés sur ce qu'on fait,
mais c'est agréable.
Et puis, dans la tête,
on a moins de charge mentale
parce que gros sous-moudeau,
ça va bien se passer.
Un paysage des quarantièmes
ou des séquentième sud,
ça n'a plus rien à voir.
La mer va être
beaucoup plus sombre, grise,
noir,
plus sombre comme ça.
Il y aura toujours au moins
une houle très haute,
voir des vagues assez importantes,
mais on a cette espèce de...
de souffle de puissance
qui est née des vagues.
On a alors...
Ben, les nuages, ça peut dépendre,
mais on a souvent un ciel très nuageux.
Donc avec toutes les couleurs de gris,
de pluie, de neige,
les grandes neiges,
qui sont un peu plus blancs dans le fond,
les grandes pluies, les...
Et qui bousculent un peu le bateau.
Parce que pour le coup, là,
quand on s'approche des nuages,
ça change de direction,
ça peut forcir beaucoup.
Donc on est dans une ambiance,
évidemment, plus sombre,
plus...
Convite façon...
Enfin, voilà, j'ai l'impression qu'il y a...
Je peux dire qu'il y a un danger qui rôde,
mais je sens quand même que
c'est pas simple, quoi.
Et après, évidemment,
quand ça, ça s'anime avec le vol des albatrosses,
c'est magique,
et on peut regarder ces oiseaux.
Enfin, voilà, un albatross,
ça ne va pas de zèle.
Ça n'a pas besoin de mettre de zèle,
ça plane tout le temps.
Et donc, quand on regarde,
ces oiseaux qui vont tourner
autour du bateau,
parce que ça les intéresse un peu
de voir ce qui se passe,
donc ils vont tourner autour du bateau comme ça,
on a l'impression qu'ils tiennent dans l'air par magie.
C'est vrai que c'est des spectacles
qui sont absolument inoubliables, quoi.
C'est vraiment des états de mer...
assez magiques aussi,
mais voilà,
c'est plus...
c'est plus contraint,
c'est plus...
On sent que ça peut facilement mal tourner.
La sortie du poteau noir,
on va retrouver l'Alizé de l'autre côté,
mais on l'aura dans le nez.
C'est un peu moins agréable.
Enfin, bon, ça se passe.
Ensuite, la question,
c'est comment est-ce que je fais le tour
de cet anticyclone qui, en général,
barre l'Atlantique ?
Pas toujours.
Il y a des fois, je me suis infiltré,
j'ai trouvé des petits passages météo.
Mais dans le Vendée Globe,
il est en situation de la construction

de la situation classique.
Et donc, dans ce cas-là,
la stratégie, c'est de passer vraiment
le long du Brésil,
sous-spit le plus vite possible,
et d'aller rejoindre le plus tôt possible
les 40e Sud.
Cette descente le long du Brésil
va être assez ventée.
J'ai plutôt...
Ouais, j'ai plutôt du vent
relativement bien établi,
donc ça va vite.
Je ne suis même pas sous-spit
parce qu'il y a trop de vent, même.
Et donc, là, ça déboule vraiment bien,
ce qui est assez excitant.
C'est des bateaux...
On a l'impression que ça vole,
c'est le bateau surf sur les vagues,
tout l'avant du bateau est hors de l'eau.
Ça fait énormément de bruit, bien sûr.
C'est assez violent,
ça tabasse un peu dans tous les sens,
mais c'est vrai que c'est quand même
des moments assez excitants d'un navigation.
Ensuite, je vais rejoindre les 40e
avec l'idée, à ce moment-là,
vu la météo de passer largement
sous l'Afrique du Sud
pour arriver dans l'océan indien
relativement Sud
et le plus tôt possible.
Et en fait, c'est là que je vais casser.
Je suis...
donc de l'Afrique du Sud.
A priori, tout va bien.
J'ai passé la nuit, il y a du vent,
donc le bateau avance bien.
Et c'est juste avant le lever du jour.
Je suis réveillée par le fait
que le bateau part dans le mauvais sens.
Et donc, évidemment,
c'est chantier dans ce cas-là.
Les voiles se mettent à claquer.
Ça me réveille instantanément.
Je vais sur le pont, je regarde ce qui se passe.
Donc il fait encore assez nuit.
Je prends la barre, je remets le bateau.
Je sens qu'il y a un peu un truc bizarre,
mais en fait, quand les voiles se sont mises
à claquer, le bateau s'est amené à plat.
Donc je sens qu'il y a un truc un peu bizarre,
mais je remets le bateau sur la route,
je règle les voiles,
et là, ça recommence.
Le bateau repart dans tous les sens.
Là, je commence à penser que c'est le saffrant.
Donc c'est pas très compliqué,
il faut se pencher par-dessus bord,
et là, je m'aperçois qu'il n'y a plus rien.
Donc première chose, stabiliser le bateau,
descendre les voiles en partie,
essayer de calmer le jeu,
ralentir,
réfléchir.
Là, moi, je n'ai pas tellement d'hésitation, en fait.
Je sais que la course officielle est finie,
parce que je sais que je suis obligée de m'arrêter.
Je ne vais pas commencer à naviguer
dans les mers du Sud avec un bateau gravement handicapé,
avec un bateau qui ne peut plus marcher
qu'à un côté, en gros.
Ça sert de question.
Donc en termes de sécurité,
n'importe quel marin,
je ferai ça. Donc je sais qu'il faut que je m'arrête.
Le seul endroit où je peux m'arrêter, c'est Kepton,
en Afrique du Sud.
Et si je m'arrête, je suis disqualifié.
Mais je me dis...
Bon, ok.
Je ne dis pas que je n'ai pas juré,
je dis beaucoup de gros mots.
Mais je me dis, bon...
Si mon équipe me suit, si mon sponsor me suit,
pendant que j'arrive à Kepton,
ce qui va me prendre trois jours, je crois,
ils vont me fabriquer un autre saffron,
ils vont me l'amener à Kepton
et je repartirai hors course,
mais mon idée, c'est de finir.
Je me suis dit que je faisais le tour du monde.
Je fais le tour du monde.
Il y a quelque chose, peut-être, d'un peu...
comment dire, d'un peu émotionnel,
c'est un peu le côté l'honneur du capitaine.
Je ne veux pas lâcher, quoi.
Et donc c'est ce qui va se passer.
Je suis très frustrée,
mais je pense que...
En fait, quand on a un problème comme ça,
les uns et les autres,
on est des marins,
on est habitués à ça.
Quand vous naviguez, vous avez des emmerdes tout le temps.
Donc moi, je suis habituée à gérer des emmerdes.
Et je suis habituée
à classer
les choses.
Et un, c'est la survie des gens à bord,
deux, la survie du bateau,
trois, le fait d'arriver quelque part,
quatre, le fait d'arriver là où on veut arriver,
cinq, le fait d'y arriver vite.
Et cette mécanique,
intellectuelle,
de reclassir les objectifs immédiatement
quoi qu'il arrive à bord.
Et donc, je suis formée,
ou je me suis moi-même formée,
parce qu'il n'y a pas d'école pour ça,
à avoir cette capacité d'analyse.
Et donc, je n'ai pas d'état d'âme
par rapport à ça.
Je sais que c'est comme ça.
Et c'est une chose qu'on apprend et qui continue
à me servir toute ma vie.
Je me bats avec la mer et avec le vent,
mais ce n'est pas moi qui est raison.
La mer est froide peut-être,
mais ce n'est pas moi qui décide.
Le vent, il vient de là, ou d'ailleurs,
ce n'est pas moi qui décide.
Et moi, je peux jouer avec,
faire avec,
prendre des initiatives à l'intérieur de ça.
Mais ce n'est pas la peine que j'essaye de pleurer,
parce que le vent ne vient pas de là où je veux.
Parce que ça me fait juste pleurer.
Et c'est juste inutile.
Il faut mieux que je concentre mon énergie
à aller avec.
Il va y avoir une prouesse
technique incroyable
qu'ils arrivent à fabriquer,
parce que c'est quand même des pièces assez complexes,
qu'ils arrivent à mettre dans un avion,
ils débarquent à Cape Town,
à peu près ils arrivent juste un tout petit peu avant moi.
Et donc, on va réparer le bateau
en deux jours,
et je vais repartir.
Et là,
là, c'est un truc assez marrant,
parce que je ne suis plus en cours,

mais je suis en course.
C'est-à-dire que moi, j'ai décidé de continuer
à aller le plus vite possible.
Donc il n'y a pas de raison que...
Et en même temps, j'ai pu du tout de pression médiatique.
Plus personne ne f'occupe de moi
puisque je suis plus dans la course.
Et donc, je suis...
J'ai une espèce de liberté intellectuelle
absolue.
Parce que quand même,
avant, quand on est dans la course,
quand on prend une option stratégique,
on a un peu le poids de se dire
« ah si je merde,
mon sponsor,
les gens qui me suivent, mon équipe,
ils vont bien voir que je n'ai pas pris la bonne décision... »
Quand j'ai pu cette pression-là,
j'ai une espèce de sentiment
de liberté incroyable.
Et là, je vais aller à une vitesse folle.
Et là, je vais les exploser tous.
Mais vraiment, quoi.
C'est-à-dire que je repars, je dois être
en 8 ou 9e position,
mais j'ai quand même perdu 3 jours pour remonter
à Keptone. Donc j'ai perdu 5 ou 6 jours.
Puis après, il faut que je redescende.
Donc je perds une grosse semaine,
une semaine, les autres,
qui m'ont pas attendu. Donc je repars.
Je ne sais plus combien, mais super en arrière de la flotte.
Et là, je les bouffe les uns après les autres.
Et je suis inarrêtable.
Et je prends toutes les bonnes décisions.
Et je suis en phase avec la météo,
mais incroyable, quoi.
Vraiment, c'est que du bonheur.
C'est compliqué, c'est des conditions.
Mais vraiment,
c'est super.
Madame, monsieur, bonsoir.
La tempête redouble dans l'océan indien
au large de l'Australie.
Les sauveteurs ont dû retarder
leur opération d'élitreillage du français Thierry Dubois.
Par ailleurs, ils sont toujours sans nouvelles
du navigateur anglais Tony Bulimor,
sans doute enfermés dans son bateau retourné.
On a particulièrement du mauvais temps.
Et les 3 qui vont
qui vont avoir
des gros problèmes, c'est une tempête
dans l'océan indien

donc il y en a un
dont le bateau va se mettre
à l'envers, Tony Bulimor
et il va rester
à l'intérieur de son bateau
et il sera souvé par la marine australienne
qui va venir le récupérer.
Il y en a un
Thierry Dubois
dont le bateau se met à l'envers
et lui, il reste pas à l'intérieur.
Il essaye de sortir
et il s'accroche au gouvernail
parce qu'il y a un truc de dingue
parce que vous êtes dehors
au milieu des mers du sud
accroche au gouvernail du bateau.
Et lui, il a une chance folle parce que
les australiens viennent en avion
il lui parachute
un rado de survie
dans lequel
il va monter et le rado se dégoufle.
Et donc il a laissé son bateau partir
pour monter dans le rado et le rado se dégoufle.
Donc il se retrouve dans l'eau
dans les cinquantième.
Et il a une chance folle
c'est que les australiens qui sont
les militaires australiens qui sont des gens
très organisés
c'est la fin de la journée donc
la nuit va tomber et avant la nuit
il faut un petit tour pour voir si son rado va bien.
Et là, il repère
la bande fluorescent
sur le dessus
de sa combinaison de survie.
Ils arrivent à voir dans l'eau
le type dans la patouille.
Et là, ils envoient
un deuxième rado
dans lequel il va monter
et le lendemain, la viso de la marine
va arriver et le récupérer.
Donc lui, c'est vraiment un miracle.
Et le troisième en fait
son bateau va
se démanteler en gros
sous le coup de la tempête
et va
s'enfoncer très progressivement dans l'eau
heureusement pour lui pas trop vite
donc il y a un autre concurrent
qui va se détourner
et qui va le récupérer
à la fin
il s'est attaché au ma
et il commence à avoir de l'eau je ne sais pas.
Donc il était sacrément temps aussi
qu'il soit récupéré.
Donc tout ça, ça se passe dans l'océan indien
donc nous évidemment
on est dans la bande de tête
on est très loin devant
mais c'est quand même assez stressant.
Donc
on traverse l'océan indien
on passe sous l'Australie
sous la Nével-Zélande
on attaque le Pacifique
et là
on tombe sur une sorte de queue de Cyclone
on est deux bateaux
moi et Diré Rouf
canadien
à être dans ce truc là
on se doute que ça va pas être terrible
mais quand même
les prévisions qu'on reçoit
à l'époque de l'organisateur
nous annoncent du vent fort
mais pas la guerre
bon, de toute façon
c'est notre job
on y va et en fait ça va être la guerre
ça va être, moi c'est la tempête
la plus violente que j'ai jamais vu
c'est donc un oregon
d'Antoine Merfroid
et ça va être
très compliqué à gérer
enfin j'ai même envie de dire
au bout d'un moment on ne gère plus
parce qu'on peut plus rien faire
à la fin des fins
vous êtes enfermés dans le bateau parce que de toute façon
vous ne pouvez pas sortir
vous pouvez pas trier l'eau de l'air
vous pouvez pas respirer dehors
vous pouvez pas regarder du côté du vent
ça vous empêche de respirer
donc il n'y aura plus rien à faire
à un moment de nuit
la mer c'est incroyable
j'ai jamais vu une mer comme ça
les vagues sont très hautes
donc elles font 10-15 mètres
c'est difficile à évoluer
de cette horde de grandeur
et surtout elles se cassent
elles déferlent
imaginez une plage avec une vague de 15 mètres
d'eau qui arrive sur la plage
vous voyez l'espèce de rouleau énorme que ça ferait
si vous êtes en train de vous baigner
ça va vous secouer
nous on a la même chose
et je vois ces vagues
qui arrivent
qui prennent le bateau
et en gros elles enfoncent ce qu'elles veulent
c'est à dire si j'ai de la chance
le bateau part au surf
sur ce rouleau qui déferle
et puis Benoît Malin continue sa course
et puis la vague passe
et ça va
si j'ai pas de chance
si le bateau est un petit angle
un peu plus prononcé avec la vague
à ce moment là la vague le prend sur le côté
et elle le roule
comme un rouleau sur la plage
et à ce moment là le bateau se couche
et c'est très violent
c'est pas tranquillement
voilà c'est à un moment donné
il y a des milliers de tonnes d'eau
qui arrivent qui tapent le bateau
et là le bateau part
et il s'écrase
il s'écrase sur l'eau
donc ça c'est violent à l'intérieur
moi je me suis quand même cassé le doigt dans cette histoire
à un moment parce que à chaque fois on me voit le plafond
c'est à dire que j'essaye
de me raccrocher à ce que je peux
je vais finir cette navigation
au bout d'un moment je vais aller m'attacher sous la table à carte
parce que la table à carte elle tient
avec des espèces de pieds
comme une table
et je me glisse dessous et je m'attache
à un pied parce que j'en ai marre de voler
dans tous les sens et puis je me suis fait mal
de toute façon je peux plus faire grand chose
d'autres que ça
donc là c'est... et en fait ce qui se passe
c'est que le bateau se couche
la vague passe
et comme l'autre vague elle fait 15 mètres de haut
et qu'elle arrive derrière
la deuxième
elle arrête le vent
et quand le bateau se trouve
au fond du trou entre les deux vagues
il est entre deux murs
donc là il n'y a plus de vent
beaucoup moins de vent et à ce moment là le bateau
peut se redresser parce que ça qui évidemment
va l'amener à se redresser
et...
ce jour là
donc moi je vais enregistrer 90 nœuds de vent
ce qui est quand même très fort
et le bateau va
chavirer, se coucher complètement six fois
mettre la tête de ma sous-lou
le maille fait 20-6 mètres
donc quand le bateau se couche
c'est quand même que...
et moi les six fois il va se redresser
dans le bon sens
et dirais grouffe
visiblement une fois
il va pas se redresser dans le bon sens
...
on échange un peu pendant la course
donc on s'envoie des messages
écrits, on se remonte un peu le moral
l'un l'autre parce que
c'est quand même pas facile
et à un moment donné il répond plus
donc il répond plus, il a peut-être toutes choses à faire
au début je m'inquiète pas trop
au bout d'un moment je m'inquiète un peu
j'envoie un message à l'organisateur
je dis bah voilà
normalement on a des balises qui
donnent nos positions
donc je dis à l'organisateur bah voilà
ça fait 4-5 heures, j'ai pas de nouvelles de déri
quand je vois commencer la guerre ici
parce que vous voyez
sur les positions
que tout va bien, que
il avance
et puis je vais pas avoir de réponses tout de suite
je vais avoir de réponses beaucoup plus tard
le lendemain matin
là on me dit
bâtiré a disparu depuis 12 heures
donc
donc
je suis allé de faire demi tour
mais faire du mi tour c'est bien gentil
mais
ça c'est pas vraiment calmer ici, ça c'est un peu calmer
mais il y a encore 50-60 nœuds
et revenir contre le vent
quand il y a ces conditions de mer
c'est en fait
quasiment impossible
on peut pas naviguer
contre la mer et le vent quand il y a
donc j'essaye quand même
de faire ce que je peux mais j'ai un angle
par exemple par rapport au vent qui est
très stable, c'est très frustrant
puisque il y a très mauvaise
vivibilité mais
donc essayer
de faire un peu
de revenir en arrière
puisque je lui ai dit il y a pas mal d'heures
qui se sont passées entre le moment où je pense que
Jéréa a disparu et le moment où
moi je suis alerté donc essayer de revenir
sur mes pas en quelque sorte avec le bateau
donc avec le vent dans la gueule
et la mer dans la gueule
donc en essayant de
aller sur les bords comme je peux
et puis en regardant
j'ai rien d'autre à faire
je peux rien faire d'autre que
essayer de carter les yeux
sous la neige et de
essayer de voir si je vois quelque chose
donc c'est quand même
ça aussi
c'est hyper frustrant
mais il n'y a personne d'autre dans le coin
il n'y a pas de... voilà il n'y a rien
rien on est au milieu du pacifique
un bateau qui part de
d'Australie
il va mettre 10, 12, 14 jours pour venir
donc
c'est même pas la peine
donc ça ça va durer
un peu plus de 2 jours
et je vois rien parce qu'il
fait pas beau, parce qu'il
pleut à l'horizontale, parce qu'il y a du brouillard
parce qu'on y voit rien donc je suis
au milieu de nulle part dans cette espèce de brouillasse
avec du vent dans la gueule
en train de chercher un bateau
donc je me dis qu'il est peut-être dématé
donc je me dis qu'il est peut-être à l'envers
et donc il est très peu visible
donc c'est quand même l'aiguille dans la bonne de foi
pendant ce temps là
à terre il y a des gens qui essayent de m'aider
en essayant de simuler des dérives
en me disant un peu plus par là, un peu moins par là
mais moi je fais ce que je peux
voilà et puis tout ça est coordonné
depuis la France
et puis voilà au bout de 2 jours et demi
les gens qui coordonnent les recherches
me disent d'arrêter
de refaire demi tour, de reprendre ma route
je pense que c'est le moment le plus compliqué
parce que moi je veux pas
on s'accroche toujours, on se dit
je sais pas, il y aura peut-être un miracle
tout d'un coup je vais apercevoir
un marre à une voile, un truc
voilà donc c'est
une décision qu'on
peut pas prendre soi-même
et comme il me suit évidemment avec les balises
2 heures après il me
renvoie un message, je me disais
t'as pas fait demi tour
parce que une autre dépression
qui arrive, il y a du mauvais temps encore qui arrive
c'est pas la peine qu'on ait deux bateaux à chercher au lieu d'un
et donc là on fait demi tour
et là c'est dur parce que
moi dans ma tête je sais que c'est fini
je sais que sa famille et c'est normal
espère encore
que tout d'un coup
il va ressurgir dans ses eaux
arriver, je ne sais où
mais moi je sais que je sais
à côté ce par lequel on est passé
je sais la dangerosité
de ce qu'on a vécu
et je sais que si sa balise
n'émet plus depuis 2 jours et demi
ou 3 jours, il y a de bonnes raisons pour ça
et au moment où je repars, j'ai pas le choix
ce que je fais ne sert à rien
en 2 jours
j'ai quadrillé une minuscule portion
de l'océan
et ce que j'aurais à quadriller
est de plus en plus immense
puisqu'on imagine qu'un bateau peut être dérive
quelque part et est entraîné par les courants ou que sais-je
donc de toute façon c'est la seule
décision que je peux prendre
et de toute façon
je suis un marin
et donc je dois amener mon bateau quelque part
et donc comme je suis au milieu
parce que tout ça arrive au milieu du pacifique
je veux pas rester là
donc il faut que je continue
donc il faut que j'arrive à passer le horn
et que je rentre au Saab D'Olonne
il n'y a que ça possible
moi j'ai aussi une famille
j'ai aussi des gens qui m'aiment
j'ai aussi une équipe
parce que même si je ne suis pas classée
il y a des gens qui continuent à regarder
un peu ce que je fabrique
voilà donc
la vie est là
et je dois me concentrer là-dessus
mais là c'est quand même
c'est plus pareil
c'est plus pareil
cette mère qu'on aime
elle vous a quand même mis
une grosse fessée
c'est un copain
qui a disparu
c'est compliqué
au moment où il disparait
on est pas loin du milieu du pacifique
donc il y a encore
j'ai pu en mémoire exactement les temps
mais au moins peut-être 10-15 jours
pour aller au horn et encore 3 semaines
pour rentrer
donc il y a encore pas mal de temps
et ça pour moi ça va être assez profitable
finalement
je crois que j'ai besoin de m'apaiser
j'ai besoin de m'apaiser
et moi je m'apaises en mer
c'est un peu le sens de ma vie
et voilà donc
donc je reprend
cette observation de la mère
cette attention
cette écoute à ce qui se passe
à ce qu'il y a autour de moi
à mon bateau
et donc oui comme je me sens bien
sur l'autre c'est un endroit où je m'apaises
en sachant qu'effectivement
à l'arrivée alors l'arrivée elle est un peu bizarre
parce que
j'arrive 24 heures derrière le premier
qui a un bon copain, un christophogein c'est un super pote
donc il gagne
très bien
et là bizarrement
je suis accueillie par le public
par tout le monde comme si j'étais deuxième
comme si j'étais dans la course
c'est un truc assez étrange
d'ailleurs pour la plupart des gens
ils me disent bah vous avez fait le Vendée Globe
bah j'y bah non
j'y suis pas vraiment fait le Vendée Globe
puisque je l'ai pas officiellement fini
je suis pas dans le classement
mais au moment où j'arrive au Sable de Lonne
il y a
des dizaines de milliers de personnes
sur l'acheté
il y a le Barnum, il y a tout le truc
voilà donc bon
ça fait chaud au coeur en même temps
parce qu'on se dit que
que tout ce qu'on a porté
dans sa tête
et tout ce qu'on a porté
physiquement
ça a été partagé quand même
par des gens qui ont trouvé du sens
dans cette histoire
donc ça c'est
bien, c'est important
beaucoup de gens qui vous disent
qu'ils ont apprécié
ou que ça les a aidés
voilà, ça a été un moment
le moment de la journée
où ils regardaient, où j'en étais
c'était un moment etc
c'est assez étrange
cet arrivée
cette édition elle a fait réfléchir
beaucoup de gens
les coureurs d'abord
sur effectivement le risque
parce que globalement il y avait
quand même une spirale où les bateaux
allaient de plus en plus vite, et c'était
de plus en plus les bateaux de plus en plus léger
de plus en plus ceci, et de plus en plus cela
là quand même ça met une sorte de point d'arrêt
c'est à dire que les coureurs se disent
wow
ils se grattent un peu la tête, ceux qui sont passés
à travers évidemment ils le savent, les autres
ça les fait aussi réfléchir, donc on va
être pendant un temps un peu plus conservateur
sur la construction des bateaux
deuxièmement
il va y avoir une évolution
sur les parcours
et on va
interdire en gros
d'aller trop dans le sud, d'aller trop
dans les glaces, et on va instaurer ce qu'on appelle
des portes
qui oblige les bateaux
à rester en particulier
autour de l'Australie, pas trop loin
de l'Estraïde, la Nouvelle-Zélande etc
donc on va imposer
plus de règles
sur les parcours d'après
on va modifier au vu-de-si les règles qui concernent
la météo puisque moi quand je cours
on n'a le droit que à la météo qui vient
de la course et à rien d'autre
et donc à terre
il y a des gens qui savent
dans la fameuse tempête
que cette tempête va être exceptionnelle
et moi à bord je le sais pas
et j'ai pas le droit de le savoir
donc ça va être modifié aussi, on va ouvrir
la possibilité pour les bateaux d'avoir
plus de sources d'informations
donc tout ça oui il va faire que
que ça va
faire évoluer
les conditions de course
...
quand on regarde une carte marine
on n'est même pas les presseurs d'un trait de crayon
sur la carte, on est
à un endroit de l'océan
moi je suis au milieu du Pacifique
à 15 jours de mer
de la côte
donc je suis au milieu de nulle part
donc tout ça
c'est des
façons d'éprouver des sensations
et des réflexions que évidemment
on peut pas avoir à terre
dès que vous naviguez toute seule
et que vous regardez
par une belle nuit étoilée
le ciel
vous vous dites wow
là je vois des milliers d'étoiles
il y en a pas eu nous y est un océan
il y en a pas eu nous y est des humains
et nous on est vraiment
un grain de poussière dans cette histoire
ça demander à tous les gens
qui naviguent tout le monde à le même
cette espèce de choc émotionnel
qui est aussi un choc intellectuel
qui se rend compte qu'on n'est rien
et que
on a la chance incroyable
sur cette petite boule
dans le cosmos
sur lequel il y a de l'eau, sur lequel il y a de la vie
et sur lequel on est
2 ans après cette édition 96-97
du Vendée Globe
devenu tristement célèbre
des morceaux de l'épave du bateau de Gérirouf
ont été retrouvés au large du Chili
son corps
n'a jamais refait surface
après un nouveau chavirage
en course quelques années plus tard
Isabelle Autissier a choisi d'arrêter
les courses en solitaire pour se consacrer
à la course en équipage
plus tard à l'écriture et même
à son engagement écologique
en 2009 elle devient
présidente du WWF France
une association qui œuvre
pour préserver les régions et espèces sauvages menacées
dont elle est désormais
présidente d'honneur
nous avons aussi échangé
avec Isabelle Autissier
sur cette facette de sa vie et les actions du WWF
pour vous préparer
un petit épisode bonus en fin de saison
alors restez dans le coin
merci à elle pour son témoignage
et merci à vous
d'avoir écouté cet épisode
les baladeurs
est un podcast du
Medialéozers
cet épisode a été réalisé par
Thomas Fyrre
assisté par Nicolas Alberti
cette histoire a été présentée par
Clément Sacar et montée par
Chloé Vibo la musique originale
a été composée par Nicolas de Ferrand
avec une musique additionnelle
de Michael Bogga et le mixage
a été assuré par Antoine Martin
on se retrouve dans 15 jours
pour une nouvelle aventure
à très bientôt

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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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