Rapprochez-vous de la nature avec Colombia.
La marque conçoit des vêtements, des chaussures et des accessoires
intégrants des technologies testées en conditions réelles
depuis plus de 80 ans.
Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner à nouveau les baladeurs
pour cette 6e saison.
Les baladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Leozers.
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pour découvrir notre magazine papier,
la carte méthode rectoversaux pour organiser vos aventures en France
et tous nos autres formats.
Habiter sous la mer,
s'installer au milieu des récifs coralliens
et vivre au contact des poissons colorés
pour découvrir leurs mystères
obsède les hommes depuis des décennies.
Mais Homo Aquaticus
fait encore face à de trop nombreuses contraintes techniques.
Pour s'approcher de ce rêve,
le biologiste et photograph sous-marin Laurent Ballesta
a combiné les moyens de la plongée à saturation industrielle
avec les techniques de plongée autonome en recycleur.
En 2019,
il s'est confiné pendant 28 jours
avec 3 compagnons chevronnés
dans un caisson de 5 mètres carrés
afin de pouvoir explorer sans limite de temps
la zone des 100 mètres de profondeur
et révéler ainsi les trésors naturels
des fonds méconnus de la Méditerranée.
Noms de code, opération Gumbessa.
Une expédition novatrice aux aires de voyage dans l'espace
pour repousser les limites de la plongée.
400 heures d'immersion,
entre moins 60 et moins 144 mètres,
à la découverte des barbiers communs,
des morues cuivrées,
de la reproduction des calamars vénés
ou de la danse nuptiale des mureines.
Mais aussi du froid glacial de ce monde crépusculaire,
de la difficile cohabitation dans un espace minuscule
où le bruit et la pression empêchent tout dialogue
et des menaces qui planent sur le berceau de notre civilisation.
Mes parents m'amenaient par la mer et à la plage.
C'est tout à fait différent.
Ils n'étaient pas plongeurs, ils ne faisaient pas du bateau,
mais ils allaient prendre le soleil à la plage,
on vivait au bord de la mer, du côté de Montpellier.
Quand t'es un gamin sur une plage de sable à perte de vue,
soit tu t'ennuies à faire des pâtés de sable,
soit tu vas dans l'eau et tu joues à être Cousteau.
Moi, je voyais Cousteau tous les dimanches.
Et je me nourrissais de ces films
qui passaient tous les dimanches en fin d'après-midi.
Mon exutoire, c'était d'aller à la plage et de jouer à Cousteau.
Et après, je pense que j'avais une nature un peu naturaliste,
curieuse des choses vivantes
qui m'a fait m'intéresser à la biologie marine.
Et dans les films du commandant Cousteau,
celui qui avait le beau rôle, c'était le biologiste marin.
Il expliquait au commandant lui-même
ce qu'il y avait au fond de la mer.
Donc naïvement, naturellement, je me suis dit
« C'est ça, il faut être biologiste marin.
Si je veux avoir une chance d'être à bord de la calypso,
quand je serais grand, il faut être biologiste ».
Quand j'ai commencé la plongée,
il y avait ce qu'il fallait,
d'aventure qu'un petit garçon
ou qu'une petite fille a souvent besoin.
Il y avait une aventure là-dedans,
précisément aussi parce que mes parents n'en faisaient pas.
Je pense que, garment, je me pléniais
que mes parents ne plonge pas, mais en vérité,
ça a été mon salut.
Parce que si mes parents avaient été plongeurs,
je pense que ça n'aurait pas eu du tout eu
le même effet sur moi.
La plongée, c'était ce que mes parents ne peuvent pas faire,
ne savent pas faire.
Et puis, très vite,
le monde des animaux marins,
qui est tellement accessible, tellement facile.
Pour peu qu'on aime un peu ça,
c'est qu'on est un peu l'esprit collectionneur.
Alors on commence à collectionner le nom des animaux.
Puis le nom des groupes d'animaux.
Et puis j'avais cette nature peut-être un peu artistique.
Et du coup, quand j'ai eu un appareil photo assez tardivement,
plutôt entre 16 et 17 ans, pas avant,
là, c'est le déclic.
C'est-à-dire que ce plaisir d'être un peu créatif
que j'avais gamin à dessiner, à sculpter,
à peindre, à construire des petites choses,
d'un coup, ça y est, j'avais un appareil photo,
un terrain formidable,
et un sujet sans fin, la biodiversité marine
qu'on n'appelait pas comme ça à l'époque.
Il y avait tout, quoi.
Il y a ce qui fait les expéditions de Gombe-Sat d'aujourd'hui.
Il y avait l'aventure,
il y avait la biologie en quelque sorte,
et il y avait l'image.
Finalement,
il n'y a rien qui a beaucoup changé depuis l'enfance.
En 1999,
j'utilise pour la première fois
un scaphandre recycler électronique.
C'est compliqué, mais en gros,
c'est un appareil qu'on a dans le dos,
des bouteilles, un tuyau dans la bouche.
De très loin, on pourrait dire que ça ressemble
à n'importe quel équipement de plongée.
De près, c'est un peu plus sophistiqué,
mais ça permet surtout d'avoir une autonomie décuplée,
puisque le gaz va être recyclé,
chaque expiration repart dans la machine,
et elle est analysée et purée.
Ça, ça a ouvert des perspectives extraordinaires.
J'ai vu le potentiel énorme de ces plongées,
tout à coup je restais plus longtemps,
j'allais plus profond,
mais j'ai vu aussi tout de suite les limites.
En gros, cette machine elle-même n'a aucune limite.
Théoriquement, cette machine n'a pas de limite.
Tu peux plonger à n'importe quel profondeur,
rester aussi longtemps que tu veux.
Mais ta physiologie, elle impose des limites.
Tu peux pas rester 8 heures à 100 mètres de profondeur,
sinon la décompression va te tuer,
parce qu'elle va durer 6 jours, c'est pas possible.
La solution, elle était du côté de la plongée industrielle.
Qui, depuis les années 70,
c'était en quelque sorte un peu affranchis de la décompression,
pendant la durée d'un chantier.
Parce que là, on parle plus d'exploration,
on parle d'exploitation, d'aller réparer un pipeline,
un puits de pétrole par 300 mètres de fond,
faire de la soudure, de la mécanique.
Ce sont des ouvriers du fond de la mer,
dans des conditions tellement extrêmes.
Et eux, on des moyens, ça part d'un principe simple.
Puisque le problème de la plongée profonde,
c'est pas d'aller profond, c'est de remonter.
La solution, c'est de ne pas remonter.
Ou en tout cas, de faire croire au corps humain
que tu ne remontes pas.
C'est-à-dire, le maintenir sous pression,
qu'il soit au fond, sur le chantier,
dans l'eau en train de travailler,
ou qu'il soit au sec en train de se reposer
entre deux journées de travailler en quelque sorte.
Et donc pour ça, la plongée à saturation
en caisson pressurisée a été inventée.
En gros, tu vis dans une boîte pressurisée
à la même pression qu'au fond de la mer,
et tu utilises un ascenseur pressurisé lui aussi
qui t'amène sur ton chantier.
Quand t'as fini de ton chantier de la journée,
3 heures, 4 heures à travailler,
tu rentres dans ton ascenseur pressurisé
et tu ne fais ta décompression
qu'à la fin du chantier qui peut avoir duré
3 semaines, 4 semaines.
Et à ce moment-là, la décompression
n'est proportionnelle qu'à la profondeur
que tu as atteinte et non pas autant que tu es resté.
C'est atteindre la saturation, le vase est plein en quelque sorte.
Donc la décompression, elle ne peut pas être plus longue.
Et en gros, elle est pour une centaine de mètres,
elle est de 4 jours.
Donc quand j'ai eu ce recycleur, je me suis dit
« il faut mélanger les deux ».
Avec mon recycleur, j'ai l'autonomie,
j'ai la liberté de rester aussi longtemps que je veux.
Et au moment de remonter, quand ma physiologie me rattrape
et m'empêcherait de remonter facilement,
eh bien là, je regagne une station de saturation
et je vis pressurisé.
Dans les 20 années qui ont suivi,
j'en ai parlé à deux ministres de l'environnement.
Bon, ça n'a pas marché.
J'en ai parlé à d'autres industriels,
puis ça ne marchait pas trop.
Voilà, il a fallu du temps.
Je ne me levais pas tous les matins avec ça en tête.
Je ne dis pas ça.
Ça a pris du temps.
Et puis, en 2018,
je savais qu'il y avait eu un changement de direction
à l'Institut National de la Plongée Professionnelle.
En gros, l'école qui forme ces scaffandriers des profondeurs,
qui les forment un métier très précis,
avec des règles très précises.
Je suis allé tester leur ouverture d'esprit.
Voilà, je voudrais utiliser vos moyens,
mais pour faire complètement autre chose,
pas plonger comme vous, pas d'ombilical,
pas cette sécurité-là, pas cette sécurité-là.
On va faire comme...
Bon, c'était très facile de recevoir un nom.
Et à ma grande surprise, j'ai reçu des gens qui m'ont dit
pourquoi pas, réfléchissons.
Donc ça a pris un peu de temps.
Mais au final, en septembre 2018,
on a fait un premier essai.
Et on était tellement excités d'avoir fait ça.
On était des cosmonotes, ce genre-là.
À partir de là, j'étais remonté à Bloc pour trouver tous les sponsors.
Je venais de vivre une expérience tellement forte
que je savais qu'il y avait quelque chose
d'inoubliable à vivre bientôt.
Et le 1er juillet 2019, avec trois de mes camarades,
on s'est enfermés dans cette station basiale.
Donc il faut imaginer un gros cylindre d'acier,
5 m², basiale, c'est référence à l'étage basiale,
qui est juste avant l'étage abyssal.
Abyssal, c'est inaccessible.
Basiale, on frolle le possible.
Donc on l'avait appelé comme ça.
Et 1er juillet 2019, on s'est enfermés dans ces 5 m² d'acier
avec trois de mes camarades.
Il y a quatre petites banettes, une table,
un sas pour faire passer la nourriture,
collé à ce premier module de 5 m².
Il y a un deuxième module de 2 m²
qui fait office de toilette, douche, vestiaire.
Et puis le troisième module, qui est le seul mobile.
Les deux premiers sont fixés sur une barge flottante en surface.
Et le troisième, c'est la tourelle, c'est l'ascenseur.
C'est celui qui va nous descendre sur le site,
celui qui va nous amener sur le lieu qu'on veut explorer, illustrer, étudier.
On part donc pour 28 jours, un cycle lunaire complet.
Sous l'eau, beaucoup de choses tournent autour du cycle lunaire.
Donc si tu plonges 28 jours au même endroit,
tu as des chances de voir à peu près tout ce qui peut se passer.
Et on est parti.
Premier juillet 2019, et on est sortis un mois plus tard.
La veille, c'est état d'angoisse.
Quand on défend un projet comme ça,
pendant...
Moi, je l'ai dans ma tête depuis 20 ans.
Combien de fois, en fin de soirée,
je dis un jour, je ferai à la aventure, la saturation,
je vais aller détourner les moyens à plonger industrielle,
on va aller...
On fera ceci, c'est facile de parler.
Et il y a un moment donné,
moi, j'ai toujours peur,
est-ce que j'arrive pas à un moment
où je me mens à moi-même
pour plus les convaincre.
Souvent, on est obligés à une légère surenchère.
Et bien ça, la veille de rentrer,
ça te revient à pleine gueule, en fait.
Ça, ça te revient et tu te dis,
mais là, ça y est, là, je ne suis plus en train de parler.
Là, demain, je suis enfermé.
La veille, il y a tout ça qui te revient, je crois.
La première journée,
donc la première descente et la première sortie,
on vit en concentré toutes les émotions
qu'on va vivre pendant 28 jours.
On vit le pire et le meilleur dans la même journée.
Parce que c'est la canicule,
que tu es avec tes combinaisons,
parce que tu es censé enchaîner la plongée, tout ça.
Donc, t'as chaud un peu plus, voilà.
Mais tu es encore à pression atmosphérique.
Tu viens de rentrer, il ferme la porte
et là, ils vont monter la pression à l'intérieur
et une fois que la pression sera celle de la profondeur
où on va aller pour la première fois,
alors la tourelle descendant.
Et donc, tu montes en pression,
tu es un plongeur, tu te dis,
tu as monté en pression, je connais.
Sauf que tu la connais que dans l'eau en descendant, en vérité.
Et c'est pas pareil.
D'abord, tu la contrôles toi,
parce que tu palmes, tu t'arrêtes,
là, c'est la pression qui monte, quoi que tu fasses.
Et comme tu es dans une atmosphère sèche,
tu as oublié que dans l'équation pression volume,
il y a aussi le facteur température qui bouge.
Et donc, quand tu montes la pression, la température, elle monte.
Et donc, d'un coup, déjà,
tu étais mort de chaud à cause de cette canicule
et d'un coup, tu prends presque 10 degrés de plus.
Alors que tu es en combinaison étanche
avec quatre épaisseurs de sous vêtements,
enfin, là, c'est à la limite de l'évanouissement tellement il fait chaud.
Donc tu vas te monter en pression, tu équilibres tes oreilles
et tu rentres dans cette tourelle.
Donc cette tourelle, c'est un peu comme un ascenseur.
Il est clos, il est fermé.
La porte est sous tes pieds.
T'es en surface, donc à l'intérieur,
il y a 13 fois la pression atmosphérique.
Et là, tu descends.
Tu descends, tu as une minuscule hublot.
Tu vois du bleu qui défile, donc autant dire, tu vois rien.
Tu vois juste que la lumière faiblit un peu au fur et à mesure que tu descends.
Au départ, c'est bleu turquoise, très lumineux.
À la fin, c'est un bleu marine, très, très sombre.
Et puis on te dit, ça y est, vous êtes arrivés.
Et d'un coup, tu entends que la porte s'ouvre.
Parce qu'elle s'ouvre toute seule.
Parce que quand tu arrives au fond,
la pression à l'extérieur devient la même qu'à l'intérieur.
Alors, il n'y a plus ce poids qui pèse dessus.
Tu ouvres cette porte.
Évidemment, l'eau ne s'engouffre pas.
C'est une cloche à l'envers, donc l'eau ne peut pas rentrer.
Et donc là, tu ouvres cette porte
et tu découvres une autre surface de la mer.
Puisque c'est une surface qui clapote
avec un semblant de petite vaglette,
sauf que elle ne fait même pas un mètre carré, cette porte.
Et tu as 120 mètres de profondeur.
Et si tu attends un peu de t'habituer,
tu distingues le fond.
Alors ça, c'est fou.
Tu es 120 mètres de profondeur,
toi, tu es au sec et tu vois le fond de la mer.
Donc quand tu arrives à la profondeur,
que la porte s'ouvre, vraiment, déjà, tu suffoques.
On s'équipe et on s'aperçoit que ça a pris tellement de temps de surface.
Et puis c'est la première fois qu'on positionne la barge
à la verticale d'un site à explorer.
C'est notre premier jour.
Et la barge a légèrement bougé, a la ripé.
Donc on n'est plus là où on voulait être.
Ce qui fait que quand on sort de la tourelle,
je ne vois pas le fond sous la tourelle.
Je suis dans le bleu noir.
Waouh, donc ça fait un peu peur.
On voit pas de repères.
Et quand même, tout le monde a une angoisse
et comme on n'a pas d'ombilical,
qu'on a cette prétention de dire on part explorer,
bah t'as pas d'ombilical, t'as pas de fil à la patte,
il ne faut pas se perdre.
Et là, pour la première sortie, on voit même pas le fond.
Donc gros stress, on s'équipe,
on est tous les quatre autour de la tourelle,
enfin équipés, ça prend un peu de temps
parce qu'on a beau être plongé depuis 30 ans,
on n'a pas appris à s'habiller comme ça sous l'eau.
Nous on s'habille sur un bateau.
Et après on va dans l'eau.
Là il faut s'équiper dans l'eau
puisque dans la tourelle, elle est trop petite pour s'équiper.
Dans la tourelle, on est juste avec nos combinaisons.
La porte s'ouvre et nos scaffandres, nos palmes,
tout nous attend à l'extérieur dans un panier.
Donc il faut sortir, on a de quoi respirer,
mais avec un tuyau qui nous relie à la tourelle.
Mais il va falloir enfiler le scaffandre,
les palmes, régler plein de choses,
il y a pas mal de manies à faire.
Donc on fait ça, ça prend un peu de temps, on est stressés,
on est tous les quatre à se tenir à cette tourelle
qu'on n'ose pas lâcher, on regarde autour de nous,
qu'est-ce qu'on fait ?
On ne sait pas où aller.
Et puis à force de regarder vers le bas,
je crois distinguer des silhouette,
vision de science-fiction.
Je vois des silhouette bleues, c'est avatar.
J'ai l'impression de dire, qu'est-ce que je suis en train de voir ?
En fait, c'était des calamars,
une espèce de calamar profonde,
un calamar véné,
dans les mâles peuvent atteindre un mètre de long quand même.
Il y en avait sept,
ça je le verrai un peu plus tard dans la plongée,
sept qui tournaient autour du sommet d'une roche
qu'on voyait à peine en fait.
Et donc comme on voyait ces silhouette bleutées
qui bougaient,
j'ai osé un peu lâcher cette tourelle,
commencer à descendre un peu,
ça en trop la quittait des yeux,
et puis au fur et à mesure que je descendais,
j'ai compris que c'était des calamars,
que j'avais vu qu'une seule fois,
dans toutes mes plongées auparavant,
cette espèce-là, j'avais vu qu'une seule fois.
Et là je vois qu'ils sont très très actifs,
qu'ils bougent dans tous les sens,
je distingue qu'ils sont sur le sommet d'une petite roche,
que je distingue à peine,
que le fond est encore un peu plus bas,
et je comprends qu'ils sont en train de se reproduire,
qu'ils sont en train de s'accoupler.
Alors là c'est magique,
quand tu sais que les calamars
ne se reproduisent qu'une seule fois dans leur vie,
qu'ils meurent juste après,
là tu es au premier large d'un spectacle unique,
vraiment unique,
ça ne se reproduira pas pour eux en tout cas.
Ils sont plutôt blancs,
très très clair, très lumineux, bleuté même,
pas du tout de couleur chaude,
comme j'avais vu dans le passé.
Donc on les voit faire des droits de gauche,
droits de gauche,
de temps en temps,
ils changent brutalement de couleur,
et il y a un qui devient tout noir,
en un quart de seconde,
au moment où un partenaire l'attrape,
et puis surtout on les voit s'attraper les uns les autres,
et on voit comment le mal glisse
une de ces tentacules,
un de ces dix tentacules,
qui est un tentacule bien particulier,
qui tient dans ses ventous
une poche de spermatozoïde,
et il vient le rentrer ce bras
dans le manteau de la femelle
pour aller le poser dans la femelle si elle est d'accord.
Et ensuite immédiatement dans la foulée,
ou peut-être dans notre confusion c'est un autre,
on voit aussi des femelles qui glissent
dans des petites cavités,
on peut pas parler de grottes,
juste des petites cavités,
et en regardant dedans on voit que
qu'elles posent ces oeufs,
c'est des grandes grappes blanches
collées au plafond de ces grottes,
on la voit faire aussi,
on a presque tout le cycle là,
c'est complètement fou,
c'est magique.
Du coup on oublie un peu ce froid
qui nous ravage,
qui nous ravage d'autant plus qu'on a tellement eu chaud
qu'on a transpiré, qu'on a trampé
l'intérieur de nos combinaisons
censés être étanges.
Donc on est rattrapés,
je crois qu'on reste deux heures
cette première sortie, mais deux heures à 70 mètres,
ce qui est, on n'a jamais fait ça avant,
et donc on est rattrapés,
on a des crampes, plein les jambes,
moi j'arrive bien à nager,
et donc on ressort,
je crois deux heures et demi plus tard,
on est à nouveau dans la tourelle,
on relote complètement,
on a des crampes partout,
et on est dans un état
à la fois, on a été récompensés,
on a vu quelque chose d'exceptionnel,
d'unique dès le premier jour,
et en même temps, on découvre
les contraintes de l'exercice,
que ça ne va pas être facile,
quand même, ce froid à gérer.
Et le froid assez profondeur est terrible,
terrible, paradoxalement non pas,
parce que la température serait plus basse,
ou énormément plus basse,
elle est à 14 degrés en Méditerranée,
mais on oublie que c'est 14 degrés,
à 13 fois la pression atmosphérique,
et si je caricaturais,
je dirais bien, il y a 13 fois plus de pression
qu'en surface,
et bien c'est 13 fois plus froid,
la perte calorique est 13 fois plus importante,
donc à température égale,
la pression c'est le facteur
multiplicateur de la perte de chaleur,
et en plus, on respire
un mélange qui n'est pas de l'air,
or on oublie, on ne se rend pas content
de respirer un de l'air tous les jours,
que l'air est un gaz formidable,
c'est un mélange d'oxygène et d'azote
qui est extrêmement isolant.
Une des grandes contraintes,
c'était ça, dans l'eau,
ce froid qui fait que,
même si on me prévoyait
de rester très très longtemps,
le mieux qu'on ait fait, c'était
2 fois 3 heures par jour.
Mais 2 fois 3 heures par jour,
c'est peut-être même pas
ce que j'arrive à faire
en une saison entière,
en plongée profonde, classique,
où je reste 15 minutes au fond,
normalement, pour après des heures de remontée.
Le temps passait au fond,
en un mois, mais à nous 4 réunis,
c'était comme 10 ans de plongée.
Je voulais le faire en Méditerranée
pour faire la démonstration de l'outil.
Et pour faire la démonstration de l'outil,
il fallait faire cette expérience
à un endroit où l'on était persuadé
de savoir tout ce qu'il y avait.
J'étais persuadé,
en le faisant dans un endroit qui paraissait
connu et leur montrer qu'il y avait
des choses inconnues, ça fonctionnerait mieux.
Et puis aussi pour
redorer le blason de la Méditerranée.
La Méditerranée, dans les médias,
quand on en parle,
9 fois sur 10, c'est quand même
pour dire à quel point elle va mal,
qu'elle est polluée, surpolluée,
surpêchée, bourrée de plastique,
avec le plus grand trafic maritime du monde.
Enfin, c'est pour endresser
un tableau très noir,
qui est un tableau réel.
Mais
c'est pas parce que la Méditerranée
est habillée et blessée qu'elle est morte.
Et puis la remontée,
elle est paradoxalement, elle est toute simple.
Bon, il faut se déshabiller,
à nouveau on se déshabille à l'extérieur,
on pose nos scaphands, nos palmes,
tout ça, alors qu'on est transis de froid,
on a plus beaucoup de tonus
dans les mains, on n'arrive plus à accrocher
les mosquetons, tout ça.
Enfin, tant bien que mal, on se déshabille,
on grimpe dans la tourelle, on regarde
le visage de ses camarades, on dit
j'espère que je suis pas aussi moche que
à ce moment-là, tellement on est
abîmé par le froid.
Mais si, la réalité, c'est qu'on est tous les
4 comme ça, complètement
bourre-soufflé, quoi.
Et là, on prévient la surface
avec une sorte de téléphone.
Voilà, on est là, on a fermé
la porte, vous pouvez y aller.
Donc, il nous remonte, quand on arrive
à une surface, on le sent bien, parce que
quand tu arriverais à la surface, il y a la houle.
Donc la tourelle est un peu malmenée,
elle tape un peu sur les bords,
il y a des grands bruits d'acier,
on sent qu'on est posés sur des rails,
on avance non plus
à la verticale cette fois-ci, mais à l'horizontale
et on sent qu'on est connectés
aux caissons de vie et tout à coup
on met en équipression
les deux, la porte
s'ouvre et on glisse
dans un tuyau d'acier
pour rejoindre
d'abord le module sanitaire, on enlève
la combinaison, on essaie de se doucher
immédiatement, l'idée est
d'en garder le maximum d'hygiène
dans l'espace de vie, donc après
quelques heures passées dans nos combinaisons
ça vaut le coup de
essayer de ne pas contaminer l'espace de vie
tout de suite, donc on se déshabille
une petite douche chaude, bien méritée
quand même, et puis on passe
dans l'espace de vie où on n'a qu'une
idée en tête c'est manger, dormir
Le premier jour, on a un résumé
de tout ce qu'on va vivre
des trucs assez douloureux
de ce froid
de cette promiscuité
de cette chaleur à l'intérieur
de ce froid dehors
des fois sensations
de claustrophobie qu'à l'intérieur
et paradoxalement dehors
la peur de te perdre
dans le grand espace, enfin c'est quand même
complètement à l'opposé
à la première descente
on ne rentre pas dans la station basiale
là où on va vivre, on rentre directement
dans la tourelle, donc
l'espace de vie, on le découvre
on l'avait aménagé avant
on le connaissait, mais
on l'avait jamais vu fermer
on l'avait jamais vu avec
cette résonance, une fois qu'il y a la pression
dedans, que c'est de l'hélium à l'intérieur
que les portes sont fermées
c'est plus du tout la même ambiance
donc c'est très étrange ce retour
station basiale, c'est tout petit
c'est un cylindre, donc c'est un espace
un peu en longueur
il y a juste, je crois qu'il y a 2 mètres
au milieu, sur les côtés
il y a 2 banettes de chaque côté
pas très large
tu peux te retourner
mais pas beaucoup plus
en tout cas dans le petit couloir
qui sépare les banettes
tu ne te crois pas
enfin tu vois il faut qu'un s'assoie pour que l'autre passe
c'est quand même minuscule
et c'est un grand placard
et tu vas rester un mois là-dedans
et puis au bout
dans la rondille du cylindre
à son extrémité
il y a une petite table
où tu peux tenir à 4
épaule contre épaule
et au bout de la table
le sas
un petit sas cylindrique
par lequel va transiter
tout ce dont on aura besoin
et essentiellement les repas
on découvre une espèce de forme
d'oisiveté
quand on est dedans on n'a rien à faire
c'est abrutissant
on peut pas vraiment se parler
parce qu'on est dans une atmosphère d'éliom
et nos voix sont complètement
déformées par non seulement l'éliom
ça tout le monde connait la voix de canard
c'est rigolo tout ça
mais pour ceux qui connaissent l'expérience
de respirer de l'éliom et de parler
ça fait une voix de canard mais c'est une voie compréhensible
mais quand tu rajoutes à l'éliom la haute pression
alors là tu comprends plus rien
en fait tu peux faire
tous les efforts d'articulation que tu veux
tes corps de vocales ne vibrent
plus comme il faut
c'est impossible ça ne s'éduque pas
et donc c'est incompréhensible
ça fait
sort de ta bouche
une espèce de bruit cristallin
inaudible
et donc tu peux pas vraiment te parler
donc
on se connait bien en même temps
depuis des années et des années donc il n'y a pas besoin de se parler beaucoup
mais ou alors il faut mettre un casque
un micro
et il y a un ordinateur avec un soft
qui est une application qui retembre notre voix
et alors ça nous fait une voix de robot
mais une voix compréhensible
mais très vite
voilà il faut mettre un casque, allumer
une application
en vérité
très rapidement on ne se parle plus
et les repas
ils sont un peu aussi gâchés par l'atmosphère
d'hélium
parce que non seulement on est dans
cette atmosphère très riche en hélium
et très pauvre en oxygène
puisque la pression est en haute
il faut respirer des pourcentages
d'oxygène très faibles
par contre comme il y en a très peu 4%
le goût est altéré
parce que le goût, l'odeur tout ça
c'est quand même beaucoup lié à l'oxydation
des aliments
si tu n'as pas d'oxygène c'est beaucoup plus compliqué pour sentir
et goûter les choses
donc la nourriture paraît
un peu plus fade qu'elle naît
bon, t'as eu tellement faim que c'est pas très grave
et surtout la perte calorique
c'est presque impossible de manger chaud
par exemple un café
on te fait passer un café, il est brûlant
la première gorgée tu peux pas l'apprendre
parce qu'il est brûlant
tout le monde a expérimenté ça
un café trop chaud
la deuxième gorgée il est froid
ça s'est équilibré tout de suite
parce qu'on est dans cet atmosphère conductrice
et donc tout s'équilibre trop vite
...
en fait on avait l'impression
d'être dans le ventre
d'un organisme vivant
un peu comme si on était
dans un ventre maternel
quoi
et que, puisqu'on est là
on a
qu'à se nourrir et adormir
des embryons
et
on a une naissance brutale
tous les jours
par contre
c'est sûr c'est pas au bout de 9 mois
seulement, c'est tous les jours
mais avec cette même brutalité
tout à coup le froid
tout à coup on respire autrement
et je trouve que c'était assez
brutal cette sortie
entre ce cocon
où tu nous décides de rien
où tu es en l'étargie complète
et puis tout à coup
le monde réel
pas le monde réel de tous les jours
mais un autre monde réel
dans la station basiale
il y a Yannick Gentil
qui est l'opérateur, le cameraman
qui est avec moi
depuis le début des expéditions
Gombessa et même un petit peu avant
c'est celui qui à mes côtés
en a fait le plus je pense
voilà c'est
un physique
d'une robustesse
incroyable qui a jamais mal nulle part
il a tellement jamais mal nulle part
que quand vous entendez Yannick
dire je suis un peu fatigué
il faut vraiment le prendre au sérieux
c'est qu'il a atteint un niveau
il a deux doigts de s'évanouir
il a un côté un peu tacitur
aussi qui fait qu'il n'y a jamais
il ne va s'extasier de ce qu'on a vu
mais en même temps jamais
il va s'effondrer
toujours volontaire
sans trop en faire
voilà et la grande
difficulté pour lui c'est que
c'est quelqu'un qui a besoin d'espace
mais à un point, vous ne pouvez pas imaginer
il ne peut même pas supporter d'être
à une table
en expédition c'est le seul qui prend son assiette
qui va s'asseoir tout seul dans un coin
et là
on était coincés à quatre à l'intérieur
donc pour lui cette promiscuité c'était
vraiment difficile
mais
il avait envie de vivre cette expérience
d'avoir cette liberté à grande profondeur
après il y a Antonin Gilbert
qui est
un biologiste
qui travaille au quotidien
à mes côtés
donc un scientifique de formation
donc il y avait une double casquette
pendant l'expédition
à la fois il était le responsable
pour exécuter tous les nombreux protocoles scientifiques
qu'on avait à faire à chaque sortie
il faut voir quand même
une partie du financement
de cette expédition c'est de l'argent public
et c'est de l'argent public parce que
on a un cahier des charges
de toute une série de protocoles
de prélèvements
d'analyses à mener
c'est lui qui va mener tout ça
et en même temps jouer les assistants
caméraman en tenant les éclairages
de Yannick
et puis là
ces grandes qualités humaines
d'être con-cun
de toujours d'humeur égale
toujours bienveillant
toujours attentif aux autres
et sans pour autant être intrusif
ça c'était important
je parle pas de leur qualité de plongée à tous
parce que s'ils sont là c'est que c'est de tous de très bons plongeurs
mais peut-être que j'en parlerais quand même pour le dernier
pour Thibault Roby
qui est peut-être celui qui plonge le mieux de nous tous
son métier
en dehors de participer à mes missions
c'est d'être un instructeur
il forme les gens
à la plongée technique comme ça
à la plongée profonde, à la plongée en recycleur,
à la plongée au mélange etc
c'est vraiment celui qui m'aide
à faire mes photos le plus souvent
dans ces plongées profondes
et il connaît bien
je pense que des fois quand il me voit faire une photo
il voit déjà l'image
que je suis en train de faire dans sa tête
et donc il sait
où se placer quand j'ai besoin d'une silhouette
dans l'image
il sait comment éclairer quand il porte un éclairage
ça y arrive régulièrement d'avoir
sur le dos en plus de tout son équipement
à lui
3 appareils photos en plus
c'est un appareil photo sous-marin
c'est lourd, c'est un caisson, c'est des bras
c'est des flaches
et que moi j'ai le choix d'avoir 3 ou 4 optiques différentes
un jour pendant une nouvelle plongée
on voit des gorgonoséfales
le gorgonoséfale c'est pour moi
c'est un peu une créature
qui est un peu symbolique
de ces profondeurs de Méditerranée
on le voit rarement au-dessus de 40 mètres
c'est une des créatures les plus emblématiques
des récifs coralligènes
ces écosystèmes-là qu'on cherche
à visiter qui sont des sortes
qui sont un peu les récifs coralliens de la Méditerranée
sauf qu'ils démarrent à 40, 50, 60 mètres
jusqu'à 120 mètres
et le gorgonoséfale c'est rien d'autre
c'est un proche parent des étoiles de mer
d'ailleurs il y a cette symétrie
radiale
et d'ordre 5
comme une étoile à 5 bras
le coeur du gorgonoséfale à 5 bras
qui démarrent sauf que ces 5 bras
se découpent tout de suite en 2 autres
puis 2 autres, puis 2 autres
et ça finit par des centaines de bras
et quand il est recroquevillé
le jour souvent il se met en boule
c'est insignifiant
c'est une boule de tentacule
grosse comme un point, grisâtre
mais quand il se déploie
c'est merveilleux, c'est des centaines de petits bras
qui finissent en colimaçon
et qui captent tout ce qui passe dans le courant
qui se nourrissent du plankton qui passe là
et quand toi tu arrives
dans ces profondeurs-là
souvent tu rajoutes un peu de lumière
donc lui il voit un peu de lumière
il aime pas trop ça
où il se dit tiens le jour se lève
ou qu'est-ce qui se passe
alors il a tendance à se refermer
et le voir se refermer c'est sublime
tous ces colimaçons qui se referment
tu es un talent, de nouveau il se rouvre
voilà ça c'est
une créature un peu merveilleuse
on sait comment ça se reproduit
un peu comme les étoiles de mer
ou les ursins
à un moment donné
presque tous en même temps
il y a une communication chimique
et on voit des oeufs, des gamètes
être expulsés dans l'eau
et la fécondation des gamètes
se fait comme ça au gré des courants
au hasard
et bien pourtant ils ont un comportement social
un peu étrange
à deux reprises
on voit des gorgonos et faltes
qui étendent de leur centaines de bras
et qui viennent s'enlacer les uns les autres
voilà c'est
comme des caresses multipliées par sang
l'évolution
des plongés au fil de la expédition
n'est pas linéaire
c'est pas de plus en plus facile
ou de plus en plus difficile
ou de plus en plus fatigant
ou de plus en plus excitant
non c'est pas linéaire
ça a commencé avec
beaucoup d'excitation
parce que le premier jour
on voit les calamars qui se reproduisent
c'est génial mais en même temps on souffre beaucoup
au début je t'étais dans la nouveauté
Donc c'est quand même très excitant, malgré la difficulté.
Mais comme ça, c'est très excitant.
Après, l'excitation commence à retomber un peu,
mais les difficultés sont toujours là.
Et en plus, malchance, il y a des jours où ça marche pas.
On enchaîne, je crois, un jour mauvaise météo,
deuxième jour une plongée ratée,
troisième jour mauvaise météo,
donc on ne sort pas,
quatrième jour plongée ratée.
Ça fait quatre jours qu'il s'enchaîne, où il ne se passe presque rien.
En plus, quatrième jour, on plonge sur un aigou.
Un des partenaires nous demande d'aller inspecter un hémissaire,
donc un rejet d'eau usée au traité, peu importe.
Donc c'est quand même pas excitant de descendre à 105 mètres
sur la sortie des eaux usées d'une grande ville littorale.
Mais on le fait, mais voilà, tout ça, ça plombe un peu le moral,
et je vois bien qu'Yannick commence à en avoir marre,
alors qu'on est...
C'est la moitié de l'expédition, il en a marre.
Et heureusement, le jour d'après, c'est ce fameux jour
où on est au large du Captaia.
Captaia, c'est pas très loin de Saint-Tropez.
J'étais au fond de la mer, tout seul avec mes camarades,
dans un territoire vierge, et je me disais,
je suis à Saint-Tropez, là.
Je suis sur une autre planète.
Là, en plus, ce jour-là, c'est notre plongée la plus profonde.
On est à 144 mètres.
L'eau est cristalline.
Je suis devant une espèce de montagne sous-marine.
Et je me souviens me dire, m'éloigner de mes camarades,
m'éloigner de la roche,
parce qu'un plongeur, il a toujours la tête dans les rochers,
et puisqu'en général, quand il s'éloigne, il voit plus rien.
C'est l'épaisseur de l'eau, même la plus claire du monde,
avale tout.
Et là, l'eau est tellement claire à cette profondeur.
Allez, c'est sombre, c'est très obscur,
mais il ne faut pas confondre luminosité et visibilité.
La lumière est faible, la visibilité est incroyable.
Tu vois très loin.
Et ils sont là au pied d'une espèce de montagne,
gigantesque de roche, un pic rocheux.
Et je me souviens me dire,
c'est ça le plaisir de l'alpiniste.
Je ne connaissais pas ce plaisir-là.
Sous l'eau, tu reconstitues les décors dans ta tête,
même quand tu plonges sur la grande barrière de Corail en Australie,
tu ne la vois pas.
Tu vois un morceau de Corail,
tu ne vois pas la grande barrière d'Australie que tu peux voir depuis l'espace.
Tu ne la vois pas sous l'eau.
Et là, à ces profondeurs-là,
dans ces conditions de lumière, de visibilité,
tu as le début de cette vision globale,
c'est exagéré, mais en tout cas,
tu commences à toucher du doigt ce que ça pourrait être
de voir le fond de la mer en entier.
Et ce jour-là, j'ai cette sensation-là.
Je vois mes trois camarades minuscules le long de cette paroi.
Je lève les yeux très, très, très loin.
Je vois la silhouette d'un poisson lune qui est si caractéristique.
Le poisson lune, c'est cette espèce de poisson
qui est, on dirait, quand on y a coupé les deux tiers du corps.
C'est juste un disque avec deux nageoires.
Donc c'est très particulier.
Je vois cette silhouette qui est loin de nous.
Ça, c'est vraiment une vision magique.
...
Après, il y a eu la forêt de Corail Noir de la Siota.
Là, quand on descend sur ce site, je le connais.
Je l'ai découvert trois ou quatre ans auparavant,
avec les mêmes copains qui m'accompagnaient là, d'ailleurs.
Sauf que le site, on n'a jamais visité
encore une fois des poignées de minute pour des heures de remontée.
Là, on va faire deux fois trois heures dans la journée.
Il faut imaginer ce que c'est une forêt de Corail Noir.
Ça s'appelle Corail Noir,
parce que malheureusement, tristement, ce qu'ils ont bâtis ainsi,
c'est les joyeux, donc ils utilisent du Corail Noir mort.
Alors quand il est mort, il n'y a que le squelette, c'est noir.
Mais quand c'est vivant au fond de la mer, c'est blanc, c'est immaculé.
Ça brille presque.
Et c'est très raffiné, c'est des branches très fines, c'est buissonnant.
Ça fait un mètre vingt de haut,
mais ça recouvre des rochers entiers.
Et c'est la première fois qu'on a le temps de rentrer là-dedans,
de voir tout ce qui s'y passe,
de voir des petits poissons qui se baladent entre les branches
de cette forêt de Corail Noir,
de voir les crevettes narvales,
ce sont des crevettes avec des longues antennes blanches
qui se baladent là-dedans.
Enfin, ça, c'est merveilleux.
Moi, j'ai le temps...
J'ai toujours eu l'impression que je volais mes photographies un peu souvent.
Là, on a le temps d'attendre
et de voir si les animaux, comment ils bougent.
Du coup, j'assiste à une scène de prédation
d'une grande rascasse qui essaie d'attraper ces crevettes.
C'est pour moi une scène inédite.
On a une rascasse rouge, espèce banale,
mais là, je la prends en photo au moment où on va se jeter sur ces crevettes
pour les avaler.
Voilà, ça, c'est un très, très beau souvenir.
C'était paisible.
On s'était habitué aussi au froid, on le supportait mieux.
On était dans une ambiance tellement lumineuse.
Ça, c'est un très, très beau souvenir aussi.
On voit beaucoup d'espèces singulières.
On voit le barbier perroquet,
qui est un petit poisson extrêmement coloré,
rose, fuchsia, jaune fluo, c'est presque tout much,
qui est une relique du passé tropical de la Méditerranée.
La morue cuivrée, qui est un poisson à la robe très délicate,
selon comment on l'éclaire, c'est vraiment du cuivre.
C'est très joli que je ne connaissais pas,
et qu'il n'y avait jamais été photographié et vivant.
C'est pas des...
En fait, il faut bien comprendre ça.
Ce ne sont pas des poissons rares.
Ce ne sont pas des créatures rares,
mais il est rare de les visiter.
C'est ça, la grande nuance.
À ces profondeurs-là, tu vis une forme de régression,
mais une régression dans le bon sens du terme.
C'est-à-dire que tu redeviens un gosse qui s'émerveille de choses banales.
Ce qu'on voit nous fascine, alors que c'est l'ordinaire,
c'est le normal de ces endroits qui ne sont pas ordinaires.
Ce qui est rare, ce n'est pas les créatures, c'est d'aller les voir.
Si j'avais eu les moyens financiers supplémentaires,
mais aussi, et sans doute, c'est encore plus difficile,
le charisme suffisant pour remotiver tout le monde en surface,
j'aurais bien dit à la fin, les gars, on va faire une semaine de plus.
Parce que j'ai bien vu que, dans la dernière semaine,
on était rodés, ça y est, en surprenant.
On a commencé à se faire face, ils allaient super vite,
et pour se positionner, et pour préparer les affaires.
Nous, on commençait aussi à s'habiller plus facilement dans l'eau,
à supporter mieux le froid, etc.
Et j'ai bien vu que, dans la dernière semaine,
la dernière semaine a été presque aussi fructueuse que les trois premières.
Donc tu t'as dit, si tu fais une semaine de plus,
là, tu vas faire du super boulot.
Mais bon, la question ne se posait pas,
je n'avais pas les moyens financiers,
et je pense que j'aurais pas eu non plus la force charismatique
de dire, les gars, vous allez rire, on va faire une semaine de plus.
Je ne suis pas sûr que ce serait bien passé.
Les quatre jours de décompressions les a fractionné,
puisque contrairement au scaffandrier sur un chantier,
lui, quand il a fini son job, il remonte.
Nous, on est à 120 mètres,
j'ai envie d'aller voir à 100 mètres, j'ai envie d'aller à 80 mètres,
j'ai envie d'aller à 60 mètres aussi.
Donc autant commencer à décompresser,
s'arrêter, sortir un peu pendant une journée,
continuer la décompression, s'arrêter une journée, sortir.
Donc on l'a un peu fractionné.
Au final, on est remonté quand même comme ça jusqu'à 60 mètres
en continuant à faire des sorties régulières.
Et puis, c'est seulement à partir de 65 mètres
que là, ça stressait trop l'équipe de surface
de nous imaginer sortir plus haut.
Plus on s'approche de la surface, plus c'est critique, évidemment.
Donc à partir de 65 mètres,
il restait à peu près 60 heures de décompression.
Donc là, on ne sortait plus.
On est rentré à Marseille.
De toute façon, on venait de revenir dans la rade de Marseille.
On était à nouveau à Ké.
C'est bizarre, parce que les trois quarts de l'équipe s'en vont.
Donc il n'y a presque plus personne,
mais toi, t'es enfermé.
Il n'y a plus que quelques techniciens qui viennent un peu voir
si tout va bien, regarder un peu les mesures.
Mais tu te sens un peu tout seul.
Bon, tu sais que tu vas sortir sous peu.
Et tu retrouves la parole,
parce que la pression baisse.
Donc même si tu es encore dans une atmosphère déliome,
tu as voie redeviens audible.
Elle est nazillarde évidemment, mais elle redevient audible.
Là, tu te découvres un caractère de pipelette yannique,
plus ta situant de nous tous.
Je n'ai jamais vu yannique parler autant.
Puis après, elle a sorti elle-même.
Où tu te fais rattraper par tes émotions.
Là, on n'a jamais vécu une fin d'expédition comme ça.
Pourtant, on a fait...
Depuis 20 ans, on me fait des voyages.
On parle longtemps, on revient.
Mais ça, c'est pas pareil.
On revenait...
On n'était pas chez nous, on n'était pas loin.
On n'était ni près, ni loin, on était ailleurs.
C'était bizarre quand même cette sensation.
Et le retour à la surface,
quand la porte s'ouvre,
les acolades, il y avait tellement de monde qui étaient venus.
On a vécu un truc inoubliable.
Et je suis sûr qu'on a déjà refait de la saturation.
Je suis sûr qu'on en refera.
Mais ça ne sera plus comme ça.
Là, c'était quand même ce premier retour.
Je manque un peu de vocabulaire.
Toutes les dérisoires inoubliables, extraordinaires.
Ça restera un grand moment dans notre carrière de plongeur
que cette sortie de cette première saturation.
Il y avait vraiment beaucoup d'émotion chez tout le monde.
Les plus robustes gaillards de mon équipe,
avec les larmes aux yeux, ils n'en menaient pas large.
On dit aux gens que la Méditerranée est morte.
Il y a des articles de journaux qui disent ça.
Elle n'est pas morte.
Après, elle est barbe en bonne santé.
Elle est blessée.
Elle est malmenée, elle est méprisée.
Et je ne parle même pas du point de vue social.
On sait ce qui s'y joue.
La Méditerranée Berceau des civilisations.
Mais cerqueuil des réfugiés, quelle honte.
Un point de vue écologique, c'est pareil.
Berceau d'une biodiversité incroyable.
Il y a 20 % d'endemismes en Méditerranée.
Il y a 10 % de la biodiversité mondiale.
Alors que c'est que 0,1 % de l'espace maritime mondial.
Elle a cette valeur exceptionnelle.
Berceau d'une biodiversité incroyable.
Et poubelle en même temps de nos sociétés.
Donc voilà, c'est une mer plein de paradoxes.
Plein de paradoxes.
Mais en tout cas, il ne faut pas faire une croix dessus.
Bon voilà, elle est morte.
Passons à autre chose.
Non, non, elle n'est pas morte.
Quand on crée des zones de protection renforcées,
je l'utilise bien le terme ZPR, zone de protection renforcée,
et pas AMP, air marine protégée.
Parce que air marine protégée, c'est très bien, c'est un premier pas.
Mais dans une air marine protégée, il n'y a rien de protégé.
C'est une air marine observée, gérée, surveillée, mais pas protégée.
Ce qu'il faut, c'est des zones de protection renforcées.
Celles qui existent, fonctionnent extraordinairement bien et très vite.
On l'a vu avec le Covid.
Deux mois d'arrêt des activités humaines,
et il y a plein d'animaux qui sont revenus.
Ils n'ont pas apparu spontanément.
Ils étaient tenus à l'écart par l'activité.
Et ensuite, il y a l'effet le plus intéressant des zones de protection renforcées,
c'est les effets de débordement.
À partir du moment où tu crées un espace protégé au bon endroit,
ça crée des zones de refuge,
puis des zones où on se sent à l'aise pour se reproduire, on s'y reproduit.
Et très vite, on est en surpopulation animale.
Et donc, on déborde, et ces animaux partent, vivent ailleurs.
Et donc, on réensemence les zones exploitées.
C'est ça la force des zones de protection renforcées.
Donc, cette Méditerranée, elle est loin d'être foutue
pour peu qu'on crée ces zones de protection renforcées.
Il y a même des savants qui, en faisant des travaux d'extrapolation,
estime que si on arrivait à mettre en réserve intégrale
en zone de protection renforcée, 20 à 30% de la France,
de la Méditerranée, d'un océan entier du monde,
ces 20 à 30% suffiraient à produire la ressource
qui s'exporte dans les 70 ou 80% qui restent et qui se soit exploitable.
Donc, il y aurait une sorte de cercle vertueux.
Voilà vers quoi il faut tendre, parce que ça fonctionne.
Ce que j'ai appris de la Méditerranée pendant cette mission,
c'est difficile, parce que moi, j'ai commencé la plongée en Méditerranée,
je la poursuis demain, je retourne plongée en Méditerranée,
enfin, c'est là où j'en fais le plus.
Mais ce que j'ai appris, c'est que je crois qu'elle en finira jamais de me surprendre,
en fait, pour peu que je fasse l'effort d'aller au-devant d'elle.
C'est... Voilà, il faut y aller l'armure légère,
mais avec les intentions nobles, d'en ramener un témoignage,
une illustration, voilà.
Et que pour peu qu'on fasse cet effort-là,
d'une approche inédite, d'une démarche à effort,
on est récompensés, quoi.
On est récompensés à chaque fois.
Les protocoles scientifiques scrupuleusement réalisés,
et les pellicules pleines d'images inédites,
les quatre plongeurs sont revenus à la surface
avec un sérieux message d'espoir.
On espère de tout cœur qu'il sera entendu.
Un film documentaire et un livre de photos de cette aventure
que l'on vous conseille vivement,
sont disponibles en ligne sous le nom de Planète Méditerranée.
Merci à Laurent Ballesta pour son témoignage,
et merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
Les Balladeurs est un podcast du Média Leosers.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fier,
assisté par Nicolas Alberti.
Cette histoire a été présentée par Clément Sacar,
la musique est composée par Nicolas de Ferrand,
Clos et Vibos est assuré du montage,
et Antoine Martin, du mixage.
A très bientôt.