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depuis plus de 80 ans.
Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner à nouveau les baladeurs
pour cette 6e saison.
Les baladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Leosers.
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A 27 ans, Sophie Planc et Jérémie Vauxjoie sont partis pour un long voyage.
Traverser les Amériques à vélo de l'Alaska à la Patagonie.
Un tracé de 29 000 km à travers les montagnes,
les déserts et les jungles,
qui débute au port de l'océan Arctique,
sur une portion de route célèbre, la Dalton Highway.
Si les premiers coups de pédales ont une odeur de liberté,
le couple évite rattraper par la réalité.
Cette piste de 666 km est connue pour être l'une des plus dangereuses au monde.
Au milieu de nulle part, sans aucun point de ravitaillement
et avec une faune sauvage omniprésente,
elle est aussi empruntée par d'immenses camions
qui rejoignent la cité pétrolière de Prud-Aubeille,
projetant de la poussière, des graviers et des roches sur leur passage.
Et dès le 7e jour, ces menaces vont se concrétiser
et interrompre le voyage brusquement.
Mes premiers souvenirs, juste après l'accident,
ils remontent à 12h après l'accident en fait.
Entre le moment où je tombe et le moment où
ma mémoire s'active à nouveau,
je suis à ce moment-là dans un lit d'hôpital.
C'est un peu la scène de cinéma qu'on voit souvent après un drame,
un accident.
On a les néons qui circulent au-dessus de nous
et on voit flou, on voit pas trop bien ce qui se passe
et moi à ce moment-là je sens un ciseau très froid
qui parcourt ma jambe.
C'est très désagréable et je me demande un petit peu ce qui se passe
évidemment je suis perdue, je comprends rien.
Et à ce moment-là je commence à avoir un petit peu mieux,
j'entends mieux.
Je sens aussi cet odeur terrible de l'hôpital que tout le monde déteste.
Je prends connaissance des douleurs aussi, j'ai mal partout.
J'ai mal au genou, j'ai mal au dos, j'ai mal à l'épaule,
je peux pas bouger mon épaule.
J'ai mal aux mains, j'ai des trous littéralement dans mes mains,
ça fait peur.
Et surtout je n'arrive pas à bouger mon cou non plus.
Autour de moi je vois quelques médecins, une infirmière,
je vois surtout en fait les petits détails.
Je vois seulement les motifs sur le petit bonnet de l'infirmière
et je me rends compte qu'on est en train de me déshabiller.
Je vois mes mains qui sont archissales, elles sont pleines de sable,
elles sont pleines de terre, elles sont pleines de graisse, de vélo.
Et le premier sentiment que j'ai c'est la honte en fait.
J'ai honte d'être nu et j'ai honte d'être aussi sale face au corps médical
parce que ça faisait une semaine qu'on faisait du vélo
en Alaska sur la Dalton Highway
et une semaine qu'on n'avait pas pu se laver.
Quelques jours plus tôt, on venait d'arriver en Alaska à Fairbanks
et on s'apprêtait à vivre, certainement je pense, la plus grande aventure de notre vie.
On est arrivé en Alaska, Jérémie et moi, donc Jérémie c'est mon conjoint,
le 7 juin 2017.
Donc on fait un petit bon dans le temps.
On s'apprête à parcourir les Américas Vélos.
On a choisi de partir de les côtes de l'océan arctique,
donc à 800-900 km de Fairbanks
pour essayer de tracer, on va dire, la route
qu'on pense être la plus longue du monde,
du moins la plus étendue en termes de latitude.
On souhaite partir du 70e degré de latitude nord
et aller jusqu'au 54e degré de latitude sud.
Donc pour nous, le grand nord d'Alaska
ça représente vraiment la grande symbolique de soyage là.
Avec Jérémie, on a 27 ans à ce moment-là
et je pense qu'à cet âge-là, on doit chacun faire un choix assez radical.
C'est ce qu'on construit quelque chose ensemble,
à savoir un foyer, un bébé,
ou est-ce qu'on répond à un espèce d'appel un peu fou-fou
et nous on a choisi de répondre à cet appel un peu fou
en sachant qu'on est tous les deux des grands fans
de la randonnée, on est des grands fans de la traversée géographique.
C'est quelque chose qui nous passionne plus que tout
et quand on réfléchit à qu'est-ce qu'on peut construire à ce moment-là
quand on a 27 ans,
c'est l'envie de construire des souvenirs,
c'est l'envie de construire quelque chose de mémorable,
quelque chose de grand tous les deux
et ça tombait sous le sens que pour Jérémie et moi,
ça allait être un grand voyage.
On a regardé une carte tout bêtement, un plan isphère
et on s'est dit, tiens, qu'est-ce qu'on aimerait bien découvrir ensemble
que toi, t'as pas à découvrir tout seul
ou que moi, j'ai pas à découvrir de mon côté toute seule.
Et il se trouve que le continent sud-américain
répondait à cette question-là.
Le continent sud-américain, c'était l'inconnu,
c'était bien sûr la Cordillard des Andes,
la plus grande chaîne de montagnes
et puis surtout une culture d'Amérique latine qu'on connaît peu.
Et au fur et à mesure de lectures, de recherches,
on se rend compte que, en fait,
pourquoi se contenter, entre guillemets,
de parcourir l'Amérique du Sud
quand on pourrait faire toute l'Amérique du début à la fin.
Jérémie et moi, on est des grands fans de géographie
et donc se dire qu'on peut rallier,
avec une seule et même route, le désert, la Taïga, la Tundra,
l'alti-plano, la jungle et la Terre de Feu,
tout ça, ça nous enchante bien sûr fortement.
Donc ça répond, je pense, à une quête,
à un appel quand on a 27 ans, de grandeur et de folie, à mon avis.
À 27 ans, on va dire que j'ai, a priori,
un itinéraire tout tracé en journalisme.
On vient de me proposer un CDI.
Et j'hésite, en fait.
J'hésite parce que je me dis, mais est-ce que c'est vraiment ça,
la vie que j'ai envie d'avoir
ou est-ce que j'ai envie de répondre, justement,
à cet appel du sauvage,
qui est en moi depuis que je suis toute petite
et à chaque fois que j'ai un temps libre,
je pars marcher, que ce soit en France ou en Europe.
Et là, quand on me propose ce CDI,
je me dis, mais est-ce que je veux encore avoir l'occasion
de répondre à ces appels qui sont en train de grandir en moi, en fait.
Plus je pars et plus j'ai cet appétence et cet envie
d'aller encore plus loin dans ce que j'entreprends.
Et donc à 27 ans, je dis non à mon CDI.
Et je dis oui à ce projet d'aventure.
Jérémie et moi, on est tous les deux des grands marcheurs, à la base.
On aime tous les deux beaucoup ce médium-là,
parce que justement, il nous donne le temps.
Et c'est ce qu'on aime, je pense, le plus, quand on traverse
une géographie, c'est d'avoir le temps de le faire.
On n'est pas des ultra cyclistes
ou des ultra-marcheurs qui faisont un marathon par jour.
Moi au contraire, j'aime beaucoup cet esprit de lenteur.
Mais quand on regarde la carte, on se dit,
« Si on se lance sur ce projet-là à pied,
ça va nous prendre une vie, en fait, à notre rythme,
à notre manière, à nous de voyager.
On n'a pas envie de le faire à pied.
On a envie d'être un petit peu plus rapide, mais pas trop.
Le vélo, il est venu tout de suite, en fait,
dans notre esprit, comme manière parfaite pour voyager.
Par contre, moi, je n'avais jamais fait de vélo de ma vie.
J'avais une petite bicyclette pour aller chercher le pain en ville,
mais je n'ai jamais fait de vélo.
Enfin, je déteste le tour de France.
Et là, va savoir pourquoi je l'ai vu comme un moyen de me déplacer.
Pas comme un moyen de faire du sport,
ou comme un moyen de faire la course,
mais vraiment comme un moyen de traverser un pays,
traverser un continent.
Et là, tout de suite, j'ai vu beaucoup de romantismes,
et j'ai vu beaucoup de beauté.
Et ça m'a tout de suite plu.
Alors, bien sûr, j'ai acheté un premier vélo chez Descats
pour m'entraîner et voir si vraiment ça me plaisait.
Et ça ne me plaisait pas, en fait,
parce que je ne faisais que de faire des tours
autour de chez moi à Versailles.
Et je me suis dit, mais il était en quoi,
est-ce qu'on va s'embarquer ?
Avec Jérémie, on est partis faire 500 km
dans les Pyrenees pour s'entraîner.
Parce qu'à ce moment-là, on avait acheté
les vrais vélos qu'on allait utiliser pour le voyage.
Ça nous a pris 6 mois à confectionner le vélo
qu'on voulait pour le voyage.
Et là, ça a été la révolution,
parce que j'ai jamais eu de vrais bons vélos.
Et donc, j'ai découvert le braquet,
j'ai découvert ce que c'était de gérer son effort,
tout simplement à vélo,
ce qui n'est pas du tout la même à pied.
Et donc là, partir 500 km dans les Pyrenees,
j'ai compris ma douleur.
Et là, je me suis dit, wow, ça va être long.
Ça va être difficile, mais qu'est-ce que ça va être bien ?
Et c'est ça qui est beau, c'est l'inconnu
et c'est, je pense, cette petite naïveté
qu'on a surtout à l'aveil du départ, qui est extraordinaire.
Et c'est une naïveté que j'essaie de cultiver
encore aujourd'hui, parce que c'est elle
qui nous fait faire des choses incroyables, en fait.
On est connectés, bien sûr, au fait que ça va être dur,
que ça va être long, mais être un petit peu naïf
quand on entreprend un projet comme celui-ci,
c'est se laisser justement un peu de légèreté
et un peu de passion, tout simplement,
faire en sorte que la passion, elle prenne le dessus.
La seule chose qu'on a établie au départ,
c'est cette volonté de parcourir les chaînes de montagne
et d'aller du nord au sud sur les crêtes,
et d'aller du nord au sud au plein cœur des montagnes,
qui dessinent justement ce continent américain.
On a peur parce qu'on voit le point de départ,
on imagine le point d'arrivée,
mais entre les deux, c'est l'inconnu total.
On n'ose même pas se projeter sur l'itinéraire.
On n'ose pas du tout imaginer à quoi va ressembler
ces deux ans, est-ce qu'on va être capable
de traverser toutes ces frontières terrestres.
Et la grande chance qu'on a avec le passeport français,
c'est qu'avec le passeport français, on passe partout.
Là, on arrive à la frontière, pouf, tampon,
on a trois mois de visat touristique.
Donc en fait, partant de ce principe-là, on se dit,
on va aller sur le bord, en fait.
Les difficultés, on va les découvrir au fur et à mesure.
Et on les a découvert assez tôt, au final.
Quand on arrive en Alaska, à Fairbanks,
on est évidemment tout seul.
On a prévu deux jours d'hôtels, de motels,
précisément un petit hôtel miteux
dans lequel il y avait non seulement des mites,
mais aussi des punesses de lits.
On arrive sans les vélos.
Ils sont bloqués à Seattle, à l'aéroport.
Donc on en profite pour visiter un petit peu la ville.
Et en visitant la ville, on rencontre une femme qui s'appelle Kathleen.
C'est une femme atabaskane du clan Koyukon,
donc c'est une native d'Alaska.
Et cette femme-là, il y a quelque chose d'assez magnétique en elle.
Quand je crois à son regard, j'ai qu'une envie, c'est d'aller vers elle.
Ça arrive souvent quand on est en voyage
d'avoir cette connexion assez incroyable avec quelqu'un.
J'ai cette connexion avec elle,
et j'ai qu'une envie, c'est d'aller la voir et de discuter avec elle.
Le courant passe très bien,
si bien qu'elle nous invite à dormir chez elle, en fait.
Elle est au courant qu'on est dans un hôtel un peu miteux.
On avait pris deux nuits d'hôtels.
Et c'est vrai que l'hôtel était vraiment bof.
Il y avait des punesses de lits.
On ne voulait pas trop dormir dans le lit.
Elle nous dit, mais c'est hors de question,
vous soyez à l'hôtel, venez chez moi, je vous héberge.
Et donc du coup, ni une ni deux,
on prend nos affaires, on va chez elle.
Et cette femme-là, elle est très importante.
On va rester en fait une semaine chez elle.
Et pendant une semaine,
elle va nous initier,
ou les gens de local,
elle va nous initier
aux différentes baies comestibles,
à savoir que toutes les baies en Alaska sont comestibles.
Ça, c'est bon à savoir.
Et puis surtout, elle va nous faire découvrir,
à travers ses yeux,
ce qu'est l'Alaska et ce qu'est le Grand Nord Alaska.
Et ça, c'est quelque chose d'assez important pour nous,
parce que c'est un peu ce qu'on recherche aussi.
Cette connexion justement,
aux éléments et cette connexion aux gens.
Et donc avec elle,
on a déjà quelque chose de très fort qui se passe.
Et donc on récupère finalement les vélos,
et ils vont se dire au revoir,
mais on ne se dit pas adieu.
Faire banx, c'est pas le vrai point de départ du voyage.
Nous, on a vraiment envie de partir des côtes de l'océan arctique,
et pour y arriver,
on s'est donné comme objectif de rejoindre
la station pétrolière qui s'appelle Dead Roars,
ou Prud'au Bé.
Il y a un petit peu les deux noms qui existent.
Prud'au Bé, donc c'est à 900 km au nord de Fairbanks.
Et c'est, on va dire, la désolation.
C'est des puits de pétrole à perte de vue.
C'est la source principale de pétrole des États-Unis.
Donc c'est un petit pied de nez qu'on fait en voulu en partir à vélo de là-bas.
Mais c'est pas si facile de rejoindre cette cité, on va dire, pétrolière.
Il faut trouver quelqu'un qui nous y emmène.
Et donc on se rend carde un petit peu en ville,
et on se rend compte qu'il y a quand même une navette
qui emmène soit les gens, on va dire, les familles,
des personnes qui travaillent sur les puits pétroliers,
ou bien des touristes qui ont envie d'aller voir un petit peu
ce que c'est que ce Grand Nord et ses puits de pétrole.
Donc ça c'est 13 heures de camionnette,
13 heures de camionnette qui nous emmène à Prudeau-B.
Et donc là on arrive sur les côtes de l'océan arctique.
Quasiment il y a juste, on va dire, 30 km qu'on n'a pas le droit de faire
parce que c'est privé et ça appartient justement à ces entreprises de pétrole.
Mais c'est le point de départ du voyage.
Quand on arrive à Prudeau-B, donc Dead Horse,
on passe une nuit dans un hôtel, le seul hôtel qui existe
et qui héberge tous les travailleurs d'épuis de pétrole.
Là on passe un peu inaperçu parce que ces gens,
ils sont vraiment dans leur monde en fait.
On est là mais on n'est pas là.
Donc c'est assez rigolo de se dire qu'on est sur la ligne de départ
et il y a personne qui va nous souter bonne chance,
on est vraiment tout seul.
Et donc dans cet hôtel-là, on ne peut pas forcément mettre les vélos à l'intérieur,
il faut les laisser dehors.
On se dit pas de problème, on prend juste les bagages
et on laisse les vélos en extérieur
et le lendemain matin quand on les retrouve,
en fait il fait moins 15 degrés
et les vélos ils sont couverts de givre,
ils sont couverts d'une épaisse couche de glace
et ça nous prendra une bonne demi-heure à tout casser
avant de pouvoir prendre les vélos et commencer le voyage.
Donc c'est assez drôle, on se laisse déjà surprendre en fait
par notre environnement.
Comme quoi cette naïveté qu'on a dès le départ,
elle nous prend de cours en fait clairement.
Et donc voilà, on dégèle les vélos.
Évidemment on n'a pas d'huile spéciale pour le grand froid.
Donc il faut graisser les vélos,
il faut faire attention tout ça à cet entretien
et donc ça prend un petit peu de temps.
Mais c'est le temps de se mettre dans le bain aussi,
au final.
C'est ça hier, vous êtes partis les gars,
vous vous attendiez à quoi ?
L'Alaska va pas vous tendre les bras comme ça,
elle va vous mettre au défi tout de suite.
Et donc bien sûr, il y a cette idée
de s'en mitoufler comme on peut pour ses premiers kilomètres.
Il fait très froid bien sûr,
mais on est tellement heureux, tellement heureux
d'être finalement là sur le point de départ
après presque deux ans de préparation.
Cette route que l'on s'engage à prendre,
elle s'appelle la Dalton Highway.
C'est une route qui, il y a encore 20 ans,
était fermée au public et ça fait à peine
voilà 20 ans qu'elle est ouverte pour tout le monde.
C'était une ancienne route de maintenance
de l'Oléoduc parce que c'est puis de pétrole
du nord de l'Alaska, en fait,
vont via un Oléoduc jusqu'à la ville de Valdès,
donc dans le sud de l'Alaska.
Et ça c'est un pipeline qui fait 1300 km à peu près
et qui transporte le pétrole.
Et donc nécessairement pour entretenir
cette Oléoduc, il fallait une route.
Donc c'est une route de terre
qui est vraiment au beau milieu de nulle part,
il n'y a rien autour de cette route.
Il y a eu des anciennes stations,
des anciens puits, des pompes,
qui permettaient au pétrole
d'être encore sous pression,
sauf qu'aujourd'hui avec les nouveaux moyens technologiques,
on n'a plus besoin d'autant de pompes.
Et donc nécessairement, il y a beaucoup d'endroits
qui ont été abandonnés.
Donc on est vraiment livrés à nous-mêmes
sur cette route-là.
À ce moment-là, on est sur le Pergélisol.
Donc c'est cette zone de l'Arctique
qui est constamment gelée
sous la terre.
Sauf que le Pergélisol, il commence à fondre.
Et donc d'année en année,
la route, elle doit être faite parce qu'il y a aigus d'oldol,
ça part dans tous les sens, elle s'affaisse
et pour les camions qui font les allers-retours
sur cette route-là,
c'est très important qu'elle soit bien propre
et qu'il n'y ait pas trop de nids de poule en fait.
Et donc ce premier coup de pédale, il est extraordinaire.
Il est hyper laborieux, parce qu'on n'avance pas.
Il y a des cailloux partout, c'est n'importe quoi.
La route, elle est complètement en travaux.
Il y a des engins dans tous les sens,
il y a du bruit, c'est pas du tout glamour.
C'est pas du tout romantique.
Au contraire,
ça pue, c'est moche.
Mais on est tellement heureux,
tellement heureux de faire ces premiers coups de pédale
que tout ça, ça fait partie du voyage en fait.
À ce moment-là, mais moi je vole en fait.
Je n'ai pas d'expérience à vélo, mais je m'en fiche.
Je ne sais pas du tout à quoi matin, mais je m'en fiche aussi.
Je suis juste là à vivre l'instant présent
et j'ai l'impression d'avoir une force d'ercule en moi en fait.
Parce que je suis prête tout simplement.
Et donc on s'éloigne petit à petit de ces puits de pétrole.
On est à ce moment-là sous une chape de brume
qui est très lourde, qui est due à l'humidité
tout simplement de l'eau sorarctique.
Et cette chape, on a l'impression
qu'on ne va jamais s'en débarrasser en fait.
Il y a un espèce de poids,
une espèce de responsabilité.
Plus on avance et plus on se rend compte
qu'on s'engage dans quelque chose de très long et très grand.
Et c'est dû au fait que cet terrain,
il est fait de cailloux, il est fait de poussière,
il est fait d'un terrain qui n'est pas du tout fait pour les vélos.
Et donc c'est quelque chose qui nous met face.
Voilà, le premier grand défi, c'est de traverser cette dalle d'un highway.
Et ça va pas être simple.
C'est une route de l'extrême à plusieurs titres.
Déjà, d'un point de vue météorologique,
il peut neiger, comme il peut pleuvoir,
comme il peut faire très chaud sur cette route-là.
Et donc ça a un impact sur le revêtement.
C'est une espèce de poussière, sédimentaire, glacière.
Donc, d'équipe bleue, c'est de la gadou,
on n'avance pas quand il fait très chaud, c'est très poussièreux.
Donc on en a plein les yeux, on en a plein la bouche.
Il y a énormément de moustiques aussi.
Donc au quotidien, c'est difficile à gérer.
Et puis quand il neige, bien sûr, de la même manière,
ça transforme la voie en quelque chose impraticable.
Donc déjà, pour les camions qui font plusieurs centaines de tonnes,
c'est compliqué.
Et quand nous, derrière, on doit se frayer un chemin
dans le sillon des camions, c'est encore pire, en fait.
Parce qu'il soulève cette espèce de gadou,
et c'est vraiment impossible, il faut marcher à côté,
il faut pousser le vélo,
et donc des journées, quand même, on doit faire 80 km par jour
pour tenir notre autonomie.
Ça se transforme en des journées,
de 7h du matin à 22h le soir.
Sauf qu'à ce moment-là, on est en plein mois de juin,
on n'est pas loin du midnight sun, du soleil de minuit,
donc il ne fait pas nuit, en fait.
Donc on ne se rend même pas compte qu'on pèse d'elle jusqu'à 22h.
Mais c'est quelque part ce qui nous sauve
dans cette nécessité d'autonomie,
c'est qu'on est tenu de respecter ces kilomètres-là.
Donc il y a une espèce de pression à emprunter cette route.
On est tout seul, il n'y a personne.
Donc si on n'a plus d'eau, on doit se débrouiller.
Si on a un problème avec la nourriture, on doit se débrouiller.
Si on a un problème avec les vélos, il faut se débrouiller.
Et si on a un problème de santé, il faut se débrouiller aussi.
Une fois qu'on quitte ce site pétrolier,
on est vraiment livrant nous-mêmes, on est tout seul.
Et là, tu vois les premiers bœufs musqués,
tu vois les premiers ours,
et tu te dis qu'il n'y a rien qui te sépare de ce monde sauvage, en fait,
à part ta toile de tente.
Mais en soi, une toile de tente, c'est pas grand chose.
Donc il y a cette espèce de prise de conscience de
« Waouh, il faut que je fasse avec tout ce qu'il y a autour de moi ».
Et c'est impressionnant de...
En fait, c'est même perturbant parce que tu tombes
dans une espèce d'abîme énormissime.
Tu comprends et tu prends conscience de l'immensité
dans laquelle tu es, en fait.
Et ça, ça fait peur.
C'est le premier ours qu'on voit.
C'est un ours qui est un peu étrange, il est un peu blanc, en fait.
Au début, on se dit « Waouh, ça pourrait être un ours polaire ».
Ou pas, je sais pas, il me paraît quand même un peu plus petit,
un ours polaire.
Et on croise des scientifiques qui s'arrêtent à ce moment-là.
Et ces scientifiques,
près dans le photo, l'animal,
et ils nous disent « Ah, mais c'est fort probable que ce soit un pisli ».
Le pisli, c'est un peu le mix entre l'ours polaire et le grisli,
du fait du réchauffement climatique,
il y a de plus en plus de mixité entre ces races-là.
Et du coup, ça crée des épiceries.
Et donc, ça, c'est le premier ours qu'on voit.
Alors, bien sûr, c'est extraordinaire.
On se dit « Waouh, c'est incroyable ».
On est témoins vraiment du changement climatique,
on le voit sous nos yeux.
Mais aussi, on se dit « Mais en fait, c'est surtout un ours ».
Plutôt que le changement climatique, je vois aussi un ours.
Donc là, on va dire que c'est les premières grandes frayeurs du voyage.
Moi, j'ai beaucoup fait des cauchemars avant de partir
pendant, je pense, 6 mois avant le départ,
je rêvais de Leonardo DiCaprio qui se fait de déchiqueter par un ours.
Et donc, ça, ça m'a hanté longtemps, en fait.
Mais en fait, pas du tout.
La rencontre, elle est très paisible.
Et les scientifiques nous confortent là-dedans.
Ils nous disent « Mais vous inquiétez pas,
les ours, ils ont peur des humains, il suffit de parler ».
Il suffit de dire quelques mots, l'ours, une fois qu'il t'entend,
il va plutôt avoir envie de dégarpir, plutôt que de venir te voir.
Les premiers jours sont très laborieux.
Au début, je mouline.
Je mouline beaucoup parce que justement, on est sur de la terre,
on est sur du sable, on est dans un espèce de faux plat montant
qui nous emmène dans les Brooks Range,
cette première chaîne de montagne qu'on doit traverser.
Et j'ai l'impression qu'elle est interminable.
C'est un col à 1500 mètres d'altitude, c'est pas fou en soi.
Sauf que c'est sur de la terre,
de la terre qui est vraiment malmenée par les camions.
Il commença à pleuvoir.
Donc on est en train de connecter avec la difficulté.
Le soir, on a mal au bras.
La nuit, on se réveille parce qu'on a des crampes au poignet
avec la vibration justement du guidon
et le fait de devoir parfois pousser le vélo.
On a des crampes en normal.
Et puis surtout, on se réveille pour rien.
Dès qu'on entend, soit un coup de vent,
soit des bruits sur la toundra,
ça nous réveille.
Il y a cette espèce d'instinct de survie
qui nous fait dire, Sophie,
oublie pas, il y a qu'une toile de teinte
qui te sépare du monde extérieur, entre guillemets.
Et donc on dort très mal.
Moi je fais encore mes petits cauchemars avec les ours.
On envoie tous les jours des ours.
On les côtoie tous les jours à lancer à 500 mètres,
à 300 mètres, à 200 mètres.
Parfois, c'est à 50 mètres.
Mais c'est paisible.
Donc ça nous aide aussi à nous dire
qu'on est en train de comprendre
un petit peu l'environnement dans lequel on évolue.
Le vélo qu'on a à ce moment-là,
il est hyper lourd.
Il est hyper lourd parce qu'on a 10 jours d'autonomie
et de nourriture dans les sacoches.
Donc déjà, c'est un poids assez imposant.
C'est du volume aussi.
Donc on a 2 sacoches à l'arrière,
2 sacoches à l'avant,
une sacoche sur le guidon,
qui sont pleines de notre matériel d'autonomie.
Il faut qu'on soit autonome sur 3 saisons.
Donc du moins 15 degrés à du plus 30.
Donc on est plein de matériel d'autonomie.
C'est des vélos type EVTT.
En 27 pouces et demi.
C'est des vélos qu'on a conçus pour être tout-terrain vraiment.
Donc avec des pneus un petit peu larges,
une bande rouleur sur le dessus
mais bien crantée sur les côtés
pour pouvoir passer un petit peu n'importe où.
Et on a souhaité avoir des vélos avec une géométrie assez basse.
Un peu sportif justement.
Donc l'objectif c'est de pouvoir passer vraiment partout
et de se frayer un chemin sur le gravier,
en montagne, sur les cailloux.
Mais on n'a pas de suspension par contre.
Parce qu'on veut quelque chose de très simple,
à réparer nous-mêmes.
Donc nos vélos, on a en plus de ça,
chacun 5 litres d'eau
dans un petit géricane en plus
pour les autonomies d'eau.
Avec notre filtre à eau en plus
pour être capable de gérer nos autonomies
sur cette route là où vraiment,
littéralement,
il n'y a pas de ressources en eau.
Donc on doit se débrouiller tout seul.
Et donc de cette manière là,
on a des vélos assez chargés,
le vélo fait 15 kilos
et on a en moyenne
au départ du voyage
autour de 30 kilos de chargement.
Parce que justement on a cette autonomie
de nourriture à respecter.
Et donc on est assez lourds.
Le troisième jour,
on passe ce fameux col à 1500 mètres
d'Alstuth, c'est le Atigoune Pass.
Et là moi,
je pleure.
Je pleure toutes les larmes de mon corps.
Je pense que avec Jérémie, c'est la première dispute
qu'on a à ce moment-là.
Parce que je prends plein de photos.
Et lui, il n'a qu'une envie d'avancer.
Et donc là, on fait face aussi
à l'autre grande difficulté de ce voyage-là.
C'est comment on gère le couple
dans cette traversée.
Ça, c'est quelque chose
à laquelle on n'avait pas forcément pensé.
On s'est dit, ça fait 3 ans qu'on est ensemble.
On verra bien comment les choses se passent.
On y va.
Sauf qu'on se rend pas compte que quand on part,
on a la même envie, mais pas le même moyen
d'y arriver.
Et ça, c'est compliqué à gérer
dès le début.
On est obligés de faire un espèce de deuil
de l'imaginaire
de ce voyage-là.
Et ce col, pour moi,
il représente la déconstruction
de tout ça.
Parce que c'est dur,
parce que je pleure, parce que j'ai mal.
Je me rends compte que je n'ai pas du tout
le même niveau que Jérémie,
qui, lui, me se colle et le fait
en 2 secondes.
Et moi, je peine.
Donc c'est très dur aussi pour l'ego.
Et surtout, Jérémie, à ce moment-là,
il ne va pas forcément
me brosser dans le sens du poil non plus.
Au contraire, il va être énervé à souhait.
Il va me gueuler dessus.
Mais qu'est-ce que tu fais ?
Avance, passe la seconde.
C'est un peu violent sur le coup,
parce qu'on me quitte un petit peu
ce côté romantique du début,
c'est génial, on part en couple, c'est beau.
Moi, je me rends compte de quelque chose
de très fort, c'est qu'on a beau
être dans cet esprit de liberté.
On est dans un huit clos constant
avec Jérémie.
Et on est enchaînés l'un à l'autre.
Et on ne peut pas se passer l'un de l'autre.
Et c'est à ce moment-là,
avec cette première grande
angélade, qu'on se dit
qu'il faut absolument qu'on parle,
qu'on se dise les choses,
et que c'est la communication qui doit primer.
Et puis surtout, on n'a pas trop le choix,
en fait. Si on veut arriver au bout,
on doit faire équipe plus que couple.
Tout se passe plutôt bien.
Les jours qui suivent, on est
dans la toundra.
Donc c'est hocre, c'est désolé,
il y a quelques petites fleurs,
mais elles sont très sèches parce que le printemps
est très sec.
Il n'y a pas eu beaucoup de pluie jusqu'à présent.
Et d'ailleurs, les Alaskans sont assez
alarmés à ce moment-là.
Il n'y a pas de moustiques non plus.
Donc pour nous, c'est parfait.
On est très contents.
Donc on avance dans cette espèce de
pleine hoque magnifique
où on voit, on croise
parfois un renard,
le lendemain, c'est des beaux musquets.
Après, c'est un ours.
Et on a ces montagnes jaunes
vraiment magnifiques
qui se dessinent au loin et qui sont très belles.
On sent qu'on est dans une ancienne
vallée glacière, qu'on est en train
de remonter.
Et c'est paisible,
il n'y a pas de bruit quand il n'y a pas
de camion.
Mais les camions, on les entend de loin.
Donc on est capables de s'arrêter.
Ça, c'est important.
Dès qu'on voit un camion, on s'arrête
sur le bas-côté de la route, on les laisse
passer et ensuite on reprend le chemin.
Parce que c'est justement un chemin de terre.
On préfère laisser passer le camion plutôt
que d'essayer de rouler à côté de lui.
Je crois que j'ai jamais vu des camions
aussi imposants que sur cette route-là.
C'est arrivé parfois d'avoir des camions
qui avaient, je sais pas, une trentaine
de roues.
Parce qu'ils portent des charges
très lourdes. Alors, parfois,
c'est des morceaux de pipeline
qui doivent être remplacés,
des morceaux de béton énormes.
Donc c'est des camions qui font
plusieurs
dizaines de mètres de long.
C'est des camions qui font trois fois la taille
des camions qu'on a ici.
C'est des doubles, voire des triple remorques.
Donc c'est hyper imposant.
Et puis, bien sûr, la démesure
américaine fait que les cabines
sont carrément plus grandes.
C'est très imposant.
C'est très large.
Donc c'est des camions qui font peur
un petit peu.
Et puis, à ce fameux pipeline,
surtout, qui divise vraiment
le paysage en deux.
Et on le longe constamment.
Donc tous les jours,
on a une vision différente
du pipeline.
On voit cette montagne se dessiner.
Et cette montagne,
elle signe la transition
entre la Tundra
et la Taïga.
Une fois qu'on passe cette montagne,
là, on retrouve les arbres.
Donc c'est des épinettes noires
et des épinettes blanches,
surtout des épinettes noires,
parce qu'on est sur le pergélisol, encore.
Et plus on va avancer,
et plus on va voir des épinettes blanches.
Et là, ça veut dire qu'on quitte le pergélisol
et qu'on arrive plutôt dans
le continental plus chaud.
On a des pigarges
à tête blanche
qui volent au-dessus de nous.
C'est un peu l'oiseau emblématique
des États-Unis que tout le monde connaît.
Et cette oiseau-là, je ne sais pas pourquoi,
j'ai l'impression qu'il nous surveille.
On le voit presque tous les jours, en fait.
Il vole au-dessus de nous, il est là,
il nous regarde,
on le regarde, et c'est hyper paisible,
c'est très beau.
Et là, on est dans le début
de communion, on va dire, avec
les éléments et avec le sauvage
qui nous entoure.
On comprend un petit peu plus
la présence de tel animal,
on comprend plus la présence de tel arbre,
de telle essence, de telle fleur.
On commence à faire corps
avec l'environnement qu'on essaye de traverser.
Donc c'est beau.
C'est vraiment beau.
Je pense que c'est ce qui prime
à ce moment-là dans notre esprit,
c'est la beauté.
On se sent bien, en fait.
On a des paysages à perte de vue
dans notre environnement.
C'est des plaines,
des montagnes, vierges, sauvages,
incroyablement belles,
et incroyablement
brutes aussi.
Il n'y a pas de route,
il n'y a pas de maison, il n'y a rien,
il n'y a juste du sauvage,
des animaux,
et cette route-là, qui se ferait un chemin
au milieu de tout ça, et nous.
On commence à faire des rencontres
sur la route.
Bien sûr, il y a les élan,
il y a les bœufs musqués, il y a les ours,
mais il y a aussi quelques personnes qui s'arrêtent
sur le bas côté de la route.
Et ça, c'est assez agréable,
parce qu'on est quand même tout seuls
depuis le début. Les camionneurs, ils nous font
de trois signes quand ils passent, ils sont contents
qu'on les laisse passer, mais il y a
quand même quelques voitures en chemin
qui nous proposent des bars chocolatés,
de l'eau, si on en vit.
Donc c'est le moment de discuter un petit peu
et de se renseigner
sur l'état de la route pour la suite, etc.
Donc ça, c'est assez appréciable.
C'est des gens qui, pour la plupart,
ont l'habitude de voir
des cyclistes.
Et il y a une personne qui nous dit
de bien faire attention,
parce que quelques jours avant
qu'on démarre nous notre voyage,
il y a eu une allemande
qui a eu un accident et qui a été
retrouvée inconsciente sur le bas côté de la route.
Et on ne sait pas du tout ce qu'elle est devenue
cette femme-là, mais voilà,
c'est des petits signaux
auxquels il faut faire attention.
Et ce genre de personnes, on les écoute
bien sûr avec attention. Parce qu'on sait
que c'est une route délicate, que c'est une route difficile,
et que l'erreur est possible
tout simplement l'accident, bien sûr
c'est quelque chose qui peut arriver.
On sait que quand on prend le vélo,
les chances sont décuplées
d'avoir une chute tout simplement.
D'autant plus qu'on est
à ce moment-là, dans une zone
qui est bien plus vallonnée.
On est entre les montagnes,
donc les fameuses Brooks Range.
Et donc là, bien sûr,
ça monte, ça descend, et on est
pas très loin de ce qu'on appelle
Beaver Creek.
Et donc ça c'est la route du Gas-Tor.
Et c'est une route qui est connue
pour être très épanouie en fait.
C'est un peu les montagnes rues à ce moment-là.
Donc pour les camions, c'est très important
de prendre beaucoup d'élan pour être capable
d'aller tout simplement jusqu'en haut de la côte.
Et donc à vélo, bien sûr,
c'est plus simple. On prend le temps, on zigzag,
en montée, on descente, on va un petit
peu plus vite. Et donc
de fait, les gens nous disent, faites bien
attention sur cette route-là, parce qu'il y a
souvent des accidents.
Le matin du
20 juin
2017,
on passe
le cercle polaire arctique.
Donc on le quitte
en fait. Donc on va vers le sud.
Et donc il y a une femme qui est là
qui s'amuse à vendre un petit peu des espèces
de diplômes pour les touristes. On va pas le prendre,
on n'a pas de place de toute façon.
Mais elle nous prend photo
devant ce panneau incroyable
et un peu mythique du cercle polaire
et on se dit qu'on a passé une belle étape
et que le plus dur est derrière nous entre
qui met. Maintenant il reste plus qu'à
quitter les brooks et
se rapprocher, on va dire, des plaines
qui vont nommer les jusqu'à Fairbanks.
On commence à retrouver un petit peu
de routes pavées.
Il y a de plus en plus en fait
de portions de cette DALTA-NI-WAY qui sont
bitumées pour faciliter
le transport des camions, justement.
Et donc là, pour nous, c'est
extraordinaire. On est hyper content. On va
carrément plus vite.
On fait plus de kilomètres à la journée.
On dépasse les 100 km par jour.
On commence tout doucement à prendre un rythme
qui nous plaît.
Et on commence un peu à faire les fous fous
aussi, à vélo avec Jérémy. On s'amuse
à prendre la route l'autre,
à prendre l'inspiration, à aller plus vite.
Et ça fait du bien tout simplement
d'aller vite quand pendant 5-6 jours
t'as été cantonnée
à faire du 7-8 km par heure.
Donc on
lâche un peu les freins tout simplement
ça fait du bien.
Il n'y avait pas de pluie, pas de nuage
c'était une journée parfaite en fait, idyllique.
On était bien, on avait
même un peu de coup de soleil
et on était contents
de garder notre crasse sur le visage.
On se disait que ça faisait effets de crème solaire.
Et donc là, on passe
cette fameuse beaver creek.
On passe
ce cercle poléaractique
et on arrive pas très loin d'une zone
où il y a des
formations rocheuses assez belles
et
ces formations rocheuses en fait
elles font un peu comme un doigt
qui pointe le ciel.
Et donc on passe ces formations rocheuses
et on passe
une femme qui s'arrête aussi avec son camion
et elle vient elle de quitter
une source d'eau qui est assez connue
mais on l'a pas vu.
Et cette femme s'arrête et nous dit
je me suis arrêtée prendre de l'eau si vous voulez
je vous en passe. On a pas super très bien
avec grand plaisir
on aimerait bien avoir cette eau là
elle nous remplit les gourdes et donc on est plein
d'eau super propre, clean. On n'aura pas besoin
d'en filtrer ce soir, on est très contents.
Et ça c'est le dernier souvenir que j'ai
de cette Deltoidaouée.
C'est le dernier souvenir que j'ai après
c'est le noir total.
Et la suite c'est Jérémie qui me l'a raconté.
Parce qu'en fait j'ai pas du tout de souvenir
de ce qui s'est passé après cette rencontre
autour de cette bouteille d'eau.
Avec Jérémie on a repris la route donc
et on était à ce moment là en descente
sur une portion pavée.
On fait à ce moment là entre du 30
et du 40 km par heure en pleine descente.
Et en face de nous
il y a un camion qui est en train d'arriver
qui lui amorce la montée de fête.
Et contrairement à d'habitude
où on se dit qu'on s'arrête
pour laisser passer le camion.
Là la portion de route était quand même suffisamment large.
Moi j'ai jugé, j'étais devant à ce moment-là.
J'ai jugé qu'il n'y avait pas besoin
de m'arrêter et que je pouvais continuer mon chemin.
Sauf que j'avais pas appris en compte
que sur le côté gauche de la route
il y avait une grosse portion de gravier.
Et au moment où moi je passe cette portion de gravier
le camion est sur le moment de la passer aussi.
Et lui il l'évite.
Donc il se met en plein milieu de la voie
et en plein milieu de moi.
Et donc à ce moment-là, bien sûr j'ai peur.
Donc je me dépeurre sur la droite.
Je prends le souffle du camion dans le visage.
Il y a un vent de gravier,
il y a un vent de poussière tout simplement
qui recouvre la route, je vois plus rien.
Et je passe à travers un île-poule
à 40 km par heure.
Je perd littéralement le contrôle de mon vélo
et je suis éjectée du vélo.
Et je me retrouve à taper contre terre
la tête la première et l'épaule droite en premier.
Jérémy à ce moment-là il est à 100 mètres,
150 mètres derrière moi.
Il me voit chuter, il me voit être projeté vraiment
en soleil en avant.
Et il me voit pas me relever en fait.
Il ne sait pas si j'ai perdu ou pas connaissance.
Le fait est que je me plains d'avoir mal.
Je me plains d'avoir mal un peu partout
mais surtout au cou, à l'épaule et au bas du dos.
Donc Jérémy bien sûr en très bonne aventurier
il fait les premiers gestes de secours,
il essaye de comprendre
où est-ce que j'ai mal etc.
Sauf que là à ce moment-là je lui dis
mais Jérémy, est-ce qu'on est à Paris ?
On est où ? Qu'est-ce qui se passe ?
Donc Jérémy dit, moi c'est d'être le choc.
Non, Sophie, tu es sur la Delta d'Aiway,
on est à Alaska, on est au milieu de nulle part,
tu viens de tomber.
Et là je me redis, mais on est où ?
On est à Paris.
Ah, j'ai mal au dos, j'ai mal à l'épaule
et toutes les 10 secondes je répète la même chose.
Donc bien entendu ça fait peur à Jérémy.
Il se demande si j'ai pas un neudemme cérébral tout simplement.
L'intérieur du casque a complètement explosé en deux.
Bien sûr j'ai du sang partout,
j'ai des plaies dans tous les sens,
l'épaule a l'air mal en point,
j'ai les mains complètement trouées
parce que je me suis protégé le visage avec.
Donc il y a beaucoup de...
Il y a beaucoup de...
De choses à faire pour Jérémy.
Donc il commence à nettoyer les plaies.
Il essaye de pas bouger mon cou,
il essaye de pas bouger mon corps,
il enlève pas le casque parce qu'il se demande
si justement j'ai pas un problème au niveau des vertemps.
Qu'est-ce qui se passe avec cet neudemme cérébral ?
Il se rend compte surtout qu'on est au milieu du le part,
on est au beau milieu de Alaska
et là on capte pas en fait.
On avait pensé à prendre une sim,
une carte sim locale
pour avoir justement du réseau partout où on serait.
Sauf que là, en bas de la cuvette où on est,
on capte pas.
On est vraiment livrés à nous-mêmes, on est tout seuls.
Donc pour Jérémy, à ce moment-là,
c'est très difficile à gérer bien entendu.
Il fait ce qu'il peut,
mais il s'est passé quelque chose d'assez extraordinaire,
c'est que dix minutes après que je sois tombée,
il y a un scientifique
qui sort de nulle part.
Il sort avec son 4x4
de la plaine
et il passe
juste à côté de là où on se trouve
à ce moment-là.
Donc bien sûr il s'arrête, il s'appelle Eric
et il vient en aide à Jérémy en fait.
Il me prodigue aussi les premiers secours
et surtout lui il a un téléphone satellite.
Et avec son téléphone satellite,
il va passer un appel à son manager
qui se situe dans la base scientifique de TULIC,
TULIC Field Station.
Et ensemble ils vont organiser
mora patrimon
en avion médicalisé
parce qu'il faut savoir qu'on est à 600 km de Fairbanks
et aucune ambulance ne va venir,
ça prendrait plus de dix heures en fait.
Donc il faut faire vite,
parce que s'il y a un de dames cérébrales,
s'il y a quelque chose de cassé, il faut se dépêcher.
Et donc c'est ce fameux Eric scientifique
qui prend tout en charge,
il met nos vélos dans son 4x4
et il organise mora patrimon
en avion médicalisé,
sauf qu'il faut faire 50 km
pour arriver à un endroit où un avion
pourrait potentiellement atterrir
pour venir nous chercher.
Et donc là, il me monte
tout simplement dans le 4x4.
Comme il peut, Jérémy va me tenir
le coup pendant une heure.
Donc Eric va conduire
pour nous amener jusqu'à
cette pseudo piste de terre
sur laquelle l'avion médicalisé
va pouvoir atterrir et nous récupérer.
Et ensuite, ça va nous prendre
presque trois heures à attendre l'avion.
Donc pendant trois heures, on va rester là.
Et pendant trois heures encore,
moi je vais demander à Jérémy
si on est à Paris.
J'ai mal, pourquoi j'ai mal ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Et donc Jérémy pendant ces trois heures,
il va répéter la même chose.
Tout va bien Sophie, t'inquiète pas,
tu es juste tombé, on va s'occuper de toi,
t'es en Alaska.
Donc l'avion médicalisé arrive,
il nous emmène à faire banques.
Jérémy réussit quand même à monter
et réussit, je ne sais pas comment il a fait,
il s'est imposé à l'intérieur.
Alors vanche, on ne peut pas prendre les vélos.
On ne peut pas prendre les bagages,
on ne peut pas vraiment s'en rire.
C'est Eric, le scientifique
qui garde nos affaires et qui nous dit
ne vous inquiétez pas, d'ici quelques semaines
quelqu'un redescendra sur Fairbanks,
on fera en sorte que vos bagages
descendent avec le scientifique
qui descendra.
Donc Jérémy, il fait confiance,
il laisse toutes nos affaires,
tout ce qu'on a, strictement tout.
Asse monsieur, Asse est inconnue,
qui s'en va vers le nord et nous,
l'avion médicalisé nous ramène vers le sud.
On arrive à Fairbanks,
en catastrophe à l'hôpital, bien entendu.
Et là, les souvenirs reviennent.
Je sens seulement ce ciseau
très froid qui est en train
de découper mon pantalon.
Et donc c'est un petit peu
cette espèce de prise de conscience
choc, qui fait que
tout le reste du corps s'éveille
à nouveau. Et là, les médecins
m'expliquent un petit peu
ce qui s'est passé et me disent
que j'ai fait une amnésie
post-rétrograde.
Et en fait pendant 12 heures,
j'ai eu aucun souvenir, mon cerveau
auto-bloqué en fait, peut-être
par instinct de survie
ou par volonté de me préserver.
Il m'a coupé de cette expérience
et de cet accident, tout simplement.
On n'est pas encore au courant que mon épaule
est cassé.
Il pense que c'est juste un petit peu
il y a eu un choc, mais les radios
n'ont rien de très spécial.
Donc on me met
une petite minère autour du cou et on me dit
t'as rien de cassé, ça va aller. T'as juste un u
un énorme traumatisme cradien.
C'est comme ça qu'on sort de l'hôpital.
Mais on me donne quand même
un scanner à faire le lendemain.
C'est seulement le lendemain
qu'on comprendra que j'ai la
tête de l'humidité russe cassée
fondue en deux.
Donc là on sort de l'hôpital
j'ai remis à juste
son téléphone et un port de monnaie
et moi j'ai pas d'affaires
j'ai rien, j'ai que
cette fameuse chemisette en papier
qu'on nous donne à l'hôpital
et on nous laisse comme ça
ressortir de l'hôpital.
Et donc là
moi je demande, bah vous auriez pas
des vêtements parce que j'ai plus rien.
Et il y a une infirmière
qui me passera des vêtements
d'infirmière. Voilà un jogging
d'infirmière et un pull
et c'est tout.
Voilà c'est tout ce qu'on a. On sort
et on est obligés de
faire banque tout seul. Donc
on prend une chambre d'hôtel à ce moment-là
pour calmer un peu le jeu
et surtout appeler la famille.
Donc bien sûr quand on part
on sait qu'on peut tomber
on sait que l'accident peut arriver
mais être pris de cours aussi tôt
je pense qu'on était loin de s'imaginer
que ça pouvait nous arriver aussi tôt
et surtout
passer à ça de la fatalité
c'est quelque chose
qui déstabilise beaucoup.
Mais à ce moment-là
donc on est dans cet hôtel
juste à côté de l'hôpital
on sait pas du tout quoi faire
on a juste nos familles au téléphone
pour expliquer ce qui s'est passé
et on attend le lendemain
il faut se reposer et réfléchir
qu'est-ce qu'on va faire maintenant ?
La notion de fatalité
c'est quelque chose
qu'on a ressenti tous les deux
à différents moments
Jérémy l'a ressenti tout de suite
quand je suis tombée
il s'est tout de suite dit
elle est morte en fait
parce que je bougeais pas
moi j'ai eu cette notion plus tard
j'ai eu cette notion
dans les jours qui ont suivi l'accident
où j'ai commencé
à reprendre connaissance
parce que quand on a un traumatisme crânien
parfois on est un petit peu déboussolé
et ça prend du temps avant de retrouver ses esprits
surtout qu'on est chouté
avec plein de médicaments contre la douleur etc
donc
nos esprits il n'est pas encore là
il est même encore
au niveau du nid poule
et quand je reprends mes esprits
et que je vois l'état de mon corps
que je vois l'état de mon casque
c'est là que je me dis que je suis passée
à côté de quelque chose de très grave
alors bien sûr
j'aurais pu avoir un odem cérébral
j'aurais pu avoir des vertèbres cassés
j'aurais pu devenir
arapégique
peut-être arapégique
j'aurais pu avoir quelque chose de bien plus grave
mais surtout j'aurais pu y passer
parce qu'un accident comme celui-ci
il suffit de peu
pour juste pas s'en sortir
il y a beaucoup d'accidents qui se finissent pas
de manière heureuse
y compris sur cette Dalton Highway
il y a beaucoup d'accidents mortels
et ça on la prendra plus tard
donc les médecins
plutôt que de dire
vous êtes passés à côté de quelque chose de grave
c'est
vous en êtes bien sorti
c'est ça, c'est la chose qu'on a
c'est dis donc vous êtes bien chanceuse madame
ça c'est quelque chose qui
prendra du temps en fait
dans la réflexion
c'est pas tout de suite qu'on se dit que on frôle la mort
c'est quelque chose qui vient après
mais ce qui est certain
c'est que la première chose à laquelle j'ai pensé
quand j'ai retrouvé mes esprits
c'est pas ça, c'est pas la fatalité
la première chose à laquelle j'ai pensé
en retrouvant mes esprits
c'est pas fini en fait
ça peut pas se terminer là
on va pas rentrer
le voyage n'est pas fini, il vient juste de commencer
on fait juste face
à la première difficulté du voyage
et c'est celle-ci
ça aurait pu être
un peu de cassée
ça aurait pu être une jante qui s'arrache
ça aurait pu être tout et n'importe quoi
mais dans cet air d'accident
on savait qu'on allait devoir
affronter de très nombreuses difficultés
sur la route
et celle-ci c'était juste la première
le lendemain de l'accident
on se réveille dans cette chambre de tels
avec
ce peu de choses qu'on a avec nous
et on reçoit un coup de téléphone
de la personne qui nous avait hébergé
Catherine, cette femme
du clan Koyukon
à Tabaskan
qui nous appelle et qui nous dit
j'ai entendu parler de votre accident
tout le monde en parle ici
de toute façon dès qu'il se passe quelque chose
en Alaska tout le monde le sait
c'est un petit village
il n'y a pas de temps d'habitant que ça
donc ça fait vraiment le tour
et donc elle nous appelle et elle nous dit
moi je viens de partir dans mon village
pécher le saumon pendant un mois
prenez ma maison
vous la connaissez
vous savez où est la clé, elle est sous la rebarbe
donc vous prenez la clé
vous installez à la maison et vous prenez le temps
de guérir
et donc on prend le peu d'affaires qu'on a
on arrive chez cette femme qui est donc partie
on connaissait les lieux
vu qu'on y était resté une semaine
et donc quelque part
c'est une espèce de pose
confortable
dans laquelle on s'installe qui nous permet d'avoir du temps
Jérémie s'est interdit
les premiers jours de me poser cette question
qu'est ce qu'on fait
mais on l'avait tous les deux en tête
bien entendu et c'est qu'au bout d'une semaine
que j'ai pu commencer à vraiment me lever
parce que pendant une semaine j'étais vraiment
amorphes
pas pouvoir bouger
bien sûr les peaux étaient à ce moment-là immobilisés
et donc quand on a cette femme
qui nous dit pas de problème
prenez ma maison et guérissez
pendant la durée
nécessaire de guérison demandée
par les médecins
on se dit que c'est une pose
mais le voyage n'est pas du tout fini
on va repartir
ce que j'ai remis à attendre quelque chose c'est que je dis ça
que je dis que on allait continuer
et
ce qui l'a étonné je pense
c'est que je dis on va
continuer le voyage
mais surtout on va retourner sur les lieux de l'accident
on peut pas repartir
de faire un box c'est pas possible
parce que là ça voudrait dire qu'on triche
et on avait
établi une règle importante avec jérémie
c'était de tout faire un vélo
de l'Alaska à la Patagonie
100% un vélo
on voulait pas monter dans un bus
on voulait pas prendre un avion à un moment donné
ou raccourcir le trajet si c'était trop dur
on voulait tout faire un vélo
et donc pour moi ça sonnait comme faux
de repartir de ferbank
s'il fallait repartir des lieux de l'accident
sinon ça m'aurait hanté je pense toute ma vie
ce petit laps de 600 km à faire
qu'on n'avait pas fait
et donc dès l'instant
on s'est dit ça
c'était clair et net dans notre esprit
qu'on allait retourner sur les lieux de l'accident
et qu'on allait repartir une fois qu'on le pourrait tout simplement
et donc au total on s'est arrêté un mois et demi
un mois et demi dans cette maison
un mois et demi dans ce quartier
qui s'appelle Riverview Drive
c'est un petit quartier de retraités
et pendant ce mois et demi
il a fallu qu'on s'occupe
pour pas perdre la tête aussi
et donc s'occuper ça veut dire quoi
ça veut dire passer la plouse
pour Jeremy chez les voisins
moi c'est à roser du bras gauche
les plantes de ceux qui sont partis en vacances
puis c'est faire des tartelles à la rue barbe
et s'y profiter tout simplement
d'une espèce de vie de retraités avec les retraités du coin
et là c'est extraordinaire
souvent on me pose la question
mais comment tu fais pour avoir la force
d'y retourner et d'y aller
et en fait la force elle vient de là
elle vient vraiment de ce mois et demi
passer avec ses retraités là
qui nous ont fait vivre des moments extraordinaires
c'est des personnes qui ont en moyenne 80 ans
il n'y a pas une personne qui avait en dessous de 75 ans
dans ce groupe de personnes
avec qui on alliait des forts liens d'amitié
c'est des personnes qui nous ont emmené au théâtre
dans la forêt
c'est des personnes qui nous emmenaient à l'opéra
c'est des personnes qui nous emmenaient faire du kayak
aller dans des sources d'eau
et ça nous a permis de recharger
vraiment les batteries
au sens propre et figuré du terme
et de guérir dans un esprit serin en fait
et quand on a toutes ces mains tendues
on peut pas abandonner en fait
et pour elles on n'abandonne pas
ça fait longtemps qu'on n'a pas vu nos vélos
et on se demandait ce qu'il allait se passer
si on allait pouvoir les récupérer
ou s'il allait falloir repenser tout le matériel
et finalement on a ce scientifique qui nous rappelle
et qui nous dit
dans une semaine je descends
et je peux vous descendre vos vélos
et donc pour nous c'est extraordinaire
on se dit qu'on va retrouver les vélos
on va retrouver notre équipement, nos vêtements
on attendait de pouvoir retrouver
nos affaires
et donc
les vélos arrivent
et là on se rend compte
que mon vélo il est complètement cassé
les roues avant, les roues arrière
elles sont tordues
le cadre il a un petit poc
le pédalier arrière est cassé
donc il y a pas mal de choses
à réparer sur le vélo avant de pouvoir redémarrer
et c'est pas mal en fait
parce que réparer le vélo
en fait c'est se réparer soi-même aussi
et remplacer ces pièces là
c'est le début d'une espèce de digestion
et le début de
on va dire de l'acceptation
de tout ce qui s'est passé
le vélo c'est un peu une allégorie
tu prends les choses comme elles viennent
en fait
il pleut, il pleut sur toi
il y a du vent, il y a un col
il va falloir le monter, le col
ça va prendre une journée, ça va prendre cinq jours
on s'en fiche en fait, on va le faire
et on va y arriver petit à petit
on va avancer
beaucoup
grâce à ces personnes là
qui nous ont vraiment pris sous l'orel
pendant ce mois et demi
on a pu retourner sur les lieux de l'accident
ils nous ont organisé
un espèce de rapatriement
ils ont soulevé tout Fairbanks
pour trouver quelqu'un qui pourrait nous ramener
sur les lieux précis de l'accident
et ça s'est organisé, on est parti
super tôt le matin, vers 3h du matin
on pensait quitter
les lieux tout seuls
tout le monde s'est levé
pour nous dire au revoir
tout le monde était en robe de chambre
donc c'était hyper drôle
et donc là c'était fort
en émotion bien sûr
parce que c'était synonyme
de redéparte tout simplement
de renouveau
et ces personnes là
elles nous ont
non seulement donné de la force
mais donné de l'espoir aussi
et ça je pense que c'était
la petite chose peut-être qu'il manquait
pour redémarrer
ces gens ils avaient confiance en nous
et donc quand quelqu'un te transmet
et te donne tout ça
en fait t'as des ailes
et tu retournes et tu vas
et pour ces personnes là tu vas le faire
il n'y a pas le choix, faut y aller
quand on arrive sur les lieux
déjà c'est
8 ou 9 heures
de voiture
donc t'as le temps de te préparer
un petit peu émotionnellement
les vélocentes tout propres sont tout neufs
et nous on est presque tout neufs aussi
moi
mon épaule a calcifié
les médecins nous ont dit c'est bon
vous pouvez y aller
mais par contre faut pas retomber
on a bien compris on va faire un somme de part tombé
et donc quand on arrive sur les lieux
de l'accident
bien sûr il y a un flow d'émotion
extraordinaire
parce que moi c'est la première fois que je mets des images
sur ce qui s'est passé
c'est un trou noir pour moi
cet accident
alors bien sûr il y a la douleur
bien sûr il y a
les cicatrices
le casque qui est tout neuf aussi
l'autre on l'a renvoyé en France
en souvenir
mais il n'y a pas d'images concrètes
des lieux
donc pour moi c'est un moment important
parce que je connecte
enfin ma douleur
avec des images
et donc là je pense
qu'on est
assez misérable
quand on est face à ce nid poule qui a été comblé
alors de manière très
on va dire
mauvaise
c'est très mal fait, c'est un mauvais bitume
qui est déjà en train de s'enlever
mais c'est un espèce de pensement en fait
pour moi
quand je vois ce nid poule comblé par du bitume
c'est un pensement parce que je me dis
que peut-être que quelqu'un d'autre tombera pas dessus déjà
et puis surtout c'est hyper élégorique
voir ce nid poule
voir ce pensement
sur le nid poule, voir ces lieux
bah quelque part c'est accepter
que l'accident a vraiment eu lieu
et c'est accepter que j'ai failli mourir
et entrer dans cette phase-là
d'acceptation
c'est ça léger d'un poids énorme
en fait
c'est basculé dans quelque chose de nouveau
et c'est décidé
d'aller de l'avant
c'est pas rester sur des douleurs
c'est pas rester sur quelque chose
qui pourrait être considéré comme de la honte
parce que
bien sûr
j'étais débutante en vélo
j'avais pas forcément pleine conscience
de la mécanique
ou pas pleine conscience de la gestion du poids
tout simplement, d'un vélo
quand on a 10 jours d'autonomie dans les sacoches
on est très lourds
donc c'est difficile à gérer
et on peut se dire
mais
t'es qui pour te lancer dans un voyage comme ça
au bout de 7 jours tu te tombes
tu vas jamais y arriver
et en fait j'ai pas du tout pensé à ça
au contraire je me suis dit
c'est le renouveau, c'est le redépart
et tu vas voir
ce que je vais te mettre à ton nid poule
on va partir
et on va aller de l'avant et ça va aller
donc c'est un mélange
d'émotion
pour Jeremy c'est pareil
il pleure autant que moi
on s'est pris dans les bras, on s'est allongé par terre
on a attendu
je sais pas combien de temps
je pourrais pas dire combien de temps on a attendu
à rendre des marées
on a laissé passer quelques camions
et puis au bout d'un moment on s'est dit
que c'était bon, il fallait y aller
puis il fallait avancer
donc on a repris les vélos
et on s'est partourné
et on a avancé
plus fort que jamais
Sophie et Jeremy ont repris la route
et traversé le continent américain
pendant deux ans et demi
à travers les rocheuses, les sierras madrées
et la redoutable cordière des andes
ils ont raconté l'intégralité
de ce périple dans le documentaire
Alaska Patagonie disponible en ligne
plus qu'un film de voyage à vélo
c'est une haude à la géographie
et à l'amour profond pour notre planète
merci à Sophie Plonk de nous avoir raconté
son histoire
et merci à vous d'avoir écouté cet épisode
Les Balladeurs est un podcast
du Médial et Ozzers
cet épisode a été réalisé par Tom Affir
assisté par Nicolas Alberti
cette histoire a été présentée
par Clément Sacar
la musique est composée par Nicolas de Ferrand
Claude et Vibos est assuré du montage
et Antoine Martin du mixage