#70 — Seule à travers le Liban, avec Apolline Convain

Durée: 45m15s

Date de sortie: 12/07/2023

Fascinée par le monde arabe, Apolline Convain décide de réaliser son année de césure à Beyrouth, la capitale du Liban. Elle veut ressentir de l’intérieur ce pays en proie à de nombreuses crises sociales, politiques et économiques. Après 6 mois en ville, elle se lance sur le Lebanon Mountain Trail : un sentier de grande randonnée qui traverse le pays du Nord au Sud, sur 470 kilomètres. Pendant un mois, Apolline va découvrir les plaines et les vallées verdoyantes qui bordent le Mont Liban, la marche en solitaire, mais aussi et surtout, la vie des familles libanaises et leur hospitalité sans faille.


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🎙  Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart, la musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux, s'est assurée du montage et Antoine Martin du mixage.

🤝 La saison 6 des Baladeurs est soutenue par Columbia.
— 

Plus d'infos sur l'épisode :

Pour son année de césure, Apolline Convain a jeté son dévolu sur Beyrouth, la capitale du Liban. Fascinée par le monde arabe, elle veut ressentir de l’intérieur ce pays que l’on connait mal, en proie à de nombreuses crises sociales, politiques et économiques.

Mais une fois sur place, les premiers cas de covid l’assignent a résidence. Depuis son petit balcon, elle rêve de longues marches à travers les montagnes qu’elle aperçoit à l’horizon, et se promet de parcourir un jour le Lebanon Mountain Trail : un sentier de grande randonnée qui traverse le pays du Nord au Sud, sur 470 kilomètres.

Pendant un mois, guidée par le balisage blanc et violet, Apolline va découvrir les plaines et les vallées verdoyantes qui bordent le Mont Liban, les petits bonheurs de la marche en solitaire, mais aussi et surtout, la vie des familles libanaises et leur hospitalité sans faille.
Un voyage bien loin des idées préconçues…

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Pour son premier échange universitaire
Apolline Convain a jeté son dévolu sur Beirut,
la capitale du Liban.
Fascinée par le monde arabe,
elle veut ressentir de l'intérieur ce pays que l'on connaît mal
en proie à de nombreuses crises sociales, politiques et économiques.
Mais une fois sur place,
les premiers cas de Covid la signent à résidence.
Depuis son petit balcon,
elle rêve de longs marches à travers les montagnes
qu'elle aperçoit à l'horizon
et se promet de parcourir un jour le Libanon Mountain Trail,
un sentier de grande randonnée
qui traverse le pays du nord au sud sur 470 km.
Pendant un mois, guidé par le balisage blanc et violet,
Apolline va découvrir les vallées verdoyantes
qui bordent le Mont Liban,
les petits bonheurs de la marche en solitaire,
mais aussi et surtout la vie des familles libanaises
et leur hospitalité sans faille.
Un voyage bien loin des idées préconçues.
La première fois que je suis allée au Liban en 2020,
je vais faire un échange universitaire
et je n'étais jamais partie vraiment seule dans ce genre de pays.
Je me souviens encore de la veille du départ
où je n'ai pas dormi,
jusqu'à 4h du matin impossible de fermer l'œil
parce qu'à l'époque j'avais une peur bleue de l'inconnu.
J'étais pétrifiée, mais je suis arrivée là-bas
et j'étais en résidence, j'avais des cours.
La première, deuxième semaine, je suis allée pas mal en cours.
C'est difficile de bouger au début quand tu connais vraiment rien
parce qu'en fait le système est très différent.
Il n'y a pas un réseau de bus comme nous, on le connaît,
il n'y a pas de train.
Et en fait au bout de deux semaines, il commença à y avoir des cas de Covid.
Au bout d'un mois, j'étais confinée.
C'est un pays dans lequel ils sont très familles.
Ils ne vivent pas forcément avec leurs grands-parents,
mais ils ne sont jamais loin, ils les voient régulièrement
et donc en fait moi mes amis ils me disaient,
« Ben non, moi je ne viens plus à Beyrouth,
je reste dans ma famille en dehors de Beyrouth.
Et donc moi je me suis retrouvée dans mon appartement
sachant que j'aime beaucoup être en extérieur,
j'ai grandi à Anci, je suis un peu accroie à la rando.
Et en fait j'avais vraiment cette sensation d'être dans une cage.
Je me revois sur mon balcon.
Mon immeuble était sur les hauteurs de Beyrouth,
dans le quartier d'Acharafiller.
Donc j'étais sur mon balcon et donc je voyais tout Beyrouth,
la mer et les montagnes libanaises au fond.
Et moi j'étais sur mon balcon bloquée
et ça a duré deux mois quand même.
Je me disais, ok je suis dans un pays,
je ne peux pas voir les libanais.
Quand je suis bloquée dans ce pays,
qu'est-ce que je peux faire ?
Ben en fait la rando c'est quelque chose
qui pourrait être faisable, personne ira me chercher
dans les montagnes.
Et du coup en fait je regardais un petit peu les randos au Liban,
je n'avais pas trop fait.
Et en fait je suis tombée vraiment par hasard
un sentier de randonnée, donc le Liban au Montaigne Trail,
qui traverse le Liban du nord au sud,
qui fait 470 km.
Il y a 27 étapes.
Globalement il suit donc la chaîne de montagne
qui s'appelle le Mont Liban,
qui traverse le pays du nord au sud.
Et donc il part de la région du Akar au nord,
qui est une région à la frontière syrienne.
Il va jusqu'à Marjayoun, donc dans le sud.
Je me souviens que ça a vraiment attiré mon attention.
J'écrivais pas mal aussi à l'époque
et je me souviens avoir noté dans un carnet
que je ferais ce sentier, que c'était génial.
Et puis en fait c'est vrai qu'au début je l'ai un peu oublié,
quand je suis rentrée en France,
le Liban au Montaigne Trail, la vie a repris son cours,
licence, concours de décolle de journalisme,
et puis en fait à la fin de mes concours,
donc c'était un an après mon retour,
je me suis dit je peux plus attendre,
faut que je repartes au Liban,
pour avoir notamment l'occasion de faire cette randonnée.
Je suis partie fin septembre là-bas.
Je me souviens très bien de Beyrouth,
complètement dévisagée par rapport à la période
où j'y avais été, parce qu'il y a eu l'exposition
du port de Beyrouth qui s'est déroulé le 4 août 2020.
Et c'est pour ça que j'ai décidé de faire 4 mois
dans une association qui reconstruisait les bâtiments détruits,
et je savais que je gardais toute façon
cette histoire de Liban au Montaigne Trail pour plus tard,
parce que les montagnes sont hautes au Liban donc ils neigent.
Et donc en fait je savais qu'il fallait que j'attende le printemps,
ça me laissait aussi le temps de potentiellement rencontrer des gens
avec qui partir sur ce Liban au Montaigne Trail,
parce que j'étais pas sûre de vouloir le faire seul.
Au début je m'étais dit que je ferais cette randonnée seule,
parce que à l'époque je supportais pas la solitude,
et je m'étais dit qu'il faut travailler là-dessus,
comme il y a deux ans j'ai eu peur de l'inconnu,
je suis partie au Liban, c'est bien de repousser un peu ces limites par rapport à ça.
Ils savent qu'après c'est posé la question de la sécurité
seule en pleine montagne au Liban,
et les Libanais disaient tous de pas partir.
Sur le site du Libanement Trail,
il y a une liste de guides,
donc tous ceux qui étaient anglophones ou francophones,
je les ai contactés, je leur ai dit,
voilà ce que je veux faire, qu'est-ce que vous en pensez ?
Ils m'ont tous dit que c'était quand même très dangereux,
guide ou pas, il fallait que je parte avec quelqu'un,
sauf un qui m'a dit, écoute, t'as l'air vraiment décidé,
donc vraiment par seul, il faut que tu fasses attention,
mais tu peux partir seul.
Le seul truc c'est que je te déconseille
de marcher seul dans le Hacar, région au nord du Liban,
parce que c'est une région assez pauvre,
mais voilà, j'ai décidé de les faire avec quelqu'un,
et donc je m'étais fait un ami qui est moniteur de ski,
il était partant pour partir avec moi,
et du coup avant de partir on s'organise,
enfin c'est surtout moi qui ai organisé,
et il me disait, bon écoute, je t'accompagne,
mais pas hyper fiable,
je pense que j'étais un peu dans le déni,
je me disais, bon je trouve personne d'autre,
il s'appelle Jean-Claude, c'est ce fameux Jean-Claude
qui va m'accompagner,
et ça va le faire pendant 4 jours,
juste cette région du Hacar,
et puis après je continuerai toute seule.
Et donc la veille du départ, je me souviens très bien,
je suis en cours d'arabe,
et le fameux Jean-Claude m'envoie un SMS
pour me dire, en gros,
écoute, je peux pas partir avec toi demain,
il m'est arrivé tel truc, j'ai tel problème,
et donc je sais que de le convaincre, de trouver des solutions,
mais en fait, au fond, il n'a juste pas du tout envie de partir.
Ce moment-là, c'est hyper compliqué,
parce que c'est quand même un projet que j'ai depuis un an et demi,
quelque part dans ma tête, et là je me dis,
bah en fait, il est en train de tout ruiner,
parce que je sais pas comment faire,
il faut que je trouve quelqu'un d'autre pour partir au Hacar,
on m'a dit que je pouvais pas le faire toute seule.
Donc voilà, dans ma tête, il y a pas de solution,
c'est un peu la fin de l'aventure, etc.
Je suis très en colère,
et en fait, mon coloc me dit,
écoute, t'as commencé par le sud,
comme ça, t'as pas de problème de sécurité,
et ça te laisse du temps pour trouver quelqu'un pour le nord,
détends-toi, tu vas le faire, c'est l'Ibanon, le Ten Trail.
La veille, je fais un dinner avec tous mes amis de Beyrouth,
c'était super chouette, tout le monde est venu,
parce que vraiment tout le monde a été au courant de mon projet,
tout le monde entendait parler depuis des jours, des semaines,
ça m'a pas mal détendu parce que j'étais stressée,
et puis ce changement de programme de dernière minute m'avait un peu tendu.
À ce moment-là, j'essayais pas trop de penser au lendemain,
plus au confort du matelas de ma chambre,
en sachant que j'allais potentiellement dormir sous la tente pendant un mois.
Le lendemain matin, je me réveille de bon matin,
et je prends le café avec donc Karam,
mon colloque et meilleur ami Libanais,
parce que le café au Liban, c'est vraiment quelque chose de sacré.
C'est un café qu'on fait dans une espèce de petite casserole
qui est très haute et pas très large, qui s'appelle le racouet,
et en fait on fait bouillir de l'eau sur les plaques.
Et on verse ensuite du café dedans,
qui est moulue de manière plus fine que le café que nous,
qui est un peu plus moune, utilise, il me semble.
Et en fait directement dans ce racouet,
et on le fait bouillir un certain nombre de fois.
Là, il y a une technique.
Et après, on attend que le mar redescende,
et en fait on le verse directement dans des petites tasses,
qui s'appellent les fengen,
qui sont des petites tasses en général blanches,
avec des décorations dessus, qui sont assez jolies.
Et du coup, on se resserre plusieurs fois du café,
et il y a toujours ce mar au fond.
Et dès que...
C'est vraiment synonyme d'accueil pour eux.
Quand t'arrives chez des libanais, ils te servent le café,
et même à 11h le soir, ils n'ont pas du tout cette notion de café.
On boit le café, on écoute de la musique,
une artiste libanais, qui s'appelle Férouz,
puis Perfébril sur le balcon, avec cette vue sur Beyrouth.
Et puis au bout d'un moment, il me dit,
« Bon, tu montres dans la voiture, ton sac est prêt,
et je t'emmène aux bus.
Alors les bus aux Libans, c'est des vannes
qui prennent toujours les mêmes itinéraires,
et en fait, on les arrête, enfin, on se met n'importe où,
et on les arrête d'un signe de la main,
et on descend n'importe où aussi.
Donc, ils me déposent au bord de l'autoroute
pour monter à la montagne.
Ils arrêtent un bus, et vraiment, ils me met dedans,
et ils me disent, « Bon, on se voit dans un mois,
et là, je me retrouve toute seule dans un van,
tout au fond, avec que des militaires qui me regardent,
qui se demandent un peu ce que je fais avec ma tenue de rando.
Et là, vraiment, je ne sais pas trop à quoi penser.
Je me dis, « Mais qu'est-ce que je fais là ? »
Donc, j'attrapes mon sac, et là, je vois que toutes mes affaires sont trempées,
parce que j'ai mal fait à mes magourdes,
dont le livre auquel je tiens, que j'ai pris avec moi.
Donc là, je me dis, « Bon, ben, super, ça commence bien.
Mais bon, j'essaye d'en rigoler, je me détends un peu.
En fait, j'ai toujours l'impression de faire des trucs dans ma vie.
Et puis, en fait, le jour où ce projet arrive,
je me dis, « Mais pourquoi je fais ça ? »
Mais là, je me dis, « Arrête de te poser tes questions.
Vas-y, de toute façon, tu n'as plus le choix.
Et puis, au pire, si ça se passe mal,
en fait, tu prends un busture entre Abérou, que le pays n'est pas grand.
Donc voilà, je suis dans ce van.
Et on se dirige vers du sud-est du Liban,
pas très loin de la frontière syrienne,
vers le village de Rachaïa, d'où je pars.
J'avais jamais emprunté cette route avant.
Et c'est vraiment, à ce moment-là,
j'ai un peu une sensation de bout du monde,
parce que c'est des paysages que je ne connais pas.
Et puis je me dis, bon, je pense qu'il y a un énorme sentiment de solitude
qui va m'envahir quand le bus va me déposer au milieu du village.
En fait, pas du tout, je descends du bus.
Et là, en fait, j'ai vraiment ce sentiment.
Je me dis, bon, je sais pourquoi je suis là.
Au début, je n'ai pas trop de marque.
Je commence par aller dans un magasin, acheter à manger un peu bête.
Mais je me dis, bon, je vais faire un truc que je sais faire.
Après, je partirai.
Donc je déjeune vraiment sur le pouce.
Je commence à marcher.
Et puis, en fait, là, je me rends compte qu'en fait,
marcher, c'est sympa.
Je le fais régulièrement, mais je le fais souvent avec des gens.
Ou alors, je sais que c'est une après-midi.
Là, je me dis, OK, là, je suis en train de marcher.
Je ne sais pas quoi penser, pas quoi faire.
Et personne n'a qui parler.
Et ça va durer un mois, quoi.
Je ne suis pas en pleine montagne pour le premier jour.
Je suis dans des plaines ou au bord de route.
Donc c'est parce qu'il y a de plus beaux, de plus agréables,
que je suis au sud de la Plaine de la Béca,
qui est à l'est de la chaîne du Mont-Libans.
Dans cette pleine-là, il y a énormément d'agriculture.
Donc en fait, je traverse surtout des champs.
C'est assez vert parce que c'est la fin de l'hiver, le printemps.
En fait, je parte quasiment du pied d'une montagne
qui s'appelle Jabal El Sher, qui est à la frontière avec la Syrie.
Et cette montagne est très belle parce qu'il y a encore de la neige dessus,
mais ça fait comme des aibres, donc entre le noir et le blanc,
parce qu'il n'y a pas de la neige partout.
Et donc je vois s'éloigner cette montagne, petit à petit,
quand je marche dans les champs.
Je me dis quand même qu'il faut que ça se mette en place,
il ne faut pas que je trouve le temps long et puis ça ira quoi.
Je marche dans ces champs pendant une après-midi.
Et donc j'arrive dans un premier village.
C'est les premières personnes quasiment que je croise depuis que je suis partie.
Et tout le monde, c'est marrant.
Tout le monde me pose la même question.
Tout le monde me pose les laheliques, ça veut dire en arabe,
pourquoi t'es toute seule ?
Donc je réponds toujours à la même chose, je dis pas parce que j'ai envie d'être toute seule.
Voilà, je ne développe pas trop.
Je croise deux enfants qui commencent à me parler en arabe.
J'avais pris pas mal de cours d'arabe,
donc j'arrivais à me débrouiller quand même un peu en arabe, en dialecte libanais.
Et donc je parle avec ces deux enfants qui commencent à prendre des photos avec moi
parce que je pense qu'ils trouvent ça marrant.
La première randonneuse qui voit dans leur village comme ça toute seule.
Et on commence à discuter, à discuter.
En fait, ils marchaient avec moi dans le village.
Et à la sortie du village, ils me disent, mais tu dors où ce soir ?
Et là je leur dis, je ne sais pas du tout.
En fait, je ne devais pas m'arrêter dans ce village-là.
Je leur dis, je ne sais pas du tout.
Ils me disent, bah écoute, t'as qu'à venir chez nous.
Au moins, viens prendre le café à la maison et après on voit.
À ce moment-là, bon, moi, je n'ai rien à perdre.
De toute façon, je ne sais pas où dormir.
Donc je leur dis oui en me disant, je ne sais pas du tout où je vais atterrir.
Il y a une espèce de cours devant la maison où égarer la voiture.
Et ils vont chercher les parents dans la maison.
Moi, je ne vais pas rentrer, je suis avec mon sac.
Et puis j'ai l'impression d'être en trop, d'être un peu gauche avec mon sac.
Je ne sais pas où me mettre.
Et je ne vais pas rentrer dans la maison.
Et donc les parents sortent, ils me regardent un peu bizarrement.
Les enfants expliquent qui je suis.
Ils me disent, bah rentre, je ne me souviens pas rentrer mon sac à l'intérieur.
Je ne sais pas où me mettre.
Et je rentre, ils me mettent directement dans le salon, dans les maisons libanaises.
Le salon, c'est vraiment le cœur de la maison.
La famille passe sa vie dans le salon.
Il y a plein de canapés disposés en carré souvent.
Donc là, j'arrive.
Donc il y a la grand-mère qui est très, très âgée.
Qui ne se lève pas beaucoup du canapé.
Les parents, les enfants, les oncles et les tentes et des cousines.
Et donc tout le monde me regarde.
Vraiment comme si j'étais une extraterrestre.
Cette famille, j'apprends que c'est des drus.
Les drus, c'est une minorité musulmane issu de la branche sheet de l'islam.
Et ils sont présents en Syrie, Palestine, Liban.
Ils ont beaucoup été persécutés.
Donc en fait, ils sont beaucoup dans les montagnes.
Et donc en fait, je me retrouve dans cette famille druse.
Et à ce moment-là, ils me servent le maté qui est la boisson des drus au Liban.
Et en fait, au fur et à mesure, je vois des gens arriver.
Et je m'en compte que c'est des amis de la famille.
Et qu'en fait, ils les ont tous appelés pour leur dire qu'il y a une randonneuse toute seule, française,
dans notre salon, venez voir quoi.
Et donc c'est marrant, je vois des gens défilés.
Et je me retrouve surtout chez eux le soir de l'Aïd, qui est la fête de la fin du ramadan.
Et donc ils ont prévu un gros repas pour fêter cette fin du ramadan.
Du coup, ils me demandent si j'aime la viande.
Alors il faut savoir qu'avec la crise au Liban, la viande devient très rare, très chère.
Et donc en fait, les gens n'en mangent pas au quotidien.
Et c'est un honneur d'avoir de la viande quand on est invité chez quelqu'un.
Et moi, ce moment-là, j'ai faim.
J'avoue que j'imagine vraiment la belle pièce de viande.
Et du coup, je dis bah oui, j'aime la viande.
Et en fait, une demi-heure plus tard, je me retrouve à table avec le grand-père en face de moi en plus.
Donc je suis obligée de manger avec que de la viande crue, donc que du mouton.
Moi, j'aime pas trop le mouton.
Et là, en fait, c'était que des abats.
Donc je pense que c'était les trois choses réunies que j'aime pas sur la table.
Et donc il n'y avait que ça à manger.
Je ne pouvais pas me rabattre sur autre chose.
Donc ils mangent ça dans des bouts de pain, de pain libanais plat.
Donc ils ne me voient pas trop manger.
Un peu hésiter.
Vraiment, ils prennent la viande avec leurs doigts.
Ils la mettent dans un bout de pain, ils la mettent à moitié dans la bouche.
Ils boivent aussi à ce moment-là l'arac qui est un peu l'alcool national.
Ça a le goût du pastis en gros.
Moi, c'est un alcool que j'aime bien.
Et je me dis surtout, ça va faire passer le goût des abats.
Donc je suis pour.
Je bois de l'arac, mais comme de l'eau pour faire passer le goût de la viande.
Parce que c'est assez intense.
Puis du coup, le grand-père, ça l'amuse.
Il me dit, c'est marrant.
La française, elle boit vraiment beaucoup d'arac.
Il commence à me demander ce que je veux faire le lendemain.
Et donc moi, inossamment, en leur présente,
ce que j'ai prévu, en fait, de continuer à faire une autre étape, etc.
Là, le père, il me dit, non, tu ne peux pas faire ça.
Parce qu'entre tel endroit et tel endroit, c'est une route avec plein de syriens.
Donc tu vas vraiment te faire agresser, voler toutes tes affaires.
C'est pas possible.
Moi, c'est un mélange de...
Forcément, il crée de la peur,
même si je sais que ce n'est pas forcément vrai,
qu'en fait, il y a un moment, je donne quand même de la légitimité au Libanais qui habite le pays.
Et il me répète en bouc que c'est dangereux.
Donc moi, ça commence à m'inquiéter un peu.
Mais d'un autre côté, j'ai prévu de faire ça.
On m'a dit que ce n'était pas dangereux.
Donc il n'y a pas de raison que je ne le fasse pas.
Il y avait vraiment aussi cette idée en partant seul
que j'avais vraiment envie de faire ce que je voulais.
Et donc là, en fait, ça m'énerve d'avoir quelqu'un qui se met en travers de mon chemin,
quelqu'un que je ne connais pas, qui m'a offert un accueil qui est dingue.
Mais en fait, n'empêche que ce n'est pas mon père.
J'ai pas envie qu'il m'empêche de le faire cette étape.
Et donc je tiens bon, je tiens bon, je vois que ça ne fonctionne pas.
Et vraiment, je me dis à ce moment-là, il ne va pas me laisser partir.
Et donc j'appelle mon meilleur ami Libanais,
qui est pour le coup, qui parle vraiment Libanais,
pour qu'ils en discutent, pour qu'ils le rassurent.
Et donc ça ne fonctionne pas.
Et donc, voilà, Kara, mon pote Libanais me dit,
« Bah non, enfin, vraiment, c'est pas négociable.
Il va te conduire en fait 10 km plus loin.
Je lui dis que dans un village un peu après,
j'ai des amis et que je prévois d'aller chez eux au final,
que j'ai changé d'avis, que je comprends que ça soit dangereux
et que je devrais me le souvenir chez eux le soir d'après.
Et donc en fait, il me dit bon, ok, je t'accompagne jusqu'à ce village-là.
Donc en lui disant ça, je me dis,
il va me conduire en voiture, mais moins loin que ce que lui voulait à la base.
Je vais me coucher, mais là pour le coup,
un peu énervé et un peu équeuré,
en me disant, bon, voilà, je vais faire de la voiture demain,
alors que je m'étais promis de pas monter
dans un véhicule motorisé de toute ma traversée du Liban.
Et là au deuxième jour, c'est déjà foutu.
Donc à ce moment-là, je suis un peu,
enfin, il y a un mélange de fatigue, d'arac,
d'un peu énervé.
Donc je vais me coucher en me disant,
mais en me disant aussi que c'est toujours peut-être un peu négociable le lendemain.
Et en fait, le lendemain, je me rends compte que c'est un pannegociable.
Donc déjà en plus, on traîne dans le village,
ils veulent encore me présenter à la moitié du village, etc.
Donc là, à ce moment-là, je trépigne un peu.
J'ai envie de partir à marcher.
Donc ça traîne, on finit par partir à 11h en voiture.
Alors c'est une voiture qui est très, très ancienne,
je ne sais pas comment elle roule, une vieille mercedesse,
avec des vieux sièges en cuir.
Je ne sais pas trop combien dans la voiture, je dirais 7 ou 8.
Et en fait, ils sont hyper contents,
ils ont l'impression de me sauver,
de m'aider énormément en m'avance 10 km,
mais moi, vraiment, je me souviens, je suis au bord des larmes dans la voiture,
avec du recul, c'est peut-être un peu exagéré,
mais en fait, sur le coup, j'ai juste envie de marcher,
j'ai juste envie de faire le truc que j'ai prévu depuis un an et demi,
et des inconnus m'empêchent de faire ça,
donc je ne comprends pas trop et ça me frustre énormément.
Et à ce moment-là, je ne me relativise pas du tout,
j'ai l'impression d'avoir vraiment raté quelque chose dans ce Liban en Montaigne Trail.
On dit parfois que le Liban, c'est le pays
où il y a 18 communautés religieuses qui cohabitent ensemble,
elles ne cohabitent pas ensemble.
Bien sûr, il y a des cas où elles cohabitent,
mais en fait, il y a beaucoup de tensions entre chrétiens et musulmans,
encore à l'heure actuelle,
et en fait, ces communautés, elles ont peur les unes des autres,
elles ont peur et en fait, elles ne se connaissent pas entre elles.
Il y a des villages chrétiens, des villages musulmans,
ils se mélangent très peu,
à Beyrouth, bien sûr, les gens se mélangent,
les gens donnent moins d'importance à la religion, etc.
Mais dans les montagnes, c'est pas comme ça.
Et du coup, les gens ont peur et en fait,
quand je passais d'un village chrétien,
un village musulman, en fait, dans le village chrétien,
ils me disaient, va surtout pas là-bas, parce que ça va être dangereux.
Quand je recommence à marcher, je me souviens,
je suis très, très heureuse
et je me dis que ça y est, là, c'est parti,
j'ai une envie folle de marcher, donc je marche vite,
là, je suis vraiment libre
et ce soir, je fais pas la même erreur,
je ne redors pas forcément dans une famille,
parce que j'ai peur qu'ils me bloquent encore.
Donc la première erreur, je suis vraiment dans cet état d'esprit-là.
Après, en fait, c'est mes premiers pas dans la montagne,
sans réseau.
Donc déjà, ça grimpe, il fait chaud,
donc ça calme un petit peu quand même,
avec le sac sur le dos.
Je réalise que pour la première fois de ma vie,
je suis vraiment seule avec moi-même
et qu'en cas de problème,
en fait, je peux compter sur personne d'autre.
Je réalise que dans la vie de tous les jours,
on a toujours soit du réseau,
donc on peut appeler quelqu'un,
soit il y a quelqu'un dans les parages,
soit on peut espérer tomber sur quelqu'un
dans l'heure qui arrive si on a un problème,
mais en fait, là, il n'y a personne sur ces chemins.
L'Holy Banomententrail, c'est très, très peu emprunté,
ou alors c'est fait par des groupes l'été,
mais là, au mois de mars comme ça, il n'y a personne.
Et donc je me dis vraiment que, voilà, en cas de problème,
je serai seule avec moi-même,
mais au début, vraiment, ça m'inquiète.
J'essaye de m'occuper l'esprit comme je peux,
j'écoute de la musique,
je commence à apprendre des poèmes.
En fait, petit à petit, ce sentiment, il se dissipe.
Je suis de plus en plus rassurée.
Même au début, quand je croise des gens, j'ai peur,
parce que je me dis, en fait,
on m'a tellement dit que les gens allaient m'agresser
que je ne peux pas m'empêcher, dès que je vois quelqu'un,
de me dire, genre, ok, c'est un danger.
En fait, je vois chaque personne comme un danger,
et petit à petit, je me rends compte que les gens sont incroyables.
Ils sont d'une gentillesse dingue avec moi,
parce qu'ils ont juste envie de m'aider,
parce qu'ils voient que je suis seule.
Même si je ne suis pas en difficulté, ils ont envie de m'aider,
et d'être sympa.
Et du coup, en fait, petit à petit, ce sentiment se dissipe.
Et donc, je commence à vraiment prendre du plaisir à marcher,
à me détendre,
et aussi à apprécier l'inconnu de ne pas savoir
où je vais être le soir,
et les paysages sont vraiment beaux.
Je commence vraiment à monter dans la montagne.
C'est très vert à cette saison.
Il faut savoir que le Liban, c'est pas du tout un désert.
Il n'y a pas de désert au Liban.
Il n'y a pas de chamo.
Il y a pas mal de clichés sur ce pays,
qui c'est très montagneux.
Alors, ce n'est pas du tout la même végétation qu'en France.
On n'a pas des forêts de sapin, etc.
Mais il y a beaucoup d'arbustes,
beaucoup de pelouses.
Voilà, c'est très très joli.
Et surtout, en fait, de cette chaîne de montagnes,
on voit régulièrement la mer.
C'est très beau, parce qu'il y a la montagne, la mer au fond.
Enfin, c'est des paysages assez uniques.
Ou en tout cas, qui changent beaucoup des Alpes
dans lesquelles j'ai grandi.
Au bout de quelques jours de marche,
j'arrive dans la région du Chouf,
qui est une région donc montagneuse,
située sur le Mont Liban,
à peu près au centre du pays, au niveau de Beyrouth,
mais plus à l'est dans la montagne.
Et c'est vraiment une région qui me marque.
Enfin, j'en ai vraiment conscience quand j'y suis.
Le Chouf, en fait, c'est une région
où la nature est très belle,
parce que l'autorité du Chouf
fait beaucoup d'efforts pour protéger la nature
dans cette région.
Au Liban, le gouvernement est complètement défaillant.
Les régions jouent un rôle important
si elles veulent faire des choses sur leur territoire.
Et dans le Chouf, il y a beaucoup de choses qui sont faites.
C'est une des dernières régions
où il y a encore des cèdres du Liban,
le fameux symbole du pays que l'on voit à peu près partout.
C'est un arbre quand il est jeune,
qui ressemble un peu à un sapin français.
Il n'y a rien d'exceptionnel, entre guillemets.
Mais en poussant, ça devient un arbre
avec un tronc énorme et des branches très horizontales.
Et du coup, ils poussent à l'horizontale.
Ça fait des arbres qui ne sont pas très très hauts,
mais qui sont très larges et très imposants.
Et cette région du Chouf a fait des parcs naturels
avec les cèdres.
Il y a beaucoup de terrains avec des restants,
beaucoup de vergers, c'est très vert.
On marche sur les chemins, on voit la mer,
on voit Beyrouth au fond.
C'est assez impressionnant.
Moi, j'arrive là-bas, sans trop t'ilter,
qu'en fait, tel jour, je vais arriver dans le Chouf.
Quand je marche sur les premiers sentiers du Chouf,
je suis vraiment frappée par la beauté de la nature qui m'entoure.
Les jours ont passé, je me suis habituée à marcher.
J'ai plus de tout peur quand je marche seul.
Je suis vraiment bien.
Et vivre aussi proche de la nature toute la journée,
ça me marque vraiment la première journée
où je passe dans les réserves de cèdres.
Il y a une grosse montée, il commence à pas faire beau.
Je suis dans les nuages et c'est vraiment très très raide.
Je suis vraiment concentrée sur mes pieds.
Je regarde que mes pieds, il fait froid, je suis dans les nuages.
Et à un moment, je lève la tête,
mais au bout de 1 heure que je marchais au milieu des cèdres
que je n'avais pas vu depuis mon départ,
c'était mon premier jour dans les cèdres.
Et à un moment, je lève la tête et je les vois tout autour de moi
à moitié dans les nuages.
Depuis le début de ma marche, je porte une tente,
mais je n'ai jamais dormi dedans
parce qu'à chaque fois, je trouve des gens chez qui dormir
ou des lieux ou dormir.
À ce moment-là, je suis avec deux amis qui m'ont rejoint sur la journée.
Et on s'arrête à un endroit pour pique-niquer
une espèce de clair-hrière au milieu des cèdres.
Et là, je me dis que c'est ici que je veux dormir ce soir.
Je ne veux pas aller jusqu'au village d'après, fin de l'étape.
Je veux m'arrêter là parce que c'est tellement beau
et c'est une expérience de dingue de dormir,
je trouve, au milieu des cèdres, au milieu de la réserve, au milieu de la nature.
Donc en fait, je suis redescendue avec eux parce qu'après, ils repartaient.
Je suis remontée.
Et là, pour le coup, j'étais vraiment au milieu de nulle part, toute seule
parce qu'en fait, les réserves sont fermées la nuit,
donc il n'y avait pas de raison qu'il y ait des gens.
Et donc je dors dans cette forêt de cèdres.
Il y a un ciel étoilé de dingue
parce qu'au Abéroute, on ne voit pas les étoiles à cause de l'appellution lumineuse atmosphérique.
Donc j'observe toute la nuit parce que de toute façon, je n'arrive pas à dormir à cause du froid,
cette social.
Et il y a aussi beaucoup de bruit d'animaux parce que je suis en plein de nature.
Je suis vraiment contente à ce moment-là d'être autant dans la nature.
Vraiment, j'ai l'impression et puis je suis seule.
Donc en fait, c'est vraiment...
C'est vraiment cette connexion à la nature
que j'avais jamais ressenti avant et qui me marque beaucoup à ce moment-là.
Pendant cette période dans le chou, également,
je m'arrête une nuit chez une dame qui s'appelle Lamia.
J'avais prévu de m'arrêter chez des gens que je connaissais,
de nuit et puis me reposer potentiellement une journée en fonction de mon besoin ou pas.
Et là, je me dis que ce serait pas mal de m'arrêter une journée pour me reposer un peu.
Et en fait, cette dame, elle a une maison d'autre qu'elle a créée au milieu du chou
à côté de la ville de Barouk.
Et en fait, je l'avais rencontré au hasard quelques mois avant.
Et on avait vraiment accroché.
Enfin, c'est une dame qui est incroyable,
qui a une force de caractère assez marquante et qui est très maternelle.
Et donc, je m'arrête chez elle en me disant
que je vais l'aider une journée dans sa chambre d'autre.
Elle a un rapport à la nature qui est incroyable.
En fait, elle cuisine beaucoup pour sa maison d'autre
et elle cuisine le plus possible avec des plantes, des produits naturels.
Et elle, vraiment, le matin, elle me réveille.
Elle me dit à Léa Pauline, on va au supermarché.
Elle m'emmène sur un chemin de montagne
et on cueille plein d'herbes pour faire des salades toute l'après-midi.
Enfin voilà, elle a vraiment changé mon regard sur la nature
et je réalise tout ce qu'on peut trouver dans la nature, etc.
Je dis toujours que c'est Libanon Mountain Trail,
il aurait été différent dans un autre pays en raison des gens qui m'accueillent.
Parce que voilà, au même titre que la nature et que les forts physiques
que la rendonnaient, l'accueil des gens est vraiment une composante de cette aventure.
Et je cherche tous les soirs à dormir chez les gens,
chez des gens qui peuvent m'accueillir.
Parce que, alors déjà, parce que, en fait, je suis seule toute la journée
et donc je suis partie en me disant que j'ai testé la solitude.
Au final, j'apprends quand même à aimer ça,
à tolérer ça, puis au final à aimer ça.
Mais ça n'empêche que je suis quand même contente d'avoir du monde le soir.
Je suis bavarde, donc voilà, j'aime bien discuter avec des gens,
faire des rencontres, c'est hyper enrichissant.
Donc déjà, en fait, je pars avec cette idée
que c'est important pour moi de rencontrer des gens le soir
et en plus, je tombe que chez des gens incroyables qui veulent m'accueillir
parce qu'en fait, je n'ose pas toquer aux portes.
Parce qu'avec la crise actuelle, en fait, je n'ai pas envie de m'imposer chez les gens.
Et puis en fait, quand les Libanais t'accueillent,
ils ne font pas les choses à moitié, donc ils te font à dîner,
ils te donnent tout ce qu'ils ont et ils ne font pas autrement
parce que c'est la culture là-bas.
Je sais que le pays est en crise, que les gens n'ont pas forcément les moyens,
qu'ils le feront quand même.
Donc en fait, je ne se passe pas à m'imposer chez les gens
et j'attends d'en rencontrer dans la rue,
enfin, ça vient vite quand même parce que les gens me parlent.
Je tombe que chez des gens qui sont très accueillants, qui sont incroyables
et qui n'ont pas forcément la même mentalité que moi à ce moment-là,
qui ne comprennent pas forcément ce que je fais,
qui acceptent quand même, qui sont curieux, qui posent les questions,
qui veulent me faire découvrir leur vie à eux, leur culture,
de leur village, de leur région et qui me donnent beaucoup.
Et en fait, quand t'es partie de chez toi depuis deux semaines,
que t'es seule dans un autre pays et en fait avoir un tel accueil,
avoir la sensation que tu peux aussi parfois te reposer sur des gens,
en fait, ça fait du bien et ça requinque pour le lendemain,
pour refaire 30 bornes le lendemain.
Donc j'ai vraiment trouvé un équilibre comme ça entre la solitude,
la journée et puis c'est un incroyable soir.
J'aime aussi beaucoup marcher,
pas vraiment me lever tous les matins pour reprendre la route.
C'est un truc que j'ai envie de faire.
Je ne souffre pas tant que ça de la rendre.
Alors j'aime mal aux jambes, j'ai des ampoules,
surtout au début qui me font beaucoup de mal.
Mais en fait, ça passe assez vite
et j'ai pas l'impression de sortir complètement de ma zone de confort.
Je marche entre 20 et 30 km par jour avec entre 800 et 1000 mètres de dénivelé positif à peu près par jour.
Mais en fait, ça se fait assez bien.
J'ai toute la journée pour le faire
et les paysages sont tellement beaux que ça défile vite.
Quand j'arrive dans la partie un peu nord du Liban Mountain Trail,
j'arrive au-dessus d'une vallée qui s'appelle la vallée de la Kadisha,
qui est très belle.
Et surtout au-dessus de cette vallée,
il y a le sommet du Liban
et même c'est le sommet de la région du Levant,
qui s'appelle Ernet El-Saouda,
qui culmine à 3088 mètres,
qui n'est pas du tout le monde.
Et surtout sur le Liban Mountain Trail,
en gros, le litinéraire passe en bas.
Mais moi, ça fait plusieurs jours
que j'ai envie de le faire,
que j'ai envie de prendre une journée de plus pour le faire,
surtout que je n'ai pas fait les deux étapes au sud du Liban Mountain Trail.
Donc j'ai de la marge.
J'ai bien envie de faire ce sommet
et pour moi, c'est assez symbolique.
Je suis dans un pays depuis un an,
j'ai envie de gravir son sommet.
Je me dis qu'il va y avoir une vie de dingue en haut.
Mais du coup, il n'y a pas d'itinéraire à la rôlée.
Il n'y a pas du tout d'équivalent GR au Liban,
comme on a en France.
En remis de le Liban Mountain Trail,
c'est compliqué de trouver des chemins de randonnée bien tracés.
Je m'organise plus ou moins,
je trouve un chemin pour monter en haut.
Je repère à peu près.
J'ai déjà quelques jours avant,
gravé une montagne qui n'était pas sur le litinéraire
et je me suis retrouvée...
En fait, c'était pas très accessible, j'ai un peu galéré.
Donc là, je me demande si ça va être pareil.
Je ne sais pas du tout comment ça va être en haut.
Mais je me dis que je tente.
Je suis dans un état d'ivresse.
Je me dis que je vais gravir le sommet du Liban.
C'est une montagne que je ne connais pas,
qui a l'air magnifique.
Je pars de bon matin,
d'un bon rythme.
J'ai le sourire au lèvres dans la montée,
alors que je suis seule.
Il n'y a rien d'exceptionnel.
Mais je vis de cette manière assez intense.
Et puis, ça fait vraiment deux semaines que je suis partie.
J'ai vraiment décroché de ma vie à Beyrouth,
de mes histoires de reportage, de mes amis,
de toute ma vie à Beyrouth.
Là, je suis vraiment à fond là-dedans.
J'ai cet objectif et j'ai vraiment envie de l'atteindre.
Je monte au début sur des pistes de ski,
parce que c'est une station de ski, le pied de cette montagne.
Je monte le long d'une piste de ski.
C'est assez bien tracé.
Ça monte beaucoup, ça m'entraide.
Mais bon, voilà, je tiens le coup.
Et après, c'est des paysages et particuliers.
J'arrive en haut d'une plaine avec des espèces de collines.
Et au fond, j'envoie à une.
À ce moment-là, il y a de la neige.
Je marche dans la neige, j'ai un peu les pieds trempés,
mais je me dis que mon tampis, je sécherai en bas.
Il y a ces espèces de collines.
Et au bout, il y en a une qui est plus autre que les autres.
Et je me dis, ok, c'est là-bas.
Et du coup, je me trace tout droit.
Je me dis, bon, j'ai l'objectif en vue maintenant.
Enfin, voilà, je trace.
Et du coup, je monte jusqu'en haut de ce sommet-là.
C'est assez impressionnant en haut, parce qu'il n'y a vraiment rien.
C'est un espèce de plateau qui est complètement désertique,
avec de la neige et sinon de la terre.
Il n'y a pas du tout de plantes.
On voit d'un côté la mer.
De l'autre côté, on voit toute la plaine de la BK, la Syrie au fond.
Et je suis vraiment seule au monde.
Et je reste bien deux heures là-haut à vraiment profiter à fond.
Enfin, il y a vraiment un silence qui est assez marquant,
parce que le Liban, c'est très bruyant entre les clacsons,
entre les voitures, il y a énormément de voitures.
Et les générateurs, parce qu'il y a des problèmes d'électricité.
Donc il y a beaucoup de générateurs privés.
Donc c'est des moteurs qui tournent partout, dans toutes les maisons en fait, en permanence.
Et là, il y a un silence qui est incroyable.
Et donc vraiment, je profite de ce moment.
Et ça reste un des moments les plus marquants de Marandone.
Donc après cette belle aventure et étape du Sommet du Liban,
en Etele Saouda, je traverse la vallée de la Kadisha,
qui est une très belle vallée, là pour le coup,
très verte avec une rivière au fond qui s'appelle la Kadisha.
Cette vallée, elle est magnifique en fait, elle fait 16 km de long.
Et elle est très étroite.
Enfin, c'est une fissure dans la roche.
Et donc je traverse toute cette vallée là,
pour ensuite remonter, traverser une dernière réserve de Cèdre
qui s'appelle la réserve de Herden.
Et après, c'est vraiment l'entrée du Akkar.
Je suis jamais allée dans cette région,
alors que j'ai vraiment beaucoup voyagé au Liban depuis que j'y suis.
C'est une région qui est aussi très vertière.
Énormement de vergers, beaucoup d'arbres fruitiers,
beaucoup d'agriculture, beaucoup de bergers,
mais peu d'habitations.
C'est assez sauvage comme région.
Et il y a cette vue sur la mer,
parce que c'est vraiment la montagne tombée un peu à pigue.
Et après, c'est des plaines jusqu'à la mer.
Et puis, on voit la Syrie au fond.
Enfin, on a vraiment cette impression d'être un peu au bout du Liban.
À ce moment-là, je suis assez étonnée de voir
combien mon regard sur la solitude a évolué aussi vite.
En tout, j'ai marché 24 jours.
Je ne suis pas partie six mois à l'autre bout du monde.
Et en fait, ça s'est fait très vite.
Et d'une peur bleue de la solitude,
j'ai vraiment appris à tolérer ça et ensuite à aimer ça.
Et quelques personnes qui m'ont rejoint sur le sentier,
elles ne m'ont pas dérangée,
mais je me rendais compte que j'étais contente aussi à la fin
qu'elle reparte et de me retrouver seule,
parce que j'ai l'impression aussi de vivre les choses plus intensivement
quand je suis seule, parce que je suis 100% concentrée sur la nature,
100% concentrée sur mon effort physique,
sur ce que je peux lire.
J'ai un livre avec moi.
J'ai emmené le prophète de Rael Gibran,
qui est un peu la Bible de tous les Libanais,
qui est vraiment un classique de la littérature libanaises.
Surtout, en fait, cette solitude, elle me permet de faire vraiment ce que je veux.
Et on a quand même mis de rien tout le temps des contraintes
dans la vie de tous les jours.
Et en fait, c'est une parenthèse assez particulière,
où en fait, je marche si je veux, je m'arrête si je veux,
je mange, je bois, je dors à l'heure que je veux.
Et ça peut paraître un peu dérisoire,
mais en fait, quand on le vit à 100%,
c'est assez grisant aussi comme sentiment.
Et c'est ça que je retrouve dans la solitude,
moi, quand je fais ce Libanais Montaigne Trail.
Et je suis hyper contente, parce qu'en fait,
quand je pars, je me dis quand même que je vais le faire,
mais que ça va pas être facile.
Je vois quand même un peu ça comme un défi, comme une épreuve.
Et en fait, ça devient quelque chose, donc je suis absolument accro.
J'ai pas du tout envie d'entrer à Beyrouth.
Et j'aime énormément à ce moment-là cette solitude.
Je suis encore surprise du bonheur ressenti.
En fait, je suis pleinement heureuse.
Et en fait, ça m'étonne d'être aussi heureuse
grâce à la nature, la randonnée et la solitude.
Enfin, c'est des trucs un peu bateaux.
Dans la vie de tous les jours, je passe mon temps à faire plein, plein de choses.
Et en fait, pour moi, le bonheur,
il ne vient pas forcément de choses aussi simples.
Et voilà, ça peut paraître un peu bateau à dire,
mais au final, je me rends compte vraiment qu'il m'en faut pas plus.
Ça me rend aussi heureuse, parce que je me dis
que la nature, elle est là, elle sera toujours là.
Donc en fait, si j'ai besoin d'être heureuse,
s'il me suffit, entre guillemets, que d'aller marcher en montagne,
c'est pas très compliqué.
J'ai un peu trouvé le secret du bonheur, entre guillemets.
Mon dernier jour de marche, le chemin, il est beaucoup plus long que prévu.
J'ai qu'une envie, c'est d'arriver, mais l'avantage,
c'est que je sais où je vais arriver.
Parce que j'ai dormi chez quelqu'un, la veille, qui m'a donné le contact
d'une famille qui habite le village d'après.
Et je sais, je ne les connais pas du tout,
mais je sais que j'ai un contact et qui est prêt à m'accueillir.
Et donc j'essaye de communiquer avec lui pour savoir
où je peux le retrouver, parce que c'est un village que je ne connais pas du tout.
En gros, c'est le premier village du Hacar,
donc village musulman, très arabophone,
dans le nord du pays, ils ont un accent qui est très très fort.
Donc en fait, je ne comprends vraiment pas grand-chose de ce qu'ils disent.
Donc c'est pas très compréhensif pour moi qui apprend le Libanais.
Et donc en fait, on parle par message vocaux,
mais je ne comprends pas ce qu'ils disent.
Donc je les transfère à un autre Libanais qui parle aussi français
pour qui me les traduise, un peu galère.
Mais je finis par retrouver cette personne qui s'appelle Bilal,
qui est un père de famille, et je suis tout de suite vraiment marquée par cette personne.
Je pense qu'il faut vraiment la rencontrer pour comprendre,
mais qui est d'une douceur, d'une gentillesse,
qui a un regard mais tellement bienveillant,
et après l'après-midi que je viens de passer,
en fait, c'est tout ce dont j'ai besoin.
Et donc, il me retrouve dans la rue, sur les hauteurs du village,
il attrape mon sac à dos,
enfin vraiment, il me voit fatigué, il attrape mon élimpe sac à dos,
il le met directement sur ses épaules, il me dit,
« Bon allez, viens chez moi, on va prendre une douche, machin.
Il faut se dire que chaque soir, j'étais quand même un peu parachutée dans des familles
qui me plongaient dans leur univers, dans leur quotidien.
Il y a quand même un peu la barrière de la langue,
je ne suis pas parfaitement bilingue en arabe.
Et donc, je ne comprends pas trop ce qui m'arrive.
Et là encore plus, parce qu'il y a l'accent, il y a vraiment la fatigue.
Et donc on arrive chez lui sur le chemin,
il me sentait, il me montre plein de photos de sa femme, de ses enfants et tout.
Il est rendu, quand je sois là, sa mère habiterait de chausser.
Et on commence par prendre le café, vraiment rituel au Liban.
Et sa mère est d'une gentillesse, en voyant la mère, je comprends
pourquoi le fils est d'une telle douceur.
Et donc, je pose mes affaires chez lui, je prends une douche,
et puis après il me dit que toute la famille est au restaurant et m'attend.
On part au restaurant dans une voiture qui, encore une fois,
est vieille, je ne sais pas comment elle roule, on est assez nombreux dedans.
C'est son neveu qui conduit, il a 16 ans.
Ils sont hyper contents de m'annoncer que le gosse a 16 ans et qui conduit,
il est vraiment plus petit que moi, sachant que je suis 1,60 m,
je me dis, je ne sais pas où je suis vraiment, je me dis régulièrement,
mais qu'est-ce que je fais là ?
Mais ils sont hyper sympas, et on va au restaurant,
on passe une super soirée, ils sont d'un accueil de dingue.
C'est une famille qui est musulmane, suinite.
Donc en fait, ce n'est pas du tout dans leur état d'esprit,
ils n'ont jamais fait de rando,
les enfants, il y a une fille,
mais en fait, il n'y a pas du tout de même mode de vie que moi,
mais en fait, à aucun moment,
ils me font comprendre ce décalage-là, ils sont hyper accueillants,
ils me posent beaucoup de questions.
Ça me touche beaucoup, et moi aussi, je leur pose beaucoup de questions,
parce que leur mode de vie m'intéresse beaucoup, leur histoire, etc.
Mais du coup, ils me disent, reste une journée de plus chez nous,
vu que tu n'es pas pressée avant de retourner à Beyrouth,
donc je reste une journée de plus chez eux.
C'est hyper sympa, les enfants ne vont pas à l'école parce que je suis là.
Ils me font vraiment rire, ils sont vraiment à fond,
et ils ont passé une super journée, vraiment,
je découvre leur mode de vie,
beaucoup à base de repas, d'argillés, de chichas,
et je profite à fond,
je n'ai pas trop envie de redescendre à Beyrouth,
de rentrer à Beyrouth,
mais je me dis qu'à un moment, je ne vais pas rester là éternellement,
donc le lendemain, ils me déposent dans un bus
et direction Beyrouth, direct par l'autoroute.
Je suis sur l'autoroute que j'empreinte régulièrement au quotidien au Liban
pour bouger le week-end,
donc en fait, c'est la première fois depuis un mois que je vois des paysages que je connais,
donc ça me fait bizarre.
En fait, je suis vraiment projetée à nouveau dans la vie de tous les jours,
moi qui était tellement coupée,
qu'il y avait des réflexions sur la nature, sur le bonheur,
en fait, là, je me rends compte que j'étais quand même un peu perchée,
j'étais un peu dans mon monde,
je m'étais vraiment coupée, j'avais coupé mon téléphone,
hormis vraiment la communication essentielle avec mes proches,
et là, je me retrouve projetée dans la vie,
à mille à l'heure du Liban, il fait chaud, c'est pollué, c'est bruyant,
j'arrive à Beyrouth, enfin, à l'entrée de Beyrouth,
à Bourj-à-Moud, qui est la gare de bus, à l'entrée de Beyrouth,
et là, vraiment, il y a plein de voitures,
donc je me dis, bon, je vais finir à pied,
donc je rentre à pied à l'appartement, de bon matin,
et j'ai fait me faire inverser,
fais me faire inverser genre quatre fois, parce que je regarde nulle part,
mais en même temps, les voitures arrivent de partout,
enfin voilà, retour un peu difficile,
après, j'ai passé deux jours à l'appart, à pas trop sortir,
quand j'avais juste pas envie de voir,
de voir du goudron et de la pollution,
mais j'ai attéré petit à petit.
Ce voyage, il change beaucoup de choses,
dans mon rapport à la solitude,
c'est quelque chose qui me fait plus du tout peur,
je suis beaucoup plus indépendante,
et en fait, je trouve que, je pense que
je me suis bloquée pour beaucoup de choses,
en me disant, en fait, j'attends de trouver des gens
qui sont partants pour faire telle week-end,
ou telle randonnée, ou telle voyage,
pour partir, et en fait, parfois, je trouve pas les personnes,
et du coup, je pars pas,
enfin, ça m'est arrivé d'avoir renoncé à des projets comme ça, pour ça,
et là, en fait, je me rends compte que je suis bien toute seule,
je trouve que c'est une énorme barrière qui tombe.
Cette histoire a été présentée par Clément Sacar,
la musique est composée par Nicolas de Ferrand,
Chloé Vibault s'est assurée du montage,
et Antoine Martin, du mixage.

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